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Full text of "Ouvrages historiques de Polybe, Hérodien et Zozime: avec notices biographiques"

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PANTHÉON LITTÉRAIRE. 



LITTÉRATURE GRECQUE. 



HISTOIRE. 



OUVRAGES HISTORIQUES 



DE 



POLYBE, HÉRODIEJN 



ET 



ZOZIMË 



OUVRAGES HISTORIQUES 



DE 



POLYBE, HÉRODIEN 



ET 



ZOZIME, 

AVEC NOTICES BIOGRAPHIQUES, 

PAR J.-A.-C. BUCHON. 



PARIS, 



A. DESREZ, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 

RUE SAIHT-GEOKGKS, II. 



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HARVARD 

lUNIVERSITYl 

LIBPARY 

oa 31 1966 



t 



A MONSIEUR LE LIEUTENANT-GÉNÉRAL. 

COMTE DE GIRARDIN 



MO» CHER COMTE, 



Toutes les fois que pour Tétude plus approfondie du passé qui m'amuse et du 
présent qui m'agite, j'ai eu besoin de renseignemens nets et préeis sur quelque 
{ATUeque ce soit de la science militaire, j'ai toujours trouvé en vous obligeance 
parfaite dans les communications, méthode dans Vexposé des faits, exactitude dans 
V:!u tiH)ncé, connaissance rigoureuse de l'organisation de l'armée dans son passé, 
a/^^récîation judicieuse de son état présent, vues éclairées et souvent nouvelles sur 
SDD avenir. C'est pour vous remercier de la facilité avec laquelle vous voulez bien 
me permettre de profiter de tous ces avantages que je vous prie d'accepter l'hom- 
mage de cette nouvelle édition du premier des écrivains militaires de l'antiquité, 
(Ton grand historien que je veux vous faire aimer comme je Taime, d'un homme 
de guerre ennemi de la guerre dont il professe les principes avec habileté, d'un 
politique ami de la morale qu'il commence par pratiquer lui-même. 

Polybe, qu'il n'est pas nécessaire de nommer pour le faire reconnaître à ces 
trdts, a vécu dans une époque qui a beaucoup de ressemblance avec celle qui 
s'est si majestueusement, si dramatiquement, si rapidement déroulée sous nos 
jeux dans notre jeunesse. Ami du grand Scipion et du roi Massinissa, il avait vu 
h république rogaaine se relever des invasions d'Annibal, qui avait été sur le 



point de la frapper au cœur, et de saisir le sceptre du inonde. 11 avait vu les rois ' 
cliens des sénateurs, les états changer de maîtres et de nom, et les institutions ci- 
viles et littéraires se développer et grandir au milieu de la plus incessante activité 
militaire. 

Nous avons eu aussi des rois parmi les cliens de la fière république et du grand 
empire; nous avons vu les états s'ébranler, se reconstruire et changer de forme et 
de nom; nous avons vu les lois sortir de la poussière ténébreuse des greffes, se sé- 
parer, se classer, s'organiser, prendre un corps et une vie à la parole puissante 
d'un soldat législateur, d'un homme du sens le plus droit, de l'imagination la plus 
vive, du génie le plus élevé qui ait peut-être apparu sur la scène du monde. 

En revoyant cette édition de Polybe , je me suis souvent surpris à oublier les 
siècles qui nous séparent, et à le prendre un instant, lui, un des interprètes de la 
sagesse universelle, pour Tinterprète de nos besoins du jour. Je suis sûr que vous 
me saurez gré de vous le présenter sous une forme plus abordable, et qu'il ^-a 
devenir un de vos amis les plus assidus. 

Agréez, mon cher comte, l'expression de la considération toute particulière 
avec laquelle 

J^ai Phonneur d^t^trc votre plus humble et dévoué 
serviteur et ami , 

J.-A. C. BL'CHON. 

Paris, 1« SO man 18 36. 



NOTICE SUR rOLYlŒ, 

MB X «BGALOPOLIS VERS l\n 20:! ATAVT J.-<:. MORT VKRS l-*\> I iO AV. J.-!!, 



^ UN» les c1ief»Hi'<ra\re littéraires de l'antiquité 
pe iMNuaravb es partie oa en totalité la barbarie du 
^oftaAge, aucun, certes, n'est plus à regretter que 
« Tute composition historique de Polybo. (irand 
'iisyra, soldat éclairé, écrivain habile, homme d'état 
tajoan moral, P0I3 be avait retracé l'hisloiro de la 
Pudeur croissante de Rome républicaine, depuis le 
.« où elle fut envahie par les Gaulois, jusqu'à ce- 
lisû elle triompha de Carlbage, de Corlntho et do 
^^ncp, époque féconde en nobles caractères et en 
lUes exemples. Jusqu'au Xe siècle, cet ouvrage se 
(roulait dans les bibliothèques. Il a disparu depuis, 
lesqnc tout entier, sous les ruines de tant d'autres 
aonumeuf.. De quarante livres il ne nous reste 
\^a& que les cinq premiers en entier cl quelques 
I tragineBs de» aufres. Tel qu'elle est, cette bisloire est 
earore no précieux débris qui mérite d'être étudie 
aiec Hiio . et qui sera \énéré par tous ceux qui ap- 
rccient le grand et l'honnête. 

Suivant les» rechercher consciencieuses du savant 
Sckwet^ôser, Polybo éUit né à Mégalopolis, ville 
f irradie, dans la troisième année de la CXLlVe 
•iTBpîade qui répond à l'année 5j2 de la fondation 
4e RoBe et à l'année ^n avant lere vulgaire. Il 
n^fon f^e Lycorla^qui.â la mortdePhilopcwnen, 
kl BoimBê nrt>teor àe* Achéens au moment où 
'^be devait atteindre sa vingtième année. iuM|u'a- 
hi^ PUrfc-nen lui-même lui a^ait ser^i de maître, 
'mmtPoi}^ en serait plufrlardau jeune Scipion. 
W^qie k^ Orer» arcaUéb de la mort de Philopa'meu 
^^ ttitt ' h l «es obsèques avec de» honneurs eitra- 
«nAiam f«*f hiSlon^n» ancien» nous montrent le 
)eaae Pw%j«^ f barge du rôle honorable de porter 
la cendr*» t nx. bérw mb maître et sou ami. 

« Ou brUA ut ujTpf de Philoponnen. dit Plutarqoe, 
ft après a«4«.r r-runlli ses cendres dans une arae, 
•I pvttf ùf M'^ï'PiMr ■■ MBt confuHon et an ec beau- 
tm&f i (urûj* fi. ibêiaul à ce 100 voi funèbre une 
poBp* u-iumphaie. Les Achéens m 
nmmf9 ik t^un K So&daaR en larmes ; ila 
H éo'prmimutn'i- BMisMaîcas chargeai 



éUAi 



re&eral Lyomlai^ 
f t eniTf ka Ac 
i«Ti* a» tam et I 



j qu'on pou\ait à peine rap<*rce\oir. I41 marrlie était 
fermée par les cavaliers revêtus de leurs arme», et 
monléssurdes che\au\ rirbeuieut enliarnutlu^ • < 

Dès l'Age de ^iuKt-deu\ nuH. Inn 'Jl «le la l'ouda- 
tlon de Home, son père, ayant êtê utunniè auibHMa- 
deur auprès de Ptolènièe t^plplinne. lui et le Jeune 
Aratus riireiil ndjohits à raiiibafc<«,ide; uiaU la nuul de 
Ptolèmêe l'enipêrha defiilrenlomle vn^iige d'Kiople. 

• INiur remercier Ptolèmêe . dit Pol,> lie • . de* ai - 
mt^set de l'argent qu'il a\iiil eii^oyèM. rt pour lere 
>oir ses Hi\ gnlèrrn A Hoixiiiilr lunirn ninièe* eu 
guerre, Ica Arhêeiis rhtiiiiin'iil «lann ItMii roiinell l.y 
cortas, Pohbcet le jeune Anitun. I.>rnrla« liil rbuUl 
par la raison qu'étant prêteur daim le leiiipii qu'on 
avait renouvelé rolliance avec Plt»lêinêe, il iivail pil» 
avec chaleur \on intérêts de ce piince. On lui ««mi 
cia Polybe, quoiqu'il n'«*Al pim encore atteint l'Ane 
prescrit par len lois ^, parce «pie c'êljiil non peu* qui 
était député pour renouveler rfllli/inre uvei* b* lol 
d'ftgypte, et ap|>orler dans l'Achaïe le» ariiies et l'ai 
gent que ce prince avait donné* à la ligue de» 
Achéens. Kndn, l'on joignit Aratu»»aut diMii aulie», 
parce que M*t» anrêlreu avaient élê tort aifiiêii «li'n 
Ptoléméi*s. Cette aiNlia**«.ide m* roi lit ri*pi'n<l.iiit pan 
de l'Arhaïf. parce que, lorMpj'ell'* m* ili^p'»»aif a par 
tir, itolémée mourut. • 

Pendant les di« année» qui suivent, mmi nom frf 
quelquefois liienlionné par le» aulf«^ bislorii'ii» «t 
par lui-même i, rofiiiiie avant pri% pari aui ioum'iU 
âe% .\cbé«*ni» et y ayant obtenu de rinniienit? par U 
sage%M* de %e» avis et rêlo<|uefité' lei melê di? u*» tlit 
cours. 

lia nu l'année .V<:# de Kome, il fui noiuiiié général 
de la cavalerie achéenne ^d<i»lîné«;a ptprià»t mvoui^ 
aui Komains dan» la guerre o/ntre Per»éi;, cf, p**!! 
d^* temps après, il fut envové «'u ambar^ade aupn;» 
do r/#owil romain Ouinlus-Man îu». 

' Le éker -^ Irv/'f d une ^tu»^-*' *'ti 'ÎUtn«4\n^, 

m0UW fC *màM9*" 'Mtêlii' dit Po 

krte*»' ^ ambtfaMk- 

ae i» r^w 
^w^i^4 if yt ■ 



NOTICE SUR POLYBE. 



propos que rarmô(* aohériinojoi^rnU la sienne. 

e fui choisi pour celle ambassade avec quelques 

S: mais on recommanda expressémenl à Polybe, 

as où le consul accepterait les seoovrt de (a rf- 

jque. de ren\oyer au plus tôt les ambassadeurs 

r en avertir, de peur que le secours n'arrivât 

p tard. Il eut ordre aussi de prendre frardc que. 

as toutes les villes où l'armée devait passer . il y 

it des V ivres et des fourrages tout prêts, et que le 

ddat n'y manquât de rien Le consul, dit-il ail- 

*urs. en remerciant les ambassadeurs du secours 
|ue la li{^e d(*s Achéens lui avait décerné, lui dit 
qu'âne fois entré dans la Macédoine, il n'avait plus 
besoin des forres des illii'-s. « 

Cne ocrision nouvelle panit s'ofTrir à Polybe pour 
employer au dehors, eu faveur de sa patrie, les ta- 
lens militaires qu'il avait acquis à l'école de Pbilopœ- 
men et de son père. En 58(i de Rome » les rois d'Ë- 
prpte Plolémée-Kvergétes et Philométor demandè- 
rent auT Achéens de vouloir bien leur envoyer un 
secours d'infanterie et de cavalerie commandé par 
Lycorlas et Polybe. Dans le conseil tenu sur ce su- 
jet à Corinthe. Polylte avait déjà parlé a\ec feu en 
fareurde cette demande i. Dans l'assemblée tenue â 
Sicyone. il parla avec plus d'autorité encore : 

* Polybe, dit-il. répéta que les Romains n'avaient 
nul besoin de secours, qu'il devait en être cru, puis- 
qu'il le savait du consul même qu'il a^ ait ru l'année 
précédente dans la Macédoine ; et il ajouta que quand 
même il serait nécessaire de secourir les Romains, 
cela ne devait pas empêcher que la république ne 
prêtât la main aux Ptolémm . puisque ces princes 
ne demandaient que mille fantassins et deui cents 
chevaux; et qu'une si petite diversion no diminue- 
rait pas beaucoup ses forces» puisqu'elle était en état 
de mettre sur pied, sans s'incommoder, ôO ou 40,000 
hommes. Ce discours toucha la multitude , et il n'y 
eut |»er>onne qui ne se sentit porté à envoyer des se- 
cours au roi d'Egypte.» 

Une ruse des orateurs qui lui étaient opposée vint 
détruire l'elTet de son discours. Ils introduisirent sur 
le théâtre un faux courrier qui, de lapartdcQuiutus 
Marcius, apportait une lettre par laquelle ce consul 
exhortait les Achéens à s'entremettre pour amener 
la paix entre les Ptolémées et Autiochus. Polybe 
alors n'osant contredire la lettre qu'il croyait de Mar- 
cius. renonça au (Tou^ernement des affaires publi- 
que», et les Ptolémées ne reçurent pas les secours 
qu'ils demandaient. •* 

tielle conduite donna lieu à ses adversaires politi- 
ques, qui craignaient l'ascendant que lui donnaient 
>ur M*s concitoyens un noble caractère et une vie 
pure . et qui déjà avaient employé de petits moyens 
d'intrigiii^ M*mblables à celui que je viens de men- 
tionner . de l'accuM'r auprès^ des Romains de leur 

I P. *m. 
» V. wi 



avoir été peu favorable. Aussi les Romains après la n 
défaite de Persée . ne voulant pas laisser derrière * 
eux des hommes qui contrariassent leur influence. S 
eiigèrent-ils que les .\chéens envoyassent à Rome i: 
mille otages, pris dans les meilleures familles et parmi « 
les personnages dont ils avaient le plus à redouter « 
les talens: et le nom de Pol}l>e fut placé en tète de 
cette liste. 

Ce fut l'an 588 qu'il se rendit à Rome a^er. les 
mille otages. 

Pohbe chercha dans l'élude une consolation dan^ 
son exil. La famille de Scipion poseM'dail une riche 
bibliothèque . ce fut l'occasion de sa liaison avec Po- 
lybe, quiavait arec les jeunes Scipion de fréquens en- 
treliens sur les livres qu'ils lui prêtaient «. Cette 
liaison ne tarda pas à lui être d'un grand secours. L'ordre 
fut donne aux exilés grecs de quitter Rome . et on les 
répartit dans les différentes villes d'Italie ; mal> les 
deux flls de Paul Emile, Fabius et Publius Scipion . 
demandèrent, dit Polybe '. avec instance au préteur 
que je demeurasse auprès d'eux : • et cette autorisa- 
tion lui fut accordée. 

Il a raconté d'une manière tonchante quelques 
circonstances de cette liaison. 

• Pendant les premiers momensde notre commerce 
littéraire , dit-il ^ . une aventure assez singniière 
ser^'it â «errer les liens de notre amitié. Un jour 
que Fabius allait an Forum et que nous nous pro- 
menions, Scipion et mol, d'un autre côté, ce jeune 
romain, d'one manière douce et tendre, et rougis^nt 
tant soit peu, se plaignit de ce que mangeant avec 
lui et son frère, j'adressais toujours la parole à Fabiu^ 
et jamais i lui. « Je sens bien, me dit-il, que cette 

> indifférence vient de la pensée où vous êtes, 

• comme tous nos citoyens, que je suis an jeune 

• homme Inappliqué et qui n*ai rien du goOt qui 

• règne aujourd'hui dans Rome, parce qu'on ne voit 

• pas que je m'attache aux exercices du Forum . et 

> que je m'applique aux talens de la parole. Mais 
« comment le ferais-je ? On me dit perpétn élément 

> que ce n'est point un orateur que l'on attend de 

• la maison desScipions. mais un général d'armée. 

> Je vous avoue que votre indifférence pour moi 

> me louche et m'afflige sensiblement. • Surpris d'nn 
discours que je n'attendais pas d'nn jeune homme 
de dix-huit ans : « Au nom des dleax, lui dis-je. Sci- 

> pion, ne dites pas, ne penseï pas que si j'adresst* 

• ordinalrementla parole â votre ft-ère. ce soit faute 

> d'estime pour vous. C'est uniquement parce qu'il 

• est voire al né, que depuis le commencement des 
» conversations jusqu'à la fln je ne fais attention 
» qu'à lui. et parce que je sais que vous pemei de 
» même l'un et l'autre. Au reste je ne puis trop ad- 

• mirer que vous reconnaissiei que la noochalaBcc 

• ne sied pas à un Scipion. Cela fait voir qne vos 

I KMi. 
■H M. 



•NOTICE SUR POLYB*. 



«cntimms «ont fort au dessus de ceux du Tulpaire. 
Df mon côté je lu'ofTrc de tout mon ccpur & votre 
sfiricc. Si vous me croyez propre i vous exciter i 

• une yio di^e du grand nom que vouii portez, vous 

• pouvez disposer de moi. Par rapport aux sciencei 
pour lesquelles Je vous vois du goût et de Tardeur, 

1 TOUS trouverez des secours suffisans dans ce grand 

• Bombrc de savans qui viennent tous les jours de 

• la Grèce à Rome : mais pour le métier de la guerre, 
que vons rein'ettez de ne pas savoir, j'ose me flatter 

' que je puis plus que personne vous Mrede quelque 
■ utilité. • Alors Scipion me prenant l(*s mains, et 
les svrr^itl dans M siennes : « Oh, dit-il, quand 

• ^ errai-je cet heureux jour, où libre de tout euga- 

• paient, cî vivant avec moi, vous voudrez bien 
1 vous appliquer à me former l'esprit et le cœur! 

• C'est alors que je me croirai digne de mes anctMres > 
Chaimê et attendri devoir dans un jeune hommede 
^ noble sentîmens, je ne craignis plus rien iiour lui, 
iïBon que le haut rang que tenait sa Tamllie dans Rome 
flle^ «rrande« richesses qu'elle possédait, ne gâtassent 
u $i beau naturel. An reste depuis ce temps-là il ne 
ni plus me quitter ; son plus grand plaisir Tut d'être 
.vec moi ; et les dilTérentes afTsires oA nous nous 
!«mme^ tr onvés ensemble, ne faisant que serrer de 
plus ^vi pUisles mnds de notre amitié, il me respec- 
tail comme ^n propre père, et je le chérissais comme 

mon propre enAnt.* 

Durant fes seize années de son séjour & Rome , Po- 
Ifbe s acquit l'estime de ses plus grands citoyens, sans 
jamais ci*Mer de prendre le plus vif intérêt aux af- 
faires de sa patrie. Des l'an ri94 les Achéens avaient 
ravoin à. Rome une ambassade pour demander 
«iHome une grftce le retour de cet illustre conci« 
tajen • . mais cette faveur leur avait été refusée. 
TfiH lard Polybesal fléchir jusqu'au sévère Caton. 

• L'affaire des bannis d'Achaïe , dit-il' , fut alors 
n^t:i) fort agitée dans le sénat, l^esuns voulaient 
'f^ renvoyer dans leur patrie, les antres s'y oppo- 
^îent. Caton, que Scipion, è la prière de Polybe. 
,i^aîl \oulu fléchir en faveur de ces bannis, se lève 
«•t iffeiul la parole : « Il semble , dit-il , que nous 
u'ajon» rien à faire, i nous voir disputer pendant 
iiDo joaroce entière pour savoir si quelques gens 
décrépiU dans l'exii , lieront enterrés par nos foa- 
xiyear« ou par ceux de leur pays. • Le sénat cepen- 
dant décréta leur renvoi. Polybe, peu de jours après, 
•Joniauda la |iermissiou de rester dans le sénat, pour 
y >oIJii-iler lo rélabiisticment des bannis dans les di- 
^rnilés dont îU jouissaient en Achaïe avant leur exil. 
« Il me semble, Polybe, lui dit Caton en riant, qu'é- 
t- happé comme Ulysse de l'anlre du Cyclopc , vous 
n'imilez i»a» ^ sagesse, et que vous voulez y rester 
puur prendre voire chapeau et votre ceinture que 
\ (>us y avez oubliés. > 

Aussitôt qu'il eut complètement recouvré la liberté 
il retourna dans sa chère patrie; mais il ne la re- 
trouvait plus après quinze ans telle qu'il l'avait 

>F.5JI. 
•R548. 



XI 

laissée. Tout y était intrigue et désordre. <^t la mine 
delà Grèce amenée par les Romains s'annoncsdl P>r 
les discordes qui s'allumaient déjà entre enx-mémes.Po- 
lybeue put contempler froidement une telle anarchie 
à laquelle il ne pouvait porter aucun remède, et il eut 
recours à sa consolai ion accoutumée, l'étude. Il avait 
déjà conçu l'idée de son grand ouvrage et en avait 
amassé les matériaux. Les liaisons qu'il avait con- 
tractées à Rome a vech^ principaux citoyens et avec 
les cliens et olages royaux que la victoire y amenait, 
lui avaient fourni d'amples moyens d'instruction. 
Pour compléter tous ces renselgnemens, il résolut 
d'aller visiter lui-même les principaux lieux qu'il 
avait à décrire, il conmicnça par les Alpes. 

« Je parle, dit-il», avec assurance de tous ces détails 
relatifs à l'expédition dWnnibal, parce que je les al 
appris de témoins conittMuporains, et que je sui<( 
allé moi-même dans les Alpes jK)ur en prendre une 
exacte connaissance. > 

De là il passa dans les (iaulcs et l'Espagne et s'em- 
barqua uiéiiie sur les eûtes de l'Oc an, 

c J'ose dire ' que je me suit rendu digne d'at- 
tention par les peines que je me suis données et par 
les dangers que j'ai courus en voyageant dans l'A- 
frique, dans l'Espagne, dans les Gaules et sur U mer 
extérieure ( l'Océan ) dont tous ces pays sont envi- 
ronnés, pour corriger les fautes que les anciens 
avaient faites dans la description de ces lieux et 
pour en procurer la connaissance aux Grecs. » 

Il avait puisé sur les lieux même la connaissance 
exacte des faits, t Cette circonstance, dit-il, (les forces 
d'Annibal) , a été gravée' par son ordre sur U table 
d'airain d'une colonne près du promontoire Lucanien 
où je l'ai lue.* 

A son retour de ses voyages , il accompagna son 
jeune ami Scipion, dans les années <i()7 et tiOK, pen» 
dant toute son expédition contre Carlhage, et profita 
de son séjonr en Afrique pour visiter tontes les 
eûtes ; mais des événemens importans le rappelaient 
dans sa patjic. Les Romains assiégeaient Corinthe, il 
arriva trop lard pour porter secours aux siens et ne 
put que Ire témoin de la barbarie du vainqueur. 

« Polybe, dit Sirabon . en déplorant dans sa nar- 
ration -^ les événemens qui se sont passés lors de 
la destruction de Corinthe, rappelle, entre autres 
choses, ce mépris tout militaire manifesté par les 
Romains pour tons les ouvrages d'art et {tour les 
monumens publics; présent à cette prise, il dit avoir 
vu lui-même des tableaux jetés dans la pousfiière et 
des soldats couchés dessus et jouant aux dés, et men- 
tionne particulièrement parmi les tableaux un Rac- 
chus peint par Aristide, Ublcau qui, à ce qu'on pré- 
tend, avait donné lieu i ce proverbe: t ce n'est rien 
en comparaison de Uacchus; • et un Hercule en proie 
au venin sor i de la robe que Déjanire lui avait en- 
voyée. Je n'ai pas vu ce dernier, ajoute Strabim, 

• P. 100. 

• 1» Hî3. 

s C » momau ntsl pas |Mrvi nu jus.iii n nouv 



XII NOTICE SDR POLYBE 

J*ai To le Bacch«s placé dans le temple 4e Gérés 



à Borne, ooTrage d'ane rare beauté» qui a péri de- 
pnit peu dans rincendie de ce temple.» 

Teut ceqaepureDt (aire son crédit et son éloquence 
«B AiTeur de m patrie soumise à la loi duralnqueur^fut 
de défendre la mémoire de son ancien ami, du guide 
de ses premières années, de l'illustre Pbilopœmen. 

< LesBemainsditPlularque, pendant les temps si 
malheureux de la Grèce où Corinlhe Tut détruite, 
araient entrepris de faire abattre toutes les statues de 
Philopcemen et de le poursuiTre lui-même en Justice, 
comme s'il eût élé TÎTant. On l'accusait d'avoir été 
l'ennemi des Romains et de s'être montré mal In- 
tentionné pour eux Poljbe répondit au plaidoyer 
de l'accusateur et obtint qu'on ne détruirait aucun 
des monumens éleyés à la gloire d'un guerrier si 

célèbre. > 

Poljbe raconte ce Tait et les honneurs qui lui furent 
ensuite rendus à lui-même par sas compatriotes en 
même temps que la confiance qui lui fut témoignée 

par les Romains. > 

< Conformément à ce f al dit d'abord de cepréteur, 
dit Polybe >, Je fis de sa conduite une assez longue 
apologie. Je dis qu'à la Térité Pbilopœmen avait 
souvent refusé de se rendre d'abord aux ordres des 
Romains, mais qu'il ne s'en était Jamais défendu que 
pour éclaircir ce qui éUlt en contesUtion, et que 
jamais il ne s'en était défendu sans raison ; que l'on 
ne pouvait douter de son attachement pour les Ro- 
mains, après les preuves qu'il en avait données 
pendant leurs guerres contre Philippe et Antiochus ; 
que quelque puissant qu'il fût, tant par lui-même 
qae par les forces de la ligue , Jamais il ne s'était 
départi de falliance faite avec les Romains ; qu'en- 
fin il avait donné les mains au décret , par lequel les 
Achéens , avant que les Ronuins passassent dans la 
Grèce, s étalent engagés à déclarer pour eux la 
guerre à Antiochus . quoique alors presque tous les 
peuples de la Grèce fussent peu favorables à Rome. 
Ce discours fit impression sur les dix députés, et 
confondit l'accusateur. Ils décidèrent qu'on ne tou- 
cherait point aux statues de Pbilopœmen en quelques 
Yillcs qu'elles se trouvassent. Profitant de la bonne 
volonté de Mummios, Je lui demandai encore les 
statues d'Aratus, d'Achèe et de Pbilopœmen, et elles 
me furent accordées , quoiqu'elles eussent déjà été 
transportées du Péleponèse dans l'Acarnanie. Les 
Achéens furent si charmés du zèle que J'avais témoi- 
gné en cette occasion pour l'honneur des grands 
hommes de ma patrie qu'ils m'érigèrent à moi-même 

une statue de marbre. . • 

. .Après avoir mis ordre aux affaires de l'Acbaïe , les 
dix députés ordonnèrent au questeur qui devait 
vendre les biens de Diœus d'en laisser prendre i 
Polybe tout ce qu'il y trouverait à sa bienséance . 
sans rien exiger de lui et sans en rien recevoir. Mais 
non seulement il ne voulut rien accepter . il exhorta 
eucore se» amis à ne rien souhaiter de ce qui serait 

»P.50S. 



vendu par le qvesteur ; car cet ofBder parooarait le 
Tilles de Grèce et y mettait à rencan les biens de ^ 
ceux qui étalent entrés dans les detseios de DioBoi el -*' ! 
de tous les autres qui, condamnés par les députés » ^ 
n'avaient ni père et mère, ni enfans. Quelques-uns ^ 
des amis de Polybe ne suivirent pas son avb , mab k' 
Ions ceux qui le suivirent furent extrêmement loués. * 
Au bout de dix bboIs, les députés se mettant en mer <■ 
au comasenccment du printemps pour retourner en a' 
Italie, donnèrent ordre à Polybe de parcourir toutet ■ 
les villes qui venaient d'être conquîtes, et d'accom- ■ 
moder leur différens Jusqu'à ce que Ton s'y fut ac- m 
coutume au gouvernement qu'on y avait établi , et a 
aux nouvelles lois qui y avalent été données. Polybe • 
s'aquitta de cette commission avec tant de dextérié «i 
que la nouvelle fonne de gouvernement fut acceptée,et i 
que ni en général ni en particulier 11 ne s'éleva dam» d 
TAcbale aucune contestation. Aussi l'estime qu'on i 
avait toujours pour cet historien s'augmenta beaucoup i 
dans les derniers temps, à foccaslon de ce que nous % 
venons de raconter. On le eombla d'honneurs dans i 
toutes les villes, et pendant sa vie et après sa mort. 
Cette reconnaissance lui était bien due, car sans le 
code des lob qu'il composa , pour pacifier les difTé- 
rens, tout eût été plein de trouble et de conrusion. 
Il faut convenir aussi que c'est là le plus bel endroit 
de la vie de Polybe. 

Ce fut dans ce moment de séjour dans sa patrie 
qu'il reprit avec plus d'ardeur la composition de son 
grand œuvre historique. H avait la conscience des 
hautes fonctions dévolues à l'historien et n'omettait 
aucun efTort pour s'en rendre digne. Qu'on lise ce 
qu'il dit lui-même de ces devoirs p. 9, 70, 9i. et 
ce qu'il ajouta dans maint autre passage sur cette 
obligation d'étude, d'Impartialité, de Justice, de mora- 
lité, et on comprendra aisément pourquoi l'antiquité 
professa toujours une si complète vénération pour lui. 

Dans l'annéeeil de Rome, Polybe, âgé de cinquante 
neuf ans, retournera encore une fois en Rg^pte sous 
le règne de Ptolémée-Physcon qui en 008 avait 
succédé à Philométor, son frère. 

A dater de ce jour on perd ses traces jusqu'à l'an- 
née 6â0 où II accompagna Scipion en Espagne et fui 
témoin de la prise de Numance. Il était âgé de soi- 
xante huit ans, mais il parait avoir possédé alors toutes 
les forces de son esprit, puisqu'il commença à écrire 
la guerre de Xumance, ouvrage historique tout-à-fait 
distinct de son grand ouvrage. 

Polybe mourut d'une chute de cheval , après 
quelques jours de maladie, en rentrant de la campa- 
gne à Ulégalopolis, l'an 654 de Rome, à l'âge do 
quatre-vingt-deux ans. 

Polybe avait composé : 

lo Vue hi«toire générale de la république romaine 
(en quarante livres.) 

âo l'ne histoire de Pbilopœmen en trois livres. Il 
en parle lui-même au xe livre de son histoire, t 

• Si dans un volume partlciiUcr je n'iTais pw parle de Pliilopi^- 



NOTICE SUR POLYBE. 



>r»e bifttoire de la ^erro de Numaoce. 

«•Des commentaires Mir là tactique. Il parle de 
idflifTafe dans son histoire'. 

V Vu traité sur l'habitation fOus Véqnatcur. 

Bi*cftrien parrenu Jusqu'à non» des quatre der- 
■n ooTrages ; et nous ne possédons du premier 
fe kl daq premiers livres en totalité et des débris 
MîsiparfaiU des antres. Il s'élalt conservé en en- 
Jir.iisHqueJe l'ai dit, jusqu'au %m siècle. A cette 
JnseConsUntin Porphjrogénète fit faire un extrait 

Ipa 0nb« de matières de plusieurs écrivains anciens; 
Nijhe fit surtout mis à contribution, et cet extrait fit 
1 li'oaanacha moins d'importance peut-être à la con- 
ttnnioa ies ouvrages originaux. Il n'est resté que 
^ ia titres de cet extrait : celui sur les amhas- 
'■^ et cdai sur les vices et vertus, 

U prasiére édition qui fut donnée de Polybe en 
ii:3 ne contenait que la traduction latine des cinq 
IRnîen Urres par l'éTéquc lYicolas Perotto : le texte 
M fot imprimé qu'en 15âO. 

Jean Herragius de Bàle réimprima l'édilion de Pe- 

aUo en 1510 en y ajoutant des débris des livres 

«fans jusqu'au xviie. Isaac Casaubon en publia 

ae édition plus ample k Paris en 1609, en y ajoutant 

«se noavcnie traduction latine. Jacques Gronovius 

repoilAÂ^ «u \QrtO c«tte version de Casaubon, en trois 

volumes iD-9* et sa y igoutant les notes de Fulvio 

Oriinl sur les extraits des ambassades et celles de 

Vjlof» sur les extraits des vices et vertus, et beaucoup 

d'autres de Casaubon et de lui. Jusque là les divers 

fragrmens des 35 derniers livres avaient été publiés 

tcèft qu'ib avaient été découverts dans les divers 

Manuscrits, sans être soumis à un classement unique. 

M. Schweighauser le premier publia à Leipzig , en 

VIVfi, 8 Tol. in-80 une édition de Polybe dans laquclK 

ym» les morceaux connus étaient rangés par livres 

A|ar dates. Son travail est fait avec le plus grand 

ma et une grande connaissance de la langue et de 

/lb4oire. 

Depuis la publication de la belle édition de 
.Siii«eishaaser de nouvelles additions assez impor- 
tantes ont été faites au texte de Polybe • M. l'abbé 
Mai . bibliothécaire de la vaticanc, a publié dans le 
^ voJame de son seriptoruni veterum nova collectioè 
codicibus vaticanis édita , de la page 569 à la pago 
4i;i n-V>, de nouveaux fragmens des divers livres do 
Polylie auxquels il a joint une traduction latine et 
quelques notes. 

mi-B, «4 fti ]e n'avais raconté ce qu'il a rté, qucU furent ses 
r.MÎtrc» <ft par quelles étude* il se forma dan» sa jeuni-sie, je me 
rrvirAÙ c«bligc d'entrer ici dans ces dctaiU; mais comme dans trois 
liTTt» que j'ai consacnni à sa mémoire, eu dcliors de l'histoire 
|Tt^scDtc. j'ai rap|)clé l'éducation qu'il avait reçue et ses actions 
lr« pln« rormorables, il est à propos que j'omette dans cette bi»« 
t«»ir« €«:n«?rale tout ce qui est relatifs ses premières années , et que 
>^ m'rteode au contraire avec de nouveaux détails sur tout ce 
qu'il a liil dans son âge mur et que je n'avais touché qu'en pas- 
sant dac» mao prceédcnl ouvrage.» ;P, 308.) 

I a Ce n*e>t pas paiement pour les cchcllci que la géométrie est 
»:^-r-.»aire, elle l'est encore pour changer, selon les occasions, 



XIII 

Le texte de ces nouvelles découvertes a été re- 
publlé avec quelques corrections et de bonnes notes, 
mais sans traduction, en un volume ln-8, à AUona 
par M. J. Frédéric Lucht. 

l Polybe a été traduit dans toutes les langues de 
l'Europe. Il en existe trois traductions en anglais, 
par Sbeers, Edward Grimcston et Uonipton; cette 
dernière, qui a eu plusieurs éditions, a été comprist» 
dans la nouvelle collection iu-B» des historiens 
grecs, latins et anglais, publiée à Londres. 

La première traduction en français fut donnée par 
Louis Maigret, Paris 1 v. in-fo, I6il. Elle ne con- 
tenait que les deux premiers livres. 

L'Infatigable du Ryer a public une traduction 
plus complète en 1655, traduction illisible comme 
toutes ses traductions, mais qui eut alors quatre 
éditions. 

Dom Thnillier en a fait une nouvelle beaucoup 
meilleure , mais il Ta malheureusement encombrée 
d'un énorme amas de dissertations militaires du 
chevalier Folard , de telle sorte que ce qui eAt pu 
être compris dans un volume in-^, forme G gros 
volumes in-4 , publiés de 1727 à 1751 à Paris et répu- 
bliés en 7 yolumes in-4, avec un supplément de dis- 
sertations, i Amsterdam de 1759 i 1774. 

Je me suis servi de la traduction de dom Thnil- 
lier; mais tout y était confus et en désordre; les tra- 
vaux de M. Schweighauser m'ont servi de guide. J'ai 
suivi pied à pied le texte et l'ordre de M. Schweig- 
hauser en reclassant les fragmens de traduction 
de dom Thuillier à la place indiquée par le célèbre 
helléniste alsacien. 

Un grand nombre d'additions , et môme des livres 
entiers, ont été ajoutés par M. Schweighauser, qui 
n'avaient pas été traduits par dom Thuillier ; ce sont 
en général les morceaux de Polybe qui avaient été 
cités par Plutarque, Athénée, Pausanias, et Stra- 
bon ; je les ai ajoutes à la place indiquée , soit en me 
servant des meilleures traductions, soit en les tradui- 
sanl moi-même. 

Uostaient les additions de Mai qui n'avaient jamais 
été traduites en français.J'en ai traduit uue bonne par- 
tic moi-mèmo; le reste a été traduit avec soin aussi, et 
revu par moi sur l'édition de M. Lucht, et j'ai placé 
ces fragmens au livre indiqué aussi , soit en l'inter- 
calant à sa véritable place, lorsque ce n'était qu'un 
fragment intercalaire dont on possédait le commen- 
cement ou la un , soit en les ajoutant à la fin de cha- 
que livre et en les désignant par un signe parti- 
culier. Aucun soin n'a été négligé pour rendre 
cette idée de Polybe aussi complète et aussi utile que 
possible. C'est au reste la seule édition française 
dans laquelle l'histoire de Polybe soit classée par li- 

la ligure du camp. P;ir ce moyen on pourra , en prenant quelque 
figure que ce soit, garder la uièniL' proportion entre le camp et ce 
qui doit y être contenu, et en gardant la même figure, augmenter 
ou diminuei l'aiie du camp, eu égard toujours à ceux qui y en- 
trent et qui en sorLeut, con:me nous l'auonsfait voir dans nos 
commentaires stu ia Tactiqnr. (p. 979 et 380). 



xiV 



NOTICE STR POLTBÈ. 



^res el chrono10|^i|uement, conformémentirâdition* 
de X. Schwcighauser ; c'est la seule traduction ausii 
qui onVe la tradoclîon complète de tous fes fragmens ' 
aociens et de ceux de l'abbé Mal , la seule enOn. qui 
soit dégagée de tons ces encombremeiis inutflet de. 
* Gommeolaires niîTitaîres et de plans, et où l'on puIiBe 
apprendre i apprécier, à estimer, à adèctionner Po- 
Ijbe. 

« Polybe, dit |L Daunou , a tant de droilnre et de 
(ranchise; il aime avec une telle constance la liberté. 



la Térité et la vertu , qu'on s'accoutiune a son lan- 
gage austère, et qu'on ne toH plua que l'intéré 
moral de ses leçons. QuelqiielUa, animé par des af- 
fections pures , il prend un Ion plus élevé ; lès 



Temem de son i 



nuniqnenl à son style; 



derient âoqnenC àiiree de patriotisoie et de l 
Mté.... Set condleyens hd ont âeré des statué^ 
d'ninstres capllaiMi lui ont rendu des honunagerf^ 
tons tes esprits Justes étions les eœurs honnêtes M 
dolrent le tribut d'mieestinie profonde. » 



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157 

lia. 



PBI^ICtPint fiVËIlEJf£aS DE LA VIE DE POLYBE. 

S« iu^d&«nu d 3lèU£i>|H»ltt, en Arcadk , de Lieoriu, pfétcur 
IJ p«ne tui fibftèqii» de FhàlftyTrtaini l'nrwt q/tï contient te» 



ÉYÉUSSHRS OCmXMP0RAI!fi. 



11 ttt a^foiBi à iAD pire ei an ^tww Aralni , cavof éi en m- 

li m m>mmà ^s les AcKii* »iiM«ikdBi ûê k câf «kne 
«cbéertoc 4mxnb» à te Jaiodre «ui Hoibaiai d«iis u guerre 
contre l*eTïé«,ct c*t eDVO|è en ambtiâftde «pf^du -^ 

Ia^ ïtttt* Pialemét, ivlt d'EfXP^^i ^< dcowe 
eotfitne cflmniiiidAiil d'ml csip» evailulnihi . __^ 

lï 441 vbroïé «M^dfl «Ug^e A ftdatatee pulie Açbéçis Ms 



it £ina * m Ainll»l-«t d^ùM 
&ÏA ^ Prwèra foetre de HacMoiiie. 



tt«l Adttïbai tSKiire de CâftbsM â 14 
rtl de 



r£7bl AanaleaieriBs. 



L Antfffeuœ y cMaene de TcrE^ev^ 
Jadis Mwcbsbèa. 



€05 IMriéfte gis«if« 



fîii&iile^ 1» p^^ i)Uii««iilci. Il «'j lie evée U 
1^1 p4TiKu»ierirm«pl wne le J^anS iicifi«m, 
iu>Lrucuoa« reçues par Joi â* FbâloptfdMB. 
Il u^iiae dea oûJi»eik 1 lïtetéiihu , bk da r*i âéteueiB , et fii- 

Les Aetiè»* earoieat demtikdcr t^u'wi Iw reodc Poîjbe 
<3ôttime uoe grlce »ptciâl« , oiaîf fie peutenl l'obleiwr- 

Potjbe obiieiil ur een laBneace que le4 Lw^rKoa ameni 
eieiBpU de l««iiteoMii nilllsire dim Iti^édàUna de 0aUiuiie. 

Pet) be «t l«i fstléj ffT«et iOfii renvoie» dtâa l«uf petfie , à la 

'inindf de ScipieD el de ft>ijb«. . * . . 

Ps?lïb« rctoume en Grèce el ti de là Tidlef 1«t Al^, ï» 
tiaute , riî«pesae* ^ ^ .... 

U âc(^omp«KM &apioa la liége da Csrtisfç* tl «on «aa^ GUlte«i 

Il {ïvcouri ie« eMm d AtH^oe , et aprte la .me de CtrOii^v eo9 Corin^ détraiie par 
revi^tii À CorinUiê, qui feneil d'étie ffue. U i*ieo«la laenAffej 
et h^ &l4tiitr^ de Pliuop<cE«ieti. _ij__ I 

1 1 f-ïi chi rire par ï& Ko4ti4Uk« , à leur d«paM , ie l'iiÉiilBHbi^ qj^ Goore de HaaMaco, 
tkn du paia, < iJ_A_ 

Il eiiirepread un Tejpfi eDÊfiple te» k légvc de BwcowcJblT Ptotémée Pbyieoa i 
Fli)»caii. , ^,^^ I Alexandrie^ 

Il iit^eompAgne SdfHoa à k priie de numaa^a» cl éem I Ue- etl Prûe île Koaunce 
lorre de mï» eipédiliea. Grietbia. 

Il aeyn d'yiie (^uie de ibif il. j< 



d'AeiJeAhuf m^lalfii , rai de fTai^dte, 
*mA ie P^rba. 

E LtcédéiaoBe te J oiai i la Vgw ëë 



OU Eniii» temine le daiuléne Urre de ses 



se les trte « 
et iDOri de TibétiiM 



l««l%««^^*««(««^'%%«-»»>«'«%«'»%'%«»/«-^«<«>^»^'«'^«'»^^' 



NOTICE StR HÉBODIEN, 



IL VIVAIT AU TROISlkME SIECLE DE l'ÈRE VULGAIRE. 




i ^e lo peu deTeiMeignemens 
'f scToir : qu'il éUlt fils d'un 
M, Ci qu'il suivait la pro- 
I da las pire ; qa'il «rait éié Booreat em|ioyé 
l'ia oipereinrs et avait exercé difTércntes diar- 

i &• Ml cB haie Uvr«a une histoire des emperears 
i avait véoa depuis Hare-Aarèle Jus- 
pià««in, de Tan ISi à 238 de l'ère vulgaire. Il 
* ftt «D Idatoîre comprendra un espace de 
^i>^«*|iobaMe qne la mort l'aura frappé 
ifAriHlenniiiée. C'est un monument d'an- 
^"'l^ ^partant, qu'Bérodien, auteur frave et 
. cat pmqae l'unique témoin contem- 
( les annales de cette épo« 
(cCde violence. 
%NiiîeB en m. fait une élégante traduction 
*• 1N (ut publiée en 1492 ayant le texte. 
^Bieaae a pabUé à Paris, en 1581, une édi- 
•*te dVérodien et do la traduction de PoUUen 



La traduction franc^i^î donnée par Mongairtt est 
ftieile, élégante même et fidèle, le l'ai adoptée sans 
avoir rien à y changer. 

c Le style d'Hérodien, dftPliotins, quoique noble 
et majestueux , est clair et coulant. Il n'affecte point 
ces atticismes qui, par leur singularité vlcicnie . 
font perdre les grâces de la naYveté. Il sait, tootefbis, 
«mpmnter à propos les secours de l'art , et il no lui 
échappe rien de négligé et de commun. Sa narration 
demeure dans de Justes homes. EUe n'est ni trop 
sèche, ni trop diflùse. Enfin on trouvera peu d'au- 
teurs qui aient possédé plus parfaitement que Mi 
tout ce qu'on peut souhaiter dans un historien.» 

L'éloge de Photius est trop pompeux. Ce qn'on 
doit dire c'est qu'Hérodienest un écrivain clair, fa- 
cile et consciencieux dans l'appréciation des fMts, 
bien que sa narration soit un peu trop ornée. Ses no- 
tions géographiques sont imparfaites , et l'ahsence 
de dates et de détaito Jette souvent de robscerité sur 
son exposé des faits. 




Toul co quoQ pcul cotijcrlufi^r do plm préci*««r 
U dale (le la nais^nce de Zosîtui** i'(*^l <|u'U vivait 
à l'ôpoqup où s'annonça Je la mantèrt* la plus manî- 
fele la tiéradeocc de l\*ropirc it»niain» par le par- 
laite «juieu fut fait enlrr Arradîu* vi Hoiinrm*, Ùh 
do Tlieodo-sc , c'e*l-à-diio \en> Tan au.V 

Ou esi dans U même i^uoraore ^r 1h eirron* 
«.UiK-^"^ de sa ^ ic. Il (wirall probable qu'il fui revèlu des 
di^mtê^ de coiiUe i*l d'ex-avorat du ûm- ( ««.«'i^ »«* 
kx:%^^*ir.i»7if^'i quoii|u il fût reité fidèle »uu^ tes em- 
pereur» chrélieus à laitUque religion du pol^- 

De luéme que Poljbe avait écrit Tlibtoire de la 
^'randeur romaiue crols^aole . Zozîuie voulut iH rire 
l'cUc de la grandeur romaine dAcroisMnte. Cet ou- 
vrage ne nou» f^»l parveuu que fort tmparfail. Le 
premier livre u'csl qu uae revue M>mmairc. d'Au- 
iSttslc a Dioclétiefi; dans les quatre suîvans Zosime 
s étend davaafa^e «or le» successeurs de Diode lien 
jusqii'ati temps où il écThait le % le li\re. dont nous 
oc possédons que quelques feuUleU, se termine à l'an 
4IO»ft^tzième année du rèi,'iicd'IloDoriu^et trot&iêmè 
de Tassociation de Théodore le jeune à I empire, »oit 
qu'il ne l'ait pas terminé, soit que les manuscrits en 
aient été perdus, 

Zostme était un polythéiste zélé, comme tous les 
reli{cionnaires qui appartiennent au\ époques de 
lutte. Touché du spectacle de misère et de dégra- 
dation qui Tentourc^ il raltrtbuc à la Toh et aux vi- 
cm iudoleiis do tlonstanlin , qui transféra le siéîçe 



impérial k Byzance, el à la proteHion donuée 
christianisme nouveau. Son récit de la conver^lfl 
de Constantin au Christian isne ressemble peo à ( 
lui qu'en ont donné les auteurs chrétiens dessiéei 
postérieurs. 

Il vsi probable que son histoire ne fut pas con* 
nue pendant sa vie.n nV aurait pas eu de sécurité 
à tenir un semblable lauj^a^e sous des empereurs 
chrétiens. t> ne fut qu'après sa mort et sans doute 
en ?«ecrel que les exemplaires durent te répandre^ 
Ost ce qui explique la mulilation de plusieurs ^é^ 
livres, et la perte du sixième, qui devait être plu> 
considérable que lo reste de l'auvra^e. 

Ce de fut qu'eu ! jTG que Zosime fol pnblir pour 
la première fois à Bile , in-folio, par LeunrIaviujH ; 
il a depuis été réimprimé ptnstears fois dans le^ col- 
I relions complétée ou partielles des écrivains bjrzan- 
lins, et séparément, 

La meilleure el plus romplêle édition que je l'oti- 
naisse est celle donnée a Leipiig en 1781,1 vol. in-«, 
par J.-Fréd. Britemeier. Elle cou tient un texte ^c 
revu M\ec soin, une Iradmiion latine, les notes 
Eeilemeier et celle*>de ('.-G. tienne. Je me suif» *crv 
de celte édition pour ta collation de la traductiod 
avec le texte et pour les éclaircisserornshï^iorîque«bJ 

Zosime a été traduit en français par le prè»ideiii| 
Conslii , qui l'a joint à Xlphilin et à Zouare. i'i 
revu cette traduction de manière à substituer ui 
st>le plus clair à des locutions trop vieillies, et à ( 
taire disparaître quelques erreurs. 



Pans, le 13 septembre I83^< 



J -A.-C. BICHON, 




HISTOIRE GÉNÉRALE 



DELA 



RÉPUBLIQUE ROMAINE 



iwwww«4a#%<iiifc^^>44<A m* **»« » f ii»»i>»» %%% >»>mf»M> 



PROLOGUE. 



ii Ici historien» qui oot |Ntfu avant nous aTaieot 
J ail de liire VéAog^ de Thiiloirey il aeraU peul- 
Ifet aéfsemire de oonmenoer par là |HMir exciter 
1 m les homoiea à a'y appliquer ; car quoi de plus 
Ipi^à noire fnsiructioa que la connaissance des 
JelnitapiaBécs? Mais la plupart d'entre eux ont le 
[•oio denocis dire et de noua répéter presque é 
ckaqoe pege que , pour apprendre é gouverner» il 

I l'y s pas de meilleure école» et que rien ne nous 

Mfie plus eflîcaœment contre les vicissitu- 

Af de la fortuné que le souvenir des malheurs 

«à les autres aont tombai. On me blémeralt de 

arenir sur une matière que tant d'autres ont si 

hn traitée. Cela me conviendrait d'autant moins» 

^U Douveanlédes laits que je me propose dera* 

(Afiiersera plus que suffisante pour attirer tonales 

hmiaes, sans dialindlon » à la leaure de mon 

flomie. Il n'y eu aura point de si stupide et de ai 

iraner, qui ne soit bien aise de savoir par quels 

m^eas et per quelle sorte de gouvernement il a 

pa ae ivlre que les Bonudns» en moins de cin- 

fMUe-troisans (4 )» soient devenus maîtres de pres- 

4K toute la terre. Cet événement est sana exemple. 

Vm antre côté» quelle est la passion si forte pour 

iaspectades, ou pour quelque sorte de science que 

ttsoît, qui ne eède à eelle de s'instruire de choses 

II coneoscs et si intéressantes. 

Pmt faire voir liombien mon projet est grand 
cl JioQvceu» jugeons dé la république romaine par 
la écau les plus célèbres qui l'ont précédée» dont 
la hiftoires sont venues Jusqu'à nous^ et qui sont 
dlfonde lui être ooraparécs. Les Perses se sont 
îs pendant quelque temps un empire asseï 
tesda; mais ils n'ont jamais entrepria d*en r&- 
les bornes au-delà de l'Asie» qu'ils n'aient 
i risque d'en être déftouillés. Les Lacédémo- 
i curent de longues guerres à soutenir pour 
avoir rauierité aeuveralne sur la Greoe; mais 
à peine en ftneni-Usy pendant douie ans» pafeibles 
'^'^«iesseurs. Le royaumedasllaoédonlens ne s'éten- 
dait que depuis les lieux voisins de la mer Adria- 
tique jusqu'au Danube, c'est-à-dire sur une très-pe- 
tite parue de l'Euro{»e.- et quolqii'aprés avoir dé- 
tniu l'empire des Perses ils aient rikluii l'Asie sous 



I V«jci à la Sb Sb TofoiM Bfli BotM sur Pol jbe. Les chinrei 
mÊtmméÊmh laie i c u f w r i aa t leii|)oiirf au chiflrea corres- 
Miasi , à Ii il de ce Totame. J .-A.-C;. Bçcboîi . 



leur obéissance» cependant» malgré la réputation 
qu'ils avaient d'étrele plus puissant et le plua ricbe 
peuple du monde» une grande partie dd la terre 
est échappée à leurs conquêtes. Jamala lis ne 
firent de projet sur la Sardaigne» ni sur la Sicile» 
ni sur l'Afrique » et les nations belliqueuses qui 
sont au couchant de l'Europe » leur étaient in- 
connues. Mais les Romains ne se bornèrent pas à 
quelques parties du monde; presque toute la terre 
fut soumise à leur domination» et leur puissance 
est venue au point que nous admii^ns aujour- 
d'hui» et au-delà duquel il ne paraît pas qu'aucun 
peuple puisse jamais aller. C'est ce qne l'on verra 
clairement par le récit que j'entreprends de ftilre, 
et qui mettra en évidence les avantages que les 
eurieux peuvent tirer d'une exacte et fidèle his- 
toire. 

Gelle-d commencera» par rapport au temps» à 
la cent quarantiémeolympiade (S). Par rapportaux 
faits» nous la eommei^cerons chei les Grecs» par la 
guerre que Philippe» fils de Démétrius et père de 
Persée» fit avec lea Aohéens aux peuples de l'Éto- 
ile» et que l'on appelle la guerre sociale; diei les 
Asiatiques» par celle qu'Antlochus et Plolomée 
Philopator se déclarèrent pour la Cmlosyrie; dans 
nulle et l'Airique » par celle des Bomaina contre 
les Carthaginois» et que d'ordinaire on appelle la 
guerre d'Annibal. Tous oes événemens fi>raient la 
continuation de l'histoire d'AratusleSlçyonien (8). 
Avant cela les choses qui se passaient dans le monde 
n'avaient entre elles nulle liaison; chacun avait» 
pour entreprendre et pour exécuter» ses raisons 
qui lui étaient particulières; chaque action était 
propre au lieu où elle s'était passée, liais depuis^ 
tous les falu se cent réunis comme en un seul corps: 
les alfaires de l'Italie et de l'Afrique n'ont formé 
qu'un tout avec celles de l'Asie et de la Grèce ; 
toutes se sont rapportées à une seule fin. C'est 
pour cela que nous avons fixé à ces lemps^là 1^ 
commencement de cette histoire; car ce ne fpt 
qu'après avoir soumis les Carthaginois par la 
guerre dont nous parlions tout à l'heuie» que les 
Romains y croyant s'être ouvert un chemin à la 
conquête de Tunivcrs, osèrent porter leurs vues 
plus loin» et faire passer leurs armées dans la 
Grèce et dans le reste de l'Asie. 

Si les états, qui se disputaient entre eux l'em- 
pire souverain, nous étaient bien connus» peut- 



PRQiXNiUE. 



être ne serait-il pat nécessaire de commencer par 
monlier quel était leur projet , et quelles forces 
Ils avaient lorsqu'ils s'engagèrent dans une ai 
grande entreprise. Mais parce (|uc la plupart 
des Grecs ne savent quelle était la forme du 
gQuvemoment des Romains et des Carthaginois, 
ni ce qui s*est passé parmi ces peuples, nous avons 
cni.qu'llélait à propos de bire précéder notre his- 
toire par deux livres surcesujâ,afin qu'il n'y ait 
penoone qui, en la lisant, soit en pdne de savoir 
par quelle politique, quelle foice et quels secours, 
les' Romains ont formé des projets qui les ont ren- 
dus maîtres de la terre et de la mer. Après la lec- 
ture de œ que nous dirons eomme exposition dans 
cesdcux livres, on verra quece n'est passans raison 
qu'ils ont conçu le dessein de rendre leur empire 
universel, et que, pour exécuter ce projet, ils ne 
IMUvaient prendre de mesures plus justes. Car 
ce qui distingue mon ouvrage de toot autre, c'est 
le rapport qu'il aura avec eet événement qui ftiit 
l'admlratioB de nos jours. Comme la fortune a fait 
pencher presque toutes les affoires du monde 
d'un seul cété, et semble ne s'être proposé qu'un 
seul but, ainsi je ramasserai pour les lecteun, sous 
un seul point de vue, les mojcns dont elle s'est 
ficrvie pour l'exécution de œ dessein. 

C'est là le principal motif qui m'a porté è écrire. 
Vn autre a été, que je ne voyais personne de nos 
jours qui eût entrepris une histoire générale; 
cela m'aurait épargné bien dos soins et bien de la 
peine. Il y a dâ auteurs qui ont décrit quelques 
gnerres particulières; on en voit qui ont ramassé 
quelques événemens arrivés en môme temps, 
mats n n'y a personne, au moins que je sache, 
qui, assemblant tous les fiiiu et les rangeant par 
ordra, se soit donné la peine de nous en fiiire voir 
le commencement, les raotift, la fin. H m'apam 
qu'il ne Aillait pas laisser dans l'oubli le plus 
beau et le plus utile ouvrage de la fortune. 
Quoique tous les joura elle Invente quelque chose 
de nouveau, et qu'die ne cesse d'exercer son 
pouvoir sur la vie des hommes, die n'a jamais 
rien fiiit qui approche de ce que nous voyons 
aujourd'hui. Or, c'est ce que l'on n'apprend pas 
ilans les historiens particuliers. On serait ridicule, 
si après avoir parcouru les villes les plus cé- 



lèbres l'une après l'autre, on les avoir vues pein- 
les séparément, on s'imaginait pour cela connaître 
h forme de tout l'univers et en comprendre la si- 
tuation et l'arrangement 11 en est de ceux qui, pour 
savoir une histoire particulière, se croient su flisam- 
mcntinstruiu detout, comme de ceux qui après 
avoir examiné les membres épara d'un beau corps, 
se mettraient en tète qu'il ne leur reste plus rien ' 
à apprendre sur sa forée et sur sa beauté. Qu'on 
joigne ensemble et qu'on assortisse les parties, 
qu'on en fasse un animal parfait, soit pour lecorps, 
soit pour l'âme, et qu'on le leur montre une se- 
conde fois, ils reconnaîtront bientôt que la pré- 
tendue connaissance qu'ils en avaient d'abord était 
bien plus un songe qu'une réalité. Sur une partie 
on peut bien prendre quelque Idée du tout, mais 
jamais une notion. De même l'histoire particulîc*re 
ne peut donner que do foibles lumières sur l'his- 
toire générale. Pour prendre goût à cette «Hude 
et en foire profit, il fout joindre et approcher les 
événemens; il fout en distinguer les rapports H les 
diflérenees. 

Nous commencerons le premier livre on finit 
l'histoirede Timée(4); je veux dire|>ar Ui pn^mière 
expéditioii que les Romains firent bon l'Italie, ce 
qui arriva en la cent vingt-neuvième olympiade <5K 
Ainsi nous serons obligés de dire qnand,commont 
et à quelle occasion, après s'être bien établis dans 
l'Italie, ils entreprirent d'entrer dans la Sicile, 
car c'est dans ce pays qu'ils portèrent d'abord 
leun armes. Mous nous contenterons de dire sim- 
plement le sujet pour lequel ils sortirent de cliex 
eux, de peur qu'à force de chercher cause sur 
cause, il ne nous en reslo plus pour en foire le 
commencement cf la base de notre hiseoire. Pour 
le temps, il nous fondra prendra une époque cihw 
nue, dont tout le monde convienne et qui se 
distingue par elle-même, ce qui n'empêchera pas 
que, reprenant les choses d'un peu plus haut, 
nous ne rapportions, du moins en ahré^é, tout 
oe qui s'est passé dans cet Iniervaliew Cette éfioque 
ne peut ètra ignorée ou même disputée, que tout 
œ que l'on raconte ensuite ne pnraisBe douteux 
et peu digne de foi ; au lieu que, lorsqu'elle est 
une fois bien établie, on se persuade aisément 
que tout le reste est certain. 



HISTOIRE GÉNÉRALE 



DE LA 



RÉPUBLIQUE ROMAINE. 



CHAPITREPREMIER. 

NvMivnycrfilion des Roamlo^ bor» ûe l'tiadi'. — Messine esi 
•v^rbr pdr Ira f^mpanircis , el Rlirgto par >|ij,iLtre in il le Ko- 
MA». — lome pij-*H celte ijernicr*' irnhi^on- — I-es r\im(«i- 
iÉB»«« S«nK?rtm4 , baituft |Kir llieron , firi^teur de î)>r jrii$4*. 
iflflwnit le ^^eoiirï «les Iîûm.iiris ei rfibiicnncm. t|Uoi(|ue 
tHpAls 4«la Dk^vuke peHïdic «|np \t^ Rliéfflnois.- 1>i'rahe 
émS§tÊtnmw el de* tlarttiagiuoif. — RHruit<>4e lliflron. 

Ce fol dans la cli\*neuviôiîie antiro aprrs 

kcimibAi naval tlopiié près de la \i\\v d'.E- 

Ii^>!:ini4is clans r}Irltes|K>nt, cl la seizSritic 

inuilUi lialaillc de Leuclrcs, l'anure que le» 

tjcrilèaiaiiiens , par les mins d'Antalcitlc , 

fa<tiillt|iti!i avec les Perses, que Detiîs Pati- 

cîpn.^nès avoir vaincu lesGrers d'Italie sur 

bkirlsde rEHépore, fil le sié^'e de Ilhé^îo, 

H que les Gaulois s'cmparêrcol de Rome (5), à 

rr\rt*pliofi du Capilole; ce fuf, dîs-je, eeUe 

winèrqiic Ic5 Boniaîn?î, ayaut fait une (re\e 

w%ec 1rs Gaulois, aux cruidllions qu'il plut à 

optiv-cî d'exiger, après a vêtir corilre luiile es- 

frrancc regagné leur patrie et a^oir un pr'u 

an^nnenlè leurs forées, drrlart*rent ensuilr la 

pierre à leurs voisins. Vainqueurs de Ions 

Iw Litins , ou par leur courage ou par leur 

lKHi\ieiir, îk portèrent la guerre chrz les 

SamnUes , qui, a T orient el au sepïenfrion , 

nmfioeiit le pav^i des Latins* Quelque temps 

iprès , vî un an avant que les Gaul(»rs fissent 

imipuVin dans la Grèce (7) , fussent dèi'aits h 

Delphes et sk' jetassent dans l'Asie , les Ta- 

rfulins Graignant que lesHomnins netirassenl 

>eiijeance de Tinsulte qu'ils avaient faite 




LIVRE PREMIER. 



leurs anibassadeui*s t appelèrent Pyrrhus à 
leur secours. Les Romains ayant soumis les 
Tvrrhêniens el les Samnites, el avant gagné 
plusieurs \irlt tires sur les (lanlois répandus 
flans IMtalîe, îh pusèrentaloi-s à la conquête 
du reste de ce pays, qu'ils ne rejjfardaient 
plus comme étranger, mais roinme leur ap- 
partenant en pnqïre, au moins pour la plus 
grande partie. Evereèsel aguerris par le?^ ctuu- 
hais qn-ils avaient soutenus contre les Sani- 
nites et les Gaulois, ils entreprirent de marcher 
c( m trc Pyrrhus, le rliassèrenl d'Italie, et dé- 
lirent ensuite *<jus ceux qui avaient pris parti 
pour lui. 

Après avoir vaincu leurs ennemis et suh- 
juguê tous les peuples de Tltalie, aux Gaulois 
près, ils conçu rent le* dessein d'assiéger les 
Boniains qui étaient alors dansRhègîo. 

Cesdï^ux lîïles, Messîne ci llliégio, toules 
deux lïûties sur le même déiroît, eurent à 
peu près le niéinesort. Peu avant le temps 
dont nous icnotis de parler, les Canipaniens 
qui èlaienl a la solde d'Agallioclès , charmés 
depuis Inng' temps de la beauté et des autres 
avantages de Messine, eurent la perfidie de 
sVn saisir, sctus le heau semhîaut iVy vivre eu 
bonne intelligence avec les citoyens. II» t 
entrèrent tomme anii^: mais ils n'y furent 
pas plutôt , qu'ils chassèreiU les uns, massa- 
crèrenl les autres, prirent les femmes et les 
en fans de ces malhenreux , selon que le 
h isard les fit alors tomber cuire leurs mains , 



I 



Ç HISTOIRE GÊXÊHALE DE L 

et parUgerenl enlre mx ce qti'tl \ avait de 
richesses dans la ville et dans le pays. 

Peu après , leur trahison trouva des iinila- 
teurs. L'irruption de Pyrrlnis en Italie et les 
foiws qu'avaient sur mer les Carthaginois , 
avant jeté la crainte et Tèpouvanle parini les 
Rhêgiuois , ils iroplorèrenl U protection et le 
secours des Romains. Ccu\<î vinrent au 
nombre de quatre mille sous la conduite de 
Dècius Campanus. Pendant quelque temps ils 
gardèrent Edêlemenl la ville; maïs éblouis 
de ses agrèmens et des richesses des citovens, 
ils firent alliauce avec eux, comme avaient 
fait les Campaniens avec les Messinois, chas- 
sèrent une partie des habilans, égorgèrent 
Tautre , et se rendirent maîtres de la ville. 

Les Romains furent très- sensibles à cette 
perlidie. Ils ne purent y apporlcr de remède 
sur le champ, occupés qu'ils étaient au\ guer- 
res dont nous avons parlé; mais dès qu'ils les 
eurent teroiinèes, ils mirent le siège devant 
Rbêgio. La ville fut prise , et on passa au fd de 
Tépée le plus grand nombre de ces traîtres , 
quij prévoyant ce qui devait leur arriver, se 
défendirent avec furie. Le reste, qui s'élevait 
à plus de trois cents> ayant été fait prison- 
nier et envoyé à Rome , y fut conduit sur le 
marché par les préteurs, battu de verges et 
mis à mort, exemple de punition que les Ro- 
mains crurent nécessaire pour rétablir chez 
leurs alliés la bonne opinion de leur foi 1 On 
rendit aussi aux Rhéginois leur p;ns et leur 
ville. Pour les Mamertîns, c'eslâ-dire les peu- 
ples de la Campanie, qui sV*taient donne ce 
nom après avoir surpris Messine , tant qu'ils 
furent unis avec les Romains qui avaient en- 
vahi Rhégio, non seulement ils demiurèrent 
tranquilles possesseurs de leur \ ille et de leur 
pajs, mais ils inquiétèrent fort ks Cartliag^i- 
nois cl les S>racusaius pour les terres voisi- 
nes , el obligèrent une grande [partie de la Si- 
cile à leur i>ayer tribut. Mais ceux qui tenaient 
Rbégio n'eurent pas été plutôt assiégés , que 
les ch«>!>es changéreul de face ; car, privés de 
tout secours, ils furent euv-mémes repousses 
cl rt*nfcnnés dans leur ville par les Sjracu- 
K^JBS pour les raisons que je vais dire* 

flijipefislan lî'étaut nu^e cuire lescito\eus 



\ RÉPLBLIQLE ROMAINE. a. i iTij 

de S\racuse et leurs troupes, celles ci s^arrè- 
tant autour de Slergana, élurent [mur chefs 
Artêniidore. et lliéron qui dans la suite les 
gouverna. Ce dernier était alors fort jeune a 
la vérité, mais d'une prudence et d'unematu- 
riléqui annonçaient on grand re*i. TInnorèdu 
commandement , il entra dans la ville par le 
mo}i'n de quelquesamis , et maître de ces gens 
qui ne cherr baient qu'à tout brouiller, il se 
conduisit avec tant de douceur el de grandeur 
d'Ame, que les Suacusains , quoique mécon- 
tens de la faculté que s'étaient atlribuée les sol- 
dats, ne laissèrent pas de le faire préteur 
d^un consentement unanime. Dès ses pre* 
mières démarches , il fut aisé de juger que ce 
préteur aspirait à quelque chose de plus qu'à 
sa charge. En effet, voyant qu'à peine les 
troupes étaient sorties de la ville, que Syra- 
cuse était Iroublèc par des esprits séditieux 
el amateurs de la nou\eauté, et quoLeptinus, 
distingué par son crédit et sa probité , avait 
pour lui tout ïe peuple» il épiusa sa fdle, 
dans le dessein d'avoir toujours dans la ville 
par cette alliance un bi>nmie sur tetjuel il pi>t 
compter, lorsqu'il scTail obligé de marcher à 
la téie des armées. Pour se défaire ensuite des 
vétérans étrangers, esprits remuans et mal 
intentionnés, il mena l'armée contre les Ma- 
mertins comme contre des barltares qui oc- 
cupaient Messine. Campé auprès de Cento- 
rijK*, il range son armée en liatfitlle le long du 
Cvamozore, tenant à l'écart la cavalerie cl 
l'infanterie syracusaine , cf»mme s'il en eût 
eu affaire dans un autre endroit. Il n'oppose 
aux Mamertins que les soldats étrangers, les 
laisse tous tailler en pièces, et pendant le car- 
nage, il retourne tranquillement à S\racusc 
aiec les troupes de la ville. L'arnK»e ainsi 
purgée de tout ce qui pouvait y causer des 
troubles el des séditions, il leva par lui-même 
un nombre suf lisant de troupes soldées, et 
remplit ensuite paisiblement les devoirs de si 
charge. Les barbares , fiers de leurs premier» 
succès, se ré|>audant dans la campagne, il 
marcha contre eux avec les trou|ie$ syracu- 
saines quHl ai ait hm\ armées ci bien aguer- 
ries, et leur livra bataille dans la plaine de 
Mile sur lo Lord du Uniganus» Luc gtaudc 



Lriss^j 



LlVitli l 



pirlie des ennemie resta sut la place 
liefs fiirenl faîb prison uk'rs. Kelouriié à Sy- 
ntitôc, il \ fui déclaré roi |irir lous le^i utiles. 
La perle de celte bataille , jt>iijtc à la prise 
à Bbégio ^ dérangea enliéreineiiL les alTaires 
fe Mameriios. Les uns eureul recours au£ 
Carthaginois , aasquelles ils se livrèrent eux 
d leur €iudf*lle ^ le^» autres abaiidoiinéreiil la 
rilleaux Bomaios^ cl les (ire ut prier de veair 
1 leur secour», « grâce ^ diâait-on, qu^ils ne 
pouvaient refuser à des gens qui étaient de 
flie'iue DJlJou quVux . n Les Romains hésitèrent 
ioEg-Iemps sur ce qii^ils répondraient. Apres 
noir puni avec une extrême sévérité leurs 
pfwpres d(u> eos pour avoir Iralii les Rhégi- 
iob, ib ne pouvaient avec justice envo>er 
iiifecours aux Jlaoïertîns. qui s'étaient em- 
)tti<èp«raiie scmlibLle trahison, non seule- 
antdeMcssino^ luai^» encore deRhégio. D'un 
iiitrec6té» U était à craindre que les Cartha- 
ftnoU, déjà maîtres de l'Afrique, de plu- 
sicfiripra^iaces de l'Ibèrie et de toutes les 
lies ili*s mers» de Sardaigne et de Tyrrhénie, 
i^cQipariuii encore de la Sicile , nVnvelopas- 
mi toute ritaJic et ue devinssent des voi- 
«fisfonuidiLbles } et ou vovait racilenn^nt qu'ils 
sukjogueratont bientôt cette ile , si Ton ne 
itttHiraîl les Mamertins. Messine leur étant 
lii^ildoiiDéc^ iU ne tarderaient pas long-temps 
à fv«idre Syracuse. Souverains, comme ils 
r^êkmU de presque tout le reste de la Sicile, 
dette expédition leur devait être aisée. Les 
pfcfFTMifl^ prévoyant ce malheur et jugeant 
qtfVV m fallait pas perdre Messine, ni per- 
nêtUrc aut Carlliaginois de se faire par là 
wmmc un pont pour passer en Italie, furent 
biif*leftips à délibérer. Le séual même, par- 
lasà Igileinent entre le pour et te contre, 
ne fookit rien décider. Mais le peuple, acca- 
Ué par le» g:uerrcs précédentes et souhaitant 
i%œ ardeur de réparer ses pertes, poussé en- 
cure à cela tant par l'intérêt commun que 
par Id» avantages dont les préteurs llaltaient 
dwpe parlicttlier, te piuiple , dis je , se dé* 
dam «a faveur de cette entreprise , et on en 
dnittt UD plébiscite. Appius Claudius, Fun 
dey consuls, fut choisi pour conduire le se- 
M i>a b fit partir pour Messkc» Les 



'.—CHAPITRE I 

cl les 



•s 



Mamertins anssit6t, partie par menaces , par- 
tie par surprise , chassèrent de la citadelle lo 
préteur qui y commandait de la part des Car- 
thaginois, appelérejit Appius et lui ouvrirent 
les portes de la vîlle; et l'infortuné préteur, 
soupçonné d'imprudence et dehkheté, fut al- 
taché à un gibet. 

Les Carthaginois , pour reprendre Messine, 
firent avancer auprès du Pélore une armée 
navale, et placèrent leur infiinlerie du côté 
de Sènes* En même temps lliénm profite da 
roccasion qui se présentait de cliasser toul-à- 
fait de laSicileles barbares qui avaient envahi 
Messine, Il fait alliance avec les Car ihaginois, 
et aussitôt part de Sjracuse pour les aller -, 
joindre. Il campe vis à*vis d'eux proche la f 
monlogne nommé Chalciilique , et ferme en- 
core le passage aux assiégés par cet endroit. 
Cependant Appius, général de l'armée ro- 
maine, traverse hardiment le détroit pendant 
la nuit j et entre dans la ville. Mais la voyant 
pressée de lous côtés, et faisant réllexion quo 
ce sié^e pourrait bien ne pas lui faire d'hon- 
neur, les ennemis étant maîtres sur terre et 
sur mer, pour dégager les Mamertins, il lit 
d'aliord parler aux Carthaginois et aux Syra- 
cusains; mais ou ue daigna pas seulenieul 
écouter ceux qu'il avait envoyés . Enfin la né* 
cessité lui fit prendre le parti de ha.sarder uno 
bataille et de commencer par attaquer les Sj- 
racusains. Il met son armée en marche , Ui 
range en bataille , et trouve heureusement 
Iliéron disposé à se battre* Le combat fut 
long, Appius remporta h victoire, repoussa 
les ennemis jusque dans leurs retranehemens; 
et après avoir abandonné la dépouille dei 
morts aux soldats, il reprit le chemin do 
Messine, 

1 lien m soupçonnant quelque chose de si- 
nistre de celte alïaire, aussitôt la nuit venue, 
retourna promptement à Syracuse, Cette re- 
traite rendit Appius plus hardi; il vit bien 
qu^îl n'y ^vaît pas de temps à perdre et qu'il 
fallait attaquer les Carthaginois, Il donne or 
dre aux siddals de se tenir prêts, et dés la 
pointe du jour il va droit auv ennemis, eil 
tue un grand nombre, et contraint le reste à 
se sauver dans les vilicscir cou voisines ^ puig. 



I 



8 HISTOIRE GENERALE DE LA REPIBIJOIE ROiLvrSE 

lK>UÂsaut sa forlunr , il fail l*^i er le sîûge , ra- 
vage k*s campaîînrsdes S} ractisaitis et de kurs 
aillés, sans qur persoîiiie oh* lui remisier, e* 
pour comble uiel enfm le siège devant Syra- 
cuse. 



CHAPITRE H. 

filière df.s d^i itrcmifrh lirrei i}ui serrriit eoronip de préum- 
Me à l'hlslotre de Potjbe. — Ju gênent que cel hbtorien 
porte iur Pbltinuf et F«bius. 

Telle fut la preniièrc expinlitioii des Ro- 
maîm hors de T Ilalie, cl les raisons pour les- 

I quelles ils la firent alors. Rien, ce me semble, 
nV'tait pkîs propreà élaldîr la première époque 
de notre hisloire. Nous avons remonté un peu 

I liaut , pour ne laisser aueun doute sur ce qui 
a doDoè lieu à cet événement. Car , pour 
mettre les lecteurs en état de bien juger du 
faite de grandeur où l'empire roniaîii est par- 
leou^ il était Lm>u d'examiner de suite com- 
ment et en quel temps les Romains, presque 
rhass4j^ de leur propre patrie, commencèrent à 
obtenir de plus b eurent succès; eu quel temps 
et comment^ ri talie subjuguée, ils pensèrent 
à étendre leurs conquêtes au dehors, Qu^oii 
lie soit donc pas surpris si, dans la suite, par- 
lant desètaisqui ont f^iit le plus de bruit dans 
le monde, je remonte à des temps plus recu- 
lés : c'est pour commencer aux choses qui 
font connaître pour quelles raisons, en quel 
temps el par quels moyens chaque p*'uple est 
arrivé au point où nous le \ oyons. Mais il est 
temps de revenir à notre sujet. Voici en peu 
de mots de quoi traiteront les deux premiers 
livres, qui seront comme le préambule de cet 
ouvrage. 

Nous commencerons par la guerre que se 
firent en Sicile les Romains et la république 
de Carihage. Suivra la guerre d'Afrique , qui 
sera elle-même suivie de ce que tirent dans 
l*Espâgne Amîlcar, Asdrubal et les Carthagi- 
nois. Ce fut alors que les Romains passèrent 
dans rilhrie et dans ces parties de TEunipe, 
Ensuite viendront les combats que les Ri»- 
mains eurent à soutenir dans Tllalic c(mtre 
le» Gaulois. Nous tinirous le préambule et 
le second livre par la guerre apjielèede Clé*v 
mène, laquelle se lit eo ce temps là chez les* 



I t. linj . 

Grecs. Nous n'entrerons pas dans le détail dc^ 
ces guerres, notre dessein n'étant pas d'en^ 
écrire l^htstoire.mais seulemetit dv les prèsen-îti 
1er eu i-accourci suusies yeux, pour préparera* 
la lecture des faits que nous avons à raconter»» 
Dans cel abrégé , nous ferons en sorte que lesf 
derniers évènemens soient liés avec ceux qui M 
commenceront notre bistfiire, (]ette liaisou ^ 
justifiera la pensée que j -ai eue de rapporter i 
en peu de mots ce cpii se trouve chez les au tl 
très historiens, et facilitera rintcllfgenre de ^ 
ce que je ihns dire. Nous nous étendrons un i 
peu plus sur la guerre des Romains et des ; 
Carthaginois en Sicile, car on aurait [R^ne h , 
en tnmverune qui ait été plus longue , à la- 
quelle on se soit préparé avec plus de soin , 
où les evploils se soient suivis de plus près , 
où les coin liais aient été en plus grand nom- 
bre , où il se soit passé de pbis grandes rbo- 
ses. t'omme les coutumes de ces deuv états 
étaient alors fort simples , leurs richesses mé- 
diocres, et leurs forces égales , c'est piir celte 
guerre, plutôt que par celles qui Pont sui\ie^ 
que Ton peut bîen juger de la constitution 
parliculiére de ces deux n*publiques. 

l ne autre raison encore m'a engagé à un 
plus bmg détail sur cette guerre: c\*st que 
Philinus(8)et Fabîus(^), qui passent pour en 
avoir prié le plus savanmienl , ne nous ont 
pas nippi»rlé h*s choses avec autant de fidé- 
lité qu'ils devaient. Je ne crois pas qu'il aient 
^oulu mentir; leurs mœurs et la secte qu'ils 
professaient les mettent a couvert de ce soup 
eon ; mais il me semble qu^il leur est arrivé ce 
qui arrive d'ordinaire au\ amans à l'égard de 
leurs mailress«^s. Le premier ^ suivant Tinclt- 
nation qu^îl avait pour les Carthagim»is , lt*ur 
fait honneur d'une sagesse, d'une prudence 
et d'un courage qui ne se démentent januiis.el 
représente les Romains comme d'une conduite 
tout opposée. Fabius, au contraire . donne 
toutes ces vertus aux Romains et les refuso 
toutes aux Carthaginois. Dans toute autrecîr^ 
constance, une pareille disposition n'aurait 
peut-être rien que d'estimable. Il vsi d'un 
hf >nnéle homme d'aimer ses amis et sa patrie, 
de haïr ceux que ses arnî^ haïssent, et d^ai- 
mer ceux qu'ils aiineul. Mais ce caractère 





I l »l î 

if^incompalibic a ver le rôk- d'bistorien* On 
•».l alors oWîgù de louer s<*s ennemis lorM|ue 
djrsaclîons sont viainienl lmiiil>les, etdrblîV 
^ns niêiiageraeiil ses plihi jjrands amis 

llsqae iears fautes mêritcîil leblAine.La réri- 

f i«târhistoîre ce que les yeux soal au\auî- 
iiau\. Si Von arrache les yeu\ à ceux-ci, ils de- 

' ricoDcni inatiîes , et si de l^histoîre on ôte la 

I térilê, cUç tfesl plus bonne a rien. Soit amts^ 
\m\ cnîicmis. on ne doit à ref^^îird des uns et 

âesaatre^ comuXlcr que la justice. Tel nu^ine 
ié(r tilàmêpour une chose, qu^il faul hmer 
pour mie aci Ire; nVlanI pas possihle qu'une 
•éme persrmne ^ise toujours droit au hut, 

II Traisemblable qu'elle sVu écarte toujours. 
En tin mot, il faut qu'un hislrtrien , sans au- 
mn égard pour les auteurs des actions y tic 
forme son jagcmetitqiîesur lesactîons mômes. 

Oaelques exemples feront mieux sentir la 
snliditè de ces maximes. Philinus » entrant en 
maliiTcau cjjiniiieiicement de s(m second H- 
irr, ait que les Carthapjioois et les Svraeu- 
siiof mîreiil le siège devant Ulesslnc ; qii\i 
' les Romains furent arrivés par mer dans 
' \flle 5 qu'ails Brent une sortie stir les Sv- 
liensains; qiren a}4int été repoussés avec 
ffiie ib renlrcreut dans Messine ; que, revc- 
■«§ ensuite sur les Carthaginois, ils perdi- 
Tçnl lieaticonp des leurs, cm tués ou failspri- 
sofinîcR. Il ditde Hiéronj qu'après la haïaiile, 
ia léietui loiinia tellement , que non seulc- 
lOeal il mille feu à son camp et s'enfuit de 
miil à Syracuse, mais encore abandonna tou- 
tes Ves îortercsses qui étaient dans la campa 
/^e i/e JfGssfnc. H n'épargne pas davontn^e 
les Carffia|Q>inots '• a Pen tendre, ils quittèrent 
lears relranchemens aussitôt après le combat, 
Kî dispcnk'Tenl dans les villes voisines, et 
aocfin d'eux u^osa se montrer au dehors* Les 
ebefs , Totant les troupes saisies de fra veur , 
rr ' ' ,( de sVxpostT à une bataille dêcî- 
^1 > n lui encore, les Romains, pour- 

mvsifii les Carthagin€>is , ne secontcnlèrent 
pais ffc itesoler la campa prnc , mais entrepri- 
ffwl tiisit d'assiéger Svraeusc. Tout cela 
efl, à moo sens, fort mal assorti, et ne 
mérite pfts même d'être f xnmiïiè. Ceux qui, 
*<*ja cet historien, assiégeaient Messine et 



LIVUE I . — CHAMÎRE 111. 



rem por (aient des \ie toi res, sont ceux-là mô- 
mes qui prennent la fuite , qui se réfugient 
dans It^s villes, qui sont assiégés, qui trem- 
blent de peur; et au contraire, ceux qu'il 
nous dépeignait comme vaineus et assiégés , 
i! nous les tait voir ensuite poursuivant les 
ennemis, se rendant maîtres de tout le pays , 
et assiégeant Syracuse. Quel moyen d'acror- 
der ensemble ces contradictions? Il fautde né- m 
cessjlé, ou que ee qu'il avance d'abord, ou ^ 
que ce qu'il dit des èvéuemens qui (ml 
suivi, Si al faux. Or, ces événemcns sont 
vrais. Il est sur que les Carthaginois et les 
Syracusaius ont déserté la campagne et que 
leslbunains ont aussitiU mis le siège devant 
Syracuse. Il convient lui-même qu'EcbetIa, 
ville située entre les terres des Syracnsainset 
celles des Carthagin<KS , fut aussi assiégée. On 
ne doit dfinc faire aucun fond sur ce qu'il 
avait assuré d'abord , à moins qu'on ne \ euille 
croire que les Romains ont été en même 
temps et vaincus et vainqueurs. Tel est le ca- 
ractère de cet historien d'un bout à l'autre de 
son ouvrage , et on verra en snn temps qne 
Fabius n'i^st pas exempl du même défaut. 
iMais laîss<ms là vnfm rcs deux èerivains . et , 
par lajrmction des faits, tâchons de donner 
aux lecteurs une idée juste de la guerre dont 
il est question. 

CHAPITRE III. 

M. Ociâvilius f I H> ValeTitt:^ fotiL alliance a%ee Uiéron — Pn- 
liaratiFf^ ^f« Carlïiaglnob — Sî<^pe «J'ARrigenfc. — Pr^flnïf r 
cvmball^'Agngeiilf — Second comb^i cl Tctttm d Aouibal. 

IK^s qu'à Rome on eut avis des succès 
d'Appius dans la Sicile, on créa consuls 
M, Oclacilius elM. Valerius. et on leur donna 
ordre d'y aller prendre sa place. Leur ar- 
mée consistait en quatre légions, sans comp- 
ter les s<^cours que l'on lirait ordinairenn nt 
des alliés. Ces légions', chez les Romains, selé- * 
vent tems les ans, et sont composées de qua- 
tre mille hommes d'infanterie et de trois 
cents chevaux, A l'arrivée des consuls, plu- 
sieurs villes des Carthaginois et des Syracu- 
sains se rendirent à discrétion. La frayenrdO'j 
Siciliens, jointe au nombre et à la force des 



10 



HISTOIRE (iÉNÈRALE DE 



Jéytoasrom<iities, laisaiU roncLnoir à Ilièron 
ËB celle-ci auraient le; ili^U!», it dôpLHba 
aux roDsuls des aiiibassadours poar t rai Ut 
de paix el d'alliance, Oti ireut garde de rcfu 
ber leans olTresiuii t:n%iuiilque les Carthagi- 
nois, qui leiiaient la mer « iic lerniaâsejit lous 
les passajjres pour les vivres ; crainte d^autant 
mieux fondée , tpie les preiuières troupes qui 
a> aient traversé le dctroil avaieul beaucoup 
souffert de la disette. Lue alliance avec Iliè- 
ron mcttail de ce eûtê-la les légions en silrelé: 
f pu } douua d^abord les mains. Les coudilioDâ 
furent : que le roi n^ndrait aux H ornai os sans 
rançon ce qu^il avait fait de prisonniers sur 
eux, et qu'il leur paierait cent laleus d'ar- 
gent, Depuis ce temps, Iliéron, Iranquîlle à 
l'uiubre de la puissance des Romains , «i qui 
dans IViccasion il envnvail des secours , rôgua 
paisiblement à Svracusc , gouvernaul en roi 
qui ne cherche et n^aïubititjnue que Tamour 
el re^liuie de Ses sujets* Jamais prince oe s^esl 
rendu plus recoin mandable, el n'a joui plus 
long- temps des fruits de sa richesse cl de sa 
prudence. 

Ou apprit à Rome avee*beaucoup de joie 
Talliance qui s'êlail faite avec le roi de Syra- 
cuse, el le peuple s<* lit un plaisir de la rati- 
ier. On necrut pas après cela qu'il fi\l néces- 
saire dVnvoTer des troupes en Sicile ï deux 
légions suffisaient , p:inc que Hièron s'étant 
rangé du parti de Home , le poids de cette 
guerre nV^ait plus à beaucoup prés si pesant^ 
et que par là les armées auraient en abon« 
dauce toutes sortes de muiûlions. Les Cartha- 
ginois voyant que Ilièron leur avait tourné 
le dos, el que les Romains avaient plus à 
cœur que jamais dVuvahir la Sicile, pen- 
sèrent de leur côté à se mellre eu état de leur 
tenir tête et de m* maintenir dans cette ile, lU 
firent de grandes levées de soldats au-delà de la 
mer, dans la Ligurie, dans les (iaules, de plus 
grandes encore dans TEspagne , et ils les en- 
> obèrent t<iules en Sicile -, el , comme .Vgri- 
geiile était la ville b plus forte el ta plus im- 
portante de tïkutes celles qui leur apparte- 
naient Jls> jetèrent tous leurs vivres el touti*:^ 
kuiii troupes, cten tirent leur place deguerrc. 
Loi» coofrub qui ay aient fait la paix avec 




L\ RÉIHIILIOIE ROMAINE. [A. t.mj 

Ilièron étant de retour à Rome, on leur 
donna pour successeurs dans cette guerre L* 
Postbuniius et Q. Mamîlius, qui, ayant con- 
çu d'abord où tendaient les préparatifs que 
les Carthag^iuois avaient faits ii Agrigente, 
pour commencer la campagne jiar un exploit 
considérable, laîsst*rent la tout le reste, al- 
1 ér eu l a v ce tuu te I eu r a rii»é e ait aqu e r ce t te 
ville, canipcTentà huit slades(lO)dc la place, 
et renfermèrent les Carthagitïols dans ses 
murs. C'était alors le temps de la moisson. 
Un jour que les soldats, qui pré\ oyaient que 
le siège ne se tenoioerail pas sitôt , s'étaient 
débandés dans la campigoe pour ramasser 
des grains, les Carthaginois les vojant ainsi 
dispersés, fondirent sur ces fourrageurs cl la 
mirent aisémeut en fuite. Ensuite ils se par- 
tai^érent, les uns courant au camp pour le 
piller^ les autres auv^ corps-de garde pour les 
égorger. Ici, comme en plusieurs autres ren- 
contres, les Romains ne durent leur salut 
qu'a cette discipline excellente, qui ne se 
trouve chez aucun autre peuple. Accoutumés 
à voir punir de mort quiconque lùche le pied 
dans le combat ou abandonne son poste , ils 
Siiutinrent le choc avec vigueur, quoique les 
ennemis fussent supérieurs en nombre, il 
leur périt beaucoup de monde, mais il eu 
périt bien plus du cùté de^ Carthaginois, qui 
furent enlin en\eloppes» lorsqu'ils touchaieut 
presque au retranchement pour Farracher. 
L ne partie fut passée au fil de Pépée , le reste 
fut poursuivi avec perle jusque dans la ville. 
Ce combat rendit les Carthaginois plus réser- 
vés dans leurs sorties^ el les Romains plus 
circousi>ects dans leurs fourrages. Les pre- 
miers ne se prèsenlaut plus que pour de légè- 
res cscarmimcbes I les consuls partagèrent 
leur armée en deu\ corps : Tuu fut poste de- 
vant le temple d'Esiuiape, l'autre campa du 
c6té de la\ille qui re;,\irde Hèraclèe, et on 
fortifia Tin terv a) le qui était des deu\ côtés 
entre la ville el tes légions. On lira du cùle de 
la ville une ligne pour se défendre contre les 
sorties , et une du côté de la campagne pimr 
arrêter \cs irruptions du dehors, et c*m|^T le 
[lassàge à lous les secours que l'on pourrait ten- 
ter d'introduire. Des gardes avaucces claieut 




biribttèes sur Coul te terrain quiresUil cnirc 
^liffia» el le camp et d'osparo en cspa* c on 
mi prmiiquê des furlilicaliouî» au3L iiiflroUs 
fnkorèlaieol propres. Lcb alliés amas&aieiil 
b livres cl liis autres iminilions, cl les ap- 
xntiicsil il Erbes&e , ville peu éluiguéc du 
ranip j d^oii les Romains les faisaîenl venir, 
ieioriequ'î' lanquaienl de rien. 

Les choi' arêrcut dans U^ mtHiie élat 

pfi 4ftn\ f^'^M^niAHS au eovirou. Uien iledeeisiT 
AepAfl ni ir ' ^^ »ut se passai L enescamiou- 
dkc^ . Ccpc j r. C a r l b a g i nuis sou nVa i e n l 

IctdOûup lie ta latuioc » à cause de la foule 
^IiîlaiisquîsVlaiealrelireâdausA^TÎgeule^ 
ri] f a% aitau nioiu^cinquante mille lioaimes. 
Aiuiibêl} qui les eommandail^ ne sachant 
iittoaù doouer de la lèle , envoyait coup :)Ur 
ONiptCarlitagcs pour avertir de TexUrnulè 
mk fille était réiluîtc, et dematnler du se- 
OMir^. On chargea sur det» \ aisseaux de nou- 
l^lles lroupt!â L»l des èlëphaus , i|ue Ton lit 
cutNttrirecQSieileyCt qui devaient aller juin - 
4ir Ifannon . autre corn mandant des Cai iha- 
|îiioU. Celui-ci as>c*nîlda toutes SeS forces daas 
Hcridte, pratiqua dans Ivrbesse de sourdes 
qui lui eu ouv rirent les portes , et priva 
b l€ô légions des vivres et des autres se- 
rrai leur venaient de cette vitle ^ ah»rs 
ûmatos, assîégeanslout ensemble el a.v 
Me irouvcreut dans tine si grande di- 
'de?îf resct d^autres muiiilions ^ qu'ils 
ioiivcnten déliliération s^ifs ne lève- 
il pas le &têge y el cela sérail arrivé^ sans 
iljk «vViiiduÀlrie du rui de Syracuse, qui 
passer dam leur canqi uti peu de tout ce 
qui leur était uécessaire. Ilaimon vinanl d'nn 
C6té le» iégiofis romaines afraildies par la 
peMeetf^rla faniiueietderautre ses troupes 
ettélaldu c^nibaltre, après a^oÊr dounéordre 
i b ciVilerie numide de prendre les devans, 
de s^ipprocWr du camp des ennemis, dV-s- 
CvrnàodieriKHir attirer leur èav;^lerie a un 
COfiibâl.el ensuite de reculer jusqu'à ce qu'il 
fttanrivé, Hannou, dis-jc, part d'Héracléc 
a%ec M!S éfépbans . qui étaient au uondire de 
lie , el tout le reste de son armée. Les 
» selon Tordre qu^ils avaient reçu^ 
venus aux mains avec une des le 



LIVIIK i" — CIIAPITKE 1». 



M 





gions Ja cavalerie romaine ne manqua pas 

d'arcourir sur euvJIeu\-ci battent en re- 
traite » comme il leur avait été ordonne, eu 
atlendaul que les autres Iroupes les eussent 
joiiUs, Alors ils font volte-face , environueut 
les ennemis , eu jellenl un grand nombre par 
terre, et poursuivent le reste jusque dans leur 
camp. Aprt^s cet exploîl, llannou sV^mpara 
d'une colline appelée lorus, qui duminailsur 
Farméc romaine, et (pu eu était éloignée de 
dix slades ^ et s\v lof^ea. 

Pendant deux moisi) ne se tilcbafpie jour que 
de légères attaques qui ne décidaient rien. Ce* 
pfmdaitl Aunibat élevait des fauauxet eu> oyail 
souv eut ;i llanuon pour lui faire connaître Pe\* 
(réme disette où il se trouvait, et le mmdire 
des soldatsqne la famine contraignait de déser- 
ter. Sur cela llanooii preud le [wirtiilehasiirder 
uneijataille. LesHomaias pour les rai.sonsque 
nous avons dites, n'v étaient pas moins dispo- 
sés. Les années de par t el d'autre s'a\ anct^ut en- 
tre lesdiux <aiups el lecombatse dfjnue: il fut 
Um^; niaiseulin les troupes à la solde des Car- 
lba|^^iuois/qui se batlaieiil à la première ligue^ 
furent mises en fuite^ et tomkuitsur les élé- 
pbans el sur les rangs qui étaient derrière eux, 
jetèrent le troulde et la confusion dans toute 
Parméedes Carlbaginois. Elle plia de ttmles 
parl^. Il en resta nue fraude partie surleclianq) 
dekitaillei quelques-uns se s^m\èrenl à liera- 
clée; la pinparl des élépbans et tout le liagage 
demeujéreul aux HomaîusJ^i nuit venue, on 
était si couLenl il'a\oir vaincu et en même 
temps si fatigué , que Ton ne pensa prt*squc 
point à se tenir sur ses gardes. Annîljal ue 
se voyant plus de r<ss<mrce» prolila de cette 
négligence pour faire un dernier elfurl. Au 
milieu de la uuit il s*jrtil d'Agrigeitte avec les 
tnmpes étrangères, combla les lignes de gros- 
ses natttset reetmduisit S(ïu armée à la ville, 
siuisqui* les Romains s'aperçussent de rieiK 
A la pointe du jour ceux-ci ouvrant en lin les 
}eux, ue donnèrcnl d'abord que légéremenl 
sur rarrière-gardc d'Annil>aI^ mais peu après 
ils fondent tous aiLX portes; n'y trouvant rien 
qui les arrête, ils se jettent dans la ville, la 
mettent au pillage, et font quantité de prison- 
uicrs cl un riclie Lulio* 



12 



HISTOIRE (GÉNÉRALE DE I 
CHAPITRE IV. 



Le» RocD^Q» $c meUfiil en iser pour It pr^nit^re Toi^ — JHimerc 
évalili »'y prirent. *- Imprudence de €b. ComcJiuî» et d'Aniit- 
bél. -^ Corbeau 4e C. Duilltcis. -^ Bataille de Mjle, ~ Pelit 
eiploilei mort d'Anilctr. — Sièges de (|uelques ville» de SicUe. 

La nouvelle do la prise d^^grigente rem- 
plit de joie le s«uiat^ et lui doiirm de plus 
grandes idées qu'il n^avait eues juM|U'alors. 
CV-^it trop peu d'avoir saUTé les Mainerlîns. 
el de sVtrc enrichi dans cette guerre. On 
pensa loul de lîon à chasser cnlièremcni les 
Carlhag^inois de la Sicile : rien ne [larut plus 
aisc*el plus propre à étendre l)eaucoup la do- 
mination romaine. Toutes choses rêusî^issaienl 
assez à rarméc de terre. Les deux consuls 
nou\eau\, L. Valerius et T« Otiaciiius, suc- 
cesseurs de reu\ qui avaient pris Agrîgente, 
faisaient dans la Sicile tout ce que Ton iwu- 
\sài alteiidre dVu\, D'un autre côlé . CfHiime 
les Carlhaginoîs primaient sans couïredil sur 
la nier, on nuisait Irop rép<mdre du succès de 
la ^erre» Il esl vrai que. depuis la ctmqiii^le 
dWgrigente beaucoup de villes du milieu des 
terres, craipiaul rinfanterie des Romains, 
leur avaientouverl leursportes ; n»aisil y avait 
un plus grand nombre de \îlles niarilimes 
que la crainte de la (lotte des t^arlhainnois 
leur a^ait enlevées. On lialança long-lemps 
en(re les avantagea et les inconvéuiens de 
cette euln^pris<^ ; mais enfin le dégât que fai- 
sail souvent dans Pltalie Tarmée navale des 
Carthaginois, sans que l'on piU s'en venger 
sur TAfrique, lixa les incertitudes, et il fut 
rés<*!u que \\m se mettrait en mer aussi hien 
que les Carthaginois* El c'est en partie ce qui 
m'a encore porté à m^ètendre un peu sur la 
pierre de Sicile, pour ne pas laisser ignorer 
eu que! temps , de quelle manière , H pour 
quelles raismis les Romains out commeucé à 
c«|niper une flotte. 

Ce fut pour enqiécher quecette guerre ne ti- 
r^ten longueur, que la pnsée leuren viutpour 
In première foîs(1 1). Ils eurent d'abord ceni 
galères  cinq rangs de rames , et vingt à (rois 
rings. Im chose ne fut pas peu embarrassante. 
Ils ti^Avaient pas a!ors d'ouvriers qui sussent 
llclion de ces bâtimens h cinq rangs, 
te dans l'Italio ne s'en était encore 



Jl- 




\ RÉPl BUCHE ROMAINE. ii m i 

servi. Mais c'est mi se fait mieuv c*mnaitrf* ' 
l'esprit grand et Iiardi des Romains. Sans 
avoir de movens propres , siins en avoir même 
aucun de quelque nature qo^l fût , sans s'être 
jamais fait aucune idée de la mer , ils concoi- 
venl ce projet pourla première fois, et l'exécu- 
tent avec tant de courage, que dés lors ils osent 
attaquer les Carthaginois, h qui de temps 
iinmrniorial on n'avait contesté la sup«Viorité 
sur la mer. Mais voici une autre preuve de la 
hardiesse prudigieuse des Romains dans les 
grandes entre[>rises : lorsqu'ils résolurent de 
faire passer leurs troupes h Messine, ils n'a- 
vaient ni vaisseau\ pont<><i,nî vaisseaux de 
transport , pas même une felouque ; mais 
seulemeut dt*s biUimens à cinquante rames, 
et des galères à trois rangs, qu'ils avaient 
empmntéps des Taren lins , des Lo«"riens, des 
Kieales H des Napolitains. Ce fut sur ces vais- 
seaux qu'ils osèrent transporter leurs armées. 

Lorsqu'ils traversc'rent le détroit, les Car* 
tbagînoi^ étant venus fundn* sur eui, el un 
vaisseau pmtéqui s'était présenté d'abord au 
combat , avant échoué et étant tomlK*en feur 
puissance , ils s*en H*r^ irenl comme de nuMlèle 
pour construire toute leur flotte : de sorte 
que sans cet accident, n'avaut aucune e\p* 
rieuce de la marine , ils auraient été contraints 
d'abandinnicr leur entreprise. Fendant que 
lesuns étaient occupés à lafabriialiondesvais- 
seau\ , les autn^ amassaient des matelots el 
leur apprenaient à ramer. Ils les rangeaient 
la rame à la main sur le rivage dans !e même 
ordre que sur les bancs. Au milieu d' eut était 
un commandant. Ils s'accoutumaient à se ren- 
verser en arriére, et à se lïoisser en devant 
tous ensemble, à commencer el à linir k Tor- 
dre. Les matelots evercés; elles vaissi^aux 
construits, ils semirentcn mer» s'éprouvèrent 
pendant quelque temps, et voguèrent le long 
delà c<Me d'Italie. 

Cn. Cornélius qui commandait la flolK»* 
apri»s avoir donné ordre aux pilotes de cingler 
versle détn»it dés que Ton serait en étal de 
partir, prit avec dix-sept vaissiaux la nmle 
de SIessine , pour \ tenir pnH tout ce qui ser- 
rait néci-^saire. Lorsqu'il v fui arriu», une 
occatiou i'ctanl premilce de suqirenda* la 




LIVRE r .-CH.iPITRE IV, 



i« 



iil^ irs Liparicné j il la saisil ln>p légèrement 
! v*j[vprorlia de b TÎlk*. A celte iioiiireKc, 
iooîbal , cjui était à Palemic, 6t partir le sé- 
lalnir Bcïocle avec une escadre de v ingt vais- 
' «an. Celui -ci aTaara pendant la unit, et 

Iiteloppa dans le port celle du consul . I^^ jour 
tfOit r i^Hil Tèquipage se sauva à terre , et 
ixïroeliasèpou^aûtéj nesachont i|uc faire, se 
lendit aait enoeiuîs; apri*squui les Carlliagi' 
loikTeiiHimèreDt vers Anuilial^ menant a^ec 
aux, et Tescadre des Romains^ et le con^^ul 
fiif U Cùmmandait. Peu de jimrs apn's, 
yuMque retle avetiture fit beaticoup de bruit y 
isesVn fallut presque rien qu^Ariiiilal iw 
tùmbài dans la m4>nic faute. AvaiU appris que 
\n Romains qui loni^eaient la rùte dUt^lie 
VâpprfKbaieut, il voulut savoir par tui-mOmc 
cooibieii ils étaient^ vi dans quel ordre ils s^i- 
îaafiienL II prit cinquante vaisseaux; mais en 
teUanl le promontoire ifltalie, il rencontra 
Ineaaenm vof^uant en ordre de kitaille^Ptu- 
sieor» àeses vaisseau i furent (iris, et ce fut un 
niracle qu'il put se sauver lui-mtVne avec le 

Les Romains sV'tant ensuite appn chi%de 
bSJrîIc, et y avant appris raceidcot qui était 
arrivé à Cornélius, envoyèrent a (]. Duil- 
liiis, qui comniandait rarnièe de terre ^ et 
rilleodirenl. Sur le hruit que la Hotte des 
qm nats n^ètait pas loin , ils se disposèrent 
Ans combat naval. Mais eonunc leurs vais- 
liMDtélaîcnt mal construits > et d'une extrême 
peaanlciir^ quel(|U^un suji^gt^ni l'idée de se 
f^ni\f de ce qui fut depuis ce teuïps-là appelé 
âe3 rorbcaui. Voici ce que cVlait. 

tne pfc^ede l>oîs ronde , longue de quatre 
aunes j grosse de trois palmes de diamètre, 
était pbntêe sur la proue du navire i au haut 
delà poutre était une imulic; et autour, une 
échelle elouce à des planehes de quatre pieds 
Ae largeur , sur six aunes de long\ieur, dont 
on avait fait un plancher, pt^ré au milieu 
d^un trouoMong, qui emluassait la poutre à 
4euit aunes de réelielle. Des deux cùlès de 
Tel belle sur la longueur, on avait attaché un 
f4e-fou qui couvrait jusqu\iu\ genoux. Il 
avait au bout du mfitune espèce de pilou de 
Ter pointu , au haut duquel était un amic^au ^ 




de sorte que ttKite cette machine 
semblable à celles dont on se sert pour faire 
la farine. Dans cet anneau passait une corde, 
avec laquelle , par le nio\en de la poulie qui 
était au haut de la poutre , ou éte^ ait les cor* 
lieaux lorsque les vaisseaux s^appro<'haient , 
et on les jetait sur les vaisseaux ennemis ^ 
tantôt du côté de la proue, tanti^t sur li*s ciV- 
iHf selon lesdiffèrenles n^nconlri^s. Quand les 
corlKMux arcrochaient un navire , si les deux 
étaient joints pjir leurs cotés, h»s Homains 
sautaient dans le vaisSi\iu ennemi d'un IkhiI 
à l'autre; s'ils n'étaient joints que par la 
proue, ils avançaient deux à deux au travers 
du iorbeau* Les premiers se défendaient a\ec 
leurs iMiuctiers des coups qu'on leur iMjrlaii 
pardevant; et lessui^ans, pnur parer tes coups 
portés de cùté, a|»puvaient leurs buucliers sur 
te garde-fou. 

Après sVtre ainsi préi>aré, on n\itlendait 
plus que le teinips de combattre. AussitiH quo 
C Duillius eût appris l'étJiee que Tarmée na- 
vale avait reçu , laissant aux tribuns le eom- 
mandenient dL*rarmée de terre Jl allajttindre 
la Ilot te , et sur la nouvelle que les enneinis 
faisairnl du dégAI sur b^ terres de Alvle Jl la 
fil avancer ttnit entière de ce cùté-là. A ra|i- 
pnK^hedes Honiaiiis, les Carthaginois mettent 
avec joie k^urseent trente vaisseaux à ta Viïilej 
insultant presque au peu dV\[H*rience deslto- 
mains, ils tournent tous la proue ^ers eux, 
sans daigner seulement se mettre en ordre de 
balaille. Ilsallaieut comme à un butin qui ne 
pouvait leur échapper. Leur chef était cet An- 
nibal , i|uî de nuit s'était furtivement sauvé 
avec si's Iroupes de la ville d'Agrigente. It 
montait une galère à sept rangs de rames, qui 
avait appartenu à Pvrrhu^. D'abord les Car- 
thaginois furent ft^rl surpris de voir au haut 
des prouesde chaque v. isseau un instrument 
de guerre auf|ut"l ils n'étaient pas accoutumés. 
Ils ne laisscTcnt cependant pas d'approcher do 
plus en plus, et leur avant-garde, pleine do 
mépris pour tesenneinis , eommenea la charge 
avec beaucoup de vigueur j mais lors^juVin fut 
a PalKirdagc , que les vaisseaux furent accro- 
ches les uns aux autres par les corbeaux, quo 
lesRomain!^eutréreutau travers de celte ma- 



^ 



li 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA RÉPUBLIQIE ROSIAI^Œ, 



TA. i 



rltiii<« dans les yaisscaiii^ ennemis, et qu^ikse 
baltirenl sur leurs ponts ; ce fat alors comme 
u» combat sor terre. Une partie des Cartha- 
ginois fut taillée en pièces , les autres effrayés 
mirent baslesarmes. Ils perd iront dans ce pre- 
mier choc Irenfc vaisseaux et (oui rarmemeut. 
La galère capilainessc fui a'issiprist*, et Anni- 
bal ati désespoir fut fort henrcut de pouvf>ir 
se sauver dans une chaloupe. Le reste de la 
flûlle des (^arlhagimijs faisait voile dans le 
dessein d^altaquer les Romains; mais lorsqu'ils 
Tirent de préi* la défaite de ceux qui les 
avaient précédés, ils se tinrent à Pécari et 
hors de la portée des corbeaux. Cependant , h 
h faveur de la lé«îéreté de leurs bôlîmcns, ils 
avancèrent les uns vers les cultes* les autres 
vers la poupe des vaissseaux ennemis, comp- 
tant se battre par ce moyen sans courir au- 
cun risque ; mais ne pouvant , de quelque 
CfVlê qu'ils tournassent , éviter celte marhine , 
dont la nouveauté l(*s épouvantait , ils se reti- 
rèrent avec perte de cinquante vaisseaux. Une 
journée si heureuse redouble le coura;2re cl 
Tardeur des Romains; ils se jettent dans la 
Sicile , font lever le siège de devant Égestc^ 
qui était déjà réduite aux dernières e\l remî- 
tes, el preimenl d'<*mblée la ville de Macella. 

Après la bataille navale , Amilcar, chef de 
rarmèe de terre des Carthafrinoîs . auiot 
appris à Païenne, où il campiit, que dans 
Farmèe ennemie les Romains et leurs alliés 
n'étaient pas d'accord ; que Ton y disputait 
qui di*s Uns ou des autres auraient le premier 
ran^dous les combats, et que les alliés cam- 
paient séparément entre Parope et Termine, 
il tomba sur eux avec toute son armée pen- 
dant quSIs levaient le camp, el en tua prés 
de trois mille. M prît ensuite la route de i^ar- 
thaçe, avec le reste des vaisseaux qui avait 
èchap[>éaudernîercombat, etde là il passa 
sur d'autresenSard- îgne, avec quelques ca- 
pitaines de pilén*s des plus expérimentas. Peu 
de temps après, ayant été enveloppé pr les 
Romains dans je ne sais quel port de Sardat- 
giie( car a peine li*s Romains <*urenl-ils com- 
mencé h se mettre en mer , qti'ils pensèrent h 
envabif celte i!e). et > a\ant perdu quantîté 

tmiflseaux , il fut pris par ceux de ses gens 



"4 



k «Il 

m. 



qui s^ètaient sauvés et puni d'une mort boil^ 
teuse. u 

Dans la Sicile les Romains ne firent Ib^^^ 
campa jrne suivanfe rîeu de mémorable, Maii^|i 
A* Atilius Règulus el C. Sulpicius , consuls^ 
s'ètant venus mettre à leur tète , ils allèrent à,| 
Palerme , où les Carthaginois élaieuten quar-. 
tiers d'hiver. Étant près de la ville, ils ran-| 
genl leur armée en bataille; mais les ennemis | 
ne se présentant pas , ils marchent versïpi»ana, 
et la prennent du premier assaut. La ville de 
Multistrata , fortiliée par sa propre situation , 
soutint un long siège ; mais elle fui enfin cm 
portée* Celle des Caniariniens, qui peu aupa- 
ravant avait manqué de fidélité aux Romains, 



fut aussi pris** après uu sié^'e en forme , et sel 
murailles renversées. Ils s'emparèrent encore 
d'Euna et de plusieurs autres petites villei 
des Carthaginois. Ensuite ils entreprirent d'as* 
siéger celle des Lîpariens. 

CHAPITRE V. 

Kchtc r^iproque d« nomaîiu el de* CarthâK^ooist^ — Ribiifle 
iTEeiionie. — Ortloiiiiiii<*i' des Itomafiis fi des CtrtliB^iiou, 
— Cboc et victoire des Ronuios. 

L'année suivante» Régulus aborde à Tyn- 
daride, el v a^ant aperçu la lîolte des Car- 
thaginois qui passait sans ordre, il part le 
premier avec dix vaisseaux, et dimne ordre 
aux autres de le suivre. Les Carlhaginois 
voyant les ennemis, les uns monter sur leurs 
vaisseaux, les autres en pleine mer, et Ta- 
vanl'gardc fort éloignée de ceux qui la sui- 
vaient , ils se tournent vers eux , les envelop- 
pent , et coulent h fond tous leurs bâtimens , 
à l'etception de celui du consul qui courut 
lui même grand risque ; mais comme il était 
mieux fiiurni de rameurs, et plus léger, il se 
lira heureusement de ce danger. Les autres 
vaisseaux des Romains arrivent peu de temps 
après ; ils s'assemblent el se rangcu! de 
front ; ils chargent les ennemis, prennenl 
dix vaisseaux, el en coulent huit à fond. 
Le reste se relira dans les îles de Lipart. 
Les deux prlîs se faisant honneur de la vic- 
toire ^ on puiui plus que jamais, de part et 
d'autre, h se créer dt*s armées navales, et k 
le disputer Tenqiire ib; la mer. Pendant lontc 




iX.m. LIVRE I". — CHAriTRE V. 

iUpeâmpagne , le^ troupes de Icrre ne firent 
Élfiie de pelîtes eïpédilîoDs qui no Talent 
Hh peine d'èlrc remarquées, 

' 5iiivaDt on se met en mer. Les Ro- 
■vv itioaillent à Messine avec trois cent 



a 



ihite Tabscaux pontés j de Ih . laissant la Si- 

Iritl Icnr droite, et doublant le CiipPachy- 

îb dnglent vers Ecnome, parce que 

[Hvnite de terre était auv environs. Pour les 

jftlilia^iMKS, Us allèrent prendre terre à IJ* 

Ifjtoe arec Ireiîs cent cinquante vaisseaux 

[Mlilâfl ih Uljhèc ils allèrciU à Ilèracléc de 

ibosw Le but des premiers était de passer 

Itt Afrique^ d'en faire le théùtiede la guerre, 

tir réduire par là les Carthaginois ii défcii- 

fcç, non la Sicile, mais leur propre pairie. 

I LtfCirthag^inots au eoniraire, sachant qu^îl 

I Mtâbc d'entrer dans PAfrique et de la sub- 

]ii|TieT. ne craîgnaletil rien tant que eclte 

HfHÛsmf et voulaient rcmpêcher par une 

Comme ces vues opposées annoneaienl un 
ootniyt prochain, les Romains se tinrent prêts, 
it* ifcqiter le combat, si on le leur pré>en- 
tlil,e( à faire irruption dans le pavs ennemi, 
• l'on n'j mettait pas obstacle. Useboisisserit 
àm leurs troupes «le terre te qu'il ) avait de 
Bdlear^ et divisent toute leur année en qua 
tiv|Vti(», dont chacune avait deux noms : 
Vifmttèrc s^appelait la première lé^non, et ta 
pmnère Boite , et ainsi des autres. 1 1 ii\ avait 
fBe la ifaalriènie qui n^en ciitpas. OnTappe- 
iiit lecoffs des triaircs^ comme on a coutume 
AitX^ «çi^rfcr dans les armées de terre. Tuult* 
celle mokt navale était composée de cent 
qOÊfU^iê mille hommes , chaque vaisseau 
pottaoi Irots cents rameurs et cent vingt sol- 
dats. Les Carthaginois, de leur c(>té^ mirent 
aussi toos leurs soins à sedisptiser à un com- 
IaI navaL Si Ton considère le nombre de vais- 
«sut qn^tls avaient, il fallait qu^Jls fussent 
fins de cent cinquante mille honnnes. Qui 
peol » je fte dÎ!i pas voir , mais entendre seu - 
Jentenî parWr d*uit si grand nombre d^hnin- 
el de vaisseaux , sans être frappé , et de 
eipnrtanee de l'affaire qui va se décider^ 
et Je la puiisame de ces deux républiques? 
Ij^ Romains faisant réHexion qu'ils de- 



vaient voguer oblîquemeut , et que la force 
des ennemis consistait dans la légèreté de 
leurs vaisseaux , songèrent à prendre un ordre 
de bataille qui fût sûr, et qu^on eût peine 
à rompre. Pour cela, les deux vaisseaux h six 
rangs que montaient les deux consuls, Régu- 
lus et Manlius, furent mis de front à côté 
Pun derautre. Ils étaient suîiîs chacun d*une 
ligne de vaisseaux. La première flotte formait 
une ligue, et la seconde Taulre ; les bûli- 
mens de chaque ligne s'ècartanl. et élargis- 
sant Pinlervalleii mesure qu'ils se rangeaient, 
et tournant la proue en dehors. Les deux 
premières flottes ainsi rangées en forme de 
bec ou de coin, on forma de la troisième 
une troisième ligne f|uî fermait l'intervalle, 
et faisait front aux ennemis : en sorte que 
l'ordre de bataille a\ ait la figure d^un triangle. 
Cette troisième flotte remorquait les vaisseaux 
décharge. Enfin ceux de la quatrième flotte 
ou lestriaires, venaient après, tellement rau 
gès, qu'ils dèbord aient des deux ci*jtés la li- 
gne qui les prèct^dait : de cette manière, 
Tordre de bataille représentait un coin ou un 
bec , dont le haut était creux et la base solide, 
mais fort dans son tout, propre à rartion et 
difficile il rompre. 

Pendant ce temps- là les chefs des Cartha- 
ginois exhortèrent leurs soldats, leur Hiisant 
entendre en deux mots, qu'en gagnant la ba 
taille ils n'auraient que la Sicile h défendre; 
maïs que s'ils étaient vaincus, c'en était fait 
de leur propre patrie et de leurs familles ; en- 
suite fut donné l'ordre de mettre a la voile. 
Les soldats l'exécutèrent en gens persuadés 
de ce qu'tm venait de leur dire. Leurs chefs, 
pour se conformer h Pordonnance de l'armée 
romai ne j partagent leur armée en trois corps, 
et en font trois simples lignes. Ils étendent 
l'aile drtMtc en baute mer, comme pour en- 
velopper les ennemis, et tournent les proues 
vers eux. L'aile gauche, composée d'un qua- 
trième corps de troupes, était rangée en 
forme de tenaille , tirant vers la terre. Han- 
non, ce général, qui avait eu le dessous au 
siège d'Agrigente. commandait l'aile droite, 
et avait avec lui les vaisseaux et les galères 
les plus propres par leur légèreté il cnVc^ 




!I6 HISTOrRE GÉNÉRALE DE 

'o[^r les ciiuenijs. Le ch«*fd** VmU* gaiH-Iie 
«Hait cet AnnliMr , qui a^ail tlcjâ cujtimanili* 
Tjiidaride. 
Jelui-ci ayant mis le fort du combat au 
.fiQtrc de soii année, 5>e servit d^uii strata- 
gème pendant la bataille. Comme les CartEia- 
giiiois étaient raugès sur une shiiide lij^^ne , 
et que le^ Raraajus coinuiem;aieat par Ta (la- 
que du centre , alors * pour dè>uoir leur ar- 
mée, te rentre des Carthaginois reroit ordre 
de faire retraite* Il fuit en etfet, et les Rch 
mains le p<mrsuivent. I^i première et la sr- 
ronde flot te, par r et te manœuvre, sVloi;riiaieut 
de la troisième, qui remorquait les vaisseaui, 
et de la quatrième, où étaient le*s triaires des- 
lîni*s à les soutenir, (Juand elle^ furent à une 
certaine distaore, alors du vaisseau d'Aniil- 
car s'élève un signal, et aussitôt toute l'ar- 
mée des t carthaginois fond en même temps 
sur les vaisseaux qui poursuivaient. Les Car- 
llijiginois rem[R)rtaient sur les Romains par 
la IC^èrelê de leurs vaisseau\ , par l'adresse et 
la larilitè qu'ils avaient , tantùl a approeher, 
laiilùt à riM:uter ; maiii la \ igueur des Romains 
dans la mèlw, leui*s corheauv [xmr * et ro- 
cher les vaisseauv ennemis , la présence des 
généraux qui eomlmtlaient h leur tète, et 
sous les )on\ desquels ils brûlaient de se si- 
gnaler, ne leur inspiraient p.is moins de coa- 
ftauce quV^n avaient les Carlbaginois. Tel était 
II) choc de eeetUé-là, 

En même temps Hannoit qui» su commeo* 
cernent delà bataille, < tmimandait Taite droite 
à quelque dis tau ce du ri^te de Parmée, vient 
tomber sur les vaisseaux des triaires, et y 
jet«e le trouble et la eonfusioD. Les Cartha- 
ginois qui étaient proche de la terre, quittent 
aussi leur poste^ se rangent defroiil, en oppo- 
sant leurs proues, et fondent sur les vaisseaux 
qui remorquaient. Ceux-ci lâchent aussitôt les 
cordes, et eu viennent aux mains ; de sorte 
que toute cette bataille était dî^-isee en trois 
partii's, qui faisaient autant de combals fort 
éloignés Ton de l'autre. Mai^ parce que, selon 
te premier arrangemenl , les parties étaient 
d'égale force, l'avantage fut aussi égal; 
comme il arrive d'ordinaire , lorsquVntre 
deux partis les forc<»s «le Tun ne «édent en 



i aew\ p 



II 



LA RÉPl BLIQl E RO^rAlNE, a i m 

rien auv forces de Taulre. Enfin le corps qUgp 
commandait Amilcar* ne pouvant plu^ résit^ 
1er, fut mis eu fuite, et Maulius attacha k s*^ 
vaisseaux ceux qu'il avait pris. Régulusarriv* 
au secours des triaires (*t des vaisst^aux i$ 
charge, menant avec lu! les hùtimeus de h 
seconde flotte qui u\i\ aient rien souilert 
Pendant qu'il est aux mains avec* la llotti 
d'Haimou, les triaires qui se rendaient déjîi ' 
repreuueut courage, ri retourneutà la chargt* 
avec vigueur. Les Carthaginois attaques de- 
vaut et derrière, embarrassés et enieloppés^ 
par le nouveau secoui-s^ plièrent et priiTiit k" 
fuite. ' 

Sur ces en I refait***! , Maulius revient, et' 
aperçoit la troisième Hotte acrulée contre le' 
rivage par les Carthaginois de Taile gauche. ^ 
Les vaissiMuxde charge et les triaires ètanl* 
en siYretè , Règulus et lui se réunissent [Hjur ' 
courir la tirer du danger où elle était ; car elle * 
soutenait une espine de siè^e, et elle aurait ' 
peu rt'îiistê si les Carthaginois , par la crainte i 
d'être accrocht^, et de mettre lepiVe h la l 
main, ne se fussent contentés de la resserrer ' 
contre la terre* Les consuls arrivent, entou* 
renl les Carthaginois, et leur enlèvent ciu* 
quante vaisseaux et leur équipage. 0^tdi|ues- 
uiis ajant viré vers la terre, trouvèrent leur 
salut dans la fuite. Ainsi finit ce combat en 
particulier* Mais Pavantage de toute la ba- 
taille fut entièrement du cAlê dei^ Romains. 
Pour vingt-quatre de leurs vaisseaux qui [if 
rirent, il en [wrli [Àus de trente du vùlê ih?s 
Carthagimus. Nul vaisseau èt[uipc des Ro 
mains ue tomba en la puissance de leurs eu 
nemis, et ceux-ci en perdirent soixante-qua- 
tre, 

CHAPITRE Vr. 

Lf4 Rom«ias p«964rht ée AFii^iuc, tSii^itfDl Atph, et ilèMktfttl 
b çtmp*ga#. — Régula» mte wmî émm I Afrwiw . H h«t W 
Cii1lniii>ftli dcftal Aékê- — tl propMe de» coiHliiiiMii lie 
ptii (|al Mal rfj«lév« p«r Ir «éoât de C«rth«gr. 

ApK'S cette victoire ^ les Romains avanf 
Hiit de plus grosses provisions, radoutii* les 
vaisseaux qu'ils avaient pris, et monté ws 
vaisseaux d'un é<pii|pge sortabie àleurl>oun«3 
fortune ♦ cin;;lèreut \ers l'Afrique. Le» 
premiers navires iik^rdérenl au promont<jire 



|it.»l 



LIVRE I' , — CHAPITRE VI. 



17 



ittée ^oi, sVIcvaot du golfe de Car- 
1 1 ce dans la nier (1 II €ôlê de la Sicile. 
ni là les biMimeus c|ui les sui- 
il; el après avoir asscmMé toute leur 
htif ils Icmgèretit la rôle jusqu^à A><{ijs. Ils 
^tttrqtièreD I ^, t i rc te n i le ii vs v a i ssea ii \ d ans 
tport, les couvrirent d'un fossé et d'un re- 
I , cl î^ur le refus que fnenl les ha- 
d^ouiTÎr les portes de leur ville, ils v 
QÎrenl \e yik^t, 

Crox des f^nenits, qui après la bataille 
i*Ukai refCiÈUS a Carthii|?e, persuadés que 
g Booiitiis , enflés de leur victoire^ ne man- 
ftmreni pas de faire bientôt voile vers ectto 
lie, a^aîeot mis sur nier et sur terre des 
^mfn pour en garder la eùtc. Mais lors- 
(1% yppri reo t que les ^ Ro mains a v fi ie 1 1 1 dé- 
iwfié , et quHIs assiégeaient Aspis . ils déses 
fnknki dV'iopécber la descente , et ne son^'é- 
M^m ini'à lever des troupes et a garder 
Qglhiy g| leg environs, Los Romains, mai- 
Ib» ifXsfbf j laisst^ut une garnison snlti- 
Wp pour la garde de la \ ilie et du pnys. Ils 
^laieol ensuite à Rome pour y faire savoir 
ftfDèlaîl arrivé j et pour y prendre des or- 
As sor ce qui se devait fidre dans la suite. 
batlendant ces ordres , toute rarmée fit du 
i^pi imms la campagne. Persrmne ne un- 
ie les arrêter, ils ruinèrent plu- 
de campagne ntagnitiquenient 
hêlin, Ërievêreut quanlilé de besliaux , pt fi- 
Mpio^de vingt mille esclaves. 

Sor cesentrefaiies^ arrivèrent de Rome des 

nmsjma, «gnl apprirent ([u^il faliait qu'un 

àes eoBsuls rvsiàt avee* des tnmpes suflisan- 

to^ W ifoerjotre eonduisit à llonie le reste 

et l^armèe. Cl* fut Régulusqui denieitra avec 

fDBffaaIè vaisseaux , qnin/c mille lantassins, 

f< eîoq reols chevaux, ^fanlttis prit les ra- 

Veur^et les captifs, et rasant la e<Me de Si- 

dt, arriva à Rome sans avoir couru aueun 

risque , 

Le:* i'arihaçtnois voyant qn«^ la guerre al- 
lait jw* faire aver plm de lenteur, élurent d'à- 
boiA deu^r rommandans , Asdrubal, fils de 
UaiMMiii, el Bostar. Ensuite ils rapindén-nt 
i^Bénàâ^ Auitlcar, rjui se rendit anssitiM a 
Cvdkigi^avec cinq cents chevauxel cinq nn'lle 



hommes d'infanterie. Celui-ci, en qualité de 
troisième commandant, tint conseil avec As- 
drubal sur ce qu'il y avait à faire, cl tous deux 
furent d'avis de ne |>as souffrir que le pays 
fût imjïunèment ravagé. Peu de jours après, 
Mègulus se met eu campagne, emporte du 
premier assaut les places qui n'étalent pas 
forliiiées, et assiège celles qui Pétaient. Ar- 
ri\è devant Adis^ plaetî importante, il l'inves- 
tit , presse les ouvrages, et fait le siège en 
forme. Pour donnt^^ du secours à la ville et 
défendre les environs du dègàt, les Cartha- 
ginois font approcher leur armée, et campent 
sur une etttline qui, à la vérité, dominait les 
ennemis, mais qui ne convenait nullement à 
leurs* propres troupes. Leur principale res- 
stmrce était la cavalerie et les élèphans, et 
ils laissent la plaine pimr se pt»ster dans des 
lieux hauts et escarpés. C'était montrer à 
leurs ennenn's ce qu'ils devaient faire pour 
leur nuire. Régulus ne manqua pas de profiter 
de cette leron. Habile et expérimenté, il com- 
prit d'aborti (|ue ce qu'il y avait de plus fort 
et de plus à craindn» dans l'armée des enne- 
mis, devenait inuliie par le désavantage de 
leur poste ; et sans attendre qu'ils descendis- 
sent dans la plaine, et qu'ils s'y rangeassent 
en bataille, saisissant l'occasion , dés la pointe 
du jour, il fait monter à eux des deux côtés de 
la colline. La cavalerie et les élèphansdesCar- 
tliaginiiisueleur furent d'aucun usage. Les sol- 
dats étrangers se défendirent eu gensdecceur, 
renversèrent la première légion, et la mirent 
en fuite. Mais dés qu'ils eurent été renversis 
eux-mêmes par les soldats qui montaient d^mi 
autre cùlé, et qui les enveloppaient, tout le 
camp se dispersa. La cavalerie et les èlèphans 
gagnent la plaine* le plus vite qu'ils peuvent 
et se sauvent. Les Rimiains poursuivent Pin- 
fanlerie pendant quelque temps, mettent le 
camp au pillage, puis se répandant dans le 
pays, ravagent impunément les villes qu'ils 
rencontrent. Ils se saisirent entre autres de 
Tunis, el y posèrent leurcanq), tant parce que 
celte ville était Irés-propre à leurs desseins , 
qiCh cause que sa situation est très avanta- 
geuse pour infester de laCartliaiye et les lieux 
voisins. 



I 



18 HISTOIRE GÉNÉRALE DE ï 

Après ces deux défaites , Vane sur mer et 
l'autre sur lerre, causées uniqueniPiil par 
rimprudence des généraux» lesCarthiginois 
9e trouvèrent dans oii élraugc embarras ; car 
les Numides faisaient encore plus de ravages 
dans la campa^c que les Romains. La terreur 
était si grande dans le parsj que tous les gens 
de la campagne se réfugièrent dans la ville. 
La famine s^y mit bientèt, à cause de la grande 
quantité de monde qui y êlail , et Fattente 
d'un siège jetait tous les esprits dans Fabat- 
lement et la consternation. Réélus, après ces 
deux victoires , se regardait presque comme 
maître de Carlhage. Mais de crainte que le 
consul , qui devait bientôt arriver de Rome, 
ne s'attribuât l'honneur d'avoir fini cette 
guerre^ il exhorta les Carthaginois à la paix* 
Il fut écoute avec plaisir. On lut envo\a les 
principaux de Cartha gc, qui conférèrent avec 
lui ; mais loin d'acquiescer à rien de ce qu'on 
leur disait^ tU ne pouvaient, sans impatience* 
entendre les conditions insupportables que le 
consul voulait leur impost^r. En effet* Régu- 
lus parlait en maître^ et cro\ail que tout ce 
qu'il roulait bien accorder, devait ^Ire reçu 
comuïe une grâce et avec reconnaissance. 
Mais lcsCarthaginoîs\ oyant que, quand même 
ils tomberaient en la puissance ècs Romains . 
il ne pouvait rien leur arriver de plus fâcheux 
fjue les conditions qu'on leur proposait, se 
retirèrent non seulement sans avoir consenti 
à rien , mais encore fort offensés de la pesan* 
teur du joug dont Régulus prétendait les 
charger. Le sénat de Carthage , sur le rapport 
de ses envoyés, résolut^ qiioîque les affaires 
fussent désespérées, de tout souffrir et de 
tout tenter 7 plutôt que de rien faire qui fût 
indigne de la gloire que leurs grands exploits 
. leur avaient acquise. 

CH.U»ITRE VIL 

Xantippe artive à CArlKage; son fciitimeiit nr U ddkîle^dc» 
CârihAginol». — B«lAille d« Tunii — Or«loiiiuAc« Ût9 C«rUi«- 
gioob —Ordonnance de» Roroaioi.^La lutaille »«>Jootie , 
n les Rooiiinf la pefdenl. — EélleiioDS tmr cet événetnrnl — 
JU m ipp^ NiMni« ûêdè it ptirie. — HourcMn prépArsub de 



Dbbs cos conjonctures arrive à Carthage on 
de ces soldats mercenaires . qui avaienl été eu- 



A RÉPl'BLIQl E ROMAINE, ta, t m 

voyès en Grèce , conduisant une grosse recm^/ 
OÙ il y avait un nommé Xantippe , Lacédèmo-i 
iiien f instruit à la manière de sou pavs, eti 
par conséquent fort versé dans le métier de Ifri 
guerre. Celui-ci informé en détail de la déiri 
faite des Carthaginois . et considérant les pré^ 
paratifs qui i**ur restaient , le nombre d© leuti 
cavalerie et de leurs éléphans , pensa eu lui-j 
même , et dit à ses amis , qtie si les Carthagi-ii 
nois avaienl été vaincus, ik ne devaient s'en 
prendre qu'à rincaparité de leurs chefs. Ce^ 
mot se répand parmi le peuple et passe bien^^ 
tôt du peuple aux généraux. Les magistrats^ 
font appeler cet homme; il vient et justifie^ 
elairemeul ce qull avait avancé, 11 leur faît^ 
voir pourquoi ils avaient été battus, et coin-, 
ment , en choisàssanl toujours la plaine /soit 
dans les niarcbcs^ soit dans les canipemens, 
soit dans les ordonnances de bataille , ils se 
mettraient en étal non seulement de ne rien 
craindre de leurs ennemis , mais encore de les 
vaincre. Les chefs applaudissent^ conviennent 
de leurs fautes et lui confient le commande*! 
menldeTarmée. ' 

Sur le petit mol de Xantippe on avait dèjà^ 
commencé parmi le peuple a parler avanta- 
geusement et à espérer quelque chose de cet 
étranger. Mais quand il eut rangé l'armée à la 
porte de la ville . qu il en eut fait mouvoir 
quelque partie en ordre de balaille, qu'il lui 
eut fait faire l'exercice selon les régies , on 
lui reconnut tant de supériorité , que l'on éclata 
en cris de joie , et que Ton demanda d'être au 
plutôt mené aux ennemis, persuadé que sous 
la conduite de Xantippe on n'avait rien à re- 
douter, Ouelqu'animés et pleins de confiance 
que parussent les soldats, les chefs leur di- 
rent encore quelque chose pour les encoura- 
ger de plus en pins , et peu deji>urs après l'ar- 
mée se mit eu marche. Elle était de douie 
mille hommes d'infanterie , de quatre mille 
chevaux et trenviron cent éléphaos. Les Ro- 
miiins furent d'abord surpris de voir les Car- 
thaginois marcher et camper dans la plaine, 
mais cela ne les emptk^ha pas de souhaiter 
d'eu venir aux mains. Ils approchent et ram- 
pent le premier jour à dix stades des ennemis. 
Le jour suivant les chefs des Carthaginois 





LIVRE I•^— CHAPITRE VU. 



Î9 



itoanseil surcoqu'jlsavaienlàiairo.Mais 
laUioipa tiens s^aUruiipaioul par bail lies, 
là haute voix le uoiii de Xaiilippe , de 
l qu'on les oienàt vile au tombât. 
impétuosité joîii le à |-empresseiïieiït de 
pe, qui ne reeonnïiaiidail rien lant que 
nr l^oocasion , délcrniiae les chefs : ils 
fil ordre à rarniêe de se letiir prt^le, et 
prrokfcion â Xanlippe de faire tout ce qu^il 
ji|etiil ^ frf)i|K>s. Rcvéta de ce pouvoir^ il 
tMgt les étrf hans sur unr simple ligne à lu 
Mp^ éprnérç il place la phalange à uuc dis- 
Uocf raisonnable : des troupes *î la solde , il 
mmÊÈtt une partie dans l'aile droite , et l'au- 
lit, f6iBpO!?ée de ce qii^il y avait de plus ag^ile , 
liljelèe §ur TaDC et l'autre aile avec la ca- 
filoîe. 

X b wne de celle année rangée eu bataille , 
InRomajEis marchent en bonne contenance* 
iadéfibaiis les épouvantèrent; mais pour 
pK^ wk tbffC auquel i1§ b'nt tendaient , on 
■lU an front les troupes armées h la légère: 
Imj^elle^. de grosses compagnies, et la 
Ofakrie surle^i deux ailes. De cette manière 
tpcorpdè bataille fut moins «"aendu que Ton 
i^lfah coutmiie de le faire ^ niaijil avait plus 
l^i|iuieur. Cette ordoooance était excellente 
psr ffèsîster au choc des élènhans , mais elle 
ttitfendaît pas conirc la cavalerie des Car- 
fliii|iiiiiii, ^ qui était beaucoup plus nombreuse 
ftte cék des Romains. 

Im ileiUL armées ainsi rauji^ées , on n'atten- 
fil pha» que le temps de charger, Xantippe 
m^Êommit Ae faire avancer les êléphans , et 
(Teofoiioer l« rangs des ennemis , et en niôme 
iemp$ camttmnàc à la cavalerie des deux ailes 
tfVfrrelupper cl de donner. Les Homaîns 
alor« font, selon la coutume , jrraud cliquetis 
de bnir» aimes , et s'excitant par des cris de 
irtiiTre,fîi viennent aux prises, 1^ cavalerie 
Tunnàiie ne tint pas longtemps , elle était trop 
infèmort en nombre à celle des Cartlia*,quois . 
I/r i*dclVn!egauclie,pouré\iterîei Iioe 

A*'r* fri| »^osti faire voir combien elle crai- 
in«»l ppu tt*3 mhhls étrangers , attaque Paile 
ir ("arlhagînois, la renverse et la 

pï/w. ,^. jusqu'^au camp. De ceux qui étaient 
étaient i » aux éléiihans , les premiers 



furent foulés aux pieds et écrasés. Le reste du 
corps de bataille tint ferme cpielique temps à 
cause de son épaisseur ; mais dés que les der- 
niers rangs eurent été entourés par la cavale- 
rie et contraints de lui faire face , et que c«ux 
qui avaient passé au travers des éléphan? eu- 
rent rencontré la phalange des Carthaginois 
qui était encore en entier et en ordre , alors il 
n'y eut plus de ressource pour les Romains. 
La plupart furent écrasés sous le poids énorme 
des éléphans; le reste, sans sortir de s* a rang, 
fut criblé des traits de la cavalerie, A peine y 
en eut-il quelques-uns qui échappèrent par Ih 
fuite - mais comme c'était dans un pays plat 
qu'ils fuyaient , les éléphans et la cavalerie en 
tuèrent uno partie : <'inq cents ou environ qui 
fuyaient avec Règidus, atteints par les enne- 
mis, furent enimenés prisonniers. Les Cartha- 
ginois perdirent en cette occasion huit cents 
soldats étrangers qui étaient opposi'S à l'aile 
gauche des Romains, et de ceux-ci il ne se 
sauva que les deux mille ^ qui en poursuivant 
l'aile droite des ennemis s'étaient tirés de la 
mêlée. Tout le reste demeura sur la place , à 
l'exception de Régulus et de {eux qui le sui- 
vaient dans sa fuite. Lescompagnies qui avaient 
échappé au carnage, se retirèrent conmie par 
miracle h Aspis. Pour les Carthaginois, après 
avoir dépoi-jlïé les morts, ils rentrïTent triom- 
phans dans Carthage, traînant après eux le 
général des Romains et cinq cents pristmnîers. 
Que l'on fasse de sérienses réflexions sur 
cet événement , il fournitdc In^lles leçons pour 
le règlement des mœurs. Le malheur qui ar- 
rive ici à Règidus, nous apprend que dans le 
sein même de la prospérité. Ton doit toujours 
être en garde contre rinccmstancc de la fortune. 
Il n'y a que quelques jours que ce général dur 
et impitnjable ne voulait se relâcher sur neii^ 
ni faire aucune grAce à ses ennemis , et aujour- 
d'hui le voila réduit à implorer leur compas- 
sion et leur clémence. On reronnaîl ici combien 
Euripide avait autrefois wiison de dire que: 

tu ïinn ronsçlî vaiil roicuii qti'imc pesante orruée. 

Lu setd homme, un seul avis met en pé 
roule uni^ armée courageuse, une armée 
qui paraissait invincible, pendant qu'il réta- 




s»' 



HISTOIRE fiÉNÉRALE DE 



lïlil unercpubliijur doiU luliuk' î»4^iitlilail vw- 
laiiif», c*t rc4èv** lo nuirn^r <U* Innips i|iii 
avaietit pi*r(!u jiis<|u^aus(*iiliiiieiil iJi*l<»ui"s dv- 
fiiiles. C'rsl à iiîi's IfHlrurs de iiu^Mre îi pn>(ît 
celle pctile ili^^rrssioiK f)ii s'iiislroil dr Si'^dr- 
\ uii s , oii {Kir M'S propres malbmiîi » ou pr les 
malheurs d'aidroi : le premier iïic>>eiies( plus 
eftieîiee, miiis l^iylre esl plosd*ni\. On ar 
doit prendre eelui-ln c|ii(* It»^.s4|u^lll v eal 
obligé, pnree qu'il expose à hitpile pt^tiie^ et 
à lr(»p de iliuiirei^ ; au lien que relui -ei i^\ h 
rerherelier, parriMjue, Miiisaiiruii rii^ijue, on 
apprend quel on doilélre. Apres cela |>iHit-oîi 
ne pas viyiw enîr que lliisloire ei^l Tèecde où îl 
\ alepluï^à proliUTpour leji luo'iuspiiis^prelle 
seule* Doas met à p*irlee * sans inquiétude e( 
liaris péril , de ju^^er dt» ce que nous avons de 
meilleur à faire. 

Apmdcs succè«siavanlageux, lesCarlha- 
frinoîs itV>[uirei)t rit^n pour (êiuoî^nirr leur 
joie, H»il par des aelioiLs di* ^TiVci^ rendues 
soleriuellemeul au\ Dieu îk,îi<iil par les devoirs 
d*anùliêqif ils se rendirent les uns au\ auires. 
Mais Xaniîppe, qui avait eu lant de |iarl au 
rélalilissenient de celte répuldique, u'V lit 
jMisyn long Sijour après s;i virloire, I! (*ul la 
prudence de s\^u relourui'T dînrssii pairie, 
l'ne aeliim si brillanle et si e\trai>rdHiaire, 
dansuupavs étranger , Teùl mis en butteaux 
Iraits Tuordans de Fenvit* et de la cidtunnii' : 
au lieu que dans Si»n pi) s, où on a des ji^irens 
H des amis pour aider à les repunsser , ils s* m t 
beau* oup moins re<îoutables. i hi donne enctur 
ufir autre raisim de ta retraite de \anlipp4*. 
N<ms aurons ai lb*iirs une occasion plus pnipre 
lie dire ce que utvus en pens*»ns. 

Les affaires d'Afrique a;tanl prisunaulrc 
lour que les Honiaius n'a\aienl espère , on 
|Mnisa loiil de Inm à Bonn^ à reinettri' la Hotte 
s»nr pi(Hl , el à tirer t\v danger le [wu de Irou- 
jH's qui S'èlaieul éibappées du carnage. Les 
Carthaginois, au rontrain*, |Mmrsk* NmmeUre 
ces Iroupes-la mêmes, f aisiif*nl lèî*irgi' dWspis: 
miis elles se dêfendirenl avec lanl décourage 
el de valeur ^ qu^ils rurent obligée de m? reti- 
rer. Sur l*a\îs qn^ils riTurenl eirsuile ipie les 
Romains înjutpaîeni une Holte qui détail en- 
l'ure >eDtr dans TAfrique, ils nidoubiTi»nt 



l\ RÉFUBLIOl E ROMAINE. a p. m.: 

leuj's anciens vaisseaux, en construisirent de 
neufs, et quand ils en eurenl drnv cents, il^ 
mirenl à la mile pour obseruT rarrivéedes 
ciiuemi^. 

CHAPllRE VIIÏ. 

VJctiitr«iiârâ1e«l«^Il0iTuiios» H tcmpt^rr i1«al Htc fut iijbi«. 
— O1J Ifs précipite Ictir f t^nîo i'^Birr|irïiîanC — Prise de Pa 
lermf. 

Au eommenfpment de Télé, les Romains 
mirent en mer trois cent cîmiuanle > aiss4*au\, 
Sous le <Mïn*manden»ent de deu\ consuh , 
M. Emilîus et Scruus Fulvius. Celte Holle 
l'oloja la Sicile pur aller en Afrique. Au 
pronumloue d'Ilermée, elle rencontra celle 
des Carthaginois^ et du premier choc elle la 
mit en fuite et gagna cent quatorze \aiss*»auXf 
a\ec leur wpiipage; puis reprenant à Âspis la 
trou|ïe de jeunes s<ildatsqui\ étaient restés, 
elle revint en Sieile, Elle avait dtjà fait une 
^*rayde partie de la route, el louchait pres- 
que auv Camariniens , lorsqu'elle fut assaillie 
d'une tempête si affreuse qu'il n% a point 
d'evpressiiuis jwiur la décrire. De quatre cent 
f;oî\anle-quatre ^aisM^mx, il ne s'en sauva 
quequatre-\ingL Les autres furent . ou sub- 
inefiiés, ou eui portés par Its Ibils, c^u brisés 
i«uilre les rothei-s et les caps. Toute la cùle 
n'était couverte que de cadavres et de vais- 
seau v fracassî'S, On ne voit dans rhisloire 
aurun eveuiple d'un naufrage plus dèplnra- 
ble. (Je ne fut pas tant la fortune que les 
chet^ i|UÎ «»n furent cause. Les pitiMes avaient 
souvent assuré qu*il ne fallait pas \oguer le 
long de celte eAte extérieure de la Sicile, 
qui regarde la mer dW frit pu* , jarce i|uVllo 
est ybli4pn»,ii i[ue d'ailleurs m\ n^\ jicul abor- 
der que ti-és-diflicilement ; de plus, que des 
deuv constellalions contraires iila na^ igalion, 
Orion et le Chien, Tune nV't.it [»as cm ore 
[tassée , et Tau Ire commençait à parailre. 
Mais les chefs ne voulurent rien écouter, 
dans resp"Tanc<^ qu'ils ai aient que 1rs vitb*s 
qui s<*nl siluees le long de la côte ^ épouvan- 
tées par la terreur de leur dernier succès , 
les n*ce\ raient sans résistanctv Leur impru- 
dence U'ur cfiùta cher ; ils ne la reconnurent 
que lorHiull uVtait plus temps. 





LIVRE I \ — CHAMTRE IX. 



2t 



Tel est en gr<*»iH*ral le génie des Roiiiains. 
fcn^o^îsseut jamais (ju^à lorrr ouverte. Ils 
Anagiiient que lout ce qu'ils se |>n)p(»sent 
loil élrc conduit à sa lin , eoinnie [>ar une 
csfècv de nécessité, et que rien de ce qui leur 
jkïi D^C5*t impossible. Souvent , à la i érîlé , 
petle politique leur réussit ; mais ils ont aussi 
fnelquefuis dv fâcheux revers à essuver » prin- 
opalenieol sur mer. Ailleurs , ( omme ils 
A^oni atlaitc que contre des homntes et des 
cmvrapcïi triirmimes, el qu'ils n usent de leurs 
forcvs que contre des forces dv niôuie ufiture » 
îb le font pour l'ordinaire avec succès , et il 
«^ rare que rexécuticm ut* réponde pas au 
projet ; mais quand ils veulent , pour ainsi 
dire y forcer les élémens â leur obéir, ils por- 
tent la jieinede leur léniérité. C'est ce qui leur 
tfnta pijar lors, ce qui leur est arrivé plu* 
smtn fois , et ce qui leur arrivera « tant quMls 
ne metlronl jias \m frein à cet espril auda- 
cieux. , qui leur persuade que sur terre et sur 
mer lotir eemps doit leur être favorable. 

Le naufrage de la flotte des Romains , et la 
Turtotrc gajûfnce par terre sur eu\ cpielque 
temps auparavant , avant fait croire aux Car- 
llia^oois qu'ils étaient en état de faire tétc h 
Icors enoeniis sur nier et sur terre , ils se por- 
tereDl avec plus d^irdeur à mettre deux ar- 
<péi*5$nr pied. Ils envoient Asdrukd en Si- 
tîlis H grossissent son année ties Iroupesqui 
étaient venues «riiéraelée , et de cent (pia- 
ranle éléphans. Ensuiti^ ils équipent deux 
cents \ aisseaux , et les fournissent de tout ce 
«^ui Xeur était nécessaire. Asdrulwl arrive à 
Liit Liée «ans trouver d'obslarle; il y exerce 
ksfélépkans et les soldatî^ . et se dispose ou- 
Tertenienlà tenir la campagne. Ce fut avec 
besiircnip de douleur que les Romains ap- 
prirent le naufrage de leurs vaisseaux, par 
ceux qui ï^^cn étaient érbappés. Mais * e mal- 
l»eur ne leur abattit pas le rourage : ils firent 
conÀlruirc de nouveau deux cent vingt bàti- 
fliem • et te que Ton aura peine à croire , en 
trots moh CQliv grande (lotte fut prête à met- 
tre à la roilc. Elle y mit en effet sous le com- 
mandeBienl des deux nouveaux consuls , A. 
Atiiïim el C. Cornélius. Le détroit traversé > 
ib rq»rcnneQt à Messine les restes du uau | 




frage , cinglent vers Palerme , i*i mettent le 
siège devant cette \ ille , la plus inqKirtantc 
qu'aient les Carthaginois dans la Sicile. Ou 
connnence les travaux des deux rtMés, puis on 
fait jouer les macbines. Li tour située sur le 
l>ord de la nit-r s%'^r roule aux premiers coups ; 
les soldab UHjnlentà Tassant jmr celte brèche, 
et emportent fie foici* la nouvelle ville. L'an- 
cienrir, courant rÎM|ue de subir le même sort, 
leur fut livrée par les babtlans. Les Rontains 
y biis^^reut une garnisou , et retournéreul à 
Rome, 

f CHAPITRE IX. 

Amre tiwp^tp funcslt* aux Romuloj. — Baliiille de Païenne. 

L'été suivant , les consuls , C. Servi bus et 
C* Srmpronius , h la tétc de toute la flotte , 
traversèrent la Sicile, et passèrent jusqu'en 
Afrique. Rasant Ja côte , ils firent plusieurs 
descentes, mais (|ui aboutirent a peu de chose, 
A nie des Lotophages appelée Ménix , el peu 
éloignée de la petite Svrte , leur peu d'expé- 
rience pensa leur élre funeste. La mer s'élaut 
retirée , laissa leurs vaisseaux sur des bancs 
de sable. Ils ne savaient comment se retirer 
de cet embarras* Mais quelque temps après, la 
merétant reveuue, ils soulagèrent un peuleurs 
vaisseaux, en jetant les objets les plus bmrds, 
et se retirèrent h peu prés comme s'ils eussent 
pris la fuite* Arrivés en Sicile, ils doublèrent 
le cap de LilvbéeelalKîrdérentà Palerme.De là 
pnssanlle détroit, ilscinglaient versRome, lors- 
qu'une horrible tempête s'éleva et leur fit per- 
dre cent cînf|uante vaisseaux. De qui'hjne 
émulation que les Romains se piquassent , des 
p(Tles si grandes et si fréquentes , leur firent 
perdre Peu vie de lever une nfïuvelle flotte , 
et se bornant aux armées de terre^ ilsenvové- 
rent en Sicile Lucius Cecilius et Cn. Fnrius, 
avec les légions , et stNXanle vaisseaux seule- 
ment pour le transport des vivres. Les mal- 
heurs des Romains tournèrenl à Tavantuge 
des (Carthaginois , qui reprirent sur la mer la 
primauléque les premiers leur avaient dispu- 
tée. Ils conqvtaîent aussi beaucoup, et avec 
raison , sur leurs troupes de terre ; car les Ro- 
mains, depuis la défaîte de leur armée d' A- 



11 lïISTOlBE GÉNÉILVLE DE 

friquc , sVHaient fait dt*s élèphans une idée si 
cffra} aille, ijuependanl les deuxanm^s sui- 
vantes qu'ils campèrent souveul dans les cam- 
pagnes de LîUbée el de Selinoule , ils se titi- 
renl toujours à cinq ou sixslmlesdes ennemis, 
sans oser se prèseuler à un combat , sans oser 
niOme descendre dans les plaines. Il est vrai 
que pendant ce temps-là ils assiégèrent Thernie 
el Lîpare ; mais ce ne fut qu^en sp postant sur 
des hauteurs presque inaccessibles. Cette 
frayeur filchanger de résolution au\ Romains^ 
et les fil revenir en faveur des armées navales. 
Après rélettion des deux consuls, C. Attilius 
el L, Maolius. on construisît cinquante vais- 
seaux , et on leva des Iroupes pour faire une 
puissante flotte, 

Asdrubal , chef des Carthaginois , témoin 
de l'épouvante où avait été Tannée romaine 
dans les dernières batailles rangées^ et instruit 
qu^un des consuls était retourné en Italie avec 
la moitié des troupes » el que Cecilius, ;nec 
Pautre moitié , séjournait à Palernie, Asdru- 
bal , dis-je^ pour couvrir et favoriser les mois- 
sons des alliés , partît de Lih bée el se porta 
sur les confins de laeampagne de Palermc.Ce- 
rîlios, qui ^it stm assurance, retînt, p<iur 
rîrriter de plus en plus , ses siddats au dedans 
des portes. Asdrubal , fier de ce que le consul 
n'osait venir à sa rencontre, à ce qu^il croyait, 
séance avec tonte son armée , el franchis- 
sant les détroits , entre dans le pays. Il ravage 
les moissons jusqu'aux porles^ sans que le con- 
sul s^ebranle. Mais quand il eut passé la rivière 
qui coule devant la ville, Cccilîus, qui n'atten- 
dait que ce moment , détacha des soldais ar- 
més à In légère pour le harceler et le con- 
traindre de se mettre eu bataille. Il s\ mit^ 
et aussitôt le général romain range devant le 
mur et devant le fossé quelques archers , a^ec 
ordre, si les éléphans approchaient , de tancer 
sur eux une grêle de traits ; en cas qu'ils fus- 
sent pressés, de se sauver dans le fossé, el 
dVn sorlîr ensuite pour lancer de nouveaux 
traits sur les éléphans. 11 ordonne en mémo 
temps aa\ mineurs de la place de leur portcF 
des traits , et de se tenir en bon ordre aux 
pieds du mur, en dehors. Lui, se lient arec 
un corps de u*oupes a la porte uppo^^e, à Paile 




L\ RÈPIBLIOIB ROMAINE. a u w»» 

gauche des ennemis , el envoie toujours de 
nouveaux secours à ses archers. Quaud le 
choc se fut un peu plus échauffé, les conduc- 
teurs des éléphans, jaloux de la gloire dWs- 
drubal , et voulant par eux-mêmes avoir Fhon- 
neur du succès ^ s'avancèrent contre ceux qui 
combattaient les premiers, les renversèrent 
et leî» poursuivirent jusqu'au fossé. Les élé- 
phans approchent; mais blessés par ceux qui 
liraient des nmraiileSj pi*rcés des javelots cl 
des lances que jetaient sur eux, à coup sur 
el en grand nombre, ceux qui liordatent le 
fossé, couverts de traits et de blessures, ils 
entrent en fureur . se tournent et fondent sur 
lesCarlhagînois, foulent aux pieds les soldats, 
confondent les rangs et les dissipent. Pendant 
ce désordre, Cccilius, a\ec des troupes fraî- 
ches et rangées, lombe en flanc sur Taile 
gauche des ennemis troublés, et les mel en 
déroute. In grand nombre resta sur la place; 
les autres i*c happèrent par une fuite préci- 
pitée. Il prit dix éléphans arec les Indiens qui 
les conduisaienl. Le reste, qui avait jeté bas 
ses conducteurs , enveloppé après le combat , 
tomba aussi en la puissance du consul. Apri^s 
cet exploit, il passa pt>ur conslanl ((ue cV*tait 
à CecJlius que l*on était redevable du courage 
qu'avaient repris les Iroupes, el du pays que 
l'on avait conquis. 

CIIAPiTRE X- 

Les locbâios l^ent nw ooureUe Mrmét OArate , et concertant 
leâéitetie Li 1 3 bfe.^ Situation de U Sicile, — Siè(;r de LJI}h^. 
— Trahiwo eu faveur des RoiMiis dècoQTerte^ — Secvttft 
cotidtiil par Arnubal. — Conibftlftti^tot aux machines. 

Cette nouvelle , portée h Rome , y fil beau* 
coup de plaisir, moins parce que la défaite 
des éléphans avait beaucoup affaibli lesenne- 
mis,queparcequecettc défaite avait fait reve- 
nir la confiance aux soldais. On reprit doue 
le premier dessein, d'en vo ver des consuls avec 
une année navale , el de mettre fin à celle 
guerre , s'il élail possible. Tout étant disposé, 
les consuls parlent avec deux cents vaisseaux, 
et prennent la roule de Sicile. C'était ia qua- 
torzième année de celte guerre. Ils arrivent 
à Lîhbée, joi|rt»enl à leurs Iroupes celles 
de terre, qui élaieui ilans ces quartiers^ et 



U(.M.l LIVRE I".-- 

[mo^enl le projet d-attaqucrla ville , claus 
ice qu^après cette couqtiôto il leur se- 

tiîsé de Iransporler la guerre ea Afrique. 
Ilfi Carlhagiuols péaélraietit toutes ces 

ii cl faisaient les mêmes réflexions. C'est 
f piinpioi , regardant tout le reste coinuie rien, 
itte penscreot qu'à secourir Lilybée , résolus 
I liNil souJTnr plutôt que de perdre celte place, 
j flûipie FTsaource qu'ils eussent dans la Si- 
aie -, %%k Vîeu que toute celte ile , à rexception 
de Dr^iie, était en la puissance des Ro- 
mâias. Jfais de peur que ce que ce que nous 
tfOOf à dire oe soit obscur i>our ceux qui ue 
manaiêseDilltt bien le pays, noas profiterons 
iieccUe occasioQ pour eu onVir un aperçu 
Mflbut à nos lecteurs* 

Toote la Sicile est située, par rapport à 
FltMieel à ses limites » comme le Péloponèse 
fêraffsuri à tout le reste de la Grèce , et aux 
♦■iiiiHictt qui la boroent. Ces deux pays sont 
lîffèr^is, en ce que celui-là esl une ile, et 
celai-ci une presqu'île ; car ou peut passer 
fir lÊfredans le Péloponèse , et ou ne peut 
ttirer en Sicile que par mer. Sa figure est 
ecik d^uû triangle : les |>ointes de chaque 
a^gicsmit autant de promontoires. Celui qui 
ttl8B vsds> et qui s'avance dans la mer de 
Soie, s'appelle Pacbynes; le Pelore est celui 
^vfllnèau septenlrion , borne le détroit au 
tanàuÊli^ et est éloigne d'Italie d'environ 
dPHtf f4ades ; en&n , le troisième se nomme 
». n regarde l'Afrique ^ sa situation est 
tpotir passer de là à ceu\dcs pro- 
iBOviUÂtei dftCartbage dont nous avons parié 
pIttB li!«»al. Il m est éloigné de mille stadt^ou 
CVfirDO^ et tourné aucouchanl d'hiver; il sé- 
pare la mer d^AJrique de celle de Sardaigoe. 

Sar ce dernier cap est la ville de Lily- 
hèé , dont les Romains firent le siège. Elle 
«il bien fefiaée de murailles , et entourée 
itvm, tm»i profond que la mer remplit , et 
qa^onMfeal traverser pour aller sur le port^ 
rd'babitude*et d'expérience. Les 
ajant établi leurs quartiers devant 

^tîlle^ de i'cm et de l'autre côté^ et ayant 
fmlilïl i'eijpAee qui était entre les deux 
eMa|W^ d'un fossé, d'un retranchement et 
Am WÊXïX I ili eommencèreni l'attaque par la 



CHAPITRi: X. M 

tour la plus proche de la mer, et qui regar- 
dait la mer d'Afrique. De nouveaux ouvrage! 
succédant toujours aux premiers, et s'avan- 
çaut de plus en plus , ils culbutèrent enGii six 
tours qui étaient du même côté que la précé- 
dente , et eutreprîrcnt de jeter bas les autres k 
coups de l>êlicr* Comme ce siège se poussait 
avec beaucoup de vigueur , que parmi les tours 
il y en avaitchaque jourquelqu'unequi mena- 
çait ruine j et d'au très qui étaient renversées j 
que les ouvrages se poussaient de plus eu plus , 
et j usqu'au dedans de 1 a v ille ^ les assiégés étaien t 
dans une épouvante et une consternation ex* 
trénies^ quoique la garnison fût de plus de dix 
mille soldats étrangers , sans compter les ha- 
bitans , et qu'lmilcon qui commandait fit tout 
ce qui était possible pour se bien défendre ^ et 
arrêter les progrès des assiégeans, 11 relevait 
les brèches^ il taisait des contre-mioes. Chaque 
jour il se portait de côté et d'autre ; il guettait 
le moment où il pourrait nieltre le feu aux 
machines, et > pour le pouvoir faire, livrait 
jouretnuitdes combats, plus sanglans quelque- 
fois, et plus meurtriers que ne le sont ordi- 
nairement las bataillei rangées. 

Pendao( cette généreuse défense, quelques- 
uns des principaux officiers des soldats étran* 
ger», complotèrent entre eux de livrer la villo 
aux Romains. Persuadés de la soumission de 
leurs soldats , ils passent de nuit dans le camp 
des Romains , et font part au consul de leur 
projet. Ln Achèen, nommé Alexon, qui au- 
trefois avait sauvé Agrîgente d'une trahison 
que les troupes à la solde des Sjracusaius 
avaient tramée contre cette ville, ayant dé- 
couvert le premier la conspiration , en alla in- 
former le commandant des Carthaginois, 
Celui-ci aussitôt iissemble les autres officiers; 
il les exhorte; 1 emploie les prières les plus 
pressantes et Us plus belles promesses, pour 
les engager à demeurer fermes dims son par- 
ti , et à ne point entrer dans le complot. Il ne 
les eut pas plutôt gagnés, qu'il les envoie 
vers les aulreis étrangers. Gaulois et autres. 
Pour leur aider à persuader le^ premiers, il 
leur joignit un homme qui avait servi avec les 
Gaulois , et qui par là leur èlait fort connu* 
C'était Annibal ^ liU de cet AunîJbal qui était 



moi 
mli 
raù 

COÏ1 



r 



i- 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE L 

mort en Sardaigne, 11 dt^puùi vers les autres 
soldais roercenaires Alexon, qu'ils coiisidé- 
raient lieaucoup, et en qui ils avaient de la 
confiance. Ces députés assemblent la parnison , 
rexhortenl à être fidèle, se rendent garaus 
des pmmesses que le comniandanl faisait à 
chacun des soldais, et U^ gaj^iiont si bien, 
que les traîtres étant revenus sur les murs 
pour porter leurs conipaîfnon;^ h ar cep ter les 
offres des Romains, on eut htirreur de les 
écouler , et ou les chassa h coups de pierres et 
de traits, Cest ainsi que les Çarlbaginois, trei- 
llis par les soldats étrangers, se virent sur le 
point de périr sans ressource , et qu'Alcïon, 
qui auparavant par sa fidélité avait conservé 
aux Agrigenlins leur ville , leur pav?^ , leurs 
lois et leurs libertés , fut encore le libérateur 
des Carthaginois* 

A Carthaee , quoique Ton ne sût rien de ce 
qui se passait , on ppnsi néannioîiis à pour- 
voir aux besoins de Lihbée. Ou équipa cin- 
quante vaisseaux , dont on confia lo conunan- 
dément à Ainiibal, lils d'Amilcar. connoan- 
dantdc galères, et ami intime d'Adhcrbal ; H 
après une exhortai ion ann enable aux conjonc- 
lares présentes , on lui donna ordro de partir 
sans délai , et de saisir en liomme de cœur le 
premier moment favorable qui se présentera ît 
dp se jeter sur la place assiège, Annibal se 
met en mer av(H^^ dix miHe suidais bii'u armés, 
mouille à Êgrise, entre Lil\l>èe et Carthage , 
et attend là un vent frais. Ce vent sinifflc ; 
Annnibal déploie toutes k"S voiles, et arrive à 
rentrée du port. LVuikirras des Romains fut 
extrême. In événement si subit ne leur don- 
naît pas le b»isîr de prendre des UK'Sures, et 
d'^ai Heurs , s'ils se fussmt mis en devoir de fer- 
mer le passage à cette flotte , il était a craindre 
<iue le veut ne 1rs p< Hissai avec les ennemis 
jusque dans le port de Lilvbée. Ils furent donc 
réduits à admiriT l'audace avec la(;uelle ces 
vaisseaux les bravaient. D*un autre côté Ips 
assiégés, assemblés sur les murnilli-s, alien- 
daîenl, avec une inquiétude niélic Je joi*>, 
comment ce secours inespéré arriverait jus- 
qu'à eux. Ils rappellent à grands cris, et Tcn- 
couragent par b>ursapplaydissemens. Anntbal 
etttrc dans le port, télé lcu*e,el \ débarque ses i 



I 



\ REPIBUOI E ROMAINE. a. t m. 

soldats, sans que les Romains os^issent se pré^ 
senter ; ce qui fit plus de plaisir aux Lihbéçnst 
que le serours même , quoique» capalile qu'il « 
fiït d^ augmenter et leurs forces et li*urs espc-:j 
rance>. Imileon^ dans le dessein qu'il avait^ 
de mettre le feu aux maihint^s des assiégeans^i 
et voulant IViireusige desbcmnes disposîtiutijîi 
où paraissaient être les babilans et les soldats | 
fraîchement iJèbarqués , ceux-là parce qu'ils se| 
voyaient secourus, ceux-ci jîarce qu'ils nV- 
va ient encore rien NïufFert, convoque uneas'i 
semblée de^ uns et des autres, et , par un dis- 
cours où il promettait à ceujc qui se signale- 
raient » et à tous en général , des présens et des 
grAces de la part de la république des Cartha- 
ginois, il sut tellement enflammer leur zélc 
et leur courage , qu'ils crièrent tous qu'il n'a- 
vait qu'à faire d'eux, sans délai . tout ce qu'il 
jugerait à prop4js. Le amimandant ^ après leur 
avoir témoigné qu'il leur savait gré de leur 
bonne volonté, congédia rassemblée cl leur 
dit de prendre an plulot quelque rejKJs . et du 
reste d'attendre le-^s ordres de leurs ofliciers. 

iVu di* tenq>s aprt^ , il assembla les prin- 
cipaux dVntre eux ; il leur assigna les postes 
qu'ils devaient ocrujïer; leur marqua le signal 
et le Icmfs de l'attaque, et ordonna aux 
chefs de sV trouver de grand matîu avec 
leurs S4ddals, Ils s'y rendirent à point mmuné. 
Au point du jour on se jette sur It^ ou araires, 
par plusieurs côtés. Les Romains , qui avaient 
prévu la chose ^ et qui se tenaient sur leurs 
gardes, courent prtoui où leur secours était 
nécessaire, el font une vigoureuse résistance. 
La mêlée devient bientôt générale, et le eom- 
bat sanglant, car delà ^ille il vint au moins 
vingt mille hommes» et dehors il y en avait 
encore un plus grand nombre. L'art ion était 
d'autanlplus vive, que les st»ldats, sans gai% 
der de rao^, se battaient jièle-mèle , et ne sui- 
vaient que leur im|H*tnositè. On nti dit que 
dans cette multitude , homme contre homme, 
rang coutn* rang, s'étaient défiés i'un l'autre 
à un œnik l singulier. Mais les cris et le fort 
du combat "Uient aux machines. C'était ec 
que les deux partis s'étaient proposé dès le 
commenceiîient , en prenant leurs postes. Ils 
ne se battaient avec tant d'émulatioB et tl'ar* 




LIVRE l\ — 

I hf J« uns quep*>ar renverser ceux qui gar* 

sieit les machines:, les autres ([ue pour ne 

\k{ les pprdre: ceux-là que pour TiieUre en 

fef ; rea\-ci que pour ne piiîil réder. Les 

mH les autres lombaîenl niorLs îiur la [klare 

1^^ qti^îts avaienl oceujH'e d'almrd . Il ) eu 

J aail parmi eux: qui , la tort lie à la main et 

priant des ctotipes et du feu, fondaient de 

I Jtos c6lrs i?a? les machines avec tant de fu- 

irffKVt, que les Romains se virent réduhs aux 

àoroit^rfs «Énhnîlês. Comme eept^ndant il 

I it faisait no grand carnage des Carlhoginois, 

fcitr chef, qui s'en aiierrot, lit sônner la re- 

utile, sans aroirpu venir a b<ml de re qu'il 

mit projeté ; et les Romains , qui avaient êlé 

■rle*p(Hat de perdre tous leurs préparatifs, 

MEreQt enfin mailres de leurs ouvrages, et 

kâcoam^èrent sans en avoir perdu aurun. 

Ùtttdfbire Bnie , Anoibal se mit en mer 

joAtnl Va nuit , et, doroliaûl sa marrhe, prit 

k nnitede Drépanc, où ctailAdherUal, ehefdes 

Orîlugiaoh. Drcpanc est une plaee avanla- 

itmfmcnî située, avec; un beau p<u1, à rent 

fioftstaides dcLil vbée, elque les ( lartha^ioois 

m^ toQJ0ttrs eu fort à cœur de se conserver, 

CHAPITRE XL 

IfrtMiilHiiMlItifttD Rhodien , qui fit enfin pii» ptr Un» R(H 
mIm> — lagfflHi** de» outrages. ^Bd la il le dtr UrépAnc. 

JiCarthage^ on attendait avec impatience 
A^noiiTeHes de ce qui se passait à Lihhee. 
iMiégés étaient trop ressenês , et les 
kfM^atent trop exartenient Teutréc 
Au fofi , |o«r que personne pût en sortir* Ce- 
pcflîliOfttifrrtain Annibal^ surnommé le Rlio- 
àieOf fcoDDie distingué j et qui avait été (é- 
maîn ocnbire de tout ce qui s Votait fait au 
se charger de celte commission. 
loflVcs furent acceptées * ([uoiqiie l'on dou- 
1*1 qu'il en vint h son honneur. Il équipe 
^particulière , mel à la voile, passe 
des îles qui sont devant îJiuiée, 
et fe faideoi^n, un veut frais sYHant élevé, il 
fMse au frarers des ennemis que son audace 
étOttK , il entre dans le port à la quatrième 
heure dn jour, et se dispose, des le lende- 
», À Wfcnir sur ses pas. Le consul , pour 
' une garde plus sOre, lient prêts, 




CHAVITRE XL S5 

pendant la nuit> dix de ses meilleurs vais- 
seaux, et du port, lui et toute son armée ob- 
servent les démarches du Rliodicn, Ces dix 
vaisseaux étaient plaeés aux deux eôtés de 
l'entrée, aussi prés du sable que Ton pou- 
vait enapproelier; les rames levées, ils étaient 
connue prêts à voler et h fondre sur An ni baL 
Celui-ci, malgré tfmtes ces précautions, vient 
effrontément, insulte à ses ennemis, et les 
dêrf>nc4*rte par sa hardiesse et la légèreté de 
sa galère, Ncm seulement il passe au travers 
sans rien en souffrir , Un ni son tmmde, mais 
Il approche d'eux , il ttmrue a Pentour , il fait 
lever les rames et s^airéle, comme pour les 
attirer au combat ; perst^me n'osant se pré* 
senter, il re[^rend si route, et brave ainsi 
avec une seule galère t*mtc la Hotte des Ro- 
mains. Cette manœuvre, quMl Ht souvent dans 
ta suite, fut d'une grande utilité pt^ur les 
Carthaginois et pimr les assiégés; car parla 
on fut instruit à Carthage de tout ce qu'il était 
important de savoir; à Lilvbée, on commença 
à bien espérer du siège ; et la terreur se ré- 
pandit parmi les aisiégeans. Celti- hardiesse 
du Ilhodien venait de ce quMI avait appris 
par expérience quelle route il fallait tenir cn^ 
trc les bancs de sable qui s<mt à Tentrée An 
port. Pour cela, il gagnait d'abord la haute 
mer : puis appnK'hant comme s'il revenait 
d'Italie, il tournait tellement sa proue du 
côté de la tour qui est sur le bord de la mer, 
qu'il ne vovait pas celles qui regardent TA- 
frique. C'est aussi le seul inoven qu'il y ait 
pour prendre avec un bon vent l'entrée du 
port. 

L'exemple du Rhodien fut suivi par d^au- 
(res qui savaient les mêmes routes. Les Ro- 
mains, que cela n'aecommodait pas» se mi- 
rent t^n (èle de combler celte entrée * mais la 
ehose é«ait au dessus de leurs forces. I^ mer 
n va i i I a t r i ► p d e pr o foi kI en r . R î e n d r c e qu' i Is 
;, jelairnt im- demeurait où il était nécessaire. 
F.es flots, la rapiditéduconrant emportaient et 
(iispersaient les matériaux avant môme qu'ils 
arrivassent au fond. St^nlement dans un en- 
(iroil , où il y avait des bancs de sable ils fi- 
rent à grande peine une levée. Lne galère h 
quatre rangs voltigeant pendant la nuit^ j fut 




F 



M HISTOIRE GÊXÊRALE DE 

arrêtée et tomba enirr leurs mains. Comme 
die était cotistruite d^une faroQ siD^uliére , 
ils l'armèrent à plaisir , cl sVn servirent (>our 
observer ccuit qat eniraiciU dans le pcirt, et 
surtout le Rhodien. Par hasard il entra peo- 
daot une nuit, et peu de temps après il repar- 
Ut en plein jour. Voyant que celle galère fai- 
sait les méme}^ mouveiuens que lui , et la re- 
connaissant, il fut d'alxml épouvanté, et lil 
ses efforts {>our gagner les devans. Près d'être 
atteint , il fui obligé de faire face et dVn venir 
aux mains ; mais les Romains ètaicol supé- 
fleurs, et en nombre et en forces. Maitrei de 
celte belle galère , ils lVqui[>èrenl de tout 
point» et depuis ce temps-là personne ne put 
plus entrer dans le port de Lil>bée. 

Les assiégés ne se Lissaient piunt de rétablir 
ce qu'on leur détruisait. Il ne restait plus que 
le^ machines des ennemis, dont ils nVspé- 
raient plos ptiuvoir se délivrer, lorsqu'un 
Tcnt violent et iinpètueuii soufflant contre le 
pied des ouvrages, ébranla les galeries, et 
renversa les (ours qui étaient devant pour les 
défendre. Cette conjoncture ayant paru àquel- 
ques soldats grecs fort avantageuse pour rui- 
ner tout Pattirail des assiégeans, ils découvri- 
rent leur pensée au commandant » qui la trouva 
excellente. Il fit aus*iit6t disposer tout ce qui 
était nécessaire à IVxéculion* Ces jeunes sol- 
dats courent cnsimiblej el mettent le fe'i en 
(rois endroits. Le feu se communiqua avec 
d\iutaût plus de rapidité, que ces ouvrages* 
étaient dressés depuis li>ng temps, el que le 
vent SQufQant avec violence, et poussant d^uno 
place à l'autre les tours et les machines, por- 
tait rincendie de tous côtés avec une vitesse 
extrême. D^a il leurs les Romains ne savaient 
quel parti prend rt^ pour remédier à ce désor- 
dre. Ils étaient si effrijvés , qu^ils ne pouvaient 
ni voir ni comprendre ve qui se passait. I>a 
suie, les étincelles ardiules, FéïKiisse fumée 
que le vent leur [Kiussail dans les yeux, les 
aveuglaient. Ilenpéritun'grand nombre, avant 
qu'ils pussent même appriKlier des endroits 
qu'il fallait sc*courir. Plus rembarras dt^ Ro 
mains était grand , plus les assiégés avaient 
d'avontages. Pendant que le vent soufflait sur 
feux*là tout ce qui pouvait leur nuire, ceux* 




LA RÉPUBLIQUE ROMAINE a, l. so«.j 

ci qui voyaient clair, ne jetaient ni sur Ici ' 
Romains ni sur les machines rien qui portât fe I 
faux ; au contraire, le feu faisait d^autant < 
plus de ravages, que le vent lui donnait p!u9 * 
de force et d^activ ité. Enfin la chose alla si loiU| 
que les fondemens des tours furent réduits 
en cendre, et les tètes des béliers fondues. 
Après cela, il fallut renoncer aux ouvrages » 
et se contenter d'entourer la ville d^un fossé cl 
d'un retranchement» et de fermer le camp 
d^une muraille, en attendait que le temps fît 
naître quelque occasion de faire plus. Dans 
Lih bt'e , on releva des murailles ce qui en avait 
étédétruit,el Ion ne s^inquiéta plus du siège. 
Quand ou eut appris à Rome que la plus 
grande partie de rarmemenl avait péri » ou 
dans la défense des ouvrages, ou dans les au- 
tres 0|>éralions du siège ^ ce fut à qui prendrait 
les armes. On j levi une armée de dix mille 
hommes , et on renvoya en Sicile. Le détroit 
traversé, elle gagna le camp à pied. El alors 
le consul PuUius Claudius aiantconvmiué les 
tribuns: cJl esl temps, leur dit il, d'aller avec 
r^ toute la flotte à Drépane. Adherltal qui y 
ï> commande les Carthaginois, n'est pas prêt à 
»> nous recevoir. Il ne sait pas qu'il nous est 
» venudusecours.et après la perte que nous 
>» venons de faire, il est persuadé que nous ne 
^} pouMins mettre une flolte en mer. ^> Chacun 
approuvant ce dessein, il fit embarquer, avec 
ce qu'il avait déjà de rameurs , ceux qui ve- 
naient de lui arriver. En fait de soldats, U ne 
prit que les plus braves qui , à cause du peu de 
longueur du trajet et que d^ailleurs le butin 
[laraissait immanquable, s'étaienl offerts d'eux- 
ménjes. Il met à la ^oile au milieu de la nuit 
sans être ai>erçu des assiégés. D'abord la Qolle 
marcha ramassée el toute ensemble , ayanl la 
terre à droite. A la pointe du jour, l'avanl- 
garde étant déjà à la vue de Drépane, Adher- 
bal , qui ne s'attendail à rien moins , fut d'a- 
bord élonné : mais y faisant plus d'attention, 
et voyant que c'était la flotte ennemie, il ré- 
solut de n'épargner ui soins ni j>eines pour 
empêcher que les Romains ne rassiégeassent 
ainsi haut la main. Il asi>embla aussitèl son 
armement sur le rivage , el un héraut, par 
son ordre ^ y aywt appdé tout ce i{u^il jf ivaii 



r»raidre4 



a m] [LIVRE 1' .— 

krilits éfraogers dans h ville, il Ipur fit 
mmàmxs. mou combien la iktuîre étaii ai* 
•1% araienl du cœur , et ce qif ib a^ aieul 
l^yadre d^im siège, si U vue du daiiErer les 
iMdaÎK Tous s^ëtTianl que, san:; dinéror, 
4lf5 menai au combat; après avoir loué leur 
huie Toloiilé, il donna ordre,de »e nielite 
9 mer, çlde suivre en poupe le vaisseau 
fttll monUU, «os en delounier les yeux. Il 
fÊiX ethsiûleW premier, et conduit sa JloUe 
m iochets qui bordaienl le eôle du port 
à celui par lequel IVnuemi en(raJl. Pu- 
de Toîr que les ennemis, loin de 
oa d'être êpouvanlés, se disposaient 
i tomtmUre^ fil revirer en arrière tout ce 
fill afaîl de vai^sean^t^ ou dans le poil, ou 
'adiouchurej ou qui étaient près d'y en- 
Ce aiou% ement causii un dèsonlre ioûai 
/'équipage, car les bâlimens qui étaient 
Irfort, heurtant ceux qui y entraient, 
brkaieiil Intrs bancs, et fracassaient ceux des 
TftîîMsax sur lesquels ils tombaient. Cepeu- 
étÊU^àmiaore que quelque vaisseau se déliar- 
ttvitl, li» ofScier s le faisaient aussitôt ranger 
pbdeta terre, la proue opposée aui ennemis. 
Vtborà le cxiosul sY^tait mis à la queue de s;i 
kSe, mus alors prenant le largt^j il alla se 
à Paile gauche. En même temps Ad> 
iyanl passé ave<* cinq grands vaisseaux 
dePaile gauche des Romains , du vùiè 
de If ideûic mer, tourna sa proue ver» eux, 
il envoya ordre à tous ceux qui venaient après 
hûets^alimçeateiitsar la même I igné ^ de faire 
U «(bne dMQM. Tous s'étant rangés en fronts 
le «ml doû' • rarnii'C s'avanre dans cet 

orérer&hi ^.iins qui, rangés proche de 

b ferre, attendaient li^ vaisseaux qui sor- 
da port , diî*positiou qui leur fut trés- 
. Les deuv armées proche Pu ne Je 
I^Dlre^ et le signal levé par les deux amiraux, 
cnaromiBOiçaà charger. Tout fut dVkird assez 
é^l de |arict d'autre, parce que Ton ne se 
ierv ail im Aeax côté*s que de Pélite des ar- 
lie leiTP; mais les Carthaginois gagné- 
pou à peu Id dessus. Aussi avaient-ils 
I Uml lecomlxit bien des avantages sur 
; leurs vaisseaux étaient cons- 
Inuls 4m naniàre à «e mouvoir en Wut seoj» 



CHAPITRE XL 



if 




avec beaucoup de légèreté ; leurs rameurs 
étaient experts, et euRn ils avaient eu la aagi 

préeaution de se ranger en Inilaîlle en pleine 
UïiT* Si quelques-uns des li*urs élaienl pressés 
par Pennenii , ils se reliraient sans courir au- 
cun risque, et avec des vaiss<MUX si légers, il 
leur était aisé de prendre le large. LVnnemi 
s^ivanrait-t! pour les poursuivre , ils se tour- 
naient, vollîgeaient autour, ou lui tomlmient 
sur le Hanc, et le choquaient sans cesse^ pen- 
dant t|ue le vaisseau romain pouvait à peine 
revirer à cause de sa |)çsanteur ei du peu 
d'expérienee des rameurs ; ce qui fut cause 
qu'il y en eut un grantl nondirede coulés à fiind î 
tandis que si un des vaisseaux cartliaginois 
était en pértl, on pouvait en sûreté aller h son 
seeours. en se glissa lit derrière la [K>upe des 
vaisseaux. Les lloniains n'a\ aient rien de tout 
cela. Lors(|u'ils étaient pressés « comme ils se 
battaient prés de la terre, ils n'avaient pas d'en 
droit où se retirer. Lnvaisst»au serré en devant, 
se brisait sur les bancs de sable ^ ou échouait 
contre la terre. Le poids énorme de leurs navi- 
res, et l'ignorance des rauieurs, leur ôtaienl en- 
core le plus grand avantage qu'on puisse avoir 
en condiattant sur mer .savoir, de glisser au 
travers des vaisseaux ennemis, et d'attaquer en 
queue ceux qui sont déjà aux mainsavwd'au- 
très, Presst'S eonlrele rivage, et ne sVtanl pas 
réservé le moindre petit espace pour hc glisser 
par derrière, ils ne pouvaient porter de se- 
cours où il était nécessaire; de sorte que la 
plupart des vaisseaux restèrent en partie immo- 
biles sur les bancs de sable, ou furent brisés 
contre la terre. !l ne s'en échappa que trente, 
qui étant auprès du consul , prirent la fuite 
avec lui, en se dégageant le mieux qu'ils pu- 
rent le long du rivage. Tout b* reste ^ au nom- 
bre dequalre-\ingt treiie, tomlja avecleséquî- 
pages en la puissance di'S Carthaginois, à l'ex- 
ception de queh[ues soldats qui s'étai<*nt sau- 
vés du débris de leurs vaisseaux. Celte victoire 
fit chez les Carthaginois autant d'honneur à 
la prudence etii la valeur d'AdherhaL qu'elle 
couvrit de honte et d'ignominie le consul ro- 
main, dont la conduite, en cette oreasion, était 
Tnexeusableî car il ne tint pas h lui que sa pa- 
irie ne tombât dans du fort grands t^uibarras^ 




ss 



rilSTOIRE (iÉNÉR-VLE DE L.V RÈPIBUOIE ROMAINE. a V4»n 



Auiisi ful-il traduil devant des juges, el ron- 
damuc à uoe grosse ainriidr. 

CHAPITRE \ll. 

lunios pasftv «n Sicile. — ?ioovHte ilb>f rare de* Itomiins à IJI} - 
bée, — IbéfileiH li«qreiif«iieiii droi haLiUk», — Pette cmierf 
de kurs T«if»eiiu. — J uni* f Qire «tanj htjct. — DefCFiplioD 
de crite fille. 

Cet échec , qudi[ue considérable qu^il itW , 
ne ralentil pas cliez les Romains la [tassion 
qu'ils avaieul de lool N:vamellre à leur domina^ 
liun. On ne iiéglî|kn*a rien de ce qui se jMiuiail 
faire pour cela, el Fou ne s'ortupa que des nie- 
stires qu^il fallait prendre jK>ur continuer la 
fcuerre. Des deux cuii*.uls qui avaient été rrêês 
ceUe anniH^, ou choisit Luiiy s Junius p4»ur 
conduire à IJlvlMk* des > ivres et d'antres mu- 
ni lions pour rarnièequi assiégeait cette \ilie, 
el on lui douna soi\aule yaiss<'au\ |Miur les es* 
corler. Junins étant arrivé à Messine, et y 
ayant grossi sa flolle de tous les l>c\liniens qui 
lui êtaieiil \ enus du eanip et du reste de la Si- 
cile, partit en dilijrence [wur Svracuse. Sa 
floUcélait dé cent viugl > aisseaux longs» el d'en - 
y iron huit cents de charge. Il donna lanioilié 
de ceux-ci a^ec 'quelques-nus des autres mi\ 
questeurs, avet^ ordre de [x»rleriiuTssauujieut 
de» provisions au *anq> , et resla à Svracuse 
pour y attendre les bàlîmens qui n'avaient pu 
le suivre depuis M<*ssine» el pour y recevoir 
li^s p^rains que l**s alliés du milieu des terres 
devaient lui fournir. 

Vers ce niénie temps Adherbal . après avoir 
enioyé à Carthaire tout ce qu'il avait gaf»Tié 
d' hommes et de i aisseaux |iar la dernière > ic- 
toire, forma une escadre de cent vaisseaux » 
trente df*s siens, el soixante-dix que Carlha- 
lon qui conunandait avpv lui avait amenés . 
mil cet officier a leur léte el lui donna ordre de 
cingler vers Lilv bée. de ftmdre à rimproviste 
«UT les vaisseaux ennemis qui y étaient a Tan- 
cre, dVn enlever le plus qiril pourrait, 
f*l de niellrelefeu au reste. Carthalon se charge 
avec plaisir de celle coinmissi^Hi ; il [tari au 
point du jour , brûle une parliedela Hotte en- 
nemie, el disperse Taulrc, La leireur se ré- 
pnd dans le camp des Romains. Ils accourent 
avec de grands cris à leurs vaisseaux j mai» 



pendant qu'ils portent là du secours, linilcoû 
qui s'était aperrn h malin de ce qui se ps^ 
sait , tombe sur eux d'un autre côté ai ec ses ' 
Boldab étrangers. On p<'ut juger quelle (ut la \ 
consternation des Romains, lorsqu'ils se li- ' 
r en l ain s i e n v elop pés , 

Cartkilon ayant pris quelques vaisseaux el 
en avintbrisî* quelques autres, s'éloigna un 
peu de |jl)bi«e, et alla se p4tsler sur la route 
d'Hêraclée pmr obsen er la nou\ elle flotte de* 
R<imains,el Pempéiher d'aU>rder au camp. 
Informé ensuite, ]Kir ceux qu'il avait «*nv(*yés 
à la découverte ♦ qu'une assez i^rande flotte ap- 
prochait , romposi*ede vaisseaux de toute s<»rle, 
il a^ame au devant dt*s Romains |K»ur pr^en 
ter la bataille, cnn ant qu'apri*s son premier 
exploit il n'avait qu'à |Kiniitre iK)lir vaincre. 
D'un autre ciHé tes eor\ rites qui prenneul b*§ 
devans, annoncèrent à TcMadre qui venait 
de Smcnse que les ennemis n'étaient i>as loin. 
Les Romains ne se croyant pas en étal de ha- 
sarder une bataille, mirèrent de bord \ers 
une petite ville de leur domination , où il n\ 
avait pas à la vérité de port , mais où des ro- 
chi'rs s'élevant de terre fonnaient tout autour 
un abri fort commode. Us v dél*arqnérent, el 
y avant dispfiîii' t<ml ce que la ville put leur 
fournir de catapultes et de balistes , ils atten- 
dirent les Carthaginois, Ceux-ci ne furent pas 
plutôt arrivés qu'ils pensèrent a les attaquer. 
lis slimaginaienl que dans la fraieur où étaj\*nt 
les Romains , ils ne manqueraient pas de se 
retirer dans celle bicixpie . el do leur aban- 
donner leurs vaisseaux, Maisraffaire ne tour- 
nant jias comme ils avaient espéré , et les Ro- 
mains se détVndant avec* vigueur, ils se reti- 
rèrent de ce lieu où d'ailleurs ils étaient fort 
mal à leur aise» et eumienanl avec eux quel- 
ques vaisseaux de charge qu'ils avaient pris , 
ils allèrent gagner je ne sais quel fleuve . où 
ils demeurèrent , pour observer cjuelle route 
prendraient les Romains. 

Junius a^anl terminé à Svracusetout ce qu'il 
V avait à faire, doubla le capPachvnus, el cin- 
gla vers Lîhbéc. ne sachant rien de ce qui 
était arrivé a ceux qu'il avait envoyés devant. 
Celte nouvelle élanl venue à Carthalon , il mit 
en diligence à lavotk, dans le de$siein de 




^Ot! 



bataille au ronjïul ponil.nit qii^it ètail 

it' di»s autrf*s ijusscaiiv. J uni us ii|U'n;ul 

la ncitle uuiiibreust^ ileîi CarthagioLHs ; 

trop faible pcmr sout(*nir un combîit , ci 

Èffftovhi* de reiincini|iinir[HTndre hi {uiU\ 

ifÀ le parti d^jller jvier Vmure dans dr.s 

hi\ escarpes el absolyniont inal)or(!al>U\s, rè- 

hln ft loQl çtoulTrir ptuU^t (fue dt^ li v rev s«»m ar- 

léeà IVniicnil. Carthnloii se ;;rttrda lui' u do 

feniR^r WlaWW auv Hoiuaias dans ik's )j'ou\ si 

d\îftr'ili^ ; H se saisit d\ni proiiKinkïirc , i 

uuHiiUii r^tacro , et ainsi place rnlrr 1rs doux 

•nttcs des Rormiiiis , il oxatuinait i c qui se 

pi^^it daiiî»Puii(* c\ dans l^aulrr. 

lue lemp«^tc alTreusi* ronimme^ant à nie- 
ÊÊcet, le& pilotes carlha^inoiïi, gi^ns habiles 
lè*i rôtîtes et experts sur fTS sorios donis, 
ireuleequi allait arriver. Us i^n amortirent 
Carllwlon i»l lui t^DscnlIèronl de donidor au 
^ÎM le cap Parlivnns, i*t dr m^ nioUre là à 
lUir'i de Tarage , Ke e*^nnnauda(ïl se n*udil 
ideminent ,î ret avjî». Il fallut hoaneoup de 
e e( de travail pour passiT jusqu'au-delà 
du cap. maiî) eu fin ou |jassa , et on y mit la 
fc>lte âeriii^erl. La tempête éela le eu lin. Les 
émx OoUe5 romaines se tnmvaut dansdesen- 
dfviiu exposés et déronvorts, eu furent si 
fiiiclleiiiettt mail rai (ors, qu^il tiVn resta pas 
ttênM» une pbiurhe drmt on [lùt faire us«i;,^e. 
Cirliftrkleut . i(iii relevait les affaires des Car- 
îhMgmoi» et aflrmiissait leurs espéra nées, 
acbera d'*aballre lesHoniains, déjàaffiiildis 
pr les pi*rtes prérêdontes; ils 4|uillèreut la 
iBêf H luifreiit la ea m [ >a ^n e , r éd a n f auv Ca r- 
thagiiiois iiiie$u]>ériorttê qu'ils ne pondaient 
plus leur disputer , peu siurs nu^iue d'avoir [lar 
terre futitlavanta^'o sur ou\. 

Sur celle noum elle , on ne put sVrtipèeher 
à RomeK au camp de Lilybéede ropaudrodes 
hrtoessar le malheur do la ré[mhli([ue; mais 
eria ne fit pas a]>andouner le sitVe que Ton 
avait QQiiiiiimc6. I.es munitions etmtinuorent 
M renh y&r terre » sans quo porsorme fût etii- 
ifêcbè d'en apporter, elPattaipie fui poussée lo 
ptasTiremeiif^^il était possible, Junins ne fut 
pas pluti'it arrivé an eamp a[irés s<ui nanfra^o 
quv pénétré de doukur, ilehenha parqnol ox- 
pl<wt cuDsîdêrable il pourrait répar*T h porte 



È9 

qu'il venait de faire. Une petite orcasion se pré- 
senta; il (il entamer dausÈrjce dosmouées^quî 
lui livrèrent H la ville el le temple do Véuns. 
Er>€e est une montagne située sur la eôte de 
SiriitMiui rep:ardo rAfriqno, entre Orépanc 
et Païenne , pluii voisine de Dré[wine et plus 
inaeeessilïle d*^ ce côté-là, CVst la plus haute 
Uïoiîla^aio de Sirile après le mont Eina* Elle 
Si' terniino en une plato-forme ,sur lai]uolte on 
a bîlli lo touïplï^ de Vénus Erjoineje plus beau 
sanseontrodit et le plus ri*'ho do tous les tem* 
pies do Sîeilo. Au dessous du somnietesl la ville, 
oiï l^m ue pont monter que par un chemin 
trés-kHif,' et tros-esiariw , de quel(|nt^ eôléquc 
Tony vienne, Junius ayant eonmiando quel- 
ques troupes sur le sommet et sur le chemin 
de I>ré|wme , iprardail avw soin çt^s doux posiez, 
porsua4lè (|uV'n so tenant sîmphnm*nt sur la 
défensive il retiendrait paisiblement sous sa 
putssîuu e , et la ville et toute la montagne* 

CHAPITRE XIIL 

Prise il' Krt II* par Amilrar. — Dînert-nlffl tpnlallvc^ dfs deui gé- 
ni^raui lun cmilre raulre— Amilcar MAiége Kryce.**Pioo- 
vd\v llaittMicâ Romains^ eomniAndéc pir C LucItUuf . ^ &c^ 
Ujlk* d ÊgUitc. 

La dix huitième année de celte fruerre, k»s 
Carthaginois a^ant fait Amltcarj surnommé 
Bareas^ général do leurs armées, ils lui don- 
nèrent le commandomentdo la flotte. Celuî-ei 
IKirlil aussilùt pour aller ravager ritalie ; il fit 
du dégât dans h* pays des Locriensct des Bru- 
liens ; de là il prit avec toute la flotte la route 
de Paloniu* , et H'omi>ara d'Erele , place si- 
tuée sur la eôto do la mer, entre Éryce et 
Palormo , et tros-commode {Hiur y loger ime 
armée, même pour longtemps ; car c'est une 
montagne qui s\»levant de la plaine jusqu'à 
une assez grande hauteur, est escarpée de tous 
côtés , et dont le stuninet a au mtuns cent 
sliifles de circonrérence. Au doés<^us de ce 
s^jmmot, tout autour^ est un terrain trés-fer- 
lilo , où les vents do mer ne se font pas sentir, 
et où les hétes venimeuses M*nt tout-à-fait in* 
connues. Du côté de la mer el du côté de la 
terre , ce sont dos précipices affreux , cmtre 
lesquels ce qu'il reste d'ospare ost facile à 
garder. Sur la montagne s'élève encore une 



n 



»0 

F bail 
dan 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE 

bulle qui peut servir comme de donjon / et 
d'où il est aisié dV*hsorver ce qui se passe 
dans la plaine, I.eport a beaucoup de fond , 
el semble fail exprès pour la comraodité de 
ceux qui ronl de Drépane et de Lilybée en 
Halie. On ne peut appmrher de celte mon- 
tagoe que par lroi§ endroits , dont deux sont 
du côté de la terre et un du cAlè de la mer, 
cl tous trois fort difticiles. Ce fut sur ce der- 
nier qu' Amïlcar vint camper. !l fallait qu'il 
fût aussi intrépide qu^il rétait pour se jeter 
ainsi au milieu de ses ennemis , n^a\ant oi 
ville alliée , ni espérance d'aucun secours. 
Malgré cela, il ne laissa pas de livrer de 
grosses balaîllçs aov Romains , cl de leur 
donner de |?randes alarmes; car d'abord se 
mettani là en mer, il alla désolant toute la Ci>te 
d'Italie, et pénéUa juM^u'au pa\s des Cu- 
méens : ensuite les Romains étant venus par 
terre se camper à envînm cinq slades de son 
armée devant la ville de Palernie , pendant 
prés de Iroisans il leur livra une iutiuitède 
différens combats. 

Décrire ces combats en détail , c'est ce qui 
nr serait pas possible. On doit juger à peu 
près de celle guerre comme d'un coralkit de 
forts et vigoureux atliléles. Quand ils en 
vienneni aux mains pour emporter une cou- 
ronne , el que sans cesse ils se font plaie 
sur plaie , ni eux-m^mes , ni les spectateurs 
ne peuvent raisonner sur chaque coup qui se 
porte ou qui se reçoit, hum qu'on puisse aisé- 
ment, sur la vîpieur, rémulalion , Texpé- 
rience . la forre et la bonne constihitîon 
des combaltans, se former une juste idée du 
combat. II faut dire la même chose de Junius 
el d'Âmilcar. C'étaient tous les jours de part 
et d'autre des pièges , des surprises , des ap- 
proches , des attaques ; mais un historien qui 
Toudrai! expliquer pourquoi et n>mmcnt tout 
cela se faisait^ enlreraîl dans des détails qui se* 
raient fort à charge au lecteur, el ne lui se- 
raient d'aucune utiKlé : qu^on donne une id*^ 
p'^nérale de tout ce qui se fil alors , et du suc- 
ces de cette guerre , en My'ûh autant qu'il en 
faut pour jufcr dt» l'habileté des généraux. En 
deux mots , on mit df^ deux côtés tout m 
nsÊ^t . stratagèmes qu'on arait appris par 



LA RÉPUBLIQUE ROMAINE. i\. v. «lo. 

l'histoire , ruses de guerre que roccasion cP 
les circonstances présentes suggéraient , har^ 
diesse* impétuosité, rien ne fut oublié ; maisilP 
ne se fit rien de décisif, et cela pour bien deil 
raisons. Les forces de part et d'autre étaieotli 
égales ; les camps bien fortifiés el inaccessi^ 
blés ; l'intervalle qui les séparait fort petit ;i 
d'où it arriva qu'il se donnait bien tous leti 
jours des combats particuliers , mais jamaisi 
im générai i toutes les fois qu'on en venait aoM| 
mains , on perdait du monde ; mais dés quei 
l'on sentait Tennemi supérieur, on se jetaîl| 
dans les retram hemens pour se mettra à coil*^ 
vert y el ensuite on retnurnail à la charge^ j 
Enfin la fortune , qui présidait à celle espi»c^, 
de» lutte , transjiorta nos athlètes dans une au- , 
Ire arène , et pour les engager dans un com* 
bat plus périlleux , les resserra dans un lieu 
plus étroit. 

Malgré la garde que faisaient les Romains sur 
le sommet el au pied ilu mont Éryce, Amilcar 
trouva moven dV^itrer dans la ville qui était 
entre les deux camps. Il est élonnaot de voir 
avec quelle résolution el quelle constance les 
Romains qui étaient au dessus souliorenl ce 
siège , et à combien de dangers ils furent ex- 
posés ; mais on n'i» pas moins de peine à con- 
cevoir comment les Carthaginois purent se 
défendre, attaqués comme ils l'étaient par des- 
sus cl pr dessous » el ne pouvant recevoir de 
convois que par un seul endroit de la mer dont 
ils pouvaient disposer. Toutes ces diflîcullés , 
jointes à la dîsi^lte de toutes choses , n' empê- 
chèrent pas qu'on n'employât au siège de 
part et d'autre tout l'art et toute la vigueiir 
dont on était capable , et qu'on ne lit toute 
sorle d'attaques et de combats. Enfin ce srége 
finit non par répursement des deux partis , 
causé parles peines qu'il s y souffraient, comme 
l'assure Fabius , car ils soutinrent ces peines 
avec une constance si grande, qu'il ne parais- 
sait pas qu'ils les sentissent ; mais après deux 
ans de siège, on mil fin d'une autre manière à 
ct*lle guerre, et avant qu'un des deux peu- 
ples l'cmportM sur l'autre. C'est U tout ce qui 
se passa à Érycc , et ce que firent les armées 
de terre* 

A considérer Rome et Cirthage aînti achar- 





LIVRE r\ — CHAPITRE XIII, 



81 



■s INioe conire Tautre » Be croirait-oii pai 
m deux de ces bravei et vaîllam oiseaux , 
%è(Idjblis par un long combat , et ne pou- 
mi plus faire usage de leurs ailes ^ se sou- 
(ooênt par leur seul courage ^ et ne resisent 
àiebtitre, juscpi^à ce que s^élanl joints Pun 
tetre, ils se soient meurtris à coups de bec ^ 
I^TuD des deux ait rcmporLè la vidoirc ? 
Des eombats presque continuels avaient ré- 
liùl ces àcux ètat5 à l'extrèmilé ; de grande* 
continuées pendant long-temps 
Mfaleot épuisé leurs fmaDces ; cependant les 
ins Cieoneul bon contre leur mauvaise 
Quoiqu'ils eussent depuis près de 
é^jtlis abandonné la mer, tant à cause d«s 
flrtes qu'ails y aYaient faîtes , que parce que 
b troopes de terre leur paraissaient suffi- 
rai» , Toyatit néanmoins que la guerre ne 
prmit pas le Iraîn qu'ils avaient espéré » et 
fi^Ainilcar réduisait à rien tous leurs efforts, 
if m VaUèrent qu^une troisième flotte serait 
plus heureuse que les deux premières , et 
«pie m ttte était bien conduite elle termine* 
mit h ^erre avec avantage. La chose en ef- 
fel eut tout le succès qu'ils s'étaient promis. 
Sus se rebuter d^avoir été deux fois obligés 
fc tcoaocer aux armées navales, premiére- 
WBt par la te 01 pèle qu VI tes avaient essnvées 
miordr du port de Palerme , et ensuite par 
tavalkeureuse journée de Drépane , ils en 
rrmîr^Dt une troisième sur pied , qui , fcr- 
mnt aor Carthaginois le c6té de la mer par 
lequel ib recelaient leurs vivres , mil enfin 
Il ^i<:tmtc de leur côté , et finit heureusement 
la fwewf^. Ot, ce fut moins leur force que 
leur coange qui leur fil prendre celte réso- 
ltÊimi;€^T ils n'avaient pas dans leur épargne 
Ae quoi fournir aux frais d'une si grande en- 
treprise ; mais le zèle du bien public et la gè- 
■éroiiléëes principaux citoyens , suppléèrent 
h ce défaut. Chaque parCirnlicr selon son 
pocE^oîr, ou deux ou trois réunis ensemble ^ 
sa cbargërçnt de fournir une galère tout èqui* 
^, à /a seule condition que* si la chose tour- 
hhi&o, on leur rendrait ce qu'ils au- 
avancé. Par ce moyen on assembla deux 
^ércB à cinq rangs , que Ton con- 
sur le modèle de la rhodîçone 3 el 




dès le commencement de l'été , C. Luctatius 
ayant été fait consul, prit le commandement 
de cette flotte. 11 aborda en Sicile lorsqu'on 
Py attendait le moins, se rendit maître du 
port de Drépane, et de toutes les baies qui 
sont aux environs de Lîlybée , tous lieux res- 
tés sans défense par la retraite des vaisseaux 
Carthaginois ^ fit ses approches autour de 
Drépane, et disposa tout pour le siège, Pen* 
dantqu'd faisait son possible pour la serrer 
de prés , prévoyant que la flotte ennemie ne 
tarderait pas à venir, et ayant toujours de* 
vanl les yeux ce que l'on aurait pensé d'a- 
bord , que la guerre ne finirait que par un 
combat naval , sans perdre un moment , 
chaque jour il dressait son équipage auE 
exercices qui le rendaient propre h mm des- 
sein , et par son assiduité à l'exercer dani le 
reste des anaires de marine , de si m pies matelots^ 
il fit en fort peu de temps d'etcellcns soldats. 
Les Carthaginois fort surpris que le§ Ro- 
mains osassent reparaUre sur mer, et ne 
voulant pas que le camp d'Erice manquai 
d'aucune des munitions nécessaires» équipè- 
rent sur le champ des vaisseaux, et les ayant 
fournis de grains et d'autres provisions^ ils 
firent partir cette flotte, dont ils donnèrent le 
commandement a Ha nnon. Celui-ci cingla dV 
bf>rd vers Tile dMfiéres, dans le dessein d'à* 
border à Éryce sans être aperçu des ennemis^ 
d'y décharger ces vaisseaux , d'ajouter à son 
armée navale ce qu'il y avait de meilleurs 
loldats étrangers et d'aller avec Amilear pré- 
senter la bataille aux ennemis. Cette floîle 
approchant, Luctatius ayant pensé en lui- 
même quelles pouvaient être les vues de l'a- 
miral y il choisit dans son armée de terre 
les troupes les plus braves et les plus 
aguerries, et fit voile versEguse^ île située de- 
vant Lîlybée, Là, après avoir exhorté son 
monde a bien faire, il avertit les pilotes qu'il y 
aurait combat le lendemain matin. Au point 
do jour voyant que le vent, favorable aux 
Carthaginois, lui était fort contraire, et que la 
mer était extrémemenl agitée, il hésita d'abord 
snr le parti qu'il avait à prendre; mais faisant 
ensuite réflexion, que, s'il donnait le combat 
pendant ce gros temps, il n'aurait affaire qu'à 



SS HISTOIRE GÉNÉRALE DE 

l'armée navale, cl k des vaiïiseauiL t harpfés ; 
«m\m contraire s'il atlPiidail leralnio^ellais^iit 
Uannou se joindre avec le earni>d'Ér\ce, il 
aurai I à rombaUre contre des vaisseaux lêgerîi 
el eonlre Telile de ramiée delerre, el, eiM|ai 
élail alors plus forniidabh», roiilre rintrc|*idilé 
d^Vmiicar; dêlenuiiiê par louk»sres raiîiôns, il 
rt*!iolutde saisir riKTasion prrseule. ComiiK* les 
euneinisapjvriMbaii'iil à plfiiies voiles, il s'em- 
barque à la bille. LYniuipa^re, plein de forrc 
et de vtjfueiir, s*' joue de la résîslance des 
fluls; Tarim^e ^ riuifresur une ligne, la proue 
tournée vers rennemi. Les Carlbapnois 
arrêtés au passage* ferlent les \oîles , el s'en- 
foimgeanl les uns lesaulns , eu virniieul au\ 
mains. Ce nV^lail plus de juirl ni d^iutre ei^ 
lui^iu es n o lU*s q u i a v a i e u l eo ni U\ iink Drepa ne, 
et par eonséquenl il fallait qne lesueeès tluroin- 
liai fût différenl. Les» Romains a vaii-nl appris 
Tartde construire b^ vaisseaux. De Tappri^vi- 
siounemen l ils u*avaien l la issi* dans leu rs bAI i- 
uiens que ce qui était néce^iire au eomliat ; 
leur èqui paire avail élê soi|rneus4*nient exerce; 
ils avai*'nl eml»arqué l'ôlite dess<»lilaLsde terre^ 
gens à ne jamais lâcher pif^l. Du c<Mê des Car- 
tliatrinois^ ce n'était psla même chosi\ Leurs 
vaisseaux pesammenl chargés élaienl peu pro- 
prcsàcombattre, b^s rameurs nullenienlexercés 
et pris comme ils s'élaienlprêsi*nlés; b*s soldais 
lïouvellementenrAlêsei qui nesavaienl encore 
ce que c'était que les travaux et les [ht ils de la 
puerre. Ils comptaient si forlque lesRi>mains 
n'auraient plus jamais la hardiesse de revenir 
sur mer, qu'ils avaient enliéremenl nèi^digé 
leur marine. Aussi eurenl-ils le dessous près 
que de tous cûtt'S dès la prenïîére att<ii|ue. 
Cinquante de leurs vaisseaux furent coulés à 
fond ; »oixanle-dix furent pris a\ec leuréqui- 
fAgOf et les autn^n'eusst^ul pas érbappé.side 
renl, venant heureusement a <^hany:er dans le 
temps mémequ'ilscouraic^nt le plus de ri.vjue, 
neleur eùl don né mo vende sesauier dans File 
d'IIièn^, Le corn liât fini^ Luc ta tins pril la 
rouledeLil^lK^e,où les vaissi^aux qu'il avail 
gairnés et les pris^mniers qu'il avait faits, au 
nombre de dix mille, ou peu s'en faut, ne 
lui donnèrent pas peu d'embarras. 



LA REPIBLIQIE ROMAINE. 
CHAPITRE XIV. 



A. li^U 



k. 



TraUé «t^ pafi etiire Aom^H C«rUiaire. — RéEeiioiit lur edle 
^yerrr. — Sort de» éeui étals à^iH b coDtluspîoo ile la pali. 

A Carlhaf^^e on fut fort surpris quand la 
nouvelle Y \iut que llannou avail été battu. 
Si, pimr avoir sa revanche, il riVult fallu que 
du courafje et une for le [tassion de l'emjmrler 
sur les Romains, on était autant que jamais 
disposé â la guerre. Mais ou ne savait i-om- 
menl s'v prendre. Les ennemis élaiit maîtres 
de la mer, on ne |HiUvail ciiViivtT de secours 
à l'arnuM^ de Sicile : dans l'impuissance où 
l'on M^ vfnail de la sect^urir , on élail forcé de 
la livHT, [>our ainsi dire, et de rakmdonner. 
Il ne restait plus ni troupes, ni chefs jiour les 
conduire. En lin on en^o^a prompte ment à 
AmiEcar, et ron remit lout à sa dis[Nisilion. 
Ct^lui-i*î se conduisit en Sîige et prudent cajd- 
laîne. Tant ipi'il \%i quelque lueur d'es|ié- 
rance, tout ce que la bravoure ctrinlrépidité 
pouvaient fa ire entreprendre, il IVnlreprît : il 
lenla, autant que ecnéral ail jamais fini, Inus 
l(*s mo>ens d'avoir raiMui de si^s cimenns. 
Mais vovant les affaires dtsi:'spérées,eUpril n'v 
avait plus de res>ourc(*s Jl ne pensa plusqu'à sau- 
ver ceuxqui lut élaients<*umis; prudcnleï étlaî* 
ré, il cétk aux conjonitures prést*nles, el déjH"^ 
cha des amkiss*ideurs jKiur traiter d'alliance 
et de paix; car un général ne pc>rle à ju>le 
titre ce beau nom , qu'au la ni qu'il «onnail 
épalt^ment . et le temps de vaincre el rrlui 
de renoncer à la victoire. Luclatius ne se 
lit [las prier; il Siivail trop bien à quelle exlré- 
mtté il étiiil lui-même réduit, el combien ceMo 
guerre élail onéreuse au peuple mmain. Elb* 
fut donc lerminn» à ces njndilions: qui* 
sims le Imui plaisir du penjde romain , il 
\ aurait alliance entre lui et les Carthaginois « 
pourvu tiue ceux-ci se relira^si'nt de toule la 
Sicile; qu'ils ireussenl point de guerre avec 
Ilièron ; qu ils ne priss(»nl |x»iul h*s arnn^s 
contre les Syracusains, ni t outre leurs alliés; 
qu'ils rendiss^^nl aux Romains sans ninroii 
tous les prisonniers qu'îlsavaient failssur eux; 
qu'ils pa^asMMtl aux Romains pendant vin;;t 
ans deux mille deux cents talens euliéeus <1 'ar- 
gent. Ci^ (mité ne fui d'abord [kis iitcrplil' à 



p; on envora sarlo^liouK dix personnes 
I foireiamiiier lesàfTaîres Jo ])lùsprt^,Cpu!t-rî 
I i^(lMiitfr***renl rien à IVnsrtïibie de rr qui avait 
Itffaft^ mais iU êlerid iront un peu plus les 
[(Wîlifms, Ik ahrêp'»ri*nl Ir tiinps de pio- 
I, ajoutèrent mille lalons à la s*)ninitv. H 
^ edgèrrtit de plus que les Carthaginois îiIkhi- 
IhuosbuI tooles les Mvs qui ^nt entre la 

Miisi finit \d guerre des Romains eonlreles 
€MÛÊÊgwtMsàu sujet de la Sirîle, nprès avoir 
éarép^iÈAmi vingl-qualre ans snns interrai*- 
lbfi:^«*fTeUi plus loîiçueja moins inlerroiu- 
|B^, H la plus importante dont nousavonsja 
aisi^oleiidii parler ; guerre danslaquelle, sans 
ftthr des aotrcsc!iLp]oits que nous avons rap- 
portés plus haut ^ il se livra deux batailles, 
diAs Poae desquelles il y avait plus de cinq 
tfiÊh gilèresà einq rangs, et dans Pautre 
près de scpl cents. Les Romains en perdirent 
ir^ceiil^« fn comptant celles qui périrent 
dans les naufrages , et les Carthaginois einq 
ctnlâ* AfHTs eela, ceux qui atlniirent les ba- 
taille» naw^les et les flottes dl4ntigonus , de 
ci de Dêmétrius , pourront-ils, sans 
sorpriîte exlr<îme, rètlérhîr sur re que 
ire nous apprend de rette expédition? 
SiPoB cf>mpare les fpiin(|uerèrnes dont on 
t?J v^i ferTÎ, a ver les trirèmes que les Ferses 

l fiii]AoYées contre les Grées , et (elles que 

AtEiéoii'ns et les Lacédénionîens ont équi- 
î Ie§ uns eonlre les autres, ou ron viendra 

?i\ n'y eut jamais sur mer des araiéi^s dt* 
çKIe force* Ce qui prouve re que nous avons 
arancé d'abord: que quelques Greis assu- 
nmi sans raison que les Romains ne doivent 
lenr^ soceés qn'à la fortune et à un pur hst- 
aurd. Apn^ s%Hre formés aux grandes entre- 
prises (lar des expé«iîtions de rette impor- 
tunée > ils ne pouvaient rten (aire de mieux 
<|iie de te propcpser la (onquète de Puni vers, 
et ce pfci)ei ne pouvait manquer de leur réus- 
sir. \ 

Qnefqu'uD me demandera pt^ut-étre : A\m 
% ienl que, maîtres du monde entier * et par eon- 
aèqm'nt plus putssans qu'ils nV^aient alors les 
IkMMtlis ne peuvent pins équiper tant de 
f nisaniix ni mettre en mer de si nondn'euses 
rot^irii. 



LIVRE F . — CHAPITRE XH 



I» 



flottc^s? Nous éelaîrei rems cette question lors- 
que nfîus en viendrons a IVxplifatîon de leur 
gouvernement. C'est une matière dont ou ne 
doit parler qu\*xprés, et qui mérite toute 
sorte d'attention ; matière qui , quoique trés- 
eurieuse. a jiourtant été. si je l'ose dire, incon- 
nue jusqu'à présent, parla faute des historiens; 
les uns n'a va ni pas su ce qu'il en était, 
les autres nVn avant parlé que d'une manière 
emlxirrass*''e et dont on ne ptiut tirer aucun 
fruit. Au reste, il est aisé de voir que c'était 
le même esprit qui dans cette guerre animait 
1 es d eu X ré p uhl i q u e s . >Ié m es d essei ns de pa rt 
et d'autre , même prandeur de courage, même 
l>assion de dominer. A l'égard des soldats, on 
ne peut disconvenir que les Romains n'eus- 
sent tout l'avantage sur les Carthaginois; 
mais ceux-ci, de leur côté, avaient un chef 
qui l'eniporta de beaucoup en conduite et en 
valeur sur tous ceux qui commandèrent de lu 
[kirt des Romains. Ce chef est Amil car, sur- 
nommé Barcas , père de cet Annilial qui dans 
la suite fit la guerre aux Romains. 

Après la paix, ces deux états eurent a peu 
près le même sort* Pendant que h\s Romains 
étaient occupés dans une guerre civile qui s'é- 
tait élevée entre eux et les FaIis*|ueSj et qui 
fut bientôt heureusemt^nt terminée par la ré- 
duction de la ville de ces rebelles, les Car- 
thaginois en avaient aussi une fort considé- 
rable à soutenir contre les soldats ètrang-^rs , 
cl contre les Numides et les Africains qui 
étaient entrés dans leur révolte. Après s'être 
vus souvent dans de grands périls , ils couru- 
rent enfin risc|ue, ncm seulement d'être dé- 
pouillés de leurs biens ^ mais encore de périr 
eux-mêmes et d'être ( basses de leur propre 
patrie. Arrèlons-nous ici un peu , sans cepen- 
dant nous écarter du dessein que nous nous 
sommes proposé d'alK>rd , de ne rapporter 
des choses que les principaux chefs, et en peu 
de mots. Celte guern" , pour bien des raisons, 
vaut la peine que nous ne passions pas dessus 
si légèrement; par ce qui s'y est fait, ou appren- 
dra ce que c'était que cette guerre à laquelle 
beaucoupde gens donnent le nom d'inexpiable. 
Nous V verrons quelles mesures et quelles pré- 
eaulions dttivent prendre de loin ceux qui 



1 



I TOI 



ITtSTOtRE GENEHALE DE LA RÉP13LIQUE ROMAIXE. 



rA. i\ 143.1 



serrent de troupes élrangères : elle nous 
fera comprendre ^[uelle différenee on doil 
mettre entre un mélange confus de Dations 
étrangères et barlmres , et des Ironpes qui ont 
ou une èducatiiin honnèle et f|ni ont été nour- 
ries et élevées dans les nïœurs et les conlunies 
du pays; enfin, ce qui s^est passe dans ce temps- 
là nous fournira des érlaîrcissoniens sur les 
\ cri labiés raisons qui ont fait natlre entre les 
Bomains et leis Carthaginois cette guerre san- 
glante qu'ils se sont faite du temps d- Anni' 
bal; èclaircissemeos qui donneront aux cu- 
rieux d^autanl plus de satisfaction » que ni les 
hisloriens» ni mt^meles deux partis opposés ne 
sont d'accord sur ce point. 

CHAPITRE XV. 

OrigiM é9 U guerre des éirADge n contre les Carthiffsêto. -^ 
Embarras que donne la ronduHe d uoe irm^ compot^e de 
diffèreiitef rtatioss— Ittioteoce dr» éinngcn. — Vmta Hfeftf 
pour kê «piiier. -> Lt fverre m déclare. 

Le traité de paix conclu et ratifies Amilcar 
conduisft Parmée du camp d'Ér} ce à Liljbèe , 
et ià se démit du commandement. Gescon, 
gouverneur de la ville se chargea du soin de 
renvoyer ces troupes en Afrique; mais pré- 
voyant ce qui pouvait arriver ^ il s'avisa d^un 
expédient fort sage. Il partagea ces troupes ^ 
et ne les laissa s'embarquer que partie à prtie, 
et par inlervalh^, afin de donner aux Carlha- 
ginots le temps de les payer à mesure qu'elles 
arriveraîenl et de les renvoyer chez elles 
avanlque les autres débarquassent. LesCarlha- 
ginois , épuist^s par les dépenses de la guerre 
précédente, et se flattant qu'en gardant ces 
mercenaires dans la ville , ils en oblieiid raient 
quelque grâce sur la solde qui leur était due , 
reçurent et enfermèrent dans leurs murailles 
tous ceux qui abordaient. Maïs le désordre et 
la licence régnèrent bientôt partout j nuit et 
jour on en ressentit les tristes effets. Dans la 
crainte où l'on était que cette multitude de 
gens ramassés ne poussât encore les choses 
plus loin , on pria leurs officiers de les mener 
tous k Sicca , de leur faire accepter à chacun 
une pièce d'or i>our le*i besoins les plus près- 
sans, et d^allemlre là qu'on leur eût préparé 
(put Targeut qu'on était convenu de leur don- 



ner^ et que le reste de leurs gens les eussent 
joints. Ces chefs consentirent volontiers à cette 
retraite ; mais comme ces étrangers \ou!urenl 
laisser à Carthage tout ce qui leur appr tenait , 
selon qu^il s'était pratiqué auparavant , et par 
la raison qu'ils devaient y revenir bientôt [*our 
ret^evoirle paiement de leur sidde, cela in- 
quiéta les Carthaginois. Ils craignirent que 
ccii s<ilda(s réunis , après une longue absence , 
à leurs en fans et à leurs femmes , ne refusiis- 
sent abscdument de sortir de la ville, ou n'y 
revinssent pour satisfaire à leur tendresse , et 
que par là on ne revît tes mêmes désordres. 
Dans cette pensée ils les contrai gnireut j mal- 
gré leurs représentations, d'emmener avL»ceu\ 
à Sicca tout ce qu^ils avaient à Carthage. Là 
cette multitude \ ivant dans une inaction et un 
repos où elle ne sYHaît pas vue depuis long- 
temps, fil impunément tout ce quV4le voulut I 
eJTetordinaire^de roisivetè, la chose du monde 
que Ton doil le moins souffrir dans des trou- 
pes étrangères , et qui est comme la prenuére 
cause des séditions. Quelques-uns d'yeux ticcu- 
pèrenl leur loisir à supputer Targent qui leur 
était encore redu, et; augmentant la S4imme 
de beaucoup, dirent qu'il fallait reviger di^ 
Carthaginois. Tous se rappelant les promesses 
qu'on leur avait faites dans les occasions (>érîl' 
leuses, fondaient là-dessusjde grandes i^[iè- 
rances , et en attendaient de grands avanlagei. 
Quand ils furent tous rassenibléi»^ Ilannon^ 
qui commandait pour les Carthaginois en 
Afrique, arrivée Sicca; et loin de remplir 
Faltente des étrangers , il dit: que la république 
ne pouvait leur U^uir parole; qu'elle était ac- 
cablée d'imp^ts*i qu'elle soufTrail d'une disetta 
affreuse de touti's choses , et qu'elle leur de- 
mandait qu'ib lui fissi*ut remise d'unepartiedo 
ce qu'elle leur devait, A peine ai ait-il cessé du 
parler , que cette soldatesque se mutine et m 
révolte. D'abord chaque nation s^attroupe m 
particulier, ensuite toutes les nation» ensem- 
ble; le trouble, le tumulte, lacimfuston étaient 
ti4s que l'on fw^ut s'imaginer p^irmi dei* trou- 
pes de pays et de langage différons. 

Si le» Carthaginois, en prenant des soldais 
de tiiute nation . n\mt en vue que de si» faire 
des armées plus si»uples et plus «oumi^e» j eHî% 



LIVHE I'. — CHAPITRE XV- 



'^ 



3S 



n^esi psi5 à mépriser; dos Iroupes 
ne fi'ameuteul jmîs liilôt pour 

ter mtitaellemeut à la rébellion ^ el If s 

ont moins de peioe a s'eti rendre mai- 
tel Hais d' un autre ciVlé , si Vùn considère 
Faibsirras où Ton est quand il s\ijarit d'ins- 
t»tre , de calmer , de désabuser ces sortescres- 
fâUg IcHiles les fois que b colère ou b révolte 
in agile H les trotisporte ^ on coo viendra que 
ttUft ^icitilk)ue esl 1res- mal entendue. Ces 
tnmfm une fois emporlêes par quelques-unes 
4Êce$fÊÊÊions, dépassent loutes l)orries : ce ne 
mnifliaém hommes, ce sont des bêles fèro- 
veê't U D'e»l pas de violence qu^on iiV'n doive 
Les Carthaginois en tirent dans celte 
aoe triste expérience. Cette multitude 
eliît cooiposéo d^Esj^tagnols , de Gaulois , de 
Ugorieiiii « de Baléares , de Grecs de loule 
tÊÊÊCp la plupart déserteurs et Yalets , et sur- 
lOQt d'^XCrîcaiofl. Les assembler en un même 
lieu , cl la !« haran jïuer , cela n-était pas pos- 
sibie; car commetii leur liiire *'titeiidre ce que 
ron ataîl à leur dire? Il est impossible qu^un 
gài^fmt mche tant de bnj^^ues : il l\^st en- 

phia de faire dire quatre ou cinq fuis la 
par des interprètes. Keste donc 

aerfir pour cela de leurs officiers, et 

c'cai ee ^ue lit Hannon. Mais qu^arriva-t-il? 

OU ils o^entcudaienl pas ce qu^il leur 

^fOttlea capi laines, après être convenus de 
fOf^ne dboae avec lui , rapportaieni à leurs 

Iwit le 000 traire, les uns jmr ignorance, les 
|iaf naUce. Aussi ne vovait-on qu^incer- 
lJl»fe,^|aalèSauice , que cabale partout, D^ail- 
leuff ARiéeiaogers soupcounaienlquece n^était 
|ias aaiia deiBein que les Carliiaginois > au lieu 
deienrdépiitcr les chefs qui avaient été témoins 
deiMnaen'iceseu Sicile et auteurs des pro- 
messes qui leur avaient été faites , leur avaient 
êQTojé un homme qui ne s'élaît trouvé dans 
aucune des occasions où ils s'étaient signalés, 
La condusion fut : qu'ils rejetéreni Hannon; 
quVfon'ajouUTenlaurune foi à leurs of liciers 
partidif lers ^ H qu'irrités contre les Carlhagî- 
nois/iU avancèrent versCarîliage au nombre de 
plusdeiingt mille hommes, et prirent leurs 
quartiers h Tunis, à vingt-six slarles de la 



Ce fut alors , mais trop tard , q ue lesCar 
Ihaginois reconnurent les fautes qu^ils avaient 
faites. C'en était déjà deux grandes de nb voir 
point, en temps de guerre, emplové les troupes 
de la ville, et d'avoir rassemblé en un même 
endroit une si grande multitude de soldats 
mercenaires ; mais ils avaient encore plus 
grand tort de s'être défaits des enfans, des 
femmes et des effets de ces étrangers* Tout 
cela leur eût tenu lieu d'otages, et en les gar- 
dant ils auraient pu sans crainte prendre des 
mesures sur ce qu'ils avaient à faire , et ame- 
ner plus facilement ces troupes h ce qu'ils en 
auraient souhaité ; au lieu que dans la frayeur 
où le voisinage de celte armée les jeta, pour 
calmer sa fureur il fallu t en passer par tout 
ce qu'elle voulut. On envoyait des vivres eu 
quantité, tels qu'il lui plaisait, el au prix 
qu'elle y mettait* Le sénat députait continuel- 
lement queltpies-uns de ses membres pour les 
assurer qu'ils n^avaient qu'à demander, 
qu'on était prêt à tout faire pour eux , pou nu 
que ce qu'ils demanderaient fût possible. L^è- 
pouvantc dont ils sentirent les (Carthaginois 
frappés accrut leur audace et leur insolence 
il un point que, chaque jour, ils imaginaient 
quelque chose de nouveau , persuadés d'ail- 
leurs qu'après les exploits militaires (îu'ils 
avaient faits en Sicile, ni les Carthaginois, ni 
aucun peuple du monde, nVscraient se pré- 
senter en armes devant eux. Dans cette con- 
fiance, quand on leur eut accordé leur solde, 
ils voulurent qu'on leur remboursât le prix des 
chevaux qui vivaient été tués ; après cela, qu'on 
leur payAt les vivres, qui leur étaient dus de- 
puis liHig-temps, au prix qu'ils se vendaient 
pendant la guerre, qui était un prix exorbi- 
tant : c'était tous lesjours nouvelles exactions 
de la part des brouillons et des séditieux dont 
cette populace était remplie, et nouvelles 
exactions auxquelles la république ne pouvait 
satisfaîre. Enfin , les Carthaginois promettant 
de faire prmr eux tout ce qui serait en leur 
pouvoir, on convint de s'en rapporter sur la 
conlestalion h un des oflicîers-généraux qui 
avaient élé en Sicile. 

Amilcar èlait un de ceux sous qui ils avaient 
servi dans celte ile ; mais il leur était suspect 



I 



Zù niSTOIRE GEMfcR VIE DE 

p rce que u'éUul ps venu U^ trouver rfuninc 
député, ets'étaut, siih aatoiix, voloiïtaiiemenl 
démis du conimauilemenl »iléf ait en |>artiecaiuse 
iguVm avait si peu dVcrardî; pour eux. iieseon 
était lout-à-fait à leur gré, Oytrr qu'il a^ai^ 
ronuuaiidé eu Sicile , il avait toujours pris leurs 
intérêts à cœur , mais surtout lorsqu'il fut 
question tle les reuvoyer. Ce fut rlnuc lui qu'ils 
[irireut pour arbitre du liiffércml, Gesroti se 
J'ouniit d'argent , se met en mer et débarque 
il Tunis* IVak^rd il s'adrt^se au\ chefs ; en- 
suite il fait des assemblées par nation; il répri- 
inamle sur le passée, il adnioneî^icsur lepi-éscuit, 
mais il insiste parliculiéreinent sur Favenir, les 
evboriant à ne pas se départir de Taniitié 
qu'ils devaient avoir pour les Carthaginois , à 
la solde desquels ils portaient depuis long- 
temps les armes. 11 se disi)osait, cnfm . à ac- 
quitter les dettes, cl à eu faire le paieuienl par 
ualion, b>rsqu'un certain Campanien . nommé 
Sue nd i u s ♦ a u t re foi s esc la \ e c lie z les Rouia î n s , 
liommc fort et hardi jusqu'à la témérité, crai- 
irnanl que son maître . (|ui b* ebereliait , ne 
TattrapAl, et ne lui fil soulfrir les supplices et 
la mort qu^il méritait selon les lois romaines , 
ilil et fil tout ce qu^il put pour cnq>écber Tac- 
comm<>dement. Vu certain Matlios. Africain, 
>Vtai t joio t à lui . frétai t un bom me 1 ibre à la vé- 
rité , et qui ay ail servi dans Tarmée ; mais corn- 
meil avait été un des piincipaux auteurs des 
irouldes passes, de crainte dVire puni et de son 
4 rime et de celui itù il avait eiîgagé les autres, 
il était entré dans les vues de Spendius , et, 
1 iran t à pa r t les Africains , leur fai^ai t en tend re : 
qu'aussilAl que les autri*s nations auraient été 
pavées, et se seraient retirées, les Carthagi- 
nois devaient éclater coutre eux , et les punir 
été maidérc a épouvanter tous leurs compa- 
triotes, Ui-dessus les esprits s'échauffent e< 
s^irrilent. Comme Gescon ne payait que la 
s4dde. et remettait à un autre temps h piiie- 
nicnt dts vivres et di»s rhevanv, sur ce pré* 
tevte frivole tïss*assendilenl en tumulte. S}x^u- 
dius et Matbos se déchaînent * outre (iescon 
vi les Carthaginois, Les Africains n%uU (Vo- 
reiHes v[ d^iltentîon que pour euv. Si quel- 
qu\iutre sr présente pour leur donm^r conseil , 
«vaut que d'entendre si cVsl pour ou contre 



LA RKPl^LIOrE ROMAINE. 

I S |>en d i us , sur - 1 e - 1* li a m p lis T accab) en t 
pi * » r res , Qn a util é d ' ofti cîers . e t u n gran d r. « 




de 
om- 
bre de particuliers , perdirent la v ie dans ce<i 
cohues, uii il n'y avait que le UHit: frappe! 
que timles les nalions entendisM^nt , parce 
qu\dles rrap|>aient sans cesse, et surtout 
lors<pu% pleines devin, elles s^ass<*mhlaient 
après dïn<T; car alors ^ dés que quet(|u'uu 
avait dit le mot latal : frappi*! on frappait di* 
tous c*Més si brusquement , que quiconipie y 
était ^ en u était tuésiins pcjuvoir échapper. Cch 
violeiH «'^ éloignant «reu'i tout b* monde » ils 
mirent à leur tête )l;ithos et Spendius. • 

Ges<:on , au milieu de ce tunuille , demeu- 
rait inébranlable : plein de zélé {M>ur b'S inti^ 
rets de si ptrie . et prévoyant que la fureur 
de ces sc*ditu*u\ la menaçait d'une ruinr en- 
tière , il leur tenait téte^ même au |HTil de sa 
vie. Tautot il s'adressent au\ chefj$ ^ tantôt il 
assemblait rb;K|ue nation en particulier» et t*1 
(hait de l'apaiser. Mais les Africains étant 
venus demandcT a^ ec h^iuttnir les vivres qu^ils 
prétendaient leur étn- dus . pour chiitier leur 
însoleîit'e il hurdit d'aller les drniander à Ma 
thos. Cette réiMuise b*s piqua tellement , qu'« 
I>*Mnc Feurent-ils rnteiidm' ils se jetèrent sur 
l'argent qui avait été a|qM>rté , sur Ces*?ou vi 
sur Us Carthaginois qui racionqi^ignaii nt* Ma 
tKos rt Sp4*ndius , pei^^uadés que la guerre ne 
manquerait j*as de >Vdlunn^r s^il se ci»mmettait 
quelque attentat éclatant , irritaiient encore 
cette jKipulace téméraire. LV^pii[kage et Tar 
genl d4^ Carthaginois turent pillés ; Cescon et 
Si'sgi^ns liésignoniinieus(*ment et jett's dans un 
iachôl; la guerre haulenu*ntdérlartV i*ontre 1rs 
Carthaginois , et le dn»it d(*s gens violé pa« U 
plus inq>ie di* toutes \v> cons[»irations. Tel fut 
le commencement de la gurrre c<mtn» lesétran 
gi*rs , et quNui ap|K*lle aussi la guerre d\V 
tViqur(l3t). >'% 



CHAPITRE \VL 



etpAolé du général IILiiiboii. — Kmïitàt eti mh àt* pUcc* *«' 
Id rvploil et re $riOé eapitsiiic. ' 

5lHthos« apre^ tcH expbjil, déjMVha de $4S 
geosauit villis d\4frique pour les pt>rk*i' u 




^^Uâ.j LIVRE I^— CHAPITRE XVÎ 

lieiPit%Ter leur Iîl>er(c. i\ lui envover drs sc- 
,et àsejuindrcakii. PnstniiMoiisli'sAfri- 
eiitrcrcnt daDsreUi* moNc. On f^iivova 

fctiires et eic^stroupts , qui sp[|KiriafjrroiUlrjîi 

ipmliuiis, l'oe partii* niille siô^edeviiiil l'tî- 

f*?, cl Tautre ilevaiil llîpimiie^-ZarUr, parrr 

^•tccsdrux \îHes n^l\aioll! imsvuiilu prriiilrr 

[wt à Wfir réliellîoii, l nr priK^rn* sî pi ii atkïi- 

«hi*, chaurina cxtrOmnneiit les Ciirthajrinois. 

rifoîre piHir les ii<>rc»s.si(ès de k vii» ; ninîs Irs 

pn^falils de gTi^rrc f*t l<^ p'aiHle,spnniîiîons 

lese fUiaienl que «iiir 1rs rr^f^ims (jU'ils li- 

ide TAfrique : oiifri» qu'ils èlaieiit ar- 

à ne faire la guorrr qu'avot* (l<*s 

êlraiiîr*T**?*. Tous com st^cours imu 

iHlli*m«'nt leur nianquairul alors, mais si" 

kmnmeni cotilre ou\. bi pai\ faili% ib se 

fci i M qit de respirer un pou, et de st? tU*lm- 

ser 4» travaux continuels cpie la guerre de 

Sirilelffif'tTait fait (»ssuTer, et ils en voiaretit 

s*éfc?RT trnr autre plus f^rrandcei plus lormida 

UrqoiP bi pretniêre. Dans celle la (t uVtail rpie 

b Sicile qu^îU avaient disputée aux ll<>mains: 
^ ■fltt scelIC'CÎ êtail une p:uerre ri vile ,011 il ne 
^Hkiwaîl de rien moins que de leur propre 
^Vtt H de celui de la p trie. Outre eela point 

l^fOMs, point d'aruiêe navale, pcnut de \ais- 

«^mx , piii ni de munitions^ point d'amis ou 

d'aUtèsdont ils pussent le moins du inonde es- 
pérer du secours. îls sentirent alttrs condiien 

ittie guerre inténeure est plus fài hmise (pi^nie 

KttiifTe ci«Li 9C fait an loin et delà la mer. E( la 

csme prîiiiripale de tous ces malheurs, eVv 

Uivai rui-fflèmes. Dans la guérie |>rè<'éflente 

it»Mf aient trailé les Afrieaios avee la dernière 

diirolé:aiLigeant des gens de laeampagne,sur 

desprêlextes qui n\'iva£ent que Tapparenee de 

la nuson, la moitié de tous les re^ «mus^ et des 

kabîlaiisdes villes une fois plus d'impôts qu'ils 

II* en payaient auparavan!, sans faire quartier 

ni gràci". k aucun, quelque [lauvrc qu'il fût. 

JEolne In tQiendans des provinces ce n'était 

(m de aeux qui se conduisaient avtM^ don- 

tfir eC avec Kuniantti% qu'ils faisaient le plus 

de ras: mais de ceux qui leur amassaient le plus 

de vtrrrs et de munitions, et auprès de qui 

r<m ymD^^ail lemoiuîj d'accès et d'induigcnce. 



:î7 

llannon piir evemnle, était un Iitumoe de leur 
portf. Des peuples ainsi maltraités n'avaient 
pis !i<^o!n qu'on les portât à la rèvt>î(e, c'était 
assez qu'on l^nir en annonciM unr pinrr s'y 
joindre. Les femnu»s mêmes , qui jnsriuVdor!» 
avaient vu sans êuiotiofi (miner leurs maris et 
leurs parens en prison pour le paiement des 
împ<Hs, a>ant fail serment i*n Ire elles dans 
eliaque ville de ne rien cacher de leurs effets, 
se tireiH un plaisir (rc^niplover a la H>lde des 
troupes tout ce qu'elles avaient de tneubles et 
de parures, et par la fournirent à iMathos et à 
Spendius di:s sommes si alKHidantes, que non 
seulement ils pavèrent aux soldats étrangers le 
res!ede la S4»lde qu'ils leur avaient pronn'se 
pour les enfçafîer dans leur révolte, mais 
qu'ils etUTUl de quoi soulenir les frais de la 
guerre sans dîseuntiiujation. Tant il est vrai 
«tne, piïur liieu gouverner, il ne faut pas se 
iMH'ner au préstmt, mais qu'on doit pinier aus- 
si ses vui^siir Tayenir, et y faire même plus 
d'attention, 

Mal^nê des conjonctures si Oh heuses, les 
Ciarlliaginois ayant choisi pour chef IJannou, 
qui leur avait déjà auparavant soumis cetio 
partie de l'Afrique qui est vers Hecatontapyle, 
ils assemblèrent des étraugers, lirent prendre 
les armes an\ citoyens qui avaient l'âge com- 
pétent, exercèrent la ca\alerie de la ville et 
équipèrent ce qu'il leur restait de galères à 
trois et à nn(\ rangs, et de plus grandes barques. 
M.ithos, de s^ju cftlé, ayant reeudes Afn(%iins 
soi\imle di\ mille honunc'i , et eu ayaut fait 
deux corps , poussait paisiblement s(*s deux 
sièges, î>e c^amp qu'il avait à Tunis était aussi 
en siuvté ; et par ces deux pf>sti\s il coupait 
aux Carthaginois loutc communication avcx; 
l'Afrique extérieure ; car la ville de Garthage 
s'avance dans le golfe, ei forme une espèce d« 
péninsule^ environaéc presque tout entière, 
partie par la mer et partie jkir un lac. L'is- 
thme qui la joint à l'Afrique, est large d'en- 
viron vingt-einq stadi«* Uli(|ue est située vers 
le coté de la ville qui regarde la mer; de 
l'autre côté sur le lac **st Tunis. De cesdt^ux 
postes, les étrangers ressi*rraienl If^s Carthagi- 
nois dans leurs murailles, et les y iiarcelaienl. 
sans cesse. Tantôt de joui' ^ Un tôt de nuit , Jïk 




a 



a8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE 

venaient jusqu'au pied des inuis^ et par là 
réiKiiidaieul la terreur parmi Icshabilans. 

Haiiuon pendaul ce temps-là s'appliquait 
^iiis relikhe h amasser des muniUous. CV*tait 
là tout sou taleut. A la t^te d'une armée cv 
n'était rieu. Nulle présence d'esprit pour saisir 
lesi ocrasiuus, nulle e\i)érionre, nulle rapacité 
pour les içrraiidesalTajri^. Quand il sc^ prépara 
à secourir llique» il avait un si grand uimibre 
dVléphans que It^ ennemis se croyaient {wr- 
dus; il en avait au moins cent. Les commence- 
mens de celle expédition furent très-heureux ; 
mais il en profita si mal, qu'il piisa prdre 
ceux au secours desquels il élail venu. Il a^ait 
fait apporter de Carthage des catapultes , di^ 
traits, en un mot tous les préparatifs d'un 
sié^e; et étant cami>é devant Utique, il entre- 
prit d'attaquer les retranchemens dv^ enne- 
mis. Les éléphans s'élant jetés dans le camp 
avec impétuosité, les assiés:eans, qui n'en pu- 
rent soutenir lechoc, sortirent tous, la plupart 
blesses à mort. Ce qui échappa, se retira vers 
une colline escariW^e et couverte d'arbres. 
Haimon. accoutumé à faire la guerre à 
des Numides el à des Africains , qui au 
premier échec prennent la fuite el s'é- 
loi^u^nt de deux el tr*ns journées, crut avoir 
pleine victoire, et que les ennemis ne s>n re- 
léveraienl jamais. Sur cette, pensée il ne songea 
plus ni à ses soldais, ni k la défense de son 
camp. 11 entra dttus la>ille , et ne pc^nsa plus 
qu\^ se bien traiter. Les élranjrei^ réfugiés 
sur la colline étaient deci*s soldats formés par 
Amilear aux entreprises hardies, et qui axaient 
appris dans la guerre de Sicile laiilot à reculer, 
tantét,fais;inl v*dle*fdce, à retournera la charge 
et à faire cette manœuvre plusieurs fois en uu 
même jour. Ces soldats vovant que le général 
carthaginois s'était retiré dans la ville, et que 
les troupes, contentes de leur premier succès 
s%>ca riaient nonchalamment de leur camp, ils 
fondireiilen rangs serrés sur le retranchement, 
lirent main Iwsse sur grand nombre de scddats , 
forcèrent les autrt^ à fuir honteusemenl sous 
les murs elles p*>rti»s de la ville, el s^em- 
piirérenl de tous les équipages, de lous 1l*s pré- 
paraUfs.et de louli*s lesprovisionsquellanuiin 
mît fait rciiir d« Cartbaj^e* Ce ne fut jmk 



LA RÉPUBLIQUE ROMAINE. ia. i. wi^j 

seule affaire où ce gèuéral lit paraitre son iii- 
caiiacitè. Peu de jours aprt^s il était auprès de 
Gor/a ; les ennemis i iurent si^ camper proche 
de lui : rcwcasion se présenta de les défaire 
dmx fuis en bataille rangée, el deux fois, par 
surprise , il la laissa échapjRT sans que Ton 
pùl dire )>ourquoi. 

L<*s Carlhaginois si* lasst'rent en lin de ce 
maladroit officier , et niirenl Amilcar à sa 
place. Ils lui firent une armée composée de 
soixante dix éléphans, de tout ce que Ton 
avait amassé d'étrangers, des déserteurs des 
eonemis, de la cavalerie et de Finfanterie de 
la ville; ce qui montait environ à dix mille 
hommes. Dés sa première action il étourdit si 
fort les ennemis, que les armes leur lombéreul 
des mains, el qu'ils levèrenl le siège d'Utique. 
Aussi celle acliim éLiil-el le digne des premiers 
exploits de ce < apitaine» el de ce que sa patrie 
attendait de lui* £n voici le détail. 
' Sur le roi qui joint Carlhage à l'Afrique, 
s<int répandui^ çâ et là descollint^s forl difti- 
ciles à tranchir, et entre lesqm'U«*s on a pra- 
tiqué d4*s chemins qui amduis4'ut dans les ter- 
res. Quelques forts que fuss*ml déjà tous ces 
pa^isages par la disposition des rc 4 lin es. Math us 
les faisait encore garder exaclemenl; outre 
que le Mâcar, Oeuvc profond , qui n'est guéable 
presque nulle part , et sur lequel il n'y a qu'un 
seul pont , ferme eu certains endroits Tenlréc 
de la campagne à ceux qui sortent de Car- 
thage. Ce pont même était gardé el {^in v avait 
btUi uue ville : de S4»rle que non seulement 
une armée , mais même uu homme seul pou* 
vail à jieine (lasscT dans h^ lerres sans être 
vu des ennemis, Amilcar, après avoir essavé 
tous les moyens de vaincre ces obstacles, s'a- 
visa enfin d'un expédient. Ayant pris garde que 
lorsque certains vents viennent à s'élever, 
l'embouchure du Macar se couvTe de sable, et 
qu'il s'y forme connue une espèce de banc , il 
dispose tout pour ledéparl de Parmée , sans rien 
dire de son dessein à personne ; ces vents sauf» 
fient ; il part la nuit . et se trouve au point du 
jour à Tanlre côté du fleuve, sans avoir été 
aperçu , au grand êlonuement et des enoenui 
et di's assiégés. Il traverse ensuite la plaine^ 
Qi mafdie dfvii à k gar4e du pouU â|>aiiliw 




fiait au devant de bt ; et environ dix mille 
iHBMisde b \ tliebà(ieaiipW^ du pouts^èlnnt 
[jntf aux quinze mille d^LUîque, res deux 
m disposent h se soutenir Pun raiitrc, 
Lofqu^îls furent en présence, tes étrangers, 
iB|m ksCartha^tuois en¥elop|>é!$ , sVxhor- 
lfel,f'liDrouragont et eu viennent aux mains. 
s^âTance vers eux, ayant h la prè- 
les éléphaus , derrière eux la ea- 
: Vct armés à la légfère^ et à !a Iroî- 
riènie ligni* /es hommes pesammen tannés , Mais 
i€§4mnmÊÊk fondant avec précipilation sur kii, 
SeèftBgv la disposition de son année , fait aller 
rem de la tète à la queue, et ayant fait venir 
4» deux côtés ceux qui étaient à la trois^iéino 
ipM^, il (es oppose aux ennemis, Les Africaîiis 
H Im élraiijErer» A^iinagineut que r'esl par 
► qu'ils reculent ; ils quittent leur ranjif 
il §ur eux , et ehargent vivement. Mais 
4èsifK\a cavalerie eut fait rolte-fare, qu'elle se 
ful f f mhèc des soldats pesamment armés, e( 
enf «wnn toulle reste des tronpes ; alors les 
Ifmaîaiqiii combattaient épars etsausordre^ 
élbwjéê de ce mouvement extraordinairts 
[prise d^abord et prennent la fuite. Ils 
Il sur ceux qui les suivaient, ils y 
lia coQsternaiionetles entraînent ainsi 
à litr perle. On met à leur poursuite la 
«mime et les èléphans, qui en écrasent sous 
hmnfmàê la pins grande partie. Il [HTit dans 
69 cmbal environ six mille honnnes , tant 
Alricaifia qu'étrangers, et on fit deux mille 
frâonm. Le reste se sauva,, partie dans la 
irfllb M6e au kjul du pont , partie au ramp 
dHUqu^* Amilear, après cet lieurenx succès, 
pm^smi les ennemis. Il prend d'emblée la 
nttë fPÉ les ennemis s\'taient réfugiés, et 
qo^baraient ensuite abandonnée i>our se rc- 
Itrer à Tmtts. Ballant ensuite le pays , il se 
toamil les villes^ les unes par composition ^ 
par force. Ces progrés dissipèrent 
des Carthaginois, qui commen- 
k>rs à avoir un peu moins mau- 
Tite Ofinhù de leurs affaires. 



— CHAPITRE XYIl. '^^^ 

CHAWTRE XVIL 



a 




Paru que pTeoaçni Iktalhof «t Spetidiuj.^Ntraraie quitlf lot 
itifoltés pour 6j« Joindre si imilc^ir. - Balailli" gagnée par cû 
§éùéTê\ , H soD indulgence enrfrs tet prisonniers. — Les Car- 
lliugtooiâ p«rdeni U £ksrd«igne.— Frtu4e et cniAUlÉ de» cliefii 
des rebf Me** ~ Héflexions sur cel évéa^menl. 



Pour Matbos, îl continuait toujours le 
siège d'Hipponc, conseillant aAutarite, chef 
des Gaulois, et a Spendîus deserrer toujours 
les ennemis , dVn iter les plaines à cause du 
nombre de leurs chevaux et de leurs éléphaus, 
de côtoyer le pied des montagnes , et de les at- 
taquer toutes les fois qu* ils les verraient dans 
quelque embarras. Dans cette \Tiê il envoya 
chez les Numides et chez les Africains, pouf 
les engager à secourir ces deux chefs ;, et à ue 
pas manquer Toccasion de secouer le joug que 
les Carthaginois leur imposaient. Spendîus do 
son côté, à la tète de six mille hommes tirés 
des différentes nations qui étaient à Tunis > et 
de deux raille Gaulois commandés par Aul<i* 
rite, les seuls qui é laie ni restés ace chef après 
la désertion de ceux qui sY*taîent rangés sous 
les enseignes des Romains au camp d'Éryce , 
Spendius^ dis-je, selon le conseil de Mathos^ cô- 
toyait toujours de prés les Carthaginois en 
suivant le pied des montagnes. Cn jour qu'A- 
mîlcar était campé dans une plaine envi- 
ronnée de montagnes j le secours qu'en- 
voyaient les Numides et les Africains vint 
joindre Tarméc de Spendîus ; le général de 
Carthagc se trouva fort eml>arrassé , ayant en 
télé les Africains , les Numides en queue , et 
en flanc l'armée de Spendius : car comment 
se tirer de ce m*iuvaispas? 

Il y avait alors dans l'armée de SpendiuS 
un certain Numide nommé Naravase , hommiî 
des plus illustres de sa nation , et plein d^1^- 
deur militaire , qui avait hérité de son père de 
beaucoup cFiuclinatiou pour les Carthaginois, 
mais qui leur était encore beaucoup plus atta- 
ché j depuis qu'il avait connu le mérite d'A- 
milcar. Croyant que Foccasion était belle de 
se gagner l'amitié de ce peuple,, il vient au 
camp ^ avant avec lui environ cent Nnmîdes. 
II approche dos retranchemens , et reste là 
sans crainte, et faisant signe de la main. Amil- 
car surpris lui cn>ojf uu cavalier» Il dit ^pi'iV 



^-^-^itt ^ 




9^«^> «^ MB -, « -L ^'HfinMiiie 

*>.« ^ ^« . <A •«^«*«»« !«Mi:Mr u«.\ • lai tèM«Lttlvl^^ 

,.K^ A\L.V OhK* VUÉMR&t'N i|u*il 

.>^^*«i.a .JkNft> a >iuk:. v^Hi vit ui'ui aux 

%^v ,^ ,>v4>v«M4v. vuuwiiif v'*^^K'l^Ji|j»^»ri- 
,^• a «A.*;. Hv u*iU' àe^vUiK'iàU* it>4éivui 
s»* ..'v UéM*!' .0 -s^^oùtc^ i%i'a lU 4iM4rf iiuile 

^«^Mc«MM*.^ >^ V|H v> V V » %ir .K «lOil.. i*tf iU des |H'i- 

. ^ « \*x c^cwuWN.uiu\'>^|Uoua\»ùl luisNur 

.*.A Viu*»^u. K->.à\aui .ui^tuiilcs. U'ui- iiil: 
^*, :l .VV4» ,^»kii «*i*ii% a«a%*N W\ tuuit*!^ iiax>«i*s, 

. ^*.. . .M%w4i.. ^'uV .K'%4W»4; V li«là>'4 4*Ù boa 

u» No^-Hv-»; M.i.>*iiu >* .uuKx lu >uiU' ou l'U 
v.*.i. c.»v.uaw^awiJ^, il i'n .lumil aucuuf 

»%«i\* a. *4Kî* • iK%4k 'U4. 

UU..U lu ai" V4«U»4|iiK. làiiilaiil >tUht>^o4 
•*vv\ »i4" "^ oW*W** • ^'* •^'^^M»* 0UÏ04IIK' Jaiis lu 



. IEftBU«U Rt^MLlTSE. a. i 515 

.»4e-«a«Bi. Mi et Uiiii<*pqn*il v avait do sc$ 
l4»CartJiafrÎDoî$ jetèrent encore 
, et renvounrent là avec 
ses propres troupt^ Taban- 
pour se tourner du côté dos rebelles, 
m àe saisirent ensuite de sa personne et Tat- 
acÎKffml à une croix. On inventa aussi de 
auuieaux supplices contre tous les Carthafâ- 
QMS qui étaient dans TUe , il n\ en eut pas un 
i'èparj^nê. Après cela on prit les villes, onen- 
vaut toute nie , jusqu'à ce qu'une sédition 
!^*étant élevée, les naturels du pavs chasseront 
tou^cesétrangeri, et les obligèrent à se reti- 
rer en llaiie. C'est ainsi que les Carthaginois 
perdirent laSardaigne , Ile , de Paveu de tout 
le monde > très considérable par sa grandeur, 
par la quantité dliommes dimt elle est peuplée , 
et par sa fertilité. Nous n'en «lirons rien davaii- 
uure , nous ne ferions que répéter ce que 
d*auires ont dit avant nous. 

MatboSy SpendiusetAutarite vojkaut Phu- 
Biauitédout Amilcar usait ravers les prison- 
niers, craignirent que les Africains et li>s 
étrangers, gagnés par cet attrait, ne <H>urus- 
sent chercher Pimpunitéqui leur était ofTerte^ 
ib tinrent conseil pour chercher ensemble par 
quel nouvel attentat ils pourraient mettre le 
comble à la rébellion : le résultat fut qu'on 
les convoquerait tous, et que Ton ferait en- 
trer dans rassemblée lui messager ctnnme ap- 
portant de Sardaigne tme lettre de la part des 
gens de la même faction qui étaient dans cette 
ile. La chose fut exécutée, et la lettre portait: 
qu'iU observassent d(* prés Gescon et tous 
ivu.\ qu^il commandait, et contre qui ils sV- 
tuiottt K*%oltés à Tunis; qu*il v avait dans Tar- 
uièe des pratii|ues secri*tt*s en faveur des Car- 
Lhti^etuois. Sur cette nouvelle prétendue, Spen- 
diosn*ix>mnuiU4K*ài*esnatiousdeneiia$si* lai:- 
hh: ol4ouir à la douceur qu' Amilcar a>ait eue 
pour les prisimuiiNTs : qu'eu les reu>ovaut, 
M>u but n'était |ias de les sauuT , mais de se 
r\'udiv |iar la iiialtri* de nnix qui reslaieut , (»t 
Je leNcu\eK»piKT tous dans la même punition, 
di's qu'il k*s aurait eu sa puissaniv ; qu'ils se 
;(arda.sse..t bien de n*uvover Cesivîi ; que ce 
MTuit XL ^ houte \KHir eux de Lk'her uu hi«mme 
de ccU^ 4iui>iH:iaucv et de ce mérite ; qu'en le 




LIVRE l".-- ^GUVliTRE XML 



Mi 



mller il!i se fiTaîrnl an trùs-^ranil tort, 
ni ne* fnanf(iieraU pos de ^e lounier 
mix . ri de devenir leur plus ^rmiA eii- 
II [larlait euf^>re , lorM|u\Hi aiUre nie^;- 

romrtic arrivant de Tunis ^ îipporlii 

|!»lellre si*iiiiilable à la première. Sur quoi 
iMirile praianl la |)artili%dit i[u^îl n\y avail 
fi^ihmUv moyeu de rétablir U^ iift^ires, que 
ieae jamaû» plus rien esik^rer des Cartljagi- 
ftoîs^ iSfMt ffukoaquc attendrait qne^lque chimy 
àr \(*tir Aftiflir. no iKïUvait avoir qu^uie al- 
hiore A'iak* a%cc les êtran^^ers; qu'ainsi il les 
^mhdc n'avoir d'oreilles » d'attention ni de 
^«fiino* que pour ceu\ f|ui les porl<*raieiit 
m demii^res violences eonlre les Carthafri- 
MfHie regarder coininc traîtres et comme 
loui» reux qui leur iiispireraîent des 
contraire*!^ ; que bim a\is était que 
Tcn /il mourir , dauf^ les plus honteux ^uppli- 
n», Gortm . tous ceux qui avaient êlê pris, et 
kwis crui. que Pou preudrait daus la snîle sur 
1rs Carlk^^^Bois. Cet Au ta ri le a \ ait dans les 
r and a va n ta^'c , \m ree q ti ' a \ a n t 
un long commerce a ver les soldais^ 
î farier phènicicu , la pluiiart de ces étran- 
gDMBircidaienL sesdist^Kirsj caria loiiffueur 
it «allé guerre «ivait rendu le phénicien m 
wmamm^ que les scddatii^ pour TordinairCj 
€ft«p sJuant, ne se servaient pas d\nitre laii- 
fttc. W fui donc loué tout d'une voi\^ et il se 
îuges. Vinrent ensuite des 
de chaque nation, lesquels, par 
nce pour les bieulaibqu^ils avaient 
Ae G^con^ demandaient qu'on lui fit 
grâtt tm moiiê it& ^pplices. Comme ils pur- 
biriif loof OMisnilile et charun en sa lan^^uis 
da n'ciilaMlit rien de ce qulls disaient : mais 
dés qu^uffi commença a entrevoir qirils priaient 
fo'ffn e]urg^nàl les supplices à (jcseon , et que 
quejqu^im de l'assemldée eût crié, frappe! (rap- 
^ Icts Btalbeurenv. Turent assommés a coups de 
pierres, tl emportés parleurs proches comme 
émgen^ qiû auraient été égorgés par des l>étes 
feroee»* L« soldats de Spendius se jettent en- 
pnHefitr ceux de Gescon^ qui étaient au noni- 
Iirr d^cn^iroQ sept cents* On les mène hors des 
on les conduit à la télé du 
, oii é*idioir4 on leur cuupc les imim cit 



comnienrant par Gesron . eet honnne qu^ik 
mettaient peu de temps auparavant au di^us 
d<^ lous les Carlhapriuois. qu'ils recoouaissaicnl 
avoir été leur prolecteur, qnTils avaient pris 
pour arbitre de leurs différends; ft après leur 
a\oir couiïé les (>reilk*s, roaqm et brisé les 
j a n il K*s y on 1 es j e ta U m t \ i fs d a ns u ne fosse . 
Celte nouvt/lle pénétra de douleur les Cartha- 
i^^inoîs : ils envoyèrent ordre à Amilcar et à 
Ihmion derourir au secours et â la vengeance 
de ceux qui avaient été si cruellem**nl massai- 
très. Ms dépérhéront encore des hérauts d'ar- 
mes jiour demander l\ ces impies tes cor|>î!i 
morts. Mais loin de livrer ces corps» ils me- 
nacèrent que les premiers députés ou hérauts 
d'armes qu'on leur enverrait, seraient traitée 
cnnune Pavait été liesiun. En etïel, cette ré- 
solution passa ensuite en loi, qui portait que : 
tout t'^arthaginois, que Fou prendrait^ per- 
drait la vî<* dans les supplices, et que tout allié 
des Ciu^thagiiiois leursc^rail renvové les mains 
coupées; cl cette loi fut toujours observée à la 
rigueur. 

Après cela , n'est-il pas vrai d«* dire que si 
le rorps humalu est sujet à certains maux qui 
s'irritent quelqueffds justprà d^'venir incura- 
bles, r^ime en est encore beaucoup plus sus- 
ceptible? Comme dans le corps il se forme des 
ulcères (|ue les remèdes iMivrniment , et dont les 
remèdes ne font que hâter les progrés, et qui, 
d'un autre côté, laissés à eux-mêmes , ne ces- 
sent de ronger les parties voisines jusqu'à ce 
qu'il ne reste plus rien a dévorer: de même, dans 
riinie, il s'élève certaines vapeurs malignes, 
il s\v glisse certaine corruption, qui porte les 
honnnesâdesexcùsdontonne voit pas d'exem- 
ple i>armi tes animaux les pins féroces. Leur 
failes-vous quelque gr.k'c? les traite?: -vous 
avec douceur? C'est piéfjeet artifice» c'est riLw 
pour les tromper. Ils se défient de vous, et 
vous Imssenl d'aulant plus, que vous évites 
pins d'efforts ptmr les gagner. Si l'on se raidit 
contre eux, et que l'on oppose violence à vio- 
lence, il n'est point de crimes, point d'atten- 
tats, dont ils ne soient capables de se souiller; 
ils font gloire de leur audace, et la fureur les 
transporte jusqu'à leur faire perdre tout mn- 
tim^pt d'bumauilé, J^e** uia'urs déréglées cl la 



il 




Zù niSTOIRE GENtlRALE DE 

p sce que uVlaiil |>as \euu les trouver romuii' 
ilr^putê, oU'rliuU, siiii atit eux» voloiMaiiomcnl 
«lêmis^ducuiiimaoïlemeiityilébjleiiparllecause 
qu\>n avait ^i peu d'ésranls iHmr eux. Gi*seOD 
V*lait (oul-ii-lait à leur ^ ré. Outre qu'il a^ait 
mmitiandé en Sicile , il a vail loujours prisleurs 
iutérèls à cœur , mais surtout lorsqu'il fui 
question de les renvoyer. Ce fui donc lui qu'ils 
prii-eiit pimr arbitre du diflereud, Geseuu ^^e 
Jburait d^irgenl , se met en mer et dêban|ue 
à Tunis. D'abord il s'adreî^se au\ chefs; en- 
suite il fait des assemblée** par nation; il répri- 
mande su rie passé, il admoneste Hir le présent, 
mais il insiste particulièrement sur Pavenir, les 
exhortant à ne pas se départir de l ami lie 
i|u'iïs de\ aient avoir pour les Carthaginois, à 
la solde desquels ils portai eut depuis lon^* 
temps les armes. Il se disposait, enfin , à ac- 
quitter l4?s dettes, et à en liiirc le i*aiement jKir 
UfttiûUt b>rsqu'un certain Campanien . nonnné 
Speôdius, autrefois esclave chez les Eomaîns, 
liomme fort et hardi justiu'à la téméi ité, crat- 
irnant que son maître . ïjui le cherchait , ne 
Tatlrapat, et ne lui fit souffrir les supplices et 
la mort qu'il méritait selon les lois romaines, 
dit et fit tout ce qu'il put i>our empêcher Tac- 
ii>mm*>demènL In certain Mathos. Africain. 
^Vlail joint a lui* C'était un homme lihrea la vé- 
rité , et quiavait servi dans Tarmée ; maïs corn- 
jiieil avait élé un des piiiuii^aux auleurs des 
troubles ija&sès,de crainte dVtre puni et de son 
I rime et de celui où il avait engaj^é les autres, 
il était entré dans les vues de Spendius , et, 
tirantà parties Africains, leur faisait en tendre: 
<pf aussi tiH que les autres nations auraient été 
imèes, et se seraient retirées , les Carthagi- 
nois devaient éclater coulie eux. et les punir 
de manière à épouvanter tous leurs compa- 
triotes. 1^-dessus les esprits sWhauffeiil et 
s''irritent. Comme Gescon ne payait que la 
Mjlde, et remettait à un autre temps le paie- 
ment des vivres et des chenaux, sur ce pré- 
texte frivole ils s'assemblent en tumulte. S|M»n- 
litus et Mathos se diThiiinent (outre (iescon 
et les Carthaginois. Ia's Africains n'ont dV 
ffeîHi^ et d'attention que pour eux. Si qneb 
tqu\aulre se» présente pour leur donner cirnseil, 
[avant que d'eu tendre si c'est pour ou contre 




LA RÊPlTiUOrE ROMAINE. :a.b.wsî 

1 Sfiendius^ sur-te- champ ils raccablent de 
pierres. Quantité d'ofliciers» et un frrand r.om* 
bre de particuliers j perdin^nt la vii* dans ces 
cohues, où il nV avait que le mot: frappe*! 
que tout(N les nations entendîswnt , parce 
qu^elles frap|>aient sans i:ess*v» (*t suclout 
lors*[nts plrin*^ de vin , elles s'assc^mhlaient 
après dîner; car alors, dés que quelqu'un 
avait dit le mot fatal : frappi*! on frappait de 
tous cùtés si hnisi|uentent , que qnicunqu*^ y 
était venu était tué sims p<rHi voir échapper, C*s 
violenc«»s éloignant d'eux tout le monde , ils 
mirent à leur tête Mathos et Spndiu5. 

(j«*s<'on , au niilicu de ce tunudie , demeu- 
rait inéhra niable : plein de zèle [Mmr k*s int*"^ 
rébi de SI [latrie , et préi oyant que la fureur 
de cc*s S(>dîtieux la nn-narait d'unr ruine en - 
liére , il leur tenait téti», uaHue an [K'ril de si 
V ie. Tantôt il s^adress,iit aux chefs , tantôt il 
assemblait chaque nation en [articidier, et ih^ 
rhait de Tapaisi^r. .Mais le*î Africains étant 
venus demander a>ec hautiHir U^ vivres qu^its 
prétendaient leur être dus . jïour chàliiT leur 
insoh'ure il Irurdit d'aller h*seh^mander à Ma 
thos. Cette ré|ionse h*s piqua tellenn*nt j qu'à 
peine Peurent-ils enteintue ils se jetèrent sur 
l'a rirent qui avait été appirté > sur Cescon et 
sur le*^ Carthaginois qui FacronqKijrncUtnt, Ma 
thos et Spi*ndius » |Mnsuadés que la mierre ne 
manqueniit j»as de >'allunnT s'il se commettait 
quelque attentat ê<4atant , irrilai<»nl encore 
cette popula<e témé^raire. L'iH]ui|vafre et l'iu 
geDtdes(^arth.ipiiiM»i furent pillés; tjescoti et 
sespèJislii'si^iiominîeUMiuent et jeli*s dans un 
cachot; la iîiierre hauk'UïcntdérbriH» *\»nlre 1rs 
CarUiairimiis . et le droit di^ gens violé par U 
plus inq>ie de (uutcs \vs conspiration!!. Tel fni 
le ciuumenn'onnU de la guerre ctmtre le^étnm 
g4*rs , et qu\ni ap|K'lle aussi la iruerrc d'A 
frique(lîl). % 

CHAPITRE xvr. a 

Eiln^maê o« te trâttirml U-s DirtliàffîiifiU , et tSuvIili «««l rtit- 
mfmn\^tVÊm,^mif€ 4 1 rèqn^ h d'Ilifipâiuslafiie.- tft<| 
OMieilè 4u général IÎiiiuûd — Imtir jr r%i mb à*ê ptêri;. -% 
Bdrvpfoiltft re grand r*f»tuiiic. 

>lalhtis, apns cet txploil» dé|KVha de MS 
gens aux villi^ d'Afrique jHHir les pi>r(cr a 




^^ » «ti LhRE I .— CilAPITRE XVI 

ifeoa%rer leur liberté, à lui en\ovcr dvs se* 
c«parS«o| àsc»joimlreàliiiJ*ros(iuetcHisicsAfri- 
mns entrèrent dans retir nHoIlt*. Où envoya 
fa vî% res ot Av» trouprs, <mi M*'parlngèreril les 
i*|N*ni fions, [ne partie mit le siê|?e devant l'ii- 
qne, et Pau(re ilevanl Uîppf>rie-Z,ir\ l<% pan-e 
iuece5cleu\ villeîi n'avaieiil pasvoiihi |>r4'iKli'(^ 
part a leur rél>ellioti. Ine guerre %\ pra atten- 
due, cha^ina c\tr<^nienient les CarlFtapnois, 
X la \érîlèilsn'avaiL'nî Ih^mhû qiK» de leurler- 
riioire pfmr les nécessités de la \ie ; niais les 
prcpomlik de jgtî^rre el k^ ^randaspnn isîons 
ne se faisaient fjue sur les revenus fprils li- 
raient de l'Afrique : on Ire qu'ils étaient ae- 
roo lamés à ne faire la gnerre qu'a ver di*s 
trtmpes étrangères. Tintn e<\s stHoors non 
feulement leur manquaient al(»rs , mais se 
Imirnaîent œntre eu\, La paix faite, ils se 
flattaient de respirer nn ptni, et de se délas- 
ser dei& travaux eontinurls ((ue la f^^jerre dï» 
Sicile leur avait l\iit t*ssuver, H ils en \fnaiput 
s*élever une autre plus f,^randei*t plus forniida- 
Heqiie ïa première. Dans relie la ee nVlaitqne 
b Sicile qu'ils avaient disputée au^ Homains; 
nms celleci était une jiuerre eivile , où il ne 
■'"■^**îit de rien moins que de leur propre 



.17 



mIhI et de celui dr la patrie. Outre cela pomt 
d'armes, point d'arnu'*** navale, point ih \ài^ 
seatnk, point de munit ions j point d'amis ou 
d'alliés dont ils pussent le moins du montli' es- 
pérer du ^H^fiurs. Ils sentiront alors combien 
une jsruerre intérieure es{ plus fi\rbeuse qu'une 
içuerre qui se fait au loin et delà la ntcr. Et la 
caiise* principale de ions ces malheurs^ e'è- 
Imvni ciit-mémes. Dans la guerre prér-édenle 
Un «ivaieiit traité le*; Afrii ains avee la dernière 
dcirebé: exigeant desi gens de li campagne, sur 
des prétextes qui n'avaient qu(^ l'apparence de 
la raison^ la moitié de Unis les re\t*nus, et des 
babiians des vjHrs une fois pins d^imp61s qu'ils 
iTen payaient auparavant , sans faire quartier 
m gdKc à aucun, quelque pauvre qu'il fut. 
Eulre les intendans des provinres ee n'était 
fB» de ceux qui se conduisaient avec dou- 
rcuf et avet* humanité, qu'ils faisaient le plus 
de ras; mais de ceux qui leur ama!^saieut le plus 
ée fifres et de munitions, et auprès de qui 
lait le moins d'acccs el d'iudnigcuce. 




llannon par exemple, était un homnje de leur 
goiYt, Des peuples ainsi maltraités n'avaient 

pns besoin qn'ou les porli^t h la résulte, eVtaîl 
assez qu'on leur eu annourî^l une potu' s'j 
joindre. Les femmes mêmes , qui jusqn'abïrs 
avaient vu sans émotifm traîner leurs maris et 
leurs ju'irens en [vrison pour le paie*înent des 
inq>ots, a\ant fait serment entre elles dans 
eliarine ville de ne rien cocher de leurs effets, 
se firent un plaisir d'i^mplover à la solde des 
tn>upest(nit re qu'elles avaient de meubles et 
de parures, et par là fournirent â Mathos et à 
Spendiusdes s^immes si altondantes, que non 
seulement ils pavèrent aux soldats étrangers le 
reste d(* la s^dde qu^its leur avaient promise 
pour les en*iager dans leur révolte, mais 
qu'ils eurent de quoi soutenir b'S frais de la 
guerre sans diseontinuation. Tant il est vrai 
que, pour bien gouverner, it ne faut pas se 
lH>rner au présent, maiscpi'on doit jKn'ter aus- 
si ses mes sur l'avenir, et y faire même [dus 
d'attentitni. 

Mal^'ré des conjonctures si ti^cheuses, les 
tlartlmginois ayant choisi pour ehef llannon, 
qui leur avait d<^à auparavant soumis eettn 
partie de l'Afrique ([ui est\ers Heratontapyle, 
ils assemblèrent des étrangers, tirent prendre 
les armes aux citoyens qui avaient l'âge corn- 
l>étent, exercèrent la cavalerie de la ville et 
équipèrent ce qu'il leur restait dt* galères à 
trois et h cinq rangs, et deplusgrand(»s barques. 
Mathos, de SfUi côté, ayant reçu des Africains 
soixante dix mille bommct , et en ayaul fait 
deux corps , poussait paisiblement ses dt^ux 
.sièges, f j* camp qu'il avait à Tunis était aussi 
en sûreté ; et par ces deux pfistes il coupait 
aux Carttiaginois toute communication avec 
l'Afrique extérieure; car la ville de Carlhage 
s'avance dans le golfe, et fnrme une espèce ih 
péninsule, environnée presc[ue tout entière, 
partie par la mer et pai lie jiar wn lac. L'is- 
thme qui la joint à l'Afrique, est large d'eu< 
liron vingt-cinq stadess. IJ tique est située vers 
le côté de la ville qui regarde la nier; de 
l'autre C(>té sur le lac est Tunis. De ces deux 
postes, les étrangers ressiTraienl les Cari bagi- 
noîs dans leurs nuirailles, et les y Iu\rcelaieiU 
sans cesse. Tantôt de joui\, tapiûl de ntiit^ il^ 




38 

L >ci 



38 HISTOIRE GÉNÉRALE DE 

menaient jusqu^m pied des murs, el par ià 
■rcpandaietit la ItTreur parmi lesh.ibîtatis. 
Hanoou pciulaiilce temps-là s^appliquait 
ins rdàche à amasser des 'munkioBS. CV'ilatt 
là Uïul son lalent. A la léte d^une armée ce 
n'ètailrien* Nulle présence d^ esprit pour saisir 
k^ occasions, niiUe exjïérience, nulle rapt- ilé 
pour les grandes affair*^. Quand il se prépara 
à secourir llique, il avait un si grand uumbrr 
d-elépbans que les ennemis se croyaient per- 
dus; il eu avait au uioîos cent. Les eummenre- 
mens de celle expédition furent Irés-heureuSL; 
mab il en profita si mal, qu'il pensa perdre 
ceux au secours desquels il élaîl venu. Il a>ait 
fait apporter de Carthagc des calajtultfN , des 
traits, eu un niât tous les préjKiralifs d'un 
ftiége; et éliuit canii>é devant lltîque, il entre- 
prit d'attaquer les retranchemens d4*s enne- 
mis. Les éléphans s'étant jetés dans le camp 
avec impétuosité, les assiégeaus, ([uî n'en pu- 
rent soutenir le choc, sorlirent tous, la plupart 
blesses à mort. Ce qui éebapp, se relira vers 
une colline es4'aq>éc el couvi*rle d'arbres. 
Hannon. accoutumé à faire la guerre à 
d**s NuDudes et à des Africains, qui au 
premier échec prennent la fuite et s'é- 
loignent de deux et trois journées, crut avoir 
pleine victoire, et que lesenuerais ne sVn re- 
lèveraient jamais. Sur cette, pensée il ne songea 
plus ni à st*s soldats, ni à la défense de son 
camp. 11 entra dans la ville , et ne pensa plus 
qu'à se bien Irait* r. Les étrangers réfugiés 
sur la colline étaient de ces soldais formés |Hir 
Amilcar aux entreprises hardies, et fpii avaient 
appris dans la guerre de Sicile la d loi h r*Haler. 
lanl*>t .faisant v olle-face , à retourner à la charge 
et à faire cette manœuvre plusieurs fois en un 
même jour. Ces srddals vovant que le général 
carlbaginois s'élait retiré dans la \tlb\ el que 
les troupes, contentes de leur premier succès 
s\*eartaient nonchalammenl de leur camp, ils 
fondirenlen rangs serres sur le relrauchemenl^ 
lirent main basse sur grand nombre de soUals , 
forcèrent les autres à fuir houleusemcnl sous 
les murs et les porles de la ville , el s'em- 

L parèrent de tous U^t^uîpagcs, de tous les pré- 
paratifs, et de toutes lesprovisionsqueHanmm 
«nu fdii venir d« Ciirtbage. Ce ne fui parlai 



LA RÉPUBLlOrE ROMAINE. ia, u, mu 

seule affaire où ce général lit paraître son in- 
capacité. Peu de jours après il était aupri'S de 
Gorza j les ennemis vinrent S4* campeur proche 
de lui : l'occasion se présenta de les défaire 
deux fois en bataille rangée, et deux fois, par 
surprise , il la laissa éihapiwr sans que Fou 
put dire pourquoi. 

L(*s (Carthaginois Sf* lassÎTcnt enfin de ce 
maladroit ofticier , et niirenl Amilcar à sa 
place. Ils lui lirent une armée composée de 
soixante dix éléphans, de tout ce que Ton 
avait amassé d'ét rangers, di^ déserteurs des 
ennemis, de la ea\alerie el de Finfanterie de 
la ville; ce qui montait environ à dix mille 
hommes. Dés sa première action il étourdit si 
fort les ennemis, que les armes leur tonibérent 
des mains^ el qu'ils levèrent le siège d'Ulique* 
Aussi rettc action élait*elle digne de^ premiers 
exploits de ce capi laine, et de ce que sa patrie 
attendait de lui. En voici le détail. 
' Sur Iv e(d qui joint Carlhage à F Afrique, 
scml répandues ça et là descollincrs fort di fa- 
ciles à franrhir, et entre lesquellc*s on a pra- 
tiqué dt*s chemins qui conduisent dans les ter- 
res. Quelques forls que fusst^nt déjà loua ces 
passager par la dis^Misi lion des collines, Malhîïs 
les fiiisait encore garder exactement ; outre 
qu4' le Slacar, fleuve profond , qui n'est guéable 
pn^ue nulle part, el sur lequel il n'y a qu'un 
seul pont , ferme en certains endroits Fentrée 
delà campagne à ceux qui sortent de Car- 
lhage, Ce pont même était gardé et on y avait 
hiVli une ville : de sorte que non seulement 
une armée ^ mais tnéme un homme s<*ul pou^ 
vait a |M»iiie |>asser dans les terres sa us iMre 
vu des ennemis. Amilcar, après a^oir essayé 
tous les moyens de vaincre ces oliBtacles, »*•»■ 
% isa enfin d'un expc^lient. Ayant priigirde cpie 
lorsque certains veuts viennent à i^élcver , 
Fembouchure du Macar se couvre de sable , et 
qu'il s'y forme conmie une espèce de banc , il 
disjHise iou t pour ledépar t de Pli niée» sans rien 
dire de son dessein à personne; ces vents souf- 
flent ; il part la nuit . et se trouve au point du 
jour à Faulre cùté du fleuve, sans avoir élé 
aperçu , au grand étonnement et des ennemis 
el des assiégés. Il traverse ensuite la plaine, 
et aiarcli4^ dri^là k §ardç du poai. âpciidiw 



i 






II.Mtf.1 LIVRE I * 

fhit «O devant de* lui ; clpnviron di\ niilkr 
Imiesiile la ville bâlicayprt^s du ponLn^i^tntit 
jÉMfaitir quinze mille dHUîquis rrs deux 
Mfê êpt disposent à se soutenir Turt raulre. 
IflMpi'iU furent en présence, les étrangers, 
Oittnt )esCartba<]>inoi$ enveloppés, s'e\hor- 
Itil t s'cncourag-enl et en viennent au\ mains. 
lailcir s'atance vers eux, ayant h la pre- 
mien! ligne tes èléphans , derrière eux la ea- 
vihme avec Ici armés à la légère , et à la troi- 
iiHMllIflia In hommes pesamnientarmés. Mais 
L^ f>"fTffnts fondant avec précipilalîou sur lui, 
„ e (a disposition de son année » fait aller 
cmx de la tête II la queue, et ajant fait venir 
ioi deux cdtés ceux qui étaient à la Iroisiémo 
iiflie f il tc9 opfiOBeaux ennemis. L(*s Afrît ains 
«1 kl étrangers s^imafirînenl que c'est |kir 
cnitite nu^ils reculent ; ils quittent leur ranj^r 
ODorent sur eux, et chargent vivement. Mais 
[UcVa cavalerie eut fait volte-laee, qu'elle se 
apprurhéedes» soldats pt*sammcnt armés, et 
roi roorert tout le reste des troupes ; alors les 
Africains «pii comliattatent épars etsansordre^ 
rffnyéi de ce mouv<'nient extraordinaire, 
1 prise d^abord et prennent la fuite. Ils 
I sur ceux qui les suivaient ^ ils y 
jilteiil la coiuiteniation et tes entraînent ainsi 
à leur |K*rte. On met à leur poursuite la 
rarakmet les èléphans ^ qui en èrrastHilsous 
fefiffiyiida la plus grande partie. Il [K^rit dans 
CE I Oâliil environ six mille hommes , tant 
Afrtralm quV'trangers, et on fit deux mille 
{iri«cMiQÎer». Le reste se sauva,, partie dans la 
ville faàtie au bout du pont , partie au eamp 
dTlj^je, ,lmî?car, après cet heureux sm t-és, 
pcmrfoit les ennemis. Il prend d'emldée la 
▼ille oîi les ennemis s'étaient rélugiés, et 
qu^ilsavaleat ensuite abandonnée iwur se re- 
lin»r à Tunis. Battant ensuite le pavs , il se 
fourni i les villes» les unes par rom position ^ 
l« inlrci par force. Ces progrés dissipèrent 
la rratale des Carthaginois, qui eonuueii- 
féretil pour lors à avoir un peu moins mau- 
ttiie ûpiiiiOfl de Icuis affaires. 



CHAPITRE XVri. fi 

CHAPITRE XVIL 




Paru que prcnneiil lUathoi et Spetiilîuâ.^Nirivaâo «|uiit« loi 
rivollf^s pour •tejoindrL' 'i Amilcar. — BjUi Ile gagnée par ce 
général , et son iiidoiffenct! tnrtn \t$ pt'mtnnlBn. — tes Car- 
tïiagioois {i«rdenl Ïa 6ttrJitgiie< — Fraude ei cruauté dc« cbefii 
des rebelles. — Ri^flc^^ions sur ci't évén(?meiit, 



Pour Mathos, il continuait toii]oiu*s lé 
siège d'Hîppone, ronseillanl t'iAularite, chef 
des Gaulois, et a Spendîns deserrer toujours 
les ennemis, d'éviter les plaines h cause du 
nombre de leurs chevaux et de leurs èléphans, 
de côiover le pied des montagnes , et de les at- 
taquer toutes les fois qu'ils les verraient dans 
quelque end>arras. Dans cette vue il envoya 
chez les Numides et chez les Mrîcains, pouf 
les engager a secourir ces deux chefs, et à ne 
pas manquer roceasîon de setxmer le joug que 
les Carthaginois leur imposaient. Spendîus do 
son c(>té, à la tète de six mille hommes tîrèa 
des différentes nations qui étaient à Timîs, et 
de deux mille Gaulois commandés par Auta- 
rite, les seuls qui étaient restés à ce chef après 
la désertion de ceux qui s'étaient rangés sous 
les enseignes dos Romains au camp d'Éryce ^ 
Spendius, dis-je, selon leconscîlde Malhos, cô- 
toyait toujours de prés les Carthaginois en 
suivant le pied des montagnes. Un jour qu*A- 
mîlcar était campé dans une plaine envi- 
ronnée de montagnes , le secours quVn* 
voyaient les Numides et les Africains vint 
joindre Parméc de Spendius ^ le général de 
Carthagc se trouva fort embarrassé , ayant en 
tète les Africains j les Numides en queue ^ et 
en flaiu" l'aruïée de Spendius : car comment 
se tirer de ce mauvais (kis? 

H y avait alors dans l'armée de Spendius 
un certain Numide nommé Naravase, hommo 
des plus illustres de sa nation » cl plein d'ar- 
deur militaire , qui avait hérité de son père de 
beaucoup d'inclination pour les Carthaginois, 
mais qui leur était encore beaucoup plus atta- 
ché , depuis qu'il avait connu le mérite d'A- 
railcar. Croyant que l'occasion était belle do 
se gagner Vamitic de ce peuple, il vient au 
campj^ ayant avec lui environ cent Numides* 
11 approche des relranchemens , et reste là 
sans crainte, et faisant signe de la main, Amil- 
car «urpris lui cuioif uûcayalitîr. Il dit qu'il 



\ù IIISTOIRE GÉ^ÎÉRALE DE L 

deiiiamlfiit uoe conférence arec ce gênera L 
C anime tdai-i i hésitai l el avai( peine ii si» fier 
à cet areoiuiier , >'aravaîH> donne !>*m rheval 
cl ses armes à ceiix qui raccouipa^naienl , el 
enlro dans le eamp^ télé levée et avei' un air 
d'asisurance à éloiiner lou^ ceux cjui le regar- 
daient. On le reçut néannioiu!> , el on le eun- 
duîsit à Aiuilear : il lui dit c|iril voulait un 
bien à luiisU*s Carlhagiuob en général^ mais 
qu'il souhaitai l surtout d'être ami ifAmilear; 
qu^il n'élaîl Ténu ijue iK>ur lier aniilîè avec 
lui^ diî^jïosè de ison eôlé à eut ht dans toutes 
ses vues et à partager tous ses travaux. Ce 
discours joint à la roufiaDeeel à riiigênuité 
avec laquelle ce jeune honune parlait , donna 
tant de joie à Amilcar , que non seuleoienl il 
voulut bien Tassocier a ses atiions , maisqu^d 
lui Ut serment de lui donner sa GUe en mariage^ 
pourvu qu'il demeurât fidèle aux Carlhaginois. 
L'alMaiice faile, Naravase vint, amenant 
avec lui environ deux mille Numides qui! 
commandait. Avec ce secours Aniilcar met 
son armée en bataille ; Spendius s^êtait aussi 
joint aux Africains pour combatlre et îlait 
descendu dans la plaine. On en vient aux 
mains. Le conibiitfut opiniâtre^ mais Amilrar 
eul le dessus. Les éléphans se signalèrent dans 
cette occasion y mais \ai:avasc s\ distingua 
plus que personne. Aularite et Spendius pri- 
rent la fuite. Dix mille des ennemis restèrent 
sur le champ de bataille > elon fit quatre mille 
prisonniers. Après celle action, ccui des pri- 
sonniers qui voulurent prend reparti aansTar- 
mée des Carthaginois , V furent bien reçus, 
et on les revêtit des armes qu'on avait pris sur 
les ennemis. Pour ceux qui ne le voulurent 
pas, Amilcar les aidant assemblés ^ leur dit: 
quHt leur pard(*unait toutes les fautes passées, 
et que chacun d Vu x [Mm^ait se retirer où bon 
lui semblerait ; maisque si dans la suite on eu 
prenait quelqu^un portaul armes offensives 
contre les Carlhaginois, iln'v aurait aucune 
grâce à csj»érer pour lui. 

Vers ce même temps , les étrangers qui gar- 
daient rUe de ïvirdaigne , imitant Malhos el 
Y5)>endius , se révoltèrenl contre les Carthagi- 
IKiis qui y étaient » cl avant enfermé dans la 
citadcUe Bostar chef des troupes auxiliaires^ 



A RHIH BLltilE ROMArNE. lA. u. ws-j 

ils le tuèrent, lui el tout re qu'il y a^ail deseîi 
concitoyens. Les Carlli^igiuf^is jetèrent enrarc 
les yeux sur Hannun^ et ren\ouVent là avec 
une annè^ ^ mais ses propr4*s Iroupi^s l'aban- 
don nèrent pour se tourner du rùlèdesrebell*'^, 
qui se saisirent ensuite de sa personne et rat- 
tachèrent à une croix. On invcnla aussi de 
nouveaux sup|dices f onln* tous les Carthagi- 
nois qui étaient dans File ^ il n'} en eul pas un 
d'épacgné. Après cela on prit les vtlk^, on en- 
vahit toute File, jusqu'à ce qu'une si'dition 
s'ëtant éle>é<Vj les naturels du [>avs chassért^ut 
tous ces clrangeri , et li*s obligèrent à screii 
rer en Italie. C-i*sl ainsi que les (iarthaginois 
perdirent la Sardaigne . ile , de Paveu de tout 
le monde, lr{»s considéralde par sa grandeur, 
par la quantité d -hommes doiil elle est f>euphT , 
et par sa fertililé. Xous nVn dirons rien davan- 
tage, nous ne ferions que répéter ce que 
d'autres ont dit avant nous. 

Malhos, Spi-ndius el Aularite voyant Phu- 
manitêdont Amibar usait envers les prison- 
niers, craignirent que les Africaîns et les 
étrangers, gagnés [>ar cet attrait, ne courus- 
st^nl rhercher rimpuniléqui leur élail offerte^ 
ils linrenl constnl ]iour chercher ens«^mblepar 
quel nouvel attentat ils pourraient mellre le 
comble a la rébellion : le résultat fut qu'on 
les cianoqnerait tous, el que Ton ferait en- 
trer dans rassembléi^ un messager coiume ap- 
portant de Sardaigne une lettre de la (lart des 
gens de la même faction qui élaient dans celte 
ile. La chose fut exécutée, et la lettre pcirlatl: 
qifils observassent tle prés Ges4X>n et tous 
ceux qu'il commandait, et contre qui ils sV- 
taienl révoltt^s à Tunis; qu'il y ai ail dans Tar- 
mée tics pratiques secrètes en faveiu^ des Car- 
thaginois. Sur celte nouvelle prétendue, Spen- 
diiïs recommande à ct*s naliou*ide ne passe* lu-* 
ser éblouir à la douceur qu' Amilcar a\ ait eue 
pour les prisonniers : qu'en les ren^ovaut» 
Sfm but n'était pas de les sauver, mais de se 
rendre par la maître de ceux qui restaient, el 
de lesenveloppcT tous dans la même punition, 
dès qu'il les aurait en sa puissance; qulls se 
gardassent bien de renvover Cescon ; que ce 
serait u.t- iionlepuur eux de lâcher un homme 
de cetit duprtanci' el de ce uiérile ^ qu'en le 




t.f iii.i LIVRE r .^^CIIVMTRE XVII. 

émnt aller ils» se fomicnt tin très-grand (oi1| 
rîl ne roanqucrail pas ûc pv lountor 
eux , et de devenir leur plus grand en- 
, n parlai! encore, lorscju^un aulre mes- 
eomnie arrivant dr Tunis, npporla 
tc4lre semblable à la première. Sur quoi 
iBlarilc prenant ia [Kirole^dil: qu'il n\ avait 
fttd'^autn* moven de rélaWir les affaires, que 
et ac jamai!» plus rien espérer tU^ Carilmgi- 
\ c\\iit <|Uicottque attendrait <|iielqiie cliose 
àe Veiir amitié , ne [mu va il a\uir f|u'iinc al- 
Iwiinc feinte a%cc les étrangers; qu^ainsi il les 
priait de nVvoir dVireiHes, d^attMidion ni de 
aHifiaoce que pciur €eu\ qui hs port<'raifnt 
«1 dernières >icdenres contre les Carlha^ri- 
M», et de regarder comme traîtres et comme 
tous reux qui leur iospiteraieut drs 
cciR Ira ires; que son a\is était que 
ToD /ït mourir, dans l(*s plus honteux suppti- 
fa, GttCCMi ^ tous ceux qui avaient été pris^ et 
Ion» Cfiti.qiic l'on prendrait dans la suite sur 
les Carlb9^iiob. Cet Autarileaiait dans les 
cnseîZs un Ires-grand a\ anlage, pareeqn^ai anl 
offris par un long commerce avei* les solda îs^ 
à parier pbèmcion , la |>Iupart de ces étran* 
( psisentendaienl se^disiours; i:ar la longueur 
^k celte guerre avait rendu le phénic ien si 
HHbanui^ que les soldats , pour l^ordinairCj 
«I 51? saJuaut, ne se servaient pas d'autre lan- 
gue. Il fiU doue loué tout d'une ^ oix , et il se 
amUè d'éloges. Vinrent ensuite des 
de chaque nation , lesquels , par 
pour lesbienfaitsqu'ilsavaic^nt 
ITTU* de (îcacon^ demandaient qu'on lui fit 
gràee êm Êmms des supplices» Comme ils par- 
liîmf IcMls ensemble* et chacun en ^a langue, 
CMi n'cfitendît rien de ce qu'ils disaieut ; mais 
des quWconuueuça à entrevoir qu'ils priaient 
qu^cm éfKirgtiât k*s supplict*s à (jesron , et que 
queJqu' un de l*a&send>léc eût crié, frappe! frap- 
pe l CCS malheureux ftireul assuminês à cou[>s de 
pierre», el emportés parleurs proches comme 
de» gens^ qui auraient été égorgés par des bétes 
féroce^' Les soldais de Spendius se jettent en- 
sinllesor i*eu\ de Gescou, qui étaient au nom- 
bre d^envjroa sept cents. On les mène hors des 
relfiuicliefiieiis : on les conduit à ia télé du 
cinp, ail d'abord on leur coupe les umim en 



m^ 



41 

coiuTnençant par Gescon . cet homme qu'ik 
mettaient peu de t(*mps auparavant au dessus 
de tous lt*s Carthaginois, qu'ils rectumaissaicnt 
a^oir été leur protecteur, qu'ils avair*ut pris 
pour arbitre de leurs différends; et après leur 
a^ttir ciuipé lc*s oreilles, roinpu el brisé les 
jai!dM»s, on les jeïa tout \ifs dans une fossi». 
Celle nouvelle pémMra de douleur les Cartha- 
ginois : ils envoyèrent ordre à Amilcar el à 
Mannou de courir auseconrs et à la vengeance 
de ceux qui avaient été si cruellement massîi- 
crès. Ils dépêchèrent encore des hérauts d'ar* 
mes iKHir demander k ces impies tes eorjiH 
morts. Mais loin de livrer rrȔ* corps, ils me- 
nacèrent que les premiers députés ou hérauts 
d'armes qu'on leur enverrait, scTaient traités 
connue l'avait été Cestmi, En effets celte rè- 
solution passai ensuite en loi, qui portait que : 
tout Carihaginois, que Fun prendrait^ per- 
drait la vie dans les supplices, et que tout allié 
des Carthaginois leur serait renvové k s mains 
cou[>ées; et cette loi fut toujours observée à ia 
rigueur. 

Après cela , n'esl-il pas v rai de dire que si 
le corps humain est sujet a certains maux qui 
s'irritent quelquefois jusqu'à devenir incura- 
bles ,. TùTue en est eucon^ beauctnip plus sus- 
ceptible? Comme dans le corps il se forme des 
ulcères queh^ renièdesonveniment , «M dont les 
renièiles ne font que hâter les progrès , et qui , 
d'un autre ciité , hiissi^ à eux-mêmes , ne ces- 
senf de ronger les parties voisines jus«[u'à ce 
qu'il ne reste plus rien a dévorer: de même, dans 
l'ànie, il s'élève <*erlaiues va[>eurs malignes, 
ilsS glisse crrtainr corruption, qui porte les 
homuH^sàdesexct^s dont ou ne voit [kis d'exem- 
pte [ta r mi les animaux les plus féroc*'S. Leur 
faites -vous quelque grAce? les traite/ -vous 
avec douceur 1 CVst piège el artitîce, c'est ntst*, 
pour les tromper. Ils se défient de vous, el 
vous haïssent d'aniimt plus, que vous faites 
plus d'efforts pcuir les gagner. Si l'on se raidit 
contre eux , et que Ton oppose violence à vio- 
lenre, il n'esl point de crimes, point d'atteu- 
(als, dont ils ne soient capables de se s^mUler; 
ils font gloire de leur audace , et la fureur les 
transporte jusqu'à leur faire |K3rdre tout Mm- 
timeul d'huuiauîtvt Uâ ma'urâ déréglées ci li 




4i HISTOIRE GÉNÉRALE DE 

mauvaise éducation otit sam doulc grande pari 
k ces horribles di*sordr(*s; m îs hien des rhf>- 
scsroiUrilm4*nlrnrr»ro ii produiredansTHoiumc 
telle dbposil ion. C«* quî semble v eoiilriliuer 
davantag^e, ce sont loî* ïiiaovai?} Iraitemnis et 
ravârice deschrfs. Nous en avons un Irislo 
exemple dans ce cjui s'est passé pendant tout 
le cours de la guerre des Mranper**, el dans la 
e^uduite des Carthaginois à leur égard . 

CHAPITRE XVin. 

(Vourel eiDbarru des Oobaginoift.^Si^ge d« Carthtge pAr lei 
étranger* -^Sccoors que Hi^roii rotirnît A <?Wte ville. — Fid^ 
Mi ém RoiVMfBt i son H^ré. — Fçinin« bor nble dtM It tmap 
te élranfen « i|iii dcnMtnttent la [uii ^ Tf omp4« , ilt ftfr^o- 
■cal la MtMS, sont iléfaiuet uilés eu péeM, — Siéft de 
1>Hit ftà Aiiiiibai e^l pris ri pendu^ — Oitulte décisive. — La 
Sêrdalfoe cédè« aux Ramaim. 

Amikar ne sachant plus comnienl réprimer 
Taudace effrèuiVe de ses enoemis , se persuada 
qu'il nVn tiendrait à bout , rpiVu joigoaot en- 
semble les deu\ années que les Carthaginois 
aifaieut en camjiagûe , et quVn e\termiaant 
enlièrement ces rebt^lles. C ■ est |K>urquoi, ayant 
lait veuîr Hauntm ^ lousceux quî s^q*posèrent 
à «es armes furent passés au fil de IVptn» , et il 
lit jeter aux bêles tous ceux quVm lui amenait 
prisonniers. Les affaires des Carthaginois rom- 
meneaieiit à prendre un meilleur train Jorsque 
par un revers de fortune étonnant , elles re- 
tomlHTent dans le premier étal. Les généraux 
furent à j>eine réunis, qu'ils se brouillèrent en- 
semble ; et cela alla si loin que non seulement 
ils perdirent des occasions favorables de battre 
Tennemi, maïs qu^ilsluidonnérent sou vent prise 
fnreux.Sur la nouvelle de ces diss^^nsionsjes 
magistrats en éloignèrent un , el ne Iaiss4^rent 
que celui que rarmi*e aurait choisi. Outre cela 
les convois qui venaient des endroits qu^ilsap- 
prilent les Emporées* el sur lesquels ils fai- 
saient beaucoup de fond, tant pour les vivres 
pour que les autres munitions, furent tous sub- 
mergés par une tempête ; outre qu^alors file de 
SardaignCj dont ib liraient de grands secoun;^ 
s^étatt soustraite à leur domination. Et ce qui 
fut le plus fdicbeux^ cV^t que I(*s bahilans 
d^Hippone-Zarytc el d'Ii tique, qui seuls de» 
iples d\4friqQe aTaientsoutemioelle guerre 
m vit^uf; qui fkmmi wm feim dn tamp^ 




LA RÉPIBLIOI E ROM.VINE. tA v. sii.] 

d'Ag»thiK;lt»s et de rirruption des Romains * 
et n'avaieni jamais pris de réscdution contraire 
aux intérêts des Carthaginois, non seulement 
les aliandonnèreot alors el se jetèrent dans le 
parti des Africains . mais encore conçurent 
[Mjur ceux-ci autant d^imitié el de confiance ^ 
que de haine et d^aversion pfmr les autres* Ils 
tuèrent et prt*ri pilèrent du haut de leurs mu- 
railles environ cinq cenls hommes qn*on avait 
envoyés à leur secours; ils firent le même 
trailemeni au rhef , livrèrent la ville aux Afri- 
cains, el ne voulurent jamais |>errae lire aux 
Carthaginois, quoh]ue instance ipi^ils leur en 
fissent , dVnlerrer leurs morts. 

Mathos et Spendius , après ces événemens , 
portèrent leur ambition jusqu'à vouloir mel- 
Ire le siège devant Carthape même. Amîlcar 
s'associa alors dans le njmmandemenl Annî- 
kil , que le sénat avaîl envoyé à l'armée , après 
que îlaiinim en eût été éloigné par les soldats. 
à cause de la mésintelligence qu'il y avait entre 
les généraux. ï! prit encore a% ec soi Naravase, 
et acc<»ropagné de ees deux capitaines , il Imî 
la campagne i)Our couper les vivres à Matbos 
et à Spendius. Dans cette expédition , comme 
dans bien d'autres , Naravase lui fut d'une 
exlrème utilité. Tel était l'étal des affaires par 
ra p po rt au X a rmôes de de hors , * 

Les Carthaginois serrés de tous les côtés ,* 
furent obligés d'avoir recours aux villes alliées. 
Hiéron , qui avait toujours rœil au guet i^en- 
dant celte guerre ♦ leur accordait tout ce qu'ils 
demandaient de lui. Mais il rednuWa de KÛns 
dans celle occasîtm , voyant bien que, pour se 
maintenir en Sicile et se conserver l'amitié des 
Romains , il était de son intérêt qiie les 
Carthaginois eussent le dessus ♦ de peur que l<^ 
élranflrers prévalant ne trouvassent plus d\d>s- 
lacles a rexècution de leurs projets, en quiH 
l'on doit remarquer sa sagesse et sa prudent e ; 
car cVstune maxime qui n'est pas k négliger : 
de ne pas laisser croître une puissance jus4|u'au 
point qu'on ne lui puisse cont<*sler les choses 
même qui nous appartiennent de droit. 

Pour les Romains , exacts obsenaleiu's du 
traité qu'ils avaient fait avec les Carthaginois . 
ils leur donnèrent tous les secours qu'ils pou- 
yùeoi fti^uhâlur; quoique d^abortl ces deus 




BÉils eussent eu quelques dt'mt'lés engrinlile , 

V et que )es Cartbagioois avaient Irailé 

iMBe ennemis ceux qui passant *]■ Italie en 

iêifse poriaicDl des vivresâ trurs ctiueiitis, ci 

iicsaraieiit mis enviroo cinq renls en prison. 

G9 hostiUlés avaieot fc»rttlé[>lu aux Romains. 

tlcoamie les Carthaginois rendirent 

bofnie grâce ces ptisonniers aux députés 

fiW leur avait envoyés, ils gagnèrent telle- 

neBi Vamiûè des Romains ^ que ceux-ri^ par 

^, leur remirent tous les prîson- 

ifaient faits sur eux dans la guerre 

dtSidle,el qui leur étaient restés. Depuis ce 

taai|B4à la Humains se portèrent dVn\-mè- 

Bvi leur aeoMder tout ce qu'ils demandaient. 

Qi pcmurrat à leurs marchands de leur por- 

iKr les provisions néeessaires , et dèfenflirent 

i^nforter à leurs ennemis. CJuoique les étran- 

^» rèrollés cd Sftrdaigne les appelassent dans 

MAette^ ilsn'rn Toulureut rien faire; et ils 

duilciàrèrail Edèles au traité, jusqu^ù refuN'r 

ceux dXtiqoe pour sujets , quoiqu'ils vinssent 

ffnx-fllÉBei ae Siiumettre h leur domination. 

Ton MB neonrs mirent les Carthaginois en 

état de défendre leur \ illc contre les efforts de 

dde Spendius. qui d\iilleurs étaient 

IklMni Msiégés pour le moins qu\isîiiègeans; 

mt AmÛrar les réduisait â une si grande di- 

éeThnm, qu'ils furent obligés de lever 

Peu de temps après, ces deux chefs des re- 
ayant assemMé Félite d4*s étrangers et 
Africains , entre le^iuels était Zarvas et le 
qpi^il Giymmaudait , ce qui faisait en tout 
ri nquaofe mille hommes , ils résolurent de se 
rroiettre en campagne , de serrer P ennemi 
partoal où il irait, et de rol>server, llsévi- 
it tes plames. de peur des éléphans et de la 
jyralerie de Naravase ; mais ils tckhaient de 
les premiers k*s lieux montueux et les 
lia ne cédaient aux Carthaginois ni en 
projets f ni en hardiesse , quoique faute de sa* 
roir b guerre il» fussent souvent yaioeus. 
On TÎt aJoTf d^oiie manière bien sensible eoni- 
Irieu vmÊ expérience , fondée sur la science de 
commander^ l'emporte sur une aveugle et bru* 
de la guerre, Amiirar, timtôt attî- 
leur armée k Técaj^i^ 4 



LIVRE 1". — CflAPITBE XVIll 




comme on habile joueur , IVufermait dé 
tous côtés et la mettait en pièces ^ tantôt, 
faisant semblant d'en vouloir à toute rarméc, 
il conduisait les uns dans des embuscades qu^ils 
ne prévovaient point, et tombait sur les autres^ 
de jour ou de nuit^ lorsqu'ils sS attendaient le 
moins , et jetait aux bi?tes tout ce qu'il faisai 
sur enx de [nisonniers. Un jour enlin que Pou 
nc! |>ensut point à lui , sViant venu camj>er 
proche des étrangers , dans un lieu fort t*om* 
mode pour lui et fort désavantageux pour eux, 
il les serra de si presque, n'osant cou d)attrc 
et ne pouvant fuir h cause d'un fusse» cl d'un 
retranchement dont il les avait enfermés de 
tous cotés, ils furent contraints, tant la famine 
était grande dans leur camp, de se manger les 
uns les autres, Dieu punissant par un supplice 
égal l'impie et l*arlkire traitement qu'ils avaient 
fait à leurs semblables. (Quoiqu'ils n'osassent 
ni donner bataille , parce qu'ils vovaieirt leur 
défaite assurée et la punition dont elle no 
mamjnerait [tas d'être suivie, ni parler de com- 
position, à cause des crimes qu'ils avaient à se 
reprocher , ils s^)u tinrent cependant encore 
quelque temps la disette affreuse où ils étaient, 
dans l'espérance qu*ils recevraient de Tunis 
les secours que leurs chefs leur proniettaieol. 
Mais entin n'ayant plus ni prisonniers, ni es- 
claves à manger, rien n'arrivant de Tunis , et 
la nudtitude coinmençant h menacer les chefs, 
Autarite , Zanas et Spndius prirent le parti 
d'aller se rendre aux ennemis , et de traiter de 
la paix avecAnnlcar. Ils dépêchèrent un héraut 
pour avoir un sauf-cimduil , et étant \enua 
trouveT les Carthagîntïis, Amilcar lit avec eux 
ce traité : « <Jue les Carthagitiois choisiraient 
i> d'entre les ennemis ceux qu'ils jugeraient à 
» propos, au nombre de dix , et rein erraient 
>ï tous les autres, chacun avec srm habit. » En- 
suite il dit : qu'en >ertudu Iraîté il choisissait 
tous ceux c[ui étaient présens , et mit ainsi en 
la puissance de*s Carthaginois Autarite , Speû- 
dius et les autres chefs les plus distingués. 

Les Africains, qui ne savaient rien des con- 
ditions du traité, avant appris que leurs chefs 
étaient retenus, soupçonnèrent de la mauvaise 
foi, et dans cette pensée coururent aux armes^ 



41 HISTOIRE GÉNÉÏtVLE DE 

llaelic» parce f jue , par sa liirure, il re^scml>le 
assez à t'**t inhlniiiii^nl ♦ Amîkar IfS \ myc- 
loppa lollrmi*ol ilo si*s èlêpliaiis et de tcnUe Par- 
lutH* , qu^il ne î^Vn sam a pas un seul , H ils 
êlaieiil plus d*» quarante mille. C'csl ainsi qu'il 
releva une* seconde fois lei> espt'ranees des Car- 
thaginois, <pii dési^sp^raietit déjà Av leur salut* 
Ils battirent ensuite la ( auijwtnie, lui , Xara- 
\ase et AiitiilKil , et les Arricains se rendirent 
dVuvmèmes. 

Malln^s de la plupart dt^ \ illes , iLi s inrenl 
a Tunis asMê;;er Malhf»s. Annikd prit s»ui 
quartier au eùlé de la \ille qui regardait Or- 
t liage , et Anûlear le sien au rAte oppi»sé. En* 
>uite, avant rfmduit Spondtus et li*s autres 
prisonniers auprès dt^ murailles , ils les firent 
attacher à des rroi\ , à la vue de loute la \ilk\ 
Tant d"'hfureu\ succès endm mirent la \ ijj^lanee 
dWnuibal, et lui tirent nè^fliger la grardc de 
sou camp. Mïi(h*>s ne sV-n fut pas plutiVt aper- 
çu, qu'il tonilv* sur h*s retranchemens , lua 
grand nombre de Carthaginois, chassa du caïup 
toute Farmèe, s^ empira de tous les kicrap^s , 
et lit Annibal lui-nièine pris<jnni^'r. Ou mena 
aussitôt ce jfènèral à la croix où Speudius était 
attaché. Là on lui lit souffrir les supplices les 
plus cruels, elnprés avuirdétaclie Spentbus, on 
le mit à sa place, et on ègorf^ca autour du corps 
d<* Speudius trente des principaux Carlhapi- 
nois, comme si bi fortune uVtU suscité celle 
giurre que pour fournir lour à leur aux deux 
années des occasions éclata nli^ de se veuçer 
Tuiip deTautre. Anulc;»r, à cause de la distance 
qui était entre les deux camps , n'apprit que 
t^rd la sortie que )Iathos avait Unie , et après eu 
a^ oir été infiiriné , il ne courut pas pour cela 
au stTours ; les chemins étaient trop difliciics f 
mais il h'va le camp, c(. côtovant le Macar, il 
alla se poster à rembouclmrc de ce ileu\ e. 

Nouvelle consternatîoa cher U*s Carthagi- 
nois, nouveau désesiM>ir. Ils rominençaient à 
reprendre courage , cl les ^ itilà retombes dans 
les mômes embarras , qui n'empêchèrent ce- 
pendant pa»iqu1ls ne travaillassent à s'en tirer. 
Pour faire un dernier effort , ils en%o\érent à 
Amilear trente sénateurs, le général Hannou^ 
qui auiil dijà comiiiande dans cette guerre, cl 
taui ce qu il leur restait d'hommes en âge de 



LA UÉl»l BLMJL E ROMAINE. M i. »tô î 

pi^rler les armes, eu rei-ommandant aux sé'iia- 
teu rs d Vssa^ er U >us lesino vens de réconcilier en - , 
semble les deux pénéraux, de les obliger h agir . 
de concert , el de n'avoir devant les veux que j 
la siti^tiou r»û se Iromait la république. Après j 
Iiieudi^sconférences, enfin ib tinrent à l»out de 
reunircf^sdeux capit^iines, qui, dans la suite, 
n^igissaiitque dans un même esprit , firent tout 
réussir à souhait. Ils eiigagèn*nl Mathos dans 
quantité de petits Ciimlkits, tantôt en lui dressant 
des embuscades, tantôt en le poursuivant^ soit 
autour de Lejîta, s<iil autour d^aulres villes. (^c 
chef, se \n va ni ainsi harcelé, prit enfin la réso- 
lution tVi^n \ cnir à un coiulïat général. Le^ Car • 
thriginois. de leur côté, ne souhaitant rien avec 
plus iriirdcur r les deux |>artis appelèrent à 
c<Hte halîiille tims leurs alliés, et rassemblèrent 
des places toutes leurs firaruisons ^ cf >mnie de- 
vant risquer le tout pcnir le tout. Quand on se 
fut disposé, on conv inl du jour et de F heure, 
el ou eu vinl aux mains. La victoire se tourna 
du c6té d**s Ijirlhagiuois, Il rt*sta sur le champ 
de Iwtiiillc grand nombre d'Africains ; une 
p4*rlie se sauva dans ji* ne sais quelle ville, qui 
se rendit |»eu de temps après , Malhos fut fiiit 
prisonnier ; hs autres p.irtit^ de l'Afrique st* 
' soumirent aussitôt. Il u\ eut qullippone-Za- 
rvte et l liquequi. sV»lant, dt»s le commence- 
ment Je la guerre^ rendui^s indignes de jKirdon, 
refusèrent alors de se soumettre ; tant il e^t 
avanlageuv^ même dans de pareilles fautes, de 
ne point pas>cr certain*'S bornes , et di* ne se 
fKirter jkis à des e\tx»s imiKirdt>nnatiles ! Maïs 
Ibuiium ne se fut [kis plutôt présenté devant 
Tune, el Amilear devant Tautre ^ qa elles fu- 
rent contrai nies dVu psser jiar tout ce qu'ils 
voulurent. Ainsi fiuît cette guerre , qui av ail 
fait tant de mal an\ Carthaginaîs , et dimt ib 
se tirèrent si glorieusement , que non seule- 
nienl ils si* rerairenl en possession de T Afrique, 
mais chàtièrenl encore, comme ils mériiaienl 
dVMrechiVtiés, les au leurs de la révolte, car celle 
guerre ne s*; tiTUiina que par les honteux sup- 
pliros que la jeun<^sse de b ville til souffrir « 
>Iatbos el a s^^s troujies le jour du triomphe. 

Telle fut la guerre des étrangers contre les 
Carlhaiîinois, laquede dura trois ans el quatre 
mtii:r0ucu\injn^ J c) eu a point , aum^tns. 





UVRE !T.— 

^fm-hCf où Fou ait porU* phi5ï loin la 
ilirieef rimpit'-lc^ . Coninio v(*rs et* Uniips^la 
ifcrsflo Sar*laî-2rno étaient voims dViix- 
ofTrîr #'Olle île nux RoTiiains, coii\ ri 
Qfirenl le dc-ssoîn tî* v passer. Lo^ Carlhnp- 
•ife tmuvaiil fort mauvais, |iarre que la 
Mtipic leur apparlonailrt plus jiisle lilre , el 
HB[Misânt à ptinir ccmmx c|uî avaient livré reUe 
h i im autre pu ÎH^st 1 1 r e ^ < • ' t * ii fu I asse ?, p* >u r 
fem&iniT U"^ Romains à dinjarer la f^riK^n» 
miùéâgimpi^ , on prt^texlaiit que renVUiU 



CHAPITRE 1 ^ 



M 



pas contre les'peiiples de Sardai^ne que f<*ux* 
ri nii^ileril di^ préparai ifs, tuais conlre eux. Les 

Cartlia^iiKïB qui étaient ^rtis eornine par mi- 
racle de la dernière pfuerre , el qui n-élairni 
point du tuut en état de se ineltre mal avw leii 
Romains, cédérenl au temps, et aîméreiit 
inieuv leur akiîidonner la Sardai^'ue, et ajou- 
ter doiis^e eents tnleus à la ^omme ipi^ils leur 
jiavaieni, que de sV^iifïafrer a Mïutenir une 
^merre dans les drronslanees où iLs étaient. 
(lelle a flaire n'eut jkis d'autre suite. 



%li«i,ii!tu(itit«*.%^k hto« » - 




LIVRE SFXOND. 






tV^â^PlTUE PRE.MIKR, 

*^|!lTitti rtt i fri\iTr*' pré-^H^d^ol- — Miirl d'Aniîkar ^ Asdrubal 
ywPC^lMi ^ cotntnAïKietfieDt en imiN^. — Sicgc «le 
ijAMte tu \t» KioUroi* ^ -"^ Combat, «turc li\s Klolimâ H \v*, 
ftjiiLiil TTrtwiiTi"'* «le 11 lortune, — UortilAgron, roi di^ji 
||rtîpf...XMI& Ml femifvtt lui succvJ^. — l' bénies* livri-t* |»{ir 

«la i^Atwii. ^ Impruilciicc dn ÉpiroU^ 

CHiavadans le livre prLH;éil*!nl en quel 
tâuple» Romains ;, après s V* Ire é failli s dans 
rUiW^ .^^iisî^reoi à établir leurs conquêtes au 
rs; commeni ils [lassérenl en Sieile, e| 
in^uoiiU eareiil. au sujet dt* celle îl*^ la 
reavec les Carlhag^iuoisf el comment ils 
euKonieiK t-rctilk se taire dc^ ùrniét'^ navales , et 
ce qui jiejiaâiadans cesdeux états pendant luut 
le etmr^ de r^lle fru^^'ï^r*-* * qu* i lias^a les Car- 
tfcagiooiji de la Sicile et la scmmli toute au\ 
Romains», a IVxeeptiou du fm}â (pii olHMSs^iît 
il Hiérc»!!. On a ^u encore romiiient !*\'st al- 
iiifiu«e la puerre entre les troupes élranj^éres 
et \a république de (Cartilage ;jusqu%iù les pre 
DiîiTS oui p<jrté \vms excès , cl ce qii^onl pro- 
duit frs difTérens événemens de cette horrible 
re%olt<^ jnsqu^k la victoire, qui e\ternîîna la 
ptuparl df** stMlitieuv et lit rentrer les auln*s 
daosleur devoir. Passons nviiulcnant à ce qui 
^eM ùiiîeu»nito, sans nt>us écarter «le la bric- 
f^jpie HOU» iious^oimçs iPiibord proptisî^'* 



La guerre d^Afrîque terminée, les Cartha- 
ginois en\ojèrent en Espafîue une armèo 
sous ta conduite d'Amibar. Celui-ci partit 
a\ec Anniliiil son lils , âgé pour lors de neuf 
ans, traversciledélrint formé par les colonues 
trifercule, et rélal^ïit dans TEspairue les af- 
faires de sa république. IVndaiU neuf ans 
quil resta dans ce pa^s, il S4»umit h Carthai^e 
un grand ttombre de peuples , les uns pjir les 
armes, les autres "par les négociations; enfm 
il tinil ses jf>urs d^une manière digne de si*% 
jireuiiers evploits, les armes à la niaio et 
sur ufi champ de lialaille, où, avant en léle 
une armée lrés-ïiond*reuse et Irès-aj^uerrie, it 
lit tics proiUgesde courage i^t de valeur, Ij^s 
Cartha^^inois donnèrent ensuite le roniman- 
dément k Asdrulifd^ paroui dWmilcar^ et 
conunandant des galères. 

Ce fut >ers ce l<'mps-Ià que les Romains 
passèrent [wnir la première foiîî dans flllvrie. 
Celte expiHlilion doit être considérée avec 
soin si Fou >eul entrer dans notre projet el 
r on naître bien les progrès el Félablissement 
de la domination des Romains. Voici doue 
pourquin ils prirent cette rèscdutîon: Agron, 
n>i d'IUyrie, et fils de Pleurale, avait sur 
terre et sur mer de plus grandes armée?) 
qu' eu^'Ui jamais çut^ s^s prédêcegiseurs. A, I 




3IÎ nisToreE gemé:r\le de 

p ,rce que uVlniil ps venu les traîner coinnie 
i|ê|ii]tè. els'êlaiil. sui^ ant rux, vû!(iiitairL»menl 
* lôniis d u COI 1 1 oi.iutl e nieu t , 1 1 c t a i I o ti | a r Ue ca u «^e 
f(U'on avait si peu d'êganls pour euv. (icsron 
êlatl ïout-iVfail à lt*ur pré. Outre qu'il a\ail 
niimmaodceu SicîU» , il avait hnijours pris leurs 
îiiténMs à cœur, mais surtout lorsqu'il fut 
ques^tioQ tic les renvoyer, (le fut ddiic lui qu'ils 
prirt^nl pour arliitie du différend. Cieseuii ^c 
fournit d^irgent , se met en mer et débarque 
a Tunis. D^ibord il s\idro^sc auv chers; en- 
suite il fait des assemblées parnation;ilréprî- 
marule sur le passé, il adiuonestesur le présent, 
mais il iosisle particulièrement sur Faveriir, les 
exhortant à ne pas se départir de Vaniitiê 
qu'ils de\ aient avoir pour les Carthaginois , à 
la solde desquels ils porlaîeut depuis long- 
temjïs les armes. 11 se disposait, enfin , à ac- 
quitter les dettes, et à en faire le laienienl par 
nation, lorsqu'un certain Ciampauien , nommé 
Snendius, autrefois esclave chez les Ri>maîns, 
Itomnie fort et hardi jus^ju^à la témérité, crai- 
unajit que son maître . qui le cb en liait , ne 
! attrapât, et ne lut fit souffrir les supplices et 
la morlqu^il méritait selon les lois romaines ^ 
dîl et fit tout ce qu'il put (jour empêcher Tac- 
i4>mmodemenl. rncerlaîn Mathos, Africain, 
.sVlait joint àlui. C'était un homme libre à la vé- 
rité > et quiaTail servîdansl'armée ; mars corn- 
ineil avait été uu des pnnci|tan\ auteurs îles 
troubles passés. de crainle dV^lre puni et de son 
4 rime et de celui au il avait eiiga^éles autres, 
îl était entré dans les vui'S de Spendius , et , 
tirant à parties jVfricains, leur faisait en tendre: 
ipraussilùt que les autres nations anraii^nl été 
pavées, et se seraient retirées, les Cari bagi- 
iHiis devaient éclaler coutre eux . et les punfr 
lie mîiniérc à épouvanter tous leurs comp- 
triolcs. Là-dessus les esprits s'échauffent e! 
s'irritent. Comme Gt*scon ne payait que la 
sdble , et remettait à un antre tenq>s le paîe- 
nient des vivres et d<^ cbevaux, sur ce pré* 
lexle frivole ils s'assemblent eu tumulte. Sjkm- 
dius vi Mathos se déclminenl * onlre Gescon 
et les Carthaginois* Les Africains n%jut d'en 
reilli's et d'altenlion que pour eux. Si quel- 
qu'autre se présente pour leur donner couM'il , 
avant que d'entendre si cVsi pour uu contre 



LA RHPmLTOrE ROMAtXE. :i. v. si^ i 

I S|M>ndîus , sur-le-champ ils raecablent de 
pi e r res . Qu a util é <1 'o f tic iers , e t u u gra n d r.oni- 
bre de particuliei^^ ptTdirent la vie dans cen 
cohues, où il n'v avait qye le mot : frappe ! 
«|uc tiuiles les nations entendissent, (mrcc 
qu'elles lVapi>aienl sans cess4î , et surtiiul 
lorsiiue , pleïni^ de vin ^ elles s^'is^emblaient 
après dinen car alors > dés que quelqu"'un 
a^ait ilit le ni4)l fatal : frappi*! on frappait de 
tous I iMés si brusquement , que quî* on([ue y 
était ^enu riait tué sans pouvoir tH'hîV|»piT. Ce?* 
viidences éloij^^nant iVvux tout le monde ^ ils 
mir<'Ut à leur tête Matbos et Spendius. 

Gt*scon . au iiiilk u de ce tunndie ^ demen* 
rail inébranlable : plein de zèle pour les inté- 
rêts de sa patrie , et prévoyant que la furt'iu 
de cc»s séditieux la nu'narait d'une ruine en- 
tière , il leur tenait léte, même au [rtïI de si 
vie. Tantôt il s^ad ressaut au\ chefs , lantét il 
as.semblait cbajjue naliuti en jKirticnlier, et là 
chait de Tapais^T. Ahiis les Africains étant 
venus deniamier aviT hautiHir les vivres qu^ils 
prétendaient leur étri^ dus . pour chàtîrr lenc 
inscilence îl burdît d'aller les denauder à Ma 
thos* Cette réponse h*s piqua trllenn^il , qu'à 
jx^inc Teurent-ils entendue ils se jetèrent sur 
Tarfrent qui avait été a|qM»rté y sur G<*sron et 
surlesl^rtkaf^inoisqni l'accompagnai* ni* Ma ' 
thos et S|M*ndlus , jK'rsuadés que l;i ^nierrc ne 
manquerait ps de >\dlunier s'il st^ commettait 
quelque attentat cHdataut , irritaient encore 
celle populace téméraire. L\ijni|uige et Tac 
gent des Cartkapnois fnnnit pillés ; Gt^scon et 
sespens liési^mominieusi'nM'nt et jetés dans un 
cacbol; la ^oierre hautenu nt dérbrtV cHintrc h s 
Cartba;rinois , et le droit d(*s jrens viidé par b 
plus impie de toutes les conspirations. Tel fut 
lecimnnencrmentdr la ^erre contre lesétran 
fîers, et qu'on api^41e aussi la euerre d'A 
frique i ta). ^ 




CHAPITBE XVL 



t 
J 

EUr^mité «û se troumit 1«^ Cariitafî^^^T H doalik hmA t^tïï* 
m^mctli fMie,— Sicen d t ilqofi K dllipimMvZarilc*-^ tt* 
capadlé àé fèiiéni BâDAûn — lmilr;ir M mi» i u pUr«. . . 

Mathos, après <et expbnl, dé|kVba de ik-s 
gens au % villes d\\rrique jiour les pi*rier a 




LIVRE h .— CHAMTBE XVt 
recolla rer leur Iil>crté, à lui envoyer «les sc- 
S et à sejoin^lreà lui . Près* [ue hmshs Afrî- 
^ns entrèrent daiisreUi^ ré\oïh'. On envoya 
feThr<*î» et ile*»lrou[H'!^ j qui se-jmrla'(èrenllej^ 
opi-nilions, [ne partie mille sieffedi^vanl rii- 
^fi^s *^i Pauïre JevaiU IlifUMuic-Zîïnir, parr** 
que ers doux \illes n\ivairut jkisiouIu prrndn^ 
part à leur rébellion, Ine^merrpsi pi uatlen- 
àup^ cliafrrîna e\ln>nK'meiii les Carlha^rinoi*^^ 
X Ih vèrilèilsn'avr'iîenf lies^iin que de K'urler- 
riloire pimr lc« nén*ssi(és de la vie ; mais les 
prépamiik de jnierre el l^^s i^Tande^spro^ iî^ions 
ne sc! faisaient que sur l<*s re\ euiis qi^ils ti- 
raient de l'Afrique : outre qu'ils é(aîeut ar- 
totiiumés à ne f;4ire la |2:uerre qu'ave<! drs 
triHipes èlran^rèreH, Tous ees s(*eours non 
ftPillenient leur manquaient alors, mais se 
Itmrnaienl eontre eu\. !^i paix faile, ils ^' 
flattaient de respirer un peu, et de se dolas- 
>er d?s travaux eontinuels que la f^uerre de 
Sicile \om avait fait essuver, et ils t^u voyaient 
s'élever une autre plim grande ri plus forinida- 
Weque la première. Dans celle là ee nVlait qne 
h Sicile qu'ils avaient disputée aux Romains; 
maîî* celle -ei était une «fueire eivjle , où il ne 
s'a^ri^^it Je rien moins que de leur propre 
£ialat el dr celui de la patrie. Outre cela point 
d'amtesî, point d'armée navale, point di^ vaiï^ 
spau\^ p<iint de nninilions^ point d'amis ou 
d^âirtcsdont ils pussent 1** moins du monde es- 
pérer du secours. Ils sentirent alors combien 
une guerre intérieure est plus (i\rbfiise qu-une 
ffuctre qui se h\i au loin et delà la mer. Et la 
«use* principale de tous cts malheurs, c'é- 
tHinui eovinémes. Dans ta guerre préi^êflenle 
ik avaient traité les Africains avee la dernière 
durcie : exigeant des gens de la campagne, sur 
dc*s prétextes qui n\ivaient que Tappa renée de 
la raison Ja moitié de tous les revenus^ et des 
habitans des villes une Uns plus d'inip6ts qu'ils 
tiVn payaient auparavant, sans faire quartier 
DJ gr^ce il aucun, quelque pauvre qu'il fût. 
Etitre les iniendans des provinces ce n'était 
{las de ceiL\ qui se conduisaient avec dou- 
ceur el avei" humanité, qu^ils faisaient le plus 
lie ta»; maiisde ccuxqui leur amassaient le plus 
de vivres et de munitions, et auprès de qui 
Coo inmvait leiuoinij d'accès et d'iudulf^'eucc. 



.17 

Ilaunon par exemple, était un homme df* leiu- 
goiM. Des peuples ainsi maltraités n^ivaient 
ps besoin qu'on les portât à la rèsolle, c'était 
assez qu'on leur eu anu*HH'iit une pour s'y 
joindre. Les fpnunes mêmes , qui jusc|u'alors 
avaient vu saiis émotion (rainer leurs maris et 
leurs parens en prison pour le piiiçinent des 
iin[MHs, avant fiiit serment entre elles dans 
chaque viltc^ de ne rien enelier de leurs effets, 
se iïreiit un plaisir d'enqdoyer à la solde des 
troupes l(mt ee qu'elles avaient de meubles et 
de pann-es, et par là fournirent à Mathos et h 
Spendius dt^s sommes si alxïudautes, que uon 
Sï^ulement ils pavén Tit aux scddats étranger» le 
reste di» la Mdde qu'ils leur avaient promise 
pour les engager dans hnir révolte, mais 
qu'ils eurent de quoi soutenir les frais de la 
guerre sîMis dis(ontinuation. Tant il est vrai 
que, pour bien gouverner, il ne finit pas se 
lK>rner au présent, mais qu^ju doit |M>rter aus- 
si ses vues sur Pavenir, et y faire même plus 
d'allentii>n* 

Mal^^i'é des conjotictures si fôeheuses, les 
tlarthaginoîs ayant ehoisi pour chef Ifannon, 
qui leur avait déjà auparavaiit soumis cette 
[Kirlie de l'Afrique qui est v(*rs lleratontapyle, 
ils assemblèrent des étrangers, lirent prendre* 
les armes auv eitoyens qui avaient l'âge com- 
pétent, exercèrent la cavalerie de la\iliect 
équipèrent re qu'il liHir restait de jgalères à 
trois el à rinq rangs, et «le plus grandes barques. 
Mathos, de son cAlé, avant rem des Africains 
soî\ante di\ mille Inmunes , et en ayant fait 
deux rorps , poussait paisiblement ses deux 
siégi's, Ij* eamp qu'il avait à Tunis était aussi 
en sûreté j et par ces deux postes il coupait 
aux Carthaginois toute communication avec 
l'Afrique extérieure; ear la ville de Carthage 
s'avance dans le golfe, ei forme une espé*^' d<i 
pèuinsuks environnée prescjue tout entière, 
partie par la mer et partie pr un lac. L'is- 
thme qui la joint à l'Afrique, est large d'en- 
viron vingt-cinq stadt*s. ijtique est située vei's 
le coté de la \iHe <piî regarde la mer; de 
l'autre côté sur le lac est Tunis. De ces deux 
postes, K^s étrangers resserraîeni les Carthagi- 
nois dans leurs nuirailles, et les y harcebient 
saus cesse, TautOl de jour, tantôt de uuit; il 




38 HISTOIRE GÉNÉRALE DE 

ietit jusqu'au pied des uiiir$> cl par là 
répandaieut U UTreiir parmi les habita qs. 

Haiiuou pendaiil ce temps-là s^appliquaîl 
«aus relâche à amasser des munitions. C'était 
là tout son tiilent. A la tôle d'une armée ce 
n^était rien. Nulle présence dVsprit pour saisir 
les oci^ons, nulle expérience, nulle capacilê 
pour les grandes affaires. Quand il se prépra 
à secourir l tique, il avait un si grand oouibre 
dVléphaûsque U^ ennemis se croyaient |>er- 
dus; il eo avait au moins cent. Les commence- 
mens de cette expédition furent trés-heureux; 
mais il en profila si mal, qu^il pensa perdre 
ceux au secours dt*squels il était venu. Il a^ail 
fait apporter de Carûiage des calapulles , des 
traits, CD un mot lous les préparatifs d'un 
siège; et élantcarafié devant Utique, il entre- 
prit d\ittaquer les retrauchemens des enne- 
mis. Les éléphans s'élant jetés dans le camp 
avec impétuosilé, les assiéf^'eans, qui n'en pu- 
rent soutenir lechcw:, sortirent lous, ta plupart 
blesses à mort. Ce qui échappa, se relira vers 
une colline escaqȎe et couverte d'arbres, 
Uannon, accoutumé à faire la guerre à 
des Numides et à des Africains, qui au 
premier éihec preuncuit la fuite et s'é- 
loignent de deux et trois journées, crut avoir 
pleine victoire, et que les ennemis ne s'en re- 
lèveraient jamais. Sur celte, [veuM^eilue songea 
plus ni à ses soldats, ni a la defeirse de son 
cump. 11 entra dins la ville , et ne pensa plus 
qu'à se bien trailtr. Les étraojïers réfugiés 
sur la colline élaienl de ces soldais formés par 
Amilcar aux entreprises hardies, et qui avaient 
appris dans la guerre de Sicile tan loi à reculer, 
tantôt, faisant voile -face, à retournera la charge 
H à faire celte manœuvre plusieurs fois en un 
même jour. Ces soldats voyant que le général 
carthaginois s'était retiré dans In ville, et que 
les troupes, contentes de leur prt*mier succès 
s^H-arlaienl nonchalamment de leur camp, ils 
fondirenten rangs serrt^ssur le retranchement, 
firent main laisse sur grand nombre de scddats , 
forcèrent les autres à fuir bonleusemcnt sous 
les murs elles portes de b ville, et s'em- 
parèrent de tous les équipages, de tous les pré* 
paratifs,et de tout<'s k*sprovisionsqiiellannon 
•?ali fait venir de Cartjiagc. Ce ne fut ptuik 




Ul RÉPLBLIOUE ROMAINE. u, c. wi^j 

seule affaire où ce général lit paraître son in- 
capacité. Peu de jours aprc^s il éUit auprès de 
Gorza j les ennemis vinrent se €ani|*er protiie 
de lui : roocasion se présenta de les défaire 
deux n>is en bataille rangée, el deux fois, par 
surprise , il la laissa èchap|ier sans que Ton 
piVl dire iH>urquoi . 

Les Carthaginois se lassèrent enfin de ce 
maladroit officier , et mirent Âmilcar à sa 
place. Ils lui firent une armée composét* de 
soixante-dix éléphans, de tout ce que Ton 
avait amassé d'étrangers /des déserteurs des 
ennemis, de la cavalerie et de Finfanlc^e de 
la \ille; ce qui montait environ à dix mille 
hommes. Dès sa première action il étourdit si 
fort les ennemis, que les armes leur tombèrent 
des mains, et qu'ils levèrent le siège d'Utique. 
Aussi cette action était-elle digne de» premiers 
exploits de ce capitaine^ el de ce que sa patrie 
attendait de lui. En voici le détail. 
' Sur le cïïl qui joint Cartbage à l'Afrique, 
sont répandues çâ et là des collines fort diilB- 
ciles à franchir, et entre lesquelles on a pra- 
tiqué des chemins qui conduisent dans les ter- 
res. Quelques forts que fussent déjà tous vvs 
passages par la disposition des collines^ Mathos 
les faisait emx)re garder exactement; outre 
que le ftlacar, fleuve profond , qui n'est guéabte 
presque nulle part , et sur lequel il n'y a qu'un 
seul pont , fermecn certains endroits Fentrèe 
de la campagne à ceux qui sortent de Car- 
tbage. Ce pont même était gardé et on y avait 
b,A(i une ville : de sorte que non seulement 
une armée , mais niènie un homme seul pcm^ 
vait à [wine [Kisser dans les terres sans être 
vu des ennemis, Amilcar, après avoir «vayé 
lous les moyens de \ aincre ces obstacles , «Ra- 
visa enfin d'un expédient» Avant pris garde que 
lorsque certains vents viennent à s'élever, 
l'enibouchure du Macar se eoavre de sable , et 
qu'il s'y forme connue une espèiT de banc , il 
disjKvsetout pour ledépart de l'armée, sans rien 
dire de Mm dessein à perw>nne ; ces vents sonf^ 
fient ; il part la nuit , else trouve au point du 
jour à Tautre côté du Ûeuve, sans av oir été 
aperçu , au grand étonnement et des eunemià 
et des assiégés. U traversa ensuite la plaine, 
ci ittâifdia df oài à la gaféa Al pont âj^din* 



il- 1. M.! LIVRE I 

ikot aa devaot de lui ; elenriron dix mille 
Imiesde ia TilIcbftUeaupH's du pouts^élnnt 
Jmtf au:« ffUÎDZC mille d^lUique , res deux 
mifê §e di§{Ki«eiit à se ï»t>utenir l'un l'autre, 
lflr«[u'ib fur<*nl en présence, les eiraogers, 
Oi^Bt teCarthaginols enveloppés, sVxlïor- 
ifci » ^ i UfOq r a gent et en viennent au\ mains. 
Aidiear s'aTânce vers eu\, ayant l\ la pre- 
mière li^e les éléphaos , derrière eux la ea- 
fiktie mTtc les armés à la légère , et à la troî- 
ntmeUgoe les hommes pesammen tannés . Mais 
l^&memis fondant avec précipîlation sur lui , 
ilchaoj^e la disposition de son année , fait aller 
mu de la tête à la queue, et avant fait venir 
im deiu côtés ceux qui étaient à la troisième 
KlDe , il les oppose aux ennemis. Les Africains 
rt kê èlraiigers sMmac^înent que c'est par 
cnintequ'iU reculenl ; ils (|uittent leur rnn^ 
oparaul SOT eux, et chargent vivement. Mais 
éèsipie Va cavalerie eut fait vol te- face, qu'elle se 
fui approchée dcë 8t>ldats pesamment armés, et 
etiC rciuTcri toulle reste des troupes ; alors les 
Africainf cpii ronibatlaienl épars etsansordrej 
eflrajéi <te ce mouvement extraordioaire, 
ilprwe d^abord et prennent la fuite. Ils 
Il Ktr ceux qui les suivaient , ils y 
i la cDDStemalionetles enirainent ainsi 
à leur perte. On met à leur poursuite la 
cavalerie el les éléphans , qui en écrasent sous 
le&npi«d§ la plus graude partie. I! iWTi( dans 
ee conbai eDvtron six mille hommes ^ tant 
Africains qu'étrangers, et on fit deux Tnillc 
pri^^nmen. Le reste se sauva » partie dans la 
irilW liàiîe an bout du pont , partie au camp 
d*Vliqite. Amilcar , après cet heureux succès, 
ptmrsuit les ennemis. 11 prend d'emblée ta 
ville où le» ennemis s'étaient réfugiés, et 
qu^ils avaient ensuite almndonnée pour se re- 
tirer à Tunis. Battant ensuite le pa>s, il se 
soumit les villes, les unes par comiwsitîon , 
l«a atUrci» par force. t>*s progrès dissipêrenl 
fa cmnto des Carthaginois , qui conimen- 
eérgol pour lors à avoir un peu moins mau- 
ftise optojon de leurs affaires. 



— CHAPITHE XVII. '^' 

CHAPITRE XVIL 



n 




Parii eiue preoaenl Malhoi et Spendliu. •-- N«rBTaâ« quille tôt 
itroltés posiT s« joindre h Amilcar — DaUflli^ gagti^M; pxir co 
fendrai » H sod indol^tnce enfers Itt |irJ&0DDΫrs. — Les Car^ 
tbugiuoîs ptrdenl lu SArdaigne.^ Frauile i>l cruAUtêdc» chtk 
Jes rebdle** — E«*ne\ioii5isur cet événemeol. 



Pour Mathos, il continuait toujours le 
siège d'Hipponc, conseillant àAularile, chef 
des Gaulois, et a Spendîus deserrer toujours 
les ennemis , d'éviter les plaines à cause du 
nombre de leurs chevaux et de leurs èléphansj 
de côtoyer le pîed des montagnes , et de les at- 
taquer toutes les fois qu^ils les verraient dans 
quelque embarras. Dans cette ynt il envoya 
chez les Numides et chez les Afriçaius , pouf 
les engager à secourir ces deux chefs , et à ne 
pas manquer l'occasion de secouer le joug que 
les Carlhaginoîs leur imposaient. Spendius de 
son côté, âia tête de six mille hommes tirés 
des différentes nations qui étaient à Tunis ^ et 
de deux mille Gaulois commandés par Aula- 
rite, les seuls qui étaient restés àcc chef après 
la désertion de ceux qui s'étaient rangée sous 
les enseignes des Romains au camp d'Éryce , 
SpendiuSj dis-je, selon le conseil de Mathos, cô- 
toyait toujours de près les Carthaginois en 
suivant le pied des montagnes, Vn jour qu'A- 
mîlcar était campé dans une plaine cnvî- 
ronuèe de montagnes, le secours qu'en- 
Tovaicnt les Numides cl les Africains vint 
joindre l'armée de Spendius ; le général dti 
Carlhagc se trouva fort emliarrassé ^ ayant en 
tête les Africains , les Numides en queue ^ et 
en flanc l'armée de Spendius : car comment 
se tirer de ce mauvais pas? 

Il y avait alors dans l'armée de Spendîus 
un certain Numide nommé Naravase, homme 
des plus illustres de sa nation , et plein d'ar- 
deur militaire , qui avait hérité de son père de 
beaucoup d'inclination pour les Carthaginois, 
mais qui leur était encore beaucoup plus atta- 
ché , depuis qu'il avait connu le mérite d^V- 
milcar. Croyant que l'occasion était belle do 
se gagner l'amitié de ce peuple, il vient au 
camp, ayant avec lui environ cent Numides. 
11 approche des retranchemens , et reste ïk 
sans crainte, et faisant signe de la main. Arail- 
car surpris lui envoie ua cavalier. Il dit qu^il 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA RÉPIBLIUIE ROMAINE. li. t.«s>) 



P 



40 

detnanilail une coq férence avec ce général. 
CoDimo tclui-i'i liéîirtail ei avait poîtii'â so fier 
à cet aveolurier , Naravasc donne sou theva! 
clspsarmeti à ccu\ qtiiraccompgnaienl, et 
cotre dans le camp, télé levée et avec un air 
d'assurance à étonner tous ren\c(ui le regar- 
daient. On le reçut néanniobs^ et on le ci)n- 
duisil àAinilrar : il lui dit qu'ail voulait du 
bien à lou^l<*ti Cartbagîuois en général^ mais 
qu^il souhaitait surtout d'être anit d'Âmilear; 
qu'il n'était venu que pour lier amitié avec 
lui , disposé de son côté à eutrer daus toutes 
ses V ucs et à partager tous ses travaux. Ce 
discours joint à la ronfiance et à Tingénuité 
a\t»r laquelle ce jeune houyne parlait , donna 
iaot de joie à .Vinilcar , que non a*ulenieiit il 
voulut bien l\^ssotier à ses actions , inaisqu^il 
lui tu serment de lui douniT sa Glle en mariage ^ 
pourvu qu^il demeurât (idélc aux Cartbaginois. 
L'alliance faite, N ara vase \int, aoieoaul 
avec lui environ deux mille Numides qu'il 
commandait. Avec ce secours Amilcar met 
son armée en bataille ; Spendius sx*tait aussi 
joint aux Africains pour ci>nibattre et îlail 
descendu dans la plaine. On en vient aux 
tnains. Le combitFut opiniâtre, mais Amilcar 
eut le dessus* Les éléphans se signalèrent dans 
cette occasion , mais Nai:a^ ase s\y distingua 
plus que personne. Autarite et Spendius pri- 
rent la fuite. Dix mille des euneniis restèrent 
siU" lechanq} de bataille, et on fit quatre mille 
prisonniers. Après cette action, ceux des pri- 
sonniers qui voulurent prendre parti dansFar- 
mée des Carthaginois, y furent bien reçus, 
et on les revêtit des armes qu'on avait pris sur 
les ennemis, Pour ciU\ qui ne le voulureul 
paSt Amikar lcsa\ant assemblés, leur dit: 
qu'il leur pardonnait toutes les fautes passées ^ 
et que chacun d'eux pouvait se retirer où bc»n 
lui semblerait ; mais que si dans la suite ou en 
prenait quelqu'un jjortant armes tdfeusives 
contre les Carthaginois, il n% aurait aucune 
grhce à espérer pour lui. 

Vers ce même temps , les étrangers qui gar- 
daient l'Ile de Siudaigne , imitant Mathos et 
Spendius , se révoltèrent contre les Carthagi- 
nois qui y étaient , et a}ant enfermé dans ta 
titadcMe Bostar chef des troupes auxillatresj 



ils le tuèrent, lut et tout ceqn'il y avait descî^ 
cuDcitoiens. L**s Carthaginois jetèrent enctjrc 
les yeux sur Ifannun , et Ten votèrent la avec 
une annèt? ; mais ses propres t roupies P aban- 
donnèrent pour mMuu mer du côtéd<*sreK»Ht*s, 
qui se saisirent ensuite de sa personne et rat- 
tachèrent à une croix. On inventa au^^si de 
noui eaux supplict*s f outre tous les Carlhagî* 
nois qui étaient dans File, il n'v en eut pas un 
d'épargné. Après cela on prit les villes, on en- 
vahit toute rile , jusqu'à ce qu'une sédition 
s'élant éle%èe, les naturels du pavs ciiassércnl 
tous CCS élrangeri , et k*5 obligèrent à se reli* 
rer en Italie. C'est ainsi que les Carthaginois 
perdirent laSardaigne , île , de l'aveu de tout 
lenioude, trt*s considérahle par sa grandeur, 
l>ar la quantité d'hommes dont eile est |>euplee, 
et par sa fertilité. Nous n'en dirons rien davan* 
tagc , nous ne ferions que répéter it que 
d'autres ont dit avant nous. 

Mathos, Spendius et Autarite vojant l'hu- 
manité dont Amilcar usait envers* les prison- 
niers, craignirent que les Africains et 1*^ 
étrangers, gagnés j>ar cet attrait, ne courus- 
si*nt chercher l'impunité qui leur était offerte; 
ils tinrent conseil |Kiur chercher ens^milile par 
quel nouvel attentat ils {x>urraient mettre le 
co!id)le à la réliellioD : le résultat fut qu'on 
les convoquerait tous, et que Ton ferait en- 
trer dans l'assemblée» un nu^ssager comme ap- 
portant de Sardaigne une lettre de la [lart des 
gens de la même faction qui étaient dans cette 
île. La chose fut excrutée, et la lettre portait; 
qu'ils observassent de prés Gescon et tous 
ceux qu'il commandait, et contre qui ils s'é- 
taient révoltés à lunis; qu'il y ai ait dans l'ar- 
mée des pratiqui^s secrètes en faieur des Car- 
thaginois. Sur cette nouvelle prétendue, Spen- 
dius recommande à ces naliouî'de nepasse liir- 
ser éblouir a Ui douceur qn^AuiiU ar av ait eue 
pour les prisonniers : qu'en k*s renvoyant, 
s^m kit n'était pas de les sauver, mais de so 
rendre [lar là maUre de ceux qui restaient, et 
de les envelopper tous dans la même punition, 
dés qu'il les aurait en sa puissance, qu'ils se 
gardassent bien de renvoyer Cescon ; que ce 
serait u,j iiontcpour eux de Licher un Iionnue 
de ccUi onportancc cl de ce mérite ^ qu'en le 




Lim: LIVRE I 

lÉÉnl aller il*^ se fiTaie ni un très-p^ran d tort, 
fMp^il ne nianf|iicrait |kis cIl^ pv tourner 
mt^ eux , H de devenir leur plus ijranfl eii- 
mmi. n parlait encore , lorsqu'uu autrr mes- 
wr, comme arn\aii( Ae l\iiiis, ripporla 
nricitrc semblable à la preiiiière. Sur <|u(û 
iilarile prenant la iiarole.dil: c|ujl ii\v avail 
fiid^lrc aïoyeu de rétahlir les afïaires^ que 
le ne jamab plus rien ès|K'rer fies Carthagi- 
mm\ fffà^ quicoiique aUetidrait (|iirlque rlum^ 
èe Imr aiuiCJê, iie pouvait avoir qu- une al- 
iittine /f'mle â%ec les élranj^^ers ; (|u'ainsi il lej* 
pâli de n'aioîr d^oreilles^ trattenlion ni de 
que pour ceux (jui li*s poiitTaieut 
violences coulre les Carlhafri- 
Wj ri 4e regarder tumme traUres el cotnnie 
loas ceux qui leur inspireraienl des 
contraires; que mvu avis étai! que 
Tan ftt mourir, dans les plus honleu\ suppli- 
as, Gcscou * tous ceux qui avaient été pris, et 
low ceiu ipc l^jn prendrait dans ta suiie sur 
le» Ciftlvfpniois* Cel Aularite aiait dans les 
unlrès-^rand avantage^ parce qu^av anl 
par UQ Ion p coni rnerce a v t^ ■ les solda ( s > 
à farler pbênicieu, la jdupart de ces étran- 
ycioilendaienl ses discours j caria lon^ieur 
it ectie guerre avait rendu le phénicien si 
ooBBmn, que les soldats^ pour rordiuaire, 
M sesiiluant. ne se servaient pas d^autre lan- 
gOÊ, 1\ fut donc loué tout d'une voix^ et il se 
rftfrt eomblé d^éloges. Vinrent ensuite des 
de cbaque nation , lesquels , par 
pour les bienlailsqu11savai<»nt 
rcru& et (kscon^ demandaient qu'on lui fil 
gr^ Tiofos des supplices. Conimt» ils [uir- 

iaj ^ 'ensemble et cliarun en ^a langue, 

cm n^enleodil rien de ce qu^ils disaient : mais 
dès q u% Mj c*ini m4*nça à en t r e v ( ti r f | u *i ! s pria î en t 
^Vrfi épargnât l<*s supplices à Gescon , et que 
qudf|ii^uii de ras^enddéeeûtfTié, frappe! frap- 
pe *c:rs nkalheureu.\ furent assonnnès à coups de 
piem-s , H efn|>orlês |»a rieurs prorlies comme 
4esgt0^ qui auraient été é^'orfi^ûs par des btHes 
fcfoees. Les suidais de Spendius se jettent en- 
PÛleiiur ceux de Gescon» qui étaient au nom- 
bre d^eonroQ M*pl cents. On les mène hors des 
riïCrafielieinens : on les conduit à la tête du 
f «m d'abord on leur coupe les UBim en 



^CHAinrRE XV H, •^f H 

commençant par Gescon, cet homme fju-ils 
mettaient peu de temps aupann ant au dessus 
de tous lesCartliapiuois, qu'ils reconnaissaient 
a^oîr été leur proterteur , qu'ils avaient pris 
pour arbitre de leurs diOerends; i-l après leur 
avoir coupé h^ oreilles, roaipu et brisé les 
jambes, ou li»s jeta tout vifs dans une fosse. 
Cette nouvelle pénétra de douleur les Cartha- 
ginois : ils einovérenl *irdre à Amilrar et à 
Ilannou derourir auserours et a la ven^j^eancc 
de ceuv qui avaient été si cruel b'inenl niassi- 
rrés. Ils (lépérhèrent enrtïre des hérauts» d^ir- 
nifs pour demander à ces impies les corps 
morts. Mais loin de livrer ces ciirps, ils nn*- 
nacéreiit que les premiers députés ou hérauts 
dl-ïr mes qu'on leur enverrait, seraient traités 
cimime Tauiit été (iesron* En * ffet, cette ré- 
solution passa ens^uite en loi, qui jK>rtait que : 
tout (.artha^inois, que Ton prendrait, per- 
drait la vie dans les supplices , et que tout allié 
des (-arthaj(inoï5 leur sérail renvoyé 1rs mains 
coupées; et cette* loi fut toujours observée à la 
rif^neur. 

Après cela, n\'St-il pas vrai de dire que si 
le corps humain est sujet à certains maux qui 
s'irritent *[ue!quefois jusqu'à de\enir incura- 
bles, Tiime en €*st encore lïeaucoup plus sus- 
ceptible? Comme dans le < orps il s<« forme des 
nUrres queles rernédes enveniment , etdontles 
remèdes ne fout que hiUer b»s projj;rés, et qui , 
d'un autre côté, la îsst's à eux-mêmes , ne ces- 
sent deronflfcr les parties >oisiiw*s jus4]u'à ce 
qu'il ne reste plus rienadé\ orer : de méinir^dans 
l'ame, il s* élève ter laines vapeurs malignes ^ 
il s'v fïlisse certaiiu* corruplitm^ qui porte les 
bomniesàdesexcésdontonne voit |iiis dVxem- 
ple parmi les atdmaux les pUis féroces» Leur 
faites- vous quelque gr^ee? les traitez -vous 
avec douceur? C'est piège et artilice, c'est ruMi 
pour les tromper. Ils se défient de vous, et 
vous haïssent d'autant plus, que %ous faitëâ 
plus d'efforts p<»ur lesgag^ner. Si l'on se raidit 
contre eux, et que l'on oppose violence à vio- 
lence, il n'est point de trimes, point d'atten- 
tats, dont ils ne s<»ient capables de se s<miller; 
ils font {i^loire de leurautlace, et la fureur les 
transporte jusqu*à leur faire perdre tout sen- 
tiuuïut d^buiuiimi^. Le:i mœurs déréglées et la 



aflHÉ 




42 HISTOIRE GÉNÉRALE DE 

mauvaise ^diiratioii oui sans douîe grande prt 
à ces horrible*^ d^s«irtlres ; m h Vwn des cho- 
»eseonlrilniool ennirc h prcKiiiîredaas l'hoitime 
cette diîî|>f>^ilioii. Ce qui semble} eonhihuer 
da^^Rlage, te sont k^ mauvais Iraiteniens et 
Tavarice des chefs. Nous en avons un Iriste 
exemple dans ce qui sVsl passé pendant tout 
le cours de la ^erre des étrangers , et dans la 
conduite des Carthaginois à leur égard » 

CHAPrTRE XVIII. 

Boitrel etnbtrfmidei Canb«fiiioi<.--Sîëfre de Carlhtge par les 
étriD^f%,"Secoors que lli^oo fwiriiU à c#l!e *nïe. — Fid^ 
IHédi* RmmIm i f»a Htré -Ttmint bornbleiltMlt tamp 
def étranfcn , «|iai donantient b pdi\ , — Tronif»èi , ib rc^eiK 
9&nî les trmef, sont defâluct uJlés eo pièces. »9i^ de 
TtfDts où Anniba) esi prti H {^iMtu. — Dalâilie décisive. <— La 

Amikar ne sachant plus comment réprimer 
Pauduce effrénée de ses ennemis, se persuada 
qu'il n'en viendrait à bout , (fu Vu joignant on- 
semble les deux armées que les Carthaginois 
avaient en cam|iagne, et quVn exterminant 
entièrement ces rebt^lles. C'est |WHmjuoi, aY«int 
fait venir Rannon ^ lousceuxqui s'opposÎTent 
è ses armes furent passés au fd de l'épée , et il 
fit jeter aux l>étes tous ceux qu'on lui amenait 
prisonniers > Les affaires des (Carthaginois com- 
mençaient il prendre un meilleur train .lorsque 
par un revers de ff>rtune étonnant , elles re- 
tombèrent clans le premier état. Les généraux 
furent à i>eine rt'unis,qu^i^s se brouillèrent en- 
semble ; et cela alla si loin que non seulement 
ils perdirent des occasions favorables de balïre 
Fennemi , niaisqu'ilsluidonnérentstnn eut prise 
sureux.Sur la nouvelle de ces dissensions, le^s 
magistrats en éloignèrent un , et ne laisM-renl 
que celui que l'armée aurait choisi. Outre cela 
les œnvoisqui venaient des endroits qu'ils ap* 
pellent les Emporées, et sur lesquels îk fai- 
saient beaucoup de fond^ tant |K)ur les vivres 
pour que les autres munitions^ furent tous sub- 
mergés par une temjîéte ; outre qu'alors l'ilc de 
Sardaigne^ dont ils tiraient de grands secours, 
s'était Soustraite ii leur domination. El re qui 
fut le plus fâcheux, c'^est que les habitaus 
d'Hippone-Z«r>tc et d^Utique^ qui seuls dei 
petiplei d'Afrique avaient soutenu ctltë guerre 
iV#c Tifwur> qui Avaient Wiiu kpm du \w^f% 



LA RÉPIBLIOIE ROMAINE. t4 isis-j 

d^Agathocles et de rirniplion des Romains 9 ^ 
el n\ivaieni jamais pris de résolution conlniire * 
aux intérélsdes Carthaginois, non seulement ' 
les atiandonnérent alors et se jetèrent dans te • 
parti des Africains .mais encore coururent ' 
[KHir ceux*ci autant d'amitié et de confiance, * 
que de haine el d'aversion pour les autres. Ils < 
tuèrent et prècipilèrenldu haut de leurs mu- n 
milles environ cinq cents hommes qu^on avait i 
envovcs à leur secours; ils firent k même 1 
trailement au chrf , livrèrent la ville aux Afrî- < 
tains, el ne voulurent jamais permettre aux 
Carthaginois ^ quelque instance qu^ils leur en 
fissent , dViilerrer leurs morts, 

Mathos et Spendius , après ces événemcns , 
portèrent leur ambition jusqu'à vouloir met- 
tre le siégp devant Carlhage même. Amilcaf 
s'associa alors dans le commandement Annî- 
I»al , que le sénat avait envové à l'armée , après 
que lïaiinon en eôl été éloigné par b*s s^ddalSj 
h rause de la mésintelligence qu'il y avait entre 
les généraux. Il prit encore avec soi Naravase, 
el acrompagné de ces deux capitaines , il l*a( 
la campagne pour couper les vivres h Matbos 
et à Sj>endius. Dans cette expédition , comme 
dans bien d'autres, Naravasc lui fut d'une 
extrême utilité. Tel était l'étal des afTaires par 
rapport aux années de dehors* 

Les Carthaginois serrés de tous le» côtés , 
furent obligés d*avoir recours aux \ illes alliées. 
Hièron , qui a\iiit toujours rci*il au guet pen- 
dant relie guerre , leur accordait tout ce qu'ils 
dennandaientde lui. Mais il nnioubla de s«iinS 
dans cette occasion , voyanl bien que, pcmr se 
maintenir en Sicile el se conserver l'amitié des 
Romains > il était de son intérêt que les 
Carthaginois eussent le dessus . de peur que les 
étrangers préi alanl no trouvassent plus d'olïs- 
lacles a FexfVulion do leurs projets, en quoi 
l'on doit remarquer sa sagesse et sa prudeme ; 
car c'eslune maxime qui n'est psà négligrf : 
de ne pas laisser croître une puissance jus<|u^au 
point qu'on ne lui puisse contester les choses 
même qui nous apprtiennenl de droit. 

Pour les Romains . exacts observateurs du 
traité qu'ils avaient fait avec les Carthaginois, 
ils leur dotiutTent tous les se4^>urs qu'ils pou- 
Tatciii Hiuhâilcr,. quoiqu^ï d^iborj cet deus 




eu quelques drnie^léii cn9€iiilile> 
qae les Carthajfim^is a>inVïi( Iraitê 
ennciuîs cvn\ qui pass()ul iritalii* vu 
AHfDe portaient des vîvresà Ifurs cuueiiïis^ et 
laiaient mis environ cinq trnls en prison, 
[Cshoslililés avaient fort déplu au\Rt>ni<uiis. 
' Crpnidanttx>inine les Carlbagîiioîs rendirent 
! il koBM grâce cvs pi îsijnniers aux députés 
fAMlenr armit envoyés, ils gagnérenl tellr- 
I WtoLl T^umâè des Romains ^ que eeux-ci, par 
p, leur remircût loas les prî^ioii- 
raraîeiil faits sur eu\ dans la guerre 
irSidlr«eiqai leurétaienl resléH. Bepuis ce 
^fê4àleê ltoma*"« se portérenl dVu\-mé- 
vii isnr JMaODider (oui ce qu'ib deuiandaienf . 
bpenucFoC à leurs marcliands de leur por- 
ter In pnirâions nètre«»saires, et dé rem) ire ni 
^ti pftei ' àfatrseppemis. Quoique lesétran- 
pVftrollés en Sardaigne les appelassent dans 
s^ibnVc Toultireut rien faire; et ils 
, Cdéles au traité, jusqu'à refuser 
caadTiiqiie{Knir sujets, quoiqu'ils vinssent 
^^^miÊÊtÊÊB Et s^juroettre h leur dominattou. 
Im^ oiiBOOQrs mirent lt*s Carthaginois en 
fIMdbééielidre leur ville contre les eftorts de 
Miém^im Spendius. qui ci'ailleui^ étaient 
lk«Mi «Hié||és pour le moins qu\issiégeans; 
w twirir les réduisait à une si grande di- 
asHtéBirrFRS, qn'ik furent obligés de lever 

f^ dt t(9ip6 apreSf ces deux ebefs des re- 
«faDl anetnblè Pélite des étrangers et 
\, entre lesriuels élai( Zarxas et le 
^ ffoTl aHunaiidait , ce qui faisait en tout 
r JluBe hommes , ils rés<jlnrent dv se 
campagne, de serrer l'ennemi 
ou il irait, et de Toliservcr. Ils èvi- 
spIflOMi. de peur des êléphans et de la 
àt NaraToso^ mais iJs tâchaient de 
ks premiers les lieux monlueux et tes 
Ib ne cédaient aux Carthaginois ni en 
i , ni en hardiesse , quoi{|ue faute de sa- 
twr la gmrwrt ils fussent souvent vaincus, 
i alan d^me manière bien sensible com- 
wm expérience , fondée sur la science de 
r, Pemporte sur une aveugle el bm- 
! de la guerre. Amihar, tantôt atti- 
favtà« dt: liïur aimée à Técart^ et 



LIVRE r. — CHAPITRE XYIIL 

habile 



êê 

comme un hat>ile joueur , IVn fermait dé 

tous côtés et la mettait en pièces ^ tantôt, 
faisant semblant d'en vouloir à loule Parmée, 
il conduisait les uns dans des ï*mbuscades qu'ils 
ne prévoyaient point, et toml)Ciit sur les autres^ 
de jour ou de nuit, lorsqu'ils s'y attend;iient l« 
moins , et jetait aux bêles tout ce qu'il faisatt 
sur eux de prisonniers. Vn jour enfin que Toit 
ne pensait point à lui , s'étanl venu rampef 
proehe des étrangers , dans un lieu tort com- 
mode pour lui et fc^rt désavantageux pour eux, 
il 1rs serra de si près que , n^ osant cimibattrc 
et ne pouvant fuir à cause dhin fossé et d'un 
retranchement dont il les ay ait enfermés do 
tous côtés, ils furent contraints, tant la famina 
était grande dans leur camp, de se manger les 
uns les autres. Dieu punissant par un supplice 
égal Pimpie et barbare traitement qu'ils avaient 
fait à leurs semblables. Quoiqu'ils n'osassent 
ni donner liataille , parée qu'ils voyaient leur 
défaite assurée el la punition dont elle no 
manquerait fias d'être suiyie, ni |>arlerde coni- 
posili<Tn, â cause des crimes qu'ils avaient à se 
reprorher , ils Siïutinrent rependant encore 
quelque temps la dîsetle affreuse où ils étaient* 
dans r(*spt'Tance qu'ils recevraient de Tunis 
les secours que leurs chefs leur promellaienl. 
Mais enfui n'avanl plus ni prisonniers, ni e»- 
clavt^s à manger, rien n'arrivant de Tunis , et 
la multilude conunencantà menacer lesihefs. 
Au ta rite , Zarxas et Spendius prirent le parti 
d'aller se rendre aux ennemis , et de traiter de 
lapaix avecAuïilear, Us dépêchèrent un héraut 
pour avoir un sauf-conduit , et élant y euus 
trouver les Cartbaginfâs» Amifear lit a ver eux 
ceiraité : u Que les Carthaginois choisiraient 
w d'enlre les ennemis ceux qu'ils jugeraient à 
w propos , au nombre de <lix , et ren\ erraient 
u tous les autres, chacun avec son habit, h En- 
suite il dit : qu'en vertu du traité il choisissait 
tous ceux qui étaient présens , et mit ainsi en 
la puisstnice des Carthaginois Antarite , Spen- 
dius et les autres chefs les plus distingués. 

Les Africains, quî ne sayaif*nt rien des con- 
ditions du traité, ayant appris que leurs chefs 
étaient retenus, soupi onnérent de la mauvaise 
foi, et dans celte pensée coururent aux armes* 

M» i\mui «dvf » dtms m i^m «lu- Qti appelle J^i 



I 




im Lx uniBUttUE bd^jj^e. 



ÎA. t. 6l^-> 




Bt aux si*iia- 
LV ww riTf W M I I ■■■■■■idercoopolieren- 
^ ^g fl i tw K :gHiiiiwi de les obliger à agir 
m «tiMnrf . »« lèt bvmmt ic^anl les veux que 
*.*4émpttmi >Ht w QPMmM II rrfmUîque. Après 
Afwiirwmn R Bnwnt!y>. fafia 3» liuvnl à boul de 
maiirt-*9^iinn ^îWfÊOKÙur^ ^. dans la suite , 
TussMiittiiUf <itmi'ini:»?iB^ ftsftk . firent tout 
mtBMT t ^luuui. Dh^-uiinoRVBi Malkosdaos 
irauiiiietii* Ti^i£H»«OitfK.&ioiu€ «adressant 
H?»' numH-aiii!<K 3uiu»C'fB JL'^p uMJui taul, hhï 
nuiMir II' &JiiUb. «fie JuiMar «f juire» «iiles. Ce 
"aef'. ^wic.mC aintt bw^rrif . pïl «fin b rrM>- 
UttiRL'ini ^inuFJiBinosInlçirttrnl.LffCar* 
Jmôninfr. <& &nnrw«e«Bf «MkùlaDlriena\ef* 
lil» >f:iriifiiir - ks dr«\ pirlb appelèrent à 
-.-«cttr bitfxailif IMI» kvr^ alirs. et rassniblcrent 
•ffi^piiann^iMvflc^lrBn caiwfoiis. ciioune de- 
Kflii: wifKir ^ Mtf fw le loul. Quand on se 
ûtJteftfwf. -oa oMi^îM du jour et de rheure, 
•n.-4ae«iw acx Kin». La ^îrloire se tourna 
iK4(Mr Ar^Ciitdnci»». H rrsia sur le ehamp 
ir IntiBe sn»! WHnhrr d^Aliricains ; une 
(uvtie fir «Mna Ami» je ne ssiîs quelle TÎile. qui 
!» rtmSÊ fiem de ttmfs^ après . Malhos fut fait 
k^!^ aulfvs prties de F Afrique se* 
t aoffîM. 11 n\ eut qu^Hippone-Za- 
nie ri Tlifue qui . sériant, dès le conunence- 
■m Jela çuerrr. nwhirs indignes de pardon , 
>c a Mttme fi.'<t«. Httdàf «nMIe j rvAecrrut akw> de se scHUiuHlre ; tant il est 
OM*>'»^ l«Mf «Jimi* ounMTiiiUc louv: JMadna ' araulacruv. Hièae dans de prrîlles fautes, de 
wi«K%!«^ tif^ lO'^tMuuB'^ tiK^tautitss^kt^ vvwvr | ne point pa<i>rr cerlaiues bornes . eC de ne se 
**iiii' «i't'^inr. K-niit:»ti:. x^^iqwrArhi fctitr porter |iflis à dese\oès impardonnables! Mais 
t««i Mii .*«tir^- i-v iL-^x ^-tMB^ . u^iffrit qwie 
ai>4 asKrhî |iiir1lMiilM»^4iwiéfeiiiiic.tflaf«è»cu 

MiMN t i-«.i c «tiiiu ^x '.viM^^jHM ie MJKar« il 

•v«x n/M^vHii ii-M>|iim.' lis «fH^anwifUf aient à 

MKv%H.i> vui'n;*- ;v !.> ^'aSji «vtiMukr» daus 

* ^ iii.mm.'s «iiiKii*fn«. ^u. «'>nwfi.ViMtml ce- 

^« «•* 4i.lv '«\Mx 4«* SK i«: i«i.vtiilift«NnM à si^en lirrr. 

\ " ^^ \.« t s'. • » fi.sp *. fi*••^^ iN^^ c^Trr. ef 



i:ac • !^ ^4cai ■;!& • r*le ««iifMMt. Hii- 

ifr^ii^v^iiifs-^iiiinttle!^ ÎEi-tR^inau 
■K .âi?^ i«M^. i la. utt -ye mur a »-iili!. 
:Ut4u ti«««r«hx.^'4«hUrcK-iMÉMinMrrt«il&'qoiHn7!f 
\iàmmMàL. I lu irt-m. mi^omrr a .Sttui: -ut 

>^. !•* i iinmn <ui: e>> -r»nmif>ii'ui .. 3» 
^NMM iiip«Mnetui»«jrtftyouMifr^ :2ias«i*ttt«;anip 

% >t uiiitilat m infUM iwnomm»'^ ^}n onntt 
nawMii* «* ^vfttfnt i ft riMk m >|iianiiH» if^tti 
.iinfcjt. -^ m m li HfUiTnr iia^ ^4i|ipkv» ar»' 
"Éaa^tUMia^ "Mtwi^ knjtf^iHML^ j|i>!UiBniL*ia 
<aiM.a^iirikiY. ^ -m 4 e'H WM a L auuHir lAa ."vy 
ittwr ifes •jBinLUWM.x t Jrtfadioi- ' 



Uannon ne se fut pas plutôt prèseulê devant 
Tune « et Amikar devant Fautrc , qu\'lles fu- 
ivnl contraintes d'en passer par tout i*e qu'ils 
voulurent. Ainsi liait cette guerre , qui a^ ait 
Eut tant de mal aux Carthaginois , et dont ils 
se tirèrent si glorieusement , que non seule- 
ment ilsse remirent en possession de TAfrique. 
mais ehàtièrenl enrore, n>mme ik méritaient 
d'ètrcchàtiés, les auteursdi^ la révolte, car cette 
guerre ne se termina que par les honteux sup- 
plices que la jeunesse de la ville fit souffrir à 
Malhos et à s*^ troupes le jtmr du irîi>rophe. 

Telle fut la suerre des ètranp'rs ctmlre k« 
tlarthagînois. laqnrtle dura tn>is ans et quatm 
mobmcn^iitw^ i cS «apomi» aunoins 



I 




Il 517) «"T*?^- iivRE II— CHAPITRE 1'. 

^ je saehr , où Pon nit porlr pins loin la 



l5 



Mirii* cl l'înipîrté, f'omnio \{Ts et* tc^îiips-là 
béiranjTcrs âo Sanlaigiie flau^iit \mnis dVuiv- 
^wsorrrir €<Mti» île nuv Koniaîns, roux ri 
fwirenl 11» di*ss€Hii cl\ passer. Lrs Cai ihafrî- 
Mètc (rouvûfit fort iiinuv.iis, pano quo la 
krdaigno leur *ippar(eiiaitàpliisjyslr tiln* .«*t 
tiKi$pi»saiit à pUTtîr eou\ qui a \ aïeul lîv ri* reilo 
il** à une a\ilr** puîssniirc , l 'm Fu( assez pimr 
i/èu*TO\iaer lc*§ Ronjaios a dêelarer la guerre 
iui Carilu^iaoh ^ m pr^irxlaiil que renVlail 



pas Contre les*poiiple*i de Sardaigiio que ceux- 
ci faisaieul ilt^s préparalifs, mais eonlro eux. Les 
Martlja^iiitïî^ qui élaieul sorlis rouiiue par niî- 
mrle de la deniière fïuerre , el qui ii'etaîeiU 
poiul du Unit eu étal de se mettre mal ave*- les 
Houiains. redèreiU au loiups » et aîmereni 
mieu\ leur aliaiidonner la Sardaîgne , et ajou- 
ter dou7e nnïH laleus à la iiommequ^iLs leur 
(maîeni, que di» s'eti^aper à s*»u(eiiir une 
f^^erre daus les eircouslauees où ils élaient. 
OHe affaire nVul pas d^aulresuile. 



%^*%*i%» «1%%*» 



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'%««%« ««%• «->*«lt4V -"«%««< 



itt*««« «*»*i|,**ii **-*», »«%ii 



LIVRE SECOND. 



CHAPITRE PREMIER, 



du litre prét*fdeDt. -- MoK i' A mil car ; Aiidnibj] 
tao» ie rofninaiidcniCDl, ût^ armt^fti — Sïr^e de 
;*r If» ÊioU<*ù^. *— Comb«t vutre W?* Klolif n» vi les 

-^Tcola ta femmt tuj suect»d<r. - I^éi^iijco \irt(i* par 
tll3ri«n«, él remi^ f n tiLcrii^ par li^ ÉioHvii» 
— ltDt»ni4cocr des Éi^îrolrs. 



(>ii 1 VU dans le livre préiédeni eu quel 
efti|iks Ramai tis. aprt*s sVlre établis dans 
riy|fiie,fciisc^reol à êialilir leurs c«ju<pi6k^ au 
«Mûr»^ comment ils passèrent eu Sieîle, el 
ftmt^^fiOi ils eurent , au mjei de cc^le île^ la 
gonrea^oe le&Carthaginoisj et couuueiit ils 
eounrwcrcidk se faire ihn ariuées ua\ales , et 
ce quisepatssiièkfis resdeuxêtats peudaut tout 
Je ajat^ de rtiU* f^erre , qui eliassa les (iar- 
t&jgÎEMMS de b Sicile et la soumit toute aux 
Komaios, àre\reptiou du [»a\s (pu *ïlM'*issait 
à Hiéniti. On a \u encore eoîumeut s'est al- 
liiméo U guerre entre li^ troupes élrang^ères 
r\ U république de <iarlhage;jus*ju\>ù les pre 
m'wrs uiu purië leurs evcï^, et ce c]u^out pro- 
ihitl ies diffmos ù\ènemeus de cette horrible 
rr%allc jusqu^à la victoire, qui evlerniiua la 
plnpift dcî» stHlitieu\ et lit rentrer les autres 
daa.^l4*tir devoir. Passons maintenant à ce qui 
l'eiM fiil ensuite, sans nous écarter de la briè- 
Telri|iie oous nous soumies d'abord proposée. 



La ^Hierre d'Afrique terminée, les Cartha- 
l^inois en^cnércut en Espipne une arnu'-e 
sous la enuduili* d\Vmîlrar. Celui <i partit 
avec Auuit>itl sou lils , Apé jiour lors de neuf 
ans, traversai le détroit formé par les coloimes 
d'Hercule j et rétablît dans Ttispaiiiu* les af- 
faires de sa république. Pendant neuf ans 
qu^il resta dans ce pa^^s, il s^mniit à (]artliai:e 
un i^raud nombre de |ieu[des ^ les uns p;ir lis 
armes, les autres *par les négociations; enfin 
il finit ses ji>urs d^une manière di^ne de si'<i 
premiers exploits, les armes à la main et 
sur un eliamp de bataille, où, avant eu tête 
une année trés-uombreus*' et trcs-a^jucrrie, il 
lit d es pri »d igvs * le eu u ra j^e i * t il chaleur. Les 
(lartlia^fiuois donnèrent ensuite le eommau- 
dément à AsdruUd, pircni d'Amilcar, et 
roiumandant des ^^alères. 

Ce fut ^ers ce temps-là que les Romains 
passèrent pour la première l\us dans Fil h rie. 
Cette evptMlition doit être considérée avec 
soin si Fou veut entrer daus notn^ P*'*^^*! (*l 
connaître bien les progrès et rètaliliss4*ment 
de la domination des Romains. Voici doue 
pourquoi ils prirent cette résolution: Agnm, 
roi d'Illyriis et fds de Pleurate, avait sur 
tern* et sur mer de plus faraudes armèe?^ 
qu'eussent jamais eues ses prédécesseurs, A 




H 



HISTOIRE GÉXÉRALE DE tA RÉPOLÏQl E ROMAINE. ti. r, ^j 



force d'argent, Domctrius , père de Philippe^ 
avait gagné sur ce roi qu'il portîTail du se- 
cours au\ ^lydionieiiSj qutî lej Etoliens as- 
siégeaient pour se venger de ce qu'ils avaient 
refusé de les associer à leur république. Pour 
cela , ils avaient levé une puissante armée, 
et,|s'étant allés ramper trmt autour de la ville, 
ils eraplovêrent pour la réduire toutes sortes 
de niaclirnes. DéjàMvdionie était au\ derniè- 
res extréinilés, et les assiégés semblaient rha- 
que jour devoir se rendre, lorsque le préteur 
dts Etoliens vo\ant son temps prêt h expirer, 
dit à st*s troupes : qu'avant essuyé toutes les fa* 
ligues et tous les périls du siège, iljétait eu 
droit de demander : qu\iprès que la ville se- 
rait emp*>rtée, on lui ronËàtles<jiu du butin, el 
qu'on luiaccordàtrinseription desarmes(] 4). 
Quelquis-uns , mais surtout eeuît qui aspi- 
raient h la même distinction , se rémérenl 
sur cette demande, et délournérent les soldais 
de rien décider là-dcssus avant que la fortune 
fit connailre a qui cette faveur s*Tait due. Il 
fut cependant réglé que le nouveau préteur^ 
qui prendrait la ville, partagerait avec sou 
prédéet*sseur le soin du butin et T inscription 
des armes. 

Le lendemain de celte dérision Jour auquel 
le nouveau préleur devait élre élu et entrer 
en charge, selon la coutume des Etoliens, ar- 
rivent pendant la nuit , proche de Mv^liimie, 
c<*nt bàtimens portant cinq mille Ilivriens, 
qui^ déUirquant sans bruit au i>oint du jour , 
et s'étant rangés en bataille à leur manière, 
s'en \onl, partagés en ronnétablies , droit au 
camp des fjoliens* Ceu\-ei furent d'al>ord 
frappés d'une descente si subite et si hardie, 
mais ils ne rabattirenl pour cela rien de leur 
ancienne fierté ■ ils comptaient sur le nombre 
t\ la valeui de leurs troupes, et fireut bonne 
contenance. Ce qu^ils avaient d'infanterie 
p<*sammenl armée et de ravalerte ( et ils 
avaient kMucoup de Tun et de l'autre), ils le 
tntreni en bataille dans la plaine à la léle du 
eamp. Il y a\ ait là quelques iM>sles élevés et 
avantagt*u% ; ils les liren t (m cuper panme partie 
lie ta cavalerie et des soldats armés a la lég^èrc. 
Mais ceux-ci ne purent tenir contre b-s lllv- 
riens, qui au premier rh*>c les accablèrent de 




leur nombre cl de leur pesanteur^ et menèrent 
ba tani la cavalerie jusrju^aux si>ldats pesam* 
ment armés des Etoliens. Fondant ensuite des 
hauteur surlcs troupes rangées dans la plaine, 
ils les rca>crsÎTent avec d'autant plus de faci- 
lité , que les Myd ioniens tirent en même temps 
sur elles une vigoureuM^ Hirtie. lien resta une 
grande ]kirtie sur le champ de bataille; mais 
on lit un plus ^rand nombre de prisonniers , 
et on se rendit maître des armes et de tout le 
bagage. Les III v riens, après avoir exécuté 
Fi »rd re de leur roi , chargéren tic butin sur leurs 
Ijâtîmens, et reprirent la route de leur pajs. 
Ainsi fut sauvée Mjdionie, lorsqu'elle s') al- 
attendait le moins. 

On convoqua ensuite une assemblée des 
citoj\*ns , où l'on disi^uta entre autres choses 
Taffaire de rinscription des armes, et on y 
régla que l'on suivrait la loi que les Etoliens 
venaient d'établir, en sorte que rinscription 
des armes serait commune, et au préleur qui 
était actuelieqient en charge, et à ceux qui W 
seraient dans la suite. La fortune montre bien 
ici quel est son pouvoir sur k's choses buuiai- 
nes, en favorisant tellemenl les Mydioniens, 
qu'ils couvrent leurs ennemis de la même in- 
famie dont ils s'attendaient h être eux-mêmes 
couverts , et la défaite inopinée des Etoliens 
nous apprend : que l'on ne doit pas délibérer 
sur l'avenir, comme s'il était déjà prissent j 
qu'il ne faut point ràmpler par avance surdes 
chos4»s qui peuvent encore changer ; et qu'é- 
tant hommes, nous devons en toute occasion , 
mais surtout dans la guerre, nous attendre à 
queltpc événement que nous n'aurons pu 
prévoir. 

Au retour de la flotte , Agron s'étant fait 
faire par les chefs le récit du combat , fut 
dans une joie extrême d'avoir rabaissé la 
fierté des Etoliens : mais s'étant adonné au 
vin et à d'aulrc*s plaisirs semblables, ilv ga- 
gna une pleurésie^ qui le mit en peu de jours 
au tombeau. 

Le rovaume passa entre les mains deTeuta 
sa femme , qui confia à ses amis l'admioîs- 
tralion dt*sarfain*s. Cette reine, suivant les 
habitudes de légèreté de son sexe , ne pen- 
sait qu'à la victiure que ses sujets venaient d« 



lit. »#J LIVRE IL — 

iportar. Sans égard pour les èlîitSYoisins, 
Ttuii d^abard à ses sujclsde se livrer à la 
LTie* Ensiiiti* ayant eqiii|)é une floUo, et 
hrî une année aussi nombreuse que la pre- 
iM^Cf ellcei^erça de côté etd'auUe, par ses 
lux^ loulcs sortes d'hostîlilés. 
Ëlèens elles 5Iesëéiiit*iis fu rentier prc- 
à s'eu re&senlir. Jamais ces deux pays 
l'èUiîent en repos ni en smvlé cotilre le»| lllv- 
riens, parée t^uc la côte étant fort éLenduc » ci 
les \llleii»doi]t iU dépendent , hivn avant dans 
\csiiern'$^^ /es secours qu'ils en pouvaimt lirer 
ètaieot Irop failles el Irop leuis [lour i*nip<V 
dier la descente des lllyrîens. qui par ceUe 
flifton fondaieut sur eu\ sans irainl** . et met- 
Éîenl tout au pillage. Ils a vai en l poussé un 
jplir JBsqu^â Phèuice, ville d'Ëpîre, pour y 
ehiïfdierdes vivres. Là s'aliouclioul avec des 
Gaulois qui j étaient ea garnison, a la stdde 
im Ej^lroteSy au nombre dVmiron huit cents, 
9s prirent avc^c eux des mesures pour se ren- 
dre maîtres de la ville. Les Gaulois dooneiU 
W nmitÈM au complot ^ les lllyriens funl une 
4nfiËfite, emportent la ville d'assaul, et s%'m- 
pltnt de tout ce qu'ils y trouvent, A cette 
apiiTcDe Ir*s Épirotes se mettent souslesarnies. 
ifrifés a Fbénice, ils campent devant la ville^ 
97111I devant eux la riTiére, et pour ^tre plus 
Oiûfeté îlâ enlèvent lesplaiicht^s du|K>nt qui 
èlBàl dcsMis. SurTavis qu'ils reçoivent ensnile 
foe^erdilalde arrivait par terre à ta tête de 
fiJDqnuUcIUjrJeaSy qu'il faisait liler par les 
detroiU nui sont proche d'Antigonée , ils en- 
voi enl un dclachement a ta garde de cette 
viUe^ eido ff^ ie tranquillisent, tout bonne 
dbèreaux dépensdu pays, et ne s'emlaiTasseat 
(US du 5enice du camp. Les II ly tiens avertis 
^^lei Épîrotês avaient divisé leurs forces, 
et f|i|e le service se faisiit avec nonr balance, 
portetil de nuit, jettent desplaucties sur le pont, 
|nHQttide»iiSy puis s^emparant d'un jjmste 
ayiirtlgfUT^ ils demeurent là jusqu'au jour. 
JUoCi OOSe met de part etd'antre en balaitlede- 
v«Blla viUe. Les Épiroles sont délai ts. On en Ina 
lUifiMidiiiinibrcbeauroup plus furent faitspri' 
tKMMOTffb reste. »e sauva cbezIesAtintaniejis. 
Apm cette défaite, ne voyant |>lus chez 
de quoi se soutenir, ils députèrent 



CHAPITRE V\ - n 

au\ Étolieus et aux Achéens pour les supplier 
de venirabnir secours. Ces peuples touchés de 
compassion se mettent en marche, et vont à 
Ilélicrancî là se rendent aussi les Illjrienâ 
qu'avait amenés Stierdîlaïde, et qui s'étaient 
enqMrésde Pbénice* Ils se postent auprès des 
Lioliens et d<*s Achéens dans le dessein de leur 
donner bataille. Mais outre que le terrain était 
désa\anta^M*u\, ils reçurent de Teula des let- 
tres qui les oblii^^eaient de revenir incessam- 
ment dans rilly rie , parce qu'une partie de ce 
royaume s'était tournée du côté des Darda- 
uiens. Ainsi après avoir ravagé l'Épire, ils 
firent une trêve avec lesÉpirotes^ leur rendi^^ 
renty avec la ville de Phènîce, ce qu'ils avaient 
pris sur eux d'hommes libres, pour une 
sonnno d'argent j et ayant chargé sur des bar- 
t|ues les esclaves et le reste de leur bag"agc, le« 
uns se mirent en mer, les autres, que Skcrdi- 
laïde avait amenés, s'en retournèrent à pied 
jvar les délilés d'Antigonèe. Cette expédition ' 
répandit une extrême frayeur [rnrmi les Grecs 
qui habitaient le long de la côte. Auparavant^ 
ils craignaient pour leurs campagnes j maîaj 
depuis que Phènice , la ville de tout l'Epire la 
plus forte et la plus puissante^ avait passi' sous ^ 
d'autres lois d'une façon si extraordinaire, ils 
crurent qu'il n'y avait plus de sûreté ni pour 
eux-mêmes ni pour leurs villes. 

Les Èpi rôles remis en liberté, loin de se 
venger des lllyriens , ou de marquer leur re- 
connaissance aux états qui les avaient secou- 
rus j eTivr>yèreTitdes ambassadeurs à Tenta, et 
d**concert a\ec les Acarnaniens, firent al liaoco 
avet* cette reine, alliance en vertu de laquelle 
ilsprirentdanslasuite les intérêts des lllyriens 
contre les deux peuples qui les en avaient déli- 
vrés ; aussi gn>ssiérement ingrats àPêgard de 
leurs bienfaiteurs^ qu'ils avaient auparavant été 
peu habiles à se conserver Phénice! 0**^' ^*^^^ 
tombions quelquefois dans dt^ malheurs que 
nous n'avons pu ni prévoir ni éviter , c'est une 
suite de l'humanité; nous nh'u sommes pas 
respfmsiddes ; on en rejette la faute ou sur la 
fortmie, ou sur quelque trahison; mais quand 
le péril est évident et que l'on n'y tondx* que 
faute de jugement etdi' prudence, alors on noi^J 
doit s'en premlnM|u'à st»i même. Lu rever%r 



HISTOIRE GÉXÉRALE DE LA REMBLIUIE ROMArXE. lA. u.ws.} 



10 

deuiandaU une cou ferrure avec ce péneraL 
CoDime celui-ti hésilail cl avait peine à se lier 
à ccl aventurier, Naravasc donne ^m cheval 
et ses armes à ceu\ quiraccouipagDaîenl j et 
entre dans le camp^ tète levée et avec un air 
d^assurance â ètuuner tous ceux qui le regar- 
daient . On le reçut néanmoins ^ et on le cun- 
duisil à;Aniik-ar : it lui dit qu^il voulait du 
bien à lousli^ Cartliagiuois en général ^ niais 
qu'il souhaitait surtout d'être ami dMaiilcar; 
qu'il n'était venu que pour lier amitié avec 
lui j disiM>s6 lie son côté à eutriT dans toutes 
ses vues et à partager lous ses travaux. Ce 
discours joint à la nvnliancc et à F ingénuité 
avtT laquetie ce jeune homme parlait, donna 
laut de joie à Aniilear , que non seulement il 
voulut bien Fassixier a ses ae lions . mais qu'il 
lui lit serment de lui donner sa fiile en mariage, 
poun u qu^ildemeunU lidéle aux Carthaginois. 

L'alliance faite ♦ >iara\ ase \ iiit , amenant 
a\e€ lui environ deux mille Numides qull 
commandait. Avec ce secours Amilear met 
son armée en Imtaille ; Spendius s'était aussi 
joint aux Africains pour combattre et cLiit 
descendu dans la plaine. On eu >ient aux 
maim* Le comliat fui opiniâtre, mais Ainikar 
eut le dessus. Les éléphaus se signalèrent dans 
celte occasion, mais Nai^ivase s'y distingua 
plus que personne* Autarite et Spendius pri* 
rent la fuite. Dix mille des ennemis restèrent 
sur le champ de kilaille, et on fit quatre mille 
prisonniers. Après cette aelion, ceux des pri- 
' sonoiers qui voulurent prendre parti <î ans T ar- 
mée des Carthaginois , y furent bien reçus , 
et on les revêtit des armes (|u'ou avait pris sur 
les ennemis, l'our ceux qui ne le vdu lurent 
pas, Amilear lesa\ant assemblés .« leur dit: 
qu'il leur pardonnait toutes les fautes pas«vées, 
et que chacimdVux pouvait se retirer où Wm 
lui semblerait ; mais que si dans la suite on en 
prenait quelqu'un portant armes olfensives 
contre les Carthaginois, ihi'y aurait aucune 
grâce à espérer pour lui. 

Vers ce même temps , les étrangers qui gar- 
daient l'ile de Siirdaignc , imitant Malhos el 
Spendius, îse révoltèrent contre les Carthagî- 
iKiis qui y étaient , et a\anl enfermé dans la 
citadelle Boslar chef des troupes auxiliaires^ 



ils le tuèrent, lui et tout ce qu'il y avait dese* 
coocitcei eus. I^*s Cartbagint»s jetèrent encore 
les yeux sur llannon , et renvoyèrent là avec 
une armée ; mais ses propres troupi^s l'aban- 
donnèrent i>our se tourner du c6tèdesrelK*lles, 
qui se saisirent ensuite de sa jK»rsonne et l'at- 
tachèrent à mie croix. On intenta aussi de 
nou\ eaux supplices contre t<ms les Cartbagî- 
mjis qui élaîent dans File , il n'y en eut pas un 
d'épargné. Après cela on prit les villes t on en* 
vahit toute Tlle , jusqu^â ce qu'une sédition 
sVlant élevée, k*5 naturels <iu (lays chassèn-nl 
tous ces étrangers, elles obligèrent à seretî* 
rer en Italie* C'est aiiLsiqueles Carthaginois 
perdiriiit laSardaigne , île, de Faveu de tout 
le monde, Iri^ considérable par sa gnmdeur, 
par la quantité d'hommes don! elle est peuplée» 
etpar sa fertilité. Nous n'en dirons rien davan- 
tage , nous ne ferions que répéter ce que 
d'autres ont dît avant nous. 

Mathos, Spendius et Autarite voyant l'hu- 
manité dont Amilear usait envers les prisc»n- 
niers, craignin*nt que les Africains et les 
étrangers, gagnt^ jiar cet attrait , ne courus- 
s<^nt ( hercher l'impunité qui leur était offerte^ 
ils tinrent conseil |>our chercher ens*'mblepar 
quel nouvel attenïat ils pourraient mettre le 
ccmible à la réliellion : le résultat fut quVin 
les convoquerait tous, el que l'on ferait en- 
trer dans FasM^mblèt* un messager cummeap* 
portant de Sardaigne une lettre de la jïart des 
gens de la même faction qui étaient dans cette 
lie. La chose fut exérutèe, et la lettre p^>rlait: 
qu'ils olfcservassenl de près Gescon el tous 
ceux qu'il commandait, et contre qui ils sV- 
taient révoltés à Tunis; qu'il y a^ait dans l'ar- 
mée des pratiques secrèles en fa\ eiir des Car- 
thaginois. Sur cette nouvelle prétendue, Spen- 
dius recommande à ces nation s de ne[>asse Itil^ - 
ser éblouir a la douceur qu' Amilear avait eue 
pour les prisonniers : qu'eu les reu\oyanl, 
si>n but n'était \^s de les sauver, mais de se 
reudre par là maître de ceux qui restaient, el 
de les enve!o[q>er tous daiLs la même punition, 
dès qu^il les aurait en sa puissance, qulls se 
gardassct bien de renvoyer Gescon ; que ce 
serait u. t î»onle pour eux de lâcher un homme 
de ceUi importance el de ce mérite^ qu'eii le 




^1' U$] 



LIVHE 



CHANTRE \\n. 



41 



Il allor il;^ jH? r«Taîeiit un très-p^rand lort, 
rîl ne manquerait pus de ^^ (ouriier 
eux , et de devenir leur plus grand en- 
11 parlait encore , lors<pi'uii autre mes- 
comiDe arrivanl de Tunis, ap|K)rta 
■pdctlre stf^inUable à b première. Sur (juoi 
lilaiilc prcnaiit b [parole t dit: qu^il ii^y avait 
|Kd^aulre moyen de rèlalJir les affaires, que 
h ae janwib plus rien espérer des Caiibagi- 
aois, c\ue qy tronque attendrait quelque cliose 
de leur anifùe, ne pomail avoir qu'une a!- 
iiditce feinte a^ec les étrau^^ers; ([u^iinsi il les 
friailde n'avoir d'oreilles, d'attention ni de 
cnsfiaiice que ptmr rcux rpii les porlï*raient 
nx âernicTcs violences contre les Carthajri- 
, €t<ic regarder eoni me traîtres et connue 
tous ceu\ qui leur inspireraient des 
contraires; que sim a\is était que 
Tas Dt moortr, dans les plus lionteuv suppli- 
ces, Gescou . ions eeuv qui avaient éié pris, et 
Ums ceux que Ton prendrait dans ta suite sur 
Ic^ Cartbitgioois* Cet Auta rite avait dans les 
roo-wfc im I rès- gr a ud a \ a n ta^^e , i>a rct^ q u ' a v a n t 
appm par un long commerce avec les soldats^ 
il parler phénicien» la plu(>art de ces ctrau- 
gcfsenlendaient ses discTnirs ; caria lonpnuir 
de celle guerre avait rendu le phénicien si 
fonimiin^ que les scïldats^ pour l'ordinaire ^ 
en $e s«duanl, ne se servaient pas d'autre bn- 
gw^, 11 fut donc loué tout d'une voi\ ^ et il se 
retira coinMé d'éloges. Vinrent ensuite des 
tadi\idus de chaque nation» lesquels, par 
recoanab^nce p«>ur les bienlailsqu'ils avaient 
reriift de Genoon^ demandaient qu'on lui fit 
gràre 9a moins des supplices. Comint* ils par- 
bûcjjt fous ensemble et chacun eu ^a lan^jur, 
on n Va lendit rien de ce qu'ils dis^iient : mais 
dés qu'on commença à entrevoir qu'ils priaient 
qu'on épargnât les supplic4^s à tjcscon , et qutî 
quelqu'un de l'asseniMéeeùtcriê, frappe! frap- 
pe l CCS malheureux furent assommés à coups de 
pierres , et emportés par leurs proches comme 
des gens qni auraient été éf^or^i^és par des hûtes 
féroce», I,^ soldats de Spendius se jettent en- 
$>iiilei»ur ceux de Gescon, qui étaient an nom- 
bre dVnnron sept cents. On les mène hors des 
relniiclicnaens ; on les conduit à la tête du 
camp I 0ti d^obord on leur coupe les maiui» en 



coniTuenrant par Gesion* cet homme qu'ils 
mettaient peu de temps auparavant au dessus 
dt^tous les Carthaginois, qu'ils rcron naissaient 
avoir été leur protecteur^ qu'ils avaient pris 
pour arbitre de leurs difîerentls; et adirés leur 
a\oir coupé les orcilh^s, rojrqm et brisé Icîj 
janibes, on les jeta tout vifs dans une fosse. 
Cette nouvelle pénétra de douleur les Cartha- 
trinoîs : ils envovérent ordre à Amilcar cl à 
llainron deniurir au secours et à la v«*ngeance 
de ceux qui avaient été si cruelli-miMit massa- 
crés. Ils dépéi^ïiérent encore des hérauts d'ar- 
mes |Miur deniand(T a ces impies U^ corps* 
morts. Mais loin de livrer ces corps, ils me- 
narérerit qu*' li'S premiers dé[mtés ou liera uls 
d'arnn*s (juVm leur enverrait, seraient traités 
f<inime l'avait été Cies4-on. En *'ITet, cette ré- 
solution passi ensuite en loi, qui portait que : 
tout Cartlia;j:inois, que Ton prendrait^ per- 
drai! la vie dans les supplices, et que t«mt allie 
des CcU^thag'irïois leur serait renvové lesmaiîis 
coui>ées; et cette loi fut toujours observée à la 
rigueiu". 

Après cela , u'est-il pas vrai de* dirt! qui^ si 
le corps humain est sujet à eertaiits maux qui 
s'irritent quelquefois jusqu'à devenir incura- 
bles, l'i^me en est encore beaucoup plus sus- 
cei>tibte? Comme dans le corps il se forme des 
uh'éres quelps ^eméd^^.^nvrniment , cl dont les 
remèdes ne* font que hâter b*s progrés > et qui , 
d'un autre coté, laissés à eux-mêmes , ne ces- 
se n t d e ron ^c r le s pa r I i vs \ oisi j w s j us» [ u'à ce 
qu'il ne reste plus rienadévorer: demémejlans 
l'ame, il s'élève certaines vapeurs mali|(nes^ 
ils'v fîïisse certaim* corruption, qui porte k^ 
honnnesàdesexcés dont on ne voit [vas d'exem- 
ple |varmi les animaux les pUis féroces* Leur 
faites -vous quelque gr."ice? les traitez -vous 
ave<^ douceur? C'est piéf^eel artilice, c'est ruse 
pour les tromper. Ils se détient de vous, et 
vous haïssent d'autant plus, que vous faites 
plusdVfforts ptmr Icsgajîncr, Si l'on se raidit 
contre eux, et que l'on oppise violence à vio- 
lence, il n\»si point de crimes, point d'atten- 
tats, dont ils ne s< lient capables de se similler; 
ils font gloire de leur audace, et la fureur les 
transporte jusqu'à leur faire perdre tout sen- 
tiiu<?iit d'humauiti;, Les» mœurs déréglées et la 



4t HISTOIRE GÉNÉRALE DE 

mauvaise éducation otit snns doule^ratiJo pari 
à CCS horrihips di^sordres ; m h bien des elif*- 
sescoiilrilnientrorore à produire dans rhoin me 
relie dî?ipoMtion. Ce qui N*niblev roulribuer 
da^antiige, rcsonl les mauvais Irailemens et 
ravarîce des chefs. Nous en avons un triste 
exemple dans ce ipii s^est passe pendant (ont 
le cours de la guerre des êtrangrers , et dans la 
Conduite des Carthaginois à leur égard . 

CHAPITRE XVIU. 

noUTf) cniUmi do Canbaginoi». — Sl«ffe de CârUiMe pir Ici 
♦triDitrr^ — Sccoor» que Hi^roii fcNirnit à i^Ue TîUe. — Fidé- 
IM de» lAB^M i «M éirard. — F«inine borriWe iim le c«Bi^ 
des émncen , «ri dcaMikdem la paii. ~ Trompés, ib repreo- 
ami ki armes, sont dérilt$et uM^ en pièces,^ Siège de 
TuBif où Anciib*! e^l pris ripeiK^u, — D«i«ilk d^isîte^^Lt 
Sârd«ifDe c.Mtt âui RoraaiOÂ. 

AmUcar ne sachant plus comment réprimer 
PiUdAee effrénée de ses ennemis , se persuada 
qu'il iiVn ^ iendrail à iwnit , qu'enjoignant en- 
semble les deuit armées que les Carthajirinois 
avaient en campagne . et quVn extermioaut 
entière mont ces reK'Ilcs. C'est |KRirquoi, avant 
fait veoir Ilannon, tous ceux qui s*opp*)sèrent 
à ses armes furent passés au fil de l'éjHM* , et il 
fit jeter aux bétes tous ceux qu'on lui amenait 
prisonniers. Les affaires des Çarlhafjinois com- 
mençaient à prendre un meilleur (rain, lorsque 
par un revers de fortune étonnant , elles re- 
tomlxTciit dans le premier état. Les généraux 
furent à peine réunis, qu^ils se brouillèrent en- 
t4^mble ; et cela alla si loin que non seulement 
ils pi'rdirenldesw'casions favorables de K^tlre 
l'ennemi I mais qu^ilsluidonnérent sou veuf prise 
Sureux,Sur la nouvelle de ces dissi^nsions, les 
magistrats en éloignèrent un , et ne laissi^renl 
que celui que Ta rmw' aurait choisi, thitre cela 
les convois qui venaient des endroits ijo'ils nji- 
pellenl les Emp<.»rt*es, el sur lesquels ils IVii- 
saienl beaucoup de fond, tant |>our les livres 
pour que les autres munitions, furent toussub- 
mergés par une teraj)éte ; outre qu'alors Pile de 
Sardaignc, dont ils tiraient de grands secours ;, 
a^était soustraite àleurdominatron. Et ce qui 
fut le plus fâcheux^ e^^est que les babitaus 
d^Hippoue-Zar} te et d^l>tique « qui seuls des 
peuples d^ Afrique aTâient s^ »utenu cttf f' ^«Tre 
if fc TiffUiitr j q«i ûyum\ i^u kium iIh t«mp« 



LA RÉPÏBLIQIK R05LUNE, (A r. mj 

d'Agalhocles et de l'irruption des Romain» J 
et n'a vnien; jamais pris de résolution contraire 
aux intérêts des Carthaginois, iK*n seulement 
les aliafidonnérent alors et se jetèrent dans l6 
parti des Africains , mais encore conçurent 
{K>ur ceux-ci autant d'amitié et de confiance ♦ 
que de haine et d'aversion pour les autres. Ils 
tuèrent et précipitèrent du haut de leurs mu- 
railles eniiron cinq cents hommes qii^on avait 
envoyés à leur secours ; ils firent le même 
traitement au chef, livrèrent la ville aux Afri- 
cains, et ne \nu!urent jamais permettre aux 
Carthaginois , quelque instance qu'ils leur en 
fissent , d'enterrer leurs morts. 

Mn thos et Spendius , après ces événemens f 
portérc*nt leur ambition jusqu'à vouloir met- 
tre le siège devant Carthapre même. Amilcar 
s'associa alors dans le commandement iinni- 
lïal , que le sénat avait envo\é à l'armée , apré^ 
que llannon en eût été éloigné par les soldats, 
à cause de la mésinlelligence qu'il y avait entre 
les généraux. îl prit encore avec soi Xararase, 
et accompagné de ces deux capitaines , îl fia! 
la campagne pour couper les vivres à Mathos 
et à S|}endius, Dans cette expédition , comme 
dans bien d'autres , Naravasc lui fut d'une 
extrême utilité. Tel était l'état des affaires par 
rapport aux armées de dehors. * 

Les Carthaginois serrés de tous les ciVtc^ , 
furentoblîgés d'avoir recoursaux \ illc-s alliées. 
Hiéron, quia>iiil toujours l'o-îl au guet pen- 
dant c<»tte guerre , leur acc(»rdait tctut ce qu'Us 
demaodnientde lui. Mais il rcHh>ubla desoins 
dans cette occasion , voyant bien que, pour s<^ 
ntaintenîr en Sicile el se conserver l'amitié des 
Romains, il était de son intérêt que les 
Carthaginois eussent le dessus . de pt*ur que h^s 
étrangers prévalant ne trouvassent plus d'tdis- 
tactes à l'exécution de leurs projets, en quoi 
l'on doitremarqucT sa sagesse et sa prudence |^ 
car c^esl une maxime qui n\*st pas a négliger: 
de ne pas laisser croUre uuepuissanre jusqu'au 
jïoint qu'on ne lui puisse contester le^ choses 
même qui nous appartiennent de droit. 

Pour \(^ Romains , exacts obsenateuni du 
traité qu'ils avaient fait avec les Carthaginois, 
ils leur dotmérenl tous les secours qu'ils pou- 
TiÎMii «ouhidttr.. quui^ d*abord ces deui 





U\*BE I". — CEAPITRE XVIU. 



% 



eu quelfoes faaèlèi enscmUey 
ks CMtkttfiiiob avaient traité 
qui passaol tiluiie en 
Un^m portaient drs fÎTnsi leurs cDDeniis* et 
iiîrOB cinq rrnts en prisi^n. 
Cb htwÈJÎff^ «raieot fort déplu aux Romains. 
CepfJant comme les CarthagiDois rendirent 
k hmmt mràcc ces pi tM>nfu«*r$ aux députa 



r- 






afsil envovès , tk ga^oêrenl idk- 
îâè im BûînaaiD^ que ceux-ci, par 
■ fQooaoBMHMa^leiir femiient tous le$ prison- 
H mewB^VÊmmia^ lailssBr eux dans la guerre 
1 ètSiÂf H qvî leiu-èiaienl restés* Depuis ce 
f^lk kl lomaiBa se portèrent d^ui-mt^- 
à kor mâmàÊÊ loulce qu ils dciuandaîent. 
Ib perarimil à leurs attarcbands de leur por- 
to \m pffuiiiiuui Béeenatces^ et dèrendireut 
àk«n«Mienm. Quoique lesétran- 
fVfuliéi es Sardaîgae les appelassent dans 
ttta^tbn'rii rouluretit rien fairt*; et ils 
Cdcles au traite, jusqu'à n'fustT 
dTli|ua pour sujets, quiiiqu^ils vinssent 
^^mm-mÊÊma m suunelire à leur domination. 
Tm» cei n c puim mirent les Carthaginois en 
tel et ééfc mil i leur ville contre les efforts de 
HMhaadde Speudios, qui d'nilleurs étaient 
pour le moins qu'assiégeans; 
ka réduisait à une si j[;nuide di- 
, qu'tb fiirenl obligés de Icrcr 



après, ces deux chefs des re- 
l'élite di»s étrangers et 
lesquels était Zar\as et le 
it f ce qui faisait en tout 
■0 bomnies , ils résulurenl de se 
tattipagne, de serrer l'ennemi 
on il irait, et de Tobserver. Us évi- 
\, de peur des élépbans et de la 
de Naravase^ mais ils tâchaient de 
ki ppg u ie r» les lieux montueux et les 
Ib ne cédaient aux Cdrlhajsitiois ni en 
baediesse , quoique faute de sa- 
dn* Iê fmrm ils fussent souvent vaincus, 
Ôa TÎI sdon i\me manière bien sensible coni- 
bieu uae expérieoce , fondée sur la science de 
r, remporte sur une aveugle et bru- 
da h pierre. Amilcar. Uintôt attj- 
éa feor aoiiêe à i'coiri , ^ 




M 

contme un habile joueur p IVQfemiait dt 
tous côtés et la mettait en pièces \ tantôt • 
basant semblant dVn ^milotr à timte rannee^ 
il conduisait les uns dans des embuscades qu^ib 
ne pré%'ovaient [lotnt, et tombait sur les autres^ 
de jour nu de nuit, Iars4|u^ils s\v at1eud«ue0t le 
motus , et jetait aux bètes tout ce qu^il fainll 
sur eux depriwouiers. In jour enfin que Fou 
ne pensait point à lui , sVtant venu camper 
proche des étrangers , dans un lieu fort com* 
mode pour lui et fort désavantageux pour eux, 
il les serra de si près que , n^osant combattre 
et ne pouvant fuir k cause d^un fossé et d^un 
retranchement dont il les avait enfermés de 
tous ciités, lis furent contraints, tant la famine 
était grande dans leur camp, de se aiauger les 
uns les autres , Dieu punissant par un supplice 
é|^l Fimpieetl^rbare traitement qu^ils avaient 
fait à leurs semUables. Quoiqu^ds o^osassent 
oî douner bataille , parce qu^ils vovaient leur 
défaite assurée et la punition dont elle ne 
manquerait pas d^étre suiTie, ni parler de com- 
position, à cause des crimes qu'ails avaient à se 
reprocher, ils soutinrent cependant encore 
quelque temps la disette affreuse où ils éiaîeni, 
dans Fespérance qu'ils ret^evraient de Tunis 
les secours que leurs chefs leur promettaient. 
Mats enfin n^avant plus ni prisonniers , ni «es- 
claves à manger, rien n^arrivant de Tunis , et 
la multitude commençant à menacer les i hefs, 
Àutarite , Zarxas et Spendius prirent le parti 
d^aller se rendre aux ennemis , et de traiter de 
la paix a^iTÂmilcar. Ils dép^Vhêrent uti héraut 
pour avoir un sauf-nmduit , et étant venus 
trouver les Carthaginois, Amilcar fit avec eux 
ce traité : « Que les Carthaginois choisi niient 
» d'entre les ennemis ceux qu'ils jugeraient à 
» pro|K)s , au nombre de dix , et renv (Traient 
)> tous les autres, chacun avec son habît. >> En- 
suite il dit : qu'en vertu du traité il choisissait 
tous ceux qui étaient présens , el mît ainsi en 
la puissance des Carthaginois Autarite , S]>eô- 
dius et les autres chefs les plus distingués. 

Les Africains, qui ne siivaifnl rien des con- 
ditions du traité , avant appris que leui*s chefs 
étaient retenus, soupçonnèrent de la mauvaiso 
foi, et dans cette pensive coururent aux armes. 
Mê éUu9JUl ÛW daiii un Mra <iu' oa ^pp^Ue in 



U HISTOIRE GÉNÉRALE DE 

Ihrhr, parce iiiie , par sa li^airt-, il roîïseiiilile 
as*»or à rK inslramt^nt , Amikar les y *»nvt'- 
lopjMi u4teinenl île sest4é|)haiiî4 et de t«*ule Tar- 
niée , qu'il ne sVo sauva pas un seul , et ils 
Haieiil plus de quaraolc mille. C'est ainsi qu'il 
rekna unes4^eonile fins les espéra nées des Car- 
Iha^hiois, qui dèst'spërakuil déjà de leur sakit. 
Ils ballireot ensuite la rampaarius lui, Nara- 
^,isp et Anuibal , et les Afrkaiiis sc^ reuilireut 
d\»u\- mêmes. 

Maiires «le la idupart dos villes * ils tinrent 
è Tuiiis a?>iéfrrr Mathi>s. Atmikil prit ^m 
quartier au eùtc de la ville qui regardait Car- 
llirija^e . lU Aniilear le sien au cAté opposé. En- 
suite , avant ronduît Spen<lius et les autres 
prisijnnters auprès des nmrîûlks , ils les firenl 
attarher â (l**s rroix , à la vue de toute la ville. 
Tant (rheui*eu\ succès endoi mirent la \ igilancc 
dMiuiibal , et lui firent négliger la irardc de 
son ranip. Mathos ne s%n fut pas plnUU aper- 
eu , qu'il tomki sur les retnmrhemens , tua 
grand nombre de Carthaginois, chassa du camp 
l*nite Tarmèe , s'empara de tous les barges , 
et lit Annibal lui-même priscMini'*r. On mena 
aussitôt ce jrénéra! à la eroi^ où Speudiiis était 
altaehè* Là on lui lit stmffrir les supplic**s les 
[dus cruels» etaprès avoir dêlatbe Spi^ndius, on 
le mil à si place, et on ègorf^ca autour «lu corps 
dr' Speodin^ï trente dt^ principaux Carthagi- 
nois, comme si ki fortune nVùï sustiïè rettc 
guerre que pour foiu-tûr tour à U:uv au\ deu\ 
armées des ocivisions éi latiinles ile s«^ venger 
Tune deTautre. Amiicar, à cause de la distance 
qui était entre k^ deux camps , n'appril que 
tard la sortie que Ma thos avait faite , et après eu 
avoir été informé , il ne ( uurut ps p«»ur cela 
au secours ; les chemins étaient trop dilTicilis ; 
mais il leva le camp, et, cètovaut le Macar, il 
alla se jH>sler â Temlioucliure de **e fleuve, 

Noavelk: cnnsternatifui chez les Carlliagi- 
noLs, nouveau désespoir. Ils commençaient à 
reprendre courage » et les voilà retomlK*s dans 
k'S mêmes embarras , qui nVmp^khérent ce- 
pendant pasqu^ils ne travaillassent a s'en tirer. 
Pour faire un dernier effort , ils euvouTcnt â 
Anitk^ar trente sénateurs, le général Ifannou, 
qui avait déjà comuiandé danstrlîr l ii' rre, el 
tout ce qu il leur rc^Uil d'liQiupJv> t ii âge de 



LA BÉPIRLHJLE ROMAl>ÎE. rA. t\»a.|| 

porter les armt^, eu recommandant aux âi'na-| 
teursdVssaver tous lesniovensde réa>ni ilier en- j 
semble li?s deux généraux, de les obliger à agir^ 
de concert . et de n'avoir devant les yeux qu«| 
ta sitivition où m* trouviiit la république. Vprt» 
biendi^ronfèrences.enlin ils vinrent à l>out de 



I 



reunir ci^ deux capitaim^, qui, dans la suite, 
n'agissant que dans un même esprit , firent tout J 
réussir h simhait . Ils engagèrent Mathos dans 
qnautitéilepiqîlsconibats, tantôt en lui dressant 
des embuscades, tantôt en le poursuivant, soit 
autour de Lepta, S(>it autour d^autres villes. Ce 
chef, se voyant ainsi harcelé, prit en lin la reso- 
lution d'en V enir à un combat généra! . Les Car - 
ihaginois, de leur côté, ne scmhaitaut^icnavtr 
pl^s d'ardeur : U^ deux [vartis appelèrent à 
cette liataille tous lf*urs alliés, et rassemblèrent 
dt*s places toutt^s leurs garnisons , comme de- 
vant risquer le tout ptmr le tout. Quand ou se 
fut disposé, on t ouv int du jour et de rheure, 
et on en vint aux mains. I>a victoire se tourna 
du côté dt*s Carthaginois. 11 resta sur le champ 
de Ikitaille graml nombre d'Africains ; une 
parlie se saïua dans je ne sais quelle vHle, qui 
se rendit {k'u de temps après , Mathos fut fait 
priMUinier ; les autres prîtes de T Afrique se 
soumirent aussitôt. Il n\v eut qu^Hîp|Mine-Za- 
ryle et Ttique qui , sV'tant, dés le commence- 
meni Je la guerre, rendues indignes de [virdon, 
refusèrent alors de se simincttre ; tant il est 
avantageux, même dans de pareilles fauti-s, de 
ne p>inl passer certain«'s twirnes , et di* ne se 
|Kïrter jkis â des excès imprdonnables 1 ilats 
llannon ne se fut ps plutôt présenté devant 
Tune , et Amilcar devant Tautre , qu\*lles fu- 
rent contraintes dVn psser pr tout ce qu^ils 
voulurent. Ainsi finit cette guerre , qui avait 
fait tant de mal aux (Carthaginois , et dont ils 
SI' tirèrent si jjlorieusi^roent , que non seule- 
ment ils se remirent en possession de T Afrique, 
mais chàtièrenl encore, comme iU mériiaicDl 
dVHrechîUiés, les auteurs de la révolte, car celte 
guerre ne se termina que pr k^ honteux sup- 
plices que la jeunesse de b ^ ille lit Mmffrir a 
Mathos el â s<*s trouiies le j*»ur du Iriompke. 

Telle ftU la guerre des étrangers contre les 
C lilh lg ili ois, iaquede dura trois ans et quatre 
lioilMfli^irun^ i i: ) eu a point ^ aumuèiBs 




LPTRE II— CHAPITRE 1' 



êi 



pf SMrbf», où Ton ml porte pim loin h 

Arîp H rîropî<'-té, CjOÊomo vers ce lettips-lÀ 

ftafifpnis dr Sarfbt«rii^ èlAteni Teiiu5ï d'eoï- 

Jtoinffrir nrtl<* île aux Romaîu^i, rmix-rî 

mmni le ifc-5S«n d% pasï^er. Les Carthap- 

«k Irooraiit fart auiuvais , [KinH^ que la 

iptt leur apparitfmaît à plus juste titre . et 

ffmmî à panir reii!^ qui âTaient livre retfe 

[i^liiieaaliT pats^anr*^ , rVn fui assez |N>ur 

Mfr le» KofiBaîns à rléi-lnrer la guerre 

mùrAâgimm^ m préfei^lant que ce n'était 



pas contre les*peuples de Sardat^e que ceux* 
ri faisaient des pré]ianitîrs. mais contre eux. Les 
Cartha^ini»ts qui étaient sortis i*i>mnie par nit- 
racle de la demièn* guerre * et qui iiVlaiinU 
point du t<iut en état de se mettre mal avtx* les 
Romains . r«Vlêreut au teni|»s , et aimèrent 
uiitHix leur abandonner la Sardaîgne , et ajou- 
ter douie cents lalens à la s^unme qu^ils leur 
pyaîetit, que de s\^n?ra^er h siutenir une 
guerre dans les rirconslant^'S où ils élaîenL 
Oite affaire n'eut ps d'autre suite. 



At«*<t«%««««*^««% 



LIVRE SECOND. 



OUPITRE PREMIER. 

ÉM ai fiti« fcécé^evt. ~- Mort a Amilciir . Aidnibil 
^ te» l« iiiiMiwarwrni en uwém*. - Sif'fr «le 
I par W Éibolwttft. — Combat »ntre (rs Él^ieiu rt Ws 

k — Tc«ta la fcHM» laa ftaecwJ*. — l*tef nic<' lîTr^ p? 
■ivH lll|fî«tti , ri rraii»« rn i.Lt-ri4^ par les Étoitni» 
ï des ÉfiJroii>>. 



On a Tm duis le livre préitèttcnt en quel 
tiUfiks BûfnaiDS, après s' être établis dans 
rilaiir^| t>flè reoi à êiablir leurs eonquôtt^s au 
Movi^ amunenl ils |»asserenl en Sicile, et 
k Hkk curenl . au sujet île cette il(% la 
a%rc iHQirthag^iuoIs; cl rouimeiit ils 
èrMU $e faire des années na^ aies , et 
ce çoî Jê|«Miéni$ cesdeuxêlals pembiut tout 
le nDOTi je ncite guerre , qui ehassa les Cai - 
liyfîiic» dr la Sicile et la scmmilltmte aux 
KoiDAiiiiy à reveeptioQ du p\s qui 4)lKM>s;itt 
à Hiéfufi* On a %u encore < oninuMit s'(*st al- 
Imfe b gn^^rre entre les troupes étrangèn^ 
H \ari^blif|uede4larlljage;jus4{u\m les pre 
Djîers CMii forli* leurs e\ct*s, et rc qu^unt pro- 
éuîl /f^ difTerais éTènemens dec-etle Ijurrible 
jusquît la victoire, qui e\lrrniina la 
de» Miditleu\ et lit rentrer les autres 
linir devoir. Passons maintenant à ee qui 
eit laaleiitfaite, sans nous écarter de la brîè- 
irlr i|ue MM nous summes d'abord propos^H^ . 



La guerre d\\frique tenninée, les Cartba* 
^'iuots envoyèrent eu Es-pa^ne une anu«v 
sous la nmduite dMmilrar. fj^tui ri partit 
a>tr Annibîil son liis . âgé pour lors de neuf 
ans, traversa le détroit formé par It^ (olounes 
d'Hercule, el rélablil dans TEspairne les af- 
faires de sa république, IVmlant neuf ans 
qu'il resta dans ee pa\s, il s^uiniit a tlartliaiie 
un grand nombre de [leuples , les uns par les 
arnu\s, k's aulrt'spar les négrK-iations ; enfia 
il li lût SIS jour> d'une manière di^ne de si\(i 
ivreniiers evploils, les armes à la maiu et 
sur un champ de liataitbs «m, avant en tète 
une arnn-e (rés-nombreus*' el trésa^fuerrie, il 
lit di^s pnMli^esdeeoura^^e el de valeiir. Les 
tlarlhaginuis donnèrent ensuite le coinman- 
dénient à Asflrulial;, parent d'Amilcar, et 
I onunandant des f^alères. 

(]e fui vers ce lenips-là que les Romains 
passèrent [wmr la première fois* dans nihrîe. 
Cette e\pé<lition doit être considérée avec 
soin si l'on veiit entrer dans noire pn»jet el 
connaUre bien les progrès vi rétabltsstHnent 
de la domination des Romains. \ uiei donc 
pourquoi ils prirent eeUe résolution: A|ïron, 
roidllhrie, el fils de Pleurale^ avait sur 
terre el sur ni(*r île plus ^fraudes armées 
qu'eussi*nl jamais eues ses prédécesseurs, A 



A 



«I 



HISTOIRE GÊNKR\LE DE I 



P 



force d'argent, Démètrius , père de Philippe, 
pvait gagoé sur ce roi qu^il porterait du se* 
coure âu\ Mvdioniens, que les Êtoliens as- 
siégeaient pour se venger de ce qu^ ils avaient 
refusé de les assot ier a leur république. Pour 
cela, ils avaient levé une puissante armée, 
ei ,^>tant allés eaniper tout autour de !a ville, 
ils eraplo>èreut pour la réduire luutj's sortes 
de maehîues. Di^àMjdionie était aii\ deniié* 
res extrémités, et les assiégés semblaient iha- 
que jour devoir se rendre, lorsque le préteur 
des Éloliens vovant mn temps prêt à expirer, 
dit h si*s troupt^s : qu'a} an l essuvé toutes les fa- 
tigues et tous les périls du siège , il [était en 
droit de demander : qu'après que la ville se- 
rai t em fjor téc^ ,00 lui e'ou G A 1 1 e soi n d u Lu t i u , el 
qu'OD lui accordât rioseriptiou desarmes(14). 
Quelques-uns, maïs surtout ceux qui aspi- 
raient à la même distiorlion , se récrièrent 
sur cette demande, et détournèrent les soldats 
de ricB décider là-dessus avant que la fortune 
ftl conualtre à qui cette faveur siérait due. Il 
fut cepeudaiit réglé que le nouveau préleur, 
qui prendrait la lillc^ partagerait avec son 
prédécesseur le soin du butiu et Tiuscription 
des armes. 

Le lendemain de cette d^ision Jour auquel 
le nouveau préteur devait être élu et entrer 
en charge, selon la coutume dt*s Etoliens, ar- 
rivent pendant la nuit , proche de Mvdionie, 
cent bâtîmens portant cinq mille illvriens^ 
qui, délmr quant sans bruit au point du jour , 
etsVHant rangeas en Italatlle à leur manière, 
sVn vont, partagés en connétablies, droit au 
camp des Êtoliens. Ceu\-cî furent d'aliord 
frappés d'une di*sientesi subite et si hardie , 
mais ils ne rabattirent pour cela rien de leur 
ancienne fierté ; ils comptaient sur le nombre 
et la valeiii de leurs troupes, et firent bonne 
contenance. Ce qu'ils avaient d'infanterie 
pesammi'nl armtV et de cavalerie ( et ils 
avaient Im aucoup de Tuo et de Tautre), ils le 
mirent en liatnille dans la platne à la tète du 
camp. Il y a\ait là i|yelques postes élevés et 
avantageuit; i Is les fi rento<cuper par une partie 
delacaTalerie et des soldats armés h ta légère. 
Mais ceux-ci ne purent tenir contre les Illy- 
riens , qui au prejnier ihoc les accablèrent de 



A RÉP13LIQUE ROMAINE. ta. r. mj 

leur nombre et de leur pesanteur, et menèrent 
ba tant la cavalerie jusqu'aux soldats pesam- 
ment armés des Êtoliens. Fondant ensuite des 
hauteu; sur tes troupes rangées dans la plaine, ' 
ils les reJ\crsèrenl avec d'autant plus de faci- 
lité » que le*s Jlydioniens tirent en même temps 
sur elles une \igourcuse s^^irlie. lien resta une 
grande prtie sur le cbamp de bataille j mais 
on fit un plus ^rand nombre de prisouniers, 
et on S4* rendit maître des armes et de tout le 
bagage. Les Illyriens, après avoir exécuta 
I ■ ord re d e leu r r< n , cha rgéren 1 1 e bu tJ n sur 1 eurs 
iKVitmens, et reprirent la roule de leur pays. 
Ainsi fut sauvée Mvdionie, lorsqu'elle s'y al- 
attendait le moins. 

On convoqua ensuite une assemblée des 
citon-ns , où Ton dis^^uta entre autres choses 
raffaîre de l*inscrîption des armes , et on y 
régla : que l'on suivrait la loi que les Êtoliens 
venaient dV^tablir, en sorte que rinscription 
des armi^ serait commune, et au préteur qui 
était ac(uellei|ieul en cbarg<^ , et à ceux qui [c 
seraient dans la suite. La fortune montre bien 
ici quel e^tson [Kimoir sur k's choses humai- 
nes» en favorisinl tellement les Mydioniens, 
qu'ils cou\ rent leurs ennemis de la même in- 
famie dont ils s'attendaient à être eux-mèmi*s 
couverts , et la défaite inopinée des Êtoliens 
nous apprend : que Ton ne doit pas délibérer 
surPavenir, comme s'il était déjà présent; 
qu'il ne faut point compter par avance surdes 
chosi*s qui peuvent encore changer ; et qu*ê- 
tant hommes, nous devons en toute occasion , 
mais surtout dans la guerre, nous attendre à 
quelque événement que nous n^aurons pu 
prévoir. 

Au retour de la flotte , Agron sVtant fai| 
faire par les chefs le récit du combat, fut 
dans une joie extrême d'avoir ral>aissé la 
fierté des Êtoliens : mais s'étant adonné au 
vin et h d'autres plaisirs semblables, il y ga- 
gna une pleurésie, qui le mit en jm^u de jours 
au lomWau. 

Le royaume passa entre les mains de Tenta 
sa femme , qui confia k ses amis l'adminis- 
tration des affaires. Celle reine, suivant les 
habitudi'S de légèreté de son st^xe , ne pen- 
sait qu'à la \ictoire ques^^s sujets venaient de 




Uï mj ^.y-j.^,-^ LIVRE II,— 

laporler. Sans égard pour les éUte voisins, 
Jtjrniut d^aliord à s»»» sujets de m* livrer à la 
ynlerîe. £n«>uile avant êqyijpé une ilolle^ et 
Iné une araièv aus^i nomlireiise que la pre- 
wàtp elle exerça do cùle el d'autre, |mr ses 
Ltut, iaules sortes dliostilités. 
Rléopfi et les Messêniens rurent les pre- 
à i^eii re&seutir. Janiaiiiees deu\ pays 
l'étaient en repos ni en sûreté coutre Ir^sj lUy- 
mA^ ^t^^i^M^ la cùle étant fort étendue , et 
U^ viUesdool iUdepcndent , Lien avant dans 
bXfVTï^^ /«ïMMrours qu'ils eu pouvaient tirer 
Hveiit trop faibles ol trop k^nts pour einpiV 
ém la descente des lllv riens , qui par atte 
Mm fondaient sureusLsans erainte , et met- 
ii«l tout au pillage. Ils avaient pousLsé un 
)wrjiisi|a''à Fbéniee, ville d^Épire, pour y 
cbrtkerdes vivres. Là s^abuucliant a\ec tles 
(ianloij qui y elaient eu ganuson, à la s*jlde 
J« E);lrc>les^ au nomhred'environ huit cents, 
U prirenl îi^«; eux des mesures pour se ren- 
dre maitrr» de la ville. Les Gaulois donni'nt 
tl» miiiif an conaplot ; les lllyriens font une 
kmeoie, emporlenl la ville dVissaut, et sV*m- 
fveal de tout ce qu^ils y trouvent. A cette 
awelleles Épirotesse mettent sous le» armes, 
itrifteà l'bènjce, ils campent devant la ville^ 
i^M défaut eux ta riniêrc^ et puur (Hre plus 
liiftMé O^enlévent les planches dupont qui 
cM èoRis. Sur Tavis qu'ils reçoivent ensuite 
foe âkardilaule arrivait [lar terre à la tiHe de 
doq mille llljTÎens , qu'illaisail tiler parles 
4èlr0ÎU c{m Miut proche dMutigonée , ils en- 
TCMcnl un dèUcbement à la garde de i ette 
%iUe, et du reste se tranquillisent, font bonne 
rjbéreaux dépens du p^iys, et ne sVmbarrassenl 
fia da srn ïce du camp. Les lllyriens avertis 
fUf lei £|iîrolè9 avaient divist' lt*urs forces, 
H que le aen'ice se faisait avec nonehalance, 
partenl de otiit, jettent desplanehes sur le pont, 
pMKBldeiias, puis s'emparant d'un |[K>ste 
afiiiilagniA ila demeurent là jusqu^m jour. 
JUors 00 se met de part et d'autre en bataille de- 
fm^riUe* i^Épirutes sont défaits. Un en tua 
mpmdiiomhre^beaucoup plus furent faits pri- 
fomtan^/le rciie se sauva che^î les Atinlaniens. 
Apréê Civile défaite, ne voyant plus ehcje 
QK^mémes de quoi se soutenir, ils dépulérent 



CHAPITBE l'^ V n 

^ aux Étoliens et aux Aehéenspour les supplier 

de venir à leur secours. Ces peuples touchés de 
conii"Kïssion se mettent en nmrclje, et vont à 
Ilêlicranc^ là se rendent aussi les Mh riens 
qu'avait amenés Skerdilaïde, et qui s'étaient 
emparés de Phénice. Ils se postent auprès des 
Eioli(*ns et des Aehéens dans le dessein de leur 
donner bataille. Mais outre que le terrain était 
désavantageux, ils reçurent de Teula des let- 
tres qui les obliffeaient de revenir incessam- 
ment dans nilyrie , parce qu'une partie de ce 
royaunu* s'était limrnée du ç6lc des Darda- 
ni eu s. Ainsi après a\oir ravagé rÉpire^ ils 
firent une trêve avec les Epi rotes; leur rendi- 
rent, avec la \ illede Phénice , ce qu'ils avaient 
pris sur eux d'honunes libres, pour une 
somme d'argent ; et ayant chargé sur des l>ar- 
qu4*s les esriaves et le reste de leur liagage, les 
uns se mirent en mer ^ hs autres, que Skerdi- 
lajde avait amenés, s Vn retournèrent à pied 
(varies défilés d'Anligonée, Cette expédition 
ré|»andit une extrême frajeur parmi les Grecs 
*pii habitaient le long de la côte. Auparavant 
ils craignaient pour leurs campagnes; mai» 
depuis que Phénice , la ville de tout TEpire la 
plus forte et la plus puissante, avait passé sous 
d^mtres lois d'une façon si extraordinaire, ils 
crurent qu^il n'y avait plus de silrelé ni pour 
eux-mêmes ni pour leurs villes. 

Les Épirotes remis en lik^rté, loin de se 
venger des lllyriens , ou de marquer leur re- 
connaissaïuT aux états (|ui les avaient swou- 
rus, envoyérejitdesamiïassadeurs à Teuta, et 
dcîconcert avec les Ac^rnauiens, firent alliance 
avec cette reine, allianreen verlude laquelle 
ilsprirentdans la suite les intérêts des lllyriens 
contre les deux peuples qui les en avaient déli- 
vrés ; aussi grossièrement ingrats à l'égard de 
leurs bien faileursj qu'il s avaient auparavant été 
peu habiles à se conserver Phénice! Que nous 
tonibions quelquefois dans des malheurs que 
nous n'avons pu ni prévoir ni éviter , cV'st une 
suite de Fluitnanilé; nous n\m sommes pas 
responsables; on en rejette la faute ou sur la 
forUint*, on sur <pielque trahison; mais quand 
le péril est évident et que rim n'y tombe que 
faute de jugement et de prudence, alors on ne 
doit s'evn [irendrequ'à suiinéine. In revers 







lyE^ÉXALE M 




A» SIM !««$ 1» sa fnftw 




cikvrrrKC u. 




Lk lÈPTBLIQlE ROMAINE. n c «io 

ymr s^aoT dan^ rdle \ jIIp , il sV»ii dôUcba de* 

h Bi>tU* plusitnirs, qui n>urant sus awï itiar-^ 

ckands^ |Mlbt4>nt, tuaic^nt et pmntcûaieDt des" 

prcsomiicrs. D^abord le sî»tial ne fît p^ f^^ninf 

fOti|ile des plnintcs qu'un lui porlait eotitlt^ 

c» pirates, 5!ais akirs ers plaiiiles deveimn^ 

phis fréquentes, il envoya on ïlIvrieCaïus e#< 

Larius Coruucanius ]Kiur s^as^ïurer dv^ MisM 

Oaani Teula % î t . au retour de $es \ aisseaux , li« 

et la beauté dvs eflTels qu^ils a>aionii 

d** l*beaiee, ^ille alors la plus riche» 

ftb plus ik)rûicginte Je rÉpire . ( ela ne fit quds 

passion qu'elle ;ivail île sViirtrlifiil 

illes dt*s Grées. Les troubles inteslînsip 

son profire royaume était auitê , h reltn-«i 

peu de tenip$; niais AH qu'elle eutsjl 

L'a leitr devoir reuT de ms «sujets quî;i 

révoltes , elle mil le siège devant lssa,m 

tiMe qui refusât de bi retonnaitn\ ^, 

Cefilalnrs qu'arrivèrent les ambas^deuntg 

. Unis Faiidienre qu^m leur donna p|| 

lifEiiirent di*s loris que leurs ni.ireliand^ 

MHilTerts delà part des œrsaires illv-. 

Ld n?iiH* les laissii prier sans b*s inlor-^ 

^ e^ «0f«etani di^ airs de liauleur et di»« 

irf#. Qamnà ils eurent fini , sa rè]Knise fut : J 
ftt*«flle tàrlieniitdVm|W^ber que leur W'publî- _ 
qpK'ii'tHiktiUm la suite sujet de se plaindre de 
jttttro^^auine eu jTiW-nd; mais que eenVtail'^ 
pishiix^ttiue des rois dlllyrie de dèfendn»^ 
à ktvs sujets d'aller en course p4nir leur 
paitirulirre. A ce mot le feu monl» 
à kl léle au plus p'UDC Av^ ambassadMrs^ ^ 
ftawrime liberté à qui il ne manqwiit fw^ 
dfkir«»irèlè prise à (irttpos : u Cbez n^ius, mafia- ^^ 
» aie» dil*il» une de nos plus belb^ eauluiiM», ^ 
i r^esl 4le Tenter ea commun les torts liila ^ 
partictdiefs ; et nous feroiLs, s'il plalC ^ 
|)icii\ , eu »orte que vous \4Hts |K>rtit*jr M 
dr voiisHiii^me à reformer U^ cou- ^ 
«II» nm ithriens. » La reine prit ceila %i 
mlfMBie.e^est'Ji-direentri'S'mauvai^ M 
part. Elle m fut tHk^nti'nt irriter* , que, san« ti 
Ir dfuil éiafHia>elle fit poursuiv ri^ || 
Iwrcflui qui lavait offen- t|| 
aé<r, Lè-ABWi les Kfiiay faut des préparatiCi \ 
Jr fvetfe , lèvtiit des tnmpes et èquipeni une ^ 



t 





1 r, m.) 

Aa comnionconimt du prliilem|)s , Teu(a 

^likitrofis^truiri' un plus grnnA nombre do 

IHiaims q\i ^a u p^i ni v a n t , l'ii \ m a rnn \ n* po rlr r 

hieslruelioa dans la Ghtc, Tih* partit* passa 

iCorryre , les autres allèrent iiiouilirr à Èffi 

èmir^ soos prétext** iVy prendre de IVau H 

bTifTCs, mais en f*ffeldansledt*sst*inde sur 

pmdn* U \ îlle. Los ÉpidauiiiieiLS les laissèiTiit 

filrrr itnpnidemnieiit et sans preeaiaûm; ils 

ibor&ealW^liabils relcvi*s, un [Mit dans la main 

TUMBr poorprcmclre de t\Mu , et un poi^uard 

émkl>at^Ils égor^imi h ^arde de la porte^ct 

HfFitiJiflMinlilt maîtres de Pentrèe. Alors des 

accourent promptenient de leurs \ als- 

felon le projet qui avait élepris, et avïX^^ 

«miou^elio^ forces i! leur fut aisé de s'euiparer 

phtf grande partie des murailles. Mais 

, quoique pris à rimprovisti-, se 

arec tant de vigrueur que les Illy- 

ttB, apès avoir long-temps disputé le ler- 

m.fmil obligés deseretinT, La nê^li- 

lîrtirF Je* Êpidamniens dans eelte occasion , 

leor coûl4*r leur propre patrie ; mais leur 

en les tirant du dauja^er, leurïipprit a 

'^-fi-pltis %i^ilauji et plus attentifs à l'avenir. 

Lp$ Ilh riens re|>oussés niireul aussitôt à 

îiHiile,Ha^ant]oint ceu\qui les devançaient, 

bcài|iéf«nl droit à Corevre, v firent lute des- 

*t*l», H eDlreprirenl d\issié;;er cefte ville. 

L^i|wiiiitefut grande parmi lescilovens^ qui 

■f^froTanl pas en état de résister et de se 

AMlOBr uir eax*m^mes , envovéreul implo- 

ffîfiijiliiiii des Achéeus et des Ktolieiis. Il 

1^3 tav^ cAm^me temps des aiiilKissïideurs 

ilpb|ilrtdesApQlloniates ef des Kpidamniens, 

fMfmmiiiS^aLmmvni quVni les secourrtl , et 

fil 'on m» soQfTrU point qu'ils fussent chassés 

A*lrurpa3$par les Mlv riens. Os demandes 

titreol bforaWeiDcnt écoulées : les Achéens 

aniail «rpt rais^auii de {xuerre^ on les équipa 

ArlmApiMôl, et Ton se mît en mer. On (-anq>- 

lait Vm taire le\ er li* siéjare de (lorcvre. Mais 

I» JfffrwnstTant reçu des Acarnaniens sepl 

, en vertu de ralliance qu'ils avaient 

if«e riiï , \ înrent au devant des Achéens» 

H Irar Gfr^etil liataille auprès de Pavos. Les 

4earaac' n'enl en tête les A<'héens , cl de 

c»€dié-Lt ><U fut éfçal ; on se ret i ra d e part 



LIVRE IL— CHAPITRE IL 



4d 



eld^aulresans s'être fait d'autre mal que quel- 
ques blessures. PourlesMh riens, ayani lié leurs 
vaisseanv quatre a quatre, ils approchèrent 
des ennemis. D'aliord il ne semblait pas qu'ils 
se souciassent fort «le se défendre. Ils prêtaient 
même le (la ne, comme pour aider aux enne- 
mis a les kiltre. Mais quand on se fut joint, 
l'embarras des ennemis ne fut pas mi'^diocre, 
accniehés (pi'ils élaîenl par ces vaisseaux liés 
ensendde, et suspendus aux é|wronsdes leurs. 
Alors les I lly riens sautenl dessus les |>4jnts des 
Achéens, etiesaccablent deleurgraml mmibre. 
Ils prirent qualre g^aléres à quatre rauj^fs, et en 
ccmiérent à fond une de cintj rangs avec tout 
réqnipage. Snr c<dle-ci élait unCér\nien nom- 
mé Marcus, qui, jusqu'à cette fatale jour niM*, 
s'était aequillé en\ers la république de tous 
les devoirs d'un evcellent citoyen. Ceux qui 
avaient eu affaire aux Aearnanîens, voyant 
que les 1 lly riens avaient le dessus, cherchèrent 
leur sabU dans la légèreté de leurs vaisseaux, 
et poussés par un vent frais, arrivèrent 
chez eux sans courir de risque. Cette victoire 
etilla iK'aucoup le courage des Illyriens ■ mais 
autant elle leur donna de facilité à conti- 
nuer lesiéïje de Corcyre, autant elle ô ta aux 
assiégés toute espérance de le soutenir avec suc- 
cès. Ils tinrent ferme que) tpK^ jours, mais en- 
fin ilss'accommodérent , et recurent garnison, 
et avec cette garnison Démétrius dePharès. 
Après quoi les Illyriens retournèrent à Épî- 
damne, et en reprirent le siège. 

C'était alors à Home le temps d'élire les 
consuls. Caius Fulvius ayant èlé choisi, eut 
le comniandement de l'armée navale, qui était 
de deux cenis vaisseaux; et AulusPosthuraius 
son collègue , celui de l'armée de terre. Caius 
voulait d'aliord cingler droit à Corcyre^ 
croyant > arriver à temps iKiur donner du 
secours ; mais quoique la v il le se fût rendue , 
il ne laissa pas de suivre son premier dessein, 
tant poui* connaître au juste ce qui s'y était 
laisse, que pour s'assurer de ce qui avait été 
mandé k Htmie par DénuHrius qui ^ ayant été 
desservi auprès de Teuta, el craignant soû 
ressent imeni , avait fait dire aux Romains 
qu'il leur livrerait Corcyre el tout ce qui élait 
en sa disposition. 



4^ HISTOIRE GÉVÉMLE DE 

mauvaise éducation ont sans doule i^ninilt^ pari 
à ces horribles diVsordres ; mis hm\ de* cho- 
ses ronlnlmrnl encore a prodtiîred ans Thomnir 
relie dispVilion. Ce qui semble y ronlrilRier 
davantage, ee sont les mauvais Iraitenieni* el 
Pavarice dos chefs. Nous en aïons un iriste 
exemple dans ce qui s- est passe pendant ton! 
le cours de la puerre des étrangers , et dans la 
conduite des Carlbaginois à leur èprd. 

CHAPITRE XVÏir 

tVcmvfl embAms des CârtlMgmou.— Sté«e de CftrtbAge p«r tes 
é*r*D(ttrs— Secours qup Hi^ron fouriiHàcrtle rîlkv — Fldé- 
HM ém RmbhIm à «on f ffird • Famine horrible d«f» le ctnip 
été élraïf en » qai demandant la p^ii , — Trompe^ » ib repren- 
MOI Ifs trmn, soni dd^Faïuel Ui lés en pièee».— Si^^e de 
• «è AonibiJ et>l pris et pendu. — Uêiêiïk décvive. — L« 
S cédée aui RomaïQS. 



Afutlear ne sachant plus commenl réprimer 
Faudace effrénée de ses ennemis , se persuada 
qu'il u%'n i tendrait à bout . quVn joignant en- 
semble les deu\ armées que les Carthaginois 
avaient en campaji^ne , et quV^n exterminant 
entièrement ces rebelles. C\'st|M>nrquoî, ayant 
fait venir Hannon ^ tous ceu\ qui s** apposèrent 
à ses armes furent passés au fil de IVpée , el il 
fit jeter aux bêles tous ceux quVm lui amenait 
prisonniers. Les affaires des Carthajfinois com- 
mençaient a prendre un meilleur train Jorsque 
par un revers de fortune étonnant , elles re- 
tomlWTent dans le premier étal. Les généraux 
furent à peine réunis, qu'ils se brouillèrent en- 
semble; el cela alla si loin que non seulemeut 
ils perdirent des occasions favorables de batlre 
rcnnemi , maisqu^ilslui donnèrent souvent prise 
sur eux. Sur la nouvelle de ces dissensions Jes 
magistrats en éloignèrent un, et ne laissèrent 
que celui que rarmée aurait choisi. Outre cela 
les convois qui venaienl dt*s endroits qu^ils ap- 
pellent les Eniporét*s, et sur lesquels ils fai- 
saient beaucoup de fond, tant [»our les vivres 
pour que les autres munitions, furent toussub- 
mergès par une lempéle ; oulre quVIors Pile de 
Sardaigne, dont ils liraient de grands secours, 
s^était soustraite à leur domination. Et ee qui 
fut le plus fâcheux, c^'est que les habitant 
d^Hippone-Zarylo èl d'iilîque, qui seuls des 
ptuples d\4.rrique avaient s^juteou cette gui^rre 




LA RÉIHBLIOUE ROMAINE. (A t. sisj 

d'Agathocfes e( de l'irruption des Romains * 
et n*avaieni jamais pris de rés^dulion contraire 
aux intêrèlsdes Carthaginois» non seulement 
les akindonnérent alors et se jetèrent dans le 
parti des Africains , mais eneore conçurent 
IMiur ceux-ci autant d'amitié et de confiance , 
que de haine et d^a version pour les autres. Ils 
tuèrent et précipitèrent du haul de leurs mu- 
railles en^ iron cinq cents hommes qu'on avait 
envoyés à leur set^ours; ils firent le mémo 
traitement au chef, livrèrent la ville aux Afri- 
cains , el ne voulurent jamais j>ermetlre aux 
Carthaginois ^ quelque instance qu'ils leur eu 
fiss4»nt , d'enterrer leurs morts. 

Mathos el Spendius , après ces événemcns # 
portèrent leur ambition jusqu'à vouloir met- 
tre le siège devant Cartba^e même. Amilcar 
s\issocia alors dans le commandement Anni- 
IkiI , que le sénat avait envoyé à Famiéc , après 
que ITannon en l'ût été éloigné par les soldais, 
à cause de la mésintelligence qu'il y avait entre 
les généraux. 11 prit encore avec soi Xaravase, 
et accompagné de ces deux capitaines , il l>at 
la campagne pour couper les vivres à Mathos 
et h S|>endius. Dans cette expédition , comme 
dans bien d'aulres , Naravase lui fui d^une 
extrémeutilitè. Tel était Tètat des affaires par 
rapport aux armées de dehors. 

Les Carthaginois serrés de tous les côtés, 
furent obligés d*a\oir recoursaux villes alliées. 
Hièron . qui a^-ait toujours Tœil au guel pn- 
danlc<*lte guerre , leur accordait tout ce qu'ils 
demandaient de lui. Mais il nNbmbla de soins 
dans cette occasion . voyanl bien que, pour se 
maintenir en Sicile el se conserver l'amitié des 
Romains , il était de son intérêt «fue les 
Carthaginois eussent le dessus . de peur que les 
étrangers prévalant ne trouvassent plus d\d*s- 
lades h l'exécution de leurs projets, en qmû 
l'an doit rt»marquer sa sagesseel sa prudente ; 
car c'eslune maxime qui nVst pas^ népligïT: 
do ne pas laisser cmitre une puissance juMiu'au 
I»oint qu\>n ne lui puisse conlester les choses 
même qui nous appartiennent de dmit. 

Pour les Romains . exacts obsenaleurs du 
traité qu'ils avaient fait avec les Carlhagtnots , 
ils leur donilért^nl touî les secours quMIs pou- 
?ii«( iMbâUvr; qui>iqitc d'ftWr4 ces diU 




U mêê, j LIVRE I *. — CHAPITRE XVIli 

l eu qijf*lciue*» dvrtièlés eiiscinlile , 
que les Carlh^g^innis avairiit (rat té 
ennemis ceux qui passa ul d^ialît; eu 
Afrique portaient des vivres à Irurs etineniis, et 
lli«!ii avaient mii» environ cinq rmls en [>risoïi. 
Ces hostilités avaienl fc^rl déplu auxKumatiis. 
Cependant comme les Cardia fj:inois rendirent 
ée booDc gràee cvs piîsoimiers aux députés 
fu^ûD leur avait envoyés, ils gagnèrent lelle- 
MKni Vanûtîè des Romains , que eeux-d^ par 
teccWMiiBCi, leur remirent tous les prison- 
niers fn^iraienl faits sur eux dans la guerre 
4e SJcÛe, et qui leur étaient restés. Depuis ce 
Imps^là les Romains se portèrent d^^ux-mè- 
mmk leur accorder tout ee qu^ilï; demandaient. 
Hs peraiircnt à leurs marchands de leur por- 
ter les pnmsions néeessaires, el défend ire ni 
«i^en porter à lenrs ennemis. Quoique lesétran- 
fers réfollés en Ssf daigne les appelassent dans 
ttltotte,ibn'rc youlurent rien Hiirei et ils 
illli ml iiyt Cdèles au traité, jusc(U'à refuser 
ctnuL dXb'fDe pour sujets, quoiqu'ils vinssent 
d^eax*néiiics se soumettre à leur domination. 
Tous ces secours mirerit les Carlliaginois en 
élat dcdéfeiidre leur ville conli-e les efforts de 
Valliosetde Spendius, qui d\ii!leurs étaient 
là aussi assiégés pour le moins qu\issiégeans; 
otr Amilcar les réduisait à une st grande di- 
sette de Tivres, qu^ils furent obligés de lever 
le siège. 

Peu de temps après, vvs deux chefs des re- 
belles ayant assemblé Pélile des étrangers et 
ém Africains , entre lesquels était Zar\as et le 
CMps qu^il commandait , ce* qui faisait en tout 
Clllfoaote mille hfmimes , ils rés^durent de sv 
remettre en campagne , «le serrer l'ennemi 
partout où il irait, et de robserver. Ibèvi* 
t les plaines, de peur des élépfians et de la 
aleric de Naravase ; mais ils tâchaient de 
gatBTier les premiers les lieux muntueux et les 
Aèfilèi. Us ne cédaient aux Carthaginois ni en 
prc^ts , ni en hardiesse , quoique faute de sii- 
voir la guerre ils fussent souvent vaincus. 
On vît alors d^one manière bien se^nsible com- 
bien une exp**ricncc , fondée sur la science de 
oammander^ l'emporte sur une aveugle et bru- 

de la guerre, Amilcar^ tantôt atti- 

|Mif tk é^ leur mmce k ïitiveif t4 



4S 

comme un habile joueur , renfermait dé 
tous r<^lés et la mettait en pièces; tantôt » 
faisant semblant d'en vouloir à toute l'armée, 
il conduisait les uns dans des embuscades qu'ils 
ne prévovaient jwini, et tomkiit sur les autres, 
de jour ou de nuit, lorsqu'ils s'v attendaient le 
moins , et jetait aux bétes tout ce qu'il faisait 
sur eux de prisonniers. Un jour eulin que Ton 
ne pensait point à lui , s^étant venu camper 
proche des étrangers , dans un lieu fort com* 
mode prmr lui et fort désavantageux pour eux, 
il les serra de si prés que, nVjsant combattre 
et ne pouvant fuir à cause d'un fossé et d'un 
retranchement dont il les avait enfermés do 
tous eûtes, ils furent contraints, tant la famine 
était grande dans leur camp, de se manger le» 
uns les autres, IJieu punissant par un supplice 
égal Timpie et barbare traite*ment qu'ils avaient 
fait à leurs semblables. Quoiqu'ils n'osassent 
ni donner bataille , parce qu'ils voyaient leur 
défaite assurée et la punition dont elle ne 
manquerait pas d'être suivie, ni parler de com- 
position, à cause des crimes qu'ils avaient à se 
reprocher, ils soutinrent cependant encore 
quelque temps la disette affreuse où ils étaient, 
dans l'espéra uce qu'ils recevraient de Tunis 
les secours que leurs chefs leur promettaient. 
Mais enûn n'ayant plus ni prisonniers, ni es- 
claves à manger, rien n'arrivant de Tunis , et 
la multitude coounen«;ant à menacer les chefs, 
Autarite , Zarxas et Sp<^ndius prirent le parti 
d'aller se rendre aux ennemis , el de traiter de 
la paix a\ec Aniîlcar. Us dépêchèrent nu héraut 
pcmr avoir un sauf-conduit , et étant venus 
trouver les Carthaginciis, Arail*-ar iît avec eux 
ce traité : u. TMe les Cartbagin(ïis choisiraient 
» d'entre les ennemis ceux qu'ils jugeraient à 
» propos, au nombre de dix , et renvtTraient 
n tous les autres^ chacun avec* son habit. » En- 
suite il dit : qu'en vertu du traité il choisissait 
tous ceux c[ui étaient présens , et mit ainsi en 
la puissance des Carthaginois Autarite , Spen- 
dius et les autres chefs bs plus distingués. 

Les Africains, qui ne Sii\ aient rien des con- 
ditions du traité , ayant appris que leurs chefs 
étaient retenus, soupçonnèrent de la mauvaise 
foij et dans cette pensée coururent aux armes* 
lié i'tiU{?Al ^m dans w li^u ^u'vtt ^*l*ék la 




44 HISTOIRE GÉNÉRALE DE L 

llarhc, parce iiiie , par sa û^arv, il rcssciiiblL' 
assez k tiH instranienl , Ainilrar les y eiive- 
lopp Icllenienl île ses êtèplians ni de toiile l'ar- 
miV , f|iril ne sVa sauva pas un seul , et ils 
elaient plus de quarante mille. Cesl ainsi qu'il 
rele\a unesi^onxle fois les espéra nées di*s €ar- 
lliajîiiiuis. qui ilèsT'ipéraient déjà de leur salut. 
Ils battirenl ensuite b eam|iaiîni% lui , Nara- 
\as<» el Annikil , el le.^ Afneains st^ roudireul 
d%uv in*5mes. 

Maîtres île la plupart di^ ailles , ils \ lurent 
à Tuuîs a^sié^er Malhos. Annilïjl prit son 
quartier au eùté de la ville qui reganlait Car- 
thaj^e , et Aniik^ar le si eu au rAté opposé. Eu- 
snile, ajanl eouduil Spendius 4»t tes autres 
prisoimiers auprès di*s nuirailles , ils les tirent 
attacher à des eruiji , à la \ ue Av toute la ville. 
Tant d'heureux suecês cudorniireut la v ig^ilaoce 
d'AnuiliaK **t lui lirenl négliger la garde de 
son camp. Malbos ne s'en fut pas plutôt aper- 
çu, qu'il tundia sur les retrauehemeiis , tua 
g^raud nombre de Carthaginois, chassa du camp 
Inute l'armée , s'empiira de tous les l>3gages , 
et lit Annibal lui-même prisimni* r. Ou nieua 
aussitôt ce général à la croix où Spendiiis était 
attaché. Là ou lui lit siniffrir les supplicias les 
(dus cruels, elaprés avoirdétache Spendius, on 
le mit a sa place, el on égorgea autour «lu corps 
d'? Speudius trente des principaux (larthagi- 
nois , comme si b fortune if ciYt suscité c elle 
guerre que pour fournir tour «à tcur aux deux 
arméc^s des occasions é* latuittes de se venger 
Fime de l'autre. Amtlcar, a cause de la distance 
qui était entre b^ deux camps , n'apprit que 
tard la stirtie que Ma thos avait faite , et après eu 
avoir été informé, il ne courut pis pour cebv 
au !M*cours ; les chemins étaient trop difficdcs ; 
mais il leva le camp, et. cotovaul le Macar, il 
alla M' poster à Tembouchure de ce tleuve. 

Nouvelle consternation chez les Cartliagi- 
nois , nouveau désespoir. Ils eommennuent à 
reprendre courage, et les voilà retomi»és dans 
bs mêmes cndkirras ^ qui nVnnpéchérenl ce- 
pendant pas qu'ils ue travaillassent a s'en tirer. 
Pour faire un dernier effort , ils envoyèrent à 
Amticar trente sénateurs, le gèuéral llannou, 
qui avait ilejii cmninandé dans celte guerre, cl 
Iç^ut ce qu il leur restait d'botumeîi en âge de 



k 



A RÉPIBLIQLE ROMAINE. ia.l.swi 

porter les armis, eu reiximmandaiil aux séiia- 
leurs<ressi ver tous b*s moyens de réconcilier eu - 
semble li*s deux généraux, de les obliger à agir 
de concert . et de n-avoir devant les yeux que 
la situation ini se trouvait la république, XfrH 
bien il<^ conférences, enfin ils vinrent à Iwmt de 
reunirces deux capitaines, qui, dans la suite, 
n'agissant que dans un même esprit , firent tmit 
réussir à Simbait. Ils engagèrent Mallios dans 
quautitéde petitscombat'i, tantôt en lui dressant 
des embuscades, lant*jt eu le |Kmrsuivant, soit 
autour de Lepta, soit autour d'autres villes. lie 
chef, sev(>yant ainsi harcelé, prit enfin la réso- 
lution dVii V cuir à un combat général. Les Car * 
thaginois . de leurciVtè, ne souhaitant rien ave<' 
plus d'ardeur : les deux [lartis appelèrent à 
cette halaille tous leurs alliés, et rassemblèrent 
des places tout(*s leurs garnisons ^ comme de- 
vant risquer le tout ptmr le tout. Quand on se 
fut dis]josé* ou t onvint du jour et de rheure, 
et ou eu I int aux mains. 1^ victoire se tourna 
du cOté des t^arthaginois. H resta sur le champ 
de Ikataille grand nondire d'Africains; une 
p;irtie se sauva dans je ne sais quelle ville, qui 
se rendit jieu de temps après , Malhos fut fait 
prisonnier ; b^s autres parties de l'Afrique se 
Miumirent aussitôt. Il n\ eut qu'Hippone-Za- 
rvle et T tique qui. s'étant, dès le commence- 
ment delà guerre, rendues iiulignt^s de pardon, 
rcfiLsèrcnt alttrs de se soumettre ; tant il est 
avantageux, même dans de pareilles fautes, de 
ne point passer cerlaiïits K^rnes. et de ne m^ 
|R»rter t»as à des excès imi»ardi*nnables 1 Mais 
tiannon ne se fut pas plutôt prmrulé devant 
Tuuc , el Amilcar devant Taulre , qu\'tlt»s tu- 
rent contraintes d\*n psser jiar tout i*e qu'ils 
voulurent. Ainsi finit cette guerre , qui avait 
fait tant de rtial aux Carthaginois , et dont ils 
se tirèrent si glorieusement , que non seule- 
ment ils si^ remirent en possession de T Afrique, 
mais chàliéreni encore ♦ ci»mme ils méritaient 
d*ètre chAliès , les auteurs de la rév olte , t:ar celte 
guerre ne se termina que par b^ honteux sup- 
plices que b jeunesse de b ville lit wiuffrira 
Matfaos i't à s<*s troujH^s le jour du triomphe. 

Telle fut la guiTce des êtraDgers contre les 
Cartlia(riB<»t.%> laquetle dura Inûs ans et qiiatn^ 
muisMCBirirutt^ i cj eu » points aiiiD^iios 



\\%,m UVRE IL — 

Ifef^t^ho, où Von ait porU« plus loin la 
1 htolc et rimpît-lo . Clotnmo \pts n* lomps-là 
IbHranpc^rs ili* Sîirclaî|2rn<* étaînil \ t'im*^ *lVii\- 
lihKS offrit €hHIo ilo aux Konialiis , mix rî 
Iflwrarcnllc dc^ssoîti €l'\ passt^r. Lc^sCîirthap- 
lwisW trouvant Tort m-iuvais, pan*» que la 
1 Ma'ignt* leur apparlcnaïlàplusjuslo titre , vi 
tlsfKv^nl a punir reux qui a^aioiil \î\ tv rtHlo 
llr5^uT\<^ awVro p\iîs*!:innre , c'ea fut asM^z p*mr 
fa*tm\ï\*-^ \o> Komaiiisi à dêrliinH' la ^uorri* 
lUiCarihaginoîs , en prAl(*x*aiil ijui* (i*ii%'*tuîf 



CHAPITRE I r. 15 

pas cou (ro los'ptnqJ***! dt' Sanlaîpu* que c<*u\- 
ei faisaient *1 es préparatifs, mais ooiitre eu\. Les 
Lardiap^iiioîs qui élaieiil sorlis r(niimr par inî- 
rafle de la deriiieVe ^jm^re , v{ qui ii%^taieiU 
poîiil «lu U>ul en elal de se mettre mal avee les 
Romains , rédèrenl au temps , et aimèrent 
mieux leur akuidonnor la Sardaigne , et ajou- 
ter doU2C eents talens à la sonuuc qu'ails leur 
payaient « que de sVnjïa^er â M^uteiiir une 
guerre dans les eirronsianees où ils étaient, 
Lette affaire nVul pas d-aulro suite. 



1 



LIVRE SECOND. 



eWAPITUE PRF.MIKn. 

RècaplobiMia do Uf re prét^^decit. — Mort J'Aniilrar , Asdrtiïiiil 
iuitaBeêée dans te roniiiiiinHemoal d<*ï «rm^»^. — Sh-$c de 
Mydioate par Ip» KioU<<>a^- — Comlidl «.mi ire i*^ Ktolieni et kr*. 
fEÊjtîmm. — PuiMianee ^e li loriutie. — V<jri ilA jjrftii t foi 4on 
niytîaiiii, — Tc«l4 M femin* lui KucciHlf . - l*li^nîci' livrVc par 

On a vu dans te li^ re préiédeul eu quul 
tecup& les Komaius, après s\Mrc établis dans 
rUa\ie,peusèreut à élalilir leurs couquûli's au 
flc^iors; comment ils passèreut eu Sirile, et 
pourquoi ils cureul, au suji^t t\v celle ile, bi 
ffuerreavee les Carthaginoisj et ronuiient ils 
comuwm èrenlk se faire de** armé* s ua\ aies , el 
ire qui se passa dans eesdruvétats pendant t<mi 
le cH>urs de eetle guerre , qui thassa les Car- 
Uiagîuojs de la Sicile et la soumit toute aux 
Bomains, àrexeeptiou du pa}s qui (d>éissîiil 
k Hiêron, On a lu encore comuieul s'est al- 
lumée la guerre cuire les troupes étrangères 
K Va république de (]ar(liage^]usi|u^m les pre- 
miers oui porté leurs evés, el ce fpi\)nl pro- 
duit les différens événemens île cette Lurriblet 
ré\ol(e jus<ju'à la \icloire, qui e\lernnna la 
plupart dt*s swlîlieuv el lit rentrer les autres 
dans leur devoir. Passons maintenant a ce qui 
v\»si hli ensuite, sans nous écarUr de la brié- 
>rté que nous nous sommes d'aburd proj>osée- 



La guerre d^^frîque terminée, lesCarlba- 
giaois en^ obèrent eu Esjjagne une armée 
Muis la e^jnduite d^Vmilrar. Celui ci parti l 
a\ec Anniktd son lits , Agé pour lors de neuf 
ans, IraversîiledétroîL formé par les colonnes 
d'Henule, et rétablît dans TEspagne les af- 
faires ile sa républîipie. Pendant neuf ans 
qU'il resta dans ce pavs, il Mmmît â (larthaiie 
lui grand nombre de [»eu[>les , \vs uns p^tr les 
armes, les autres par les négociations; enfm 
il iinit S4'S jours d^unc manière digne dv ses 
|»remiers exploits, les armes à ta niaio et 
sur un champ de l>ataille, où, avant en tète 
une armée trés-nondneuse el trés-aguercie, li 
(il des pnwliges de eôuragt^ vi de valeur. Les 
Orlhaginois donnèrent ensuite U* coniman- 
demenl à Asdrukil , J)arcnl dMmilcar, et 
conuuandant des galères. 

Ct! fut vers ce temps-Eà que l(\s lioiualns 
passèrent jMmr la première fois dans rillvrîe. 
Cette expniitîon doit être considérée avec 
s^ïin si l'on ve;U entrer dans notre projet el 
connaître bien tes progrés et rétablissement 
de la domination des Romains, Voiei di^ne 
pourquoi ils prirent celte résolution : Agnui, 
roi d^lllyrie, et lils de Pleurale, avait sur 
terre et sur mer de plus grandes années 
qu'eussent jamais eues sc^s priHléccsseurs* A 



44 HISTOIRE GÉNÉRALE DE 

Harh<N prcc *[ue , par sa (î^ire. il ressemble 
asM*jt k rtH inslriiiiie*îit , Amilcar Irs y rnvi'- 
lop|)a lel!enu*nl tl(* st*s élô|>liaii!i ci de tmiie l\ir- 
mix" , qu'il ne sVû sauva pas ini seul , et ils 
êUiieiil plus de quaranic niille. CVsl aiusi qu'il 
releva une sixomle fois k*s i*spi*ranees dt*s €ar- 
tha^riuoîs. ijui désespéra ieul déjà de l«*ur satuL 
Ils ballireiii ensuite la ranijïaî^me, lui , Nara- 
^ase el Anuibal , ni les Afritaiiis se reudireut 
tlVu\-m<^mes. 

Mailres de la |du[»art des villes . ils \inreiil 
à Tuuis asNié<î^(T Malhus. AnnilKil prit stni 
quarlier au rùié de la ^ille qui regardait Car- 
tfia^e , et Aniilrar le sien an eôlé op(>ùsé. En- 
suite , aiaut euuiluil Speudius el les autres 
prtSMuniers auprès îles nuiraillt^s , iis lt*s firent 
attacher à dt*s rroix , à la > ue de toute la i ille. 
Tant d^hcureux succès endoi mirent la \ igilaaee 
d'AuuibaL cl lui tirent uéf^lip^er la parde de 
sou «amp. Mathos ne s'i*u fut pas plutôt aper- 
çu, (pi' il tomlw sur les relrancheuieiis , tua 
^rantl nombre de C*irthagiïiuis, chassa du camp 
liïute Tarmée » s'empara de tous h^ ha gages , 
et fit Annibal lui-même prisouni'^r. On mena 
aussitôt ce général à la rruix oii Speiidîus était 
attaché. Là ou lui lit souffrir les supplicia le* 
plus cruels, elaprés avoir détache Spendius, on 
h* uiit à sa place, el ou égorgea autour du corps 
di* Spcndius trente d(*s priniipaui (larthagî- 
uois, comme si la fortune n'eût suscité celte 
jBfucrre que pour fournir tour à leur aux deux 
armées des occasions éclatantes de se veuger 
Tune deraulrc. Amikvir, à cause de la distance 
qui était entre li*s deu\ camps , n'apprit que 
tard la sortie que )lathos avait faite , et après en 
avoir été informé , il ne courut ps p>ur cehi 
au st*cours ; les chemins étaient tn»p difficiles j 
mais il leva le camp , et. r6ki}ant le Macar, il 
alla se pister à rembmichure de ce fleu\ e. 

Nouvdlî* consteruation chez les Cartliagi- 
iMib, nouveîm dèM^spf)ir. Ils commenfaieiit à 
rfs|NreDdre courage , el les i oilâ retombés dans 
les mêmes embarras , qui n\*nipéi*héreut ce - 
pendant pasqn'ils ne travaillassent à s'en tirer, 
l'our faire uu dernier effort , ils eu^ ovérenl à 
Amilctr trente sénateurs, le général Hannoii, 
qui avait déjà nimmandé datis celle guerre, et 
tout ce qu il leur restait d'hommes eu à|fc* de 



LA RÉPlBLlOrE ROMAINE. [.%. f.swsi 

pi>rter les armes, en recommandant aux séna- 
leursd Vssi ver tous lesniovens de r êconrilier en - 
semble les deu\ généraux, de les obliger à agir 
de concert , et de n'avoir devant les veui^ qu« 
la sîliptiou où se trouvait la république. Après 
bien «It^ t oo fèrences, en lin i Is v i n rent à 1«hi ( de 
reunir ces deu\ capitaines, qui, dans la suite, 
n-agissantque dans un même esprit , firent tout 
réussir à s^iuhait. Us engagèrent Matlios dans 
quantité de petit s c<»niUits, tantôt en lui dressant 
di*s enil>us<ades, tantèt en le ]H>ursuivant, soit 
autour de Leptaj soit autour d'autres villes. Ce 
chef, s(» venant ainsi harcelé, prit entinla réso- 
lution d'en venir à un combat généraLLesCar* 
thaginois, de leur coté, ne souhaitaulrieuavef* 
plus d^inleur : les deux [wirtis appelèrent k 
celte l*ataille tous leurs alliés, et rassemblèrent 
des places toutes leurs garnisons ^ comme de- 
vaut risquer le tout ptmr le t<ml. Quand on se 
fut dis|K>sé, on ion vint du jour et de l'heure, 
et on eu vint au\ mains. l>a victoire se tourna 
du cdté Jes Carthaginois* Il n»sta sur le champ 
de Kitaille grand nombre d'Africains ; une 
[Kirlie SI» sauva dans je nt* siis quelle vtlle, qui 
se rendit peu de temps après , .^lathos fut fait 
priscuuiier ; l**s autres parties de l'Afrique si* 
soumirent aussitôt* Il n'v eut qullippone Za- 
rvte et l'tique qui , s'étant, dés le comniencc- 
mcni delà guerre, rendui*s indignes de i^ardon. 
refusèrent ali»rs de se somuettre ; tant il est 
avantageux, même dans de pareilles fautes, de 
ne point pas>cr certaines bornt*s , et de ne se 
p<»rter jvis à des excès inqwrrdonnaMesl Mais 
Hannon ne se fut |»as plutôt présenté devant 
Tune, el Amilcar devant Tautrc , quVlles fu- 
rent contraintes dVu passer i^ir tout ce qu'ils 
voulurent. Ainsi Unit cette guerre , qui avah 
fait tant de mal aux Carthaginois , et dont ils 
se tirèrent si glorieusement , que non seule- 
ment ilss4^ remirent en possession deTAfriiiite^ 
mais châtièrent encore, comme ils méritaient 
dVtrc châtiés, les auteurs de la révolte, air < 
guerre ne se termina que par les bonteiti i 
ydices que la jeunesse de la ville tUioafTrirl 
Malbos et à s(*s trou{ies le jour du UJûmphç 

Telle fut la guerre Am élfsngits oq 
Carthaginois, hiquede duffs lroi§ am 
11101$ 0a euvijuiiî i £'jf^ n poi 



ceM 
ïmV 





Ulm; ^^..y^^ LIVRE II.— 

|m»Ofler. Sans égard pour les êtaU»Yoisjiis, 
Ir permit d*^ abord à st*s sujets di^ se livrer à k 
interie. Ensuite ayant êqiii|>é une flolte, et 
irè OBC année aussi tiotijlire^ise que la [tre^ 
j tti«n% elle everca de eùté et d'autre, par s^es 
iniciBiUL , toutes ^rtes il^hoslili(é.s. 
Les Eléeus et les Messéiiietis furent les pre- 
||in k sVii ressentir. Jamais ees deux |>avs 
iEtaieul en repos ni en sûreté couire \v^ Uly- 
Ui»» |ian.e.<\ue la cùle étant fort étei»due , et 
lesylWe^doat ilsdependent , bifii avant dans 
iûfres, 7es sec4jurs qu'ik en pouviuejit tirer 
t trop faibles et trop leuis pour empé- 
èfr ta descente des 111 j riens , qui par celle 
raison fondaient sur eu\ sans eraiofe , et niet- 
ik-Di toui au pillage, lis avaient poussé un 
|Wr jiisqu''à Pbêiiiee, ville d'Épire, pour) 
d^rcherdcâ vivres. Là s^aboucliant avec des 
Gaaiofs qui y élaieut en garuis4jn, à la solde 
fo Éplroies^ au nombre (feu virou huit ceiUs, 
ilf prirem avec eux des mesures |>our se ren- 
dre maitri^ de la ville. Les Gaulois donnent 
lùÉ mains au complot î les Ml\riens font uiio 
iêf^nte, emportent la ville d'assaut, et sV'iu- 
firent de tout ce qu'ils j trouve» t. A cette 
flOBTelle les Epirotesse mettent Mmsleis armes. 
Irrités à Phénice, ils campent devant la ville^ 
ajanl devant eux la rivière, et pour élre plus 
en iùfelé iU enlèvent les planches dupont qui 
ètaîl ieflsus. Sur Tavis qu'ils reçoivent ensuite 
que Skerditaïde arrivait par terre à la tête de 
cinq QiIUelU) riens, qu'il taisait filer par les 
déIroiU qui sont proche d' A nti^onée » ils en- 
voVenl un dèUchenient à la j^^arde de celte 
ville, et du fr^sle se Iranquillisenl, font bonne 
rhéreaux dépensdu pa)s, el ne s'embarrasîîeal 
pas du sen ice du camp. Les III viieus averlis 
que les KpirotC^ avaient divisé leurs forces, 
et que le service se faisait avec nonrhalance, 
partent denuit, jettent des planebes su rie |jont^ 
paasent dessus, puis s'etiiparant d'un (poste 
aranli^geiu iU demeuretit là jusqu'au jour. 
alors oose rael départ euraulre enbriïailledt^ 
vaattavtf/e. LesEpiroles sont défaits. Onen tua 
imgmid nombre ;l>eay coup plus turent faits pri- 
•OOOKrs^le reste se sauva cfiexIesAlintanieus. 
Après cette défaite, ne vovant plus chez 
«uvmémes de quoi se soulenir, ils dépulereut 



CHAPITRE I -. :, $f 

aux Elolietis et aux Achéens pour les supplier 

de venir à leur secours. Ces peuples touchés do 
(^ompassion se mettent en ntarche, el vont à 
llélicraucî là se rendent aussi les Illvriens 
qu^avait amenés Skerdilaïde, et qui s'étaient 
emparés de Phénice, Ils se postent auprès des 
Êlolitms el des Acliéens dans le dessein de b^ur 
donner lïalaille. Mais oulreque le terrain était 
d ésa \ a n I a ge u x , i Is re^ u ce n t de Tenta d es 1 e t- 
Ires qui les oblij;eaient dtî revenir incessiim- 
mentdans nilvrie, parce qu'um; partie de ce 
rovaunn* s'élail tournée du c^jlé des Darda- 
ni eus. Ainsi après avoir ravagé FÉpire, ils 
(irent une Iréve avec les Epi ro tes ^ leur rendi-^ 
rent , av ec la ville de Phènice , ce qu^ils avaient 
pris sur eux d^honimes libres, pour une 
soaiTue d'argent ; el ajant chargé sur des bar- 
ques les t^sclaves et le reste de leur bagage, le» 
uns se mirent eu nuT, les aulres, que Skerdî* 
laide avait amenés, s'en relournèrent à pied 
[kirles délilés d^Vnligonêe. Celle expt'dilîon 
réijandit une extrême fraveur [tarnii les Grecs 
qui habitaient le louj^ de la cùte« Auparavant 
ils craignaient pour leurs campagnes ; mais 
depuis que Phènice , la ville de tout TEpire la 
plus forle et la plus puissante^ avait passé sous 
d^uitres lois d'une façon si extraordinaire, ils 
crurent qu'il n\y avait plus de sûreté ni pour 
eu\-mén*es ni pour leurs villes. 

Les Épi rotes remis en liberté, loin de se 
venger des llly riens, ou de marquer leur rc- 
Cûnnaissiince aux éliils qui les avaient secou* 
rus, en va véren ides ambassadeurs à feula, et 
de concert avec les Acarnaniens, firent alliance 
avec: cette reine, alliance en vertu de laquelle 
ilsprireuldansla suite lesinlérèts des Illvriens 
(onlreles deux peuples qui les en avaient déli- 
vrés ; aussi gn îssiéremenl ingrats à l'égard de 
leursbienfaileurs^qu^ilsavaient auparavant èl6 
peu habiles à se conserver Phénice 1 Qm* nous 
tombions quelquefois dans des malheurs que 
nous n\ivons pu ni prévoir ni éviter, c*est une 
suite de l'humanité; nous n\m sommes pas 
responsjbles ; on en rejclti' la faute ou sur la 
forlune, (ni sur quelque trahison; mais quand 
le péril est évident et que TtHin^ lond>e que 
faute tle jugement et de prudence , alors on ne 
doit sVn prendre qu'à soi rnéine. lu revers 




M HISTOIRE GÉNÉRALE DE 

ào rortnno atlntdrit , <^l c\nisé, attire du se- 
cours; une s*>llîsc, une g^rnssiùrc impmdeiire 
ne mêriteiil de U partdcs gens sabres que de Tîn- 
dig^natlim et des reproch*^. (?ps{ aussi la jus- 
tice que les G rot s rendirent aux È|>irt)hs. 
Sarliauf que les Gaulois passaient c ouuuuué- 
lueul jx>ur siïspHis, pouvaient-ils s.ius lêmé- 
rîlé leur eoidier eu i^arde une ville rie lie, 
puiss'inte ei qui par mille endroits eveî ta il leur 
mpidite? Poun|uoi ne se pas déln^r d^in corps 
de Innipes < hnssê tie stjn [>ai s pas sa propre 
nation « pour les perfidies qu'ilsavaienl fail<^ à 
leurs amis et à leui-s parens, Joui plus de trois 
mille houunes, reçus ensuite par lesCarlliagi- 
m*is qui êlaienl alors en guerre, avaient pris 
ncras il m if un soulèvement des S4ildats contre 
les chefs an sujet de la solde . pour pili^n* A^'ri- 
genle^ où ils avaient été uiîs |M>ur la srarder; 
qui jetés ensuite dans Érvee pour la défendre 
contre les Homains qui rassiégeaiint , après 
a^ulr inutilement tenté de la leur livrer par 
Irahison, sVtaîent venus rendre dans leur 
camp ; qui jeli^ ensuite dans Érvce sur leitr 
bonne foi par les Romains, avaient pillé le 
temple de Vénus Érvcfnc ; qui enfin aussitôt 
âpres la guerre de Sicile. ix>nnys par le's lifN 
mainfïpour des traîtres et des perfidies , avaient 
t^té dépouillés de leurs armes, mis sur dc*s 
vaisseaux et chasst*s de toute T Italie ? Apri's 
Cf4a élaît-il de la prntleuce de confier à des 
pensdeiette trempe* la fjarde d'une répuhfi- 
qui* et iFune ville trés-puissaute? El les Épin^- 
li*s ne furent-ils pas bien I(*s arlis.ins Je Irnrb 
maHieurs? celle imprutlenre valail la (wine 
dVlre reinarqurn' . elle apprendra . *|u'en In^nne 
pidiliqueJl ne faut jamais introduire nue trop 
fiUie garnison . surtout lorsqu'elle est eouipo- 
^^•e dVlraugers et de Itarbares, 

CHAPITRE IL 

FUiatet pmièef au ténai romai» cobIiy If» Ittjri^M.^SoM^ 
«le 1 «fabaiudr riiiro)é« de sa |i«rl à TruU , li tir rdne. — Ln 
ltt]rri«n« «tilreat par ntrprfat dbM Epidaninc, H fn »om rtia&- 
fé§, — Combai tuval aupr^ de Pai^ , H priM 4€ Corc) n; par 
In IMytif^m. — Bciomlit de* Romains dan« rillyrie, — Ei- 
plaiia de FUNiut et do PofiUjoiitM , catmib roi&aiof . — Traité 
ilf paia roire tu\ t\ la reine. 

Ij<iog-temps avant la prise de Pliéuice , les 
III^ riens avaient assi^i souvent inquiété ceui 
^ui jKir uier venaient dMlmlie* Mais pend^iil 



i» 



LA RÊPrBïJQlE ROMAINE. i% v mj 

leur séjour dans cette v ille , il s'en délarha de 
la il o lie plusieurs, qui courant sus an\ mar- 
chands, pillaient, tuaient et emmenaieut des 
prisonniers, D-alK>rd le st'ual ne fit pas grand 
rompit' des [daînles quVm lui portait contre 
ces pirates. Mais alors ces plaintes devenant 
plus fiéquenles, il envova en UlvrieCatus et 
Lu4'ius Cornitcanius jM)ur s'assurer des faits. 
Ouand Tenta vil, au n^tour de ses v aisseaux , le 
nombre et la beauté des effets qu'ils avaient 
ap[K*rtés de Phénjee, ville aloi%; la plu-S riclie 
et la plus florissante de TEpiiv , rvla ne fit que 
redoubler la pssion qu'elle Vivait de sVnrielïtr 
desdéjxJuillesdesGrees, Leslroubk*s intestins 
dont s«»n propre rovauuie était aifilé, la retin- 
rent un ])en de temps ; mais dés qu\dle eut 
ramené à leur d<'v<nr ceux de s*^s sujets qui 
s'étaient révoltés, elle mit le siège devant Issa, 
la seule ville qui rf^fusàl d*^ la reeonnailre. 

Ce fui alors qu'arrivèrent les audiassadeurs 
romains. 1>îuks raudience qu'on lenrdonua^ 
il sr plaipiirent diN torts que leurs marcliand*î 
a V a il ' n l so u f fer l s delà pii r t dt*s eorsa i rc*s j I i v - 
riens, La reine les laissa |iarler sans l«*s inter- 
rompnv, afleelanl des airs de bauteur et év 
tîerté. Ouand ils eurent fini, sa rê|M*nse fut: 
qu'elle lâcherait d'euijKS lier qne leur républi- 
que n'e»^t dans la suite sujet de se plaindre de 
s<ui rovaunie en général j mais queceuVlaît 
l»as la eoulnme des rois d'ilivrie de défendre 
a leurs sujets d'aller en course pmir bnir 
util i lé particulière. A ce mol U' feu mon Et* 
a lu liHe au plus jinme des ambassadeurs, 
etavecuue tib<Tté il quiil ne manquait que 
d'avoirélé pris** à propos : u Chez nous, mada- 
» me, dil-ii, une de nos plus belles coutumes^ 
w e^esl de venger en eouuuun les torts faits 
» aux yKirliculiers ; et nous ferons, s'il pblt 
« au\ l>ieu\, en sorte que vous vt^us i>orlie/ 
it bientôt de vous-m^me k reformer bs cou- 
>* iunws lies rois il Iv riens, h Ijï reine prît cette 
réponse en fenuue. cVsl à dire eu Irès-nyinvaise 
[kirt. Elle en fut tellement irrittV » «|ue, unjt 
éjrard [Miur le droit des pens, elle fit [xmrsui^ re 
les anihassadeurset tuer ctduî qui ravailoffen- 
siV. Lii-di*ssus les Romains font des préparatifs 
de guerre , lèvent des trtmpes cl èt|uipenl une 
Ûolle. 



Au commencement du prinlemps, Teiiïa 
çsnt rait<*onstruiro un plu^ graiitl ii(»nil»rr de 
lÉliineiisqu"'au[>arîivaul, riivova enrtiro por(i»r 
bdo!^truction dans la GnVe. lue partie passa 
iiTvrt* , les autres allèrent mouiller a Ép? 
le, sous préle\le dV prendre de T eau et 
im livres , mais en effet dans le dessein de sur 
prendre U v îMe . Les Epidamniens les laissèrent 
Oitrer îropnidein nient el sans précaution ; ils 
dmrdenlVes haUi (s relevés, un iKildans la main 
ooainie pour prendre de l'eau , et nu poif^^uard 
dâmhfHtt. Ils êiKor^^ent la garde de la porte, et 
«rendent bientôt maîtres de IVnlrée. Alorsdes 
irofuru accfjureut prouiptenient de leurs vais- 
Mu^x, siAon le projet qui avait été pris, et a ver 
<w nouvel les forées it leur fut aisé de s^emparer 
éeh plu^ grande [larlîe des murailles. Mais 
bhabitans, quoique pris à Piniproviste^ st; 
Maidir^nl avec tant de vig^ueur que les lllv- 
Tvn%, après avoir long-temps disputé Ir ter* 
fti», furent cïbligés de se retirer. Iji négli- 
fmer Acs Êpîdnniniens dans eettc occasion , 
pMa leur coûter leur propre patrie; mais leur 
omnige^ en le^ tirant du danger, leur apprit à 
éln»ptu& vigilans et phtsatteutils à Tavenir. 

Lrs 111% riens re poussés mirent aussitôt h 
liinîle, cl avant joint ceux qui tes devançaient, 
ils dnfçlèrcnl droit à Corc\re, y firent une des- 
mite, el entreprirent d'assiéger cetle ville, 
V?è|««i^aute fui grande parmi iescîtovens, qui 
oe se HYivûnt pas en état de résister el de se 
Miuienir ^»âr en\-nii'^mes , envoyèrent implo 
FIT rasMslance des Aehêens et des Hte>liens. 11 
rfy irouva en même temps des amlmss^idi'ui^ 
de la part iles Ap<dtouiates et des ftpidamniens, 
ffuipn'aient instamment qu^Hi les secourût, et 
qu'on ne sciuffrlt point qu^ils fussent ehassi'S 
de leur pays par les Ilh riens. (les demandes 
furent favorablement écoutées : les Achéens 
avaient sept vaisseau v de guerre; ou les étjuipa 
de lt>ul point, et Ton se mit en mer* On comp- 
tait bien faire lever le siège de (loreyre. Mais 
le$ fflvriensa\an( reçu des Aearnaniens sept 
►au\, en vertu de raliiance (]u'ils avaient 

iif* avec eux , vinrenlau de^ aiit des Achèens, 
1*1 li"tir livrèrent balai Ile auprès de Pavos, Les 
Aearnaniens avaient en tète les Aihéens, el de 
ce côte-lâ le combat fui égal j on se relira de pai t 



LIVRE IL— CHAPITRE H, 



49 



eï d^autresans s'être fait d\'ïulremal que quel- 
ques blessnres. Pour It^s lliy riens, ayant lié leurs 
\aisst*an\ quatre à (|ualre, ils approchèrent 
des ennemis. D'alKvrd il ne s^^nddait pas qu'ils 
se souciassenl fort de se défendre. Ils prêtaient 
même lefiane, eomme pour aider aux enne- 
mis à les lïattre. Mais quand on se fut joint, 
Fembarras des c^nnemis ne fut ptis médiocre , 
ac«TOchés qu'ils étaient par ces vaisseaux liés 
eus^^mble, el suspendus aux éperons des leurs. 
Alors les Illy riens sauleul dessus les ponts d**s 
Achéens, elles accaldeul dr leur grand nomltre. 
Ils prirent quatre galères à quatre raugs, et en 
coulèrent a fond une de cinq rangs avec tout 
rétjuipage. Sur eelle-ei èîait unCérynien nom- 
mé MarcuSj qui , jusqu'à celle fatale journée, 
s'était aequillè envers la république de tous 
les devoirs d\in execllenl citoyen. Ceux qui 
avaient eu a flaire aux Aeariïanieus, voyant 
que les Illy riens avaient le dessus, eherebèrent 
leur salul dans la légérelè de leurs vaisseaux, j 
et pcmss4^s par un vent frais, arrivèrent 
chv'i eux sans courir de risque. Cette vietoira] 
eidla beaucoup le nmrage des Ilh riens; mais] 
autant elle leur donna de fat^ilité à eonti* 
Duer le siège de Corcyre, autant elle ôta aux 
assiégés toute espérance de le soutenir avec suc- 
cès. Ils tinrent ferme quelques jours , mais en- 
fin îIss'accomnKxtérenl , et recurent garnison^ 
et avec c(*lte garnison Dèraétrius de Phares. 
Après quoi les lllyrîens retournèrent à Épi- 
damne, et en reprirent le siège. 

Celait alors h Home le temps d'éfire les 
consuls. Caius Fulvius ayant ètècLoisî, eut 
le commandement de l'armée navale, qui était 
de deux cents vaissi'aux : et Aulus Posthumius 
son collègue, celui de rarmèi* de terre, Caius 
voulait d'alK>rd cingler droit à Corcyre, 
croyant y arriver à temps pour donner du 
secours; mais qut>ique la ville se fût rendue, 
il ne laissa pas de sui^ re son premier dessein , 
tant pour connaître au juste ce qui s'y était 
]>assé, que pour s'assurer de ce qui a^ ait été 
mandé à Rome par Démet rius qui, ayant été 
desservi auprès de Tenta, et craignant sou 
ressentiment, avait (ail dire aux Romains 
qu'il leur livrerait Corcy re et tout ce (pii était 
en sa disposition. 




so 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA IlÊPlBLIQrE ROMAÏXE, tA.iM») 



Los Romains delwirquenl dans i'IIe, H y 
sûiil bien mus. Do Vmh <le D«'*nié(rius od 
kur abaniloiine la garnison illvricnue, el on 
se rond à eux à discrêlton , dans la pensée 
que f'élail l'unique ineiyen de se mellre k cou- 
verl pour toujours des uisullesdes 111} riens. De 
Corn re , Caius fait voile vers Apollonie, em- 
uienanl avec lui Démétrius, pour exécuter d'a- 
près ses avis tout ce qui lui rcstaîl à faire. En 
même temps Posthum jus partdeBri odes, et tra- 
verse la mer avec soiiarmiS^ de terre, composée 
de \ingl mille hommes de pied et de deux mille 
chevaux. A peine les deux consuls paraissent 
ensemble devant Apolloiiie, que les habitans 
les reçoivent à bras ouverts, el se rangeât sous 
leurs lois. De là, surla nouvelle que lesllly riens 
assiégeaient Épidanme, ils prennent la route 
de cette ville, et au bruit quMIs approchent, les 
Ill\ riens lèvent tumultueusement le siège , cl 
prennent la fuite. Les Épidaniuiens une fois 
pris sous l^ur protection, ils pénétrent dans 
nilTrîe, et rangent à la rais<in lesVrd}éens.Là 
se trouvent des députés de plusieurs peuples, 
entre autres des Parthenicns cl des Atinla- 
niens qui les nHomiaissent pcuir leurs maîtres. 
Ensuite ils marchent à Issa , qui était aussi as- 
siégée j»arles 111 v riens, font lever le siège, el re- 
çoivent les Tssècns dans leur alliance. Le long 
de la côte ils eniportèrenll d\issaut quelques 
villes d'illvrie i entre autres Nvtrie, où ils per- 
dirent beaucoup de soldats, quelques tribuns 
et le questeur. Ils y prirent vingl brigantins 
qui emportaient dujiavsun gros butin. Des 
assiègeans disses , les uns , en considération 
de Démet rius^ furent ménagés, et demeurè- 
rent dans nie de Pharos ; tous les autres fu- 
rent dispersés, et se retirèrent à Arlwn. Potir 
Teuld ^ elle se sauva avec un très-petit nombre 
des siens à Rizon , petite place propr** à la 
mettre en sûreté, éloignée de la mer, sur b 
rÎTièrc qui porte le même nom que la ville. 

Les Romains ayant ainsi augmenté dans 
miyrie le nombre des sujets de Démélrius, 
et étendu plus k»in sa domination , se retirè- 
rent àÉpidamne avec leur flotte el leur armée 
de terre. Caius ramena à Rome ta plus grande 
partie des deux armées^ et Posthumius . ayant 
ramasse' quarante v aisseaux , el levé une ar- 



mée sur plusieurs ulh^ des environs, prit là 
ses quartiers d'hiver pour pouvoir protéger le« 
Ard vé<*ns et les autres peuples qui s'étaieivt mis 
sous la sauve garde des Romains. 

Le printemps v enu , il v int à Rome des am- 
bassadeurs de la part de Teuta, li*S(|uels, au 
nom de leur maîtresse , propostTent ces condi- 
tions de paix : a quelle paierait le tribut qui 
w lui avait été imposé ; qu'à IV^ception de peu 
w_^de places, elle céderait toute rillvrieetce 
qui élail de plus d'importance, surtout pr rap- 
port auv dre^s, r. qu'au-delà du Lisse, elle ne 
»» ^pourrait mettre sur mer quedeux brigantins 
» sans armes, m Ces condilions acceplt'es, Pos- 
thumius enioya des dèpult's chez les Etoliens 
et les Achéens qui leur firent connaître pour- 
quoi les Romains avaient entrepris celle guerre 
et passé» dans llllvrie. ils racontèrent ce qui 
s^y était fait , ils lurent le traité de paix conclu 
avec les Illy riens, et retournèrent ensuite à 
Corcyre, trés-contens du bon accueil qu'on 
leur avait fait chez ces deux nations. En effet, 
ce traité dont ils avaient apprlé la nouvelle, 
délj\rait les Grecs d'une grande crainte; car 
ce nA'lait pas st*ulement contre quelques par- 
tîtes de la Grèce que leslll\ riens se déclaraient; 
ils étaient ennemis de toute la Grèce. Tel fut 
le premier passage des armées romaines dans 
niljrie, et la première alliance qui se lit par 
ambass4ides entre 1rs tirées et le pt*u[ite ro- 
main. Depuis ce temps-là il y eut encore des 
ambassadeurs envoyés de Rome àCôrinthe et 
à Athènes, et ce fut alors [Hiur la première 
fois que les Corinthiens reçurent les Romains 
dans les comlials isthiniques. Rev enons main* 
tenant aux affaires d'Espagne que nous avons 
laissées. 

CHAPITRE m. 

Coûftnieiïon àt Cirth*|re-U-?ieuTepar AidnihAt. ^Tnuié dct 
AoinaîDs avec ce gt^Qè r^péliine. — Abr^é et Tbistoirt des 
ùmàt^. — ncimflîoii de ta ^T\i€ de riUli« qu'ili occuimictiI. 

Asdnibal , revèlu du commandement des 
armées , se lit bt^auroup d'honneur dans cette 
dignité par son intelligence el par sa conduite, 
Eût'-c li^ services qu' il rendit à l'état , un det 
plus importans, el qui contribua le plus à 
étendre la puissance de sa république, fui la 





WÊÊtmctiâyn d^uDC ville, que qurl(|ues-uT>â ap- 
pdeot Carlhage , et Its iiulres Yiilp-Neuve , 
FiQp dans la siluation la plus licureiiso , soif 
|Dar les a(Tairc*s d-Es|Ki;(iie , soit pour tri les 
k r.yric|ue, ?{ous aurons alllours une ocra- 
sÎDii phis favorable de décrire cette situation , 
el ks ai^ntiiges que ces deu\ pa>s ou peuvenl 
tirer. Les grandes l'on q utiles qu'Asdrubal avait 
déjà failei», et le degré de puissance où il était 
^\eun » firent prendre aux Romains la ré- 
sohitioo de penser sérieusement à ce qui se 
ËÊÊmi ro Espace. Ils s*» trouvèrent coupables 
Ir s'être endormis sur raccroissemenl de la ikt- 
■îuatiàD des Carthaginois, et soogèrent tout 
khon à réparer cette faule. 

fis o^osèrent pourtant alors ni leur pres- 
cmr des lois trop dures , ni prendre les arm(*s 
milre eux ; ib avaient assez h fiiire de se tenir 
m finie contre k»s Gauïuis , dont ils étaient 
mnMcéSj vi que Ton attendait presque de jour 
fêfiOf, 1! leur parut quTil était plus à projwjs 
HifT de douceur avec Asdrubal , jusqu'à ce 



LIVRE n— CHAPITRE III. st 

de ritidte , le termin que le^ Gaulois oceu^ 

pident ; celle description aidera beaucoup » 
r^îr^ ..,.«,,«,..:.,..« v,,,iu ,-„ .1 1 1 



far par une 



bataille ils se fussent débarrassés 



fa Gaulois y ennemis qui nV'piaîent que Foc- 
OBon de leur nuire ^ et dont il fa I bit néces- 
wnDeal qu^ils se défissent , non seulement 
pur se rendre mailres de l'Italie, mais encore 
pour dem«'urer paisibles dans leur propre pa- 
trie, fis enirojéreut donc des ambassadeurs à 
Asindnl , et dans le traité qu^ils firent avec 
lui, sjit* faire mention du reste de TEspagne , 
ib esigeatent seulement qu'il ne portiU pas la 
guerre au-delà de FEbre : ces eondi lions ac- 
ceptées, ikummérent toutes leurs forces contre 
Ifff ffanfrrff 

A ptoft» de ce peuple , nous ne ferons pas 
mal é!^esk donner ici IHirstoire en raccourci , et 
de la reprendre au temps où il s'élaît enijjaré 
fune partie de Pllalie. Le dessein que je me 
fliis propose clans mes deux premiers livres, 
îutir cHte esquisse. D'ailleurs , outre que 
histoire est digne dVHre connue, el Irans- 
vaSoe à la postérité , elle est encore nécessaire 
ptmr riïiiiiailre quel pajs Annibal eut la 
hardiesse detrav(»rsiT, et à quels peuples il osa 
«* Bcr^ lorsqu'il Anma It* projrt de renverser 
Terupire romain. Mais montrons d'abord quel 
tsl, •*« nmuucnt est situé, par rapport au nsle 



faire concevoir ce qu^il y aura de remarquable 
dans les actions qui s'j sont passées. 

Toute ritalîc forme un triangle, dont Pun 
des côtés , qui est à Porient, est terminé par la 
mer d'iouie el le golfe Adriatique qui lui est 
adjacent, el Pautre , qui est au midi et à Pocci- 
dent , par la mer de Sicile et celle de Tjrrlié 
nie. Ces deux côtés, se joignant ensi^mble, font 
la pointe du triangle, et cette pointe , c^eslee 
promontoire d'Italie qu^on appelle Cocinthe, 
et qui sépare la mer dlonie de celle de Sicile. 
Au troisième cùlé , qui regarde le sepienlrion 
et le milieu des terres, sont les Alpes , chaîne 
de montagnes qui, depuis Marseille et les lieux 
qui sont au dt^us de la mer de Sardaigne, s'é- 
tend Siins interruption jusqu'à Pexlrémilé de 
la mer Adriatique , à l'exception d'un petit 
terrain où elles unissent , avant que de se 
joindre à celle mer. C'est du pied de ces mon* 
lagnes , qui doivent être regardées comme la 
lïase du triangle , et du côté du midi , que 
commencent ees plaines donl nous a\ons à 
parler, plaines situées dans la partie septen* 
trionale de l'Italie , et qui par leur fertililé et 
leur étendue surpassent tout ce que rhistoire 
nous a jamais appris d'aucun pajs de PEu- 
rope. Elles mni aussi en forme de triangle. 
I^ jonction des Apennins et des Alpes auprès 
de la mer de Sardaigne, au-dessus de Mar- 
seille, fait la pointe du triangle. Les Alpes 
bornent le côté du septentrion à la longueur 
de 2/200 stades, et au midi sont les Apennins 
qui s'étendent à 3^60t>- La l>ase de ce triangle 
est la côte du golfe Adriatique, et cette côte, 
qui s'étend depuis Sénc jusqu'à Pextrémité 
du c^olfe , est longue de plus de 2,500 stades, 
en sorte que ces plaines ne renferment guè- 
re moins de ï 0,000 stades dans leur circon- 
férence. 

Pour la fertilité du pays, il n'est pas facile 
de l'exprimer. On y recueille une si grande 
aWndanee de grains, que nous avons vu lemé- 
démne de fromeni, mesure de Sicile, à quatre 
olioles, et Ii*médémne d'orge h deux. La mé- 
trét(* dt* vîn s'y doime pour une égfale mesure 
d'ttrgtv. Le mil et le panis y croiss^çut à foison, 




5-> HISTOIRK GÉVÉRALE DE L 

les cWiie<i répandus ça ol la fourais.MHit une si 
l^^randp t)uanttl«* Je «glands que , (luoiquVii Ita- 
lie ou Uie hcaufoupde porr?;, laiiC pour la \ie 
onlifiaire qu*^ pinir \vs provisions* elo îfiMTrc, 
(vp<*ii<laT)Ç la plus jîraiiilo partir so lire de ces 
plaiiio*^. Enfui !i*s b(\M»îiis ri** ta vie v soiil à si 
Ik)ii marché, que les voiaffeurs, dans !«*s hùlel- 
leriiS, ne dematidenl pas n* que leur étudiera 
rha(|ue i'hnse en parlirulier, mais eonihien il 
en coiile par leli*; el ils i'ii N>nl souvent *pyl- 
t4*si>ourun M*mîss«», qui ne fait que la qua- 
trième parlie d'une idn)le; rarement il en 
viiùit' davantage , quoiqu'on i doïuie suffisim- 
meivl loiil ee qui est niT(*ssaire. Je ne dis rien 
du uoud>re d'houmies dnnt ee pays est peuple, 
ni de la grandeur et de la Wauté de leur 
' rurps , ni de leur rouras^e dans l4*s actions de 
t la fifui^rre, nu en doit ju;:iT pr ce qu'ils ont 
' faiL Les den\ cotés des Alpes, dont l'nii re- 
i^arde It^ Rhône et le septeiilrîon, el Taulre 
les campa s: nés dont nous venons de parler, 
ces deu\ cot(*s, dis-je , sonl lialntés, li^ premier 
par les Gaulois transalpins . et le S4Timd pr les 
Taurisqucsjt^s Avoues el plusieurs autres sor- 
tes de barkires. Ces Transalpins ne sont point 
une nation ditTéreivte des (laulids* Ils ne son* 
ainsi appelés, que parée qu'ils demeurenl au- 
delà des Alpes, Au reste, quand je dis que 
f es deu\ côtés sont liabi tés, je ne parle que 
di's lieuv Ivaset des douces collines, car pour les 
»«*niniets de ces niontap^in^s, |wrsonne, jusqu'à 
prési*nl, u'y a li\é nui habitation ; la difficulté 
ifv monter, el les m'ifïes dont ils sont toujours 
couverts^ les renden t i n ha h i tables . Tout le pa\ s , 
depuis le conuneoccment Av TApemiin, au 
dessus de Marseille, et sa jonction a\ec les 
Alpi'S, tant du coté de la mer de T^rrhénie 
jus4|U*à Pise, qui i^sl la première ville de TE- 
trurie au couchant, que du colé des plaines jus- 
quesaux Arrelins, toul ce pajs, dis-je, esllia- 
lïilé par les Lijiïurîens ; au delà sont k^ T\ rrhé- 
nieiis, el après eu\ les l mhriens, qui occn- 
penl l[»s deux \ersans de l'Apennin^ après 
ies4ju*ds celli^ chaîne de monlasfnes, qui 
est éloignée de la mer Adriatique d'environ 
500 stades, se courbant vers la droite , quille 
tes plaines, el tra\ersant parle milieu tout le 
reslc de Pllalie. va gagner la mer de Si<ile. 




A RÉPI'BÏJOIE ROMAINE. ri r m j 

Ces plaines, dont f Apennin s' écarte, s'éten- 
dent jusqu^â la nierelà !a ville de Séné, 

Le Pô, que les piM*tes onl lanl célébré sf»us 
le nom d'Eridan, prend si S4>urct^ dans les 
Alpes, à !a pointe du dernier Irian^le, dont 
nous a\ons parlé; il prend d'alMud s*m cours 
% ers le midi , et se réjwind dans h s {daines ; 
mats a peine j est- il entré, qu'il se détourne 
du côté du levant , el va par dcu\ enih< me hu- 
res s*^ jeter dans la mer Adriatique. Il so par* 
tage dans la plaine, mais de telle S4>rte, que 
le bras le plus j^tos esleelui qui coule \ers les 
Al|>es el la mer Adriatique, 11 roule autant 
d'eau qu'aucune autre rivière dllatie, parce 
que tout ce qui s**rl d'eau des Al[w*s el di*s 
Ai>ennins, du cAté des plaines, lomb** dans 
son lit, qui est fort larpre el fort l>eau, surtout 
lorsqu'au retour de la belle saison, il est rem- 
pli [Mir t(^ neiires fondues qui s^Voulenl des 
ntonta^m^s d«mt nous [kirlions Uuit à l'heure. 
On remonte ce H cuve sur des vaisseaux, [jar 
l'endMjuchure nommée Olana, depuis la mer 
jus<|u'â IVspace d'environ 2,000 st;ules.V\u 
sortir de sa source , il n'a qu'un lit, et le cou- 
ser>e jusque chez les Triga Indes, où il stMlivt»o 
en deux ,L'endM)uchure de l'un s'appollePadoa, 
et i^elle de Taulre Olana, ou est un port qui, 
[kuir la sûreté de ceux qui v altordent, ne le 
ctnie a aucun autre de la mer Adriatique, Ce 
fleuve est appelé, par les pens du pvs, Bo- 
dencus. 

On me dispeuM^ra bien de discuter ici tout 
ce que les (irecs raciuitenl de ce fleuve, l'af- 
faire * le Phaé Ion et sa chute, les larmes des 
peupliers, la nation noire qui haliile le long 
du fleuve, et qui porte encore le deuil de Phiié- 
ton, et en un tnot tout ce qui rej^'ard** celle 
hist(»ice tra^^ique, el |K*ut-élre d'autres st^m- 
blabU^s, l ne exacte recherche de ces s*irk*s 
de choses ne convient \ms à un préambule. 
(Cependant nous en dirons ce qu'il faudra dans 
u n e a u t re oc ca s i on , ne f ù l -ce q ue ymu r (a i r e 
connaître rignorance de Timée sur les lieux 
que nous venons de diVrire, 

t ;i*s plaines , au rt^te , étaient autrefois oc- 
cupéi*s par les Tvrrhénieus , lorsque maîtres 
du jkivs où esl CajHJue el Noie , et qu'on ap- 
pelle h^ chanq>s Phlegrèens , ils st* rendirenl 




Hî.«i.| LIVRE IL-^CHAIMTHE iV. 

débrps par la pr^^norousi' rês^istarur ([u^ils liront 
àfifubiliori de plusieurs voisins. Ainsi, r-er|ni 
m Ul daus les hîslorkns des dynîislies t\v ee 
impie 9 il ne Riut point rentendrc du pays 
ffib ocrupcul h prrsenJ , mais ilvs pluiiif^s 
iipf fai parlé, el qui k'iir IVmniissaient (<>oles 
kl fociUlés posïiiblei» pour s'a^qandir. Depuis, 
IrsGauliiis qui leur élaierit voî^^ios, e( t(ui ne 
Tojaieat qu''avee un œil jaloux la beauté du 
ptjs, s*clauC nièlês avee euv parle eoniineree, 
UmV fftin coup , sur iiu léger prétexle , fïniili- 
r^at a fer une grosses* amn^^ sur les Tjurlié' 
DJeiis, les t'haîis<'Tent des eu^îmns du Po , et 
s*? mirenl en leur plaet*. Vers la sourre de ce 
lin«'e élafcnt les Liiéiis et les Léineiét^iis ; vn- 
iidte les Insubriens, ualion puissante el forl 
Hmdue ; el après eux les(]énomans; auprès de 
bmer Adrialit|ue les Vênétes, peuple iuieieii 
fitaraiC à peu près les mêmes coutumes el le 
■Éoie babillemenl que li^s autres Gaulois mais 
f» pariait une autre langue. Ces Vênétes sont 
rtkbres chei les portes tragi(| m^s , c|ui ou t tle^^bîlé 
arnLx forée protJiijes. Au-delà du 1V>, autour 
ipTApennin » les premiers qui se prêsetilai**nt 
i&îail les Anianes , ensuite les Boiens; après 
iM^ %ers la mer Atlriatique, lesLingonais, et 

. sur la eOte, les Sénonais. Voilà les ua- 

lea plus considérables qui ont habité les 

dont nous avons parlé. 



S» 



t: 



CHAPITRE IV. 

•r leif Giulola — BifTererilp» colrpfirûic» ût ce 
peuple coDlre les RomAin». 



Tcms rrs peuples étaient répandus par vil- 
la^esî ipjjls ne fermaient pf>int de murailles. 
Ik ne savaient ee que e^^taitque des meubles. 
Lêor manière de vie était simple; poîirl d^autre 
Itl que de l'herbe , ni d'autre nourriture que 
et bi viande, La guern^ et ragrieullure fai- 
saient kiole leur étude; toute autre science ou 
arilnu' éiail ine(mnu. Leurs richesses cousis- 
tofeiii «I or et eu trtmpeaux , les seules choses 
<|tt*ofi peol facilement transport<*r d'un lieu eu 
«a attire à son choix, ou selon les différentes 
rmigoiieiares. Ils s^appliquaient surtout à s'at- 
' un giainl noudïre de personnes , parce 
l'on u\*liiit puissant et formidable divi cui 




(|u'en proporliondu nombre des eliens doiil on 
tlisposait à Mm gré. D\ibi»nl ils ne furent pas 
seulement maîtres du pavs, mais encore <!e 
plusieurs voisins ({u'ils se soumirent par la 
terreur de leurs armes. Peu de trnqis après, 
avant vaincu l<*s Romains et leurs alliés en ba- 
laîlle rangée, el les avant mis en fuite, ils les 
menèrenl luttant peinlant trois jours jusqu'à 
Rome, *lout ils sjinpiirèreiil, â rexeeplion du 
(]a]Htfde; mais les Vèuètes s'éUml jetés sur 
leur [kiTS, ils s^accommodèrent a^ee les Ro- 
mains, leur rendirent leur \ille, et courun^nt 
au secours de leur latrie (15). lisse tirent en- 
suile fa guerre les uns aux autres. Leur grande 
puisMUH'e excita aussi la jalousie de quelqui\v 
uns des peuples qui habitaient les Alpes. Piqués 
de se voir si fort au dessous d'eux, ils s'assem- 
blèrent , prirent les armes , et lireut souvent 
des excursions sur leur pavs. 

Pendant ce lemps-là les Romains sV^taient 
relevés de leurs perles, et avaient |K*ur la se- 
cmnie foisconq>osé avec tes latins. Trente ans 
après la prise de Rome, les tiaulois s'avancè- 
rent jus^pi'à Albça\ee une grande armée(ll>). 
Les Romains surpris, el n\iaul pas eu le temps 
de faire venir les troupes de leurs alliés, n'o- 
st'rent aller au de^antdVux. Mais douze ans 
aprés(17). les Gaulois étant revenus avec une 
armée nombreuse, les Romains, qui s\v atten- 
daient, assendJen* leurs alliés, s'avancent avec 
ardeur> et brûlent d'en venir aux mains. Celle 
fermeté èp<mvanla les Gaulois, il y euldinè- 
rens sentiniens parmi eux sur ce qu'il y avait 
à faire ; mais la nuit venue, ils lirent une re- 
traile qui approchait fort d'une fuite. Depuis 
ce temps-là ils restèrent chez eux, sans n?- 
muer, p:iulant treize ans. Ensuite vovanl les 
Romaius croitri* en puissiUice et en force , ils 
conclurent avec eux un trailè de paix. Ils se 
tinrent ainsi en paix pendant cm iron trente 
années (18). Mais, menacés d'une guerre de 
la part des peuples de delà les Alpes, et crai- 
gnant d'en être accablés, ils leur envoyèrent 
tant de prèsens, et surent si bicnfa ire valoir 
la liaison qu'il y avait enlrc eux cl les Gau- 
lois d'cti deçà les Alps, qu'il leur firent 
tomber les armes des mains. Ils leur per- 
suadèrcul ensuite de reprendre les armei 




5* HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA REPl BLtQl E RO^LVINE. [k. c m.j 

ccHitri! les Romains, et sVn^cr^renl à dable cl pxhorlôrenl les Tyrrhéniens ii se 
courrîr arec eux tous les risques tle cviW. joindre à eux. Le rendez-^ous eîaît près du lac 
guerre. Réunis ensemble, ils passent par la ! Vadêmou . et ils s\ mirent en bataille. Près- 
Tyrrhéme, gagnent les peuples de ce pays 
à leur parti , font un richebutiosur les terres 



des Romains, et en sortent sans que personne 
fasse mine de les tnquiêter. D<' retour chez 
eux , une sédition s'élève sur le partage du 
butin ; c'est à qui aura la meilleure prt , et 
leur avidité leur fait perdre la plus grande 
partie et du butin et de leur armée. Cela est 
assez ordinaire aux Gaulois lorsqu'il Is ont fait 
quelque capture, surtout quand le vin et la 
débauche leur échaulTent la tête. 

Quatre ans après cette exptnlition, les Sara- 
niles et lesGauloîs, ayant joint ensemble leurs 
farces, livréreol bataille aux Rtmiains dans 
le paysdesCaroertins(19), et en défirent un 
grand nombre. Les Romains, irrités par cet 
échec, retinrent peu dejours après avec ton- 
tes leurs trou peâ dans le pays des Sontînales. 
Dmis cette i^taille, les Gaulois perdirent la 
plus grande partie de leurs troupes et le reste 
futobligéde s'enfuir en déroute dans son |ms. 
lU revinrent encore dix ans apri's (20) ai ec 
une grande armée pour assiéger Arretinm, 
Les Romains accoururent pour secourir li*s 
assiégés, et livrèrent bataille devant la ville ; 
mais ils furent vaincus , et Lucius qui les 
commandait y perdit la vie. Manius Curius? 
wwi successeur, leur envoya demander les pri- 
sonniers , mais contre le droit des gens ils mi- 
rent à mort ceux qui étaient venus de sa part. 
Les Romains, outm^ démettent sur le champ 
i*n campagne ; les Séfionais se pri-senleiit ; la 
balaitle se livre; les Romains uclorîeux en 
luenl la plus grande partie, chassent le reste, 
et se rendent maîtres de lout le pays. C'est 
danscet endroit de la Gaule qu^ils envoyèrent 
pour la première fois une colonie et qu'ils \ià- 
tirent une ville nommée Séné du nom des Sé- 
nonais, qui Favaienl les premiers habitée. 
Nous avons dit où elle est située, sa voir: prés 
delà mer Adriatique, à rexlrémilé des plai- 
nes qu'arrose le P6. 

I^ défaite des Sc'monais fit craindre aux 

Boïens qu'eux-mêmes et leur pv s n'eussent 

i le même sort, Ib levèrent une armée formi- 



que tous les Tvrrhéniens y périrent , et il n^y 
eut que quelques Bolens qui èchappnentpar 
la fuite, Mais ranoée suivante ils se liguèrent 
une seconde fois, et , ayant enrùlé toute la 
jeunesse, ilsdonnérentlïataille aux Romains. 
Ils v furent entièrement dèfiiits, et contraints 
malgré toute leur fierté à demander la pai^ 
aux Romains, et à faire un traité avec eux. 
Tout ceci se passii trois ans avant que Pi rrhu» 
entrât dans Tltalie, et cinq ans avant la dé- 
route des Gaulois à Delphes. De cette fureur 
de guerre, que la fortune semblait avoir souf- 
flé aux Gaulois, les Romains tirèrent deux 
grands avantages. Le premier fui. qu'at^ou- 
tumés a être txitius pr les Gaulois , ils ne 
pouvaient ni rien voir ni rien craindre de plus 
terrible que ce qui leur était arrivé ; et c^esl 
pour cela que Pvrrhus les trouva si exercés 
et si aguerris. L'autre avantage fut, que les 
Gaulois réduits et domptés, ils furent en étal 
de réunir toutes leurs forces, nmtre Pyrrhus 
d'^abord, p<mr défendre ritaUe^ et ensuite 
contre les Carthaginois, pour leur enlever la 
Sicile. 

Pendam les quarante-cinq ans qui suivirent 
ces défaites , W Gaulois n-stèrenl tranquilles, 
et vtMTurent en bonne intelligcnre avec les 
Romains. 3Iais ^prèa que le temp<; eut fait 
sortir de ce monde ceusL qui avaient été té- 
moins oculaires de leurs malheurs, les jeu- 
nes gens qui leur succédèrent, gens brutaux et 
féroces , et qui jamais n'avaient ni connu ni 
épmuvé le mal , commencèrent a remuer . 
ojmme il arrive ordinairement. Ils cherchèrent 
querelle aux Romains pour desbagatellesteten- 
traînèrent dans leur parti les Gaulois des .VU 
pe« (2 1 ). D^abord le peuple nVut point départ 
à ces mouvemens séditieux; tout se tramait se^ 
crétemeni entre les chefs. De là vînt que les 
Transalpins sVtant avanct*s avec une armée 
jusqu'à Ariminunit le peuple, chez le» Boïens, 
ne voulut jias marcher avec eux. Il se révolta 
contre st*s chefs, s^élera contre ceux qui ve- 
naient d'arriver, et tua ses propres rois Atis el 
Galutuâ. U y euim^mc unobatiiUe nuigée^ oii 




ti-t?.wj LIVRE II.- 

il §e massacrèrent les nm les autres. L^s Ro- 
WÊÊBB • épouvantés de l'irmptioo dos Gaulois, 
H mirent m lani pagne i mais ai>prei)atit 
fl^îls s^ étaient défaits euv-mômes , ils n^ 
frirenl la route de leur [>ajs. 

Cinq ans après , sous le consulat de Marcus 
Lrpidas , les Romains partagèrent entre eux 
hiterres du Pîcenum, d'où ils avaient chassé 
les Sénoiiats, Ce fut t'.. FlaniiniuSj qui, pour 
capUv<*r\a faveur du peuple , introduisit cette 
momrelfe Joi, qu'on peut dire avoir été la prin- 
ripo/e cause de la corruption des mœurs des 
Romaiits, et ensuite de la guerre qu'ils enrenl 
dvfc les Séaouais. Plusieurs peuples de la 
aaiioD gauloise entrèrent dans la querelle ^ 
>itrlool leê Buiens, qui étaient limitrophes 
4ei Romains. Ils se persuadèrent que ce n'é- 
lût plus pour commander et pour faire la loi^ 
i|iie les Romains les attaquaient , mais pour 
les perdre et les détruire entièrement. Dans 
«itte peu5èe (iï2), les lusubriens et lesBoïens , 
lo deux plus grandes (ribus de la nation, se 
t^pieiit ensemble et envoient chez les Gau- 
^rii qui habitaieut le long des Alpes et du 
^^Ptoe^ et qu'on appelait Gésates , parce 
qttlls serraient pour une certaine sokb* , car 
e^eiloe que signifie proprement ce mot- Pour 
fafMr leurs deux rois Concolitnn et Ane- 
nwsle , et les engager à armer contre lesRo- 
oiftitti, ils leur font présent d'une somme 
cooiiilèrable ; ils leur mettent devant les 
veux la grandeur et la puissance de ce peu- 
ytei ttsiesflaltcnt par la vue des ricbesses im- 
m cMCi tftf qne victoire gagnée sur lui ne man* 
quem pês de leur proeurnr , ils leur promet- 

tl/tni $a(ennéllement de partager avec en\l<nis 
îm périls de celle guerre ; ils leur rappellent 
^ciploîts de leurs ancêtres, qui^ ajaut pris 
Bannes contre les Romains, les avaient coni- 
pliiiniefit battus, et avaient pris d*emblèe la 
TtUedeRoniè;, qui en étaient restés les mai 
Cres^ ainsi que de tout ce qui était dedans, pen- 
dant sept moiSj et qui, après avoir cédé et 
rendo la tîUc, non seulement sans y être for- 
ais(i3^; roats même avec reconnaissance de la 
part des Romains, étaient retournés sains et 
saufs, el chargés de butin dans leur patrie, 
CcHc harangue échaufTa tcllemcut les es- 



CHAPITRE V. m 

prits, que jamais on ne vil sortir de ces pro- 
vinces une armée plus nombreuse, et compo- 
sée de soldats plus liraves et plus belliqueux. 
Au bruit de ce soulèvement , on Irembb? h 
Rome iMvur Ta^ enir : tout v est dans le trouble 
lU dans la fraveur. tJu lève des troupes; ou 
fait des magasins de vivres et de munitions | 
on mène l'armée jusque sur les frontières, 
comme si les Gaulois étaient déjà dans le pays^ 
quoiqu'ils ne fussent pas encore sortis du 
leur. 

CHAPITRE V. 

TTàiUi des Romiin^'i arec AsdiubaT. ^Irruption dos Gaulob «Un» 

Hn Espagne la puissance des Carthaginois 
s^étendaît el s'affermissait de plus en plus pen- 
dant tous ces mouvemens, sans que les Ro- 
mains pussent j mettre obstacle. Les Gaulois 
les prt»ssaîent Tépée dans les reins; comment 
veiller sur ce qui se pass.iit dans un royaume 
cHoïgnê ? Ce qui leur importait h* plus , était 
de se mettre en sûreté contre les Gaulois ; ila 
y donnèrent tous leurs soins. Après avoir mis 
des bornées au\ conquêtes des Carthaginois par 
un traité fait avec Asdrubal , et dont nous 
avons parlé plus haut , ils ne pensèrent plus 
qu'à Tmir une bonne fois avec rennenii le plus 
proche, 

Ifuit ans après le partage des terres du Pice- 
num(-2i), lesGésiiles etIesaulresGaulois fran- 
chirent les Alpes et vinrent camper sur le P6* 
Leur armée était nombreuse et superbement 
é(] u i [> ce . Les 1 n sub r i c n s et les Boï ens squ t in- 
rent aussi constamment le parti qu^ils avaient 
pris ; mais les Vénètes et les Cénomans se ran- 
gèrent du cùté des Romains , gagnés par les 
amliass^ideurs qu'on leur avait envoyés, ce 
qui obligea les rois gaulois de laisst^r dans le 
pays une partie de leur armée pour le garder 
contre ces peuples, ils prient ensuite , el 
prennent leur route par la Tyrrliéiiîe, ayant 
avec eux cinquante mille homnu-s depic^d, 
vingt mille chevaux , et autant de chariots. 
Sur la nouvelle que les Gnulois avaient passé 
les Alpes , les Romains tirent marcheur Lueius 
Emilius , Tuu des consuls^ à Arîminum. pour 
arrêter !es ennemis par cet ondrolt. Uu des 




56 HISTOIRE GÉNÉRALE DE L 

préleurs fut ciiMnô dans la Tvrrhériie. Catus 
Alilhis, Faulrf* rmisul, tiail allr cïevaiU dans 
la Sardaîgiic** Tout te cpii r€sla de cito>cos 
daos Rome, élail consterne ^ cl t rovait loucher 
au moment de sa perle. Cette fraveur n'a rien 
qui doive suqirendre; rextrêinilê où les Gau- 
lois les avaient autrefois réduils était encore 
présente à leurs esprits. Pour éviter un sem 
lAsàAe malheur, ils assemblent ce qu'ils avaient 
detroii{ics; ils font de nouvelles leiéesj ils 
mandent à leurs alliés de se tenir prtMs; ils 
font venir des pro\inces de leur domination 
les registres où étaient marqués les jeuni^ gens 
en âge de porter k^ armes , afin de €onnaUre 
toutt^ leurs forces. On donna au\ consuls la 
plus grande partie des troupes , et ce qu'il v 
avait de meilleur parmi elles. Dc^ viv resel des 
munitions, on en avait fait un si grand amas, 
que l'on n'a point d'idée qu'il sVn soit jamais 
fait un pareil. Il leur venait dessecoui^. et de 
toutes sorles, et de tous lescùti'^; car telle était 
la terreur que Tirrupiion d*\s Gaulois avait rè- 
^ndue dans l'Italie . que ce nYiait plus {Kuir 
les Romains que les peuph^s crov aient p<jrte»r 
les armes ; ils ne pensiient plus que c'était à 
la puissance de celte n'pu!»lique ifue Ton en 
voulait; cV^laît pour euv nicines , jK>ur leur 
pairie, pour leurs villes, qu'ils craignaient ; 
et c'i^st pour cela qu'ils étaient si prompts à 
exécuter tous les urdres qu\>n leur donnait. 

Faisons te détail des préparatifs de cette 
guerre cl des troupes que les Romains avaient 
alors. De là on jugera en quel état étaient les 
affaires de ce peuple, lorsque Annihatosa Tat 
taquer; clcombten a^s forces étaient formida- 
bles, lorsque ce générât des Carthaginois eut 
l'audace de lui tenir létc ; quoiqu'il l'ait fait 
asseï heureusement pour lejeterdansde très- 
grands embarras. Quatre légions romaines, 
chacune de cinq mille deux cents hommes de 
pied et de trois cents t he> aux , partirent avec 
les consuls ; il v avait encore avec eux du 
coté des alliés , Irenle mille hommes d'infan- 
terie et quatre mille che\au\ , tant des Sabins 
que des Tvrrhéuîens, que l'alarme générale 
a\ail Tait accourir au secours de Home, et que 
Ton envova sur 1rs fronliéres de la Tv {'.i: î 
ni ce un prêteur pour les cummuiidci . Lus 




A RÉPIBLIOIE ROMAINE. lA. c. œ ( 

Irobriens et les Sarsinales vinrent aussi de 
l'Apennin au nondire de \ingl mille » et a\ec 
eux autant de Vénèles et de liénomans, que 
l'on mil sur les fn»ntiéres de la Gaule, a lin 
que S(* jetant sur les terres des Bolens, ils rap- 
pelassent chez eux ceux qui en étaient sfjrlis, 
et les détachassent ainsi des autres- Ce furent là 
les lrou|}es destinées à la garde du pjs.A Rlk- 
me on tenait prêt , de peur d'être surpris , un 
corps d'arméï*. qui *lans Fotcasion tciiail lieu 
de troupes auxiliaires , et qui étiiit çom|iosé 
de vingt mille piétons romains et de quinze 
centscheiaux. detrenie mille [uétons des alliés 
et de deux mille hommes de ca% ahurie* Les n*gis- 
Iresenvovés au sénat porlaient quatre vingt 
mille hommes de pied et cinq mille chei aux 
[>armi les Latins, et chez les Samnites soixante- 
dix mille piétons et sept mille chenaux. Les la- 
pvges et U^Mésapvges fournissaient outre cela 
cinquante mille fantassins et seize mille cava- 
liers i les Lucaniens t renie mille hommes de 
pied et trois mille chevaux; les Marscs, les 
Maruciniens, les Férenliniens et les Vestiniens 
\ingt mille hommes de pied et quatre mille 
che\aux. Dans la Sicile et àTarenle il v avait 
encore deux légions, C4»mp<»sé(^ chacune de 
quatre mille hommes de pietl H de deux cents 
chevaux. Les Romains et les Campaniens faî- 
saienl eiiM^mble deux cent cinquante mille 
hommes d'infanterie , et \ingt4rois mille de 
cavalerie. De sorte que Farmée campée de- 
vant Rome élail de plus de cent cinquante 
mille hommes depie^l cl de dix mille chevaux , 
el ceux qui étaient en étal déporter les armes, 
tant parmi h^ Romains que parmi les alliés , 
s'élevaient à sept cent mille hommes de |>ied 
el soîxanlc-dix mille chevaux. Ce sont pour- 
tant là ceux quWnnibal uni attaquer jusque 
dans l'Italie, quoiqu'il n'ertt pas vingt mille 
hommes , comme nous le \ errons plus au long 
dans la suite. 

A peine les Gaulois furenlils arrivés dans 
la Tvrrhénie, qu'ils j portèrent le ravaige Mos 
crainte, el sans que personne les arrêtât. Hs 
s'avancèrent entin \ers Rome, Dijà ils étaient 
auv euviroDS de Clusiuni , \illc à In tis jour- 
nées de celle capilide , lorsqu'ils apprennent 
qucranucc romaiuCi qui était dans la lu- 




LIVRE II. «-CHAPITRE VL 



5t 



ie, les suivait de près cl allait los iUk*iii- 
èr. ils retoaroèrent aus^itùt mr leurs pa^ 
foriiiivenîr aux niaîns avoc rllc, Los doux 
s» ne furent en pré^rirc que* i ers le tou- 
farda soleil^ et cam])èrent à fort peu de 
MocePuiie deTautre* La nuît venue, les 
ois allument des feu\, et avaut donné 
«dreà trur cavalerie, dés que rennemi l'aurait 
forue le matin j de suivre la route qu'ils 
liUîmt çti*iidre, ils se retirent saus hruit 
vers FésEoipt et preiioent là leurs quartiers, 
ka$/e rftrssein d'\ attendre leur ea\a!erie; et 
fmd elle aurait rejoint le grf»s de l'armée, de 
Wnî à !■ improviste sur les Romains. C<»ux-ci 
difoiatrdu jour lojantfeUeiavalprie, eroient 
l^ks Gaulois ont pris la fuite, et se un tient 
thfioiirsutvre. Ils approriieut, les Gaulois 
iaôntreot vi tombent sur eux : l'aetion s'en- 
IfB tirée vigueur, mais les Gaulois plus 
Iniif^ cl eu plus grand nombre eurent le des- 
Lcs Romains perdirent la au moins six 
delKHiinies ; le reste prit la fuite , la plupart 
an rrrlain poste avantageux , où ils se 
aonèrcnt* D'abord les Gaulois pensi»rent à 
in? forcer; c'était te bon parti, mais ilsehan- 
lércnt de senUmenL Fatigués et harassées par 
limitlie qu^iï avaient faile lanuilpréeêdenle, 
fiiimèreiitmieux prendre quelque repos; laîs- 
sanl sealemcot une garde de eavalerie autour 
de la hauteur où les fuyards s'étaient retirés, 
et remeilant au lendemain à les assiéger, en 
df qu'ils ne se rendissent pas d'eux-mêmes. 
Vendant ce temps-là Ludus Emilins, qui 
avait Mm camp vers la mer Adriatique, ayant 
appris que les Gaulois s'étaient jetés dans la 
Ty rrbcnw. et qu'ils approchaient de Rome, 
vint en «lîHgence au secours de sa patrie, 
M arriva fort à propos. S'étant eampé proche 
HBfe ennemis I les fuyards virent tes feux de 
^|kus leur hauteur, et se doutant bien de ee 
que c'était, ils reprirent courage. Ils envoient 
au plu* vile quelques-uns des leurs sans armes 
pendant ta nuit et à travers une forêt pour 
annoncer au consul ce qui leur était arrivé* 
Ëmilius, sans perdre de temps à déliliércr, 
tom mande au V tribuns j, dés que le jnur coni- 
meocerait à paraître , de se mettre en mar- 
ehe avec finfanterie -, lui-mcmesc met k la tête 



de la cavalerie, eimarehe droit veis la hauteur. 
Les chefs des Gaulois avaient aussi vu les feux 
pendant la nuit , et conjecturant que les enne- 
mis étaient proche , ils tinrent conseiL Ane- 
rocs te leur roi dit qu'après avoir fait un si 
riche butiu (car ce butin était immense en 
prisonniers» en l>estiaux et eu bagages), il 
n'était pas à propos de s'exposer à un nou- 
veau romliat , ni de courir le risque de perdre 
tout; qu'il valait mieux pour euv retourner 
dans leur pairie; qu'après s'y être déchargés 
de leur butin, ils seraient plus en état, si on le 
trituvàit bon , de reprendre les armes con tre tes 
Ronmins. Tousse rangeant à cet avis, avant 
le jour ils lèvent le camp , et prennent leur 
route le long de la mer, par la Tyrrhénic* 
Quoique Lucius eut réuni à ses troupes celles 
qui s^étaient réfugiées sur la hauteur, il ne 
crut pas pour cela qu'il fùl de la prudence de 
hasarder une bataille rangée, il prit le parti 
de suivre les ennemis, et d'observer les temps 
et les lieux ou il pourrait les incommoder et 
regagner le butin. 

CHAPITRE VL 

Batfiîlle et victoirr d« nom ai os contre let Gauloi» proche do 
Télamon. 

Le hasard voulut que dans ce temps-là 
même Caïus Atilius venant de Sardaigue dé- 
barquât ses légions à Pise » et les conduisit à 
Rome par une route contraire à celle des 
Gaulois. A Télamon, ville des Tyrrhéniens^ 
quelques fourrageurs gaulois êtaut tombés 
dans l'avant'garde du consul, les Romains 
s'en saisirent. Interrogés par Atilius^ ils ra- 
contèrent tout ce qui sVtaît passé, qu'il y 
av ail dans le voisinage deux armées , et que 
celle des Gaulois était fort proche, aunten 
queue celle d'Emilius* Le consul fut louche 
de t'éthee que son collègue n\iVd souffert; 
mais il fut charmé d'avoir surpris les Gaulois 
dans leur marche * et de les voir entre deux 
armées. Sur-lechamp il commande aux tri- 
buns d(* ranger les légions eu bataille , de don- 
ner à leur iTfmt l'étendue fpie les lieux per- 
mettraient, et d'aller militairement au devant 
de l'ennemi. Sur le chemin il v avait une hau- 
teur j au pied de laquelle il fallait que les 



i 



1 



5» 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA RÉPLBLIOLE ROMAINE ur.mj 

endroits ne les arrètassenl el ne les enipé* 



Gaulois passassent. Ahlîus > courat avec la 
cavalerie , el se lo^ea sur le sommet » dans le 
dessein de eomnienrer le premier le romki! , 
persuadé que par là il aurait la meilleure pari 
à la gloire de ré\êiieraenL Les Gaulois, qui 
cro\aient Alilius bien loin , vovant eelle hau- 
teur ocoapée par les Romains , ne sonpeon- 
nèrent rien autre ehose, sinon que pendant 
la nuitEmitius a\ait liattii la campagne avec 
sa cavalerie pour sVmparer le premier des 
postes avantageux. Sur cela ils dèlaehiTcnt 
aussi la leurel quelques soldats armés à la lé- 
gère pour chasser les Romains de la hauteur. 
Mais ayant su d*un prisonnier que c'était Ati- 
lius qui rcHCUpait , ils raellenl au ptus\itc 
rinfanlcrie en bataille * et la disposent de ma- 
nière que rangée dos à dos, elle faisîiil front 
par devant el par derrière; ordre de bataille 
qu^ils prirent sur le rapport du prisonnier et 
sur ce qui se passait actuellement, ptmr se 
défendre et conireceux qu'ils savaient être à 
leur poursuite^ et contre ceux qu*ils auraient 
en léle, 

Emilius avait bien ouï parler du débarque- 
ment des légions à Pi se , mais il ne s'atten- 
dait pas qu'elles seraient si proehe; il n'ap< 
prit sûrement le secours qui lui était venu 
que {)ar le combat qui se donna sur la hauteur. 
Il V envoya aussi de la cavalerie , et en même 
temps il conduisit aux conemis rinfantcrie^ 
rangée à la manière ordinaire. 

Dans l'armée des Gaulois, les Gésates, et 
aprè^ eux les Insubriens faisaient front du 
cùtède la queue, qu^Emilius devait attaquer; 
ils avaient à dos les Tauris<]ues et les Boîcns , 
qui faisiiient face du colè par où Alilius de\ait 
venir. Les chariots bordaient lesailos, et lebu- 
li» fut mis sur une des itiant«giies voisines, 
a\er un détachement pour leglfder.Cettear* 

»à deux fronts n'étaitpasaetilenieot terrible 
▼oir, elle était encore très -propre pour Tac- 
lion. Ia*s Insubrieus y paraissaicut avec leurs 
braies^ et Q^ajant autour d'eux qtie des saies 
léférvs. LesGésittt^ , aux premiers rangs, soit 
piF taiiilé^ soit par bra\oure, avaient même 
jrté bi9 tout vêtement vCt, eutién^ment nus* ne 
gardèrent que leurs arnM\'% , do (seur que les 
humQm qui se raicimUatcnl la eu curlaius 



chassent d\igir. Le premier choc se fil sur iâ 
hauteur . et fut vu des trois armées, à causede 
la nombreuse cavalerie qui de part et d'autre y 
comliattit. Alilius [x^rdit la vie dans la mélèo» ^ 
où il se distinguait par s^m intrépidité et sa 
valeur, et sa létc fui rapportt^ au roi desGau- 
lois. Malgré cela, !a cavalerie romaine lit si J 
bien stHi devoir, qu'elle emporta le poste, et* 
gagna une pleine victoire sur celle desennemi». 

L'infanterie s'avança ensuite l'une contre 
l'autre. Ce fut un spectacic fort singulier et 
aussi surprenant pour ceux qui .^ sur le récil 
d^un fait . {leuvent par imagination se le met- 
tre comme sous les yeux , que pour ceux qui 
en étaient témoins ; car une bataille entre 
trois années à la fois est assurément une 
action d'une espi^re et d'une manœuvre bicii 
particulières. D'ailleurs aujourd'hui , comme 
alors , il n'i^st pas aisé de démêler si les Gau^ 
lois attaqués de deux ciVtès s'étaient formes 
de la manière la moins avauiageuse ou la plus 
convenable. Il est vrai qu'ils avaient à com- 
battre de deux cùtés ; mais aussi rangés dos à 
dos , ils se mettaient mutueHemeut à couvert 
(le tout ce qui p*>uvait les pn*ndre en queue. 
Et ce qui devait le plus contribuer à la \îc- 
loire, tout moyen de fuir leur était interdit; 
et, une fois défaits , il n*y a\ail plus pour eux 
de salut à espérer ^ car tel est l'avantage de 
l'ordonnance à deux fronts. 

Quant aux Romains, voyant les Gaulois 
serrt*s entre deux armées et enveloppés de 
toutes [wirts , ils ne pouvaient que bien esiKTcr 
du combat ; mais d'un autre c<>té , la disposi- 
tion de ces troupes et le bruit qui s' v faisait , 
les jetait dans Tépou^ante. ï-a multitude des 
cors et des trompettes y était innombrable, et 
toute Tarmée ajoutant à ces iiiMrumeus sa 
cris de guerre , le vacarme était tel que les 
lieux voisins , qui le rcuf ojaient , semidaîeot 
d'eux-mêmes joindre des cris au bruit que 
faisaieut les trompettes et les soldats. Us 
étaient effray es aussi de l'aspect et des mouve- 
mens di's S4 ddals des premiers rangs , qui en 
effet frappaient autant par la In'autè et la vi- 
gucur de leurs cor|>s, que par leur nudité; 
outn^ qu il n'y eu a%iil iHHot dam les prduiè- 



lies , qui nVùl 1c eou ol los hras 
s de colliers el àe brarelob dVr, A Pas- 

5€<?tle armé** . les Roiii«iîns n«.* perenl à 
irilè se défeiidri* do *|iH4que frinf^iir, 

respèraoce d'un riche butîu eiitlamma 

^ifcliers s^avaneAretit sur \e front de la 

ère ligne, selon la coiiturtie dos Ro 

k rlcomiiiencent Pactioii par une^rrèle 

de trait*^. Les Gaulois des der- 

^ rangs n'en souffrireotpas e\tr<^iiiemerit, 

fi^nufset leurs saies l<'s en dêtVfidirerit ; 

: des preiniers , qui ne s^atteiidaienl 

ta I ce prélude, el qui n'avaient rien sur 

'€Oi|i5 qui les mît à couvert, en furent 

MOIIlioodés. Ils ne savaient que faire 

||it pirter les eoups. Leur bouclier nV»tait 

|>inef larfrepour les couvrir; ils étaient 

I. rt plus leurs corps étaient grands , plus 

(onlail de Irait» sur eux. Se venger sur les 

I rtfllmémes des blessures qu'ils recevaienf, 

tiiilût impossible, ils en étaient trop éloi- 

i; et d^ ail leurs eonnneot avancer au Ira- 

l£nu si grand uonil>re de traits? Dans 

► , les uns transportés de colère cl 

se jettent inronsitlêrémeni parmi 

ittanis^ et se livrenl in\ulontain:menlà 

wî ; les autres pÂlcs, défaits, freniblans, 

Idl H rompent l*^s ran^s quiélaîcnl der- 

^«1^. C^€*»t ainsi que dés la |iremière at* 

furent rabaissés Torinieil el la fierté des 

Lies archers se furent retirés, les In- 
ktUiBoïeoset les Tau risques en vin- 
% IDani. Ils se battirent ni ec tant d^i- 
que nmijîré les plaies dont ils 
eon^erî», ou ne ptmvait les arracber 
'pOUa. Si leurs armes eussent été les 
qm celle des Ilomains , ils rcmpor- 
lia yictoire. Ils avaient à la vérité eoraine 
liOticliers pour parer, mais leurs 
i leur renda ien t pas les mêmes serv ices . 
4ïm dm Romains taillaient et perçaient , au 
Oeles leurs DCJVappaicnl que de loille. 
\ lroii|ies ne soutinrent le choe que jus- 
i^âcc fifùe la cavalerie romaiuc fiU descendue 
hBulnu* , et les eût prises en liane. Alors 
ie fui taillée en pièces i el la cavalerie 



LIVRE IL— CHAPITRE VL 59 

s'enfuit en déroute. (Juaraote mille Gaulois 
reslèrenl sur la place, cl on Bl au moins 
dix mille prisonniers, entre lesquels était 
Coîirolitau, un de leurs rois. Anéroeste se 
sauva avec i|ueb|ues-iins des siens, en je ne 
sais que! endroit, mi il se tua Inî et ses amis 
de sa propre main. Enn'lius avant ramassé 
les dépiniilles, les envouiii Rome, et rendit 
le butin à ceux à qui il appartenait- Puis mar- 
chant a la télé des légions par la Lirrurie , il 
se jetta sur le pavs des B<'Meïis, y laissa ses 
soldats se porter de butin, et revint à Rome 
[wu de joui^s aprésaveerarmée. Tout vv qu'il 
a\ait pris de drapeaux , de colliers et de bra- 
celets , il l'emplova h la décoration du Ca pi- 
tijle ; le reste des dépouilles el les pris<mniers 
SI T virent à orner son triomphe. C'est ainsi 
qn'échiiua celte formidable irruption des Gau- 
lois, qui menaçai l d^une ruine euliéreuon 
seulement toute ITtalie, mais Rome même, 

Apn\s ce succès j les Romains nv doutant 
point qu'ils ne fuss<mt en élal de chasser les 
fJaulois de tous les environs du Pô, ils firent 
de grands préparatifs de guerre > levèrent des 
troupes , et les envovérent contre eux sous la 
* onduile de Q. Fui vins el de Titus Manlius, 
qui \enaient d'être créés consuls. Celle irrup- 
tion épouvanta les Roîens, et ils se rendirent 
à discret ion. Du rcslc les pluies furent si gros- 
ses, et la peste ravagea tellement rarmée des 
Romains, qu'ils ne firent rien de plus pendanl 
cette canqTapie. 

L'année suiviuilc, PuWius Furius el Caius 
Flamiuius sejetérenL encore dans la Gaule , 
jKir le pa\s des Anamares. peuple assez peu 
éloigné de Mrtrseille(tîri). Après l(*ur a\oir per- 
suadé de se déclarer en leur faveur , ils entrè- 
rent dans le pa;^s des Insubriens, par Tendroit 
où l'Adduase jellc dans le P<\, Ayant été fort 
maltraités au passage el dans leurs campe- 
mens, el mis hors d'état d'agir, ils lirent un 
traité avec ce [Roupie et sortirent du pays. 
Après une marche de plusieurs jours, ds {)as- 
sérent le Cluson, entrèrent dans le |>ays des 
Cénomans » leurs alliés , avec lesquels ils revin- 
rent fondre par le bas des Alpes, sur les plaines 
des Insubriens. où ils mirent le feu el sacca- 
géreul toui^lcjâ ^iUages* Les chef» de ce peuple 




m HISTOIRE GENKR.VLE DE L 

vojaiit les Romaics dans une réfoltilion li\c 
de les evlermiiicr, prirent enfin le j^rtî de ten- 
ter la fortune , et de risquer le tout pfnir le 
tout. Pour cela, ils rassemblent en un luéme 
endroit tous leurs drapeaux , niéniereu\ qui 
étaient relevés d'or, qu'ils dp(>elaient les dra- 
peaux immobiles, et qui avaient été tirés du 
temple de Minerve, Ils fout provision de 
toutes les luuîutions aèiessaires, et, au nom- 
lire de einquanle mille tommes, ils \ont har- 
«liment et a^ee un apjtareil terrilJe se tampr 
devant les ennemis. 

Les Romains, de beaucoup Inférieurs en 
nombre, avaient d'alwïrd dessein de faire usa* 
ge dans cette bataille , des troupes gauloises 
qui étaient daos leur arotée. Mais, sur la rc»- 
flexitm qu'ils iirent que les Gaulois ne st^ font 
pas un scrupule d'enfreindre les traités , et que 
cY'tail contre des Gaulois que le cr»ml)at devait 
se donner, ils craignirent d'emplover ceux 
qu'ils avaient dans une affaire si délicate et 
si tjuporlaute, et pt^^ur se précautionner contre 
toute trahison . ils les firent passer au-di4à de 
la rivière, et plièrent ensuite k^ jmnts. Pour 
eux, ils restèrent en deçà , et se mirent en ba- 
taille sur le l>ord, afin qu\i}ant derrière eux 
une rivière qui n'était pas gucable, ils n'es|Hî- 
rasseni de salut que de la victoire. 

Celte balaiite est célèbre par riuteHîgence 
avec laquelle les Romains sV conduisirent. 
Tout rhonneureu est dû au\ tribuns, qui ins- 
truisirent Farmée en général , et chaque sol- 
dat en particulier de la manière dont on de- 
vait combattre- Ceux-ci, dans les ronibats 
précètlens, avaient ol»servè que le feu et Tim- 
p^iuosité des Gaultiis, tant qu'ils n'étaient 
piis entamés, les rendait, a la vérilc , formî* 
dables dans le premier choc ; mais que leurs 
éptM*s n'avaient |ias de pointe , qu'elles ne frap- 
|)aient que de lad le et qu'un seul coup j que le 
lil sV'ii émoussait * et qu'elles se pliaient d'un 
Una à Tautre ; que si les soldats, après le 
premier coup, n'avaient pas le temps de les ap- 
pu^er contre terre el de h*s redresser avec le 
pii'd , It* S4*ciind n'était d'aucun effet. Sur c(*s 
remarques, les tribims donnent à la première 
b*iri»e les pîqui's des triaires 4(ui mhiX a la se- 
et iomiudûdeiil à ces derniers de se 



i RÉPIBLIOLE ROMAINE. [A. t »i.j 

sen ir de leurs épines* On attaque de front le» 
Gaulois, qui n'eurent pas plutôt porté les priv 
miers coups, que leurs sa 1 très leur de\iureal 
inutiles. Alors les Romains fondent sur eu!i 
FéiHl'e à la main, sans que ceux-ci puissenl 
faire aucun usage des leurs , au lieu que les 
Romains, aiant des ép'TS [lointues et bien afB- 
lées, frappent dVstm^ et noti pas de taille^ 
Portant donc aliH> dc*s rou[>s et sur la pûlriii© 
et au visage des Gaulois , et faismt plaie sur 
plaie , ils en jetèrent la plus grande |iarlie sur 
le carreau . La pré^ oyance des tribuns leur fui 
d^un grand seronrs dans cette occasion ; car le 
consul Flaniiiiius ne parait pas , dans ce 
danger, s'être conduit avec niurage. RaugeanI 
son armée en Imlaille sur le bord même de la 
rivière, et ne laissant par là aux cohortes au- 
cun espace pour nvuler, il i.Uait à la mauiérc 
de combattre des Romains ce qui lui est par* 
tieulier. Si , pendant le combat , les ennemis 
avaient press<> et gagné tant soit peu de ter- 
rain sur son armée, elle edt été renversée el 
eulbulèe dans la ri\ ière. Heureusement le cou- 
rage des Romains U*s mit à couv ert de ce dan- 
ger. Ils firent un butin immense*» el cnrirhis 
de dépouilles considérabh's , ils reprirent le 
chemin de Rome. 

L'année suivante les Gaulois en vovèrent de* 
mander la paix ; mais les deux consuls , Mar- 
cus Claudius et Cn, Cornélius ne jugérenl pas 
à propiis (|u'on la leur accordât. Les Gaulois 
rebuti^s s<: dis|K>st*renl à faireun dernier effort* 
Ils allèrent lever à leur solde rhei les^ji'^sates, le 
long du Rh6ne» environ trente mille hommes 
qu'ils tinrent en haleine, en attendant que les 
ennemis vinssent. Au printemps les consuls 
entrent dans le pa\s des Insubriens , et s'étani 
campt^ proche d'Acerres , ville silm*e entre le 
P*>et les Alpes, ils\ mettent le siège. Comme 
ils s'étaient b»s premiers emparis di^ postes 
avantageux , les Insubriens ne purent aller au 
secours; cependant, pour en faire lever le 
siège , ils firent passer le Pu à uue partie de 
leur armée, entrèrent dans les tern'S des 
Adrèens, et assiégèrent Clastidium. A relie 
nouvelle, Marrus Ctaudiusà la UMe de la cê%n- 
lerie el d'une p;irlie de rinfanterie, <**url 
au MH:ours des assièges* Sur le bruit que les 




tn^RE n.— CHAPITRE Vif. 



61 



iMuins approehf'nt, los Gaulois InissoiU la 
Qnlidiani* ^îeiiDciil au dt' van l don ennemis 
Û9t mn^^iit on halattle. La (jivalerie foiHl 
or eux a%er impehiosilr, ils M>ulirnaent 
fUrfennclé le premier rhoc; nmis relte cava- 
hiËles ayant ensuite enveloppes et filhifjués 
A^ueoeet en flanc « ils plièreiil de ton 1rs 
fBts* Cne partie fui eullnilec dans la rivière , 
kplu«N ^Atul nonihrt* fut passé au ûl de répec. 
Lrs ViauVuis qui étaient dans Acerres aban- 
àfmiH*rPOt fa ville au\ Romains^ et se reli- 
fpm/i Mîlan^, qui est hi ea pi taie des Insu- 

Compas se met sur-le-ehamp au\ trousses 
iin roviinls, el jMiraîl l(>u( d^uu coup devant 
Siii. Sa présence tînt d\ihord les Gaulivis 
ursprrlj mais il nVut pas sitôt repris la 
liilrfAccrn*s, qu'ils foiulenl sur lui, char- 
fat TÎTement son arrière-garde, en tm'ul 
mkoone partie, et mettent Tautre partie en 
lAé, Le consul fait avanrer ravant-pirde, 
Feiicounijire à faire t^te aux ennemis, 
sVngaçe , les Gaulois fiers de l'avan- 

qa^ils ycoaient de remporter , tiennent 
tmei|ttelqoe temps; mais bientôt enfuneés, 
àprirent la fuiteTcrs les montagnes J Cornélius 
by ptmrsuivit , ravagea le pavs et emporta 
ifferrelaTillede iMilan. Après cette déroute, 
k» rliefs dos Insubriens, ne prévoyant plus 
^occaiion de se relever^ se rendirent aiiv 
tUmmo^ à di^rètion. 
Ainsi se termina la guerre eonire les Gau- 

Wii^%*en c*st pas vu de plus formidable . 

oa en ve^t juger |ïar [^auda< e dèsespértH! 
deB e&ÊÊÊlmWàm * par les eond>als qui s\y sont 
Br/é», et par le nondjre de eeu\ qui y ont 
pcrdii la rîc en bataille rangée ; mais à la re- 
girder du côté des vues qui ont porté lesGau- 
hi* k prendre les armes et Tîm prudence 
iifc laquelle cbaque chose s\v est faite , il nV 
mlpoiais de guerre plus méprisable, par la 
nisoa que ces peuples , je ne dis {>as dans la 
phtpftri de leurs actions, mais généralement 
cbiii lûul ce quMIs entreprennent, suivent 
phriAI leur impi^tuosilé qu'ils ne consultent 
lei régies de la raison et de la prudence. Aussi 
foreal-ils rhassés en peu de tenq>s de tous les 
ffirinMif^ du Pu , à quelques endroits prés qui 



sont au pied des Alpes ; et cet événement m*a 
fait croire qu'il ne fallait pas laisser dans Pou- 
bli leur première irruption , les faits qui se 
sont passés depuis, et leur dernière défaîte. 

Ces jeu\ de la fortune sont du ressort de 
rhisloire , et il est bon de les transmettre a 
nosdescendans , pour leur apprendre à ne pas 
craindre les incursions subites et îr régulières 
des Barbares. Ils verront par là qu'elles durent 
peu, el qy^il est aisé de se défaire de ces sortes 
dVnnemis /pourvu qu^on leur tienne tète, et 
que Ton mette plutôt tout en œuvre , que de 
leur rien céder de ce qui nous appartient. Je 
suis persuadé que eeu\ qui nous ont laiss*"* 
l'histoire (Se rirruption des Perses dans la 
Grwe et des Gaulois à Delphes, ont beau- 
coup contribué au succès des combats que les 
Grecs ont soutenus pour maintenir leur liberté. 
Car lorsrpiVKi si* représente \vs clioscs extï'a or- 
dinaires qui se firent alors^ et la multitude in- 
nombrable d^hommes,qui« malgré leur valeur 
et leur formidabb' appareil de guerre , furent 
vaincus piir des troupes qui surent dans les 
combats leur opposer la résolution , Tadresse 
et fintelligence; il nV a plus de magasins, 
plus d^arsenaux , plus d\irmées qui épouvan- 
tent ou qui fassent perdre Tespérance de pou- 
voir défendre son pays et sa pi trie. Or, comme 
les Gaulois n'ont pas seulement autrefois jeté 
la terreur dans la Grt»< e , mais que cela est 
encore arrivé plusieurs fois de nos Jours , de 
la une nouvelle raison pour nu*i de reprendre 
de plus haut, et de rapporter en abrégé les 
principaux pcïints de leur histoire. Revenons 
maintenant h celle desCarthaginois« 

CHAPITRE VII. 

Annihiil àuircMe a Asdrubil. — Abn^géde Tliîstoère un AcMeD«. 
-^ l'aurciuoi le» peuples «Vu Pélopon^e prirent le oom 4es 
Acliét'ii». — Li forme de (eur it<»uvernenirnt réUblie ét.uâ \m 
(irai^de-Gfi'ce, — Ils réconctlienl le* Ucédéfiiotili lii itec le» 
TbébaiDA. ^ 

Asdrubal avait gouverné l'Espagne pen- 
dant huit ans, et par la douceur et la poli- 
tesse dont il usa envers les puissances du 
pays, plus que par les armes, il avait fort 
étendu la puissance de sa république , lors- 
qu'une nuit il fut égorgé dans sa tente pr un 
Gaulois qui voulait se venger de (|uelque$ in- 



I 



et 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE L 



P 



justices quccegèiiérallaiaTail faites. Aimilal , 
quoique jeune , avail déjà donné tanl de preu- 
ves de son esprit et de son courage, que les 
Carlhagînois le jugèrent digne de succéder à 
Asdrubal. Il n'eut pas été plutôt élevé à cette 
dignité , qu*à ses démarches il fut aisé de voir 
qu'il ne manquerait pas de Taire la guerre 
aux Romains : il la leur fil en elTet peu de 
lenips après. Dés lors les Carthaginois et les 
Romains comineneèreut à se suspecter les 
uns les autres , el à se t hcrcher querelle ; 
ceu\-là n^épiaot que les occasions de se ven- 
ger des pertes qu'ils avaieiit faites en Sicile , 
ceux-ci se tenant en garde contre les mesu- 
res qu^lls voyaient prendre aux autres ; dlspo- 
silionsdes deux celés, qui marquaient ctaire- 
ment que la guerre ne larderait pas à s'allu- 
mer entre ces deux états. 

Jusques ici nous avons rapporté de suite 
les affaires qui se sont passées en Sicile el en 
Afrique , el les événeinens qu'elles ont pro- 
duits. Nous voici enfin arri\és au temps où 
les Achéens , le roi Philippe et d'autres alliés 
entreprirent contre les ÉEolicns la guerre que 
Ton appelle sociale ; oùcomrEenra la seconde 
guerre entre les Romains et les Carthagiuoîs , 
appelées par la plupart des historiens les 
guerres d'Anuîbal ; el où par couséquenlnous 
avons promis de comounuer notre propre 
histoire. Mais, avant que d'en venir là, disons 
quelque chose des affaires de la Grèce , et 
amenoos le*s jusqu'au temps où nous sommes, 
afin que ce préambule serve également pour 
lous les pays. Car ce n'est pas seulement ce 
qui est arrivé chez les Grecs ou chez lt*s Per 
ses, que je me suis proposé d'écrire, comme 
d^autres ont fait avant moi , mais tout ce qui 
s' t*st passé dans Umlcs les parties du monde 
ccmnu: dessein pour l'excculion duquel le 
siècle où nous vivons m'a fourni des secours 
particuliers, dont je parlerai dans un autre 
endroit. Touchons donc au moins légère- 
ment, avant que dVntrer en matière, ce qui 
regarde les peuples el les lieux les plus celé, 
bresdeTunivers. 

A Tégîird de» Asiatiques el des Égyptiens, 
il suffira de pnrfor de rr qui sVsl passé chez 
eux depuis le temps doni nous ven*nis de 



A RÉPUBLIQIE ROMAINE. i it rai 

parler. Car outre que plusieurs auteurs ont 
écrit rhistoire des faits antérieurs à oe 
temps, et que ces faits ne sont ij^norés de 
personne > de nos jours même il n'est arrivé 
aucun changement dans ces deux états , et la 
fortune n'y a rien intrcKluit qui soit extraor- 
dinaire, ou qui vaille la peine qu'on fasse 
mention de ce qui a précédé. Il n'en es! pas 
de même des Achéens et de la famille ro\ale 
des Alacédoniens : nous ne pouv ons nous dis- 
penser d'en reprendre rhistoire de plus haut , 
celle-ci étant entièrement éteinte, el la répu- 
hlique des Achéens au l'im traire ayant fait 
dans notre siècle des progrès prodigieux , 
grâce à l'union qui régne entre toutes ses 
piirties. Des le temps [lassé hicn des gens 
avaient tâché de persuader celle union aux 
peuples du Péloponèse; mais comme c'était 
plutôt leur intérêt prLiculier que celui de la 
liberté commune qui les faisait agir , la divi- 
sion restait toujours la même : au lieu qu'au- 
jourd^hui la concorde s'y est si heureusement 
étciblie , qu'entre eux il y a non seulement 
alliance et amitié^ mais mêmes lois, mêmes 
poids , mêmes mesures * même monnaie , mé* 
mes magistrats^ mêmes S4!*oateurs, mêmes 
juges. En un mot, à cela prés que tous les peu- 
ples du Péloponèse ne sonl pas renfenués 
dans les mêmes murailles, tout le reste, soit 
en général , soit dans chaque ville en particu- 
lier, est égal et parlailemenl uniforme. 

Commençons par examiner de quelle ma- 
nière le nom des Achéens est devenu dominant 
dans ton lie PéloponèseXc n'est certainement 
pas par l'étendue du paj s, nî parle nombre des 
villes , ni par les richesses, ni par le courage 
des peuples. Car ceux qui dès l'origine porlent 
renom, ne son l distingués par aucune de ces 
qualités. L'Arcadie et laLiconie occupen l beau* 
coup plus de lerrein , et sont Im auœup plus 
peuplées que l'Achaïe. On n'y céderait non 
plus à aucune autre partie de la Grèce pour 
la valeur. DVù vient donc qu^aujourd'hui 
c'est un honneur pour les Arcadîens, les La* 
cédémoniens et lous l(*s peuples du Pélopo- 
nèse, d^avoîr pris les hds di*s Achéens, et 
dVn porter le nom^ Alïrîbuer cela à la for- 
tune, S4>rail choH^ ridicule M faite. Il vaut 



UlL ÏÏB.J 



LIVRE IL — CHAPITIE VII. 



03 



en thcrcher la raiise, puisque sans 

il De se fait rien de bon ni de mauYais, 

iwtiie cause c'csl à mon sens qif il nV'st 

iil de répablique^ où régâlilé, la liberté, 

IBD mot une parfaiiodéniocralîeîse Irouvenl 

K moins de mélange que dans celle des 

lÉéens* Eu Ire le» peuples du PélopoDése 

àiteUeest coin posée, il y en a qui d'abord 

• préiexitèreDl dVux- mômes ; d^aulres en 

fjm çrmnA nombre eurent besoin quVn leur 

Rlirw Vînléiiél qu^ib avaient d\v entrer; il 

Ulai oser de wioience pour y attirer encore 

fiefqiiet aolres^ qui^ aussitôt après, Turent 

Kaiaâes d*y avoir été eontraints, Car les a n- 

ém eilojeos n'avaient aucun privilège »ur 

m% ^î étaient associés de nouveau, l'out 

Éit fpral pour les uns lomnie pour les au- 

il^ De celte manière, la république parvint 

HatMou elle aspirait. Rien n'était plus puis- 

■tqneles deu\ moyens dont elle se servait 

pmcd^, je veu\ dire régalîté et la dou- 

een. Ces! à ces deux choses que les Pélo- 

doivent eelte prfaite union, qui 

felMulieur dont nous voyons qu^ilsjouis- 

pfèteolement. 

cette faruie de ^gouvernement s'oliser- 
iirt lûog'lemps auparavant chez les peuples 
^PHfhiii^ Voici uneoudeu\ preuves de ce 
mille que je pourrais en rapporter, 
dan^ cette [Kirtie d^ltalîc, qu^on 
la Grande-Grèce, le collège des Fy- 
eut été mis en cendres, cette 
camsa de grands mouvemens parmi 
V cela ne pouvait manquer d'arri- 
mk incendie où avaient péri mise- 
les principaux de chaque ville. On 
lie dans les villes grecques de ces 
MUfécf i|iie meurtres, que séditions^ que 
ImilUet de toute espèce. Alors, quoique Ton 
ttfOfàtd^ députés de presque toutes les par- 
lis de la Grèce pour rétablir lapaiv , il n\ eut 
ksAchèens, à la foi desquels un voulut 
se rcmellre et s'abandonner. Et ce ne 
m ieuleraenl en cette occasion que le 
ent des Achéens fut goûté dans la 
Cflttfc-Grècef quelque temps après ou l'y 
WJMê d^tin consentement unani me. Les Cro- 
iMMleii le» Sybarites, les Cauloniates eom- 




mencéreut de concert par élever un temple ii 
Ju|>iter Homorius , et bâtirent un édilicc pu- 
blic, pour y tenir les assemblées et les déli- 
bérations ; ils prirent ensuite les lois et les 
coutumes des Achêens, et convirf>nl entre 
eux de se conformer en tout à leur gouverne- 
ment. Si dans la suite ils le quittèrent^ ce ne 
fui quiî parce (jue la tyrannie de Denis de Sy 
racusticl la puissance des Barbares voisins les 
y contraignirent. 

Après la fameuse défaite des Lacédé- 
moniens à Leuctres, les Thèbains , contre 
l'attente de tout le monde, voulant s'ériger 
en maîtres delà Grèce, il s'éleva quelques 
troubles dans lout le pays, mais prticulière- 
ment entre ces deux peuples , les premiers ne 
voulant pas se confesser vaincus , et les autres 
ne voulant p4ïiiil les reconnaître victorieux. 
Pour terminer cette contesta tion, les uns et les 
antres ne prirent pas d'autres arbitres que les 
Aclièens, portés qu'ils étaient à ce choix , non 
par la puissance de ceux-ci, car c'était presque 
leplus petit èlat de la Grèce -mais par la bonne 
foi et la probité qui éclalaîent dans toutes 
leurs actions , de l'aveu de tous les peuples où 
ils étaient connus. Alors toute leur puissance 
ne consistait que dans la bonne volonté d'en 
acquérir. Ils n'avaient encore rien fait ni rien 
entrepris de mèraorable pour l'accroître, faute 
d'un chef qui fût capable d'exécuter leurs 
projets. Dès quiils en avaient élu un qui pro- 
mettait quelque chose, les Lacédémoniens 
aussiliVt , et plus encoi'c les Macédoniens, s'ef- 
forçaient d'èlouffcr ses desseins , et d'en em- 
pêcher l'exécution. Mais quand dans la suite 
ils eurent enfin trouvé des chefs tels qu'ils 
désiraient, ils ne furent pas long-temps h 
rendre leur république illustre par cette action 
digne d'une éternelle mémoire , je veux dire 
par l'union qu'ils surent si bien ménager 
entre tous les peuples du Pélopouèse. Le pre- 
mier auteur de ce projet , fut Aratus le 
Sicyonien.Philôpœmen le poussa et le condui- 
sit a sa (in, et c'est à Ly cor las et à ceux qui sont 
entrés dans ses vues, que l'on est redevable du 
temps jieneant lequel cette union s'est conser- 
vée, ie tâcherai dans le cours de cet ouvrage 
de m'arréter où iï convicmlraj sur ce quç 



1 




F 



ei HISTOIBE GÉNÉRALE DE 

chacun d'eux a fait, cl sur les moyens Jonl 
lisse son l servis, en man|iiaiil le temps où 
chaque chose esl arrivt*e. A pn-iseut je me 
borne à un récit succînl d'Aralus, parce 
qu'il a laîssi' Je lidêles mémoires sur ce qui le 
regardait :uous traiterons de ce qui touche les 
autres, avec plus de soin et d'exactitude. 
Or. je crois que ptnir fticiliter an\ letleui^ 
rinlelligence de ce que je dois ra|»p<jrler, 
je ne puis mieux commencer qu'aux temps 
où les Achéens distrihurs dans les villes par le 
roi de Macédoine, formèrent un nfmveau 
gouvernemeut par l'union que ces villes coti- 
traclèrent entre elles, gouverneraenl par le- 
quel cette nation a fait monter sa puissance au 
point où nous la vojons de nos jours, et dont 
je parlais il n\v a pas long-temps. 

CHAPITRE MIL 

premlert roiiin>e»«*mens de ta république âti AchMii ^ 
MûXÈOtt foiidAmenUl*; de miii K<MiTer»enieoï — Exploits d A- 
ntH.— Allunre &t* Éioliens «ire Aoti^oDUi GoMtu. 

Ce fut en la cent \ingt-quatriêrae olvmpî<i 
ile(à6)que les Patriciens et les Duméens i oni- 
mencèrent ii s'unir d'intérêts , c'est-à-dire au 
temps où moururent Ptolemée, fils de Ligus, 
Lvsimachus. Seleucus et Ptoleraée Ceraunus, 
Avant ce temps-là, lel était Tètatdes Ach*H?ns* 
ItS avaient eu d'alK>rd pour roi le lils d'Ores- 
le, nommé Tisaniène, qui, chasst> de Sparte 
au retour des Héraclides, se rendît niîiilre de 
TAchaïe, Ses descendans y régnèrent successi- 
vement jusqu'à Ogygt*s, sous les en fans du- 
quel ils changi^rent le gouvernement en répu- 
blique, nwouteos de ce que ces enfans ne 
k^ gouvernaient pas sehin les lois, mais en 
maîtres. Ils se maintinrent dans cet élal jus- 
qu'aux tem|Vi dWlexandre et de Philippe, 
quoique leurs afTaires eussent varié selon les 
différentes ciinjouclures. Celle n!*puhlique 
èùut compc^V de doute \ illes , qui suh^îsteut 
mror^» à rexcvptitMi dXMen et J^ÉJvr- qui , 
avant la litilnilte de l.eiictrt'^, fui eogloutie 
par 11 mer* Ces villes sont Patres « Oyuie. Pha- 
res. Trilèc. Lt^ontiuin ^ jtpn*, Pelletie, 
Mgiam. Bt^ure, Céraunie» IMen et Ê^m, 
DcfMis Alexandrr et a^aut Toi) mpiatle eilè« 
t, les Achéens furent si luallraitiSs, 



LA RKPrBLIOlE ROMAINE. fi.iJ.»i 

surtout par les rois de Macédoine, que les 
ailles furent divisées les unes des attires, et 
eurent des in lé rets différens, d'où il arri?a 
que Démétrius, Cassauder, et depuis mue 
Anligonus Gonatas, mirent garnison àam 
quelques-unes, et que d'autr(*s furent oceun 
pces et soumises par des ivrans. Car c'est de 
cet Antif^onns que sont venus la plupart des ty- 
rans df* la Grèce. Mais \ers la cent vingt-qua<j 
trièmc olympiade, les ailles d'Achale eomu 
mencérent à revenir à Itnrr première union ^ 
environ dans le temps de rirruption de Pyr-) 
rhus en Italie* Les premiçn^ villes qui si^ 
joignirent, furent Dyme, Patres, Tritée et 
Phares , et c'est pour cela qu'il ne reste plus^ 
à prissent de monument de cette jonction. En-j 
viron cinq ans après, les ;F,s<H*ens ayant rhassé, 
leur garnisim, entrèrent dans la république-^ 
Après eux les Bouriens liren t mourir leur t v raiii 
Les Caryniens se joignirent aussi en m<^ni& 
temiis, Istas, leur tvran, voyant la garnisoo^ 
chassée d'.Egium , le roi des Bouriens masA-^ 
crê pr Marcus et !t»s Achéens , et qu'on allail^ 
fondre hientùt sur lui de tous c<*ités, se démît 
du gouveniemenl , après avoir reiu des 

Achéi^ns des assurances pour sa vie, et laissa 
Il • ' 1 1 

cette ville se joindre aux autres. 

On me demandera [Mnil-étre pourqurii je 
remonl? si haut. C'est (ïour faire connaître 
c<minientet en quel temps s'est établi, pour la 
s»Tonde fois, le gouvernement dont usent au- 
jourd'liui les Achéens, et quels scmt h^ liummes 
«|ui, les premiers qui ont travaillé à ce réiahtis- 
senii^nt. C'est en second lieu , a lin de juslilier 
par rhtstoire même de celte nation , ce qne 
nous avons avancé de l'esprit de son gouver- 
nement, savoir : qu'il ronsiste uniquement à 
s'attirer les pi^uples par Tégalité dont cm jouit 
dans cette ri*pultlique , et à ne jamais quitter 
k*s armes contre ceux qui , par eux marnes 
ou par des rois, veulent les n^uire en servi- 
tude. Ce^ par cette maxime qu'ils sont par- 
v<H[ius au |ioint où nous les vovons. a^rissanl 
lauliU ))iir eux-nu%ies et tantôt par leurs al- 
liés. O qu'ils ont fait par cetix-ci dans la 
suite, pour rètablissemenl de leur république, 
doit encore s*» rap|K>rter ii Tesprit du gcKiver- 
; Car quoiqu^ik aient souvent partafé 




iRm^J LIVRE IL— CHAPITRE Vllî 

les Roniains le$ plus helli's rDUepiisos^ 
ii^on( cependant jamais soiiliat(é qu'il lour 
iieftDt quelque avanta;re eu particulier, 
lUluo rèconipeusi* qu'ils st^ soient jamais 
fmmèt en aie] a ut leurs al liés, a l< m jours été 
ilkrté eomoiune et TuiiioD du I^èloprmêse. 
Ck re qoc l'an verra plus elairemrnt par 

TMesIfs Tilles que nous avons nommées 
jh&ba^lêiaâent restées sous une mt'^me forme 
\ift pmx^mmenX peudant vinf^f ans. CTéant ' 
fiÊqoeaÊiBèe un set rêtaire commun et deusL 
fréteurs. On jugea ensuite a pro|M>s de n'en 

itB qu^tiD^ et tie lui ton lier le soin des 

Ain». Le premier à qui celle charge 

fin (37), fui un Carjnieii nommé Marcus. 

Mant fa quatrième année de ce ^ouv(*nic- 

mày Xs^tus le Sicyonicn, quoiqu'il n'eût 

«ntqnc TÎn^ âns^ délivra par sa valourel 

pwm courage sa palri** du tvran qui Fop- 

fMit(î8)^ el eliarmé dés le commcnrTment 

fcb faille de république des Achêens, Il y 

IttW mt^nies lois.Èhi préleur pour la se- 

alifaiftybuîtânsa|)rè«^, il sur[iril paradres.se 

dmirviriutlic où eonunandait Antîgouus^ 

lAnrradil maître (29). Parla il délivra 

Ibi glande crainte tous les peuples du Fé- 

hp^ie, et mil en liberté tous les Corinthiens 

fAntnii à la république des Achéeiis. Il 

li^véïiie cbose pour les Mégariens, dans 

Iir3lr4»quels il était cntore entré par sur- 

pw, imu avant cette délailc des Carthagi- 

Bik^kar fit perdre entièrement la Sicile^ 

Hottîk turent contraints de payer tribut aux 

Rcioyi». Mant fïiit en peu de tenqis dt» 

gnaàÊ fn^ffH y tout le reste du temps qu'A- 

litelitl à la tête de la république^ il ne se 

|ro|KHa d'autre but dans tous ses desseins et 

hna toutes ses entreprises, que de chasser 

W llâcêdcinieiis du Péloponése, tVy abolir 

l«»ottarchies ^ et d'assurer à ses compatrio- 

lob liberté ait tlles avait établis, et dont 

Ions pères avaient joui. Tant qu'Antig^oiuis 

C«Bita TCi'ul , Aratus n** cessa de s^jpposer 

tviatrigfaes. 11 ne s'opposa pas avec moins 

lie laneté el de constance à Tavidité et à 
des Étoliens, II avait besoin de 



cri 




m vigilance contre la hardiesse el Tin- 



justice de ces deu\ ennemis, car un complot 
était déjà formé entre eux pour perdre les 
Achéens. 

Après la mort dV4nti^^onus, les Achéens 
avant fait alliaufe avec les Êtolîens, et s' étant 
joints a\ec eu\ dans la j^uerre contre Dénie- 
trius, les anciennes Inimitiés se dissipèrent, 
el firent plac*' k rallîance et à Famitié. La 
mort de Démétrius, qui arriva la dixième an- 
née de son régne, et vers le temps de la prc- 
niîèrc irruption des Romains dans IMllvrie, 
aiançaenrore le projet des Achéens, car tous 
les petits rois du Pékïponèsese virent par cette 
mort dans une fàcheust* extrémité. Ils avaient 
perdu leur chef, pour ainsi dire, H celui dont 
ils attendaient toute leur récompense. D'un 
autre coté Aratus les pressait, rés<jlu de leur 
tiiire eiHiérement abandonner Tautorité el la 
domination* Il comblait de présens et dlion 
neurs ceux t|ui entraient dans ses sentimens: 
ceux qui résislaienl . il les menaçait des plus 
irrands niallicurs. Il lit tant qu'enfin ces petits 
rois se déterminèrent à se démettre de leur 
royauté, à remlre la liberté ii leurs peuples, et 
à se joindre à la république des Aehéens(30). 
Lv&iadas de MéjLcalopobs, lionmie prudent et 
sa^re, prévoyant bien ee qui devait arriver, se 
dépouilla de Imju ;^ré de la puissance roj aie, 
du vivant même de Démétrius, et entra dans 
le gtmvernement des Achéens. Il fut suivi 
d-Aristomaehus, tvran des Argiens^ de Xé- 
non, t;\ran des Hermioniens^ et de Cléo- 
nvine, tvran des Pldîasîeus. 

Ces jonctions avant augmenté eonsidéra- 
Idement la puissance des Achécns, les Étt>- 
liens, nalurelleinonl méchans et avides d'ac- 
(juèrir , en conçurent de la jalousie. Comme 
ils avaient autrefois partagé les vil les des Acar- 
nanieus avec Alexandre, el qu'ils s'étaient 
proposé de partager encore celles des Aché- 
eus a\ec Autîgonus Gonalas , ils espérèrent en- 
core pouvoir faire la niénie chose, Danscctl 
vue ils eurent la témérité de faire alliance ave. 
Antîgonus,qui commandait alors dans la Ma- 
cédoine, et qui était tuteur du jeune PhilipjMî, 
et avec Cléoméne , roi des Lacédèmtïnîens, 
lis vovaient qu'Anligonus, qui était paisible 
maître de la Macèfloiue, avait une baiue nn^r- 



r 




HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE. hl u. m.) 

vl les autres magistral voulurent bion nVo- 
tri'jïreiiflre tic guerre cuiiire lUTRiiiiie, mais 
ib ré-sulureul en interne tciu|is de ^'opiniscr 
de lou(es leurs forces au3( projets dt^s Lact*- 
dèitionieiis. C-esl|K*urqiioi. déisque Clnnuène, 
eu ltî\U!<s;ml Alhéiièe daus le jms des Mègalo- 
pidHaiDS, se fût dêrlaré ou^erlemeiit emtenii 
de la rê|niblMiiie , «ilors les Acbéens assem- 
bkTenl le conseil , cl il y fui résolu que Fou se 
déclareraîl aussi omerlemcol contre les Laee^ 
déniouieiis. Telle fut Tongiiie de la guerre ap- 
|R4ée de Clêomêoe* ei c'esl à celle êj^oque 
qu'elle eonimeaça (31). 

Ce fut alors que les Aehéens prirenl pfiurla 
première fuis les armes coiilre les Lai édèmo 
niens. Il leur parut beau denedeiuîr la dé- 
feose de leur ville et de leurs pays qu"";! euv 
m^mes j et de a'implurer le secoars de jrt- 
souiie. Par là aussi ils st* couser^ aienl dans Ta- 
mîlié qu^ib devaieiil à Plolémc'C pour les bien- 
faits qu^ib en a\ aïeul reçus. La guerre faisait 
dcjk des progrt^. Déjà Cléomène avait aboli 
l'ancienne forme du gouvernement j ce n'était 
plus un roi légitime, mais un tyran . qui pouv 
sait cette guerre avec toute riiabilelé et la vi- 
gueur jM>ssibles. Aratus avait pré\ uies révolu- 
lious.el.craignaul li*s mauique la mêrhantelè 
et Taudacc des Ekdieus piiurraient attirer sur 
sa république, il crut qu^il devait cuumien- 
cer par rompre leurs projt ts. Il cou naissait 
Antigonus |K*ur uu roi appliqué au\ affaires^ 
prudent et d'une fidélité à toute épreuve j 
|K>rlé à faire des alliances et fidèle à les obser- 
ver ; au lieu que les aulri*s rois ne croyant pas 
que la haine et ramitié virnni'nt de la nature, 
n^aimcnt ou ne haïssent qu^autant qu'ils trou- 
vent leur intérêt dans Tune ou Tautre de ces 
dispositions. Il prît donc le parti de s^ahou- 
eher a^ec Antigonus^ de le pc»r 1er à joindre 
enst*mh!c leurs forces, et de lui faire voir 
quelle serait la suite et le succès decelle jcine- 
Ijon. llnecrut pourtant pas qu'il fùl à propcis 
de s'ouvrir là-dessus à tout le monde. Deux 
raisons robligeaient à se tenir sur la rès^i'rve; 
car il devait s\i tiendra que Clèoraène et les 
Étolieiis s'opposeraient h son dessein ; et de 
plus il n\iurait pu demander ouvertement du 
secours aux ennemis, sans abattre le courage 



telle contre les Achceus, et se déclarait ouver- 
tement leur ennemi, parce^pi^ils lui avaient em- 
porté fAcrocorinthe par surprise: ils croyaient 
que s^ils pouvaient inspirer cette baine aux La - 
cédémonieus , et joindre les forcit de ce jk'u - 
pic aui leurs , les Acht^ens ainsi enveloppés 
et allaqués a propos scraieul facilement acca- 
blés. La chose n'aurait |>iis manqué de réussir 
selon leur projet ; mais ib ne pensaient pas à ce 
qui méritait pourtant toules leurs réflexions , 
c'est qu^ib a vaient a ffai re à A ra lus J' homme d u 
inonde qui sVntendait le mieux a se tirer des 
conjonctures les plusembarrassanles.Ils eurent 
beau vouloir embrouiller les affaires et faire 
une guerre injuste aux Aehéens, rien de ce qu'ils 
avaient projeté ne leur réussit. Tous leurs ef- 
forts ne servirent qu^à augmenter la puissance 
d'Aratus qui était alors à la tète des affaires, et 
celle de la nation, Aratus s^opposan là tous leurs 
desseins* et renversan lions leurs projets. Noos 
allons voir comment les choses se passèrent. 

CHAPITRE IX. 

GaeiT« de déoméoe. • Saifons qii'tr«it ÂrUm pour rriitre> 
preodre — n pense à &e h'icuer tvec AoUg^ow,— >0éfKiUiion 
de la paît de» M^alopQUtaitis p«ur c« ^ 



Aratus, Toyant que , si les Étoliens avaient 
honte de déclarer ouvertement la guerre aux 
Aehéens, ce n'était qu'à cause des services 
qu^ib venaient tout réceranieut dVn nxevoîr 
dans la guerre contre Di^métrius, mais que cela 
ne lc*s empêchai l pas d'avoir des intelligencts 
secrètes avec les Lacédémoniens ; qu'ils por- 
taient lellemenl en^îe aux Aehéens qu'apri^ 
que Cléomène leur avait enlevé par surprise 
trois villes alliées et associées à leur gouver- 
nement , savoir Tégée, Mantinée et Orclio- 
niéne , non seulement ils n'en avaient i»oint été 
féchés , mais encore ib lui avaient assiiré cetle 
conquête ; que, quoique aulrefuis la |ïassion de 
s'agrandir leur fit siiisir le plus léger prî^ 
texte i*our faire prendre les armes contre 
des gens qui ne leur avaient fait aucun tort, 
ib ne faisaient cepudant ahirs nulle difficulté 
de violer les traités^ et perdaient volonlaîre- 
ment des villes fort importantes, uniquement 
jKiur meltre Cléomène plus en étal de faire du 
i..ri «nx Aehéens; sur ces consîdciations, lui 



I èi Achéens^ qui par là u^auratcnt pas mao- 
Uiède senlir qu'Aralus iiecomplait pas beau- 
\ sttr leurs forces et sur leur valeur. Ces 
; firent qu^il peu sa à exécuter son projt^t 
' plus secrêlcDienl qu'il liû serait possible: 
I» qui fui cause qu'il dit et lit bien dcscboses 
■ dehors qui paraissaient eontratres à son 
l aniiâ , et qui cepcudani ne tendaîent qii^à 
b eoQTiir. C^est aussi pour cela qu'où ne 
irmiTC cas certains faits dans ses mémoires. 

Quand U Tit, d'un coté que les Mêgralopùli- 
iâins iioate0aicul la guerre à regret , parce 
<pi'îk ne recevaient aucun secours de la part 
'i«*5 Achéeos, qui ê la ienl aussi fort pressés; 
H de Taufre , que depuis les btenfaîts qu^ils 
inteat reçus de Philippe fds d'Amjntas, ils 
*lâieiil fort prévenus en faveur de la maison 
mttie de Macédoine , il ne douta point que^ 
« ftentaiil accablés, ils nVussent au plus tôt 
iMlirsà Aotigonus^ et n'implorassent les for- 
ce 4es Macêdouieus. Il commuuîqua son se- 
cwlàNicophaoès et à Cercidas, deuxMégalo- 
tniitains^ qui avaient chez son père droit d'hos- 
fii&litéj tous deu\ fort propres à son dessein, 
hr kur entremise il lui fui aisé de persuader 
m Mégalopolitairis d'envover des députés 
AOLAchëeos^ et de les presser d^envoyer de- 
mander du secours à Antigonus. Les Mégalo- 
pdBlains choisirent pour députés ?}icophanès et 
Cercidas , et leur ordonnèrent d'aller d'abord 
diexles Achêcns. et de là aussitôt clieîîAntigo 
ms, en cas que les Achéens y consentissent. 
L«*s Achéens rayant bien voulu , Nicopha- 
n«% enVnicn conférence avec Auligomis, Sur 
sa patrie il ne dit que peu de chose , et que ce 
qo'îfae pouvait se dispenser de dire ; mais il 
s'éteodft beaucoup sur les affaires présentes, 
selon les avis et les iuslructions qu'il avait 
rerues d'Aratus. Il fit voir à ce prince ce que 
Ton devait attendre de la ligue qu'avaieut faite 
etiseiuble les Ktoliens et Cléoméne . et où elle 
lefidait ; que les Achéens seraient les premiers 
à eu M>ufrrir ; mais qu'il avait aussi des ine- 
iores à prendre pour s'en mettre lui-même à 
toavert : qu'il était évident que les Achéens 
lUqilf'S de deux côtés ne [Miuvaient manquer 
ï sucromlïer ; qu'il était encore plus visible 
que fcs ÉioUeas et Cléoméne j après s'(^tre 



LITRE II. — CILiPITRE lî. 



i» 




rendus maîtres des Achêeus^ ne s'en tien 

(Iraient pas a celte conquête ; que la Grèce en- 
tière sullirait h peine pour rassasier la passion 
qu'ils avaient de s'agrandir , loin qu'ils vou- 
lussent la contenir daus les bornes du Pélopo- 
nèsc ; que Cléoméne pour le présent semblait 
se contenter de commander dans cette pro- 
vince ; mais qu^ilnes'y sérail pas plutôtétabli 
qu'il and>itionnerait de dominer sur toute la 
Grèce, à quoi il ncpouvailparvenirquepar la 
ruine des Macédoniens : qu'il n'avait donc 
qu'à se tenir sur ses gardes, et à examiner le- 
quel des deux convenait mieux h ses intérêts, 
ou de se joindre avec les Achéens et les Béo- 
tiens pour disputer à Cléoméne daus lci*élO' 
ponése l'empire de la Grèce j ou, en négli- 
geant de se lier avec une nation Irés-puissanle^ 
de défendre dans la Thessaïie sou rojaume 
contre tous les peuples de l'Étolie et de la Béo- 
lie joints aux Acbéens et aux Larédémouîens: 
que si les Etoliens, par reconnaissance pour 
les services qu'ils avaient reçus des Achéens 
du temps de Démélrius^ se lenaîent en repos 
comme à présen t , eu x les Achéens prend raient 
les armes contre Cléoméne ; que si la fortune 
leur était favorable ^ ils n'auraient pas besoin 
d'être secourus ; mais que , si elle leur était 
contraire, et qu'outre cela les Etoliens vins- 
sent tomber sur eux , il prit garde de ne 
point laisser échapper l'ocrasitm, et de se- 
courir le Péloponèse pendant qu'on pouvait le 
sauver i qu'au reste il pouvait être sûr de la 
fidélité et de la reconnaissance des Mêgalopo- 
litains; qu'Aratus Irouvcrail des assurances 
qui plairaient aux deux partis, et qu'il au- 
rait aussi le soin de lui donner avis du temps 
où il faudrait venir à son secours. Anligcinus 
trouva les avis d'Âratus fort sages et fort sen- 
sés ^ et suivit dans la suite les affaires avec 
beaucoup d'attention. Il mauda aux Mégalo- 
politaius qu'il ne manquerait pas de les se- 
courir , si les Achéens le trouvaient bon. 

Les ambassadeurs à leur retour remirent 
la lettre du roi ^ et se louèrent fort de l'ac- 
cueil favorable qu'il leur avait fait, et des 
bonnes dispositions où il semblait être. Les 
Mégalopoli tains rassurés par ce récit , couru- 
rent au conseil des Achéens pour les presser 



M 



es 



HISTOIRE Gl^XKRALE DE I. 



do faire venir Anlîgonus , H de le met Ire û la 
tôle dc^ affaires. Anilus , de son vùiè, s'êianl 
fait iustruîre en iMrliciilier par \'îcopbaiit*s 
des senti meus où était le roi à IV^rd des 
Achêeus et de lui-même, ii e se pi^issedail pas de 
joie, H voyait par là eouiliien il ai ait eu raisou 
de former ce projet, et ijue d^ailleurs Aiilii^^o- 
nus II Votait pas tant au nombre de ses enne* 
mis que les Etoliens rayaient tS[H*rê. Il lut 
semblait encore très-a^nilapreuv que les >lè- 
galopolitains voulussent ehar/trer Anlijïonus 
du soin des affaires [rar Teutremise des 
Achc*ens, A la vérité il souhaitait fort u^avoir 
pj.is besoin de seeours ^ mais , en cas qull ïù i 
txm train t d'en demander, il aimait encore 
mieux le faire par les Arbéens en corps que 
par kii-mèmc ; car il craignait qu^Kntigiinus^ 
après avoir dêfîiit Ciéomène et les Macédo- 
niens, ne eoneùtde mauiaisde.sseins contre la 
république des Achi^ns, et que eeux-crî ne 
le rendissent resi^nsable de tout le mal (|ui 
en arriverait; ce qu^ils croiraient faire avec 
d'au tant pi us de justice, qu'il était Tauleur de 
l^injurefaiteàla maison royale des Macédo- 
uieiis par la prise de rAcrœoriuïhe, CVst 
pourquoi, après que IcsMégalopolilainsçurent 
montré dans le conseil des Achèens la lettre 
du roi et qu'ils eurent prié de Tappeler au plus 
tét , tout le peuple eonnnenrant à goûter ce 
sentiment , Aralus entra dans le conseil, parla 
avec éloge de la protection que k roi voulait 
bien leur accorder, et approuva fort la réso- 
lution que voulait prendre \r peuple. Mais il 
s'arrêta l>eaucoup à faire voir qu'il fallait 
essayer de défendre p;ir eux-inèmès la \ille et 
le jKiys f que rien ne serait plus glorieux , rien 
de plus conforme a leurs intérêts ; que si la 
fortune refus;iil de lt»s favoriser, il ne fallait 
avoir recoui*s à leurs amis qu'après a^oir de 
leur cùté mis tout en uSiige , et ne les appeler 
qu'à la dernière extrémité. 

Il n^ rut personne <|Qi n'approuvât cet 
avis^el Ton conclut qu'on devait s'y arrêter 
et soutenir cette guerre |Kir soi-même. Mais, 
après quelHolémée, dèsespt*rant de conserver 
les Acbèens dans son parti, et espî*rant beau- 
couj» i>lus des Lacédèmoniens pour le dessein 
jiiu'il a^ail de traverser les vues des roi^dela 




V RÉPIBLIOIE ROMAIXE. [a r mi 

Mac édi>ine , se fut mis en tête de fournir des 
secours à Cliniméne pour ranimer contre Anti- 
gonus ; après que les Acbéens dans une marche 
en furent venus aux mains avec Clèoméue 
et eurent été vaincus par lui près de Lyci>c; 
qu'ils curent été défaits une seconde fois dans 
les plaim^deMègalopolis» appebVs Laodicéen- 
nes; que Leusiadas eut été l>attu; que toutes 
leurs troupes curent éternises en déroule pour 
une troisième fois au \ environs delhme près 
de Fendroit qu'on appelle Hécat«»mbée ; alors, 
les affaires ne sou f fran t plus de délai , ils furent 
obligés de recourir unanimement à Antigo- 
nus. Aratus env(»ya sonproprc fils comme am- 
bassadeur, et confirma ce qui a\aît été réglé 
pour le S4^CMurs. lue chose emkirrassait: Anli- 
gonus ne semblait pas devoir \enir au s^^conr^i 
d^\^atus, qu'on ne lui eût auparavant rendu 
rAcrnc*orinlhe, et que bi ville même det]o- 
rinthe ne lui eût été doum'^e p4jur en faire si 
place de guerre, H cependant les Achèens 
n'osaient livrer Corinthe aux Macédoniens 
contre le gré des ha bilans. On différa donc de 
délibérer sur ce point jusqu'à ce qu'on vùi 
examiné quelles sûretés on |H)urrait donner. 

CHAPITRE X. 

Arittis Ttùà fArroforiiithe à ADiiKono». — Ls Arti^eti» prea- 
Dcul Affos ^Frifc 4e pluMeur» vil!» p«r Anligooiai.— Cleo- 
ini^oe furpreiKl .Mc»^ike. 

Ciéomène, ayant répandu la terreur de ses 
armes |^ir les succès dont nous avons pairie, 
passant ensuited'une \ illeâ Tautresanscrainte, 
gagnant les unes |wir douceur , les autres par 
menaces. A pri*s AHre ainsiempïirédeCapbie, 
de Pelléae , de I*benét\ d'Argos, de Phlie , de 
Clèone, d'Êpidaure, d'Ilermione, de in^ 
séné, et enfin de Corinthe, il alla <nmper de- 
vaut Sicyone. Cts exjiédilions tirèrent 
les Achèens d'un tnV^rand emlkirras.CarJes 
Corinthiens ayant fait dire à Aratus et aux 
Achèens de sortir de la ville, et a\ant député 
vers CK*oméne pour la lui livrer, ce fut p#ur 
les Achèens une oiTasion fii vorable . don l Ara tus 
se servit heun*iisement |H»ur céder TAcroio- 
rintbe à Antig^onus. Eu lui donnant cette 
pLice, la maiS4>n rojale n'a \ ait plus rieu a lui 
reprocher ^ il dormait uue^iirelé suflisauledela 



\f^ 



LIVRE IL— CHAPITRE \. 



69 



ifeiilê avec laqtiHIe il ajj^ ira il envers AiUi^o- 
»par la suiti% et outri' cela il fournissait a 
trioî une plan» de eu**rn* miilrc hs Lamlé- 
waneos- lK*s qur LirMjnu'ur rut a\isdu trailê 
teenlreAnlifToiius et li\s Afhwns, il lova son 
GKp de devant Suloru*, alla le mettre h 
lUhmc j ci fit ontourerd'iin fossi' et d'un re^ 
feuirhofnr'nl tout Fe^iwire qui est entre PA- 
dOCOrintho et lt^s mtmts Onions, se tenant 
é^GOVnilie assuré de reni}nredu Pêlopoiimv 
Aoiigoaas se tenait pri^t depuis lon^-temps 
H nan^odaîl que rorrasiun d^ajïir, juf^eant 
Wo , sur les rnnjonelurc^s [nésentes , que 
(JrtKoèue et son nniiée n'elait'iU pas l<iîn, 11 
«dit enrcjfe dans laTliessalie , lorsqu'il en voa a 
ioTpïi Aralus et aux A^héens de s'a* tiuitter 
le te qa^iis lui avaient promis, il vint ensuite 
pr fEubée à risllinie. Lar lis Etoliens, non 
OBtens de ce qu'ils avaient fait, voulurent 
mxm enip^her Antigonus de porter du se- 
rais. Iklui dêfendîr€*rit dépasser avec sonar- 
mérdans Pjle,et lui dirent (jue s^jl le faisait, 
fcsV opposeraient à main armée* Ces deux ca- 
fMtagoes marchaient dune Tun roulreFautre, 
AafifOfius s' efforçant d'entrer dans ie Pélo- 
poh^ ^ et Cléoniêne tâchant de lui en fermer 
rmlrée. Malg^ré lesperlpsqu^avaient faites les 
AdimH, il."^ n^ahandonncrent pas pour eela 
leur premier projet, et ne cessèrent pasdVs- 
|iércT une meilleur fortune. Mais, dés qu'un 
CfrUin Aricrieii nommé Aristote se fut déclaré 
ruiilrr le parli de Cléomèue^ ils coururent à 
son seeonTS , et sous la eoiïduitc de Tixoménc 
prtrenl par adresse la ville dMrgos. CVst à 
cesurrésqu^on doit prlriripalement attribuer 
Vbeurvtix changement qui se fit dans les affai- 
res des Achceos. Ce fut là ce qui arrêta l'un- 
pétninitè de Cléoniène, et ralentit le coura^^e 
de ses soldats, comme il est aisé de voir par 
la Miite. Car, quoiqu'il se frtt emparé le pre- 
mier des postes les plus avantageux , qu'il eOt 
des vivres et des munitions en plus f2:rande 
(fuaotilé qu'Antigouus , qu'il fût plus hardi 
H plus avide de gloire , cependant il n\nit pas 
ptas lui appris que la ville des Argîens avait 
éié eiii[H>rlée par les Achéens, qu'il oublia 
ses premiers succès , se mit en marche, 
et fit une retraite fort ^mblahle h une fuite ^ 



dans la crainte que les ennemis ne reiivehip- 
passent de tous eûtes. Il entra dans Argos par 
surprise ; mais il en fut ensuite chassé ci nira- 
geuseraent par les Aehéens et par les Argicns 
mêmes, qui avaient du dépit de lui en avoir 
auparavant ouvert les portes. Ce projet ren- 
versé, il prit sa route par Ma ni i née, et s'en 
retourna ainsi à S[>arte. 

Sa retraite ouvrit l'entrée du Péloponése à 
AntigonuSj qui prit aussitôt i>os.session de 
l'Acroeorinlhe, De là, sans s'arrêter, il marcha 
sur Argos, d'où, après avoir loué la valeur de» 
habilans et réglé les affaires delà ^ille, il pir- 
tit promptement et mena son armée en Arca- 
die. Il chassa les garnisons de tous les forts 
qui avaient é(é élevés par ordre de (Uéoinéne 
dans le [kivs des Égécns et desBelininates, et, 
V avant mis uin^ garnison mégalo polit ai ne, il 
vint à rassemblée des Aehéens à Égèe, il y 
rendit compte de sa conduite ; il proposa ses 
vues sur l'a^ enir , et on lui donna le comman- 
mandement sur tf»us les alliés* Ensuite, après 
être resté quelque temps en quartier d'hiver 
autour de Sycione et deCorinthe. le prin- 
temps venu, il lit marcher son armée et 
arriva en trois jours à Tégée , où les troupes 
des Aehéens le vinrent joindre .Ml y plaça son 
4'amp, et conmiença à en foi re le siège , qui 
fui poussi* par les Macédoniens avec tant de 
vigueur, que les Tégèates ne pouvant ïii le 
soutenir , ni se défendre contre les mines des 
assiégeans, eu vinrent en peu de temps à une 
conrposition. Antigonus s'étaiit assuré de ht 
ville, passe à de nouveaux exploits, et se hiHe 
d'arriver dans la I^aconîe. Il s'oppriM-he de 
Cléoméne qui en gardaitles frontières» et ti\chc 
de l'engager à un combat par quelques escar- 
mrmches. CependanI II apprend par ses i^ou- 
reui's qu'il venait à Cléoméne du secours 
d'Orchoméup. I! lève aussitôt le camp, et 
s'avance vïTsceMe ville. Il !'i*mporte d'assaut 
et va mrltre le siège devant Mnnlinèej qui 
prit d'atKvnl Fépmvante et ouvrit st^s portes. 
Il marcha aussIitU V4*rs Érèc et Tt»1phvss4*, 
dont les bah i tan s se soumirent volonlai re- 
ment. Enfin, l'hiver approchant, il revint à 
Egée pour se trouver àt'assembléedes Achérnfi. 
I 11 renvoya les Macédooi eus prendre leui-sqnar- 



70 



HISTOIRE GÉNÉILiLE DE hX REPUBLIQUE ROMAINE. 



Uors d'hiver dcUis korpays. Pour lui, il resta 
h Ef^ée pour délibérer avec les Achéens sur 
les affaires présentes. 

Dans le temps qu'il y était, CléomèDe voyant 
que les truupes étiiienl licenciées , qu\Vntigt> 
nus n'avait avec lui à Egée que des s^ililat^ 
étrangers, qu^il était éloigné de >lélap>pu!isde 
trois journées de chemin ^ que cette ville étail 
difJieilê à ijarder , à cause de sa grandeur et 
du peu de monde qu'il y avait , qu'actuelle- 
ment elle élail mal gardée, parée qu'Aotigo- 
nus étail proche, et, ce qui le Ûatlaildavanlage. 
que les deux balailles de L^cée el de Laudicce 
avaient fait péjir laplupart des habitanseu âge 
de jHirter les armes, il gajrna quelques fuvards 
Messt'uiensqni se trom aient alorsdans la ville, 
eL par leur moven y entra pendant une nuit 
sans être aperçu de personne, ^lais à peine le 
j<mr parut, que Ivs ^légalopolitaius se défen- 
dirent a\ ec tant de courage , que Cléomène 
non seulement fut chassé , mais courut encore 
risque d'une défaite entière. Même affaire lui 
était encore arrivée trois mois au|)aravan(. 
lorsqu'il entra par ruse dans la \ille par l'en- 
ilroit qu'on appelle Colée, Mais alors, c<ïmme 
km année élait pliitS nombreuse , et qu'il s'é- 
tait emparé le premier des postes U»s plus a^an- 
lageus, il vint à bout de son dessein» 11 chassa 
les Mégalopolilains et se rendit niailre de la 
ville, qu'il saccagea et qu'il détruisit avec tant 
de cruaulé , que l'on avait perdu toute espé- 
rance qu'elle pût jamais être habitée. Je crois 
qu'il n'eu usa avec lant de rigueur, que parce 
qu'en ce temps-lâ il ne pouvait ni chez les !Ué- 
gal(q>olitains, nichez les Stvmphaliens , trou- 
ver personne cpii fût d'humeur à épouser st*s 
intérêts au préjudice de la patrie. Il iiV eut 
que chez les Clitorieus , peuple courageux el 
I^assionnépour la liberté, qu'il se rencontra un 
stélérat nommé Thearçès, qui se couvrit de 
celte infanuc. Aussi les Clitoriens st>uli<'nnent- 
îlsj rt ave*' raiâ<ni,que ce trajïre n'est pas sorti 
de chez eux, elquc c'étail un enfant qui leur 
était resté des soldais qu'on leur avait envoyés 
dTirchoméne. 

t Connue dans ce qui regarde la guerre de 
kmiiie, j'ai cru devoir préférer Aratusà 
itmUre hi&iurieu, el que quelques-uns dou- 



f A, IT. «30.1 

nent la préférence à Phvlarque^ qui souvent 
raconte des choses t4mt opposées , je ne puis 
me dispens^^r de justifier mon choix: il i^t im- 
portant que le faux n'ait [Kis dans des érrils 
publics le même poids et le même degré d'au- 
loriléque le \rai. En général, cet hîslonen a 
écrit heaivcmp de chdsessans discernemenl et 
sur les premiers mémoires qui lui sont lombes 
entre les mains ; mais, sans entrer ici en dis* us- 
sion, et sans ïe démentir sur une grande (lar lie 
de ce qu'il dit, contentonsnous de considérer 
cequ it rappt»rlesur le temps dont nous prions. 
Cela suffira de ri^sle pour fiiire connaître qurd 
esprit il a apporté à la comp<>silion de son his- 
toire, el combien il était peu propre a ce genre 
d 'ou \ r a ge , Po u r m on l re r que 1 1 e a é t é 1 a c r uau lé 
d'Antigonus, des Macédoniens, d'Aral us et 
des Achéens, il dit que b»s Sïantînéens n'eu* 
cent psété plutcVt subjugués, qu' ils tomlw^rent 
dans des maux extrêmes; que cette >ïlle, la 
plus ancienne et la plus grande de toute l'Ar- 
cadîe, fut affligée de si horribles calamités , 
qui» tousl(^Crecs(*nélaient hors dVux-njêmes, 
et fondaient en larmes. Il n'omet rien pour lou- 
cher ses lectenrsde compassion * il nous parle 
de femmes qui s''enibrassî'nt, de cheveux arra- 
chés, de mamelles découvertes ; il nous repré- 
sente les pleurs et les sanglots des hommes et 
des femmes, des enfans et de leurs vieux pa- 
rens qui étaient enlevés |>ele-mèle. Or, tout ce 
qu'd frtilla pour mettre l«*sévénemens fAcheux 
comme sous les veux de ses lecteurs, il le fait 
dans tout le cours de son histoire. Manière 
d'écrire liasse el efféminée que l'on doîl mépri- 
ser, pour ne s'attacher qu'à ce qui asi propre à 
l'histoire , et en fail toute l'utililê. 

Il ne faut pas qu'un historien cherche k 
toucher ses hnieurs par du merveilleux, ni 
qu'il imagioeles discours qui ont pu se tenir, 
ni qu'il s'étende sur les suites de certains évè- 
nemens. Il doit laisser cela aux [M>éles Iragi- 
<iues , el s<» renfermer dans ce qui s'est dit et 
fait véritablement^ quelque p<Hi important 
qu'il [Kinusse. Car la iragt^lie vi l'hisloiri' «uit 
chacune leur but ^ mais fort différent l'und^i 
l'autre. Celle-là se pro|K»so d'exciter Padmi- 
ration dans respril des auditeurs , el de le Inu- 
cher agrcablcmcût par des di&cours qui appro- 



» 1 



LIVRE IL — CHAPITRE XI. 



71 



chcùl le plus qu^il est pcissiblo rie la vraisoni- 
Huice ; mais il faul que rrlli«-( i ptir des diV 
«ors eldesae lions vraies iui»truiso et (lersuade. 
9tm la tragédie > eomtiie il irest {|ueslioii 
ffmiv diverlir les spfTlateurs, on emploie 
il faux sans ménagement, pourvu qu'il soîl 
tRisimiblablc : mais dans l^hisloire , où ils^a- 
^d^tre utile, il ne faut que du vrai. Outre 
Phjlarquencntms dit souvent ui la cause 
dc& cTciiemcns qu'il rapporte, ni la manière 
dont ils wnt arrivés. Sans cela néanmoins ou 
ue peut raisonuablement ni être tonchè de 
rocDpassioQ^ ai se passionner sur rienXVsl un 
i|ee|ide fort triste qnv- de vtnr frapper de 
wffesun homme libre; cependant, si cenVst 
tpe la punition d^iin crime qU'il a eonunis^ 
Mi jjasse avec raison pour justice ; et si cela 
le fait pfjur corriger et instruire , non seule- 
nent ou loue , mais on remercie encore ceux 
fli ont ordonné cette punition. Mettre à 
mort de» citoyens, c\*sL un crime aliomiualde 
itdi^e des derniers supplices; cependant on 
faîf ncNifir publiquement un voleur ou un 
adultère sans crainte dVn être puni, et il n\y 
apitnl de récompense trop grande pour un 
bomme qui délivre sa pairie d'un traître ou 
d'im 13 rail. Tant il est vrai que pimr juger 
d^ èvéneineul , on ne doit pas tant s'arrêter 
ftax choses qui se sont faites, ((u'aux raisons 
eliax \iies qu^on a eues en les faisant, etauv 
diOmmces qui sont entre elles. Voici donc la 
féritédu fait. 



CHAPITRE XI, 



I^rv HMtAnéOM^oiUepl \â hgm et» Acbécnâ et sont rfrCAnqurs 
p*r4/iCi«,~tb joi^ffiOùL U perfidie à une 4«co Dde dêâeriiou 
tf âi flii soni punis, —Mort d Arls«4>raaquo, lïrtB d'Argos, 

Les Mantînéens se séparèrent d^lliô^d vo- 
lootairemeut des Acliéeris, pour se livrer eu\ 
et leur patrie au\ Étoliens, et ensuite à Cléo- 
mcue. Ibi avaient pris ce parti et se gouver- 
naient selon les lois des Lacéilémoniens , lors- 
que, quatre ans avant quMntigonus les subpi- 
fUÂt, ils furent conquis par les Aehéens, et leur 
^ilk emportée par Tadresse et les ruses 
d^Âiatus. Or dans ce temps-là même il esl si 
fieu vrai que leur séparation ait eu pour eux 



ment devint célèbre par le cltangement sulut 
qui s'était fait dans le génie de ces ileu\ peu- 
ples. En effet Aratus n'eut pas sitiH été maî- 
tre de la ville , qu'il défendit h ses troupes de 
touchera rien de ce qui ne leur appiu'teuait 
paset en suite, ayant assemblé les Mantinèens, 
il leur dit de ne rien craindre, et de demeurer 
comme ils élaient ; que (anl qu'ils resteraient 
unis à la république dos Aehéens, il ne leur 
serait fait aucTRi mal. Un bienfait si peu 
espéré et si extraoni inaire changea «entière- 
ment la disposition des esprits. On oublia les 
eombatsqui vemûent de se donner ♦ et les per- 
les qu'on y avait failes; on se frétiuenta les 
uns les autres, ou se donna réciproquement 
des repas , eV^taità qui se témoignerait le plus 
de bienveillance et d'amitié. El certes les Man- 
tinîens devaient cela aux Acliécn* et à leur 
chef, par qui ils avaient été traités avec tant 
de doureur et d'humanité, que je ne sais si 
jamais pcrs4>nne est tombeau pouvoir d'en- 
nemis plus doux et plus îndulgens, ni si Ton 
peut se tirer de plus grands malheurs avec 
moins de perte. 

Dans !a suite voyant les séditions qui sV^- 
levaient parnn eux^ et ce que machinaient 
contre eux les Étoliens et les Laeèdémoniens, 
ilsdèpèchércnt des députés aux Aehéens pour 
leur demander du secours. On leur tira au 
sort trois cents hommes, qui laissant leur pa- 
trie et leurs biens , partirent aussitôt pour 
Mantînèe , et y restèrent pour défendre la 
[latrie et la liberté de ce peuple. Les Aehéens 
ajouléreul encoro à celle garde deuxceuts 
soldats merceiîaTes, qui devaient faire h .llan- 
tîiiée la même fonction. Peu de tenq»s après 
une nouvelle sédition s'élanlélevée parmi eux 
ilsappelérentles Laeèdémoniens, les mirent en 
p^issession de leur ville , et égorgèrent tous les 
Aehéens qui s'y IrouvérenL On ne pouvait 
(Commettre une infidélité plus grande et plus 
criminelle, (^ar après avoir effaré de leur sou- 
venir les bienfaits qu'ils avaient reçus des 
Aehéens, et l'altiaucéqu'ils avaient contractée 
avec eux , il fallait du moins ne leur faire au- 
cun lort, et donner un sauf'Ctmduit à ceux de 
celle nal'oa qu'ils avaient dans leur ville. 



des suites fâcheuses, que ce dernier cvéuc | Cestce que le droit des g€iis uc permet pas de 




7i HISTOIRE GÊNÈRAU: DE 

refuser unHiie à ses ennoniis. Les MaatiDcens 
Qsenl uéaninouis ^^der ce droit « et serto- 
ilent coupables du pln$ grand des crimes, 
cl cela pour persuader CIcomeDc et les Lacé- 
dêmoniens de k boiuie volootê qu'ils avaieat 
à leur égard. Oser massacrer de leurs prt^pre^ 
niaîusdes gens qui les avant auparavant coq- 
qab cox-iDt^mcs , leur allaient pardonné leur 
dèsc^oii , el qui alors a%*taîeut chez eux que 
pour les nieUre eux el leîtr liberté à cou- 
vert de toute insulte ! se peul-il rien de plu^ 
f)dj€Q\ et de plus perfide? <,>ueHe reugeance 
peut^in tirer de cet attentat qui paraisse en 
approcher? On dira peut-être qu'après en 
avoir fait la conquête on devait les vcadreà 
reoran arec leurs 'enfans et leurs femmes. 
Mais sdon les lois de la guerre on punit de 
relie peine ceu\ mêmes qui n^oni rieii tait de 
crimim^L 11 aurait donc fallu faire soûl I ri r au\ 
MiUitimx^Ds un supplice plus rigoureux ; de 
sorte que quand même il leur serait arrivé ce 
que dit Phvlarqne 7 les Grecs n'auraient pas 
di\ en être t«Hichés de compassion ; au con- 
trains ils auraient dû applaudir à lapimition 
^'CMi aurait faite de ce crime. Cependant on 
ne leur lit rien autre chos** que mettre leurs 
biens au pillage , et % endre les itersonnes li- 
lires âi Tencau, Maigri* cela l*bvlarque, pcmr 
dire quelque i hi*se de merveilleux , intente 
uoe fable * et une fable qui n'a aucune apjia- 
fUBCf • ll|)eitsesi |ieu à ce qu'il écrit , qu'il ne 
fnit seulement pa** attention à ce qui se passa 
|Mncsque en même temps a Fégard des Tégéa- 
les. Car après que les \chtH*ns les eurent con- 
<|ttis « ils ne leur Grent rien de semblable à ce 
qu*il rapporte des Mantinét*ns» Cependant si 
r*r5it par cruauté qu'ils traitèrent ceux-ci avec 
tant de rigueur. ap|)ari*mmt^nt qu'avant fait 
la tONqoMa des autres dans le même temps , 
ik ne les nunienl pas plus é|)ai^és. Puis* 
^^ ii*«Hil doMt traité plus rigoureusement 
<|ti«k lf« ;m«iiIs ttantinéens, il faut que ceux-ci 
aient èt«^p|ii^«^^i|iiiUe9^ 

U etuite etHtMPe qpi*Arîstomaque. \rgien, 
P'^^^^iWiir^ d\MH^ UËJummtt iUuslr\% desrendu 
lie tiran» , ^ lnM^i^me tvraa d\Vnpos , étant 
KhiiIhs riilfv U mmiÊ» i Xnti^Tinis el des 




LA RÉPIBLIQIE ROMAINE. a i.ssuj 

l'y fil mourir dans Ivs supplices les plus în- • 
justes et les plus cruels qu'iui ait jamais fait • 
souffrir à personne. Toujours semblable h lui- • 
même, et gardant toujours le même stvlc, il ^ 
feint qu'Arislomaque pendant les supplices P 
jetait des cris dont tous les environs retentis- ^ 
saient -. que les uns eurent horreur de ce rrinie ■ 
que d'autres ne p<iu raient le croire ; qu^il y eu ■ 
eu t q n i i n d î gués cou ru re u t à I a m ai s* m où ces • 
cruautés s'exerçaient. Mais c'en est assez sur t 
les diH'Iamations tragiques de cet liistorif u, 1 
Pour moi je crois que quand Arîstooiaque i 
n'aurait fait aucune injustice aux Aehéfuis, n 
ses mceurs seules el les crimes dont il a dèsho- i 
norè Si! p;itrie. le rendiiîent dîgiied**s derniers 4 
supplie*^, I*hUarque a beau dire. ]wiar en 1 
donner une grande idée, el p<.iur iospîrer à 1 
ses le< leurs les stnilimeiis d'indignalii^n ni\ | 
Arislomaque S4iuffrant était lui-même , qu'il | 
n'était pas seulement tyran, mais qu^il était ^ 
encore né de tyrans : c'est ce qu^ il pouvait | 
avancer de [ilus fort et de plus atrote contre ^ 
sc»n hérf»s. Ce nom si*ul renferme tnut ce que 
l'on peut imaginer de plus exécrable. A IVn- 
tendrt^ seulement prononcer , onconçoil tous 
li^ crimes et toutes les injustices qui se peu- 
vent «omniettre* Je veux qu'on ail fait souf- 
frir à ce personnage des toumiens tréi^-cruels, 
cfmmie l'assure notre bislorien, mais un seul 
jour de s4i vie devait lui en attirer enr4>re de 
|ilus cruels. Je (larle de celui où Iralus entra 
par surprise dansArgos, accompagné d'un 
cfïqjs dMrhéens. Apres j avoir stmlrnude 
rudes coml>ats pour remettre les Argiens en 
Iil>erlé , et en avoir éié cbassi*, parce que les 
conjurés qui étaient dans la %Hlle » retenus par 
la crainte du tvran, n'avaient osé se dét ta- 
rer ; Aristomaque, sous prétexie qu'il y avait 
des habitans qui étaient entrt^ dans la conspi- 
ration^ et avaient favorisé rirruption des 
Acbêens.M^ saisi! de quatre-vinirts despn^miers 
citikvens, tous inmicens de la trahison dont il 
les soupamnait » el les fit égorgersousiesycux 
de leurs amis el de leurs |Kirens, 

Je laisse là les crimes du reste de sa v ie « et 
ccm de ses ancêtres. Cln ne tarirait pas sur 
une st belle matière. Concluons que ce n'e^t 
point une ciM^àe indigne fue ce tyran ait s^mf- 



ki(pn*lque chose do re cpi^i! avail fait souf- 
Iriraiu awrn^s ; n^nîs f|u\il sfrailiiulipitMiu^il 
m rùl nVn souffei'l , vi ((ii'il IVii mmi ddns 
l'iiufiUfliuV On ne doit |»as iKtn plasst* rrrrier 
Hin'AntjjK'oous <*l Arattis, d(^ co qu'aprrs 
woir pm fit* lM>nTic |2"urrr(% ils 1^ ml fait 
wmr tian s Ii*s s u p p I i r es . I l^-i P au m i en l I ra i i ê 
Irrtlte niftDÎère pendanl la pn[\, (}y(' Ivs p'us 
^m6 Ifur en auraieol mi bm gré. (Jiio m* 
rnmlailAl donc pas après avoir ajoiilo à l;iiil 
fiÉBkMTCurs la jiorlîtlîo qu'il a failo aux 
iolKft.^ Réduit peu de temps auparavant 
minières exlréinités par la mort *li* Dé- 
iiîW,eU'éUint dép«:>iiillé du lilredi^ lyrau, 
luîittxjolre loule espérainT trouvé irn asilt* 
è»you<Tur et la g-énêrosîté des Adiéens, 
fiioûï^^ulemetit l'avaient misa nmvertdes 
fte(|uiêUiîeiil duos à sa hnumio, mais 
Nraiciïmrf admis dans leur républiqu*» , 
♦Wa^aipnl fait Fhojincyr de lui donner iiu 
"«MiKlcmonl dans leun^amiées. Le souvenir 
«^^nfailss'cvanouii presque aussiteX qu'il 
^TMrrçus.Dès qxi^^il vit quelque posiibili te 
^s^iétaUirpar le inoyrn deClêoniêne, ilne 
^tpièreà soiistrairc sa palrieaux Achéens, 
' îttiltiT leur par t i d a iis u n lemj^s où reux-ei 
^mi le plus besoin de secoui'5 , el à se ran- 
•'^iurôlè des ennemis. Après une pareille 
^éme, ce n'êlaii pas h Courhrée» qu'il le 
tt* appliquer aux U^urmens et le faire 
■«irir [icndant la nuîl, un devait te Iraincr 
^fftoat, ol donner sou supplire otsa nuiri en 
ipdftcWà tout le PclopoDèse, Cepemianl ou 
te tOditimU de le jeter dans la mer, pour je ne 
qnd crînic qu'il avait ronuuis à Ceu- 



CHAPITKE XIL 

eiiÉ ém MégAlopotiiaScifl pour lef Adié«*iis, leurs alliés. -< 
AtiU«A méprise» de Ph^lartioe, 

U» m6ni«* historien , persuadé qu^il est de 
iooAeToir de rapporter les mauvaises actions, 
tn^jère et raconte avec chaleur les maux 
i|t*ijùl endures lesBIantînéens, et no dît pas 
Yiiii»>l delà générosité avec laquelle ils fu- 
rmî Mialagés par les ^légalopoli tains ; comme 
iïfc réc-îl des mau\ aises actions appartenait 
iha à rhîstotrequo celui des actiaiisvertueu- 



LIVfiE IL — CHAPITRE XII. 



73 



ses; comme si le lecteur tirait moins d^îus- 
truclions des fails If niables (|ue de reuv que 
r«m doit a^oîr eu horreur. Pi Kir faire valoir 
la fféiuTOsité et la modération dont Cléouiéne 
usa envers les Mégalopolitains , Ph> larquc dé- 
crit la manière dont il prit leur ville, Tonlre 
qu^il V mit pour qu'il ne lui fût lait aucun 
(ort ; il jKuitMles courriers que ce rtu leur dé- 
pécha aussitôt à Mcsséne , pour leur deman- 
der qu'en ree<m naissance des ména^îeniens 
qu^il avait eus pour leur patrie, ils voulussent 
bien s'unir d' intérêts et aj^ir de concert avec 
lui. Il n-oublie pas non plus que les Mégalo- 
politains iw purent |ws ^(ïulTrir qu'où achevât 
la lecture de la Icltrc du roi, cl qu^ils assom- 
mèrent les messagers h coups de pierre. Mais, 
ce qui est inséparable de Thistoire, re qui lui 
est propre, savoir les faits où Ton voit briller 
la constance et la fféuérosité, il ne daigne pas 
seulement en faire la moindre mention. Il eu 
avait cependant ici une belle occasion. Ceux- 
là passent pour honnêtes gens, pour gens 
dMionucur , qui pensent bien de leurs amis et 
ih^ leurs alliés , el qui «mt le courage de faire 
eonnailre ce qu'ils en pensent: on loue, on 
remercie, un récompense ceux qui, pour la 
défense de leurs amis et de leurs alliés, re- 
gardent d'un œil sec leur ville assiégée et leur 
î»atrieravairée. Que devons-nous donc penser 
des Mégalopoli tains? Né mérilcnt-ils pas que 
nous en ajons Tidw du monde la plus grande 
et la plus magnifique? D'abord ils virent leur 
pav s désolé parCléoméne; leur fidélité pour 
lesAchéens leur fit ensuite perdre entièrement 
leur patrie, et enfin, malgré une occasion 
presfjue miraculeuse qui se présenta de la re- 
couvrer, ils ai unirent mieux rester privés de 
leur pavs, de leurs tombeaux, de leurs sacrî* 
fiées, de leur patrie , de leurs biens, en un 
mot de tout ce que les hommes ont de plus 
cher, que de manquer k ce qu'ils devaieutà 
leurs alliés. S'esl-il jamais rien fail , ou se peut- 
il rien faire de plus héroïque ? Est-il quelqu'ac- 
lion sur laijuclle un historien puisse à plu^ 
juste litre arrêter un lerteur? Pour porter les 
homm<^ à garder la fivi di*s Irailés et à former 
des républiques jusies el s*ilides, va-l-ilun 
fait plus propre que celui-là ? Cependant Phj- 



V» 



IIISTOIKE GÉNÉRALE !)E 



]arqo(* ïi\m dit pas un mot; t'esl que niaii- 
qiianl de distTrui'mriil , il iic î!i<'ivait pas» choisir 
cl distinguer les faits qui a\ aienl le plusdY^elat , 
et qu^il convient le plus à un historien de ra|>- 
p<jrter. 

Il dit enron' que, sur le butin fait à Mégalo- 
polis, les Laccdéiiiomens prirent six mille ta- 
lens, dont selon la eoulume îl devait en rc\e- 
nir deux mille à Clêomèue,(jui ne sera pas sur- 
pris ici lie voir tel auteur ignorer ce que tout 
le monde sait des ri« hesses et des forces des 
Grecs, ehos4* cependant dont un historien doit 
ôtre parfaitement instruit? Pour moi j^ise assu- 
rer <jne quand im >e mirait tous les hiens et les 
molli liers des peuples dn Pé!oi>onèse, en e\- 
reptant néanmoins les hoiunn^s, on ne ramas- 
serait pas y ne pareille si^mnie. Et je ne parle 
pas seulement de ct*s temps malheureux , où 
celle province fut cntièremcnl minée par les 
rois de Macwloine» et entxn*e plus par l(»s 
guerres civiles, mais même de nos jours, où 
cependant les Pêloponésiens virent dans une 
parfaite union . et st>nl dans Tabondance de 
toutes choses. Ce qui* j'avajice ici , ce n\sl pas 
sans raison. En voici la preuve. Il n\v a per- 
sonne qui ne sache que, quand les Athéniens, 
pour faire avec^ les Thél>ains la (fuerre auv 
Lacêdémoniens , envoyèrent di\ mille hom- 
mes et équipiTent cent galères , on ordonna 
qu'il se ferait une estimation des terres, des 
maisons, et de tout le reste des biens de TAt- 
tique « ixnir le\er ensuite Pargent nécessaire 
au\ frais de la guerre. 1^ chose fut e\écutée, 
et restimation ne monta en lout qu'à cinq 
mille sept cent cinquante Udens, Après cela 
peut-on ilouter de ce que j« viens cravaneer 
du PékqMmèse? 

Que Ton ait tiré alors de Mégalopolis pi us de 
trois cents taleus, eVst ce que l\>n n'aurait osé 
assurer» queUpie i*n\ie que Ton eût d'eva^'èrer 
les choses ; car il est constant que la plu|)artdes 
hommes libres et des e^Iaves sVtaient retirésà 
MeîsSCMie. Et une autre preuve k larpn Ile il n'v 
a point de réplique : a4on I*hvl«rque lui- 
tn^me, lesMantinéensuclecCHlent aux puples 
d\Vrca<lie ni en furet*s ni en richesses. Cepen- 
dant apré>* que leur ^ ille eut été prise , quoi* 
H 'ea fût wrli , et qu'il uc fût pas 



LA RÉPUBLIQUE RO.^IArNE. (4.l.s»j 

aisé aux habitans de rien cacher, tout le butin, 
en comptant même les hommes^ ne dépassa pas 
trois cents talens. 

Ce qu'il assure au mtoe endroit est encore 
plus surprenant , disant que, dixjours avant la 
bataille , i) >int un amliassadeur de la jiart de 
Ptolèméedire àCléoméne,que ce prince neju- 
geaît plus à pro[>osde lui t\>urnir de Targenl, 
et qu'il Texhorlait à faire la paix avec Antigo- 
nus; (|ue celui-ci, après avoir entendu l'am- 
lïassadenr, jugea qu'il fallait au plus tôt bvrer 
la bataille avant que celte nouvelle parvînt à la 
connaissance de Tarmée, parce qu'il ne croyait 
ps pouvoir \M\t lui-même payer ses troupes. 
Or, si dans ce temps-la il avilit eu six mille ta- 
lens, il aurait surpassé Plolémée même en ri- 
chesses; quand même il n\*n aurait eu que 
trois cents, c'aurait été autant qu^il en fallait 
pt^ur sijutenir tranquillement la guerre contre 
Autigonus. Notre historien n'v pense donc 
(ïas, lorsiju\iprés avoir fait Cléoménesi puis- 
samment riche, il le met en même temps dans 
la nécessité de tout attendre du secours de Pto- 
lémée. 11 a commis grand nomlirc de fautes 
[itireilles par rapport au temps dont nous par- 
h»ns, el dans tout le cours de son ouvrage. 
Sïais ce que nous venons de dire suffit pour 
en faire juger, el d'ailleurs le dessein que je 
me suis d'abord propose ne me permet pas 
d'en relever d'avantage. 

CILiPITRE XIIL 

limpiion it CléooiéiM dant le paji det Argiciii. — Détail étt 

rore«9 iii< Cléoméfie el<i'AiiUfODiis,^Pr<HQ<ie de la baUiJle* 
— l>bpo«iUoD dei écia armées. 

Apres la prise de Mégalopolis, pendant 
qu'Antigonus prenait ses quartiers d'hiver à 
Argfis . Cléomèue au comiueneement du prin- 
temps assendda ses troupes, et leur ayant dît, 
pour les animer à bien faire, tout ce que W 
conjonctures demandaient, il se jeta sur le 
pays des Argîens. 11 y eut bien des gens qui re- 
gartlêrent cet acte comme téméraire. ]>arit; 
que b^s avenues de la pro\ ince étaient bien for- 
titiées. Mais à |)cnser jus4e, il n^avait rien à 
craindre, et il lit en homme sige. Les troupes 
d\intigonus congéditTS, il était aÎM* de juger 
premièrement qu'il pouvait sims ris4}uc foudru 



xr. 



or le pays. ; et que quand il aurait porté lo 
pîDage jusqu'au pird des murailles, les Ar^'-îc*ns 
nos les jeuit des4|uels eda se passt^raiL ne 
■nifiieraient pas dVn savoir mauvais ^ré à 
Aatigouus , et dV*ii faire des plaintes aniêres : 
fBe d Anlii^onus pour calmer le muruuire du 
ptople sortait di' la ville et hasardait une ba- 
ttitlc avec ce qu'il avait arluellemeul de trou- 
pes, Cléomèiie avait tout lieu de croire qu'il 
fem\w>Tti*raU aisément la victoire; cl qti^au 
contraire, ri Anlijïonns denioui-ait dans son 
premier desM^m et restait tranquille, mn irrup- 
tion avant donne ^épouvante aux ennemis, 
«I rospiré do la confiance à ses troupes, il 
pourrait sans danger se retirer dans son pays. 
Tout cela ne manqua pas d^arriver comme il 
Pivait prévu* Les Argiens ne purent voir sans 
tnpaiieucc leur i»aj s saccagé ; assemblés par 
tiiiDM0 ils blâmaient hautement la conduite 
f Anttgouus. Ce prince, en grand ca pi lai tie, ne 
iQulant rien entrepreudre qu'avec bonne rai- 
son, se tint en rejios. Cléomène suivant stm 
projet ravage le pavs. et par là jette Pépou- 
vante parmi les ennemis, encourage sc^s trou- 
pes contre le péril , et retourne dans mn pays 
ans avoir rien eu k souffrir. 

L'été venu , les Macédtmiens etles Aehéens 
ëlant sortis de leurs quartiers, Antigonus se 
mit à la tête de son année* et s'avane;a vers la 
LacODie. Il avait avec lui une phalange de 
âferttlonîens compose de dix nulle hommes, 
ir^iis mille rondachers , truis cents chevauv; 
mille Agriaiiiens et «lutant de Gaulois; des 
ÂtraBgeniu nombre de trois mille fantassins 
ei irais cenls chevaux, autant de fantassins 
et de cavaliers du coté îles Aehéens . tous hom- 
mes choisis, et mille Mégahipt^li tains armés a la 
fcçDûdes Macédoniens . t^ ctunmandés par Cer- 
cida»,undeleurscit<ï>eus. Les alliés étaient hs 
Béotiens, au nombre de deu% mille honunes de 
,et deux cenL^ clievaux; mille finitassins 
cinquante chevaux des Kpirolesj autant 
d'Acarnaniens, et seize cents Illyriens que 
commandait Démétrius <Ie l'haros. en sorte 
flU(^ toute cette armée montait à vingt-huit 
mille hommi^ depied et douze cenls chevaax. 
déanièno s'attendant à cette irruption, a\ait 
IQitiBè touB les passages par des gardes > des 



LIVRE IL — CHAPITRE XIIL 75 

fossés ei des alkittis d'arbres , et avait mis son 

camp à Sélasie, avant environ vingt mille 
honunes. Il conje( Inrait sur tte honu(*s rai- 
sons que ce serait par là que les ennemis s\T- 
forceraient dVntrer dans le pajs; en quoi il 
ne fut pas trompé, L<» détroit est formé par 
deux montagnes, dinit Tune s\ippel!e l'Éva et 
Fantre rOljmp**. Le lleu\e Oenus coule entre 
les deux , et sur le bord est le chemin qui con- 
duit à Sparte. Cléoméne ayant tiré une ligne 
devant ces mootagnesavec nu retranchement, 
posta sur le mont Èva son frère Euclidas à la 
tête des alliés, et se mit lui sur le mont 
Olympe avec les Lacédémoniens et les étran- 
gers. Au bas, le long du fleuve, des deux cdtés 
il logea de la cavalerie avec une [Kirtie des 
étrangers. 

Antigonus en arrivant voit que tous les 
passages étaient fortitîés, et que Cléoméne 
avait assigné avec tant d ■habileté les bons pos- 
tes aux parties de son armée les pins propres 
k lt\s défendre , que son camp ressemblait à un 
gros de soldats sous h^s armes et prêts à com- 
battre; qu'il n'avait rien oublié pour se met- 
tre également en état d'attaquer et de défendre; 
qu'enfui la disposition de sou camp était aussi 
avantageuse^ que les approches en étaient diffi- 
ciles. Tout cela lui fit perdre Tenvie d'attaquer 
IVnnemi, et d%'n venir siltVt aux mains. Il 
alla camper à peu de distance, et se couvrit du 
Gorgyle, 11 resta là pendant quelques joints à 
reconnaître la situation des dil'férens postes, et 
le ( aractére des nations qui composaient Far- 
mée ennemie. Quelquefois il faisait mine d'a- 
voir certains desseins, et tenait en suspens Im 
ennemis sur vr qu'il dc^vait exécuter. Mais 
comme ils étaient partout sur leui^s gardes, et 
que tous les c6tés étaient également hors d'in- 
sulte , Ton convint en lin de part et d'autre qu'il 
en fallait venir à une bataille déc;isive. Il plut 
à la fortune de mettre aux mains ces deux 
grandes armées, qui ne cédaient en rien l'une 
à l'autre, 

Contre ceux qui étaient au mont Éva, An^ 
tigemus lit marcher les Macédoniens armés de 
b(juc!iers d'airain, et les Illyriens par cohortes 
alternativement. Cette première ligiu^ était 
conduite par Alexandre iils d'Acmèlej et Dé- 



A 



78 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA RÉPIBLIQIE ROMALNE. 



I 



oietriU>dt* Fliâros, La st^oude ligne élail d'A- 
taninnieus et dr CréNïis, Derrière en\ étaient 
deux iiiille Aeheeus leiniul lieu de eoriis de 
rèser>*e. Sa ravaleric • il la rangea sur la ri- 
\îère. pour ro]i|H*ser à la eaialmr etinemie, 
ei la lit Retenir de mille pieUws athtvus el 
d^aulautde >Ii*galopolilaiiis. Pour lui, prenant 
les êlraogers et les Macédoniens, il ma relia 
ven> le Diont Olympe [>our allaquer (lléo 
méac. Les étrangers étaient à la première li- 
gne. La phalaiijfre maeédonienue suivait parta- 
gée en deux, une piirlie derrière l'autre; 
l^arce fjue le^ terrain ae lui penne Hait pas de 
s'étendre sur un plus grand front. Le soignai 
doonè aiiv lllvriens pjur eomment^r Tat laque 
autnotil K\a, était un linge qu^ou devait éle- 
ver prmlie du mont Olympe, parce qu'ils 
avaient passé le GorgUe pendant la nuit, et 
ficelaient attachés au pied de la montagne. 
Pour les Mégalop*ditains et la eavalerit* , c'é- 
tait uoe ctUte d'arnu*s de couleur de pouq>re 
qu'où élèverait en Taîr d auprès du roi. 

CILIPITRE \r\\ 

liifliRe de Sëâm enire €lé«firne el Aoiig^MMi». 

Lorscpie le temps de Tailaque fut venu, 
que le signal eut été donné aux Illyriens , que 
charun eut été averti de ee qu^il devait faire, 
tous se montrèrent et commencèrent le choc au 
mont Éva. Alors les hommes armés à la légère 
qui avaient d^ilx>rd clé joints à la ravalerie du 
côté de Cléomène, voyant que les derrières 
des cohortes a( héennes n'éïaient pas couverts, 
vinrent les charger eu queue. Ceu\ qui sVf- 
forçaient de gagner le haut tle la monlague se 
virent alors fort pressés et dans un grand péril . 
menacés en nu^me temps de front par Euclidas 
qui èleiit en haut , et chargés en queue jwir les 
étrangers, qui donnaient avec fureur. Philo- 
pœmen comprit le danger , el prèv«>yant ce qui 
allait arriver, il voulut d'abord en avertir les 
chefs, qui m* daignèrent seulemetit |>as Tècou- 
ler, par la raison qu'il n'avait jamais com- 
mandé, H qu'il était fort jeune. Alors ajaut 
press*» avec iiiMance ses conciîoiens, il fond 
arec impétuosité sut les ennemis. Les élran- 



[A. L. S31.J 

gers^ qui chargeaient en queue, entendant 
les cris et voyant la cava!erieau\ mains, quit- 
tèrent 1*^ Illyriens jM>ur courir à leurs pre- 
miers postes et scttïurir la cavalerie de leur 
prti. Pendant ce temps-là les Illyriens, les 
Maeédoniens et ceu\ qui avec eur étaient à la 
première li^me, débarrassi^s de ce qui les ar- 
rêtait, monlèrent hardiment i*t avec confiance 
contre les ennemis. Cela fit c»*nnaitre dans la 
suite ^ que si Tattaque réussit dececolé-lâT on 
en eut robligîiti^^in à Philopœmen^ On dit quV 
ftiH Tact ion Antigimus ayant demandé à 
Alevandr** , qui commandait la ca\ alerie . ptmr- 
quoi il avait itmimencè le rhoc avant que le 
signal fût donné ; celui-ti ayant n*pondu 
que ce n'était pas lui, mais un jeune soldat de 
Mégalopï>lis qui avait commencé contre ses 
ordres^ Il dit : 't Ce jeune homme en saisis- 
w saut roiTasion s^esl conduit en grand capt- 
if taîne, et vous * apitaînc, vous vous éles con- 
» duit en jeune homme, m 

£uclidas \ oyant les cohortes venir à lui , 
ne pensT plus à m* servîrde Tavanlage du poste 
qu'il mcupit , tandis qu'il dînait venir de 
loin au-tlevanl des ennemis j fondre sur eux , 
rompre 1(^ ranjïs, reculer petit à petit, et ga- 
gner ainsi sins danger la hauteur. Par cette 
manœuvre il ertl jeté la confusion dans les 
rangs des ennemis, il leseùt empécbt^ de faire 
usage de leurs annes el de leur ordre de Imi- 
taille, et favorisé comme ii Tétait par la si- 
tuation des lieux, il les eût entièrement mis en 
fuite. Mais se flattant que la victoire ne |>ou- 
vait lui manquer , il fit tout le contraire de ce 
que je viens de dire* Il n*sta sur le nmimet 
oii il avait été d'^abord posté . croyant appa- 
remment qu'on ne pouvait laisser monter 
(rop haut les ennemis, afin de les faire fuir 
ensuite ]>ar uue descente raido et escarpée. 
Cependant il n'en fut rien. Au contraire, 
aimme il ne s"* était ps gardé de terrain pour 
reculer, et que les cohorti^ approchèrent en* 
tières el eu bon ordre, il se \it enfin si serré, 
qu'il fut (obligé de combattre sur la croup** 
même de la montagne. Ses troupes ne soutin- 
rent pas lonfî-tenips la pesanteur de Tarmuro 
et de Ponlre de bataille. Les llh riens aussit<>t 
se mirvnt en état de combattre, mais Euclidas 




fttfi^avaU de terrain fii p»ur reculer ni pour 
îf|tawyi>r di* pbie, fyt liieiihM rêovtTsé H 
ÉBgé de prendre la fiiile par les dcM-t'iiU^s 
siaet escarpées qui aclievt^real de mettre 
n armée en déroule. 

Pendant ce tom|>s-là la cavalerie etail aux 
MÎM* Celle des Achêens se bîiïlaîl ^ivemenl, 
ifurloat Uliilopœmeu , parce que relie ba- 
lAlc dcvail dêeider de leur lilierté. Celui-ri 
iQl dfliift OPUe aelioti un cheval lue suuif lui, 
ci eoobttllaiil à pied, îl reçut uu coup qui lui 
(rtrefsa les deu\ luisses. 

Aa fitoni Ohmpe, lesdeu\ rois firtnil coin- 
■aiccrte roiubai parles suida Isar mes à la légère 
dkiélraugers, duiililsivaieiUenvîrou rliaruri 
rinq mtJle. Comme raclion ne pasnail souis les 
wxt des deux ruis el des di*u\ armées, ces 
Qoiipes !»\v Hignalérenl ^ soil qa\'Mcs eoiuhal- 
tit$<til par parties^ soit que la mêlée fut géné- 
rale. Hiiinme ronlrr homme, rang roulre rang 
^ baVlaieut avei la pluâ grande (»piiiiAlrcté. 
ClèûnéDej voyant qw«* sn>n frérc îivail été mis 
m fuite . et que la cavalerie (|ui élail dans la 
pbtDf commençai t a plier, rrai gni t (|ue Ta rniéc; 
rmpiQic ue ^int tondre sur lui de tous les 
c6*ts, et se crut i^hligé de rein«TsiT tous les 
Wranchemens de mn camp, et d'en faire 
mtirpar tto ctMé toute son armée de front. 
b«t)rpinp«*tlc*savan( donné aux hommes armés 
iWUfère le signal de se retirer de l'espari' qui 
rlaît «lire les deux camps, les pliai anges s'ap- 
frûdieQta%'ec dearamlscris rie part et d'autre, 
loatneni leurs sarisses H (32) commenceiU 
à ëbATfCT. Vaction fui vive. TantiM les Mare- 
dofiieii5 rertiiaîent pressés par la laUur des 
Laré^émonjcns, taiit<M ceux-ci è lai eut re])OUS' 
tfipar la ptsanteur de la pbalange inacédo- 
friemie. Enfin les troupes d'Aîiligonns s\nan- 
{ml pîijues baissi'cS; el tinnlïanl sur les Lacé- 
ttnooieas avec celte violenee qui fait la force 
if b phalange doublée, les cfiassérent dt^ leurs 
fftailicliémens. Ce fut une déroute générale : 
BK p^rande [»ar(ie des Lacêdémfmiciis furent 
hié*, le reste prit la fuite en désordre. Il ne 
mil autour de (lléoméne que quelques cava- 
liers, avec lesijuels il se relira à Sparte; de le, 
lés que la nuit fut venue, il descendît à (iv- 
, où il â'euibaniua sur les vaisseaux qu'il 



JVRi: H— CHAPITRE XIV. 



ff 



faisait tenir prRs depuis long-temps, el fit voîle 
a\ ("c ses amis pour Alexandrie*. 

Antigonus enïra d'emblée dans Sparte, Ou 
ne peut rien ajouter à la douceur el a la gêné 
nisité donl il usa envers les Lacédémonicns. 
Il remit leur république dans fétal où leurs 
pères la leur avaient laissée, et peu de jours 
après, sur la nouvetlr qu^il reçut que Ie.s III y* 
riens s- étaient jetés sur la >lacédtnne el ta ra- 
vageaient ^ il en partit ai ec toule son arméi». 
Ainsi se (ermina celle grande affaireJorsquY^n 
s\\ attendait le moins. Ce sont là les jeux or- 
dinaires de la fortune. Si CItVjmène eût retulé 
la ha lai Ne de queîqm*s jours, ou si retiré à 
Sparle il \ vM un pi*u attendu une occasion 
favorable tb* rélahlir ses pertes, il se serait 
ma in terni dans la royauté. 

A ïégêe Antigtïuns remit en(*ore ta repu 
blique dans son premier élat, i^t [Kirtit deuv 
jours après pour Argos, où il arriva an (emps 
que l'on célébrait lesj**u\ némêcns, Delà, 
après avoir reçu de la république des Acheens 
en général et de iliaque ville en particulies 
tout ce qui pc^u^all immortaliser sa gbnreet 
son nom, il s'avança à grandes journées vers 
la Macédoine. Il > surprit les 11 Ivrîens, et les 
délit en bataille rangée. Mais les efrorlS(|u'il lit 
eu animant ses soldais et en crîan* pendant 
raction , lui causèrent une perte de sang, la- 
«luelle fut suivie fie je ne sais quelle maladie 
donl il ue releva pointirétaît un prince surTha- 
bilelè et la ]»nd>ilèdu4[uel tous les (irecs avait*nt 
fondé degraiidese*spéran<-es. H laissa en mou- 
ranl le rovaunie à Philippe lîls de Dètnétrius. 
Je me suis un peu étendu sur celte guerre, 
|)arce que ces temps- là (ourbant à ceux dont 
nous devons faire IMustoire, j'ai cru rju^il se- 
rait utile et même nécessaire, suivant mon 
premier dessein, de faire voir clairemenl qu*d 
était alors Télat des Lacédémoniens e( des 
Crées. 

Vers le même temps I*lo!émèe étant mort, 
i*lfdéniéc Pfiilfqialor lui succéda. Après la 
morlde Seleucus (ils de Seleucus Calïinicus, 
qu\*n appelait aussi I*r>gon , Antiochus mn 
frère régna dans la Svrie. Il arri\a à ces rois 
à] peu près la même chose qu'a ceux qui 
après la mort d'Alexandre avaient possédé 




•7S 



HISTOIBE GÉNÉB.iLE DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE. [A i.«i.i 



«îes rojaumes , c^est-à^re que , comme Se- 
' leocus^, Pli>lfc'm4c et Lvsiraachtis nioururcot 
>-ers la real viiigl-qualrioine olvmi>Iadt'[: crii\- 
ei mourtireot vers la eenl Ireote-neuvicme. 

Après avoir jeté les fondemens de toute 
notre histoire, e( avoir montré dans ce pré- 
lude eu quel temps , de quelle iimniérc el pour 
quelles raisoDfi|Iei^ Romains, D'avaut plus rien 
à conquérir dans Tïtalie, cttmniencéreut h 
étendre au dehors leurdomioaliou , et osèrenl 
disputer aux (larthajriûois renipire de la mer ; 



après avoir encore fait conuaitre quel était 
alors Tétat où étaient les Grecs, les Macédii- 
nieus el les Carthaginois ; puisque nous som- 
mes enfin ai rivés au\ temps où nous nous 
étions proposé^ d^aln^rd de venir, je veux 
dire â ces temps où les(jrc<^ devaient entre- 
prendre la iQ^ucrre sociale , les Romains celte 
d'Anuibal , el les rois d'Asie celle de la Cœ-' 
tusvrie, nous ne ferons [Kismal de finir ce li- 
^ re où fin isse n t h»s é v éne men s | » ré cd cens , el où 
sont m o ris les p ri y ces q u i e n o 1 1 1 v lé les a u teu rs . 



LIVRE TROISIÈME. 



CHAPITRE I". 

Bat qm^ Pol^be s« propote eo ^crivaoi t'blstolre de sen temps. 
— DbinbuUoQ àti évt^necDenii qu il doit raconter. 

On a vu dans le premier livre, que nouscom- 
men<*erions * cl ou\ nt^e piir la guerre sociale, 
cdlç d'Anuilml el celle de ta Cœlosyrie. Nous 
y avons dit aussi [H>urqu(»i, remontant à di'S 
temps plus reculés, nous écririons les deux li- 
vres qui précédent celui-cî. Il fout luaintenaut 
rapiKirtcr ces fruerri*s , i*t rendre compte, tant 
des rais4His pourquoi elK*s ont été entreprises , 
que do celles pmr lesquelles elles sont deve- 
nues si considérabh's. Mais auparavant disons 
ua mot Mir le dessein de cet ouv rage. 

Dans tmit ce que nous avons entrepris de 
racont*M% noire unique Iml a été de faire \oîr 
conitiicnt, en quel temps et pt>urqut>i toutes les 
prîtes de la terre comuies ont été réduites 
mus rniK'is'ainee des Uimiains ; é^ énemcnl dout 
I»* ( rmimiMicenicnt est cotmu , le temps déter- 
miné, ot tesuca^a^oué et nronnu île li>ul le 
ttiondt\ \\m\' piunciur a ce but, il est Um 
di» Cuire mention en peu de mots d**s cbosi^ 
l'iiiii ipales qui m^ sont pssées entre le corn- 
>iicnn*ni4.,it et la lin, rien n'est plus cajKiblc de 
donner nue îiute idée de toute renlreprisc; 
^initie U iiuuiaiësauee du tout sert beau- 




coup pour acquérir celle des choses particuliè- 
res, et que rériprfMjuement la connaissance des 
choses jiarliculîéres aide bi^aucoup à cimnaUre 
le loul, nous ne [Hiuvons mieux faire, à mon 
sens, que dlnslruire le lecteur de ces deux ma- 
nières. 

J ai dtjà fait voir quel élait en général mon 
desM'iii,eljusqu%JÙ je devais le conduire. Tout 
ce qui s\^l passé en particulier commence aui 
guerres dont nous avons parle, el finit au ren- 
versement de la monarchie macédonienne; et 
entre le connnencemcnl el la fm il sVsl t-coulè 
cinquante-trois ans, {rendant lesquels tant el 
de si grands évéuemens sont arrivés, qu\>n 
nVn a jamais >u de [tare ils dans un ejpl 
nombre d^années. En commençant donc â là 
cent t|uarantièmc ol vmpiade, voici Tordre que 
je garderai. 

Après que nous aurons expliqué pourquoi 
les Carthar^nnuis firent aux Romains ta guerre 
qu^on appelle dMiuiil>id, n(»usdirons de quelle 
manière les premiers se jetèrent sur ritalie, et 
y ébranlèrent la domination des Romains jus- 
qu'au point de Ic5 faire craindre (K»ur leur 
propre patrie^ et de voir les Carthaginois maî- 
tres de la ca[iitale de cet empire. Xousverrons 
ensuite Philippe roi de MacédoiJie venir se join- 
tJre aux Cartba^-^inoi*, après qu'il eut fini I» 




lEUerrc qn^tl faisail vors le nièmc toinps eonlre 

la ÉloUcns, ot qu"il eut pacifie les affaires do 
la Grêi-e. Apres cela , Anlioelnis vi Plotêmêe 
I1itlo]mtor (3 3) se dispuleront la Cœlosi rit% el 

trunl la guerre p*iur ce rovaunic. Fuis les 
iens et Prusias se déelarensiil oîulre les 
Bisantios^ et les forceruiit a se désister du 
féiigequ^ilsexîjïeaietil de eeu\ qui mw ij^uaieiit 
dlBslePont. Lànou)^ iulerratoprons je iil rie 
Ddlre tiarralion , pour eiamîiier k forme du 
gouvemeineut des Rouiaius, et ou verra 
qu^il ne pouvait èlre iuieu\ eonslitué, non 
seu/efiieiit pour se rétablir diuis T Italie el dans 
la BkiÈe, el pour sommet tre les Espagnes et les 
Giales» maïs encore pour défaire entléreuieut 
lesCarLhagiiioiSj et penser à couquénr tout 
ronivers. Cela sera suivi dVue pelite dî^'res- 
iioii sur la ruine de Hiéroii, roi de Svracuse , 
tfoù nous passerons eu Egvpte pour dire les 
troubles qui y arrivèrent, lorsqu'aprés la mort 
de PloVèniéc, Anlioehus et Philippe ^ conspi- 
rant eusemblc pour se partager le roj auine 
Uisêééu fils de ce roi , lâchèrent par fraude et 
far violence de se rendre maîtres, celui-ci de 
rÉy^^le et de la Carie, celui-là de la Cœlosy- 
aeet de la Phénicie. 

Suivra un récit abrégé de ce qui se passa 
«Irc k*s Romains cl les Carlliaginois dans 
FEfipagne, dans la Ljbîe et dans la Sicile ;^ 
foâtx>us nous trans|>orler(jns (*n Grèce, où 
les affaires rhangèreut alors de face. Ni>us y 
TemjDs les lialaijles navales dWttahis et des 
Uicidicns coulre Philippe; de quelle manière 
les Komains firent la guerre à ce prince^ 
celles en fui'eiit les causes, et quel en fut le 
faeré^. iVous joindrons a cela ce que produi- 
§ît ta colère desÉhdicns, lorsqu^ayant appelé 
Anlioehus d'Asie, ils allumèrent le feu de la 
foerrc entre les Achèens et les Romains» Nous 
iiroDS les causes de celle guerre , et ensuite 
MHS suivrons Antiochus en Europe. D'abord 
9 e^ obligé de se retirer de la Grécej puis 
'lit il abandonne t4)ul le pays qui est en 
da mont Taurus; el enlin les Homains 
aprâ avoir réprimé raudacc des Gaulifis^ se 
ffoèeDl maîtres de TAsie. sans que personne 
fa leur ose con tester ^ et délivrent rAsiet!- 
((rieure de la crainte des Barbares et de la 



LIVRE m,— CH.1PITRE I ^ Tf 

violence des Gaulois. Nou5 exposerons après 
cela les malheurs dont les Eloliens et les Cé- 
phalléniens furent accablés ; d'où nous passe- 
rons aux guerres qu^Eumènes eut à scjutenir 
eonlre Prusias cl les Gaulois de Grèce, et à 
celte d'Ariaralhe coïilrePliaruace. Après quoi 
nous dirons quelque chose de ruuîon et du 
gouvernement des Pcloponésiens » et des pro- 
grès que lit Télat des Hhodîens, Nous ferons 
ici une récapitulation , où loule Thistoire el les 
faits qu\n\ y aura vus seront représentés en 
peu de mois. Nous aj(»ulerons à tout cela Tex- 
pédilion d'Antiochus Epiphanes dansFEgy pk% 
la guern* de Pei-sèe et la ruine entière de la 
monarchie macédonieuue. 

Par là on verra en détail par quelle con^ 
dui le les Romains sont venus à bout de sou- 
mellre loule la terre a leur dominât iou* Si 
Ton devait juger de ce qu^il y a de louable ou 
de répréhensible dans les hommes ou dans les 
états par le bonheur ou le malheur des événc- 
mens, je devrais btjrner là mon ouvrage, 
puisque mtm dessein est rempli, que les cin- 
quayile-lrois ans linlsseula ces derniers événe- 
mens , que la puissance romaine fui alors k 
son plus hanl point el que tout le monde élait 
f o r ce d e r< ^ct >n na i l r e q u^ i 1 ne r esta i t p l us q u^ii 
leur obéir et à exécuter leurs ordres. Mais 
riieureux ou malheureuv succès des batailles 
ne suffit pas pour donner une juste idi'e iles 
vainqueurs ni des vaincus j souvent les plus 
heureux, faute d%*n avoir fait un bon usage 
ont été cause de très-grands malheurs, de même 
qu^il y a eu bon nombre de gens à qui des acci- 
dens très-fâcheux ont été d'une très-grande 
utilité, pane qu'ils onl su les supporter avec 
courage. Outre les événemens , il faul donc 
encore cfïusidérer ([uelle a été la coufluile des 
Romains, conmienl ils ont gouverné Tunivers, 
les dinérens senti mens qu^on a eu pour ceux 
qui étaient à la lèledes affaires , les penchaiis 
et les inclinations dominantes des particuliers, 
tant dansle foyer domestique > que par rapport 
au gouvernement. Par ce moyen noire sièclo 
comiailra si Ton doit se soustraire à la domina- 
tion romaine ou sV soumettre; et tes siècles à 
venir juj^eront si elle élail digne de louange 
vu de bh\mc* C'est de là que dépend presque 




m 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA RÉPlRLIon: ROilAIXE. 



Umi le fruit que Ton pourra tirer d** ( elle 
histoire, tant iKiur le prêseiil t|ue pour Ta ve- 
nir. Car ne dôus iniaginoiis [ws que les vheh 
d'armées n'ont en faisant la guerre, d*aii(re 
but que de vaincre et de subjuguer, ni que 
Toii ne doîl juger d'eus que par leurs \îtioi- 
res et par leurs couquC^tes, Il u'> a personne 
qui fasse la guerre dans la seule vue <le (rr<mi- 
pher de ses ennemis. Ou ne se met pas s^ur 
mer pour passer simplement d'un endroit à 
un autre. Les sciences et les autres arts ne 
s*apprenneiit pas uniquement puur en avoir 
la connaissance. On cberche en tout ce que 
Ton fait, ou ragréabie , ou rhonnète, ou 
l'utile. Cet ouvrage ne sera dont- pirliiit et 
accompli qu'autant qu'il apprendra qurl fut , 
après la eonquêtt* du monde eu tir r pir les 
Roniiùns , rêlat de cliaque peuple en partiru- 
lier, jusqu'au It^mps où de nouveaux troubles 
Se sont élevés, et qu'il s'est fait un nouveau 
changement dans les affaires. C'est sur re 
changement qut^jï* me suis proposé d'écrire. 
L'iiuporlaure des faits et les choses extraordi- 
naires qui s'v sont pass^'^es^ m\ or.t engagé. 
Mais la plus forte raison , c'est quej^aî contri- 
bué a rexéeution de certaines thoses, et que 
j'ai été le condmleur de beaucmip d'autres. 

('e fut dans re soulèvement que les Uomaîns 
allèrent porter la guerre viwi les CellilK*riens 
el Its VaciVns; qui' b'sCaribaginois la lirent 
à ^lassinissa, roi dans rAfriqne^ qu'en Asie 
A t talus et Prusias se la déclarèrent l'un 
h l'autre; qu'Oropherne aîilè par Déniétrius 
chassa du trône Aniralhe, roi de ( lappîidoce, el 
que celui -cî v remonta psir ses seules fi>r**es; que 
Sdemus^ lilsde Uémétrius, après avoir régné 
douze ans dans la Svrie, piTdit le rojaunie 
el la vie par la conspiration des autres rois; 
que les Romains permirent aux (îrees , accu- 
sH dVtrc les auteurs de laguerredePerst-e, 
de retourner dans leur ptrie, après qu'ils 
curent reconnu leur inniRTuee; que peu de 
lem|)s après, ces nu^nies Romains attaquènnt 
b's Carthaginois, d'abord pour les obliger à 
chauffer de \m) s , mais ensuite dans le d**sseiii 
de les détruire entièrement » pour di^ raisons 
que nous déduirons dans la suite; qu'enfin 
ver» le même temps Us Macédoniens a>aut 



renoncé à l'alliance d<^ Romains» el les I^cé- 
démoniens s'étant détachés de la républîqu*» 
desAchèens, outille malheur commun de 
la Givce conunencer et finir tout ensemble. 

Tel est le dessein que je me suis proposé* 
Fasse la fortune que ma vie soit assez longue 
pour rexéculer et le conduire à sa perfection! 
Je suis cependant persuïidé que, quand même 
je \iendrais à manquer^ il ne serait pas aban- 
donné, et que d'habiles gens charmés de sa 
Inviulè H' feraient un de\oirde le remplir, 
Mai'.itenanl que p^jur donner aux lecteurs 
une connaissance générale el particulière de 
toute celle histoire, nous avons rapporté 
s«immai renient 1rs prînripaux faits sur les- 
quels nous devons dans la suite nous étendre , 
il est temps di* rapjieler ce que nous av<ms 
promis, et de reprendre le commencement 
d(* noire sujet. 

CHAPITRE IL 

Quellos itittùi ttê mies e»asn dt U fUêrre d'Aonib*!.^ Rrfy- 
lAtiOQ 4t riiîstori«ii Fabiu» fur et» caUMii. 

Quelques bistoriensd'Aunikil donnent deux 
raisiuis de la seconde guerre que les Romains 
déclarèrent aux Carthaginois. La première 
est, selon eux , le siège mis far ceux-eî devant 
Sagonte; et Taulre, l'infraction du traité [lar 
let|uel ils avaient s<»lennellem(»nt prtmus de ne 
|ias sY'tendre au-delà d<^ TTlbrr. Pour moi , 
j'accorderai bien que ce furent là lescommen^ 
eemcns de la guerre, maïs je ne puis ctmve- 
n if que c'en aient été les motifs. Kn effet, i-\»sl 
comme si l'on disait que l'invasion d'Alexan- 
dre en Asie\ a été la <-ause de la guerre con- 
tre les Pers4*s, el que la guern* des Romains 
contre Antiinhus, est venue de la descente 
que ce roi lit à Wmétriade. Ces tieux causi*s, 
Itdn d\Hre les vraies, ne M*nt pas même |iro* 
bables. Car qui pourrait [XHiser que Tinva- 
sîon d'Alexandre ait été la eau>e de plusieurs 
chrïses que ce prince, et c.vanl lui Philip[>e 
son père, avaient faites |M>ur se disposera la 
guerre contre les Perses ' i hi d< »it dire la même 
chose de ce que les Ktolii'us firent contre h^ 
Romains avant qu'Antiuihus vint à Dt^mé- 
triade. Pour raisonner de la si^rle, il faut n'a- 
voir jamais connu la différence qu'il v a entre 




rrjmmoiireiiienl * causer H pn^e\te, t*l tit» hii- 
rmr pas que ces deux fli'rnitn\s stmi a* qui 
dan«N tontes c*huses pm rdo (mit. et qu*^ If com- 
Bieiicement iiVst que led^vriiiei' tics Iniis.J'ini- 
pllrcunimentetiw'ul !ps prïMiiiiiTs *!riiiar<'lies 
(|iif ruii fail , lespivnniTS inmnoiiirns ([ik* 1\hi 
<ecloniu* pourcxôcuUTct: que Pou a juge de- 
voir faire ; luaîs les causes , t\s\ w qui prê- 
mle Uitil jugeiueiil el ltnit(* Jélibcnrlinu. ('.i- 
s*iiil Ves ^Kîn^'es qui se préseiiliMif , les dispcïsi- 
ïiotiê que Von pi'oud, les raisiiuuemeiis qui fnfy 
tuni Cii coflsé<]uenciv, cl sur lesquels ou se tle- 
leriuiVn* H jug<*r H à former uti dessein . Ce 
<juejV vais dire éclaire ira ma peuisée. 

Rifft n'^rsl pïiLs rarife h dêeoinrîr que les 
vnw moUrs lie la f^mcrre eonlro les lVrst\*i. 
Le premier fut le retour des Grecs, qui, 
«>Nnuii! isous la roiuiuite de XéiMqdiou, tles 
âatn»pîei de TAsîe supérieure, ei lra\ersaui 
UjiiIc rXsie avec lacjuelle iLsèlaieui eu guerre. 
ira^ajrnt uéanuitiius trouve persouiie qui osà( 
^^oppt^ser A leur retraile. Le second fut le pais- 
ogr* JMj^ésilas , roi de Laeëdcmoiio, en \su\ 
oaîl ne rencontra rien qui mîlohslaete a ses 
<lf!«eîiis, cjuoîiiiie d'ailleurs il fût oldi;4êdV'n 
tnrtir !Qin$ avoir rien fail , raïqudt'* qu'il étail 
iitts la Grèce par tes IrouUlis <lont elle était 
^}f% a^lee; car PInlîppc* considérant d^nn 
cùVc Va mollesse et la lâcheté des INtscs , 
el A(^ Tiutre les grandes russfnirces f(u*ii 
a»«*V [uiri les sien^ pour la gnerre , e\rilé 
faîtteur^ par l'éclat el la i^randeur des avau- 
tjgc^ ^vTA retîreruîl de la coin[uéte de cet 
empire; après bV*tre concilié la faveur des 
Gfrn, prii en Ru son essnr, courut le des- 
<l aller porter la ^ut^rre clie/ les P(*rses, 

ilîvjMie^ tout piiur celte expêdilion, sous 
^rcle\le4e venger les Grecs des injures qu'ils 
*o aiJiîent rinnies, H est dmic hors de don le 
fit li^ deav chf>^s que nous aums rappor- 
>ê«\o prenfiiércH, ont été les causes de la 
srw^rrpriinlrc les Perses, (|ue la deruién^ n'en 
*éré«uf le prétO-vte, el qu'eidin le cf»muien- 
'rn^nr II été Tirruplion dWlexaudre dans 
fUf. 

il i*sl clair encore qu'il n'y a point d'autre 

de la guerre des Ht nu ai us contre Aulio- 

,que rimlîgnation des È toi icus. Ceux-:!, 



CHAPITRE U. 



8f 



cnnaul que ks lloniains , enflés du suceè!* 
qu'a\iut t'u leur ;fuerre contre Philippe , lej* 
méprisaient, ronnin^j'aî dit plus haut, non 
seidement appelèrent à leurs secours Antîo- 
chus, mais la colère les emporta jusqu'à 
prendre la résedutirni de tout entreprendre et 
tie tout sïniffrir pour sc^ venger. Le préle\tc 
fut de remeltre les Grecs en liberté ^ c'est à 
quoi ils e\hnr(aîeTil el animaient sans raison 
ternies It!s villes, les parcourant avec Anlio- 
chus Tune après raulre. El enfin le comnien' 
cernent fut la descente d' Antiochus à Démé-« 
Iriade. 

Je me suis arrélé long-temps sur celle dis- 
tincliou, non t|ne j'eusse en vue de censurer 
les hislorirus, nniis [Kirce qu*' riustructiou 
des lecteurs ledeniaudaiC Car de (pielle utilité 
est pour les malades u^i médecin (|ui ne cou naît 
pas les causes des maladies? Que peut-on at- 
lendre d'un niinislre d'élal, qui ne connaît ul 
la raison Jii Pori^iue des affaires qui arrivent 
dans un rovaumc .' Connue il n'y a [Mis d'ap- 
liarence que le premier] donne jamais de re- 
un'^le convenable, il n'est pas non plus pos- 
sible que Taulre, sans la connaissance de ce 
(|ue nous venons de dire, prenne prudemment 
un parti, CVst pour cela qu'on ne doit rien 
rechercher avec tant de soin que les caust»s 
des év énemens ; car sôui eut une bagatelle , 
n\ï rien donnent lif^u à des événcmens très 
importa us el , en tout , on ne remédie à 
rien plus aîsénn^nt qu'aux premiers monve- 
mens el an\ [treinières pensées. 

Selon Fahius, historien romain, ce fut Fa- 
varice el Tandiition démesurée d'Asdrubal, 
joînles à Tinjure faîteaux Sagontius, qui furent 
la cause de la seconde g^uerre punique. Falins 
prétend que ce général, sY^tant acquis une domi- 
nai itm fort élendueen Espa^me, eutle projet, à 
son retour dans l'Afrique, d*abolir les lois da 
sa république* , et de l'ériger en niouarchîe ; 
que les principaux magistrats, s^'étant aperçus 
de son dessein 5 y furent unanîmeiuenl oj)- 
posés : qn'Asdrubal alors sortit d'Afrique* et 
cjue dt* relour en Espagne , il la gouverna à sa 
fantaisie , sans aucun égard [jour le sénat de 
Carthagc j qu'AnnihaU qui dés l'enfance était 
entré dans le^ vn*^s de son oncle., et avait là 

6 




SA HISTOIRE GENEILVLE DE h 

loiil 11* fmil que* Ton pourra iÏTor de cm'IIc 
histoîro, laot pour lo présent que paur Ystyo- 
nir. Car no nous inidgiûons ps que les ehefs 
d^anuêes n\ml eu faisant la guerre, d'autre 
but que de vaincre et de subjuguer, m que 
Ton ne doit juger dVuit que [lar leurs >itloi- 
res et par leurs conquiHes. Il n'y a personne 
qui fasse la guerre daus la seule vue de (rîoni- 
pher de ses ennemis. On ne se met pas sur 
mer pour passer simplement d'un endroit à 
un autre. Les sciences et les autres arls ne 
s\ipprenneut pas uuifjuenieut pour en avoir 
lacounaîssauee. On cbcrche en tout ce que 
l'on fait, ou l'agréablç, ou rfionncMe, ou 
Tntile. Cel ouvrai^e ne sera donc [ï:irfatt et 
accompli qu'autant qu'il appreudra (|U(i fui , 
après la D>nquèle du monde enlier [Mh les 
Bomaîns , Télat de chaque peuple en pnrtieu- 
lîer, jusqu'au te*mp s où de nouveauv troubles 
Si' si>nl élevés, cl qu'il sVsl fa il un nouveau 
changement dans les affaires. C'est sur ce 
changement que je me suis proposé dVkrire. 
LMmportance des faits et les chost^s exfraordi* 
naîres qui s'v sont passives, ni'\ or»t engagé. 
Biais hi plus forte raison , c'est que j'at conlri- 
bué à rexéiulion de certaines choses , et que 
j'ai été lecondurteur de beaucoup d'autres. 

Ce fui dans ce souïévementqut* les Honiains 
allèrent [wrter la guerre chez les OllilnTiens 
H l(*s Yacéens; que 1rs Carthaginois la lirent 
il Massinissa, roi dansTAfriquc; qu\ni Asie 
Al ta lus et IVusias se la déelarérenl l'un 
à l'autre j qu'Oropherne aidé par Déniétiius 
f hassa du Irône Araralhe. roi deCappadoce» cl 
que celui-*'! v remonta par ses seules fon es; qu(* 
Stleucus, fils de Dèmélrios. après avoir régné 
douze ans dans la Svrie, perdit le rovaume 
et la vie par la conspiratirui des autres ruis; 
que les Romains permirent au\ (irees, aeeu- 
&és d\Mre les auteurs de la guerre de l'ersée, 
de relounier dans leur patrie, après tprils 
curent recimuu leur innocence; que peu de 
lenqis après, ces mêmes Romains allaquérenl 
tes Carthagiouis , d'aburd pour les obliger à 
chanjtfcr de [ki>s , mais ensuite d;ins k^ dessein 
de les détruire entièrement, pour des raisons 
que nous déduirons dans la suite ; qu'enfui 
vers le même temps les Macédoniens ajant 



A RÉPI'BLIQIT ROMAIXE. [4.1. «14 

renoncé à ralliance des Romains^ et les I^icé- 
dêmonîens sV^lant détach<'S de la république* 
des Aehéeus, on %it le malheur commun de 
la GrfTC commencer et linir lout ensemble. 

Tel est le dessein que je me suis proposé. 
Fasse la fortune que ma vie soit assez longue 
[Kjur l'exécuter et le conduire à sa perftHrlîonl 
Je suis ce|ïendanl persuodé que. quand même 
je viendrais à manquer, il ne serait pas aban- 
donné, et que d'habiles gens char nit*^ de sa 
IxMulè sti feraient un de\oir de le remplir, 
^laiiitenant qui" (>our donner aux lecteurs 
une ccmnaissance v^ènérale et particulière de 
toute cette histoire, nous avons rapporté 
S4)mmaj rement li*s prîmipaux faits sur les- 
quels nous devons daus la suite nous étendre , 
il est temps de rappeler ce que nous avons 
promis , et dr reprendre le conmiencemeut 
de notre sujet. 

CHAPITRE IL 

Qtiellrs fur^Dili^ mk* causes «le la guerre d'Annibftt. — Itèfu- 
kiiion d« rbîstoheii Fabiut Mr et* eM^tati, 

Quelques hîstorîensd\Vnnibal donnent deux 
raisons de la si'conde guerre que les Romains 
déclarèrent aux Carthaginois. La première 
est, selon eux, le siège mis par ceu\-< i devant 
Sagonlej et Tautre, Tiufraction du traité [»ar 
lequel ils avaient s<dennellemt'nt pn^mis de ne 
|Mis sVtendr*' au-delà île TÈbre, Pour moi, 
j'accorderai bien que ce furent là les commen 
cemens de la guerre^ mais je ne puis conve- 
nir que c'en aient été les nmtifs. En effet, c'est 
comme si Ton disait que rimasîon dWlexan- 
dre en Asie, a été la cause de la guerre crm- 
tre les Perses, et que la guerre îles Romains 
contre AntitH-hus, est venue de la descente 
que ce roi lit à Démet riade. Ces deux caus4»ïs, 
hïin d'être les ^ raies, ne sont pas même pro^ 
bables. Car qui pourrait |>enser que Tin va- 
sion dWlevandre ait été la cau^e de plusieurs 
choses que ce prince» et ^.vanl lui Philippe 
son père, avaient faîtes |M>ur m* disposera la 
guerre contre les Perses? On doit dire la Diér 
chose de ce que les Êtidiens firent coutn* 
Romains avant qu'Anliochus vtnt «n Di'iu 
triade. Pour raisonner de la M)rte, U faut dH 
^oir jamais connu la dilTèrence quM y acQlre 



I 





trr ssV] 



-frit^^:: / j^ivre ni.— chapitre ir. 



mmnirticfHiieiU , cause H \wHi^\lv, vi iw sa- 
u>îr pas qw» res (Jf:u\ fk'niiors sont œ ijui 
lâlis loalCïi rhoses pm'ècli' ltm(, el(|iirlca>ni- 
neticement nV&t quo lo dcrnitT des trois.. Fiip- 
prflerutiimrticera(*ii( \vs ]ïr«*riut"Tes (Irriirtn'iji^s 
fiefoii Htit , le*i|ïri*!iiiers iiioiivtnueiis i\\w \\m 
<ic donne pour evêeiitorcr que l'on a jugé de- 
voir faire; mais les causes, c\»st ce qui |mV»- 
rède loul jugement el toul^' ilélil)èratîou, ty 
*Aml Ws pei\ï*M^ qui se prêsniteiit , 1rs disposi- 
iioiiâi que Von prend , les raiw^nueniens 4|ui se 
fofif eu cûfi^équence , et sur lesquels ou s** dé- 
itTiuirie il juger et à former un dessein. Ce 
•(ue j<» \ ais d i re èc la î rc i ra n i a p c usée . 

Rfrn nVst plus facile à décou\rir que les 
vrais motifs de la gucrrt* coulr*» les Perses, 
Lr premier fu( le rtlouf des lirees, qui, 
rf-\eiiatit sous la conduite de \êuo|dioii , des 
^(mpîes de I^Vsie siqiérieurc, cl Ira^ersaiil 
U«iterA3it<î avec latpjelïeilsélaieid en guerre, 
ti'A\atni( néanmoins Irotné personne qui t»si)t 
%*opptitset à leur retraite, l.(^ second fui le pas- 
êfp JMgésîlas , roi de Kacédéinoue, eu A^ii\ 
mti m* renroutra rien ([ui niïlol>s(acle a ses 
4s%pîii*, qttfiique d'ailKnirs il fût otdif>èd>u 
*nrtir «aits ùMnv rien fiiit , ra|qiclé qu^il était 

th (irè<-e jKir les lrouldf*s dont elle êlail 
*igîlcc; car Pliilippr cuusidéraril d'un 
n'Ac VsL inolle^ï^e et la làelielé des Perses, 
H «le Pdliifre les grandes ressources qu-îl 
«*Ji7 lui ci les siens pour la fi^uerre, evctté 
fiittew> pîir Tcelai el la i^raiidcur des avan- 
U|f5 e|u*îl rcU rerail ilc la conqutMe de cet 
fSBfirr; apn^ s\Mre concilié la ftiveur des 
"^ , prît enfin sini essor, concul le des- 
tîlf aller piirl* r la giHMce dtez les Perses, 
^ê^fosa loul pour celle exinhlition, sous 
PN^Urrle songeries Grecs des injures qu'ils 
• i^aienl rerues. Il est rloiic hors de d^uile 
f» lr» deux choses 4pie nous avons rappor- 
*»W* premières, oui été les causes de la 
; i e les Pi*rses, (pie la df*i lûére tiVn 
'^^i ,j..T ., prélevte, el qu'eidin l*' rimunen- 
fi'mul a Hc Pirruplirm d'Alexandre i 

Il r^ elaîr encore qu'il iiH -* 
•me de la g^il**rre des Ror 
^.que rindignali«»n df 



ero\anI que les Ri>ïnains , enflés du succès 
qu'aKul eu leur ^ruerre contre Philippe, lei* 
niêprisaieni , ronnne j'ai dit plus ïiaul, non 
seulenienl appelèreul à leurs secours Antio- 
chus, mais la colère les enlp^Jrla jusqu'à 
prendre la lésolulinn d*^ tout (*ntrep rendre et 
df/ tout stmffrir |»our se venger. Le prële\te 
fut de remettre les Grecs eu liberléj c'est k 
quoi ils e\htHiaîeut el animaient sans raison 
trMites les ailles, les parcourant avec Anlio- 
chus l'une après l'autre. Et enfin le eommen- 
cernent fut la descente d'-Uiliochus à Démé- 
triade. 

Je me suis arrèlè long-lemps sur cette di.s- 
tinclîon, non que j'eusse en ^ue de censurer 
les historiens, mais [>arce que rinstruelioii 
des lecteurs le demandait Car de quelle utilité 
est pf>ui' lesmalarles u;n unnlecin qui ne connaît 
pas les causes des maladies? Que peui-<m at- 
tendre d'un minislre dV4at , qui ne connaît ni 
la raison ni l'origine des afliûres qui arrivent 
dans uu rovaume? (!onune il u'> a \ï^s d'ap- 
parence que le premierj donne jamais de re* 
méde convenable, il n'est pas non plus pos- 
sible que l'autre, sans ta connaissance de ce 
que nous venons de dire, prenne prudemment 
un parli. C'est pour rela qu'on ue doit rien 
rechercher a\ec tanl de sidu que les causes 
des è^énemens^ car souvent une bagatelle^ 
uu rien dorment li**u à des événcmens très- 
ÎTuporlans et , en loul , on ne remédie k 
rien plus aisément qu\iux premiers moure- 
mens et an\ premières pi^nsèes. 

Selon Fabius, historien romain, ce fuira- 
varice el l'ambition démesurée d'Asdrulial, 
jointes à l'injure faite au \ Sagonlins, qui furent 
la cause de la seconde guerre j>unique. Fa! ins 
prétend que ce général, s''clant acquis une domi- 
na lion fort él«^ndueen Espagne, eul'je projet, à 
son retour dans l'Afrique, d^âbolir les lois d«* 
sa république , et de l'ériger en monare/*/e/ 
que les prîurîïianv magistrats, s'élauf "Z»*'^'^ 
f'*^ • nnaiiti"'*^'""' *^ 



Si 



mSTOIRE GÉN'ÉR.VLE DE I. 
CHAPITRE IV . 



Atimbal «* noimn* «cnèTaî dirs armées. ~S«^ comiuèits en E*- 
pafnC'^it ^ brouille avec ïes liomaini >\ït un iwauvaii pr*^- 
totif . — ?t\»e- de Sagoote par Anaibal. — Vicioére remporté* 
par Iff Romaiïi» sur Déroélnii*, 

Les Carlhagiiioîs élaiiHil fort sensible*^ à la 
perle qu'ils avaieiil failtde la Sicil<* ; mais ils 
avaient encore plus île p<?iii** à supporter reîle 
de la Sardaignc, et l'augmentât ioû du inhnt 
qu'où leur avait impose. C'est pt:>ur cela iio'a- 
prés qu'ils eureut soumis la plus grande partie 
de rEspafçne, tout ce qui leur était rapporté 
contre les Romaîus était toujours bien reeu. 
Lorsqu'ils eurent appris la mort d'AsdmbaL 
qu^ilsavaient fait j^ouverueur d'Espagne après 
la mort d'Amiicar/d'alKirdilsatlendirLutpcmr 
lui nommer un successeur, qu'ils sussent de 
quel eôté penchei^aieut les troupes; et dés 
que la nouvelle fut venue que d'un consen- 
tement unanime elles s'étaient cliuisî Anoibal 
pour chef, aussitôt le peuple s'élaul assemblé , 
confirma félection, et l'on donna a Anni- 
bai !e commandement des armées. Elevé a 
cette dignité j il pensa d'abord à soumettre 
lesOlcades, 11 vint camper à Altliéc Ja princi- 
pale ville de la nation, et en fil lesîégeavec lanl 
de vigueur et d'impétuosité, qu'ail en fut l»îenl«Vt 
maître Xes autres villesépouvanltH'Souvrireni 
d'elles-m#mes leurs portes. 11 les vendit en- 
suite à prix d^argenl, et s'élant ainsi amassé 
de grandes ricliess*^s. il vint prendre son quar- 
tier d'hi\er à CarlhagéneXéuéreuv a Fégard 
de ceux qui sen aient sous lui . |mant libéra* 
lemenl les soldats, et leur promettant des ré- 
compenses, il se gagna les ccinirs. et donna 
de grandes espérances au\ troupes. LV*lé \e- 
nu, il ouvre la campagne par une expédition 
chez les Vacéens. 11 prend dVmbléola ville de 
Salmantiquc. Arbucate. «pii élaît grande. 
bien peuplée, et défendue par des habilans 
d'une grande laleur, lui ré-isla long temps; 
mais enfin il remporta. H courut un grand 
danger en revenant. Les Car|R*siciis , nation 
la plu"^ puissante du pajs, avaient pris les 
armes , cl les peuples voisins , soule\ es par 
ceux des Olcadts et des Satmantiquois qui 
ft'^étaieut sauvés par la fuite . étaient accourue 




A RÉPl^LIQl^ ROMAINE, [i. t œ.i 

à leur secoui^s. Si Annibal eût été obligé de 
les combattre en bataille rangée , sa défaite 
était immanquable. Mais il eut la |*rudence 
de se retirer au petit pas, de mettre le Tage 
devant lui. et de se réduire à disputer aux 
ennemis le passage de ce (lenie. Celte con- 
duite lui réussit. Les Barbares s'efforcèrent de 
passer la rivière j*ar plusieurs endroits ; mais 
laplupart , uiidékirquemenl , fm\*nt écrasés par 
les quarante éléphaiis qui marchaient le long 
des bords. Dans la ri\iére même il y en eut 
beaucoup qui périrent sous les pieds de la ca- 
\alerie , qui rompait plus aW»ment le c<mi^ de 
iVau. et du haut de ses chei aux combat tail 
avec avantage contre l'infanterie, Enlîn 
Annibal passa kiimi^me le fleuve, et fondant 
sur ces barbares, il en tua plus de quarante 
mille sur le champ de bataille. 

Ce carnage intimida tellement tous les peu- 
ples dVn|lcçàde l'iîbre^ qu^il n'y resta pc*r- 
Mpnne, hors les Sagonlîi^. qui 0Sî\t faire mine 
dert*sislerau\<^arlhaginois, Annibal se donna 
pourtant bien de garde d'attaquer Sagonle. Fi- 
dèle auxa^isdWmilcar, son |*ére, il ne vou- 
lait pas se brouiller ouvcrienieni avec les Ro- 
mains, qujl ne ftïl auparavant paisible pos- 
si»sseur du ri-sle de F Espagne. Pendant ce 
lemps-Li les Sagoutîns craignant |)our eux, et 
prévoyant le malheur qui devait leur arriver, 
eii^ osaient à Romi" courriers sur courriers > 
pour informer exactement les Romains des 
progrés que faîsnenl l^^ Carlhaginois. iki fut 
long-temps àRtnue sans faire grande attention 
à ces progrès ; mais alors on lit partir dis am- 
bassîideui's [Hjur sVclairer sur la vérité dis 
faits. 

Annibal api es a^oir pc^ussi' ses cauquétt*s 
jus<]u%>ù il î»\'(ail proposé, retînt faire prendre 
â son armée sesquartiers d'hiver a(]artlKigéne, 
qui était comme la ville capitale île la nation, 
il comme le [lalats de cette partie de T Espagne 
qui olH*iss^iit aux Carthaginois. Là, il reuccm- 
tra les ambassadeurs romains , et leur donna 
audience. Ceux-ci prenant les Dieux il témoins, 
lui riHunniiiandèrent Ao ne pas loucher à S«i- 
goule, qui était sous leur protêt tii m, et de 
demeurer exactement endetta de TEbre» s*don 
k traité fait umx AMlrul>aL Annibal , jeune 




[k. €. 359*1 



IJVRE Iir.— CHAPrTRE r\. 



85 



jilors, cl |wi>sioum' pour b guerre, heureux 
daos SCS pro^els, et îiîiimê depuis loiig'tempji 
coitlre los Romains, répontlit, romuie s'il eilt 
pris le pjirli rfes Sagontitis: qu^me sédition 
s'élail depui*^ peu êle\êe piinni eux, qu'ils 
aTaieut prii» les Romains pour arbitres, el que 
ces Romains avaient injuslenienl rondaninè à 
roorl quelques-uns ries ma^nslrals ; qu'il ne 
lais^rail pas relU' injusliee impunie; que de 
loul lem\w\a eoulume des Carlha^^inois avait 
été «le prenJre la défense de r**u\ qui étaient 
iojustemcîil perséeulés. El en métnt^ temps il 
dèpéchAil au s«'»nat de Curtha^n* pour savoir 
romni^^l il en agirait a \er le?* Saj^onlius, qui 
lier^ de ralliante des Rumains^ eu usaient 
mal a^ec quelques-uns des sujets de la répu- 
blique. Eu un mot, il ne raisonnait pas H n'é- 
coulait que la colère et rem|Hjrlenient qui 
^aveuglaient* Au lieu des vraies raisons qui le 
faisaient agir, il se rejetait sur des prétextes 
rrivcles», égaremenl ordinaire de eeux qui^ 
5*ioqalél9LD t peu de la j usticc , oV*eou teu l que les 
passioDS |>ar leM[uel I es i 1 s se son (laissés prévenir , 
Oimbien ii\»ùt-il pas mieux Tail de dire: qu'il 
fallait que les Roniains'reiidissentia Sardaigne 
aux Carlhagiuoîs, el les déehargeassenl du 
Iriliut qu'ils leur avaient injustement imposé, 
dansiez temps malheureux où ceux-ei avaient 
clé cbassés de cette lie , et qu'il n\v aurait de 
paix entre eux et les Carthaginois qu'à eette 
cotidiiionl II est résulte de là que ^ [Mmr 
avoir raché la vraie raison qui lui mettait les 
armes k la main , et en a\oir allégué une qui 
n^avaii nul fonderaeut, il a passé poor avoir 
rommencè la guerre, non seulement r<nitr*^ le 
bon sens, mais cneore contre toutes les régies 
de (a justice* 

L«"S ambassadeurs ne pouvant plus douter 
qu'il ne faillit prendre les armes, tirent voile 
\K>ur Carlhage, dans ledesseinde demander aux 
Carlbagînois, comme ils avaicTit fait ivAnnibal, 
r'ol>ser\ation du traité eonelu avee son ont-le. 
Maiis ih ne pensaient pas qu'^n cas que ce trai- 
te fût violé , la guerre diVt se faire dans l'Ita- 
lie j ils crojaîent plul<^t que ce serait en Es- 
pagne, et que Sagootc en serait le théâtre. Le 
sénat romain , qui se llattaît de la même espé- 
raiiC4?j prévoyant que cette guerre serait im- 



portante, de longue durée, et fort éloignée 

de !a patrie, mil qu'avant toutes chos«*s il 
fallait mettre ordre aux affaires d'ilivrie. 

Oémélrius de F haros . oubliant les bien- 
faits qu'il avait rer us des Romains, el allant 
même jusqu'à les mépriser, parce qu'il avait 
^u la fraveur où les avaient jetés les Gaulois, 
et qii^il voyait celle où les jetaient acluelle- 
meut les Carthagiuois, espérant d'ailleurs 
beaucoup di*s rois de >lacétloîne , qui dans la 
gu(*r re de(I léoméne s'étair*u t joi nts à An ligonus^ 
sV^ait a^isé \ers ce tempf-!à de ravager et de 
renverser les villes d' 111 v rie qui apparleuaieul 
aux Romains, de passer avec cinquante fré- 
gates au-delà du Lissts contre la loi des Irai- 
lé^s, et de porterie ravage dans la plupart des Iles 
tJ^lades. Os désordres altirèrent Fattention 
des Romains, qui vr»3 aient la maison rovale de 
Macédoine dans un étal florissant ; et ils mî* 
rent tous leurs soins à pacifier et h s'assurer 
les provinces situées àForient de IMtalie, Ils se 
persuadaient qu'il serait encore temps de pn»- 
venir Annibal, lorsqu'ils auraient fait repen- 
tir les IllyrieHis de leur faute, et châtié fingra- 
titude et la témérité di' Dé met ri us. Ils se trom- 
paient : Aunibal les prévint, et se rendit mai- 
tre de Sagonte , ce qui fut cause que la guerre 
lie se lit pas en Espagne, mais aux portes de 
Rome et dans toute l'Italie. 

Cepi^ndant les Romains^ suivant leur pre- 
mier projet, envovérentune armée eu Illvrîe, 
sous la conduite de L. Èmilius, vers le prin- 
temps de la première année de la cent quaran- 
tième olvmpiade. Anuibal alors sortit de Car- 
thagéni', et s'avança vers Sagonfe. Cette ville 
est située à s^pt stades delà mer, sur le pied 
des nKJîitagnes où se joignent les frontiéreis 
de CeltilK*rie, et qui s'étendent jusqu'à la mer, 
C't^si le pays le plus fertile de toute rEspague, 
Annibal \inl camper devant cette villc^ et en 
poussa le siégeavecvîg!u*nrJlprévovaitquede 
la prise de celte ville il tirerait pour la suite les 
plusgrandsavantages ; queparlàitôteraitlonte 
es[ïérauce aux Romains ^le faire la guerre dans 
l'Esijagne; qu^iprés avoir jeté l'épouvante 
dans tes esprits , ceux qu'il avait déjà subju- 
gués seraient plus dociles , et ceux qui ne dé- 
pendaient epcore de personne . plus circons- 



,1 C.3M.1 LIVRK m; — 

(Tétait uu prince bardîet hnive, maïs (F une 
bra^ aurebmlale et sansprudonre. La fin de Sii 
ne ne dt-nuMilit poinl son caniclrre. ïl péri! â 
Mcssèiie, (ju^il a\ail eiil repris tir prendre du 
cooseulcment de Philippe , pour s\Hre exposé 
fêméral renient dans un cond>al. Mais nous 
parlerons de U»ul eela en détail, lorsqirîi en 
sera temps. 

Kmilius, après eelte vie loi re, entra dVni- 
bVee dai\s Pbaros , el la rasa : puis sVianl refi- 
du xualfrr* dn reste de t^lllyrie, el y ajanl 
cfofJiié ses ordres, Télé fini , il revint à Home, 
et \ entra erilriuinplje. On lui (itldus le.s litm- 
neui^s > et il riHiil tous les applaudisseniens 
(pie méritaient Tadri'sse et le lourage avec 
Ies4{ueb il s'était eonduit dans les aflaîrcî» 
dllhric, 

CHAPITRE V. 

tturtrt éti Romains cotilre k$ flariliagiu^ii;, — AtDba»iade di'S 
ItdiBAîiM k Curthage. — DifTéreof triili^ Tilts entre les Ko- 
mmm el tas Ctr LtMSÎnoia. 

tvorsqiie Vmi apprit à Rf>nit^ la prist* de Sa- 
;ronle , oq n\v délibéra point si l^m ferait la 
guerre aux Carthaginois. Oiielqiies historiens 
Jbenl que cela fat mis en délibération ^ et ils 
rapportent même les disrours qui se tinrent 
pour et runtre. Mais r^est !a chose du nnonde 
la motus vraisendilable. (lomment se serait-il 
pu faire que les Romains, qui rauuéeprécé- 
dente avaient déclaré la guerre au\ C^arlhatrî- 
nois lit leur arrivait de mettre le pied snr 
l**s terres des Sagontius , après la prise de la 
vîllc même , dontasscnt , hésîtassseot un 
fWimeut s^ils fendent la pierre , ou non? 
Comment passer à 4*es historiens ce qu^ils di- 
sent: que les sénateurs consternés de cet le 
nouvelle, menèrent au sénat des en fans de 
douze ans , et que ces enfaus à qni Ton avait 
fait part de tout ce qui s\v èlail passé , ne s^ou- 
vrirent ni à leurs parens ni à leurs amis sur 
fe secret qui leur avait été c«»niié ? il nS a 
dans (oui cela ni vérité ni apprence même 
de vérité, à nifuns que Ton n'ajoute , ce qui 
est ridicule, que les Romains ont reçu de lu 
^ fortune le privilège d^a pporter la prudence 
en uaissâut. De pareilles hisloires ne valeni 
pas la peiuc d'être réfutées plus au long , si 



CHAPITRE V. 8t 

toutefois on peut appeler histoires ce que 
nous débitent là-dessus Chéréas et Sosih\ Ces 
contes m*ont tout Tair d'avoir été pris dans 
quelque boutique de barbier , ou répétés i\\\- 
prés la plus vile populace. 

Dés que Ton connut à Rome Tattcnta t dMti- 
nibal ci^ntre Sagonte.onenvova sur-le-champ 
deuv amlmssadeurs à Carthage , avec ordre 
de proposer deu\ choses ^ dont Tune ne (m>u- 
1 ait être acceptée par les Carthaginois qu'à 
leur boute et h leur préjudice ; el l'autre 
élaît pour Rtuue et pour Cartbage le com- 
mencement d'une affaire trésendiar cassante 
et trés-meurlriére; car leurs instructions por- 
taient : oude demander tju\m leur livrât An- 
nibal el reu\ qui avaient part h ses desseins ^ 
ou de déclarer la guerre. Les ambassadeurs 
arrivés à Cartilage, déclarèrent en plein sénat 
b*urs intentions. Les Carthaginois ne les en- 
tendirent qu'avec horreur, et donnèrent au 
plus capable e'onunîssifm de défend n* la cause 
de la république. Celui-ci ue parla pas plus du 
traité fait avec .Vsdrubal que si il nVnït jamais 
été fait y ou que s'il eût été faitsaus ordre du 
sénat, ïl ju>itifiason silence sur cet article , eu 
disant qiie, si tes Carthaginois u\u aient 
aucun égard pour le traité d\isdrubal , îls^ 
ut* laisaienl en cela que suivre Texemple du 
peuple romain , qui dans la guerre de Sicile 
cassa un traité fait par Luctatius, souspréleailc 
qu'il avait été conclu sans son autorité. Les 
Cartbagînois appujaîenl beaucoup sur le 
traité qui avait mis fm à la giuTre de Sicile et 
y revenaient il foutmomenl , prétendant qu^ il 
n'y avait rien qui regardât TEspagne ; qu^i 
la vérité il y était manjué que de part ni d'au- 
tre on ne ferait aucun tort au\ alliés; mais 
que, dans le temps, du traité lesSagontîûs n'é- 
taient poînt encore alliés du peuple romain ; 
et lîi-dessus on ne cessait de relire le traité. 
Les Romains refusèrent absolument de répôn- 
drcii celte apologie. Ils dirent qnecelle disms- 
sîfm pouvait avoir lieu^si Sagonte était encore 
dans son premier état , qu'en ce cas les paroles 
suffiraient peul-èlre pour terminer le diffé- 
rend ; mais que celte ville avant été saccagée 
contre la foi des traités, le:^ Carlbagînoîs ne 
pouvaient , qu'en livrant les auteurs do Tin- 




* l. *45.J 



LIVRE m.— 



ddà ilesquels on déretid aux lloiuains Je pil- 
ler el de lia tir une ville. >Iaîs «rtippoitoiis 
!es leniies thi Irai lé, 

'* En Ire les Honkiins et leurs alliés y el eii* 
» tre les Carihagînoîs, les Tj riens ^ les Uti- 
n» cêens et les alliés de limt* ees peuples , il } 
« aura alliance à ees eoiulitions : que les Hiv 
» inauis ne pilleront , ni ne trafiqueront y ni 
» ne bàliroivt de ^iile îui-dela du beau pro- 
» nionloire, de Mastic et de Tarscîon : que si 
M \o^ Carlhaj^inois prennent dans lepavs latin 
»> ijue/i/ue vîJîequî ne soit pas de la douilnal ion 
ï» rt:nîiaiQCj ils garderont pour eux l'argent 
1* et les prisonniers, et renielLront la ville aux 
t» Romains ; que si desCarthn;,rinois prennent 
» quelque lioninie Taisant [wirtie des peuples qui 
nten paix avee les Rimiains par un Irai lé 
rit, ^ns pourtant leur être souuiis, ils ne 
» le feronl pas entrer dans les ports des Rt>- 
» mains i que s'il \ entre et qu'il soit pris par 
n un Romain j on lui donnera liberté de se 
•• retirer^ que cette condition sera aussi ob- 

• serrée du eôté des Romains ; que si ceux-ci 

• preooent dans un pays qui appartient aux 
1» Cartbaginois de Peau ou des fourrages , ils 
i« ne s*eii serviront pas pour faire tort à auenn 

> de ceux qui ont paix et alliance avec les 
« Carlbaginois... Que si cela ne s'observe 
» pas , il ne sera pas permis de se faire justice 
» à soi-même; que si quelqu'un le fait, cela 
1» sera regardé comme un crime public ; que 
•I [es Romains ne trafiqueront pas n i ne bA liron t 

s de ^ille dans la Sardaigne ni dans l'A 
Irique^ qa'il ne leur sera permis d'j aller 
que pour prendre des vivres ou pour ra- 
douber leurs vaisseaux ; que s'ils v sont por- 
V tés par la tempête, ils ne pourront v rester 

> que cinq jours; que dans la parlie de la Sicile 
«qui obéit aux Cartbagiuois et a Carlliage^ 
» uu Romain aura pour son commerce et ses 
» ^ ' * 1 rnénie liberté <|u'un citoyen ; qu'un 
î> < -mois aura le inçnie droit ït Rome. » 

On roii encore dans ce traité qac les Car- 
thai:îno/s parlent do l'Afrique et de la Sardai- 
gne comme de deux pays qui leur sont sou- 
mis , et qu'i Isolent aux Romains tout prétexte 
d\ mettre le pied j qu'au contraire en parlant la 
^tic de la Sicile , ils désigueu I la par tic qui leur 



Wqi 



CHAPITRE V. H9 

obéit. Les Romains fimt la même cbose à 
l'égard du [hivs lai in , en défendant aux Car- 
thaginois de toucher aux Antîales, aux Ar- 
déalcs, aux Circéens et Terraciniens , qui 
sont tes peuples du pavs latin qui c^ccupenl 
les villes maritimes. 

Au temps delà descente de Purhus , avant 
que les Carthaginois pensassent a la guerre 
de Sicile j les Romains firent avec eux un 
troisième traité, où Ton voit les mêmes con- 
ventions que dans les précédens; mais on 
ajoute : a Que si les uns ou les autres font 
» alliance par écrit avec Pyrrhus, ils met* 
*i tront celte condition: qu'il leur sera permis 
» de porter du secours à ceux qui seront atla- 
*j qué^; que quel que soit celui des deux qui ait 
» 1 ïc so i n d e seco u rs , ce se rou 1 1 es C a r t ha gi n <i î s 
>> qui fourniront les vaisseaux, soit pour le 
ïï voyage, soit pour le combat; mais que les 
i>unset les autres paieront à leurs frais la 
» solde à leurs troupes ; que les Carthaginois 
)) secoureront les Romains môme sur mer, 
» s'il en est l*esoin; rt qu'on ne forcera poînl 
n l'équipage a sortir d'un vaisseau malgré 
n lui. *i 

Ces traités étaient confirmés par des ser- 
mens. Au premier les Carthagirmis jurèrent 
par les Dieux de leurs pères , et les Romains 
une pierre en main^ suivant un ancien usage, 
par Marset|Enyalius, Le jurement par une 
pierre se faisait ainsi : celui qui confirmait un 
traité par un serment ^ après avoir juré sur la 
foi publique, prenait une pierre dans la main 
el prononçait ces paroles : « Si je jure vrai, 
Ji qu'il m'arrive du bien ; si je pense autre- 
ji ment que je ne jure, que tous les autres 
)i jouisaml tranquillement de leur patrie, de 
ij leurs toisj de leurs biens, de leurs pénates , 
pï de leurs tombeaux, et que moi seul je 
it sois brisé connue l'est maintenant cette 
)* pierre^ » et en même temps il jetait la 
pierre. 

Ces traités subsistent encore , et se conser- 
vent sur des tables d'airain au temple de Ju- 
piter Capitolin dans k"^ archives des Ediles. 
Il n'est cependant pas étonnant quePhilin ne 
lésait pas connus ; de notre temps même il 
) avait de vieux Roniaîns^el de vieux Carliia 



i 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA RÉPl'BLIOni: ROMAINE. 



loul \e fruil ([Up Vùh prjiirra lir«T d<* ri>irc 
histoire, laol [Hiur !i* prt'soiil qur pour Ta v*^- 
nir. Car no mms ijiiagiiïi>iis pas quv les i hefs 
d'armées n\>ût en faî^nt la guerre, iraulre 
bul t|ue de vaincre et de subju^er, ni que 
l'on ne duil juger dVu\ que [jar leurs ^irUïi- 
reselpar leurs couquiHes. Il ii\ a personne 
qui fasse la guerre dans ta seule \ue de trtoni- 
pher de ses emieniis. Ou ne se met pas sur 
mer pour jiasser simplenieui d'un endroîl à 
un autre* Les sciences et les autres aiis ne 
s'apprennent pas uniquement pour en avoir 
lacODiuiissatice. Ou cberche en tt»ut ce que 
Ton fait, ou ragrèable, ou Tlittunéte, ou 
l'aiilé. Tel ouvrage ne sera donr parliitt et 
accompli qu\iulant qu'il apprendra f|uel fut , 
aprrs la conquête du monde enliiT p;u- les 
Bouiains, réiat de ctiaque peuple en [larlim- 
lier» juscfu^au temps où de nouveauv troubles 
se sont élev{*s*et i|u'il sVsl fait un tiouve;m 
changement dans les affaires. CVst sur ce 
chan ge m en t ( | u e j e nie suis pro posi* d ' êe r i re . 
L'importance des faits et les cIiom^s eviraordf - 
«aires qui s^v s<*nt passées, ni% ont engagé. 
Biais la plus forte raison , c'est que j\ii contri- 
bué à re\é*iiliou de certaines choses, et que 
j'ai été le conducteur de beaucoup d'autres. 

Ce fut dans ee soulévementqut^ les Ritniains 
alléreirt |>orter la guerre che; les OiïilKTiens 
cl Ns Vacéens; t(ue les rarthaginois la lire ni 
il Massinissa. nu dansTAfrique; qu'en Asie 
A (ta lus et Urusias se ta déi 1 a ré re ni Tuo 
h l'autre; qu'Oropherne aidé par Démétrius 
chassa du tréne Araralhe, roî detlappadoce. et 
que relui-it } remonta piir ses seules foreesi que 
St'leurus, lils de Démétrius, après avoir réfrné 
douze ans dans la Svrîe, )»erdit le rovaume 
et la vie par la eonspiratii»n des autres rois; 
que les Romains permirent àu\ (irec5, acca- 
s«S û\HtP les auteurs de la guerre de l*ersee. 
de retourner dans leur patrie, après qu'ils 
curent reconnu leur innocence; que peu de 
lem)>s après, ces nn^mes Romains attaquèrent 
b^s Carthaginois, d'abord pour les obliger h 
changer de |»avs , mais ensuite dans le d(*sse!ii 
de les détruire entièrement» jiftor des raisor 
que nous déduirons dans la suite ; quVi 
vers le mimt temps les Macédoniens f 



X. l\ KSI.] 

renoncé à l'allia née dej* Romains, et les Laeé- 
dénioniens s'ètanl détachés de la république 
desAchéens, on^itle malheur commun de 
la Gn'TC commencer et tinir tout ensemble. 

Tel est le dessein que je me suis proposé. 
Fasse la fortune que ma vie soit assez longue 
jMjur IVxi'cuter et le conduire à sa perfcTtiou! 
Je î^uis c**|vendant persuadé que, quand même 
je viendrais à manqurr^ il ne serait pas aban- 
donné, et que dVhabiles gens cbarmt'S de sa 
btMulè se reraif'iil un devoir de le remplir. 
.^laiîili'oani qut' [Hiur donner aux lecteurs 
une Connaissance générale et particulière de 
toute celte hist<iire, nous avons rapporté 
sommai remei il les prim ipaux faits sur les- 
quels nous devons dans la suite nous étendre , 
il est temps de rappeler ce que nous avons 
promis, et dr reprentlre le commencement 
de noire sujet* 

CHAPITRE H. 

Quelles furrni If^ rnics caosrf d« Lt guerre d'Annibê!.— > Bëf«< 
lAiion <tt t'hisiori«a Fabius »ur ces rauj^n, 

Onelquesbistoriensd'Annibal donnent deuit 
raisims de la seconde guerre que les Romains 
déclarèrent aux Carthaginois. La première 
est, sidon eu\ , le siège iniî» |>ar ceu\-ci devant 
Sagoute; et Taulre, Finfraclion du traité pr 
lequel îls avaient Mdennellement proniiî» di'ue 
pas s'ètendrt' aunlelà de rÈlm\ Pour inui^ 
j'accorderai bi<*n (juc ce furent la les commeii«| 
cemens de la guerre, mais je ne puis conve» 
nir que c'en aient été les motifs. En effet, c\^l 
ciimme si Ton dis;iil que l'invasion d'Alexan- 
dre eu Asie » a été la cause de la guerre con- 
tre les Perses, et que la guerre des Romaii» 
eoîitre Anliinhus, est venue de la descenU^ 
que ce roi lit à ï)étnè triade, Ct^ deux causi*s, 
K>în d\Hre les vraies, ne sont pas même pro- 
bables. Car qui pourrait penser que Tin va* 
sUm dWleiandre ail èlè la cause de plusieurs 
rho'S*** qno re prince, el .want lui Philippe 
m^ *r "^«^l faites pour se disp'scïr à ■ 

lt» les 

lUnJ 



iraij IJVRE m.— 

irtmntrureitietit , cause H pr*Hi»vti\ H nv sa- 
toir piis qnê ces dcu\ «leriiîds s<>iU ir qui 
bii!» toute!» rhoïioii pnVî'dc ï^>u(, ei cju*^ ïv am\- 
iwicemonl nV&l que le drr nier des (iôîs. J'ajv- 
I |ylli*r<mimmreraoulIes jinMiiirres déman Iirs 
fieroii fait , les premiers moiivemeus (jue Wm 
tfditnne pour e\éruler ne que l'on a juj^é de- 
voir faire; niiils les rauses , t^^st n* (|iii pre- 
M-de tout ^ugemenl el loute déliljêralioiL ("e 
MrtU \**s penHt'S qui se prest*ntejit , Ii's dispusî- 
lioiM foe Ton prend , les raisonueuieirs tjui se 
bol eu caittéciueuce 5 et sur lesi{uels ou m' de- 
leriutW à juger et à former uu ilesseîu. (^le 
^oeje vais dire éclainira ma prnsie. 

Rirn n%\st plu^ facile à dè(nu\rjr que les 
tRÎs UHÂtk de la guerre toiitre les Perses. 
It (ireiufer fut le retour des (irees, qui, 
menant §ous la eimduili' de Xcuophuii , des 
filr3|iîe^ de PAsîe supérieure, et Iraiersaiit 
IfAb^rjUie avee laquell<'ilsêlaîeiil eu guer^l^ 
n^mîrnl oêan moins trouvé [KTSiiuurquî <»sa( 
^^oppaser h leur retraite. Le second fui le |>a.s- 
îOÇr rf*Agésilas , roîdeLaeêdcmmie. eu Asie, 
•«il ■rrptirijufra rîeu qui mil id*sl.irde à ses 
^ftiWk, c|tiriiqiic d'ailleurs il fut oldl^^c tlVn 
«ïftîr $aiH a^oîr rien fait , rappel*' qu'il était 
tbtt UGrrrf I>ar les Irtuddes dont elle était 
«Msagilérf rar Pliilîppe tonsidéraul d'uu 
KMè U Btitlc>xe et la iâ« bêlé di»s Perses . 
et it Firafre les griindes ressounes qu'il 
naiV (ni H k*s siin> pour h guerre, cxcUè 
<rainriir> (or Térlat et la f^^andeur de<» avaii- 



CHAPITRE IL 



8f 






î!t de la eonqu<Me de eet 

eofieilié la faveur des 

HiO e>^>r, ronrul le desr^ 

i_ — , rre rlie/ les Perses, 

[i* e\pi*dîtîofi ; s^ms 

Cïidi*^ injures qu'ils 

' *îr bor^de il<*u(e 

^ a%ons rapjK^r- 

• it* lèH t'iusis Je la 




rro\au( que les Koiuains , enflés du sueei»» 
qu'avait eu leur ^merre eou Ire Philippe*, le^ 
luéjïrisiueut . eumnie j'ai dit plus haut, non 
seulement apprlérctit à leurs serours Autlo- 
rluH, mais la cidére les enqKU'la jusquVi 
prendre la réstdulînu dt* tnul etrlreprendn* et 
de tf»ul souffrir pour se \eu^'er. Le preMexto 
fut lie remniire les (in^s en liberté; c'est à 
quoi ils exhortaient el animaient sans raisoa 
toutes les ailles, les panourairt a\ee Anlio- 
rhus Tune ajirés Taulre, Kl enfiii le conimen- 
eeiuenl fui la diseenle d'Auliochus h Dénié- 
triade. 

Je nie suis arrêté long-temps hur rette dis- 
tineti(ïii, non que j'eusse en vue de censurer 
les hisluriens, inaî^ parée que rinstruclifiu 
des h't'leurs le demandait . t^ar de quelle utilité 
est p«jur les malades uji m«}derîu {|ui neroimall 
pas les rauses des maladies? Oiïf [MutHui al- 
tpndre d^uu mînislrn d'état, qui nv eonnalt ui 
la raîsrm ui Ttïri^nne des affaires qui arrivent 
dans un rovaume? Conuue II n'v a pas d'ap- 
pa renée que le premier] donne jamais de re- 
méile eon\enah!e, il nVsl \ms non plus pciji- 
silde que l'autre, sans la conoaissanee de ce 
(|ue nous \ enons de dîre , prenne prudemmeui 
uu parti. C'<^t p<ïur eeb qu'on ne doit rien 
reeliereher avec lant de s»iru que les eauM*» 
lies é\énrmens; ear srni^ent une liagatelle^ 
un rien doiment lieu à des éyènemens tréi- 
miportan$ et , en tout , on ne remédie à 
rien plus aîsi'*menl qu'aux premiers mouve- 
meus et auv premières jM^asées. 

Selon Fabius, historien romain, ce futl'â« 
variée el rambitîon démesuré*? d\indniimi, 
joinl<*s à i'injure faiteau\ Sagontins, qui funaâ 
la eau§e de la .seconde guerre |mniqtie. Fd^m 
prétend' • néntl^s^ètant aa|iii§i 

nation t. lue en Ks{i8giie,4 

«in retour dan»* P Afrique, d'ifcùfir fc* 1 
sa réi»uldii|ue ^ et de r iiigir t ^ 

que Icê |*riii«î|Mii\ i 
de ton dessciii, y 

qn** lîr- r»ftjar#v E^*- ^^ ^^^ 
faiii 2J 



Si 



HISTOIRE GKXKRALE DE l 



rbcdctes suirre, tint la mi^iue eoiiiitiiU! ipie 
lui , quajid un lui cul tonfiê k* gouvernonienl 
de TE^pagiiej cl qui* im* fui (jmir se r ouformer 
à ces > W€s dWsdrubal qu'il [il la guerre au\ 
Rumaios maigre h*sCarUiagint»is, dtml il ii\> 
cul \iiïs un seul, du moins enlre les plus dis- 
liogucs^qui approuvât ce qu'Anniiial avail fait 
à Té^rd de Sag*nile. Fabius ajoute, qu'apr6s 
la prise de cette ville , les Romains vinrent en 
Afrique, dans le dessein, ou de se faire livrer 
Amûl>id , ou de dêelarer la guerre uuîl Carllta- 
giuoi^* 

Mais si Ton demandait à eel historien: pour- 
quoi, en supposant que Tenlreprise dWnnilud 
eût déplu aux Carthaginois, vçih' répid»lique 
n*a pas saisi une oceasion si favoralile de se ile- 
livrer de la guerre qui la nienarait ? ce que pou- 
vaient faire les Carthaginois de plus juste et de 
plus a\ antageux que de se rendre à ce que les 
Komains demandaient d'eux? si en abandon- 
nant Tau leur des injustices faîtes aux Sagon- 
tins, ils ne sV^laienlpas défaits par les Romains 
de Tennemi commun de leur étal ^ ils u^auraient 
pas assure la trauquillilè à leur patrie* et êlouf- 
fé le feu de la guerre , lorsque pour se venger 
il ne leur en aurait coûté qu\m séualus-con- 
suUe ? Si Ton fait, dîs-je, cette question a 
notre historien , il est clair qu'il n'aura rien 
à rèjiondre, puisque les Carthaginois ont été 
si éloignés d Vue si sage conduite, qu'apri's 
avoir fait la guerre soils les ordres d'Anuibal 
pendant dix-sepl ans de suite , iU ne la finirent 
que lorsqu'à n\v eut plus rien à espérer , et 
qu^ils virent enfin leur patrie â deux doigts de 
sa perte, 

\u reste , si j^ai fait ici mention de Fabius 
tl de son liîstoîre, ce n'esl pas de j)eur que la 
vraîst^mblatire qu'il jetle sur ce qu'il dit nVn 
impoM* h ses lecteurs , car it n\ a ptiint 
de lecteur, qui, sans qu\iu Ta^ertisse, n<* 
puisse* voir par lui-même conibien cet histo- 
rien e^t jieu judicieux j mais piuir recomman- 
der a ceux entre les mains de qui s<^s Ii\ rcs 
tomlierout , de ne point s'arrélerau lil^^ et 
d^'xamîner les faits mAmes qu'il rappeirte ; 
car on voit des gens qui, faisant moins d'al- 
lemioa à ce qu'il délitte qu'à lui-même . et se 
hk^imt prévenir pr ce préjugé qu'il était con- 



\ RÉPIBLIQI E ROMAINE. ?* i »n 

temprrraio et sénateur, aussitôt se persuadent 
qu^Jn doil ajouter foi k tout ce qu'il raconte. 
Mon senliraent est qu'on ne dmi pas lout à 
fait méprisi'r s«»n ault»rité , mais que seule elle 
uVsl pas suffisante, et qu'il faut considérer 
les choses mêmes qu'il écrit pour juger ensuite 
si tm doit Vi*i\ «Toirenii ïic»n. Je reviens à mon 
sujet. 

CHAPITRE IIL 

Prrtnirfe ««iifi» ût^ li fccooéf ga^m |>iioiqu« > la lui ne U' Amil- 
cAr Barras coutro k-» Rom^iiU: «ecoiule cause, la iiouvcLk 
etÀrtioo df4 nociutiD» ^f \ni CirtliafiiMin . iroi»<^ni^<*a.Lr«p^ la 
eoaqiièle de tlv»pa|$iie |i«r Am'lrar 

% 

Je crois iloiic c|u\'nlre les causes pour les- 
quelles les Romains ont fait la gueire aux 
Carthaginois^ la première est le ressentiment 
d\Vniilear, surnomme Barcas, et [KTe d'An 
nibal, car, quoiqu'il eût été défait en Sicile , 
son courage nVn fut pt>înl abiittu. Les itan- 
pes qu'il a^ait commandées a Ër}ee étaient 
encore entières , et dans Ie> mêmes sentimens 
que leur chef. Sî ciblant aux temps , il avait 
fait la paix après ta bataille qu\i va lent perdue 
sur mer tesCarlhaginc»is, son indignaliim res- 
tait toujours^ la niêmCj et n\ittendait que le 
mtmient d'éclater. Il aurait même pris les ar- 
mes aussitôt après, sans la guerre que \e< Car- 
thaginois eurent à soutenir contre les soldats 
mercenaires. Mais il fallut d'almrd penser à 
cette révolte, et s'en occu}>er lout entier. Ces 
troubles apais4'*Syks Romains étant \enus à 
déclarer la guerre aux Carthaginois» reuxnî 
n'hésitèrent pas à se mellre en défense, 
|x'i-suadés qu'avant la juslice de h^ur cAté,^ 
ils ne manqueraient [kis d'rt\*»ir le dessus, 
connue j'ai dit ilans (es li\res qui priTédrnl. et 
sjuis lesquels on ne pourrait conqirendre ni iv 
que je dis ici, ni ce que je dois dire dans la 
suite. Mais comme les Rtiniainseurenl fort peu 
dVgards à cet le justice, les ("arlhaginois furenl 
iJïligés de s'acconunckder aux c*injon< lun*s. 
AccabU'*s etn'aumtplusde ressources, ils con- 
sentirent, |Kmr a^oir la [ ai x, à abandonner 
la SjM'daignt*, et à ajouter douxe l'en Is taleciÀ 
au tribut qu'il> {unaienl déjiï. 

Et Ton ne doil point dimter que cetti* nou- 
velle exaction n'ait éti* la M*conde cause tie b 



■ 




i; 



.^ LIVRE IIL— CHAPITRE IlL 



perre qui Ta suitic j car Amîlcar , aoinié par 
Il propre indignation vi par* elle que ses! vimvi- 
ISfCBSCD a^ aient courue , ri^ml pas plus lût af- 
(rnî la traiiqailliié «le sa patrie parla dc^faite 

révoltés, qu'il tourna tojjhs ses pensées 
TEspagiie, s"'uiiagiiiaiit bien qu'elle se- 
rait pour lut d^un puissant seccnirH dans la 
perre qu'il médilail contre les Romains. 

Ijc^ rapides progrès qu^îl fit dans ee vaste 
pajs, Aoiveol <^tre re^^ardés ccHnioe la troîsié- 
mç caii^pfleJa seconde (guerre punique : les 
C^ÛiJghjohi m* s'y engagé renl qiw parée 
^u'aiw fe secours des tnmpes espagnoles, ils 
crurent a\oîr de quoi tenir l/^le aux Romains. 

Quojqu'^Aniilear soil mort dix ans a>ant 
fie cvlU* guerre coaîmeneat » il est repeu- 
ÊÈA msl* de prouver qu'il eu a é(é le prin- 
f^l auteur. Entre les rai?;ons siins uond>re 
dûDt on pourrait se servir pour eela^ je uVu 
cîtt^mî quVtie qui rendra la rliose èvi- 
denlf. Après qu'AiiiiilMil eut été vaincu par 
le$ Rimmus, et qu'il Tut sorti de sa [latrie 
|kNir «'aller réfugier (hez Antitjclius, les Ro- 
mim, sachant re que medilaieut conire eux 
h Éiolîens, envoyèrent des amliassiideurs 
ùnre priuee dans le dessein de le souder, el 
If \iiir quelles p*uivaieut Hvv ses vues. Les 
nnbftîi&aileurz» avant découvert qu'il prtHaitro- 
n&Xe^ aux propositions des Êloliens, et qu'il 
ti*rfÂalii|Qe roccasion de se déclarer contre 
W Romaimnp lûchï>rentdc lui reudre Anuihal 
ÉÊSp^i 9 et pour cela lui fireui assidûment It^ur 
Wnr. la cbose réussit self>n leurs souhaits* 
Antîiwliiiit continua à se défier dWnnibalj el 
^oprons ne firent qu\iugmeuter. En lin 
[|<i»fiseprêM*nla des'crlaîrcr fuiiraulre 
mr rdlc défianrc. Aiuiibal se déibndit du 
m *n put. Mais voyant que ses raisons 

nr -aient pas Antiuchus, il lui lint en 

(b oediicour^ ; a Quand mon père se dit^pesii à 
enlrff en Ks joigne iiwc unt* armée, jo n\\- 
vaik a^i^que neurans ; pétais auprès de Tau- 
tel pendiial qu'il sacriliaîtà JupittT. Après les 
lioiisct !e^ autres cérémonies prescrite i, 
r ayant fait retirer tfius les ministres 
ilo lat-tificfi^ me fit approeher, et me de- 
en n«^ cAreâsant si j*- n\iurais pas en- 



>if' 




vie de le suivre à Uarmée, Je répondis, avec 

cette vîvafilèqoi ccnfennit à mon ùore, non 
seulement que je ne demandais pas mieux, 
mais que je le priais instamment de mêle per- 
mettre; lâ<lessiLs il me prit la main, me con- 
duisit a Tautel j el in\jr donna de jorrr , sur les 
victimes, quo jamais je ne serais ami de^ R«h 
mains. Jugez par là quetli^ sont uïcs disposi- 
tions» Quand il ne s'agira rjue de susciter des 
affaires aux Romains, vnus pouvez complet 
sur moi conun(^ sur un liomme qui \uus sera 
siucérennnil désoué : quand vous penserez i\ 
transiger et à faire la paix avec eux, n^at- 
tende/ pas que Ton vous prévienne contre 
moi, mais ^i|<:^Ijez-vous et tenez-vous sur vos 
gardes , je ferai certainement tout ce qui sera 
eu moi pour traverser vos desseins, ^* Ce dis- 
cours, qui paraissait être sincère et iMulîr du 
coïur, rlissi[>a tous les suupt^ons qu^Autiocbuii 
avait auparavant eoueus $iiur la fidélité 
<rAuuibtd. 

Ou couviendra que ce témoignage de k 
haine d'Amilear et de tonslesprojeïs qu'il avait 
formés contre les Romains, est précis et sans 
réplique. 3lais cette haine paraît encore plu^ 
dans ce qu'il lit ensuite, car il leur suscita 
deux ennemis, Asdrul>al son gendre, et Au- 
nibal son fds, qui étaient tels > qu'après cela 
il ne pouvait rif*n faire de plus, pourmnnlrer 
rexcès de la haine qu'il leur portait, j^isdrubal 
mourut a van t que de pouvoir uiett re sou desseîa 
à eiLérutioa,mais Aunibal trouva dans la suite 
roccasion j de s*^ livrer avt>c éclat à Tinimitié 
que iuiavait transmise son père contre les Ro- 
mains. De la, ceux qui gtmvernent doivent 
appreiidn^ combien il leur importe de péné- 
trer tes motifs qui portent les puissances^ 
à traiter de paix ou a faire alliance avec eux. 
A moins que Icseircouslaoces ne soient impé- 
rieuses on doilse tenir sur la réserve, et av oir 
loujtmrs lesyeux ouverts sur leurs démarches ; 
mais si leur soumission est sincère, on peuteu 
disposer c»nume de ses sujets et de ses amis^^^ 
el leur demauder avec confiance tous les ser- 
vices qu'elles sont capables de rendre. Telles 
sont donc ks causes de la guerre d^i nui bah 
En voici tes commencemcus, 



'j\ _i.y ivt'i .z. 



HISTOIRE GÈVÉRALE DE LA BÈPimiOinE ROMAINE. 

à leur secours» Si Auiiibal eût éli 



cHAPnmE n . 




lort scKÎUes à la 

r^bSidfe;MBils 

«r à importer erik 

H Paoçneaifttioo do Iribat 

mfÊSt. C-csl pour cefa faV 

^ HMl ce <pii le«r èuil ra^arté 
était toiqoiir^ bien fera, 
afppnsia mort dWâdmbaL 
it Ukl coorenKW i'CspigiieJiprès 
I ,JPabDrdibattȣn*iit pour 
■ ccoBCU LT^ qu'eus SUSâeQl de 
<|wl «SMè fndMtiml fe» limpes ; et d{*s 
qm la DouTet!- '^"'^mm i(aed^tn conseil- 
iMMnilunantT^i H;Mt*iil ckoi:»! Vmaîhal 

pottTcWfv *>'é4aiit«s$eaibK* , 

c on&mufc IViwtvju ^ ci « «fti duiuiA a Aiioi- 
lii le I inHHwiHiiBBm dos armées. Élevé à 
c^te ifigmli^ . 9 pewa d[*ifaord à soumettre 
l«» CMrddes. Il ^inl campar à Altbre , b prioct- 
jfÊk %ille de la natkm , et en fil le siège arec tant 
de Yiiniiettr et d^ilB^petlil0^te . qu^il eo fut MontA t 
iiHbUre.Les autn«vîllesèpoti^aiilee:*ouvrireiil 
ftlki HfcJtiK*» Unir» |M)rte$* Il les %rndil eii- 
ilite à prix d^ançettt, et s^élasl ainst amasse 
et gnnile» rkhesse». il %iiit prendre son <]uar< 
titr df^\er à CmIImcv^m^ . ^t^nirreux a Téirard 
#rfmKiL^9er%aie«ilHNi$hiî, pairint Kbèra- 
iBVMJilV^ soleils, H lNir|m«ie4laiit des ré- 
«iHMftiKk'^. ît $epi9«a)r$ rmifs. et dotma 
A^ gtaid^ti «$y^<faiire» «lav tixMife^. L'été %e- 
wi^ & tniiet lih KiHypir par une eipéditioii 
^bi« WTàe^ewk K prad dVmUi^ la vîlk^ de 
Vitecal^. ipii ^iait irraBde. 
^ J i <fc >ài r p»r de» iMikitatt» 

*^N^^ ^ i«^^«Mrt. Lit CaqpMev» . ttatmi 
^H^*^f«iàMMe èi pi^. a^aH*«it pris le$ 
IMM^ V ei K^i peuple iroè^, soulevés par 
Wiîi *p^ i%^ade« et ètt ' 



les conibaltre on biilaîlle rangée. 
était immanquable. Mais il eut h 
de *e retirer au ptit pas , de met 
devant lui, et df se réduire à diî 
ennemis le passaj^e de re lleu\e. 
duile lui réiisj^it. Les Barbares s'eff 
pa^>er la rivière pr plusieurs eiid 
la plupart, audèbiirquenienl, furent 
te quaiaute élépbans qui iiiareha 
de*i Ixirdsi. Dans la rivière même 
beaucoup qui périrent sous les pie 
Valérie , qui rompait plus aisément 
Peau, et du haut de ses chenaux 
avei* avantage eonire Pml^mli 
Anotbal pas*>a lui-même le fleuve^ 
$ur ees barbares , il en tua plus « 
mille sur le thaiiip de bataille. 

Ce carnage inibiûda tellemeot 

pies dVi»| leea de FÈbre , cpi^il n^; 

S4.>Qiie , hors les SagoiUins, qui osh 

de résister AU\t>rtliagiu<>is, Anuil 

pourtant bien de garde d\Ulaquer! 

déle au!t avis dWmilear , sou père 

lait pas se brouiller ouvertement i 

maius, i{u^il ne fût aui^kiravant ] 

sesseur du reste de F Espagne, 

tem|)s4a les Sagoulius rmignant | 

pn^^ovant le malheur qui devait I 

eu\ov aient à Rome courriers sn\ 

pour informer evaclemenl les I 

prt*grés que fals^iient les Carthagi 

long-temps à Rome sans faire grai 

5 ct^ progrés ; mais alors on lit p 

bdâs^adeui-s i»our î>\*elaîrer surj 

(aits. 1 

AunilMl apiiS a^oîr |>«iuss<' ^ 

jttsqu\>û il !»^él ait proposé » rev i n 1 1 

a sou armiH^ ses quartiers d'hiver è 

«pii était comme la ville capitale 

et comme le |>alaLs de cette prtie 

qui oUHssiait au\ Carthagiiioîs. L 

ira 1rs andiavsadeurs romains» c 

audience. t>u\HÎ prenant les Die 

lui iv^xvtuinàndéreut de ne pas 1 

pootr, qui était ^lus leur proti 

deMnirerej^actemeiit en-deçii de 

le Mité fait avec AsdrubaL Xi 



i. C- 



LITIE m —CHAPITRE I\ 
ftmt 11 giwerrp, hcnrrux 



» 



s'ilf^t 




te» se^ ptiDjel», et 

cMfre II-!' RoBubii 

|Ri le parti ik$ 

/était ih|iiiii ftn ékr ée 

■liiBit pn feslOBuiospoarvfaître^.elfBe 

»crtle iiigB$ilire imponii^; que et 
jamiwm^ des Cirllu;piiuc» ainùl 
clè dr fnmiet b ièfaisc ée r«ii]i ^/m èlmnil 
». Etcftsteetei^a 
«■ sMil àe CmAè^j ftmr s«% oîr 
«■«ginanrc les SifiMliBS, fM 
fcn ie rJBTr en fim i.ii, <■ mkbI 
■d 9v^c ^safM»HHi§ ws fiiîfCls w 11 ïïéfth 
ki|sp. Ejb «b BDt. 3 1K* raîsODitiit pis ri oV- 
la eolcrr H renporlcnifal qui 
it. Am Ken ia inies na^oos ^ fe 
i^ir^i «r Rjctail i«r fe prêlrxlrs 

I Af b justice^ ■^ fco a lca l^BP fa 






EâldrdinrifBlI 
»*midi§iailb 
^ H fa 

4mfa ^''■V* — l lieur c m oà ct«x^ ii^iiat 
riècbH»ipccileaf. elfB^BN mitée 

■m^^ eSU^ V^^K Cl. K» l.rf^i tUEHMB ^^ * CBBflr 

i! a« i«»llé àe ta ^w>. pou 

U 3 1 paseé poar ivoir 
^ la§«rrre. mis MÉÎuf i cwlrr b 
boa «K, ■■» eM?Pfe rootre toslrf fa réfl» 
defa 

**" "^ ^ - - lie 

Ut 

Mab tb » foiswsi pa$ fa*«9 CM fM^ ce ITB - 
lé f6t wisM , b fserreièi w tmréÊmnU' 
ib . h c uitAM pfaM yr ct «tait r» Eê. 
pigM^ et fK Sifoaie a imil b ihrAlfe. Le 
sèm ittMM^ fM le bMsl ér b 




portinlr, 4e longue durée, H ftut éloignée 
de U ptrie, rmt ip^i^iint hmi^ cboçes tl 
Eribil rnellrr ordre wm\ iflaiTes d^lllvrie. 

D énirtiiiis de Phiffis . oiddbiil fa bieti- 
bits qii*0 mv^t rertts de» Roi^b$, et iflaal 
maimt JQsqa*îk fa iiké|iri$er . pure «pt^ iiitl 
TU b friTeur *jà fa aiiieol jefafaCiuioii>, 
H ^'rl TOTiît celle tm fa jetaient letueUe- 
■Kut fa CifilMigtiiûi», e^Miat d*«llfun 
X>M gidiMiM «Md^b 

s'éUieiilj<]iiit$àÂBl^<Mni§, 
s'était vrifiê f en ce tenfE-^ de ranger et de 
rpmi ener fa liBcs dmhne ^ ippiftaaifSl 
aux EouMi^. de pis$er i%ee da^uasie Irê- 
prisan*deb da Ihfe. contre b foi dci mi- 
lé§^Hdeporlcrbn%aaedaBsbplapafl desifa 

Cl rt^Élor f^«A Ir, iiiAiii ■!■■■■■ a^ V^^^A^ 
^rttOrZ- \JÊS OfSOlUVCa aHU^VaH l^aRMSQK 

d<:»RoaMi«s,faivmaieBAb Miirnu luy^e de 

raat Ino^ leurs ma» î piri ier et à i^asHarer 
fa pfovÎDci^ JUtîei àromut de FibEt, Dise 
f rrw *''t * qa^ §enit encore l^aipi de pre- 

Ib fa in jriiw de bar baie , cl ciiéé nifia- 
et b léwffilr de Dteétms. 1b se 1 

l^^îVillf 1 m II ■ lia n ir riiBlii 

■e ceitpaiMEnugaf, hb an portes de 
ctdMilouientriie. 

pngft. cuiov^fvaluae anweeu IR^rie* 

b ronddte de L , ÉaTaB . Ter^ b ^ab- 

de b pranèfe aanee de b cent fmaa- 

oijuipiiip. ÂMiM ifas ma de Car- 

I thigrar . H ^'m^wê^ ^^r§ Sigonle. Cette vflfe 

e«t «ilureà «ept stâdef de b bkt . «r bpbd 

dfa iaontiguef oà aÉ^jqigueal fa fmiîéres 

CcH b pajs b phi Teftib de laoie rEsfigue. 

cefle Tlb , et eu 
IfprèroTat^uede 
bpbe decrtie Wkl ^et^ pdv bndbfa 
,.eparlà34 
bi 
ji«e rêpou%«dr 
dsifaoïprils^ccH ^Hi^iildép 
gue» §enieat pfa dadfa , et €c^ i|d 
éffiii— i.pfa 





86 HISTOIRE GÉNÉRALE DE L 

pecls ; que ue laissanl pas (l'eunniii Jôrrièiv 
lui , sa marche (k bcrait plus sure cl plus traii* 
quille; qi^il v ainii^erail de Far^^cDlpatirrexr* 
culiou de .ses desseins , que le butin que It^s 
M>Idatâen rapporleraieni les» rend rail plus vils 
et plus ardeiis à le suivre ;el qu'enfin, a vee 
les dépouilles qu^il enverrail à Carlbag % il se 
gagnerait la bienveillance de ses eoiieiluvens. 
Animé par tes pui«sîins moUrs , il n'éjiargnait 
rien pour venir heureusenienl à Iniul du iiége 
.^ Saguule* U donnait lui-mCme Teveuipleaut 
troupes^ et 50 truuvail à lous les lra\aux. Tan- 
l<)l il e\hurtatl tes Mildals, tant6l il s\*\posjiil 
au\ datt^*TS les plus é>idens, Enlin, aprrs 
huit mois de soins el de pi^ines, il emporta fa 
\ille d'tissaut^ et > (il lui butin prudt^^ieux 
d\irfenU de prisonniers et de meubles. U mit 
de eôté l'argent pour servir à ses desseins^ 
il distribua aux soldats, cliaeun selon son mé- 
rite, eequHI avait fait de prisonniers, et en- 
\o^a les meubles à Carlhage. Le suceés répon- 
dit à tuul ce qu'il avait projeté. Li*s soldats 
devinrent plus hardis à sVxposerj les Cartha- 
ginois se rendirent avee plaisir a tout co qu'il 
demandait dV^ux» et, avin: Targent dont il 
s^était abondamment fourni 3 il entreprit beau- 
roup de choses qui lui réussirenL 

Sur la nom elle que les Romains se dis[>o- 
saîent à venir dans nilvrie, Démclrius jeta 
dausDimale une fo: tegamiscmel toutes les mu- 
nitions nécessaires, Il fit mourir dans les autri^ 
vilb*;^ U'S ;;ouverpeurs qui lui élaientopjïosés, 
njila1eurplr.ee Ir - - nm'ssiir la lidélilé 
desqueiksil ponv.r i, H choisit entre 

ses sujets si\ mille des hommes les plus bra\ es 

pour garder Phai\> V '! : ' - ■ r- 

dans riil} rie, ei e 

[aient beaucoup sur lu force de liiîiiale, quils 
rniyaîcnlinqirenablejnsurlesprovÎMOrisqirtls 
avaient faitt^s pour la défendre, Il réjiolut, pour 
éliinurr les ennemis (rouvrir la can»pagnepar 
le siège de et lie ville. Il exhorte les chefs chacun 
eu pariiculier, et pouss. le* ouvrages en plu- 
sieurs endroiî> a\ .r tant de chaleur , qu'au sep- 
lîéraejour la ville fut prise d^-^'^^ Cm fut 
ass€2 pour faire tomber Icn s mains 

des ennemis. Us vinnr 
villes se rendre au\ Ru^u».*,., vi ?, a.^.i*^ 




A RÊinBLlQlE RO.MArNE Tt^sù) 

sous leur protection. Le consul les n^ul tous 
aux cimdîlions qu'il cnit le^ plus convenables, 
el aussitôt mil à la voile [lour aller à Pharos 
attaquer Démélrius n»éme. Maisa^anl appris 
que la ville était forte, que la garnison èlail 
nombreuse et composée de R»lda(s d'élite, el 
qu'elle avait des vivres el des munitions en 
abondance , il craignit que le siège ne fut diffi- 
cile et ne traînât en lon^^ucur. Pourévîtrr ces în 
eonvétiiens, il eut rirnurs à un stratagème. Il 
prit terre pendant la nuit dans Plie avec toute 
son année. Il en cacha la plus grande parliedans 
des l>ois et dans des lieux couv erl> , el le jimr v e- 
nu , il se reniîl en mer^et entra télé levée dans le 
[lorl le plus voisin de la ville avec vingl vais- 
seaux. Démélrius rapen;uLeterovant se jouer 
d'unesipelîtearmée, il marcha vers ce port pour 
s'opp(»ser à la descente de^ ennemis. A peine 
en fut-on venu aux ntains, que Ir combat sV'- 
chauffant, il arrivait eonlinuellemenl de la 
vUlt; des Iroupi^ frairh(*s au secours. Eiitin 
touli-s se présentèrent au comKtt, (]t ux des 
Romains qui avaient débarqué pendant la 
nuit , s^étant mis en marche par des lieux cou- 
verls, arrivèrent en ce moment. Enlre la ville 
el le port il V a une hauteur est arpée. Ils s^en 
emparèrent, el arrêtèrent de la ceux qui de 
la V il te venaient [H»ur s^iutenir les combattaos. 
Aloi*s Démet rius ne songea plus à empêcher le 
débarquement; il assembla ses Iroupes, h-s 
eviiorla à faire li^ur devoir, el les mena vers la 
hauteur dans le dessein de combattre en ba- 
taille rangée, Li's Romains, qui virent que les 
UIvriensapproihaient avec inq>étuosité et en 
him ordre, vinrent sur eux , el les chargèrent 
av**e une vigueur élnnnanle. Pendant a^ 
temps- là les Romains qui venaient de descên*' 
dre à tiTn% attaquaient aussi pîir derrière» 
L»^ lUv riens envehjppis de tous c<Mé;* , se vi- 
rent daiLs un désordre et une cou fusion ex- 
trême. En lin pn*sM'*s de fnmt et en qu tnie, ils! 
furent obligés de prendre la fuite, Quelques-, 
un&m^ siuvéreut dan^ la ville, la plupart sa 
répandirent dans Tile par di^s chemins écart '*s. 
IK*métriu» monla sur des frégates qu^îl iwrûl a 
Pancre dans des endrUls cachés, el fâîs.in|* 
'ml la nuit, arriva heureusement 
; »*v . ^ MMippe, oii il passa h? reste de ses jours. 



e* 



i u. w^j LIVRE IIL^ 

Cétait un pritire hardi el lirave, mab d^une 
bravoure brulole et sans prudom e. La fiji de su 
rie ne domeolît point son « araclere. Il périt k 
Mes^èue, qu^il ai ait ( ulreprîs dv prrndn^ dn 
cooseutcmeol de Philippe . pour s\Mre exposé 
témérairement dans un camhal. >Iais nons 
parlerons de tonl cela vn délait, lor^ijn j1 en 
sera lemps, 

KmîUus, après celte vie toîre, entra d'eni- 
b\èe iWns Pharos , et la rasa : puis s'éïant ron- 
da Muatlre du reî»le de llllyrîe, et y ajant 
cTofi/ïê se** ordres, rêlé fini , il revînt a Kome, 
ri V entra entriutnphe. On lui fittunsles htm- 
neors^ et il reçut tous h^s applaudissemens 
que roéritaîent i\idress(^ et le courage a^ec 
l<*$<|uds il s\*taît conduit dans les affaîrcî» 
«rilhrie. 

CllAPlTKE V. 



lirvcrtt ét% Roniaiiw contre le? Carihagiiioi!!. — Amba^MiIp di's 
Esailn ft CunKage. — DiîfëreiiA traUéi (êiH i^Dlre les Rû- 



i 



Lorsque Ton apprit à Hoiue la pri>e de Sa- 
le ^ "n n^\ délilM^ra pniul si l'on ferait la 
rrc aviit Carthaginois. Onelques Iiistoriens 
<tt»enl que cela fui ujis en délibération ^ vi ils 
raprN>rU*iit ni(^me l(\s dîsrours qui se tinrent 
l»our cl contre. ^lais cV^st hi chose du monde 
W moins vraîsemidable. Comment se serait-il 
po faire que les Roinaî us, *pn Tannée précé- 
dente aTaienl déclaré la ^nierre aux <]iirlhagi- 
nok s'il leur arrivait de mettre le pied sur 
U*s terres des Sagontins , après ta prise de la 
>îUe m<>nie , doutassent , hésilasssent un 
momehi s'ils fcrait^nt !a p^oerro , ou non? 
Commenl passer h ces liistorîens ce qu'ils di- 
sent: que les sénateurs consternés de ci*ne 
nouvelle , menèrent au sénal des enfims de 
douze ans, et que ces en fans a qui Ton avait 
fait part de tout ce qui s'j était passé, ne s'ou- 
YTÎri'nl ni à leurs parens ui à leurs amis sur 
le secret qui leur vivait élé confié ? il n'y a 
cfao^ (oui cela ni vérité ui apparence ni^me 
de vérité, h moins que Ton n'ajoute , ce qui 
esl ridicule, que les Uomaius «ml rerii de la 
fortune le privilège d'apporter la prudence 
en naissâuL De pareilles histoires ne valeul 
pas la peine d'être réfutces plus au long , si 



CHAPIfUE V, 87 

loulefoîs on peut appeler histoires ce que 
nous débitent hVdessus Chéréas et Sosile. Ces 
coules m'ont tout l'air d'avoir été pris dans 
quelque bouti(jue de Imrhîer , ou répétés d'à ■ 
prés la plus \ i!e populace. 

Dès que fou connut à Rome ralleutaL dWn- 
1 1 i ba l eon t re Sa g ot 1 1 e , on en v o v a s u r - 1 1^- c h a m p 
deux aml)assadeurs àCarlhage, avec ordre 
de proposer dea\ choses , dont Tuue ne pou- 
vait être acceptée par les Carthaginois qu'à 
leur Iioute et à leur préjudice; cl l'autre 
était pour Rome et pour Carthagc le coni- 
meucenient d'une affaire trèseudiarrassantii 
et trés-meurtrîére; car leurs instructions por- 
taieul ! oude demander qo\m leur li\rM \n 
I » i ha I e I c f m x *| o i a v a ! eu t [kj r t à ses d ess (m os ; 
ou de déclarer la guerre. Les and»assadeurs 
arrivés à Carthage* déclarèrent eu jdein sénat 
leurs in tentions. Les Carthaginois ne les en- 
Icudireut qu^ivcc horreur, et donnèrent au 
pluscîipahle ctnnmissîou dedéfrudri* la cause 
de la république. Celui-ci ne parla piis plus du 
traité fait avec .ydrubal que si il n'eùl jamais 
été fait , ou que s'il eiU été fait sans ordre du 
sènnt. Il justifia sou silence sur cet article , en 
disant qur, si les Carlliaginois n'avaîenl 
aucun égard pour le traité d'Asdrubal , îls^ 
Uf* faisaient eu cela que sui\rc IVxeniple du 
peupb* nmiain , qui dans la guerre de Sicile 
cassa un traité fait par Luctalius, sous prétexte 
qu'il avait été rourlu sans son autorité. Les 
Carlhaginfus appuyaient heaucfiup sur le 
traité qui avait mis fin à la guerre de Sicile et 
T revenaient à touluiomeut , prétendant ipi'il 
n'y avait rien qui re;;ardiU l'Espagne : qu'à 
la vérité il y èlail marqué que de part ni d'au- 
tre on ne ferait aucun tort aux alliés; mais 
que, dans le temps^dulraité lesSagontîns n'é- 
taient point encore alliés du peuple romain ; 
et LVdessus on ne cessait de relire le traité. 
Les Romains refusèrent absolument de rèpon- 
dreà celle apologie. ï!s dirent qnecelle disais- 
sion pouvait avoir lien^si Sagonte était encrtre 
dansson premier état , qu'en ce cas les parob^s 
suffiraient peul-élre pour terminer le diffé- 
rend j mais que celto ville ayant été saccagée 
contre la foi des traités, Icl^ Carlhaginoîs ne 
pouvaient , qu^en livrant les auteurs do l'in - 




t en- 

VU- 

il V 

-'If* Ri H 

,,r.f . ni 
n : que SÎ 

• lion 

\ Piirgeul 

ville aux 

jnx»niieiil 

(pics qui 

un iraiU* 

OIS, iU ne 

|iii»rts des Ba- 

l»ris jiar 

ir <1(! se 

'H »rra aussi ob- 

'•UOî^î ccux-c" 

•I»artieûl aux 

ourrages; ils 

lorl h auriin 

uru arec les 

fia ne s'obsone 

^t<* H' faire justice 

•;u'uïi b fait, cela 

m crime public; que 

' (tas ni ne bj\ liront 

^^ne ni dans |*.V 

• iirsera permis d^j allor 

' ^ \ ivres ou pour ra- 

V i que s'ils v sont por- 

ïs ne pourront v rester 

lis la partie de la Sicile 

I i^iuois el a Cartilage j 

p(jur sfm conioîcrce et ses 

•<Tté qu'un citoyen ; qu'un 

I le UH^nie droit à Borne. » 

dans ce traite que les Car- 

l'Afrique et de la Sardai- 

eux pays qui leur sont sou- 

pait aux Romains tout prétexte 

qu'au contraire en parlaol la 

Jsdéâigucnt la prtie quîkur 



ubint. Le$ Romains font la même cboïie à 
IVgard do [lavs latin , en dêreodaDt aux Or- 
ihaginois de toucher aux AntîaleSj aux Ar- 
dêales, aux Cîrcéens el Terraciniens , qui 
suDl les peuples du pys latin qui occupent 
les ailles maritimes. 

Au temps delà descente de Pyrrhus , avant 
que les Caribagîuais pensassent a la guerre 
de Sicile, les Romains firent avec eux uu 
troisième traité , où Ton xoîl les mêmes con- 
ren fions que dans les prêcêdens ; maïs an 
ajoute : h Que si les uns ou les autres font 
ï alliance pr écrit avec IHrrhus , ils met- 
» trout ct^tlç condition: qu'il leur sera permis 
» de porter du secours à ceux qui seront alta- 
" qut^: que quel que soit celui desdeux qui ail 
y* besfiiii de serours . ce sc*ron lies Carthaginois 
► qui fourniront les vaisseaux , soit [mur le 
» vovagcsoil pour le combat; mais que les 
»i uns et tes auln*s paieront à leurs frais la 
»» solde à leurs troupes ; que les Carthaginois 
>» secoureronl les Romains iii^nic sur mer, 
» S'il en est besoin , i*l qu'on ne forcera ]Mjiiit 
î> Têquipage à sortir d'un \aisseau maigre 
»> lui, n 

Ces traités étaient confirmés p.ir des ser- 
mens. Au premier les Carlbaginois jurèrent 
par les Dieux de leurs pères, el les Romains 
une pierre vu inain^ suivant un ancien usage, 
parMarsetlEnvalïus. Le jurement par une 
pierre se faisait ainsi : celui qui conlirmaitun 
traité par uu seriuf^nt > après a^oir juré sur la 
foi publique, prenait une pierre dans la main 
cl prononçait ces paroles : <* Si je jure vrai, 
Ji qu'il nrani\e du bien ; si je pense autre- 
>» ment que je ne jure, que tous les autres 
Il jouissent tranquillement de leur pairie, de 
» leurs lois j de leurs biens , de leurs pénates , 
» de leurs tombeaux , et que nun seul je 
n sois Lrîsè comme l'est maintenant cette 
>j pierre, » et eu même temps il jetait la 
pierre. 

Ces traités subsistent encore , et se conser- 
vent sur des tables d'airain au temple dt- Ju- 
piterCapitolin dans les archives des Kdiles, 
11 n'est cei>endant pas ètounant que Philin ne 
lésait pas f ou nus ; de notre temps même il 
y avait de vieux Romains et de vieux Cartha; 



£ 



te HISTOIRE CÉVÉRALE DE LA 

f racliou * sejuslilîer de rinridélitê dont \h 
<H<iîrnl accusés ; q «\iiU rement il fallailqu^il^ 
lombassent d'accord de la j>arl qu'ils in aienl 
flans riofracUoii ^ saii^ se défendre coimue ils 
fai^iient . par des (ernies vagues el généraux 
4|ui ne décidaient rien. Ilétaîl a pro|>os , ce 
me semble , que je ne [lassasse pas trop légére- 
Tnent sur cet endroit. On peul se Ironver dans 
des délibérations où il serait important de sa- 
voir au juste ce qui se passa dans celle (xcasion; 
et d'ailleurs 1rs historiens ont parK- de ceUe 
affaire avec tant d^iguorance et de partialité, 
que » sans ce que je viens de dire , je ne sais où 
Ton pourrait pn ndre une connaissance exacte 
des Iraîtcs qui se sont faits jusqu'à présent 
€?ntre les Romains et les Carthaifinob; car il y 
en a plusieurs. 

Le premier est du temps de L. Junius Bru- 
tes et deilarcus Horatius, I*^ deux premiers 
consuls qui furent crée» après l^expulsion des 
Tois, el par Tordre desquels fut consacré le 
temple de Jupiter Opîtolin, ^itigt-huit ans 
avant finvasiou de Xer\cs dans la tirée e. Le 
Toîci tel qu^il m'a été possible de IVvpliquer, 
•car la langue latine de ♦es temps-là est si dif- 
férente de celle d'aujourd'bui , que les plus 
habiles ont bien de la [>eine à entendre cer- 
laines choses. 

« EntrelesKomaînset leurs alliés, et entre 
^ les Carthaginois el leurs alliés , il j aura al- 
>» liance à ces conditions : que ni les Romains 
j» ni leurs alliés ne navigueront aunlelà du 
» beau promonloire^ s'ils d'v sont poussés 
» pr la tempéle , ou contraints par leurs tnu 
1» nemis : qu'en cas qu'ils ) aient été pousM^ 
^ par force, il ne leur sera permis d\ rien 
3» acheter ni «Pi rien prendre , sinon ce qui 
^ sera précisément nécessaire pour le rad(»ii 
•^f bernent de !em*s vaisseaux, ou le culle di- 
M Dieux ; el qu'ils eu partiront au b 
» cinq jours : que lesmarcbandsqiti vii 
iB À Carthai^e ne rKiiertmtaucuo dmil 






■tirvIin^^HT^^-^ 



mtfmnt 



91 




n? en ulcnt'f* que 

^ aille sV'taîl inîsir 

uis. TiK* ntiMiii 

lliagiiioîi* niAni*» 

^èdiitoii s%'*lanl élr- 

, co ne fut pas les 

itîîiins vl maîtres do 

M jMiur arbiin^s, maïs 

i»ar leur en- 

ii'ilansleur 

is dr loutèîï ces raisrms: 

Ac Sagontc eiït îa tanse 



(\r la guerre , rnj dmi rcroDiiaUre que c^est 
îiijuslemtnil el eanlre la foi des Irailcs faits, 
Pun avec Uu talîiis, el Paulre avec Asdrubal, 
*[ue lesCarliia^q*m)ii; prlreiit les armes, puis- 
que le premier porlaîl que lt\s allies des deux 
nations seraient en sûreté ehej! l'une eommc 
elle/ Faulre; et que le seeoiid défendait de 
porter- la fj-uerre au-delà de rÊLre. Mats s'il 
Cîîl vrai que les Carlliagînoîs ii^ueni déclaré 
la guerre que parce que, chassés de la Surdai- 
gue , ils aiaîenl eu même temps élé grevés 
d"'yîi nouveau inlnit, ti p(>ur saisir Toccasioû 
fav oral lie d<* se veîiger de ceuv qui dans un 
lemps (m ils ne prunaîenl résister, leur avaient 
ïaîl cette insulte, il faut al^siduoient tomber 
d'acctird que la guerre <|ue les €artIia|^qnoîs 
fircNl aux Romains, sous la etniduîte d\Vimj- 
l»a!, était llè5-jus^(^ 

Des gens peu judïcienx dînmt peul-tMiT, 
en lisant ceci, qu'il était assez inutile de s'é- 
tendn* si fort sur ces sortie de clu»ses. J\ïvoue 
que si lMumim<% dans quekjue circonstance 
que cesoil, pouvait se suflire a lunnéine, h 
c(uinais.sance d(^s clir^ses passées ne serait peut- 
être (pie curieuse et jmïiiU du tout néressaire. 
^lais il nS a point de mortel (jui puisse dire 
veh m de lui-même, ni d\ine république en- 
tière. Quelque lienreuv et tranquille que soît 
le présent, la prudence ne permet pas quVm 
se p rom e t ( t^ a v ec a s^u ra nce I e méi ne I h m ! i eur 
et la même tranquillité pnir l^uenîr. Il nVst 
donc pas stuilt nient l>eau, îl est encore iiéces- 
sain* de sa>oir les clioses qui se sont passées 
a\ant nous. Sans la connaissance de ce que 
d\iulres ont fail, comment pourra-l-on, dans 
les îtijusiîces qui nous seront fahes à nous-niê- 
nies ou à noire pairie^ trouver des secours ou 
des alliés ? Sï Ton veut acqaêrir ou entrepren- 
dre quel(jue chose de iionvi^au, comment pa- 
/^nera-t-on des ^ens qui entrent dans nos pro- 
jets , et qui nous aident.*! le^s exécuter? En cas 
fjvie Ttm soîl conten* de l'étal où Fou t^st, 
cimiincnt portera- t-on les autres h nous Fas- 
snh'r él il nous \ conserver! Cmit arec (Juî 
nr>ùs vh ons s'accommodent presque toujours 
ati présent. Ils ne parlent et n'apîssent que 
comme dt^s personnaj^esde théâtre^ (l* sortequc 
leurs vues sont difTiciles à découvrir , cl qnt 




1 lar- 

truu- 
d'iurain 



iK vn. ' sa 

î « fiWiinibal, poiidâiH qu'il était 
' Je ne i»Oiiv:iis suivre (le oieil- 

,yiia ainsi pourvu k tu sûreté de 
t (le PEspagop^ n'allciuh't plus que 
s < oiirrîors que les Gaulois lui en- 
îir il les avail pries de riuformer 
I fé Ju pays qui est au pied des Alpes 
Il ï*û, quel était le mjuil>re deshabi- 
tiaiUlesgeusbell[queuv;sil leur restait 
H» itidignatiou contre les Rojuainspour 
rre que ceux-ci leur avaient faite auparii- 
' 'ftte nous avons rappijrlée dans le li- 
• ril , pour disposer le leeleurâ eu- 
qur nous avîiHis il dlo* dans la 
Il II •)■»[> lait beaufnup sur les (laulois ^ 
utiineltail de leurs secours toutes sortes 
ÏNiur ri' la » il dépt'^'ha avec soiti a 
• juiils rois des Gaules, tant à ceux 
Lmaîeut eu deçà qu'à ceu\ qui denieu- 
d;ins les \Tpes uiénies, ju^^eaut bieii 
ij»^ pou>al |R)rter la guerri* eu Uiilic 
Mirinontaut toutes les dilTicultés qu'il 
lit ;i passer dans les pavs dont nous vc- 
le parler, et qu eu faisiint entrer les 
•isdans iw>u entreprise, Enlui les cour- 
;infvèren(> et lui apprirent quelles 
1 1rs dispositions et Ta tien te des Gau- 
I fiauteur extraordinaire des Alp€î»,et les 
< ' s q u ^ î ! d c V a i t s^ a l i en d re à essu} e r d a n s ce 
j e . *pi i n'éiai t cependau t pas absi d n ineul 
^ilde. Le prinlenqis venu , Annibal fit sor- 
tes troupes des quartiersdMiiver, Les nou- 
\ elles qu'il reçut deCartha^c sur ce qui s* v était 
fait en sa faveur, exaltèrent son courage, et 
siïr de la lionne volonté de ses concito\enSj 
jI coninicnia pour lors à exhorter ouverte- 
ment les soldats k faire la guerre aux Romains. 
Il leur représ(^ota dt* quelle nninièie les Uo- 
Jiiains axaient d<*niandé ([u'on les leur livrât, 
ui et tous les officiers de l'armée. Il leur parla 
avec avantage de la fertilité du pavs où ils 
allaient entrer, de la bonne volonté des Gau- 
lois, et de Palliance qu'ils devaient faire on- 
send>le. Les tr4*upesluia>aut lênioiju^né qu'elles 
\ étaient prêtes à le suivre partout, il loua leur 
courage^ leur annonça le jour du départ, et 
congédia l'assemblée. Totit cela s'étant fait 




HISTOIRE GÉNÉRALE DE L 
CHAÏMTRE [\\ 



Û 



AuiuUl «l ftoi»»* «to«r«l «le* année*. —Se* eoBqiiéie* «-o Es- 
nafnf . — tl fç bnwîlk ûtee Im RamAinf &ar un maurïîspré- 
if^ê. — Pri«e de S«goDi« par AnDîb»l. ^ Vkloir e mnponée 
par lé* Româitis fur Dentétriti». 

Les Carlhagiiioîs claienl fort sensibles ii la 
perte qu'ils avaienl failetlela Sicile ; mais ils 
avaieol encore plus de peine à snp|M>rkT relie 
de la Sardaigiie , el raugmenlalioii du Iriliul 
qu'on leur avail iiuposè. C'est pour cela qu'a- 
près qu'ils eureiU soumis la plus grande parlie 
de l'Espagne, tout ce qui leur était rappurlé 
contre les Romains êtaîl toujours bien reru. 
Lorsqu'ils eurent appris la loort d'AsdmbaU 
qu'ilsavaient fait $rouverneur (F Espagne après 
la mort d'Amilcar»*d'ab**rdilsattendireut jMHir 
lui oomiueruu successeur, qu'ils sussenl de 
quel côté [lencheraieot les troupes ; et dès 
que la iiouveUe fut venue que d'un consen- 
tement unanime elles s'élaiciU clioisi Annibal 
pour chef, aussîtùl le peuple sV*tanl assemblé , 
confirma Tèlection , et l'on donna à Aimi- 
bal le commandement des amu-es. E!e\é à 
cette digmlè, il pensa d'al>ord à soumettre 
lesOlcades. Ihint camper a Allhèe , la princi- 
pale ville de la nation , el en fil le siège avec lan ( 
de vigueur et d'impéluosi té , qu'il en f u l bien lô ( 
maitre.Lcs autres villes épouvanltH^souvrireni 
d'elles-mêmes k*urs p*:>rles. Il les vendit en- 
suite à prix d'argent, et s'étant ainsi amassé 
de grandes richesses, il viol prendre son quar- 
tier d'hiver à Carlhagène. Généreux a Tègard 
de ceux qui servaient sous lui . payant !it>èra- 
lement les soldais, et leur promettant des ré- 
compenses^ il se gagna les canirs, et donna 
de grandes espérances au\ troupes. L'été ve- 
nu, il ouvre la campagne par une evpèdilion 
chez les Vacéens. Il prend d'eml)leela ville de 
Salmantique. Arlmcale, qui était grande, 
bien p«»uplèe, et dcfendne par des habitans 
d'une grande valeur, lui rc-isla long temps; 
mais enfin il l'emporta. Il courut un grand 
danger en revenant . Les CaqH'siens . nation 
la plus puissante du pays, avaient pris les 
«rmes , et les peuples voisins , soulevés par 
ceux des Olcades et des Salmantiquois qui 
«Vlaienl sauvés par la fuite , étaient accourus 




A RÉPOLIQIT ROMAINE. a. v roi 

à leur secoui^. Si Annibal eût été obligé de 
les combattre en bataille rangi*e , sa défaite 
était inonanquable. Mais il eut la prudence 
de se retirer au petit pas, de mettre le Tage 
devant lui, et de se réduire ii disputer aux 
ennemis le passage de ce fleme. Celte con- 
d ni t e lu i réussi t , Les Barba res s' e flV>rcè ren t d e 
passer la rivière [>ar plusieurs endroits , mais 
laplnparl , au délKirquement, furent êcrasi^ par 
les quarante élépbans qui man baient le long 
des bords. Dans la rivière même il v en eut 
beaucoup (lui périrent sous les pieds de la ca- 
valerie . ijui niinpaii plus ais4'menl le cours de 
l'eau* el du haut de ses che^anv combattait 
avec aianlag** contre l'infanterie. Enhn 
Annibal passa lui-même le fleuve, el fondant 
sur ces barbares, il en tua plus de quarante 
mille sur le champ de bataille. 

Ce carnage intimida tellement tous les i>eU' 
pies d'en|lcçàde rÈbre, qu^il n'y resta p«.^r- 
sijnne, hors les Sagontîns. qui osAt faire mine 
dert*sister auxCarlhaginois. Annibal >e donna 
imurlant bien de garde d'à t laquer Sagon te. Fi- 
dèle aux a\ is d'Amilcar , son père , il ne vou- 
lait pas se brouiller ouvertement avec les Ro- 
mains, i|u'il ne fut auparavant paisible pos- 
sesseur du reste de rEspasjne. Pendant ce 
temps-là les Sagonlius craignant i»our eux, et 
prévovanl le malheur qui devait leur arriver, 
en\ osaient â Ri>mr cimrriers sur courriers, 
pjur informer exactement les Romains des 
progrés qm^ faîsiiient K*s Carthaginois. On fut 
long-temps âRume sans fain-gnmde attention 
à ces progri^s ; mais alors ou fit partir dt*s am- 
Itassiideui-s [Hiur sVHrIaîrer sur la mérité dt^ 
faits. 

Annibal api es a^oîr pouss*'^ ses couquétes 
jusquViii il sVt ail proposé, reviol faire prendre 
iis<manîiée ses quartiers d'hiver àCartlwigène, 
i|Ut élaîl comme la ^ille capilale de la nation, 
(^t comme le |ïalais de relie |vii ri ie de T Espagne 
qui obt^issiiil aux Cartbagirtois. Là, il rencon- 
tra li^ ambassadeurs romains, et leur donna 
audience. Ceux-* i prenant li*s Dieux à léinoins, 
lui re< ommandén*nt de ne pas touclier à S,i- 
gonte, qui élaîl sous leur prolectimi, «H de 
demeurer exactement en-detà deTEbre. s4*lon 
le traité fait atsw XbdruhsiL An uilial , jeune 




LIVRE HT,— CHAPITRE IV 



8S 



alors, et jla^siotl^î^'* ptmv In guerre, heureux 
dans ses» projets, el iiuimé depuis long-lemps 
ronlre los Romains, repoodil, eomiiip s'il vùi 
pris le parti des Sagontius: qu'une sédition 
s'était depuis peu élevée parmi eux, qulb 
avaient pris les Roinaius pour arbitres , et que 
Cfs Rom^iius avaient injustomeni (Njudamnè à 
mori quelques-uns <les magistrats ; ipf il ne 
laisserait pas cette injustice impunie; que de 
ioui lem\>slaeoutuTne des Carlliagiiiois avail 
clé de pnvndre la défense de ceux qui étaient 
iojustemeul persécutés* Et eu même temps il 
dépt^clidit au sénat de Cartilage jM>ur savoir 
ecimtuefit il e» agirai! a^ec les Sagontius, qui 
lien» de raliianee des Ritmaîns, i*n usaient 
mal avec quelques-uns des sujets de la répu- 
blique. Eu un mot, il ne raisonnait pas et nV*- 
coiUail que la colère et remporteinent qui 
l'avcuglaienl. Au lieu des \ raies raisons qui le 
faLsaient agir j il se rejelail sur des prétextes 
frivoles, égarement ordiuaire de ceux qui, 
î»^iiiqu'è!aiit peu de la justice, n'éeoateul que les 
pasisioos |)ar Insquel I es i Is se son t laissés prévenir . 
Combien iî%'ùt-il pas luieux fail de dinv qu^il 
fallait que les Roiuaiiis'rendîssentla Saniaigne 
aux Carthaginois, et les déchtirgeassent du 
tribut qu'ils leur a\ aient injustemenf imposé, 
dans les temps malhenreux où ceux-ei avaient 
élc chassés de celte lie, et ([u'il n'y aurait de 
paix entre eux et les t^iirlbaginois qu'a cette 
condUhûl II est résullc de là que ^ pour 
avoir caché la vraie rais^m qui lui mettait les 
anues k la maiu , et en a\oir allégué une qui 
n'^avait nul fondement , il a passé pour avoir 
«ommencê la guerre, nou seulement coutre le 
bon sens, mais encore (outre toutes les régies 
de la justice. 

Les ambassadeurs ue pouvant plus douter 
qu'il uc fallrtt prendre les armes, tirent \oile 
pmjr Carthage, dans le dessein de demander aux 
Carthaginois, comme ilsavaieut fait àAnoihal, 
lV*l»servàlw»n du traité conclu avec son oncle. 
Mais ils ne pensaient pas qu*en cas que ce trai- 
té fût violé , la guerre dût se faire dans Tlta 
lie ; ils croyaient plulcjt que te serait en Es- 
pagne^ et que Sagonle eo serait \v théâtre. Le 
sénat romain , qui se (lattaît de la même espé- 
rauce, prc^oyaDt que celle guerre serait im- 



portante, de longue durée, et fort éloignée 

de la pairie , crut rpi'avant toutes choses il 
fallait mettre ordre aux al'faires dMlh rie. 

Démet rius <le Pliaros , oubliant les bien- 
faits quil a\ ait nvus des Romains, et allant 
même jusqu^à les mépriser, parce qu'il a^ait 
vu la frayeur où les avaient jetés les (lauîois, 
et qu"^il vfïvail étoile où les jetaient actuelle- 
ment les Carthaginois, espérant d^iitleurs 
beaucoup des rois de Macédoine, qui dans la 
guerre de Çlé*Mnène s'étaien t join ts à A n t igonus , 
sV*taît a^ is4' vers ce (enipt-îà de ravager et de 
n^nverser les villes d'illyrie qui appartenaient 
aux Komams, de passer a\cc i*in<*|uante fré- 
gates an delà du Lisse, contre la foi des trai- 
tés, el de porter le ravage dans la phiparl des lies 
Cyrlades. (]es désordres attirèrent TattcntioR 
des Romains ,(pii voyaient la maison royale de 
Macédoine dans uu état (lorissant ; et ils mi- 
rent tous leurs soins a pacifier et à s'assurer 
les provinces situées àrorient de l'Italie» lisse 
persuadaient qu^il serait encore temps de pré- 
venir Annihal, lorsqu'ils a\iraient fait repen- 
tir les Illyriens de leur faute, el châtié Tingra- 
titude el la témérité de Déméirius, Ils se trom- 
paient : Aiuiibal les prévint, et se rendit maî- 
tre de Siigonle , ce qui fut cause que la guerre 
ne se fit pas en Espagne, mais aux portes de 
Rome el dans toute rilalie. 

Opendant les Romains^ suivant leur pre- 
mier projcl, envoyèrent une armée eu ïlhrie, 
sous la eonJuite de L. Emilîus, vers le prin- 
temps de la preTuiérc année de la cent quaran- 
tième olympiade. Auuibal alors sortit de Car- 
ihagène , el s^a\anca vers Sagonle, Cette %ille 
est située à se[>t stades de la mer, sur le pied 
des montagnes où se joignent les frontières 
de Cellibérie,et qui s'étendent jusqu'à la mer. 
C'est le pa\s le plus fertile dr- toute rEs[>agne. 
Annibal vint canip^T devant cette ville, et en 
poussa Ir siège avec vigueur, llprévoyaitquede 
la prise de cette ville il tirerait pour la suite les 
plusgramlsavautagcs ; queparlàilôteraîtloulc 
espérance aux Romains de faire la guerre dans 
TEspague; qu'après avoir jeté répouvanti' 
dans les esprits , ceux qu'il a> ait déjà subju- 
gués seraient plus dociles , et ceux qui ne dé- 
pendaient eïuore de personne, plus circun^- 



M 

peçte ; que lie laksaDl ps dV'niipmi JeiTiùiv 
lui , N» marche* t^ fcoi^it plus sure i*l plus tran- 
quille; qu'il ^^ ainassorait de Par^'ï^nt pourlVxr- 
cutjou de ses desseins ; que le I)uUii que h% 
^Idalsen rapporleraieni les rend rail plus vifs 
el plus ardens à lesuivre; et qaVuBii,avee 
le» dépouilles qu'il enverrait à Cartbsg.», il se 
gagerait la bieuH^illaucedesesconcitoiiens. 
Animé par ces puicsaits motifs , il iiVparginul 
rieu pour \ cuir beureuscmetit à ImjuI du ^ié^Lje 
lleSagouie.il douiiailluî-mème Teverupleaux 
troupes, el se Inunait à tous les lravau\/rau- 
161 il exhortait les soldais, tantôt il sV\posiif 
aux dangers les plus é\ ideus. £nfîn , après 
liuil mois de soins et de peines, il enqMirta la 
>illed\as!!iaut^ et j fit un liulîa pr<Kli;;ieu\ 
d\irge«l, de pris<mniers et de meubles. Il mit 
de eôté Pargenl pour servir a srs di*sseius; 
il distribua auv soldats^ chacun selon sou luè- 
rîle, ce qu'ail avait fait de prisonniers , et en- 
lova les meubles à Carlhage. Le sucées n**pfïn- 
dil à tout ce qu'il avait projeté. Ixs soldais 
devinrent plus hardis à s'exposer j les Cartha- 
ginois se rendirent avee plaisir à tout ce qu'il 
(ieiuandait d'eux, el ^^ avec Tarpent dont î! 
s^était abondamment founii , il entreprit beau- 
cx)up de choses qui lui réussirent. 

Sur la nouvelle que U^ Romains S(* disijo- 
saient à venir daus rilhrte, Dt^métrius jela 
dansDimale uaefo: tegarnîsonel loules Icsmu- 
nilions nécessaires. Il fit mourir dans les autres 
>ilU*s les gouverneurs qui lui étaienloppost^s, 
mît à leur pi; r ' : : nnessnr la lîdMilé 
desc]uelU*>s il j r^ et choisit entre 

tes sujets six mille des hommes les plus hra\ es 
pour garder Wiar* " "^ ' ■ " o 

dan^rillvrie, ci r 
lai^nl beéHiCoup sur la force de lliiirule, qu'ils 

rrojaieoli '^ ^ ^ ' ' ^*spri>>Ih!tîitsqu''iU 

avaient f* , ^re, il résolut, pour 

étonner Iqs enneniLs, fi'iiit\ rir la campagne |far 
le siégedr f * '- - '^'.\ Il exhorte les rhefschacun 
en partie h ^iouss. le« ouvrages en plu- 

sieurs endroits av *r tant de chaleur , qu'ati sep- 
(téinejour la ville rulpri?*e d^issauL CVn fut 
assez pour faire tomber les a nues des mains 
des ennemis. Ih vinreulausMldt cIl* loui^'slcs 
V îlles se rendre aux R«/mains , el se itteHre 



4 t ^ ) 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA RÉPl BLIQIK HOALVfXF 

sous leur protection. Le Consul le.s reçut tous 



aux cotidilions qu'il crut les plus convenables, 
et aussitôt mît à la \oile pour aller à Pharns 
attaquer IKunélrius même* Mais avant appris 
que la ville était forle^ que la garaiM)îi éltiil 
nombreuse^ et composée de solda Ls d*élite, et 
qu'elle a^ait des vibres et des munitions en 
alxnidance, il craignit que le siège ne fût diffi- 
cile et ne traînât en longueur. Pouré\ itérées in- 
convéniens, il eut recours à un slratagém(^ Il 
prit terre pendant la nuit daus Pile au'c toutr 
sou armée. Il en cacha la plus granJt* pari ieilans 
des Njis et dans des lieux couverts, el l<^ jour^e- 
na , il se remil en mer^ el entra léte lev ée dans le 
put h' phîs voisut de la \i!le a^ec vîngl vais- 
seaux. Démélrius Tupenu t. el croyant se jmirr 
d'une si petite année/i I marcha vers ce por l pou r 
s'opjHiser ^ la des<*en!e deîï' ennemis. A peine 
en fui -on venu aux mains, que le combat sV*- 
chauffant, il arrivait contînu<*lleniLiil de hi 
\iJle des troupes fraîches au secours. Enfin 
toutes se présentèrent an combaL Ceux des 
Rfmiains qui avaient débarqué pendant la 
nuîl, sVlanl mis eu marche par des lieux cou- 
verts, arrivèrent en ce moment. Entre la ville 
et le port il V a une hauteur escarpée. Ils sVn 
emparèrent, et arrêtèrent de là ceux qui de 
la ville \ euaient pour s^mlenir les combatlans. 
Alors hémètrius ne songea plus à empêcher le 
débarquement; il assi:'mbla ses troupes, les 
exhorta à faire leur dmoîr^et les meua v ers la 
kiu(eur dans le di^^^ein de eonibaltre en ba- 
laîUe rangée, L*^ lltimains^ qui virent que les 
llhriensapprorhinenl avee inqïèluosité cl rn 
bon ordre», vinrent sur eux, el les chargèrent 
av«r une vigncur étonnante. Pendant ce 
temps-là l<*s Romauis qui venaient de desecn- 
iln^àterre, attaquaient aussi par derrière. 
Les III V riens enveloppés de tous eAtt»s , se vî-' 
renl dans un désordre et une i onfusiou ew 
(réme. Enfin pressés de fn»nt et en qu<nie. ilk 
fun*nt obligés de prendre la fuite. Quelques-; 
unsije sauvèrent dans la viHr, la piup;u*t so 
répandirent dmis File par des chemin 
Démétrius monta sur des frégates qu'.. ,*^,..i à 
Taficre dans des endroits caeh«**s, el falsmt 
^ la nuit, arriva heureusement 

iiiw à M*in»^»i , *>ùil passa 1t ri'Slc de ses jours. 




k t Mi LIVRE IIL- 

Célaît uu prîurc hartU et hra\c, mais rPuiie 
bravoure brulak el sanspmdenre. La fui de sa 
rie ne drmeiilit poiiil son caïui trie. H péril h 
Messcjtc, qu'il avait L'iiliTpris tic piTudrtMlu 
conseil lemetil de Philip[>i^ , pour s\^trcciposé 
féiï>êraîreriicïil dans un coiiitïal. Mais nous 
parlerons de luul cela eu détail, lorsqu'il en 
sera temps. 

KmiUus, après cette vieloire, eu ha d'eui- 
blce dansPharos , et la rasa : puis s'élaut reu- 
do njaitre du reste de l'![lyri«% et j ajant 
rfoiiiïéî^es ordres, rêlé Oui , il rei iut à Rome, 
et \ entra eiilrioni|die. Ou lui fil Utus le«i hon- 
neurs , ri il reeul tous les appkydisseineiis 
que inérîlaient l'adresse et h' courage avec 
leîi*iueLs il s'èlait conduit dans les aflaîres 
dlHvric. 

CHAPITRE V. 



^UiifC ét*lioniAins coutre I«â fljirihagiiiûi!!. — Amba3««de évs 
MimÊnt I Cartittffe. — Diiïérens Irait» fiiis «ntrc leïfto- 
•■rai H leiC«rUi9giiioi9. 



CHAPITRE V 



87 



I 



Lorsque Ton apprît a Home la prise de Sa- 
le, t>ii n'v délibéra puîul si Vtvïi ferait la 
rre aux Carlhaginoîs. Quelques historiens 
iliséiit que cela fut uiis en délibéraliou ^ el ils 
rapportent niérae les discours qui se tinrent 
pour et contre. Mais c'est la chose du monde 
Va motus vraîsemldablc. Comment se serait-il 
pu faire que les Romains^ qui Tannée préeé 
dente avaient déclaré la ffuerre aux Cai llia^^l- 
nais s'il leur arrivait de mettre le pied sur 
l#s terres des Sîigjonlins , après la prisi^ de la 
%5lle mrf^me , doutassent , hésîtasssent un 
moment s'ils feraient la ijnerre , ou non? 
Comment passer à ces histfjrîens ce qu' ils di- 
sent r que les sénateurs consternés de cette 
ouiivelle , menèrent au sénat des enfans de 
douze ans , et que ces enfans a qui l'ou avait 
(ait part de tout ce qui s'j était passé , ne s'ou- 
vrirent ui à leurs parens nî a leurs amis sur 
Fe secret qui leur avait été confié ? il u'v a 
dans toui cela ni vérité ni apparence même 
de vérité , à moins que Ton n'ajoute , ce qui 
est ridicule, que les Komaîns tml r^ru de la 
forlttue le privilège d'apporter la prudence 
en naissauL De pareilles histoires ne valent 
pas la peine dYtrc réfutées plus au long , si 



toutefois on peut appeler histoires ce que 
nous débitent là-dessus Chéréas et Sosile. Ces 
coules ni'c>nl lout fair d'avoir été pris dans 
quelque houlique de barbier , ou répétés d';i- 
près lapins vile populace. 

Dés queronconnulâ Rome rattental d'Au- 
n i liai c< jut rr^ Sagou te , on en vo;^ a sur-le-champ 
deux aml»assadeurs à Carthagc, avec ofJre 
de proposer deux choses . dont Tnne ne pou- 
vait être acceptée par les Carlhag-înois qu\i 
leur honte el h leur préjudice j et f autre 
était pour Rome et pour Carthage le com- 
mencement d'une affaire très emlnuTassa nie 
el très- meurtrière; car leurs instructions por- 
taient : onde denjander qu'on leur livrât An- 
uibal cl r«»ux qui avaient part h ses desseins; 
DU de déclarer la guerre. Les ambassadeurs 
arrivés à Cartliage, déclarèrent en plein sénat 
leurs in tentions. Les Carthaginois ne les en- 
tendirent qu'avec horreur, t'i donnèrent au 
p! us ca pable comijiîssi t m de défend re 1 a causé 
de la république. Celui-ci uc parla pas plus du 
traité fait avec jisdrubal que si il n'eïlt jamais 
été fait , ou que s'il eut été fiût sans ordre du 
sénaL 11 juslîlia sou silence sur cet article , eu 
tlisant que, si les Carthafîinois n'avaient 
aucun è^^ard pour le traité d'Asdrubal , îis^ 
nv iaîsaient en cela que suisrc revemple du 
peuple romain, qui dans la ffuerre de Sicile 
cassa un traité fait parLuctalîns, sous prétexte 
qu^il avait été conclu sans sou anlorité. L<*s 
Carthaîriuois appuyaient beaucoup sur le 
traité qui avait mis (in à la guerre de Sicile cl 
y revenaient à tout moment , prétendani qu'il 
n'y avait ri(*n qui re^^ardât l'Espajfue : qu'à 
la vérité il y était marqué que de part ni d^1u- 
Ire on ne ferait au<'un tort aux alliés; maïs 
que, dans le tenqjs, du traite les Sagontins n'é- 
taient point encore alliés du peuple romain ; 
et ];i-dei^sus on ne ce^^sait de relire le traité. 
Les Romains refusèrent absolumcnl de répon- 
dreà cette aptiloprie. Ilsdirent quecette discus- 
sion pouvait avoir lieu^sî Sagonte élaît encore 
dansson premier état , quN-u ce cas les parobs 
suffiraient peut-être pour terminer le difie- 
rend ; mais que celte ville avant été saccagée 
contre la foi des traités, les Carthagînoîs ne 
pouvaient , qu'en livrant les auteurs de Pin- 



J 



m 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA HÉPl'BLlOl^E R(WLVI\E. a i 3.vj 

" leur fera Ixiune jusiite en loul ; que les 



fraction^ se justifier «le riiitidelité dont ils 
c'taicDl aeciisés ; qu'aulremeiit il fallaîl qu^ib 
iorabassenl d'aceord de la pîirl qu'ilîi a\aienl 
^laus 1 infraction, causse défendre comme ils 
iaisaienl , par des ternies vagues et généraux 
^tii ne décidaient rien, llélai( à [trop os , ce 
TOC semble, queje ne passasse piis trop tégére- 
meat sur cet eudroil. On peu! se trouver dans 
des délîbéralioas où il serait impt^rlanl de sa- 
voir au juste ce qui se passa dans ceUe i Kcasion , 
et d'ailleurs les historiens onl piirlé de celte 
affaire avec tant d^ignorance et de partialité, 
«juc , sans ce que je viens de dire , Je ne sais <iii 
Ton ptiurrati prcnflre une connaissance e\a( te 
des traités qui se ^ut faits jusipi^à présent 
neutre les Romains el les Carthatrinois ; car il v 
en a plusieurs. 

Le premier est du lem|is tîe L, Juuius Brii- 
lus et deMarcus Horatins^ les deux premiers 
consuls qui furent crécî? après re\pul>iuii des 
ToiSj et par Tordre desquels fut coiisicré le 
temple de Jupiter i>pitfilin, viiigt-huil ans 
^vant rinvasîou de Xerxés dans la Grç< e. Le 
Toîeî tel qu^ii m'a èlè possible de l'expliquer, 
car ia langue latine de ceslemtïs-là est si dif- 
férente de celle d^iujourd^bui, que les plus 
"habiles ont bien de la peinv à tiitcndre cer- 
taines ch(Mes. 

H Entre les Romains et leurs alliés, et entre 

> ivs Carthaginois et leurs alliés ;^ il y aura aL 
>t liaoce à ces conditions : que ni les Romaîtis 

> ni leurs alliés ue navigiieront au-ilelà du 
:» beau promontoire , s'ils n'v soûl poussés 
>» par la tempête , ou contraints jmr leurs en- 
1» nemis : qu'eïi cas qu^ils \ aient été pou>sf*s 
"» par force, il ne leur sera permis dV rien 
j> acheter ni iVy rien prendre, sinon ce qui 
'^i sera précisément nécessaire pour le radon- 
» bernent de leurs vaisseaux « tm le culte des 
?» Dieu^ î et qu'ails eu partironl au bout de 
»i cinq jours : qmvl es marchands q ni >ieiidron( 
^) il Cartbage ne paieront aucun droit , à Pex- 
>» ceptiondecequisepaieaucrieur et au scribe; 
>^ que tout reqtii sraa vendueiiprésencedeces 
w lieux (éinoins, la foi politique en sera ga- 
5» rant au vendeur; que tout ce qui se vendra 

>» en Afrique ou dans la Sardaigne Que 

il ik quelques Romains abordeut en Sicde , ou 



c 



*> Carthaginois s'^abstîeudront de fjiîre aucua 
') ravage clie/ k*s An liâtes , les Ardéales, les 
» Laurcnlins . h»sÇinécns, les Terracinieus, 
>' et chez quelque pruple d*^s Latins que cesoit 
M qui obéisse au peuple llomaiii; qu^ils ne fc- 
ïj ront aucun tort aux villes même qui ue se- 
h mut pas S(>us la domïnalion runiaîue ; qu*' 
>» s'ils en prennent quelqu'une , ils la reudiont 
>» aux Romains en sou entier ; qu^ils ne bà- 
» liront aoriinc rorlerrsst^dans le pi} s des La- 
» tins ; que s'ils v entrent à ma in armée . ils 
I n\v passeront pas la nuit » . 

Ce beau promontoire cVsl celui de(]artliage, 
qui regarde le Septentrion, cl au-dcla du- 
quel les Carthaginois ueveulenl ps que les 
Romains passent sur de longs vaisseaux vers 
le midi, de peur que ceux-ci, comme je rroJs, 
ne connaissenl les campagnes qui sont auiL en- 
\ irons de livsance et de la petite Sv rie, et qu'ils 
appellentEmp4>rinni le marché, à cause de leur 
fertilité. Ils consentent céinmoins que ceux que 
la tempête ou les euiiemisjb auront poussés, y 
preunent ce qui leur sera nécessaire pour ra- 
douber leurs vaisseaux ou pour les sacrifices, 
pourvu que ce soit sans violence, t*l qirils en 
partenl aprt'S cinq jours. Pour ce qui regarde 
Carlhage , tout le pays qui est en dc*çà du beau 
promtmtoire d'Afrîtpie , la Sardaigne et la Si- 
cile , dont les Carthaginc^is sont b*s maîtres, 
il est permis aux marchands romains d'aller 
dans tous ces |>avs, et on lenrï*romet, S4>us ïa 
loi publique^ que partout on leur fera Ixmne 
justice. Au reste daus ce traité ou parle aulrc^ 
ment de la Sardaigne el de rAfri(|ueque delà 
Sicile , car on parledes deux premières comme 
eu étant les mai très ; mais à Fègard de la Sî- 
i'ilc ou distingue, les conventions oe tom- 
l*arit que sur ces parties de la Sicile qui omis- 
sent aux Carthjigiuôis. De la jwirl des Ro- 
mains, les coDventionsqui regardent le pavs 
latin Hmi conçues de la mfme manière. Ils ne 
fonl poiul mention du reste de ritalie. parce 
qu*il ne leur élail pas soumis. 

Il y eut encore depuis uu autre Iraité, 
dans lequel les Carthaginois comprirent les 
Tyriens et les Lticéens, el où Ton ajoute au 
beau promontoire^ It^g^e el Tarsêiou. au- 




r».! 



I . h 



ÏAMit: IIL — 



Jdà tieâquels on cléfeiici auv Hoinains ilo pil* 
k H de bàlîi" uiiô \i!le. Mais-iappfuioiis 
b termes du Irailt». 
t Eutrp les Romains i*t Irurs allirs , H en- 

• tre les CirthagTEioîs . \vs Tyrinis, ks Uli- 
ï créas et les allivs de tous res peuiiles, il j 
" tarai alliance à ces coiidi lions : que les Ro- 
» mat lis ne pHleroiiK tii ne (nifiqueront , ni 

• ne bàliroiil de ville aii-dela du k-iiii pro- 
9 iii4>n Voire, àcMastie et de Tar«icîoii : que si 
n les Carlkt^nooîs prennent dans le pins li lin 
^ quelque vificqui ne soit pas de h\ domina Item 

Tomaiocy ils garderont pour oii\ l'argent 

et les prisonniers, et renii^ 1 1 rnn \ ii \ il le an v 

Romains^ que si desCarlhaginuis prenuenl 

([Qelquc homme faisanl j^rlie des peuples qui 

fonleo paix a\er les Roniains par un Irailé 

fcnl,iafi5{>otirtaul leur *Mre sou uns, ils ne 

ktenmi pas eiilrer dans les porls des Ro- 

maTftôi qoe s^il \ eulre et ((u'il soil pris ]>ar 

mi Romsiiu j on lui donnera liberlë de se 

retirer; que celle condition sera aussi ob- 

lerrée du c<jlê des Romains ; que si ecux-d 

ffmaenl dans un pavs cpii apparlienl aux 

Ortbaginois de Tcau ou des fourrages , ils 

0f s'en sertiront pas ponr faire lort à aurnn 

it ceu^L qui ont pai\ et alliance avec hs 

Cvlkaionois... Que si cela ne s^observe 

pi , il ne sera pas permis de se faire justîre 

itaHAémc; que si quelqu'un le failj cela 

xr» regardé comme un crime public; que 

InlocDâins ne traliqneronl pasni nekUiront 

pis de ville dans la Sardaigne ni dans VX 

ftîqae^ qa'ii ne leur sera permis d y aller 

qnejKKtf prendre des vivres i»n pour ra- 

doiiber lears vaisseaux ; qne s^'ils y sonl por- 

lé» par la tempête, ils ne pourronl v rester 

fjoe cinq jours; que dans la partie de la Sicile 

i|ai «ilW'il aux. Carlbaginois et à Carlliage^ 

un Romain aura pour mn commerce et ses 

acikmsla ni*^fijeliberlé(|u'un ciloven ; qu'un 

CarQiaigioois aura le intime droit à Rome, n 

(hi foU encore dans ce traité que les Car- 

tb^uiar^ parlent de l'Afrique et de la Sardai- 

ffer comme de deu\ pays qui leur sont sou- 

•il, etq«'*îls6tent aux Romains tout prétexte 

^ «élire le pied; qu'au contraire en parlant la 

(«lie de la Sicile^ ils dësigueut la par lie qui leur 



CHAPITRK \\ Hd 

obéit. T.es Romains font la même chose à 

l'égard du pa\s lalîn , en défendant auv Car- 
ibaginois de toucher aux Antialcs, aux Ar- 
déatesj aux Cîrcéens et Terraciniens , qui 
sonl les p4*uples du pa\s la lin qui occupent 
les 1 il tes mari limes, 

Au temps delà descenlede Pjrrbus , avant 
que les Carthaginois pt^nsassent à la guerre 
de Sicile, les Romains firent avec eux un 
Iroisièmc Iraité, on l'on \oit les mêmes con- 
\ en ( i on s que dans I es préc é d ens ; ma îs o n 
ajoule : tt Q)ue si les uns ou les au 1res font 
» alliance par écrit avec Pyrrhus , ils mel- 
>i tronl celle conditirm : qu'il leur sera permis 
" de pfuler du secours à ceux qui seront alla- 
>j qué*^: que quel que soîl celui desdeux qui ait 
V lïesnin de se<M)urs ,ceserounes(>arlhaginois 
> qui fourniront les vaisseaux, soît pour le 
n voyage, soil pour le condial; mais que les 
>ï u n s e l 1 es a u t res pa îe r< » n l a l eu r s f ra î s la 
» solde h leurs troupes i que les Carltiaginoîs 
» secoureront les Romains même sur mer* 
» s'il en est l»esoin ; cl qu'on ne forceia point 
n l'équipage à sortir d'un vaisseau malgré 
n lui, " 

Ces Irai lés étaienl confirmés par des ser- 
mens. Au premier les Carlhagiîiois jurèrent 
par les Dieux de leurs (wrcs^ et les Romains 
une pierre en main, suivant un ancien usage, 
parMarset|Enyalius* Le jurcmenl par une 
pierre se faisait ainsi : celui qui confirmailun 
Irailé par un serment ^ après avoir juré sur la 
foi publique, prenait une pierre dans la main 
et proDoncait ces paroles : a Si je jure vrai, 
>^ qu'il m'arrive du bien ; si je pense antre- 
» ment que je ne jure, que tous les autres 
» jouissent tranquillement de leur patrie, de 
» leurs lois j de leurs biens, de leurs pénales, 
n de leurs lombeaux, et que moi seul je 
» sois brisé comme Test maintenant celle 
i> pierre j » et en même temps il jetait la 
pierre. 

Ces trallés subsistent encore , et se conser- 
vent sur des tables d'airain au temple de Ju- 
piter Capilolin dans les archives des Édiles. 
Il n'esl cependant pas étonnant quePhilinnc 
les ait pas connus ; de notre temps môme il 
y avait de vieux Romains et de vieux Carlha- 



lîlSTOlKlî GÉNÉRALK DE LA RflPl BLUJlE ROMAINE, 



ginoh f qui quoique bieii îiii»Uruîls des afTaires 
de leur république, u^cn avaient aucune c^on- 
naiiiSdfire. Mai»» qui ne sera surprlsque Mjilîn 
ail est* ce rire U>ul le ton Ira ire de ce que rnit 
voit dans tes anciens manumens : qu^il y a%aîl 
cnlre les Roaiains et tes CarlLagînuiii un 
Irailê , par lequel loute la Sicile elait inter- 
dite à cea^-lâ , el à eeu\-ci toiUe l^Italie ; 
et que les Romains avaWnl vtoTê le traité et 
leur siTnicnt , toi*M|u'ils avaient fait leur pre- 
mière détente en Sicile. Il parle de re traité 
comme *>'il Tavait vu de ses propres vcu\ . 
quoique jamais pareil traite n~ait existé, et 
qu^iine se trame nulle ;>arl. Xous a\ians 
déjà dit quelque chose de ces traités dans no- 
tre iniroductîùn ; mais il aillait ici un délaif 
plus exact, pour tirer dV^rreur ceux à qui 
Philifi en avait imposé. 

A regarder cependant la dtîsiTnte que les 
Romains tirent dans la Sicile du côté de l'al- 
liance qu^ils a^ aient faîte a\ec les Mamertfns, 
el du secours qu''ilA avaient porté à ce peuple^ 
Uïalgré la perfidie avec laquelle il avait surpris 
Messéne et Rhé^io, il ne sérail pas aisé de la 
justifier de tout reproche. !^Iais on ne f>eut 
dire sans une ignorance grossière, que redc 
descente fiU contraire a un Iraîlê précédent. 

Après la aruerre de Sicile on fit un qua- 
trième traité, dont voici Ie5 conditions : 
« Que les ("arthajïinoîs sortiront de la Sicile 
» et de toutes k»s îles qui sont entre la Sicile 
» et ritatici que de part ni d^autreon ne fera 
» aucun tort aux alliés j que Ton ne corn- 
M mantlera rieii dans la domination les uns 
w des autres ; que Ton u'v bâtira point puhlt- 
^ quement ; qu'on n'j lèvera point de stddat^; 
» qu%ni ne fera ptiiut d'alliance avec les alités 
1» de Tautre parti ; que les Carthaginois paie- 
To font pendant dix ans deux mille deux cents 
>i talens * el centd^aliord après le traité; que 
V les Carthaginois n*ndront sans rane;on tous 
i* les prisonniers qults onl laits sur les Ko 
n luains. » 

La gueiTedWfrîque lermiuée , tes K ornai ns 
avant porté un décret pour déclarer la guerre 
^ux Dirthaginois. on ajouta ces deux condi 
tions : N Que les Carthaginois alkandonneront 
)» la Sardaignc ^ el qii*ils paicronl douic 




[K. l. 471 j 

h cents tak*ns au-delà de la somme marquée 
»» ci-dessas. >» 

Enfin dans le dernier traité, qui fut celui 
tjue Ton fit a\er Asdrubal dansPEspagne , un 
convint de ce nouvel article : h Que les Car- 
>« thaginois ne feraient pas k guerre au-delà 
» de rÈbre. n Tels s^inl les traités «onclus en- 
tre Us Roniaio**^ el les Carthaginois jus<|u'au 
U*mps dWnnihaL où Ton voit que les Romains 
pouvaient passer en Sicile sans \ioler leurs 
serniens. Mais il faut avouerqu-au tempsoùils 
conclurent le Iraîté relalif à la Sardaignc, 
ils n'avaient ni cause ni prétexte plausible i]v 
susciter une seconde guerre aux Carthaginois, 
îl est de notoriété publique, que ce fut contre 
!a foi des traités que Ton força les Carthagi- 
nois, dans drs circonstanc^'S fâcheuses, à 
sortir tle la Sardaignc et à paver le triïmt 
énorme dont nousa^ons parlé. En vain les 
Romains objectent que leurs marHiands fu- 
rent maltraités en Afrique pendant la guerre 
d es sold a t s me r c en a î res , Ce t te fa u t e é ta ! l pi r- 
donnée depuis que les Romains avant reru 
des Carthaginois dans leurs ports, !eur 
avaient remis par n*con naissance el sans ran- 
çon tous les prisonniei^s Carthaginois qu'ails 
avaient t;he2 eux. 

CHAIHTRB VI. 

L«qud «la écQS {^«uplci cm tûoêc dt la uc^màt guerre p4iiMi|iK. 
— lUbei» de piTt etd^utre. — Itlilté de t1»i>loirr. - i¥in- 
i«rrt 4*Mie iûii«lr« fe«êr»l« lur •ne |y«t»ire Hr^ioilléf e. 

11 nous reste à examiner à qui, des Ro- 
mains ou des Carlbaginius , Ton doitattrihuer 
la guerre d'ADuilul. Nous a ions vu ce que 
diîHiient teux*f'î pour se justilier : voyons 
main tenant^ non pas ( e «pie disaient les Ro- 
mains de ce tempS'là , car ils étaient alors si 
indignés du sac deSagoule,quMsnepeusaîent 
point aux raisons quVn leur prèle aujourd'hui; 
mais ce que ceux de nos jours ne cessent de 
répéter. TIs disent donc pn*miéremi*ul : qur 
les Carthaginois avaient grand tort de tie 
faire aucun cas des ci^in entions fait<^ av«*c 
Asdrubal ; qu'il oVn éïail pas de i^ lraîlé4l 
commi? de celui de Luclatius , oiï Ton ivâtt 
ajouté: « Qa*il serait authtnlijue et în^io- 
y> labte, si le peuple le ratifiait^ » au lien 



^\^sârul)al avait fnil le sipii avec |iK'iiir au- 



•/r.» :i 



91 



toritè ; que rt* traité porlaii en kTints r\fUTs: 
• Que les CarUifigiriuLs ne passeraiciil jmïî a 

■ -n année au- liHà de TEbre. » Ileslrraîj 

^ Tassureiil les ïlooniins, que tlans le 

traite fiiîl au sajel de la Sitlli*, il êlaîl (lortê : 

Que les alliés ilcs deux iiafîoiis seraient en 
N sûreté chez Tune comme chry Fntitre, >» et 
fjuc par c^ alliés on ne dtdt pas seulement 
euieoflre ceux qui Félaii ut alors ^ conuue le 
prctcDtîeûL les Carlliagîuoîs; car ou aurait 
ûjoalé : ft Que Von ue ferait [loliit d'autres 
t altîés que ceux que Tou avait déjà; n ou 
Men ! *r que les alliés que l'on f(*raî( ajirès le 
»• Inittê nV élaieiil pas eoiupris, » Purs dotie 
ijne l'ou ne s\'St exprimé ut de Tune ui de 
Tautre faron , il est évident tjue 1rs alliés des 
deuit étals, soit présens, soil à \eiur, devaient 
chez Tau el Paulre être en sûreté. Cela rsl 
d^anlaul plus raisouuaLle , (pi'^îl nS a pas 
d^apparmce c(H^»^ dût corielur** uu traité par 
lefjucl ODS^Ul la liberté de faire de nouv eaux 
aflfc-^ou deiiouveaux amis, toutes les fois quim 
le trauTerait a sa ldt*nséan<"e^ ou de défendre 
Clin qu^oii aurait pris de nouveau sous sa pio- 
tectiou. Ou ne prélendait dcme rîeu autre 
t'htise de part et d"^anfre, siunu rjn''â réj;fard 
des alliés présent il ne leur serait fait aucun 
Ion, H qu'il ne serait permis en aucune ma- 
leux états de se faire des alliés Tiin 

.-.^ . .. c t el par rapport aux alliés à venir: 

•• Qu'on ne lèverait point de soldats; que l'on 
» tio a^romanderait rien dans les provinreji ni 
» chez lei alliés les uns des au très ^ et qtle les 
1» alliés <fa deuit états seraient chez Tun e t 
»' Tautiie en sûreté. )> 

Il est encore de (a !crnîére évidence que 
■on^'tenips avant Annilia\ Sa;;i;oute sV^tait nnse 
Sfsi ' ntectiou des Roinalus, Tne raison 
îiv ide, et dont I(^s Carthaginois niénje 

eomiPiinefft^ c'est qu\nie sédition s'élant êh- 
\t i les Sagontius, ce ne fut pas les 

C* i>i$, quoique \oisins et maîtres de 

l^pBjiriie^ qu^ls prirent ptair arbitres, mais 
le- " 'us ; et que ce fut aussi par leur en- 
U i ils remircBl le hon (»rdrc dans leur 

nrptibîique. Coiielmiïis de toutes ces raisons: 
■ne SI U dcstruclîuu de Sagonle est la cause 



de la gn(Trej *m d<iit recmmaitre que c'est 
iujustriuent e( couhe la foi des traités faits, 
fnn avec Lucta(in>, et Taulre avec Asdrul>al, 
que les Cartlia^noiïLs prirent les armes, puis- 
que leprrrnier portait que les atlies des deux 
nations seraient en sûreté cliez Fune comme 
chez Taulre; et que le secomi défen<lait de 
porter la guern* au-delà de Pl^hre. Mais s'il 
est vrai que tes Carthaginois n'aient déclaré 
la gu«irre que parce que , chassés de la Sardaî- 
gin' f ils avaient eu même temps été grevés 
d'nu nouveau trilmt , et pour saisir rocfeisîoa 
favorable de se venger de ceux qui dans un 
temps ou ils ue pou\ aient résister, leur avaient 
fait cette insulte, il faut ahstdument tomlïer 
dW'cord que la i^an^rre qm* h s Carthaginois 
rircut aux Romains, sous la condniti* rrAnni- 
I^al , était trés-]ust(\ 

Des gens peu judicifmx diront |teu(-étre, 
en lisant cecî^ qu'ail était assez inutile dt vsV^- 
temîre si fort sur ces sortes de cht**si*s. J'avoue 
que si rhoiume, dans quehjue circonstance 
que ce soit, pouvait se suffire à lui-ménie, la 
connaisî^anre des chu.sc^s passées ne serait peut- 
être que curieuse et pnint du tout nécessaire» 
îlais il n\ a point de mortel (jui puisse dire 
cela ni de !ui-mérn<\, ni d%me république en- 
tière. Quelqnr heureux et tran(|uille ijue soit 
le présent, la prudence ne {fennet pas qu'on 
se promet !<• avec as'surance le même bonheur 
cl la même tranquillité pour ravenîr. Il n'est 
donc pas seulement l)eau , il est encore néces- 
saire de si>oîr h'S choses qui se sont passées 
auinl nous. Sans la connaissance de ce que 
d*autres ont fait , comment pourra-t-on, dans 
les injustices qui nous seront faites a nous-mê- 
mes ou il noire patrie, trouver des secours ou 
des alliés ? Si Ton veut acquérir ou entrepren- 
dre queltiue chose de nouveau, conmient ga- 
giiera-t-un des ^eus qui entrent dans nos pro- 
jets , et qui nous aident h tes exéctiler? En cas 
que Ton stiît content de rétat où Ton est, 
comment p(»rtrra-t'Hn les autres à nous Tas- 
surer et ;mj<mis y conserver? Ceux avec qui 
nous \îvons s'accommodent presque* toujours 
au présent» Ils ne parlent et n'aL^sscnl que' 
comme ii*s pcrsoniia;;^esde thé<^trej (\" sortetpie 
leurs vncs sont difficiles a découvrir ^ et que 




i. 



9â 



HISTOIRE GÉNÉRALE m L 



la v6rilc esl souvent cachée î>chis (repaisses 
lénùbres. Il nVti esl yv^s Je intime des actïotis 
jwissÎM^s. Elles noiui fotil tlaûemenl coiuiaUre 
quels oui élé les seutimens et les ilisposilions 
de leurs €iu1eurs,CN^t par la nue nous couuais- 
Sons de (jui nous devons espérer dt^ faveurs ^ 
des bienfaîls^ du secours , et de qui nous de- 
vons craindre tout lecoixfraîre. Enfin, c'estpar 
Icschosts passées q ne nous apprenons h prévoir 
quiaura coiu[>a.ssiou denosinaltieurs.qui pren 
dra part k noire inJignaliou , qui sera le vi*n- 
geur des injustices que Pou nous a faîles. Et 
qu\ a t il de plus utile, soit pour nous en 
parliculier, soit pour !a république rn général^ 
Ceuv doue qui lisent ou qui écriAml This- 
loire, ne doivent pas tant s'appliquer au ré- 
cit des actions mêmes. q%i*h ce qui s%'^t fait 
auparavant, en même temps et aprè^^, Olez de 
r histoire les raiscms |K>ur leMpieHes tel évéue- 
nient est arrivé , les raf>>ens que IVm a em- 
ployés, le succ<^ dnnl il a été $ui\i, le reste 
n'est plus qu^un c\ercice d^'esprit , dont le lec- 
teur ne pourra rien tirer p(mr sou iostruc(i»in. 
Tout sr réduira à un plaisir stérile que la h^- 
ture donnera d'abord , mais qui ue produira 
aucune utilité. 

Ceuv qui s'iniajipnent qu'un ouvrage com- 
me le mien ^ composé d^un ^rand nombre de 
gTosli\rt^s, coûtera trop à acheter et îilire. 
De savent ap|)aremnient |>as combien il est 
plus aisé d'acheler et de lire quarante livres, 
qui apprennent par ordre et avec clarté ce 
qui s'est fait en Italie, en Sicile et en Afrique 
depuis Pjkrrhus , où linit Thistoire de Timéc , 
jusqu'à la prise de Carthage , et ce qui s'est 
passé dans les autres parties du monde depuis 
ta fuite de Cléoméne , roi de Sparte , jus([u'au 
combat donné entre les Romains et les 
Achéensà la pointe du I*éloponése . que de 
lire eld^acheter les ouvrages qui ont élé faits 
sur chacun des événemens en particulier ; car 
San s tu m p le r que c es nu v r a ge s st > u 1 en bi e n 
plus jfraud nombre que mes livres * ou u'j 
peut rieo apprendre de certain: les faits n'v 
sont pas rapportés avec les méraes ci r cous lan- 
ces ; im n*v dit rieu des choses qui se sont fai- 
tes dans le même temps; cepeudaut, en les 
comparant cnseotble, il csl assez ordiuairc de 



\ RÈPL'BLIQUE ROMAINE. fi. t, 535.1 

se former une autre manière de voir que lors" 
qu'on les evauiine s^ parement. Une iMisièuu» 
raison . c'est quil esl impossible même d'v 
indiquer les rhoses les plus importantes^ 
Nous l'avons déjà dit , ce qu'il v a de plus né- 
cessaire dans rbistoire , ce sc»nl les choses qui 
oui suivi les faits et celles qui se sont passées 
en même temps ^ et plus encore les causes 
qui les ont précédés. C'est ainsi que nous sa- 
vons que la guerre de Philippe a donné oc- 
casion à celle d'Anliochus , celle d'Aunibal à 
celle de Philippe, et relie de Sicile à celle 
d'Anuibal. et qu'entre ces guerres il y a eu 
grand nombre de divers é\énemens, qui 
tendaient tous à une même lin. Or, on ue 
jieut apprendre tout cela que dans une his- 
toire générale; celle des gu erres particuliè- 
res, comme de Persi»e et de Philippe, nous 
laisse dans une parfaite iguorance de toutes 
ces choses ; à nmius qu'en lisant de simples 
descriptions de batailles, on ne croie voirTé- 
conomie et la conduite de toute une guerre. 
Or . rien ne serait |>Ius mal fondé. Concluons 
donc ^ qu'autant il est plus avantageux de 
savoir que d'écouter, autant mon ouvrage 
remiK)rtera sur des histoires [lartîculîêres. 
Retournons a notre sujet. 

CHAPITRE VII. 

« 

yttérredècl»r««. — Afinibat pourvoit à là ^ûttU d« rAlHfM it 
d« rKs|MfO«. » Pri*C4Ulîon qu tl prénU iraot d* M l e ll W » 
mircàf — n » irmcf ters les P)r*iM?«. — DigresiOM gtogw - 

pKique. 

Les ambassadeurs nunaius laissèrent par- 
ler les Carthaginois saiis leur rien répondre. 
Quand ils eurent tini , le plus ancien de Tarn- 
bassade , montrant nm sein au\ sénateurs , 
leur dit qu'il v avait apporté pour eu\ la 
guerre oulapaixet qu^ils n'avaient qu'à choi- 
sir laquelle des deux ils voulaient qu'il en fil 
sortir. (* Celle qu'il vous plaira >, répliqua le roi 
des Carthaginois. L'ambassadeur avant repris 
qu'il en ferait sortir la guerre, tout le sénat 
répfmdit d'une v(»iv qu'il l'acceptait ; et aussî- 
UU Tassemblt-e se sépara. Aunibal était alors 
à Carlhagroe en quartiers d'hiver. Il com- 
mença par renvover les Espagnols dans leurs 
villes : son dessetn était de se gagner par ta 




tîr 555 1 UVRE IIL- 

leur amilîr , cH *ie se cuiidlifr leurs sf^rvic{*s 
pour la suîlt\ H marqua ensuite h son frère 
\sdrubal tie quelle manière il fallaîl qu'il s\ 
pril p<iur gouverner l'Espagm'. et pour se 
melire en garde contre les firmiaiiis , en eas 
que lui Anoîbal vint às'èltMi^^iier, Il prit après 
cela des mesures pour qu^il u'arriviU aucun 
trouble dans l'Afrique, ftiisaril passer à cet 
effet , par une ronduite pleine de sagesse, d*^ 
soXdals dWfrique en Espagne et d'Espagne 
en Afrique' , aliu que cette communicatujn 
de^s deux peuples, sernM, pour ainsi dîn\, les 
lioDS (I^une rauluelJe fidélité. Ceux d'Espagne 
qui pa.sséreDt en Afrique , furent les Thersi- 
les , les Viaslîeiis , les Il>ères des montagnes 
el les Olcadesj ce qnî faisait en tout douze 
cents chevaux et treize mille huit cent cîn- 
quanle fantassins. Il v fil aussi passer des Ba- 
léares, peuple ainsi appelés, aussi bien qmî 
\eur \Ve , car ce qu'il se bat avec la fronde. La 
plupart de ces nations fiu'eat plarécs diuis la 
MéiBgmie, les autres furent envo\ésà Car- 
ihage, H tira des Mèlagonitaîns quatre raille 
bommes de pied, qu'il lit aller à Carthage, 
pour> tenir lien d'otages et de troupes an\i- 
Kaires. 

Il laissa à Asdruiitd sim frère en Es|>a- 
gne cinquante vaisseaux a cinq rangs, deux 
à quatre et cinq à trois, TreoitMleu\ des pre- 
miers, et les cinq derniers avaient leur éqtii- 
page. I^ cavalerie était n*m[M>see de quatre 
cent cinquante Lîby-pbénieiens et Africains, 
de Vrols cenlsLorgiles^de d i x lui it ceu tsliora mt^s 
tanlNumides queHassylienSj Massélicns, Ma- 
cicas e( .Vauritauiens, peu[des qui habitent 
%'vrs rOcéan • etrinfiinterie consistait en onze 
nulle huit cent cîiitpiante Africains, trois 
centsEiguriens et cinq cents Baléares. Il lais- 
sait outre cela vingt-un élépbaiis. .le prie (|ue 
Von ue soit i>a s surpris de voir ici un détail 
plus e\act de ce *(ue fil Annibal en Espagne 
que dans les autinirs mêmes qui en out êcril 
eu particulier , et qu'on ne me tue t te ptis pour 
cela AU nombre de ceux qui s'étudient à far- 
der leurs mensonges pour les rendre crova- 
hlcî*. Je n'a» fail celte éuumération tpie parce 
que je l'ai crue ti-ès-autbcntique, rayant trou- 
vée à Licinîum tTcite sur une table d'airain 



CHAPITRE Vîl. 



93 



par firdn* d' Annibal , pendant qu'il était 
dans l'Italie, Je ne pouv^iîs suivre de meil- 
leurs mémoires. 

Annil)al a vaut ainsi pourvu à la siïreté de 
l'Afriipie et de l'Espagne, n^l (tendit |ïIus t|ue 
l'arrivée des courriers que les Gaulois lut en- 
volaient , car il les avait priés de l'informer 
de la fertilité du pavs qui est au pied des Alpes 
et le long du Pô, quel était le n<jmbre des habi- 
tansjsi c'élaîtdes gensbelliqueux ;s'il leur restait 
quelque indignation contre les Romains pour 
la guerre îîueceux-ci leur avaient faite aupara- 
\aal, el que nous avons rapportée dans le li- 
vre précédent , pour disposer le lecteur à en- 
tendre ce que nous avions à dire dans la 
suite» Il comptait lieaucoup sur les tiauloîs » 
et se promettait de leurs secours toutes sortes 
de succès. Pour cela , il dépé<dia avec soin a 
tous les petits rois des Gaules, tant ù ceux 
qui régnaient eu deçà qu^à ceux qui demeu- 
rai<*nl dans les Alpes mêmes ^ jugeant bien 
qu'il ne pou\at [wrter la guerre en Ildie 
qu'en surmontant toutes les difficultés qu'il 
1 a u ra i l à pa sse r d a n s 1 es pa y s d on t n ous v c - 
noïis de parler, et qu'en faisant entrer les 
Gaulois dans scm entreprise. Enfin les cour- 
riers arrivèrent, et lui apprirent quelles 
étaient les dispositions et ratlente des Gau- 
lois, la hauteur extraordinaire des Alpes, el les 
fatiguesqu'il devai l s'attendre à essuyer dansée 
[>assage, qui n'était cependant pas abstduineul 
impossible. Le printemps veuu» Annibalfit sor- 
tir ses troupes des quartiers d^hiver. Les nou- 
vel lesqu'iï reçut deCarthage sur ce qui s'y était 
fait en safaveur^ exaltèrent son courage ^ et 
sùrde la bonne volonté de ses concitoyens^ 
il commença pour lors à exhorter ouverte- 
ment les siddats h faire la guerre aux Romains. 
FI leur représenta de quelle manière les Ro- 
mains avaient demandé qu'un les leur livrât^ 
lui et tousles officiers de l'armée. Il leur parla 
avec a\autage de la fertilité du pays où ils 
allaient entrer, de la bonne \olonté des Gau- 
lois, et de l'alliance qu'ils devaient faire en- 
semble* Les troupes luiayant témoigné qu'elles 
, étaient prêtes à le suivre partout, il tnua leur 
courage, leur annonça le jour du départ, el 
congédia Fasseniblî'e. Tout cela s'êlant fiiit 




n 



IIISTOIRE GÉNÉRALE DE L 



pendant les quartiers J'tiircr.oUoutêlanl ré- 
glé pour la sûreté de l'Afrique et Je FEspagnc, 
au jour marque il se met en marche ii la télc 
de qualre-viugt-deux mille hommes de pied 
e\ emiron douze mille chevaux, Aiant passe 
rÈbre, ilsouroel a M>n pomoir leslherj,à^tes, 
les Bargusîens, les Érèiiésîens, les Andasîens, 
cVst-iVdîrc les peuples qui habîlcnl dejuiis 
l'Être jusqu^aux monts I*j renées. Après s'ê- 
tre rendu maître en peu de temps de tous ces 
peuples, et a\oir pris quelques villes «PassauL 
non sans livrer de sangiaus ccimbals et perdre 
beaucoup des sirns, il laissa ITannon eu deçà 
de PKbre pour t Ciimmanilcr, eî pi>ur retenir 
aussi dans le de\o!r les Bargusîcns. d<>nt il 
se défiait , prîncîpalemeul à cause deramilîo 
qu'ik avaîeril pourh^s Rnniaîns. 

H détacha de son armée dix mille hommes 
de pied et mille chev«lux» quM laissa à Han- 
non , ii\oi' les Ixiga^es de ceiiv qui devaient 
marcher avec lui. Il ren%nva un pareil nom- 
bre de soldats chacun dans sa patrie, premiè- 
rement pour s'v ménaî:^erramilîé di^ peuples, 
cl en second lieu pour faire espérer et aux 
sohiafs qu'il gardait, et à ceux qui refilaient 
dans l'Espa^îue, qu'il leur serait aisé d'obte- 
nir leur congé; motif puissant pour les porter 
k prendre les armes dans la suite, s'il arrivait 
qu'il eût bes^mi de leur secours. Son nrmce se 
Irouvaul alors déchargée de ses bagages, et 
composée de cinquante mille honunes de pied 
et de neuf mille chevaux » il lui fait pn*ndre 
sa mart he par tes monts Pyrénées pour aller 
passer le Rhône. (]etle arniée n'était pas à la 
vérité extrémrmeni nombreuse, mais c'étaient 
de bons soldats, des troupes merveilleuse- 
meut exercées par les guerres conlînuelles 
qu'elles avaient faites rn lîspgne. 

Maïs de peur que par rîgnoraucedes lieux 
on ail de la peine h suivre le récit que je \aïs 
faire , il est h proprts tpre j'indique de quel 
endroit partit Aïinibal , par oiï il passa , cl en 
quelleparlîedrrilatie il arri\a. INiurcela il ne 
faut pas sr conlcnler de nommer par leurs noms 
les lieux. 1rs fleures et fes villes, comme font 
quelques historiens, qui s'imagineiit que cela 
suffit pï»ur donner une connaissance disiiDCtc 
des lieux Quand il s'ajrit de lieux connue . jt' 



JIA 1 '«t» r* 




\ RÉPCRLIQIE ROMAINT. ia. v w j 

conviens que pour en renouveler le sou\enir, 
e'esluu grand secours que d'où voir les noms ; 
mais quand il est question dv ceux qu'un ne 
connaît point du tout, il ne sert pas plus de 
les nommer, que si Ton faisait entendre le 
son d'un instrument , ou tiïul autre chose qui 
ne sîgnifierail rieu; car l'esprit n'ayant pas 
sur quuî s'appujei , el ne pouvant rap|>orler 
ce qu'il enlt-nd à rien de connu, il ne lui reste 
qu'une notion vague et confuse, il faudrait 
donc trouver une méthode par laquelle on 
conduisit le lecteur à la connaissance des 
choses inconnues j eu les rapportant à des 
idées solides et qui lui seraient familières. 

La première . la plus étendue el la plus uni- 
verselle notion qu'où puisse donner, c'est 
celle par Ia4]uelh' on conçoit, pour peu d'in- 
telligence que Ton ail, la division de cet uni- 
vers en quatre parlies^ et l'ordre que ces parties 
gardentenlre elles, savoir : l'orient . le cou- 
chant, te midi el le septentrion. Tue autre 
notion, c'est celle par laquelle, plaçant par 
l'esprîl les djfférejis endroits de la terre sous 
quelqu'une de ces quatre j^arlies, nous rap- 
portons les lieux qui nous sont inconnus ^ à des 
idées connues el familières. Après avoir fait 
cela pour le monde en général, il n'v a plus 
qu'à partager de la même manière la terre que 
nous connaissons. Celle-ci est partagée en 
trois parties. Lii première est l'Asie, la seconde 
TAfrique, la Iroisiéme TEurope. Ces trois 
parties se terminent au Tanaîs. au Nil et an 
détroil des Colonnes d'Hercule. UAsie con- 
Uent tout le pajs qui est imite le \iï et le Tii- 
naïs, el sa situation par rapport a l'univers 
est entre le levant dV'tc et le midi. L'Afrique 
est enlre le Nîl el les Colonnes d'Hercule^ 
dans cette partie de l'univers qui est au midi 
et au ciiuchanl d^biver jusi{u'au couchant 
équîm»xîal , quî loml>e aux Colonnes d'Her- 
cule. Ces deux parties considérées en général 
occupenl le côté méridional de la mer Mèdi 
terranée. depuis l'orient jusqu'au couthanl. 

L'Europe, quî leur esl opposée, s'étend 
vers le septenlrion, et occupe tout c^l espace 
depuis l'orient jus*ja^au couchant. Sa partie Im 
plus considérable esl au septentrion enlre U 
Tanaïs et ^'arl>onni% lai]ueile au couctuuit 




A V. 



LIVRE m— CHAPITRE VIII. 



«5 






i^cst pas fort ùloigiU'C dv Marsei!Ii\, iii cli*$ 
anlmiichuxes par le&quelk's le Klione.sodé 
rharjre dans la iiut de Sartliiigni'.Cosl ii par- 
ûrdeNarboiiue vi aiilomtlii HliOiîojiiscjiraiïv 
nonlâ Pj rénées qu^habiU'iit lesfiauluis^deimîs 
Il Médîlerranêe jUM|irà l'Orriui. Lt- rosk^ du 
l'Eoropi' depuis ees moiita^'iies jusqu'au rou- 
àmni et aii\ ctjlaiiries d'H«^rrule , <»îit home en 
pirtîe par noire mer et en parti** par la mer 
dLlvTU'UTe, La partie qui î^i le lon^ de la Me- 
diicrranée jifêqu'aax Colonnes d'Henule» 
^BppeUe lbt'*n(\ Le côlèciuie^t sur la mer e\- 
iVure ou la grau île nier, n^i point enrure 
nom connu, parée que te irest que de- 
îs peu quNjii l'a deeouverL H est *K:eu[ié 
par de» nations tiarhares, qui s^uU eu grand 
nombre y et dont nous parlerons eu p^irtirulier 
dans la «uili*. Or, eoniine [lersonne jusfpfa nos 
jour:» a^a pu di«ttiuguer elaireuienl ai TK^bio- 
pic ^ où VXsie et T Afrique se joî*(uea!, est un 
i^intment qui s'étend vers le midi ou est 
euyironnèe de la mer, nous ne etuinaissons 
rîen non plus derespaeequiesl entre leTanals 
ti V;trl>onne jusqu'au seplenïrîou. Peul-i^lre 
qocdans la suite vu inulli|iliaTit nos investiga- 
tînos nous PM apprend ronsipielquci-hose. Mai.-* 
00 peut hardiment assurer que tous eeu\ qui 
en ]»arlent ou qui eu é( rivenlaujoiud1)ui. par- 
lenlel écTivent sians j^iivoir^ et ne nous d^f'lii- 
lenl que d<*s fables. Voilà ee que ]'rt\a's à dire 
pour rendre ma uarraliun plus elaîre à eeu\ 
foi n*ont aucune eonuaissanee des lieu\ : ils 
peavc^nl maînlenaDt rapporter ee qu'on leur 
«lira auTt dlfférenle^ parles de la terre, en se 
réglant Jtir eeiles de Tunivers en gênerai, ôir 
ccmuDerfi regardant ou a rouluiue de U>urner 
le rhâge vers Tendroil qui nous est désigné; 
de mémo vu ILviul il faut nous transporter eu 
rfprjt dans tous les lit'u\ dont (ni nous parle. 
Mai* il est temps de reprendre la suile de m>lre 
biiloîrp. 

CHAPITRE Vlir, 

Ohi^ni «|tt*AMiakèl eut A Ftirepour p^^i^fr de Cariliaff<« lâ-neuv« 

llflipç Tr«oble« que *eur iujjiriient les Tkiïfnv. — ^nnibal 
mrnm ta Eb6n« , el le passe. 

Lns Carlbaginoîs, dans !e l«Mnps quMnnibal 
partit^ étaieiil «lailres de toutes les provin- 



ces 4' Afrique qui sont sur la Méditerranée, 
depuis les autels des Philéniens^ qui sont le 

long de la grande Svrie* jusqu'aux colonnes 
d'Herrulea'e qui lait uner<Me de p* us de seize 
mille stades de longueur. Puis avant passé le 
détroit où soûl les (f!oli>unes d'Hercule, ils m 
soumirenL toute* fKspagne jusqu'aux rocher^ 
où du côté de ntitre mer aboutissent les monts 
P\ rénées , qni divisent les Ibères d'ave(* 
les Giiuïoîs, Or de res rorhers auv Colonnes 
d'IIerrule il y a cu\ irou huit mille stades ; car 
ou en eomple trois mille depuis les Colitmies 
jusqu'à Caribagéne on la nouvelb^ Cartbap .. 
e<>nime d*anlres l'appellent* Depuis cette \ ill^ 
justpi'à l'Elire il y t^na deux mille deux Cents; 
d(*|iu!slajusipi^a Krnpnrium seize cents, ef tout 
autant d'Eiupurîunj au passage du llbAue; car 
lesRomains tmi dî^liogué cette rnute avecsoîu 
par di\s es[jares de huit stades. Depuis le passage 
ifu Rbùue eu allant vers ses sourres jusqu'au 
eommencemeut des Alpes, d'où l'on \a en Ita- 
lie, on compte quatorze eenls stades* î*es liau- 
leurs des Alpes, après lesquelles nn se trouve 
dans les plaiuns dMtalie, qui sont le long dit 
Pô , s'étendent enc(tn* a douze cents stades. (I 
fallait dimc rurAunibal tra\ersAl environ neuf 
mille stades pcmr ^euîrde la nouvelle Car- 
thage eu Italie. Il avait déjà fait pre^squc la 
moitié de ce cheniîu ; mais ee eju'il lui eu res- 
tait à faire était le plus tUfiiclle. 

Il se préparaît à faire passer à son arraé^ 
les flélroîts des monts Pyrénées, où il crai- 
gnait fort que tes Caulois ne l'arrêtassent ; 
lorstiue les Uomaîns apprirent par les ambassa- 
deurs envoyés à tlarthage , ce qui s\v était (lit 
et résolu, elquMunibal avait pasM'il'Êbrt^avec 
une armée. Aussitôt on prît la résolutiou 
d'(*n^ o>er eu Espagne une armée schis le eom- 
mandemenl de Publius Cornélius, el ime au- 
tre vn Afrique sous la conduite de Tihérîus 
Seinprnnius. Penrîant que res deux consuls ba- 
vaient des trnupeset nuisaient les autres prépa- 
ratifs, on se iiressa de finir re qui regardait les 
cfdonies, qu'on avait auparavant déeîdé d'en- 
Tover dans la Gaule Cisalpine. Ou enferma 
les villes de murailles, el on donna ordre à 
ceux qui devaient y habiter, de s'y rendre 
dans l'espace de trente jours. Ces colonieAj 



I 
i 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE L.\ RKPUBUQIE ROMAINE. ia. i wi 

conviens que pour en rennmeler le souvenir, 
cVsi uii grand secours cjue iVtin voir 1rs noms ; 
inai^ quand il est question Je ceux qu'oa oe 
connaît point du tout , il ne sert pas plus de 
les nommer, que si Ton fiiisait enleotlre fe 
son d^un instrument^ ou trait autre chose qui 
ne signifierait rien; car l'esprit n'a>ant pas 
sur quoi s^ippuver , et ne pouvant rapjwjrter 
ce qu'il euteiul a rien de connu , il ne lui rest*» 
qu\ine notion vague et confuse. Il faudrait 
donc trouver une mèlluMle par laquelle on 
conduisit le lecteur ii la connaissance des 
choses inconnues^ eu les rapportant k dc^ 
idées solides et qui lui seraient Himilières. 

La première . la plus étendue et la plus uni- 
verselle notion qu'on puisse donner, c\»st 
celle par laquelli' on conroit , pour peu dln- 
lelligence que Ton ait , la division de cet uni- 
vers en quatrep;irties, et Tordre que ces partie;» 
gardent entre elles, savoir : IVrienl, le cou- 
chant , le midi et le st*ptenlrion* Lue autre 
notion, cVst celle par laquelle, plaçant par 
Tesprît les différens €^ndn>it> de la terre sous 
quelqu'une de ces quatre parties, nous rap- 
portons leslîeux qiu nous sont incounus , à des 
idées connues et fauulières. Apri*s avoir Hiil 
cela pinir le monde en général, il n'y a plus 
qu*à partager de la niL^me manière la terre que 
nous connaissons. Celle-ci est partagée en 



pendant les quartiers dlûver , oi lont étant ré- 
glôpour la sùrele de l'Afrique et de PEspagiiCj 
au Jour marque il se met en marche à la tôle 
de quatre-vingt-deux mille hommes de pîed 
et envinm drmze mille chevaux. Avant passé 
rÈbre » il soumet à son pouvoir tes I berge les . 
les Bargusîens, les Érenesîeus, les Andosîens. 
€*est-a-dîrc les peuples qnî habitent depuis 
rÊhre jusqu'aux monts P\ renées. Après s'ê- 
tre rendu maître en peu de temps dv Ums ces 
peuples, et avoir pris quelques villes d'assaut . 
non sans livrer de sanglaus combats et perdre 
beaucoup des siens , il laissai lîanuou en deçà 
de rÈbre )tour y < 
aussi dans le de\ 



nr retenir 
dont îl 
se défiait . princîpah*meut a cause de TamUié 
qu'ils avaient pour les Itoniains. 

I! détacha de son armée dix milV hommes 
de pîed et raille chevaux , qu'il liissa î\ Ilan- 
non, avec les bagaires de ceu% qui devaient 
marcher avec lui. Il renvova un pareil nom- 
bre de soldats chacun dans sa patrie^ premiè- 
rement pour s'v mena irer l'ami lié d<s peuples, 
et en ;^erllnd b-cu pour faire espérer et aux 
^Itlats qu'il gardait, et à ceux qui restaient 
dans PEspagne, qu'il leur serait aisé d^oble- 
DÎr leurcnnjiv; motif puissant pour li»s porter 
à prendre les armes dans la suite, s'il arrivait 
qu'il eût liesoin de leur secours. S*:n nrmée se 
trouvant alors dèehargée de ses ba^a|C^es»et 
coirtposée de cinquante nulle hommes de pîed 
et de neuf mille chevaux , il lui fait prendre 
sa marche par les monts Pyrénées pour aller 
passer le RhAne. Celte armée n'était pas à la 
vérité extrêmement nombreuse, mais c'élaîent 
de boos s*>ldals, des troupes merveilleuse- 
ment exercées par les guerres continuelles 
qu'elles avaient faites en Espagne. 

Bfars de peur que par rîgnorancedes lieux 
on ail de la peine h suivre le r<»cît que je vais 
faire , il est h propos que j'îmlîque de quel 
endnriit partît Annibnl , par t»ù il pas<a, et en 
quelle parliederitalie il arri>a.l*ourceta il ne 
faut pas se ci m ten 1er de nommer pa r leurs ocmis 
lesliiHix, tes fleures et les villes» comme font 
quelqui*s historiens, qui s'imaginent que cela 
sufli! pour donner une connai^^mce disântte 
àe$ lieux. Quand il s'agit de Heux connus ♦ je 



trois parties. La première est l'Asie, la seconde 
l'Afrique , la troisiétoc l'Europe. Ces troîs 
parties se terminent au Tanaîs, au Xil el au 
détrnit des Cohmnes d'Hercule. L'Asii' con- 
tient tout le pajs qui est eutre le Xil et le IVi 
naTs, et sa situation par rapport à l'iii * 
est entre le levaiil d'été et le midi. L'A 
est entre le Xtl et les Colonnes d'Hercule. < 
dans celte partie de l'univers qui est au 
et au couchant d'hiier jusqu'au cimi 
cquïnoxiaL qui tomb*^ aux CtdoitU€$ d^Uer- 
cule. Ces deux partir " * * 
occu[K*nl lecOtéméii 
lerranée. depui.^ l'orienljusq^ 

L'Europe, qui Icf- * 
vers le sepl*nilrîon . i 
depuis l'orient j«sju*i 
plus cofistdéralde 
TaniiJK 1*1 Xai 



ii HISTOIRE GÉNÉRALE BE 

étaient chanmc de six mille persc^nnos ; une 
fui plaoèe ou deeà du Fô, el fui appelliV* I*laî- 
sance , et Tau Ire att-dela du online (îeu\e, 
e( on lui donna te nom de Créiurme. 

A peine ces rolunies fureul -elles étaldîis, 
que ks Gaulois appelles Bniens , (juî tlèjn 
aulrefois avaient cherche à rompre a\ee les 
Koniaiiis, sans avoir pu rien exécuter faute 
d\)€casion, apprenant que les (]arlha^'^înoi> ap- 
pro4rliateiit, else promettant beaiieoyp de leur 
set ours, se dêtaehM*nl des Romains, t*l leur 
abandon lièrent Irs ùtages ipnlî» a v aïeul don- 
lies après la dernière guerre, lis entrauirretit 
dans leur révolte lea Insubriens* qu^uu ancien 
ressentiment i-onire les Romains disposait 
déjà à uneM'diîion, el l*ms ensemble ra\agè' 
renl le pavs que tes Romains avaient par(a;îè. 
I.es fuiards furent poursuivis jusqu'à Mu- 
liue, autre i olonie des Humains. .Mutine elle- 
Uithne fut asîiiègèe. Ils y investirent trois Ro* 
niams dîstîn|rnés qui avaient èlè envo'^ès pour 
faire le partage des terres, siiviMr. C. Lue ta tins, 
|>ersoimage consulairej et deuv prêteurs, 
Ceu\-ii demandèrent à être écoutés , cl le^ 
Bitïens leur dunnèrent audience , mais au sor- 
tir de la conférence» ils eurent la iK^rfidie de 
s'en saisir, dans la pensée que |iar leur mrneii 
i!s|Miurraient recouvrer leurs otages. Sur cette 
nt^uvellcLucinsManlius. qui conimanilail une 
arinîHi? dans le [hivs, se liAta d'aller an sih ours. 
Les Boïens le sentant pnK'be . tlressêrent des 
endmscades dans une foret, et dé>que les Ro 
mains > fureul entrés, ils fuml iront surenv do 
tous les côtés, et tuèrent une grande [partie 
de Parmèe romaine. Le reste ]>rit la fuite dés 
le commencement du i-ombaL On se rallia à 
la vérité tpiaud on eut gagné les bautcnirs, 
mais de telle s<»r(e, qu'à peine cela |R»u%aitHl 
j^tsser iW3ur une honnête retraite. Ces fuiards 
furenl pcmi^uivis par les Roïens, qui les inves- 
tireiil dans un lw»urg appelle Tanés. La nou- 
velle \intà Utïnie que la quatriètne armée 
était enfermée el assiégée par les BottMis : sur 
le chanq) on envoya à Mm s*»cimrs les tnmpes 
uVn avait levées j^our Publius» el on en 
le commandement à un préleur» On 
I ensuit!^ a Publius Av faire pour lut 
it..elUHi |e\iTsclie2 lesallii^. Telle clail 




LA EÈPlRLIOrE R05IAINE. * r m i 

la situation des affaires dans les Gaules à l'ar- 
rîyée d'Annilnd, i omme nous Payions déjà dit 
dans nos premiers livres. 

Au commencement du printemps les con- 
suls romains, ayant fait tous les préparatifs 
nf^cessaires à IV^êrutîun de leurs desseins , 
se mirent en mer, Publins avec soixante vais- 
seaux pour aller en Espagne, el Til>erius 
Se m p roui us avec cent soivanle v aisseau v 
ItHijis à cinq rangs. |K>ur se rendre c^n Afri- 
que. Celui-ci s\v prit d'abord avec lanl diui- 
pétut*sité. fit des prépratils si formidables à 
LilviMr , assentbia de Ions eùlés des trou]M^ 
si nombreuses , qu*on eiït dit quVn débar- 
quant il voulait mettre le siège dovsnl t^ar- 
t liage même» Publius longeanl la côte île Li- 
gurie, arriva le cintiuièine jour dans le voisi- 
nage de Marseille, et a\anl alMirdè à la pu*- 
miére embouchure du Rhône. qu\m appelle 
IVmbmchure de Marseille, il mit seslrcmpes 
à terre. Il apprit ik qu\Vnnibal avait passé les 
Pv renées, niais il rrcivait ce général encore 
bien cloif^né ^ tant à cause des difîi^nllés que 
les lieux lui dc\ aient opposer, que du grand 
nond)re des Gaulois an travers desquels il fd 
lait quM marchât. Cependant Annibal, après 
avoir obtenu desGuilois, en partieparargent, 
en partie {Kir force» tout ce qu^'t voulait, arrî^ a 
au Rhône avec son armée, ayant à sa droite 
la mer de Sardaigne, Sur la nouvelle que les 
ennemis étaient arrivés, Publius. soit que la 
célérité de cette niandie lui pan\t inrniyable , 
soit qu'if voulut s'instruire exactement de la 
vérité de la chose, envova a la découver (*• 
trois cents cavaliers des plus braves» et y joi- 
gnit , |KKur les guider et sciutenîr, les Gaulois 
qui servaient pour lors à la s*dde des ^lai^cil- 
lais. Pendant ce temps-là, il lit rafrahhir son 
année, el délibérait avec les tribuns qui'ls 
p4>sles on devait occuper, el où il fallait don- 
ner Kl taille aux ennemis. 

.iimibal. anivé à environ qnalre journées 
de reinbouehurc du Rhône, entrt^prîl de 
le passer, parce que ce fleuve n^avail la que 
la simple Inrgeur de miu lit. Pour cela il eom- 
luenca par se concilier raniilié de Ioils ceux 
qui habitaienl sur les lH»rds , et acheta dVux 
tous leurs canota et chaloupes , dont ils ont 



uun.am4 UÀTIE JII.— 

nombre» à cause de leur lOiUDierce 
mer. Il a^hela oiUre cela tout le bois (fui 
éiail propre à conslruin? encore de parcik hà- 
iMÊtOB, et doot il (il en deux jours unequau- 
tilè exiraonlinaire de bateaux > efaactm ^Vf- 
foKçaiil de se mettre en clat de^n^avûir pas 
hesobi de secoars éiranger pour paver le 
leove. Tfloi était déjà préparé, lorsqu'on 
iraiid MHibe de Barbares §^afticmbla sur 
raulxebocA fflar s'oppD§er au pttWfe ém 
CMlhijiMii âiiuftnil alofn fûsaat réAetiûii 
ga 10 oMk fÊB potable d^agir par force cou* 
tre ^ m g^mim volUtode i'eimemiê, et 
1 me pouvait refter là, 0iii 
if«bppé 4e Ions le» eè- 
ite. dètacte à rcstfée de h IfnMJfiT mbI 

et M 

Ce 

le teste JHffeà 

M il tiOTva voe p€^ 

tite Hrfvfvtaecsâl la nviète 

aVlnp»;aBj 






el priur cela uu hommo» iur lu éÊÊlÊÊê éêÊ 
ba(edu\^ eu tenait |iar la bridr? troiiou quatre 
de (!haque cùiè. I*iir re fuojeii, déM li* pr^'Uiier 
pji4M^e,oii en jeUiUJi nti^^x ^rand ntifiibre mt 
Faoire l^ord. A cet aipe^ t , \v% BarbariMi i 
teitt en foule et «an» ordre di* kiifi rel 
menj^petiiiadteqo'i} feurterail afié d^arrMar j 
le» Cartfaagindif an déhm|iiaiiieiil. 
Ajioibal Toit ntr VmÊim bord wia hmàn éà 
kfcr ; e'élaft la ligBal tfm àmémi 

pfcnubvi^ lrifw|ti^jti 
IlofidrMieatMîl/)! 
f œ l^uo se n«tle ntr la rhii^.dnMaiiliydfia 
à cen foi élaiaitalir \m ^m$fmiê bal^^wa 
«le le raidlv iaoi 4ff9iê potirriiaol eooife la 
rapUM éa fcvre. On rit akin le 
le ploi ^Êb9jmÊ.^ lap 
blmMr.farka] 
taii ifmtnmw^gtmtM airtuilBanjn at «e ( 

ka 
«re ç»i» la TiakMei» lila. Ua 
Mr klmrf 




^8 



HISTOIRE (iKNKRALE DE l 



fraction t se justifier de ria(idélilé dont ib 
claieiîlaiTii>ès; f|ti-aiitreûietit il falliiil qu'ib 
lomhasseal d^icrord de lu pari iju'ds îu aient 
dans rinfraetîoii , ^ns se défendre eumnie ils 
Aiisaient, par des leriues vagues el génèrauv 
^i ne iléeiikieiil rieu. Héla ri à propos, le 
inc semble, que je ou [wssasse piislrup léjrere- 
ment surrel eiidroil. Ou peul se trouver dans 
des délibêraliouh uù il serait impirrlaul de sa- 
voir au juste ce qui se passa dans relle<»ccasioni 
f*t d^aJIIeurs les historiens ont parlé de cette 
^flaire avee tant J^ignoranre et de partialité, 
fpie , sans ee que je viens de dire , je ne sais mi 
Ton pourrait prendre une eounaissance exaetr 
des traités qui se sont faits justpfà présent 
^ntre les Romalîts et les Carthaginois ; ear il y 
en a plusieurs. 

Le premier est du temps de L. Juiiius Rru- 
l»set deMarcns Horalius, les tieuv premiers 
consuls i|ui furent créea après rexpiilsion des 
rois, et par Tordre desquels fut eou^iuré le 
temple de Jupiter Capitolin. ^ingt-huit ans 
avant l'invasiou de Xerxés dans la (iréi e. Le 
Toîci tel qu'il m'a été pt^ssilde de Tevpliquer, 
car lalan^e latine de lestenips-lâ est si dif- 
férente de celle d'aujourd'hui . que les plu» 
liabiles out hieu de la |»eine à entendre cer- 
taines choses. 

*( Entre les Romains el leurs alliés, et entre 
* 1i*s Carthaginois et leurs alliés, i! y aura al- 
>» liante a ces conditions : que ni les Romains 
5» ni leurs alliés ne naiiguerout au-delà du 
>> beau promontoire, s'ils d'v sont pousses 
> par la tempête , ou cootrainis pr leurs en- 
1* nemis : qu'en cas qu'ils y aient été poussifs 
>» par force , il ne leur sera permis d'v rien 
>» acbrier ni il'^ rien prendre . sinou le qui 
V sera préeis<*inent nécessaire pour le radou- 
^ bemeut de Ieui*s \ aisseaux, ou te culte des 
)» Dieux } et qu'ils en partiront au b«iut de 
» cinq jours : que les marcliandsqui viendront 
ï» k Carlha^e ne |)ater(»nt aucun droit , à Ve\' 
7» ception decequiscpaieauerieur etaus* ribeî 
» que tout ce qui sraa vendu en présence de ces 
"» detil témoins, la foi politique en sera ga- 
^ rant ou vendeur; que lout et* qui se vendra 
Vfrique ou dans la Sardaigne,.... </ue 
k|ues Romaitiâ abordent en Sicile , un 




\ RÉPrBLfOl^K ROMAINE. t i ^^j 

>i leur fera b<mne justice en tout ; que les 
ï> Carlhaginois s'ahstîemlront de faire aueun 
» ravii^n^ clie/ les An liâtes , les Ardéah^s, les 
t> Laurentins , li*s fjrrécns, les Terraciniens, 
•» et chez quelque pruple îles Latins i|ue ce soit 
y> qui obéisse au peuple Romain; qu'ils uc fe- 
*i ront aucun tort au\ \illes méine qui ne sv- 
ï> fonl pas S4nis la de imi nation romnioe ; que 
ïi s^ils en prenueut quek|u'une , ils la rentlnmt 
v» au\ Romains en son entier ; quViis ne lia- 
M tiront aucune for lerrssr dans le p^sde^La- 
b tins ; que s'ils v entrent à maîn armée . ils 
n n\v passeront ps la nuit »> . 

Ce beau prcunontoire c'est celui deCartha^e, 
qui regarde le Septenlrion, e( au-delà du- 
quel les Carthaginois ne ^eulenl ps que les 
Romains passent sur de lon^'s vaisseaux vers 
le midi, de peur que ceux-ci, comme je croîs, 
ne eomiaissenl les canipa^iu'S qui sont aux en- 
virons de Bvsance et de la petite S v rie, et qu"^ils 
appellentEmporîumle u»arrlié, à cause deleur 
ferlililé Ils consentent ré umioinsqneceux que 
la te m [1 été ou les ennemis \ auronf poussés, v 
prennent ce qui leur sera ni'cessaire pour ra- 
douber leurs vaisseaux ou pour les sacrilices, 
pourvu que ce soit sans violence, et qu^ils eu 
prtenl aprt*s i inq jours. Pour ce qui regarde 
Cartha^re . tout le pa^ s qui est en deçà du beau 
promontoire d"" Afrique , la Sardaigne et la Si- 
cile , dont les Cartliaginois sont les maîtres, 
il est permis aux marchands romains d'aller 
dans tous ces pa>s, et on leur promet, sous la 
foi publique^ que partout on leur fera bounc 
justice. Au reste daui ce Iraîtê f*n parle autre- 
ment de la Sardaigne el de l'Afrique que de la 
Sicile , car on prie des deux premières cf>mme 
en étant les maîlrtMS ; mais à l'égard de la Si- 
cile on dislingue I les conventions nt^ loni- 
kurt que sur ces prîtes de la Sicile qui obt*is^ 
sent aux Carthaginois. l>e la part des Ro- 
mains , le^ cooventitmstpii regardent le pa^s 
latin sont conçues de la même manière. Ils ne 
font point mention du reste de Tltalie, parce 
qu'il ne leur était ps soumis. 

11 j eut encore depuis un autre Irai té, 
dans lequel les Carthaginois comprirent les 
ï} riens et les Iticécns, el où Ton ajoute au- 
beau promonlwirc, Masiic el Tarséion, au- 




$à. V 



» u t; 



IJVHE IlL — 



delà ileiquclij on Jéfiiid au\ Iloinains tic pil- 
ler cl de ha tir uno ville. Miiîs .rapparloii^s 
les ieriîies lUi IniitiV, 

ff Entre les Romains et leurs ïiltit^s , et eu- 
>i Irc les Carlha^iiioîs, les T y riens , les Viï- 
>t céens et les alliés de li>us tes peuples , il \ 
» aura alliance * eeseonditions : que les R<h 
•' mains ne pilleront, ni ne Iraiiquerout j ni 

ne bâtiront de \ille an-delà du tR^au pro- 
» iiioiiloire,dcSrastîc et de Tarséion : que si 
» les Carthaginois prennent dans Iepa\s latiu 
>i f/ueir/iie villequi ne soit pasde lii dominatîtm 
7* roinaioe, ils garderont ponr eux l'argent 
M cl les prisonniers^ et remet ln*nt la ville aux 
» Bomains j que si desCarthiiginois prennent 
w quelque homme faisant partie des peuples qui 
»i sont en paix a ver 1rs Romains par un haï té 
n écrit , sans pourtant leun^tre soumis^ ils ne 
'* le feront pas entrer dans les ports des Ro- 
1» nialns ; que s*jl v entre et qu'il soit pris par 
yj unHomaîu^ on lui donnera liberté de se 
y> reitreri *p**^ cette condition sna aussi ub- 
w serrée du c<Mé des Romains ; iine si reux-eî 
■ prennent dans un pavs qni appartient aux 
t» Carthaginois de l'eau ou des fourrages , ils 
» De s'en serviront pas pour faire tort a aueun 
» de ceu\ qui ont pai\ et alliance avec les 
» Carthaginois... Que si cela ne s'observe 
u pas y il ne sera pas permis de se faire justit e 
1» às*ii-m^rae; que si quel(|u^un le fait, cela 
» sers regardé comme un crime public; que 
» les Romains netraliqueront pas ni ne bâtiront 
» pas de ville dans la Sardaigne ni dans I'\ 

frique; qu^il ne leur sera permis d\ aller 
i que pour prendre des vî\res ou pour ra- 

doiiber leurs vaisseaux j que s'ils v sontpcu- 
" lés par la tempête, ils ne pourront y rester 
u que linq jours; que dans la partie de la Sicile 
u qui obéit aux Carthaginois et à Carlhage;j 
' un Romain aura pour stm commerce el ses 
h ' 1 même liberté qu'un citoyen ;qu^un 

V < ..mois aura le même droit a Rome. >* 

Ou voit encore dans ce traité que les Car- 
thaginois parlent de IVVfriqueet de la Sardai- 
gne comme de deux pays «pii leur sont sou- 
mis j etqu'ilsôtent aux Romains tout prèle\tc 
i\ inellrelepied j qu'au contraire en parlant la 
partie de la Sicile^ ils dêsigueni la par tic qui leur 



CHAPITRE V- 89 

obéît* Les Roumains font la même chose à 
Pégard du pays latin . en défendant aux Car- 
thaginois de loncber aux Antiates, aux Ar- 
déates, aux (jrcéens et Terracînîcns, qui 
sont les peuples du pajs lalin qui occupent 
les villes maritimes. 

Au temps delà descente de Pyrrhus , avaut 
que les Carthaginois pensassent a la guerre 
de Sieîb», les Romains firent avec eux un 
troisième traité , où Ton ^oit les mômes con- 
venlions que dans les précédens ; mais on 
ajoute : h Que si les uns ou les autres font 
'» alliance par écrit avec Pyrrhus i ils met- 
ij trout cette condition : qu^il leur sera permis 
i> de porter du secours à ceux qui seront alla- 
î quê^i; que quel que soit celui des deux qui ait 
ï> besoin de serours , ce seront les CartbaginrMS 
» qui fourniront les vaisseaux, soit pour le 
>ï voyage, soit pour le cond>at ; mais que les 
M uns et les autres paieront à leurs frais la 
» solde à leurs troupes ; que les Carthaginois 
y> secoureront les Romains même sur mer, 
>3 s'il en est hesoin ; el c|u^)n ne iV>rcera point 
ï) réquii>age à sortir d'un vaissi*au malgré 
M lui. V 

tuCS traités élaient confirmés par des ser- 
mens. Au premier les Carthaginois jurèrent 
par les Dieux de leurs pères, et les Romains 
une pierre en main, suivant un ancien usage, 
par Marset|Euyalius, Le jurement par une 
pierre se faisait ainsi : celui qui conlirmaitun 
traite par un serment ^ après avoir juré sur la 
foi publique, prenait une pierre dans la main 
et prononçait ces paroles : a Si je jure vraî^ 
n qu'il m'arriM* du bien ; si je pense autre* 
>f ment que je ne jure, que tous les autres 
î> jouissent (ranquitlement de leur patrie, de 
n leurs lois, de leurs biens , de leurs pénales , 
» de leurs tombeaux» et que moi seul je 
)) sois brisé connue l'est maintenant celte 
»* pierre j ^* **t eu même temps il jetait la 
pierre. 

Ces traités subsistent encore , et se conser- 
vent sur des tables d'airain au tenqïle de Ju- 
piter Capitulin dans les archives des Ediles. 
Il n'est cependant pas étonnant que Philin ne 
lésait pas connus ; de notre temps même il 
J avait de vieux Romain^ et dç Wcux Cartha- 



I 



90 



lUSTUlliE «iÈNI-lK VIE DE L 



giiioîî» , qui quoique liieii înslrullîidc!» afTaircs 
de leur république, u^cu avaient aucune cou- 
Qabsance. Mab qui ne sera surprisque Philiu 
ail osé écrire kiul le cunlraire de ce que \\m 
voit dans ces anciens luonumcns : qull r a^ait 
entre les Humains et les Carlliaginuîiîi un 
traite , par lequel luute lu Sicile était inter- 
dite à ceuvlà^ cl à ccuvcî toute Fltalle; 
et que les Romains avaient vîoîé le (raîlé et 
leur MTuieiU , lorsqu'ils avaieut fait leur pre- 
mière desicute eu Sicile. Il parle de ce traité 
comme h'il Pavait vu de ses prtqiros veux, 
quoique jamais pareil frai té n\\\i existé, et 
qu^ilue se trouie nalle *>art. Nous avions 
déjà dit quelque chose de ces traîtêsdans no- 
tre introduction; mais il Mlait ici un détail 
plus eiactj pour tirer dV^rreur ceu\ à qui 
Phiiin en avait imposé. 

A re;:arderrepeudant la descente que les 
Romains firent dans la Sicile du cùté de Pal- 
îiance qu'ils ai aient faite a\ec les Mamerliiis, 
el (lu secours qu^ib avaient pin té ii ce piiuple. 
malgré la perfidie avec laquelle il a> ait surpris 
Messi^ne et Rhéjîio, il ne serait pas aisé de la 
justifier de tout reproche. Mais on ne peut 
dire sans une ijOHirance grossière, (jue cette 
dt*scentefiVt contraire à un traité précédent. 

Après la guerre de Sicile on lit un qua- 
trième traité, dont voièî les conditions : 
H Que les Cartliagînoîs sortiront de la Sicile 
» et de toutes h*s îles qui sont entre la Sicile 
î) cl ritalîe; que de part ni d'autreou ûe fera 
>» aucuu tort aux aHîés; (pie Ton ne com- 
» mandera rien dans la domination les uns 
►' des autres ; qm* Ton n'v kMîra point pnlili- 
» qucmcnt ; qu'on uN lèvera point de soldats, 
>» qif t>o ne fera pL»iul d'alliance a^ec les alliés 
>» de Tautre parti ; que les Carthaginois paîe- 
i> ront pendant dix ans deux mille deux cents 
*» taleus . et cent d'alKird après le traité ; que 
>» les Carthaginois rendront sans rançon tous 
)ï les prisonniers qu'ils ont faits sur les Ko 
)) mains, h 

La guerre iP Afrique lermioée JesRoniaîns 
ajant porté un décret pour déclarer la guerre 
'^ Hiçîuois^ on ajouta ces deux condi 

•les Carthaginois aliandonneront 
el qu'ils paicroul douze 




\ RÉIHBIJUIE ROMAINE, k x ni 

w cents taleus au-delà de la somme marquée 
>) ci-ilessns. »> 

Eofm dans le dernier traité, qui fut celui 
que r«jn fit a\er Asdruhal dans FEspagne , on 
convînt de ce nouvel article : a Que les Car- 
H thaginois ne feraient pas la guerre au-delà 
i> Je PEhre. » Tels s«iul les traités conclus en- 
tre les Romains et les Carthaginois juscju'au 
temps dWnnihal, où Ton v oit que les Romains 
pouvaient passer en Sitîle sans \ ioler leurs 
sermcos , !Ma is il fa ut a i ouer qu^au temps où ils 
conclurent le traité relatif à la Sardargne, 
ils n'avaient ni cause nî prétexte plausible de 
susciter une seconde guerre aux Carthaginois, 
Il est de notoriété publique, que ce fut contre 
la Un des traités que Pou forra les Carthagi- 
nois, dans des circonstancié fiicheuses, a 
sortir de la Sardaîgnc et à paver le tribut 
énorme dcïiit nous avons parlé. En vain les 
Romains objectent que leurs marrhands fu- 
rent Uîal traités en Afrî<|ue pendant la guerre 
de:? siddaLs mercenaires. Cette faute était par- 
donnéi' depuis que les Binuains ayant reru 
des Carthaginois dans leurs ports, leur 
avaient remis par reconnaissance et sans ran- 
çon tous les prisonniers Carthaginois qu'ils 
avaient chez eux, 

CHAPITRE VI 

Lequel de» àtu% |>ru(»le» «^t têMt»- de li second* f uef re pttiiH|tfe. 
— IlAl>ons de part et d'autre. — ItiGtè de Hii^toire. — Ivan- 
Uftf d'une iiû(«ire f^nerato t ur ane hiBioire pariicolierc. 

Il nous reste à examiner à qui, des Ro- 
mains ou des Carthaginois^ Pnn doit attribuer 
la guerre d'AnnibaL Nous a^ons \u ce que 
disaient rcu\-ei p«mr se justitier : vinoiis 
maintenant, non pas (c que disaient les Ro- 
mains de ce temps-là , car ils étaient alors si 
indignés du sac de Sagon te, qu'ils ne pensaient 
ptmit aux raisimsqu^on leur prèle aujourd'hui; 
mais ce que ceux de nos jours ne cessent d*» 
réjwter. Ils disent donc premîéremt»ût: que 
les Carthaginois avaient grand fort de ne 
faire aucun cas des c<>n> entions faites avt'c 
As^Irubal ; qu'il n'en était pas de ce traîlédà 
comme de et lui de Lmiatius, où Pou avait 
ajouté: «ï Qu'il serait authciilique et îavîo- 
^i hh\e, si le peuple le ratifiait; » au lien 



i]Q^Asdrubal a% ail Ta il le sioïi avrc plcluo au- 
lorîlc ; que cv ivnliè porlaîl eti Utiirs cxpros: 
■ 0"*^* '^^ Cnrthaffiiiois ne passerai roi \rù$ à 
t malti armccau'drlâ de ncbro. ») II eslvraî, 
lOfume Rassurent les RoiiiahLs, que clans le 
Iriilè fatl au siijel de la Sîeile, it étail pnrle : 

* Que lc*s allîéîi des deux iialîtms seraient en 
» sûreté chez Time comme ch<*z Taiilre, » el 
i|ue par c« allîês on ne doit pas seidenieid 
culcofliv ceu\ tpii relaient alors, lomme le 
prvlcDdi^vi les Carihaginoîs ; car on aurai! 
9i]inilé : fï Que Von ne ferai I pjinl d'autre;* 

* alliés que ceux que Ton a^ail déjà ^ h ou 
bien : « que les alliés que Ton IVTai( après le 

* Irai lé o'v étaient pas eompris. >i Puis dtuïe 
que ron ne sV'St evjMimé ni de Tune ni de 
Paulre façoû , il est évident que les alliés d(*s 
deux étalç, Miîl présens, soil a venir, de\ aient 
rher Tuu et Pautre élre en surelé. Cela i»sl 
d^auVanl plas raii>onnaLle , cju^il n'y a pas 
d'apparena» qivrni dûleoiielure un Irai lé par 
lequfJons^ôlàl la liberté de faire de nouveaux 
affiesou de nouveaux amis, t^ïutes les fui^; qu'on 
If Iroureraît à sa Idenséanee, ou dv défendre 
ceux qu^ou aurait pris de nuu> eau sous sa pâo- 
terlîon. On ne prétendait iltinc rien autre 
chose de part et d'autre, siiHjn qn'à lV;;^ard 
des aUiés préseiu» il ne leur .serait fait aueun 
loti , et t\^\\ ne sérail permis en aucuue mn- 
nh d^ax états de se faire des a!li(>s Tufi 
et _ .e , el par rapport aux alliésà venir: 

• Qu'on ne lèverait point de scddats; que Pou 

• iio commanderait rien dans les ju'o^ince»» ni 

• chez les alliés les uns des autres, el que les 
n Mes des deux étals seraient chez Tua e t 

Tjulre en sùrclé. j» 

il esl encore de la ^crnlére évidence que 
fÇ-temps avant Anniha\ Sagonle sV'laît mise 
uteclion des Pf)niains* Une raison 
rde^ et dont les Carthaginois même 
romîpnneiit^ c'est qtï'nue sédition s'élanl éle- 
vée pacmi les Sagoniîns , ee lu* fui pas les 
ilaribâgàBoh ^ quoîijue ^oîsins el maîtres de 
rEs|iagiK% qu'ils prirent pour arbiires, mais 
le> '^ 'lis ; el que ee fut aussi par leur en- 
lr< ' I ils renur^'nt le Wni ordre datis leur 

ildique. Concluons de toutes ces niîsf^ns: 
si la deslruclîon de Sagontc esl la cause 



10 ^nttfmtf 



n 



de la j^nn^rre ^ oit doit reconnaUre que c'est 
injnslenient el contre la foi dt^ Irai lés faits, 
l'un avec Luctalîns, el Taulre avec Asdrubal, 
que les Carllia^nnois prîrenl les armes . puîs- 
qtn* U' premier poi taît que les alliés des deux 
nalîtms seraient en sûreté eliejî l'une comme 
chez faulre; el que îe second défendait de 
porter la *,^îierre au-delà de TÈbre. Mais s'il 
est ^raî (|ue les Carihnginois n'aient déclaré 
la ^UHjTe qm* parce que, chassés de la Sardaî- 
^^ne , ils a\ aient eu même temps éïé grevés 
d'un nouveau lrîl»\U, et ptvur saisir l'oceasîon 
fa\(M'ahle de se venger dt* ceux qui dans un 
temps où ils ne pouvaient résister, leur avalent 
fait eetle insulte, il faut absolument lomher 
d'aeeord que la guerre que les (larthaginoîs 
firtMit aux Romains, sous la eonduîle d\inui- 
bal , était liés-juste. 

I>(*s gens peu judicieux diront peut-élre, 
en lisant ceci, qu^il élait assez inuliledesW 
ttnulre si fort sur ces sortes tle choses. J'a\oue 
que si l'homme , dans quelque rîreonfttauce 
que ce soiL pouvait se sulTire à luî-ménie, la 
cotmaissanre des choses passées ne serait peut- 
être (pie curieuse et |M»int du tout né< essaire. 
5Iais il n'\ a point de mortel qui puisse dire 
cela ni de !uî-niénie, ni d'unt* république (li- 
tière. Quelque heureux et Iranrpnlle que soit 
le présent, la prudence ne permel pas qu'on 
se prijuietle avec assurance le même bonheur 
el la même tranquillité pour l'avenir. Il n'est 
donc pas seuhmenl beau » il est encore néces- 
sa!n.' de sa\oir les dioses qui se sont passées 
a\ant nous. Sans la coiuiaissance de ce rpie 
d'autres ont fait, comment pourra-t-on, dans 
les injustices qui uousstTont faites à nous-mê- 
mes ou a noire patrie, trouver des sectuirs ou 
des alliés ? Sî fou veut acquérir ou entrepren- 
dre queUpie chose de nouveau, conunent pa- 
f^uera-t'on des pi^is quieulrenl dans nos pro- 
jets , et qui nous aident h les exécuter? En cas 
que Ton soît content de réial uii l'on est^ 
coînnient porlera-t-on les autres à nous ras- 
surer et h nous y conserver? Ceux avec qui 
uous vivons s\iccômmodent presque toujours 
au présent. Us ne parlent et n'aj^issetil que 
comme des personnalises de théâtre; il* sorlequc 
leurs vues sonl diflieîles a découvrir^ el que' 



91 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE L 



]a vnrîlc eslscmveiit cachée sous d'épaisses 
^^K ténèbres. Il nVn est pai^ de même ili^ actions 
^H passées. Elles nous font claîremenl coiiiuiitre 
^^m quek ou( été las M'uliniens et les illsposidoiis 
^^1 de leurs auteurs. C^est par là que uous c onnais- 
^^B^ns de qui nous devons espérer des fa^eu^s , 
^^P des bienfaits t du serours , el de qui nous de^ 
f vous craindre tout le contraire. Eu lin, c^'slpar 
" leschose^ passi'^esque nous apprenons à prtnoir 

qui aura compitssîtui île ik»s mal heurs. (|ui preu 
dra part k notre inji^uation , qui sera le ven- 
geur des iujusticf^s que Ton nous a faites, El 
qu\ a t-il de plus utile, soit pour nous en 
particulier, soîlpourla république en génêrar,' 
Ceu\ donc qui listant ou qui écri\i*nt This- 
toire, ne doivent pas tant s'appliquer au ré- 
cit des actifms mêmes, qu'à ce ipti s%*st fait 
auparavant, eu mi'me temps et aprcs. Oteï de 
rhistoire les raisons pour lesquell«*s Ici é^éue- 
mcnl est arrivé, les ni<>}eus que Ton a em- 
ployés, le succ<>s d**nt il a été suivi, te reste 
ii^»st plus qu'un cvcreice dVsprit . dont [v lir- 
leur ne pourra rîen tirer ptuir stui instruction. 
Tout se réduira à un plaisir stérile que la lec- 
ture douuera d'abord , mais qui ne produira 
aucune utilité. 

Ceux qui s'iuia^inent qu'un ouvrage com- 
me le mien ^ ci imposé d'un grand nombre de 
gros livres, coûtera tnqi a acbeter el âlîre, 
ne sa^ eut ap[varenmient fias combien il est 
plus aisé d'acheter et de lire quarante livres . 
qui apprennent par ordre el avec clarté ce 
qui S'est fait en Italie, en Sicile el en Afrique 
depuis P^^rrhus , où finit Thistoire de Tîniéc , 
jusqu'à la prise de Cartha^e, et ce (|ui s\*st 
passi* dans les autres parties du monde depuis 
la fuite de Cléoménc , roi de S|Tarte , jusqu'au 
combat donné entre les Romains el les 
Achéensà la pointe du Péliponése. que de 
f lire cl d'acheter les ouvrages qui ont été faits 
sur chacun des événcmens en parlîculier ; car 
sans (unq>tcr que ces ouvrages sont en bien 
plus grand nombre que mes livres , ou u\t 
peut rien apprendre de certain: les faits nS 
sont pas rapportés avec les mêmes circonslim- 
ces i on n'v dit rien des choses qui se sont fai- 
tes dans le même temps; cependant, en les 
comjKiraiii enseuible , il e^l assez ordinaire de 



\ BÉFlBLlUl'E ROMAINE, l%. c.«à&.i 

se former une autre manière de voir que lor»' 
qu'on les examine si*paréraeut. Une Iroisiéuïc 
raison, c'est qu'il est impossible même dS 
înrliqucr les choses les plus importantes. 
Nous l'avons déjà dit , ce qu'il y a de plus né- 
cessaire dans rhistoire , ce sont les choses qui 
ont suivi les faits cl celles qui se sont passées 
en même tenq>s j el plus encore les causes 
qui les ont précédés. C'est ainsi que nous sa- 
vons que la ;,'^uerre de Philippe a donné «jc- 
casionà celle d'AnticKlius , celle d'Aunibal à 
celle de Philippe , et celle de Sicile h celle 
d'AnnlIjal , et qu'entre ces guerres i! y a eu 
jtrranil munbre de divers événcmens, qui 
tendaient tous à une même lin. Or, on ne 
peut apprendre tiiul cela que dans une his- 
toire générale ; celle des guerres particuliè- 
res, comme de Persi^e et de Philippe, nous 
laisse dans une parfaite ignorance de toutes 
ces choses ; k moins qu'eu lisant de simples 
descriptions de batailles, on ne croie voirTê- 
cononiie et la conduite de toute une guerre. 
Or, rien ne serait plus mal fondé, Coocliions 
donc , f|u'autant il est plus avantageux de 
savoir que d'écouter, autant mou ouvrage 
l'enqK^rtera sur d*^ histoires |»articiiliéTes. 
Retournons à notre sujet. 



CHAPITRE Vil. 



I 



Goeirpdéckrée *^ AooiluJ p«arroii« la sûreté i« 1 Afri4)4j« «I 
df 1 ËspAgne. — PrécaulioDs qu'il prend i? aot de te metire tm 
msrtlw. — n » «Tance ?en la Pjr^aéa «— D^gffwoi gt^^n- 



Les ambassadeurs nuuaius laissèrent par- 
ler les Carthaginois sans leur rien répondre, 
Ouand il> eurent fini , le plus ancien de Tam- 
bassade^ montrant son sein a u\ sénateurs , 
leur dit qu'il v avait apporté pour eux la 
guerre ou la paix el qu'ils n'a> aient qu'à choi- 
sir laquelle des deux ils voulaient qu'il en fil 
s<:>rtir,o Celle qu'il vous plaira >, répliqua le roi 
des Carthaginois. L'ambassadeur avant repris 
qu'il en ferail sortir la guerre, loul le «ènal 
répondit d\me voix qu'il Pacceplait ; et aussi- 
tôt Tasse m Utn? se sépara. Annihal était alors 
à Carthagène en quartiers d'hiver. Il com- 
mença par renvover les Espagnols dans leurs 
villes : son dessein était de se gagner far U 




lit wi LIVRE m.— 

Ifiir amiti/'j. et île sccontilîpr leuis services 
pour la sut le. Il iûarr]iia ensuite h »tm fr<^re 
Asdrubal île quelle* manière il fullnit qu'il sV 
prît pour gouverner l'Kspagrie . el pcmr se 
meUre eo gtinle contre tes Uoiuains , eu eas 
qaelui ADOÎbal vin! àsVloifîner. M prit après 
ceb des mesures pimr qu'il u^irrivAt aucuu 
trouble dans TAfriqur, faisant iwisser à < et 
L'fTel, par unecouduile pleine de sagesse, des 
soldais dWfrlque en Espa^'iie et d'Kspaf^ne 
en Afrique . afin que ceUe eonuminitalit^n 
4p5 dvu\ peuples, sernM, pour ainsi dire, les 
Keiis d^inc rauluelle lîJèlilè. (]qu\ iPEspa^ïne 
qui passèrent en Arri<iue , fiuent les Thcrsi- 
tes, les Mastiens,les Ihèrrs dos inoutagm'S 
ft les Olcades, ce qui faisait eu tout duuiîe 
cents chevaux et treize mille huit eent eiii- 
quaule fantassins. Il v lit aussi passer des Ba- 
léares, peuple ainsi appelés, aussi birn que 
leur tte , parce qu'il s** ba( a\('rla fronde, La 
plupart de res nations furent [Klu'èes dans la 
Jlé t agouie , les a u t it* s f u r en t eu \ o\ es à t la r - 
ibagf*. H tira des Metaffonilalns qualre mille 
bûinmes de pied, qu^il lil aller h (]ar(haj(e, 
pour y tenir Ueud'ùtages ul de Ircmpt-s auvi- 
Itaires. 

n laissa àAsdrunal sr^n frère vu Kspa- 
gne cinquante vaisseaux à rin(| ran^s, deuv 
àqualre et cinq a trois. Trenl^^-deuv des pre- 
miers, elles cinq derniers avaient leur èqui- 
pa^p. La cavalerie élail niuqKïSce de quatre 
œo I cioquim te Lil)^v -p h è n i cie 1 1 s n t A f ri r a i n s , 
de trois centsLorgites,dedi\ lui il centslioiuuies 
Unit Numides queMassvIiens, Mass<^iens, 51a- 
eicDS et Mauritaniens, pi^u pies qui halntenl 
vers rOcêan ,- rtrinfanlerie ronsîslait en onze 
mille huit cent cinquante Afriiarns^ trois 
cents IJgnricns et rini| cents Ilalèares. Il lais^ 
SitI outre cela vin*:t-uu èlèplians, Jr prit* que 
ronue soit pas surpris de \4jir ici un détail 
plus eiael de ec que fit Annîhal en Kspa^nc 
que dan* les auteurs nii'*mcs qui en oui èerîf 
f*o particulier , el qu'oTine rue rnetle pas pour 
i-eU au nombre de ceux qui sY4udient k far- 
der leurs mensonges poiu' les rendre iTtna- 
bles. Je irai fait celle ènunièraliou que [«ircc 
qoe je Taicruc tiTs-anlhenlique, Tavanl Irou- 
Téç à IJdnîuni écrite *^ur une lal>le d'airain 



CHAPITRE Vil. 



n 



par «irdiv d'Annibal , pendant qu^il était 
dans ritalie. Je ne pouvais suivre de meil- 
leurs inèuKnres. 

Annihal avant ainsi pourvu a la si^relê de 
rAfritpir^etde PEspagne, u'allcndit plus que 
Tarrivée des courriers qu<* les (iaulois lui en- 
vouiient^ car il les avait pries de rinformer 
de la ferlilitè du pavs qui l'sl au pied des Alpes 
et îelon^' duïVn quel élail le nombre des ha bi- 
lans ;sic^'»laltdes gens bel liqiu'ux; s'il leur restait 
quelqut! indignation contre les Romains pour 
la /TUfiixc que ceux-ci leur avaient fa île aupaiii- 
vant» et que nous avons rapportée dans le li- 
vre précèdent , pour disposer le lecteur à en- 
tendre ce que n(ïus avions à dire dans la 
suite. Il cujnptait beaucoup sur les (iaulcïis » 
et se promettait de leurs secours toutes sortes 
de' succès. Ihmv cela , il dépéi ha avec soin à 
tiius les petits rois des (jaules, tant à ceux 
qui régnaient eu de^à qu'à ceux qui demeu- 
raient dans les Alpes mêmes, juj^œant bien 
qu'il ne pou\a"t [mrter la guerre en UlVi^ 
qu'en surmuntant toutes les difficultés qu'il 
V aurait à passer dans les pays dont nous ve- 
nons de parler, et qu'en fais^mt entrer les 
Gau fois dans stm entreprise. Enfin les cour- 
riers arrivèrent, et lui apprirent quelles 
étaient les dispositions et l'aUenle des liau- 
lois, la hauteur exlraordînaire des Alpes, et les 
fivl igues tpi' i I devai l s'al tend re k essu v er dans ce 
passage, qui nV-tail cependant pas iilisolu ment 
inqiossible. Le printemps venu, Annibalfit sor- 
lir ses troupes des quartiers d'hiver. Les nou- 
vel les qu'il re«;ul deCar iLage sur ce qui s' v était 
fait en sa faveur^ exaltèrent son courage, el 
sur de la bonne volonté de ses concitovens, 
il commença pour lors à exhorter ouverte- 
ment les S4ddats k faire la ^merre aux Romains. 
Il leur représenta de quelle manière les Ro- 
mains avaient demandé qu'on les leur livrât^ 
lui el louslcs officiers de rarmée. Il leur parla 
avec avantage de la fertilité du pavs où ils 
allaient entrer, de la bimne volonté des Gau- 
lois^ et de l'alliance qu'ils devaient faire en* 
semble. Les trou|ïesluiavant têmoignèqu' elles 
\ étaient prèles à le suivre partout, il loua leur 
couragCj leur annonça le jiKir du départ, et 
congédia rassemblèt*. Tout cela s'étant fait 



HISTOIRE GÉNÉRALE BE LV RÊPLBUgi E ROMAÏXE. 



94 

pendaiîl les rjuarliers dUiiver, et loiitêlant ré- 
glé pour la sùrelé JerAfn([uecl<!erEs|>agne, 
au jour m,irquê îl se met en marche à la lélc 
de nualre-\ingt-deu\ niîUe bomnies de pîed 
el rnvirou Ainue mille chevaux. Avanl passe* 
l'Ebre. îl soumet h mn pouvoir les 1 berge les. 
les Bargusîens, les Éreiièsîeos, les Andosiens, 
cVst à-dire les peuples qui habîlenl depuis 
ITEbre jusqu'aux monts P\ renées. Après s'ê- 
tre rendu mailre en peu de temps de (uns ces 
peuples, et avoir pris quelques villes d'assaut, 
mm sans livrer de sanglaus combats et perdre 
beaucoup des siens , il laissai Ilanuoi i i*a deçà 
de rÈbre pcmr y commander, et pour retenir 
aussi dans le devoir les Bnrgusîons , dont îl 
se défiait . prîncîpalemenl à cause de l'aimîlié 
qu'ils avaient pour les Rctmams. 

Il détaclui de s<^»n armée dit mille houimes 
do pied et mille chevaux , qu'iUaîssa à Han- 
non , fnec les bagarres de «eux qui devaient 
marcher avec lui. H renvoya un pareil uoni^ 
brc de soldats clia* un dans sa patrie, prem:é- 
rcmeulpour s*v mena trerPanii lié dt*s peuples, 
et en second lifU pour faire espérer t*t auv 
scddats qu'il gardait, el à ceux qui restaient 
dans PEspapie , qu'il leur serait aisé d'obte- 
nir leur cnn^é ; mittif puissant pour li*s porter 
à prendre les armes dans la suite, s'il arrivait 
qu'il QUI besoin de leur «recours. Stm armée se 
Irouvaul aloi's dcrbargéc de ses bagages, cl 
composée de cinquante mille hommes de pied 
et de neuf mille chevaux, îl lui fait pn»ndre 
sa marche par les monts Pyrénées pour aller 
passer le Rhi'ine, Cette armée n'était pas a la 
vérité extrêmement nomhrruse, mais c'étaient 
de bons soldats, des troup<^s merveîllcuse- 
inent exercées pr les guerres continuelles 
quVlles avaient faites en Espagne. 

Maïs de peur que par ripnoraucedes tîeu^ 
on ait de la peine h suivre le récit que je vais 
faire, il esl à propos que j'iudîipîe de quel 
endroit partit Atinibal , par r>ii il passi , et en 
quelle partie de ri lalie il arriva. I^oureela îlne 
fjmi pas s^'er^ntcfiler dénommer parleurs noms 
les lieux, les fleuves et les villes, comme font 
quelques historiens, qui s'imaginent que cela 
«uDit pour donner une connaissance disiincte 
de5 lieux Quand il ^^atrît de lieux connus . jr 




conviens que pour eu renouveler le souvenir, 
cVsluu grand secours que d'en voir les ntmis ; 
mais quand il est questitin de ceux qu'on ne 
connaît point du tout, il ne sert pas plus de 
les nommer, que si Ton faisjkit entendre le 
son d'un instrument , ou tout autre chose qui 
ne signifierait rîcu; car l'esprit n'a vaut pas 
sur quoi s^qqmvei j et ne pouvant rapjMjrler 
ce qu'il entend a ricji de connu , il ne lui reste 
qu'une nottou vague et confuse. Il faudrait 
dftnc tn^uver une méthode par laquelle on 
condiusit le lecteur à la connaissance des 
choses inconnues , en les rapportant à det^ 
idées s^dîdeset qui lui seraient familières. 

La première . la plus étendue et la plus uni- 
verselle notion qu'on puisse donner, e'^esi 
celle par laquelle on conçoit, pour p<*u d'in- 
telligence que Vun ait, la di\ision de cet uni- 
vers en quatre prlies, et l'ordre que ces partie^ 
gardent entre elles, savoir : roricnl. le cou- 
chant., le midi et le septentrion. L'ne autre 
noticui^ cVst celle par laquelle, plaçant par 
l'esprit les différeus endroits de la terre sous 
quelqu'une de ces quatre parties, nous rap- 
portons les lieux qui nous sont inconnus , à des 
idées connues et familières. Après avoir fait 
cela pour le monde en général , îl n\ a plus 
qu'a partager de la même manière la terre que 
nous connaissons. Celle-ci est f»arlagée vn 
trois parties. La première est l'Asie, la seconde 
rAfrique, la troisième TEurope. Ces trois 
parties se terminent au Tanaîs, ati Nil et au 
détroit des Ciibmnes d*lfeniiîc. L'Asie con- 
tient tout le pajs qui est entre le \il et le Ta- 
naïs^ et sa situation psu* rapport à Tunivers 
est entre le levant d*èté et le midi. L'Afriejuc 
est entre le Xil et les Colonnes d'Hercule j, 
dans cette partie de l'univers (|ui est au midi 
et au couchant dUûver ju!i4|U'au couchant 
équ;no\ial , qui tombe a us Colonnes d'Her- 
cule. Ces lieux parties considérées en général 
occupent le coté méridional de la mer Médi- 
terranée, depuis l'orient jusqu'au coiMhanl, 

L'Enrope, qui leur est opinisée, s'étend 
vers le septentrion , et occupe tout cet espace 
depuis Porientjusipi'aaconcbdnt. Sa partie la 
plus considéraïde est au septi*ntrion enln- It 
Tanais et Narliotine, laquelle au couchant 




I v.9s^] Ls LIVRE m.— f 

l'est pas furl éloignée de Marseil!**, ni di^s 
enibotJihures par lesi|Ui'lles le Bhùncsedé 
rbarpt* dans la iikt do Sardaigue.C\*sl à par- 
tir dcXarbonuf ot iuiloiirdii Ilb'ïuejtisqu'ayv 
noiib P> renées qu' hohitoiU losOauloiij, depuis 
la itêdilerrauêe jus^iii'à rOiéiiii* Le reski de 
TKarop** depuis les moiUa^ï^iies jusqu'au cou- 
ckani et aux rolomies d' Horrulr , rsl borné vn 
partie par noire nier el eu pariie par la uior 
rTLlrr\oute. La partie (pii e^i \v lunji: de la Slé- 
dilorraoée jusqu'aux Colonues d'IIenule, 
^'appelle Ihériv. Le eàléquiest !iur !a mer e\- 
ItriVure mt la faraude nier , u^i \mh\{ eut ore 
de nom connu , par* <* que ee n\'fit (|ue d**- 
puis peu qu'ion Ta driiniverL II esl oceupé 
(lar lies nations harhart^s, qui ^m\\ vu \irAiu\ 
nombre, et demi nous parlerons en parlirulier 
(Uns la suile* Or, eornnie [x^soutie jusqu'à nos 
jaur$ o^a pu distinguer r!ai renient %\ TEtlno- 
pte, oii VWsie el IWfriqne se joi^^nent, est un 
ronlinenl qui s'életid vers le midi ou est 
envirunnée de la mer, uuus ne connaissoiiî» 
rien non plus dercspre(|uiesl entre le Ta nais 
ft Varbonne jusqu^an seplentrion, Pent-étre 
(|uedans la suite en mukipitant nos îtivestiga- 

tlÎDns nou^enappre'ridronsf|uelqae rhose. )lais 
^ peut bardinient assurer que Ions eeu\ qui 
Eparleut ou (pjieiiérn^entaujtiurdlHii, par- 
nlei écrivent sans savoir^ et ne nous débi- 
lenl que dt^ fabU^s. Voilà ee que j\iva's à diro 
pr»ur rendre nia narrai iun plus elaice à eeu\ 
qui n'on^ aacune connaissauee des lieux : ils 
peaytîDt maintenant rapporter ee ipron leur 
dira aux différentes parties de la terre, on se 
réglant sur celtes de Tunivers eu ^^énéral. ('ar 
comme en regardant ou a coutume de tourner 
1i iti&age vers Teudroit qui nous est désigné; 
de même en lisant il faut nous transporter eu 
esprit dans tous les lieux dont on nous parte. 
Mais il est temps de reprendre la suile de n*itre 
histoire. 

CHAPITRE Vlir. 

OMkiA iflfAMÂil eul À UUft poitr |»{ij^^€r 4p Carthtfa Tt>iitur« 
«ft tuito.— Les BoiiiAi&f »e ilbpaj^etU j porier 1% guerre en 
Afrîqm.— ' Troubles que leur »Li*riknl li'« Boïcn*. — A nui bal 

~,«rriftiu Rhèoe, et le passe. 

Les Cartha|2inois> dans le temps qu'Annibal 
partit, èlaienl maîtres de toul**s les provins 



HAPITRE VIIL 



95 



ces 4'Afriquc qui sonl sur la Méditerraiii'e , 
depuis les auk4s des Pbiléulens, qui sont !c 
lou^^ de la grande Sj rte, jus(pi\iux colonnes 
dMb*ren!e,eo qui fait une eùte de plus de seize 
niilU* stades de loiiii^^neur. Puis auint passé le 
détnat où sonl les Colonnes dTlercule, ils se 
soumireut tou((* lU'^spa^nc jusqu^^ux roebers 
où du col é de nt»tre mer a bu u tissent les monts 
Pvrénét^s , qui divisent les Ibères d'avec 
les Gaulois. Or de ces rochers aux Colonm^s 
d'IIerenle il y a environ huit mille stades ; car 
on eu eoniple 1 rois mille depuis les Colonnes 
jusqu^i Carihagéne ou la nouvelle Cartha^re \l 
comme d^iutresTapiielleuL Depuis ceîte villo 
jusqu^â l'Ebre il Y<'uadeux mille deux cents; 
d4*pnislà]usqu\'i Em|i(jrîum seize eenls.et tout 
autant d'|{nip<irium au passade du lliiône; car 
lesRomaîns fini distingué cette mute avec soùi 
pardes espaces de huit sfndes. Depuis le passage 
du RhAne en allant vers ses sourers jusqu^iu 
commencement des Alpes, d^où Ton \ a eu Ita- 
lie, ou compte qnator/e cents stades, I.es hau- 
teurs des Alpes, après lestpielles (m se trouve 
dans les plaines dMtalie, qui sont le long du 
Pô j s'étendent encore à douze cents stades. Il 
fallail dune qtiWnnîbal Iraversi^t environ neuf 
mille stades pour venir de la ntuivelle Car- 
thajfe en Italie, I! avait dqà fiiit presque^ bi 
moitié de ce cbemîn ; maïs ce qu^il lui en res- 
tait à faire était le plus diflicile. 

Il se préparait a fitir*' passer à son armée 
les détroits des monts Pvrénées» où il (Tai- 
gnait ftjrt que les Gaulois ne l*arrétassent ; 
lorsque les Romainsapprîrent par les ambassa- 
deurs envoyés à Cartbag^e , ce qui *C\ était dit 
et réscdu, etqu'Aimihalavait passé TÈbre avec 
une arnu-e, AussîtAt on prit bi résolution 
d'en\ oycr en Espagne une arniée sous le com- 
mandement de Puldius Cornélius, et une au- 
tre en Afrique sous la conduite de Tibérîus 
Stnnpronius. Peuplant que ees deux consuls le- 
vaient des troupes et faisaient les autres prépa- 
ratifs, on se [jressa de (ioir eequi regardait les 
c*donies, qu'on avait auparavant déridé d'en- 
voyer dans la Gaule Cisalpine. Ou enferma 
les villes de murailles, et on dnnna ordre k 
ceux qui devaient y habiter, de s'y rendre 
dans IVspace de trente jours. Ces ea|onief% 



\ 
I 



é 




U. D.B36.) 



IIYRE ï!ï. —CHAPITRE I\, 



m 



graoJ nombre, à cause de leur Lonimerce 
par mer* li artela oulre cela tout le buis qui 
ctail propre à coostruire encore ilc pareils hk- 
timens j ci dont il fit eu deux jours une quan- 
liié €V Iran rdi liai re de bateaux, chacuû s'cf- 
ftirçant de se mettre en êlat de^ n'avoir pas 
besoin de secours étranger pour passer le 
fleuve. Tout était déjà préparé, lorsqu'un 
grand nombre de Barbares s'assembla sur 
l'aulrebori poui* s'opjwscr au passive des 
Carlbaginojs. Annibal alors faisant réflexion 
qu^U n^éi^i pas p4>ssible d'agir par force con- 
tre aoe si grande muUilude d'ennemis, et 
que cependant il ne pouvait resler lii, îvans 
courir risque d'être euveloppé di; tous les cel- 
tes, détacha à rentrée de la (roisièmo nuit 
une partie de sou armée sous le comniandc- 
menl d'Hannon, fils du roi Bomilearj et lui 
donna pour guides quelques gens du pays. Ce 
détachement remonta le fleuve jusqu'à envi- 
ron deux cents stades, où il trouva une pe- 
tite îJe qui partageait la rivière en deux : on 
s> logea; on y coupa du bois dans une forêt 
roisroe, et les uns façonnant les pièces néces- 
saires, les autres lesjoignant ensemble, en peu 
de temps ils fabriquèrent autant de radeaux 
cpi^il en fallait pour passer le fleuve, et le pas- 
sèrent en effet sans que personne s* y opposa L 
Ils s^emparèrent eosuile d'un poste avanta- 
geux, et y restèrcni tout ce jourlà pour se 
délasser et se disposer à exécuter l'ordre 
qu'Annihal leur avait donné. 

Ce général faisait aussi de son côté tout ce 
qtfW pouvait pour faire passer le reste de l'ar- 
mée. Mais rien ne l'embarrassait plus que ses 
élépbâiLs^qui étaient au nombre de Irenle-sept, 
Cependant j à la cinquième nuit^ ceux qui 
avaient traversé les premiers s'étant avancés 
sur l'autre bord vers les Barbares à la pointe 
du jour, alors Ajinibal» dont les soldats étaient 
prêts. disp<isa]toul pour le passage, Les soldais 
pesamment armés devaient monter sur les plus 
graads bateaux j et Pinfanterie légère sur les 
plus petits. Les plus grands étaient au dessus 
et les plus petits au dessous j afin que ceux- 
là souteuant la violence du cours de l'eau, 
ceux-ri en eussent moins à souffrir. Ou pensa 
encore h faire suivre les chevaux a la nage, 



et pour cela un bomme, sur le derrière des 

bateaux, en tenait parla bride trois ou quatre 
de chaque côté. Par ce moyen, dés le premier 
passage, on en jeta un assez grand nombre sur 
l'aulre bord. A cet aspect , les Barbares sor- M 
tent en tbule et sans ordre de leurs retranche- ^ 
mens, persuadés qu'il leur serait aisé d'arrêter 
les Carthaginois au débarquement. Cependant 
Annibal voit sur Tautre bord une fumée s'é- 
lever; c'était le signal que devaient donner 
ceux qui étaient passés les premiers , lorsqu'ils M 
seraient prés des ennemis* Il ordonne aussitôt ■ 
que Ton se mette sur la rivière, donnant ordre 
à ceux qui étaient sur les pi us grands baleaux M 
de se raidir tant qu'ifs pourraient contre la T 
rapidité du fleuve. On vil alors le spectacle 
du monde le plus effrayant et le plus capa- 
ble d'inspirer la terreur. Sur les bateaux les 
uns s'encourageaient muluelleraent avec de 
grands cris, les autres luttaient pour ainsi 
dire contre la violence des flots. Les Cartha- 
ginois restés sur te bord animaient Jcurs 
compagnons par des cris ; les Barbares , sur 
l'autre bord, demandaient à combattre en fai- 
sant des hurlemens affreux. En même temps 
les Carthaginois» qui étaient del'autrecôté du 
fleuve, fondent tout d'un coup sur les Barba- 
res; les uns mettent le feu au camp, les au- 
tres en plus grand nombre chargent ceux qui 
gardaient le passage. Les Barbares sont ef- 
frayés ; une partie court aux tentes pour arrê- 
ter l'incendie^ le reste se défend contre l'en- 
nemi. Annibal animé parle succès, à mesure 
que ses gens débarquaient , les rangea en ba- 
taille, les exhorta à bien faire , et les mena 
aux ennemis qui, épouvantés et déjà rais en 
désordre par un événement si imprévu, fu- 
rent tout d'un coup enfoncés et obligés de 
prendre la fui le, 

CHAPITRE IX, 

D*s«otir» de Maf^Hc, r<»i gantois, «1 d' Annibal aux CArthaylnoif. 
— CombAt «nire deux p^inis cnYoyes à la découverte. — Pa»- 
êêgt éei ^It'phiDS.*— ÉxtraTagoDce des hûlorkos mr le pt»- 
BAge d«s Alfirs par Aniubal 

Annibal maître du passage^ et en même 

(empsviclorîcuv, pensa aussitôt à faire passer 
ce qui restait de troupes sur Taulrebord, et 
campa cette nuit le long du fleuve . Le matin, 

7 



^ 



i 



Vft 



HISTOTBE GÉNÉRALE DE 






sur le bniit cpie la (loUe des Romains était 
irrivée h renibonchure du RhOne, i! détie ha 
"Cinci ccnt5 chcvaur numides pour reconnai- 
tre où étaient les enoerois, combien ils étaient . 
et ce qu'ils faisaient. Puis , après avoir donné 
ses ordres pour le passage des êléphans, il as- 
sembla son armée , fit approcher Magile • po- 
lit roi qui l'était venu trouver des environs 
Âa Pô » et fit expliquer aux soldais par un in- 
lerprètc les résolutions que les Gaulois avaient 
prises > toutes très-propres à donner du cœur 
l de la confiance aux soldats ; car sans par- 
r de Fimpression que devait faire sur cuï la 
présence de gens qui les appelaient à leur se- 
cours , et qui leur promettaient de partager 
tvec eux la guerre contre les Romains ^ il 
semblait qu'on ne pouvait se défier de la 
promesse que les Gaulois faisaient de les con- 
duire jusqu^en Italie par des lieux où ils 
ne manqueraient de rien^et par où leurmar- 
jDhe serait courte et sure. Magile leur faisait 
encore des descriptions magnifiques de la fer- 
tilité et de retendue du pays où ils allaient 
entrer, et vantait surtout la disposition où 
étaient les peuples de prendre les armes en 
leur faveur contre les Romains. 

Magile retiré^ Aonibal s'approcha, et com- 
mença par rappeler à ses soldats ce qu'ils 
avaient fait jusqu'alors. Il dit que : quoiqu'ils 
se fussent trouvés dans des actions extraor- 
dinaires et dans les occasions les plus péril- 
leuses , ils n'avaient jamais manqué de réus- 
parcc que dociles à ses conseils , ils nV 
[Taient rien entrepris que sur ses lumières; 
qu'ils ne craignissent rien pour la suite; qu'a- 
prés avoir passé le Rhône et s'être acquis des 
alliés aussi affectionnés que ceux qu'ils 
yojaient eux-mêmes^ ils avaient déjà surmon- 
té les plus grands obstacles ; qu'ils ne s'in- 
quiétassent point des détails de l'entreprise; 
qu'ils n'avaient qu'à s'en reposer sur lui ; qu'ils 
fussent toujours promptsà exéculersesordresi 
et qu'ils ne pensassent qu'à faire leur devoir, et 
à ne point dégénérer de leur première valeur. 
Toute ramice applaudit, et témoigna beau- 
coup d'ardeur. Annibal la loua de ses bonnes 
dispositions^ fit des vœux aux Dieux pour elle, 
lui donna ordre de se (enir prête il dècam- 



lA RÉPrBilQLE ROMAINE. ^A.v.vm 

per le lendemain matin ; et congédia l'assem- 
blée. 

Sur ces entrefaites arrivent les Numides 
qui avaient été envoyés à la découverte. La 
plupart avaient été tut*s. le reste mis en fuite. 
A peine sodis du camp , Vis étaient tombés 
dans la marche des coureurs romains, envoyés 
aussi pr Publius iK>ur reconnaître les enne- 
mis , et ces deux corps s'étaient battus avec 
tant d'opiniâtreté , qu'il périt d'une part en- 
viron cent quarante chevaux tant Romains 
que gaulois, et de l'autre plus de deux cents 
Numides. Après ce combat les Romains en 
poursuivant s'approchèrent des relraDcbe- 
mens des Carthaginois, examinèrent tout de 
leurs propres jeux, cl coururent aussitôt 
pour informer le consul de l'arrivée des enne- 
mis, Publius. sans perdre de temps, rail tout 
le bagage sur les vaisseaux ^ et fit marcher le 
long du (leuve toute son armée dans le des- 
sein d'attaquer les Carthaginois . 

Le lendemain à la pointe du jour , Annibal 
posta toute sa cavalerie du côté de la mer 
comme en réserve, et donna ordre à l'infan- 
terie de se mettre en marche. Pour lui, il at- 
tendit que les élèphans et les soldats qui 
étaient restés sur l'autre bord eussent rejoint. 
Or voici comme les élèphans passèreni. Après 
avoir fait plusieurs radeaux , d'abord on en 
joignit deux l'un à l'autre» qui faisaient en- 
semble cinquante pieds de largeur , et on les 
mit au bord de l'eau ^ où ils étaient retenus 
avec force et arrêtés à terre. Au bout qui 
était hors de l'eau on en attacha deux autres, 
et l'on poussa cette espèce de pont sur la ri- 
vière. Il était a craindre que la rapidité du 
fleuve n'emportAt tout l'ouvrage. Pour pré- 
venir ce malheur, on retint le côté exposé .m 
courant par des cordes attachées aux arbres 
qui bordaient le rivage. Quand on eut porté 
ces radeaux à la longueur d'environ deux 
cents pieds, on en conslruisit deux autres 
beaucoup plus grands que l'on joignît aux 
derniers. Ces deux furent liés fortement l'un 
à l'autre; mais ils ne le forent pas tellement 
aux plus petits . qu'il ne fût aisé de les déta- 
cher. On avait encore attaché beaucoup de 
cordes aax petits radeaux , par le mojfea des* 




qaelles les nacelles destinées à les remorquer 
pussent les affermir conlre t'îmiRHuostté de 
IVau , et les ameoer jiisqii^au bord avec les 
éléphans. Les deux ç^rands radeaux furent en- 
sttîle ccrtivertJ de terre et de gazon ^ aGn que 
ce pont fût semblable en tout au chemin qu'a- 
Taient à faire les élèphanspour en approclicr. 
Sur terre ces animaux s'étaient toujours lais- 
sés manier à leurs conducteurs ; mais ils n'a- 
^aWnl encofc osé mellre les pieds dans l'eau- 
Pour les T faire entrer, on mit à leur tète 
deux £^féptans femelles , qu'ils suivaient sans 
hésiter. Ils arrivent sur les derniers ra<leau\ , 
OQ coupe les cordes qui teuaienl ceux-ci atta- 
chés aux deux plus f^rands. les nacelles remor- 
quent et emportent bien tôt les ëléphans loin 
des radeaux qui étateut rouverts de terre. 
D'abord ces animaux effrayés , inquiets , aK 
lèreol et vinrent de côté et d'autre. Mais 
Peau dont ils se vojaient environnés leur fit 
peur, et les retint en place. C'est ainsi qu'Ao- 
DÎhal, enjoignant des radeaux deux k deux, 
Irou va le secret de faire passer le Rhône à la 
plupart de SCS èlép ha us. Je dis h la plupart j 
car îk DC passèrent pas tous de la même fa- 
çon, n y en eut qui au milieu du trajet tom- 
bèrent de frajeur dans la rivière. Mais leur 
chute ne fut funeste qo^aux conducteurs. Pour 
eux la force et la longueur de leurs trompes 
les lira de danger. Eu élevant ces trompes au 
dessoude l'eau, ils rcspiraîent, et éloignaient 
tout ce qui pouvait leur nuire , et par ce 
movcu ils TÎurent droit au bord malgré la ra- 
pidité du (lettre. 

Quand les èléphans furent passés, Annibal 
fit dVux et de la cavalerie sou arrîère^gar- 
iùf et marcha le long du fleuve , prenant sa 
rooie de la mer vers l'Orient , comme s'il eût 
voulu entrer dans le centro des terres euro- 
i»éi*ttne9 ; car le Rhône a ses sources sur le ver- 



wnl occidental des Alpes et au dessus du 
^^Ift Adriatique , et coule du nord au 
sud. Il prend son cours vers le couchant 
d'hiver^ et se décharge dans la mer de Sar- 
daigne. Ses eaux traversent toute une vallée^ 
dont les Gaulois appelés Ardyens occupent 
le côlé septentrional, et le cOté méridional 
est bordé par les raciues des Alpes ^ qui sonl 



LITBÉ IIL— CHAPITBB IX. n 

vers le septentrion. Cette yallée est séparée 
des plaines des environs du Pô par les Alpes, 
qui sV»tendent depuis Marseille jusqu'à l'ex- 
trémité du golfe Adriatique j et qu' Annibal , 
venant du Rhône, traversa pour entrer dans 
ritalie. 

Quelques historiens * pour vouloir étonner 
leurs lecteurs par des choses prodigieuses, en 
nous parlant de ces montagnes, tombent, sans 
y penser, dans deux défauts qui sont très-con- 
traires à l'histoire; ils content de pures fables, 
et se contredisent. Ils commencent par nous 
représen 1er Annibal comme un capitaine d'une 
hardiesse et d'une prudence inimitables; ce- 
pendant , à en juger par leurs écrits , on ne 
peut se défendre de lui attribuer la conduite 
du monde la moins sensée. Lorsqu' engagés 
dans leurs fables ils sont en peine de trouver 
un dén^ùment , ils ont recours aux dieux et 
aux demi-dieuXj artifice indigne de l'histoire, 
qui doit rouler toute sur des faits réels. Ils nous 
peignent les Alpes comme si raîdes et si escar- 
pées, que, loin de pouvoir les faire passer k 
de la cavalcrîe,àunearraée,à desélêpbans, à 
peine P infanterie légère en tenterait-ellele pas- 
sage. Selon ces historiens, les pajs d^alentour 
sont si déserts, que si un dieu ou demi- dieu 
n'était venu montrer le chemin à Annibal, 
sa perle et celle de toute son armée était 
inévitable. N'est-ce pas là visiblement débiter 
des fables et se contredire ? Car ce général 
n'eùt'îl pas été le plus ioconsidéré et le pl]iis 
étourdi des hommes, s'il se fft t mis en marche 
à la tétç d'une armée nombreuse, et sur la- 
quelle il fiïndaît les plus belles espérances . 
sans savoir ui par où il devait aller, oi la na- 
ture ^es lieux où il passerait, ni les peuples 
ihez lesquels il tomberait? Il eût été même plus 
qu'inconsidéré s'il eût tenté une entreprise, 
qui non seulement n'était pas raisonnable > 
mais pas même possible. D'ailleurs condui- 
sant Annibal avec une armée dans des \ku% 
inconnus, ils lui font faire , dans un temps où 
il avait tout à espérer, ce que d'autres feraient 
à peine . quand ils auraient tout perdu sans 
resst^urce ^ et qu'ils seraient réd^iits h lader- 
nîèfe extrémité. Lorsqu'ils nous disent encore 
que dans ces Alpes ce ne sont que déserts , 



I 



h 



f* HISTOIRE GÉXËRALE DE 

5or le brait ipie la Ootte des Romains était 
arrivée à Fenihouchur** du Rhône, i! détacha 
cinq cents chcvattï miraides pour reconnaî- 
tre où étaient les enneDiis* combien ibétaient, 
et ce qu'ils faisaient* Puis , après avoir donné 
ses ordres pour le passage des èléphans, il as- 
sembla son armée , fit approcher Mag^ile , pe- 
tit roi qui Fêlait venu trouver des environs 
du PO > cl fit expliquer aux soldats par un in- 
terprète les résolutions que les Gaulois avaient 
prises , toutes trés*propres à donner du cœur 
f t de la coniiance aux soldats ; car sans par* 
1er de Pimpres^on qne devait faire sur eux la 
présence de gens qui les appelaient à leur se- 
cours 5 et qui leur promellaienl de partager 
avec eux la guerre contre les Romains, il 
semblait qu'on ne pouvait se défier de la 
promesse que les Gaulois faisaient de les con- 
duire jusqu^en Italie par des lieux où ils 
ne manqueraient do rien, et par où leur mar- 
che serait courte et sure. Magilc leur faisait 
^core des descriptions magnifiques de la fer- 
tilité et de retendue du pa^ys où ils allaient 
entrer , et vantait surtout la disposition où 
étaient les peuples de prendre les armes en 
leur faveur contrôles Romains. 

Hagite retiré, Annibal s'approcha, et com- 
mença par rappeler à ses soldats ce qu'ils 
avaient fait jusqu'alors. Il dit que : quoiqu'ils 
*e fussent tromés dans des actions extraor- 
dinaires et dans les occasions les plus péril- 
leuses^ ils n'avaient jamais manqué de réus- 
sir, parce qne doctes à ses conseils , ils n^a- 
vaîent rien entrepris que sur ses lumières j 
qu'ils ne craignissent rien pour la suite, qu'a- 
près avoir passé le Rhône et s'être acquis des 
alliés aussi affectionnés que ceux qu'ils 
Toyaienl eux-mêmes^ ils avaient déjà surmon- 
té les plus grands obstacles ^ qu^ils ne s'in- 
quiétassent point des détails de Tentreprisc; 
qu'ils n'avaient qu'à s'en reposer sur lui ; qu'ils 
fussent toujours prompts à exécuter ses ordres; 
etqu'ilsne pensassent qu'à faire leur devoir»el 
à ne point dégénérer de leur première valeur, 
Tuuie ramiée applaudit , et témoigna beau- 
coup d'ardeur, Annibal la loua de ses bonnes 
dispositions, fit des vœux aux Dieux pour elle, 
loi donûa ordre de se tenir prête ik décam- 



LA RÊPOLIQLE RO]\LUNE- HL.v,m\ 

per le lendemain matin ; et congédia rassem- 
blée. 

Sur ces entrefaites arrivent les Numides 
qui avaient été envoyés à la découverte. La 
plupart avaient été tués.lei^ste mis en fuite. 
A peine sodis du camp , ils étaient tonib^ 
dans la marche des coureurs romains^ envoyés 
aussi par Publius pour reconnaître les enne- 
mis , et ces deux corps s'étaient battus avec 
tant d'opiniâtreté, qu'il périt d'une part en- 
viron cent quarante chevaux tant Romains 
que gaulois, el de l'autre plus de deux cents 
Numides. Apri'S ce combat les Romains en 
poursuivant s'approchèrent des retranche- 
mens des Carthagmois, examinèrent tout de 
leurs propres yeux, et coururent aussitôt^ 
pour informer le consul de l'arrivée des enne* 
mis. Publius . sans perdre de temps , mit tou' 
te bagage sur les vaisseaux ^ et fit marcher 1^^ 
long du fleuve toute son armée dans le de|| 
sein d'aliaquer les Carthaginois. ^ 

Le lendemain à la pointe du jour , Annibr 
posta toute sa cavalerie du c6té de la 
comme en réserve^ et donna ordre à l'infn 
teric de se mellrc en marche. Pour lui, il i 
tendit que les élcphans et les soldats 
étaient restés sur l'autre bord eussent rejon 
Or voici comme les élêphans passèrent* Apt'T 
avoir fait plusieurs radeaux, d'abord on , 
joignit deux l'un à l'autre ^ qui faisaient 
semble cinquante pieds de largeur . el on 
mit au bord de l'eau, où ils étaient rcleii 
avec force el arrêtés à terre. Au bout t 
était hors de l'eau on en attacha deux auti 
el l'on poussa cette espèce de pont sur la 
vière. Il était à craindre que la rapidité 
fleuve n'emportât tout t'ouvrnr V 
venir ce malheur , on retint le 
courant par des cordes attachées aux ar^ 
qui bordaient le rivage. Quand on eut [ 
ces radeaux à la longueur ^'environ *' 
cents pieds , on en construisit deux ar 
beaucoup plus grands que Pf^* ? -'-^ul 
derniers. Ces deux furent liés i 
à Tautre ; maïs ils ne le fure^* 
aut plus petite , quM i^*^ ''"• 
cher. On avait en roi 
cordea aox petits radeatu ; 



nibr 

I 



HÊt 



HISTOmE GÉNÉRALE »K p^ RÉPIBUQUE ROMâPŒ, ta. u. i^j 



et B% doutait de leur hmm foi, qu'ils étaient 
prêts à donner des otages- 

Annibal hésita loug-teinps sur (e parti qu'il 
derait prendre. D'un côlé, eo acceptant les 
offres de ces peuples , il y avait Heu dVspérer 
que celte condescendance les rendrait plus 
réserrés et plus traitables. De i 'autre, en les 
rejetant , il était immanquable qu^il s'attire- 
rait ces barbares sur les bras. D'après ces deux 
raisons, il fil du moins semblant de consen- 
tir aies mettre an nombre de ses alliés. Aus- 
litôt onluiamena des étages a>dI<^ fournil de 
bestiaux, ou s'abandonna entièrement à lui 
sans aucune précaution , sansaucuot marque 
de detiance. Annibal, de son cùlé , sefia telle- 
ment à leur bonne foi apparente , qu'il les 
pril pouf guides dans les défilés qui restaient 
à franchir. Us marchèrent donc à la tête des 
troupes pendant deux jours. Quand on fut cn< 
tré dans uo vallon^ qui de tous côtés était fer* 
mé par des rochers inaccessibles, ces perfides 
s'^eiant reunis vinrent fondre sur Tarrière- 
garde d^AnnibaL Ce vallon eût sans doute été 
le tombeau de toute Tarmée, si le général 
carlhagÎQois ^ à qui il était resté quelque dé- 
Cance^ et qui s'était précautiouné contre la 
trahison ^ n'eût mis à la tête les bagages avec 
la cavalerie, et les hommes pesamment armés 
à Tarrière-garde. Cette infanterie soutint Tel- 
for t des eonemis ^ et sans elle la perle eût été 
beaucoup plus grande. Mais malgré cesecours 
il périt là un grand nombre d'hommes, deche- 
iraux et de bètes de charge ; car ces barbares^ 
avançant sur les hauteurs à mesure que Jl*s 
Carthaginois avançaient dans la vallée, tantôt 
roulaient et tantdl jetaient de grosses pierres 
qui répandirent tant de terreur parmi les trou- 
pes, qu' Annibal fut obligé de se tenir pendant 
toute une nuit avec la moitié de son armée sur 
un rocher fort et découv er t pour veiller à la dé- 
Icûse des chevaux et des bétcs décharge; en- 
core cette nuit suffit-elle à peine pour les faire 
défiler. 

Le lendemain les ennemis s^étanl retirés, il 
rejoignit sa cavalerie , et s^'avança vers la ci- 
me des Alpes* Dans celte route il ne se ren- 
contra plu» de barliares qui l'attaquassent en 
corps i quelques pelotons *eulcmeni volti- 



geaient en quelques endroits» else présentaut^ 
tantiVt à la queue, tant^^^t à la téte^ enlevaient 
quelques bagages. Les éléphans lui furent 
alors d'un grand secours. C'était assez qu'ils 
parussent pour effrayer les ennemis et les 
mettre en fuite. Après neuf jours de marche, 
tt arriva enfin au sommet des montagnes. Il y 
demeura deux jours, tant pour faire repren- 
dre haleine à ceux qui j étaient prvenus heu* 
reusemenl, que pour donner aux traineurs le 
temps de rejoindre le gros de l'armée. Pendant 
ce séjour , on fut agréblement surpris de voir 
contre toute espérance paraître la plupart des 
chevaux et des bétes de charge qui sur la 
route s'étaient débarrassés de leurs fardeaux^ 
et qui, sur les traces de Tarmée, étaient veuus 
droit au camp. 

CHAPITRE XI. 

AnnibAl ich^Te de passer le* Alpes. — DitBcuUéi qu'il e«l A et* 
myet. — Pourt^aoî Jusqu'ici Pol)t»ea omi« cariai net choses 
f|lu r^ndjiiil par«issiieAt M»riitidl«5 A l'hisioliT. 

On était alors à la fin de l'automne , et 
déjà la neige avait couvert le sommet des 
montagn<^. hos soldats consternés par le 
souvenir des maux qu^iU avaient soufferts, 
et ne se figurant qu^'avec effroi ceux qu^ils 
avaient encore à endurer « sembi aient perdre 
courage. Annjlial les assemble; et comme du 
haut des Alpes , qui semblent être la citadelle 
de ritalic^ on voit à découvert toutes ces 
vastes plaines que le Pô arrose de ses eauXj 
il se servit de ce beau spectacle , unique res- 
source qui lui restait; pour remettre ses si»l- 
dais de leur frayeur. En même temps il leur 
montra du doigt le point où Borne était située, 
et leur rappela quelle était p<»ur eux la bonne 
volonté des peuples qui habitaient le pavs 
qu'ils avaiciitsous les jeux. Le lendemain il 
lève le camp, et commence à Ji ' \ A la 
vérité, hors quelques voleurs qiii .a em- 

busqués^ il n'eut point là dVrmemis à repous- 
ser ; mais l'escarpement des lieux et la neige 
lui tirent perdre presqu'autant de monde qu^il 
en avait perdu en montant. La descente était 
étroite, raide et couverte de neige. Pour peu 
que l'on manquait le vrai chemin. Ton tom- 
bait dans des précipices affreux. Cependant 





(|. c* Êa^) U\W lit* ^ 

le soldai cuelurd à ces sortes de périls, 
soutint encore couragcusemenl celui-ci. En- 
fin on arrive à un défilé qui s^étenj k la 
longueur d^un slade et demi , et que les èlé- 
pbans ni les bètes de charge ne pouvaient 
francbiT. Outre que le sentier était trop étroit, 
h pente, déjà rapide auparavant, rélait en- 
core devenue davaotagc depuis peu par uu 
•nouvel éboQÏement des terres. Ce fut 
alors nue les troupes furent saisies de 
irajeor, eî que le courage commenra à leur 
manquer, Im première pensée qui vint à An- 
nibaJ fut d^éviter le défilé par quelque dé- 
tour. Mais la neige ne lui permît pas d^en sor- 
lir. li j fut arrêté par un incident partit ulier, 
et qui est propre à ces montagnes. Sur la 
neige de l'hiver précédent, il en était tombé 
de nouvelle : celle-ci, étant molle et peu pro- 
fonde^ se laissait aisément soulever: mais 
quand elle eut été foulée, et que Ton marcha 
rar celle de dessous qui était ferme et qui ré- 
sistait ^ les pieds ne pouvant s^assurcr » les sol- 
dais chaDcelaus faisaient presqu''aulant de chu- 
tes gae de pas, comme il arrive quand on met 
le pied sur un terrain couvert de glace. Cet 
accident en produisait un autre plus fâcheux 
encore. O^^^^d '*^^ soldats étaient tombés 
et qu'ils toulaiênt a^aider de leurs genoux^ ou 
^Vcrocher à quelque chose pour se relever, 
ilstutralnaîent avec eux tout ce qu^ib avaient 
pris pour se retenir. Pour les bûtes de charge, 
aj>rt'S a\oîr cassé la glace en se relevant^ elles 
restaient comme glacées elles-mêmes dans les 
trous qu^ elles avaient creusés , sans pouvoir, 
sous le i»esaQt fardeau qu\^lles portaient, 
Taîncre la «fureté de la neige qui était tombée 
là depuis plusieurs années. Il fallut doue cher 
cher un autre expédient. 

II prit le parti de camper à la télé du défilé^ 
et pour cela il eu fit ôter la neige* On creusa 
ensuite par ses ordres un cbemin dans le ro- 
cher même, et ce travail fut poussé avec tant 
de vigueur, qu'au bout du jour où il avait été 
entrepris, les b<5tes de charge et les chevaux 
Itscendirent sans beaucoup de peine. On les 
cnTfjja aussitôt dans des pâturages, et l'on 
étaUîtle camp dans la plaine, où il n'était pas 
(om^de neige. Restait à élargir assez le ehe- 



CHAPITRE Xï. 



m 



niiu pour que les élupbans y pussent passer. 
Ou donua cette liklic aux Numides, que l'on 
partagea par bandes qui se succéda leut les 
unes aux autres, et qui parent à peine fmijr 
en trois jours* Au bout do ce temps les élé- 
phansdescendireut, exléuuéspar la faim, elnç 
pouvant qu^avcc peine se soutenir ; car quoi- 
que sur le penchant des Alpes il se trouve des 
deux côtés des arbres et des forêts, et que la 
terre y puisse être cultivée, il n'en est pas dq 
même de leur cime et des lieux voisins. Cou- 
verts de neige pendant toutes les saisons, 
comment pourfaîenl ils rien produire? L'ar- 
mée descendit la dernière, et au troisième 
jour elle entra eufin dans la plaine, mais de 
beaucoup inférieure eu Dond>re à ce qu'elle 
était au sortir de l'Espagne. Sur la route elle 
avait beaucoup perdu de monde, soit dans les 
combats qu'il fallut soutenir, soit au passage 
des rivières. Les rochers et les défUés des Alpes 
lui avaient encore fait perdre un grand nombre 
de soldats, mais incouiparablement plus de 
chevaux et de bêles de cbarge. Il y avait cinç 
mois et demi qu^Annibal était parti de la nou- 
velle Carlhage, en comptant les quinze jours 
que lui avait coulés le passage des Alpes, 
lorsqu^il planta ses étendards 4^ns les plaines 
du ¥ù el parmi les Insuhricus, sans que la di- 
minution de son armée eût ralenti ne rien de 
sonaudaceXependant il ne lui restait plus que 
douze mille Africains et huit mille Espagnols 
d'infanterie, et six mille chevaux, C^eslde lui- 
même que nous savons cette circonstance, 
qui a été gravée par son ordre sur une colonne 
prés du promontoire Lac i ni en. 

Du cOlé des Romains, PubliusScipion, qui, 
comme nous l'avons dit plus haut, avait en- 
voyé en Espagne Cnéius, son frère, el lui 
avait recommandé delout tenter pour en ehas- 
ser Asdrubal , Scipion , dis-]e , débarqua au 
port de Pise avec quelques troupes, dont il 
augmenta le nombre en passant par la Tyr- 
rhênicoù il prit les légions qui, sous le com- 
mandement des préleurs, avaient été envoyées 
là p<mr faire la guerre aux Buîens. Avec cette 
armée, il vint aussi camper daus les plaines du 
P6 y pressé d'un ardent désir d*en venir aux 
mains avec le général cariJiagînois. 




j 



94 



HISTOIRE GÉNÉR.VLE DE LX RKPLBUQIE ROMAIXE, U.v m 

con^ iciis que iiour eu renouveler le souvenir. 
tV&luii grand secours que dVii voir les noms j 
mai* quand il csl qui^stiuu de teux qu^on ue 
connaît pnlnt du tout, il ne serl pas [ity^^ dr 
les nommor, que si Ton faisait entendre le 
sou d'an instrument , ou tout autre chose qui 
ne signifierait rieu; car IVsprit n^'ayanl pas 
sur qutjî s^ipjmyei , et ne pou\aûl rapjiorter 
ce ([uH entend a rien de connu , il ne lui reste 
qu'une notion vague et confuse. Il faudrait 
donc trouver une nielliodc par laquelle on 
conduisit le Ici teur a la connaissance des 
chos4.*s inconnues, eu le^ rapportant k des 
idées solides et qui lui seraient familières* 

La première , la plus étendue et la plus uni- 
verselle notion qu'où puisse' donner, c'est 
celle p;tr laquelle on conçoit , pour peu d'in- 
telligence que l'on ail, la division de cet uni- 
vers en quatre parties^ et Tordre que ces parties 
gardent entre elles, savoir : l'orient, le cou- 
chant, le midi et le septentrion, Tue autre 
notion, c'est celle par laquelle, plaçant par 
IVspril les dîfférens endroits de la terre sous 
quelqu'une de ces quatre parties, nous rap- 
portrms leslieu\ qui nous sont inconnus .à des 
idées connues et familières. Apn^ avoir fait 
cela pour le monde en genéraL il n'y a plus 
qu*è Jïartager de la même uianière la terre que 
nous connaissons. Celle-ci est prtagée en 



{lendaut les quarlîersdiûver. cl tout étant ré- 
glé pour la sûreté de l'Afrique et de PEspagne, 
au jour marqué il se met en marche à la léle 
de quatre ^ingl-deu\ mille hommes de pied 
et environ douze mille chevaux. Axant passe 
l*ÈI»re. il soumet «i son pouvoir leslbergéies, 
les Bargusîens, les Ercnésîens, les Andusiens, 
cVst-à-dlrc les peuples qui liabîlent depuis 
l'Être jusqu'auv monts Pyrénées, Après sV- 
tre rendu maître en peu de temps de Icmsces 
pcnp1t*s, et avoir pris qiK-îcjues villes d'assaut, 
non sans livrer de sanglans combats et perdra» 
beaucoup des siens, il laissa tlantian en deçà 
de ri'^bre pour t commander, et pour retenir 
aussi dans le dc\uîr les Bargusîens. dont il 
se défiait , princîpîilemenî à cause deramîlié 
qu^ils avaient pour les Romains. 

Il détacha de son année dix mille hnnmjes 
de pied et mille chevaux , qu'il laissa à Han- 
oon, avec les bagages de ceu\ qui devaient 
marcher avec lui. Il renvoya un pareil nom- 
brc de soldats chacun dans sa patrie, premiè- 
rement pour s'y menacer l'ami lié dt^ peuples, 
et en S'tTond lieu pour faire espérer et au\ 
soldats qu'il gardait, et à ceuv qui restaient 
dans PEspagne, qu'il leur serait aisé d'obte- 
nir leur congé i motif puissant [*om les porter 
k prendre les armes dnnslasuîle. slî arrivait 
qu'il eût besoin de leur secours, Srn nrnw'ese 
trouvant alors déchargée de ses |î;igages,et 
composée de cînfjuante mille hommes de pted 
et de neuf mille chevaux, il lut fait prendre 
^ marche par les monts Pv rénées pour aller 
passer le Rhône. f!ette armée n'était pas à la 
%*érilé extrêmement nombreuse, mais c'étaient 
de bons soldats, des lroupc»s merveîlleuse- 
tnenl exercées par les guerres continuelles 
qu'elles avaient faiies m Esjiagne. 

Mais de peur que par rîgnoraucedes lîeux 
on ait de la peine h suivre le récit que je \nh 
faire , il est h prf*pos que j'indique de quel 
endroit partit Aiinibal . par où il passa . et en 
quelleparlîederitati** il arriva. Pour cela il ne 
faut pas st* contenter de nommer parleurs noms 
leslieux, les (lenves et les villes, comme fout 
quelques historiens, qui s'imaginent que cela 
mtfïi pour donner une connaissance disûncle 
d**s lieux Quand il s'agit de lieux cmuius . je 



L 



trois parties. La première est PAsie, la seconde 
TAfrique, la troisième PEurope. Ces trois 
parties se terminent au TanaTs, au Niî et au 
détroit des tjiloniH's d'Hercule. L'Asie con- 
tient tout le pays qui est entre le Ml et le Ta- 
nafs, et sa sîtualion p:ir rappi^irt u l'univers 
est entre le levant dVié cl le midi, L'Afrique 
est entre !c Nîl et les Colonnes d'Hercule , 
dans celle partie de l'univers qui est au midi 
et au (*<»uchant d'hiver jus<]u'au couchant 
équinoxial , qui tombeaux Odonues d'Her- 
cule. Ces deux parties cousidéréi*s en général 
occupent le côté méridional de la mer Médi- 
terranée, depuis l'orient jusqu'au couchant. 

L^Europe, qui leur est opjHisée^, s'étend 
vers le septentrion , (*t occupe tout cet espace 
depuis l'orientjusfju'auconcbanl. Sa |>arlieU 
plus considérable est au septentricm enlrt* U 
Tanaïs et NarlM>nue, biqudlc au couchant 




1% u. wi î/Tn LIVRE IIL— t 

i^cst pas fort èbîgiiœ de Mîirseiiïtv, ui des 
eoibi)ucbures pfir lesquelles le Klione se dé 
charpo dans la iiut ilo Sardaignr.CVHl à [wii- 
lir doXarbomie et atilonr du HlnViicjusiiu^nix 
monts Pvrênécs qu1ial>ïtent [es Gauli>is^ depuis 
la Médilerrauèe jus{|U'â l'Omyt, Le resle de 
PEurope depuis ees moiiiagiies jusqu'au cqu- 
chanl el au\ er>loimes d'IIerfule , est borné en 
partie par notre mer el en partie par la mer 
fîiLVi^rVeure, La par lie qui t^l \v lun^c de la Me- 
dilc^rratiée jusqa^aax Colonnes d'Henule, 
^^sppelle Ibéno, Le cèle qui est sut la mer ex- 
lériVure ou la grande mer, ii*a poinl encore 
fie nom connu , pane que re if es^l que de- 

Kis p«?u qu'on l'a dérouverl. M est lïeeupé 
r des nations barluires, qui soiil en j^^rand 
inbre« el dont nous parlerons**» pîirtîf ulier 
nsia suite. Or^ eonnne personne jusqu'à nos 
joura^o^a pu dislingner elairentenl si rEthio- 
pic , cm rXsie et T Afrique se joîj^nent, est un 
iTonlinent qui $\*lend vers le midi tm est 
imvirofinée de la nier, nous ne eonnaisscuis 
rien non plus dercspee(|uiesl entre leTanaïs 
ft NarlKmne jusqu'au septentrirm. Peut-être 
qacdaos la suite en multipliant nos investira- 
tkms nous en apprend ronsquelcpieehose. ^laîs 
m peut hardiment assurer que tous eeni\ qui 
en fiarlent ou qui en éeriventaujourd'bui» par- 
lenlel écrivent sans savoir^ et ne nous débi- 
tent que des fables. Voila ce que j^a\a's â dire 
pour rendre ma narratîtni plus ( laire à eeu\ 
C[UÎ n'ont aucune connaissance des lieux : ils 
peuvent maintenant rapporter ce qu'on leur 
dira aux différenl(*s parties de la terre, en se 
r&ghnt sur celles de l'univers en général. Car 
comme en rc^gardant on a coutume de tourner 
le visage vers rendrott qui nous est désigné; 
de même en lisîmt il faut nous Iransptuler en 
esprit dans lotis les lirux dont m\ i»ous parle. 
Nais il e«t temps de reprendre la suite de nrMre 
histoire. 

CHAPITRE VIIL 

Qiemiii qti'Aonlbal eu\ à hhepnuT pa^er ûe Carttiftfpç l«-neuve 
ftt tUlie^ — Lei Roindiui »e dUpo^etiU porter !i guern^ rn 
Afrique,— Troubles «lUc l«ur susrii<rni l<*9 Iloïcns. — lunihol 
«rrht M BliAne , et le passe. 

Les Carthaginois, dans le temps *|u'AnnibaI 
rtil, étaient maîtres de toutes les proi în- 



HAPITRE VIU. 



»5 



cesrf'Afriquc qui sont sur la Méditerranée^ 
depuis les autels des Pbiléniens, qui sont le 
long de la grande Svrte, jusqu'aux colonnes 
dM[ercule,ce qui friit une* ôte dépens de seize 
mille stades de longueur. Puis a\ant passé le 
détroit où sont les Colimm^s d'Hercule, ils se 
soumirent toute rEspajj-'ne jusqu'aux rochers 
ou du rùtéde nntre mer ahoutissenl les monts 
Pvrenées , qui divisent les Ibères d'avec 
les Gauhus. Or de ces rochers aux Colonnes 
d'H(*rcïde il y a cinironhuit mille stades; car 
on en compte trnîs nulle depuis les Cfdonnes 
jusqu'à Cartbagéne on la nouvelle Carthage , 
connue d^uitres rappellent. Depuis ceîte ville 
jnseju'ii PKbre il y en a deux mille deux cents; 
depuis lajusqu'à Empnrîuni seize cents, et tout 
autant d'Emporîum au passage tlu lîliône; car 
lesR(»mains ont distingué cette route avec soin 
pardesi'spacesde huit stades. Depuis le passage 
du Rhône en allant vers ses sourcf s jusqu'au 
commencement des Alpes, d'où Ton va en Ita- 
lie, on compte qnatnr^ce cents stades. Les hau- 
teurs des Alpes ^ après lesipndlcs on se trouve 
dans les plaines d^Italie, qui sont le long du 
Pô , s'étendent encore h d<nize cents stades. Il 
fallait dune qii'Aunîbal traversa t environ neuf 
mille stades |mnr venir de la nouvelle Car- 
thage en Italie. Il avail déjà fait presque la 
moitié de ce i-hennn ; mais ce qu'il lui en res- 
tait à faire était le plus dinieih*. 

Il se préparait à faire passer à son armée 
les détroits des monts Pyrénées, où il crai- 
gnait fort que les Gaulois ne Parrétassent ; 
lorstpielesRomainsapprirent par lesanihassa- 
d en r s e n \o\ es à t ' a r I h a ge , ce q u î s' v é t a î t d î t 
et résolu, elqu'Aimibalavait passé TÈbre avec 
une armée. Aussitôt on prit la résolution 
dVnvover en Espagne une aniiée sons le com- 
mandement de Publiiis Cf^rnelius. et une au- 
tre en Afritpie st>us la conduite de Tibérius 
Semprunins, Pendant que res deux consuls le- 
vaient des trrnipeset faisaient tes autres prépa- 
ratifs, (Uî se pressa de finir ce qui regardait les 
eo If mies, qn^m avait auparavant décidé d'en- 
voyer dans ta tianle Cisalpine. Oji enferma 
les villes de murailles, et on donna ordre h 
ceux qui devaient y habiter, de s'y rendre 
dans l'espace de trente pmrs. Ces colonies 






iJUil 1 II 



»è HISTOIRE GÉNÉRALE DE 

élaioiil chiwmic de six mille perscniii«*s ; une 
fut platvc t*D Jprà du Fô, ol fui ;inp*^ll<*e Plaî- 
sauco , el l'iiutro au-dolh du uu^inc* lî*'uve, 
' et ou lui doiuia le iioui dé CiTiucmo. 

A peiuc ces roluuies furcul-elles élal»lî(*s, 
Pque les Gaulois appelè§ Uoïetis , cjuî déjà 
liulierni^ a> aient elienljê à rouipre aiec les 
fBouiains, sans avoir pu ncn evêcuter foule 
IdViecasiou, appreuaiittpie 1rs ('arth.if.'iuoîs ap- 
L|irodiaieiil. Hse promettant Leiiuroiip de leur 
[>ur», se délai hèrenl des Roiuaîns, el leur 
ralkdiidouiièreul les tUages tprils a\ aieul don- 
[aés après la deruière guerre. Us eiiïraiiïrreul 
laus It^ur révirlli* les Insutirieus, qu^uu aucîeii 
ressenti lueut ronlre les Romains disptsait 
drjà à uue sédition, et tiuis euisenilile ravagè- 
rent le [>avs que les Romains a\ aieul parfa^è. 
Les fuxards furent poursuivis jusqu^i >Iu- 
liue, au Ire iolonîe d(*s Romains. Muline elli*- 
lueiue fut assiêgiVe, Ils y in^eslireut trois Ro* 
maius distingués qui avaient été cuvou's pour 
faire leparlagides terres. sa\oir. CLurtatius, 
personnage cousulaire, et deux préleurs, 
Ceuv-ri demaudèreut a être éeoutés , et le^ 
Boït'o^ leur doumMeulaudienee; mais au sor- 
tir de la eoniéreui e, ils eurent ta perlidie de 
sVu saiisir. dans la pensée tjue par leur nnnen 
i I s p< j u r ra ie n l ren >i i \ rer le u rs 6 1 a g i 's . Su r ee t te 
nouvell4*Lurins>iaalius, qui coniinandail une 
armée dans le piv**. se liAla «i'aïler au seeours. 
Les Boïeus le seulanl pro* lie. ilressérent des 
endmsrades dans une forél, et dé>qu(* les Rc^ 
maius \ furent entrés, ils fcmilii enl sureu\ de 
tous les cotés, el luéreut une grand** (uirtie 
de rarmé** nuîiaîiie. Le reste |>rit la fuite dés 
le eouuuenetuneut du i't>mhat. Ou s<' rallia à 
la vérité quand ou eut gagné les liautenr.s, 
mais de telle snrte. qu'à peine cela pouvait il 
passer pour une honnête retraite. Ces fuvards 
furent poursuivis par le* Bcuens.qnites inves- 
tirent dans un liourg appelle Fanés, La nou- 
velle vint à Rf nue que la quatrième armée 
était enfermée el assiégée par les BoTens : sur 
le elianqi ou einova à sou stnours les troupes 
qu'on avait levées pour Publin^îi, et ou en 
l donna le rommaudement à un préteur. Ou 
orduiina ensuite à Pnldius de faire pimr lui 



LA RÉPl BLIOIE ROMAINE v t sôô } 

h situation des affaires daus les Gaules k Tar- 
rÎTw dWnnibidj comme nous Puiiousdéja dit 
dans nos premiers livres. 

Au commencenumt du printemps 1rs van- 
sids romains « ayant fait lous les prépara tifs 
nèeessaires à revèruliou de leurs desseins , 
se mirent en uiiT , Publius avec soivante vais- 
seau v pour aller eu Espague, et Tibérius 
Semprouius a ver cent soi van te vaisseaux 
Itmgs à « ioq rangs, pour se n^ndre en Afri- 
que. Celui-ci s\v pril d'abord avec tant d'ini- 
pèluosîté, fit des préparatifs si formidables à 
Liijibée, assembla de tous cAtés des troupes 
si nombreuses , qu^on oM dit quVn dèliar-* 
quant il vimlait mettre le siège devant Car- 
lliagc même* Pubhus longeant la eote de !i- 
gurie, arriva le cinquième jour dans le voisî-^ 
nage de Marseille, et avanl abordé à la pre- 
mière embouchure du Rbône. qu^'on ap[K'[|e 
IVudxniehure de Marseille» il mil ses tnm[>es 
à terre. Il apprit là qu'Annibal avait passé les 
PvK'nèes; mais il croyait ce général enrore 
bien éloigné , tant a cause des diOif ultès «pie 
les lieux lui devaient oppos4»r. que du grand 
mmibre des Gaulois au travers destpiels il Td- 
lait qu^il march,^t. Cependant Annibal , aprè^ 
avoir obtenu des G.iulois, en partie par argent, 
en partie par force, tout ce qu^il v i mlait , arriva 
au Rlionc avec son armée, a\aut *i sa droite 
la mer deSîirdaigue. Sur la nouvelle que lis 
ennemis élaîenf arrives, Publius, sm! que la 
célérité de cette marche lui partit îuen>yable , 
soit qu^it vouhïl îi^'iustruire exaclement de la 
\ é rî lé de la cl i ose , e n v o v a à I a d éc< >u v e r t e 
trois cents cavaliers des [dus Imives, el v joi- 
grnl . |M>ur les :riuder el soutenir , les Gaulois 
qui servaient pour lor> à la s<dde des Mai^eil- 
lais. IVndaut ce leraps-là, il fil ra fraie liir siui 
armée, el délilM^rail avec les tribuns quels 
postes ou devait occaper , et où il Hillait don- 
ner lia taille aux ennemis . 

Aimibal. arrivé à environ quatre jourim^s 
de IVmbouchure du Rhône, entreprit rie 
le passer, parée* que ce lleuve U'avail la que 
la simjde ltir;4(uir de s<m iiL Puurixda il com- 
mença par se concilier rauiitié de tou5 ceux 
qui habitaient sur les bords, el acheta dVux 
lous leurs canots et ehalouf>es , dont ils ont 



ûuo.a»l LIVRE lil.- 

grand nombre, à catiso de leur rommerre 
par mer. Il acheta outre cela loul le bais qui 
éiaixi propre à construire encore «le pareils bâ 
timeiis, et dont il fit en deux j^mrs une quan- 
lUé extraordinaire de bateaux , rhacuo s'ef- 
farçant de se mettre en état de, n'avoir pas 
kesom de secours étranger pour passer le 
leoTC. Tout était déjà préparé, lorsqu'un 
grand notnbre de Barbares s'assembla sur 
Tautre Viord ptmr s'opposer au passage des 
Carthaginor!i. Annibal alars faisant réflexion 
qu^U D^ét^t pas possible (Pafrir par force eou- 
îre une si grande nmllitude d'ennemis ^ et 
^occepeodaDi il ne pouvait rester ta, sans 
■rir risque d'être enveloppé de tous les c6- 
I, détacha à l'entrée de la troisième nuil 
» partie de son armée sous le commande- 
il d'Itaiinon » fils du roi Boniilcar^ et lui 
douas pour guides quelques gens du pays. Ce 
dèticbeaiient remonta le fleuve jusi|u'à envi- 
ron deux cents stades, où il trouva une pe- 
tite île qui partageait la rivière en deux: on 
s'f logea ; on y coupa du bois dans une forêt 
voisine, et les uns façonnant les pièces oéccs- 
sairestles autres les joignant ensemble, eu peu 
de temps ils fabriquèrent aul,int de radeaux 
^Hl en fallait pour passer le fleuve , et le pas- 
sèrent en effet sans que personne s'y opposât. 
Ils s^emparèrent ensuite d'un poste avanta- 
geux, et y restèrent tout ce jour-là pour se 
dék^er et se disposer à exécuter l'ordre 
ipi'Annîbal leur avait donné. 

Ce ççènéral faisait aussi de son côté tout ce 
cpa^W pouvait pour faire passer le reste de l'ar- 
mée. Mais rien ne l'embarrassait plus que ses 
èlépliatis^qui étaientao nombre de trente-sept. 
Cependant, à la cinquième nuit, ceux qui 
ayaient traversé les premiers s'èlanl avancés 
sur Tautre bord vers les Barbares à la pointe 
dn jour, alors Annibal^ dout les soldats étaient 
prêts, dîsposa*tout pour le passnjpre. Les soldats 
pesamment armés devaient monter sur les plus 
grands bateaux, et l'infanterie légère sui* les 
plus petits* Les plus grands ètaieut au dessus 
et le^plus petits au dessous-, alin que ceux- 
là soutenant la violence du cours de l'eau, 
ceux-ri en eussent moins à souffrir. Ou pensa 
encore à faire suivre les chevaux à la nage, 



CHAPITRE 1\. 



«T 



et pour cela uu hommc^ sur le derrière des 
bateaux, en tenait parla bride trois ou quatre 
de chaque côte. Par ce moyeu, dès le premier 
passage, on en jeta uu assez g^rand nombre sur 
l'autre bord. A cet aspect , les Barbares sor- 
tent en foule et sans t»rdre de leurs relranche- 
mens, persuadés qu'il leur serait aisé d^arréter 
les Carthagfinois au débarquement. Cependant 
Annibal voit sur Tautre lïord une fumée s'é- 
lever ; c'était le signal que devaient donner 
ceux qui étaient passés les premiers, lorsqu'ils M 
seraient près des ennemis. Il ordonne aussitôt ■ 
que l'on se mette sur la rivière, donnant ordre 
à ceux qui étaient sur les plus grands bateaux 
de se raidir tant qu'ils pourraient contre la 
rapidité du fleuve. On vit alors le spectacle 
du monde le plus effrayant et le plus capa- 
ble d^inspirer la terreur. Sur les bateaux les 
uns s'encourageaient mutuellement avec de 
grands cris, les autres luttaient pour aînsî 
dire contre la violence des Ilots. Les Cartha- 
ginois restés sur le bord animaient leurs 
compagnons par des cris ; les Barbares, sur 
l'antrebord, demandaient à conibattrc en fai- 
sant des hurlemens affreux. Eu même temps 
les Carthaginois, qui étaient deFautrecôté du 
fleuve, hiodent tout d'un coup sur les Barba- 
res; les uns mettent le feu au camp , les au- 
tres en plus grand nombre chargent ceux qui 
gardaient le passage. Les Barbares sont ef- 
frayés; une partie court aux tentes pour arrê- 
ter l'incendie , le reste se défend contre l'en- 
nemi. Annibal animé parle succès^ à mesure 
que SCS gens débarquaient, les rangea en ba- 
taille, les exhorta à bien faire , et les mena 
aux ennemis qui, épouvantés et déjà mis en 
désordre par un événement si imprévu, fu- 
rent tout d'un coup enf[>ncés et obligés de 
prendre la fuite. 

CHAPITRE IX. 

niscûarj ée MAgile, roi ^tuloia * <!l ilAnnibiil aux CDrlbafiDait. 
■— Combat enitt deux partis coToy*s A lo découvre. — !>■*- 
$ëg9 des éJéphana.i— ÈklTaragaDce des htsiorleofi furle pai^ 
sage de» Atpl^& par Antubaf. 

Annibal maître du passage ^ et en même 
temps victorieux, pensa aussitôt à faire passer 
ce qui restait de troupes sur l'autre bord, et 
campa cette nuit le long du fl^euve. Le matiit^ 

7 



I 
1 



\ 



ii HÏSTOIB^ GÉNÉRALE DE 

sar le bruit que la flotte des Rotnaios était 
^mïTivée à ^embouchure du Rhône, i! détarha 
rinq cents chevaux numides pour reconnaî- 
tre où étaient les ennemis, combien ils étaient , 
et rc qu'ils faî&aienl. Puis , après avoir donné 
ses ordres pour le passage des èlépbans, il as- 
sembla son armée, fit approcher Magile, pe- 
tit roi qui Pétait venu trouver des environs 
éa Vu . et fit expliquer aux soldats par un in- 
terprète les résolutions que les Gaulois avaient 
I prises ^ toutes très-propres à donner du cœur 
jf l de la coutiance aux soldats ; car sans par- 
[|er de Fimpression que devait faire sur eux la 
[présence de itrens qui les appelaient à leur se- 
r cours, et qui leur promettaient de partager 
avec eux la guerre contre les Romains, il 
.semblait qu^un ne pouvait se défier de la 
^ promesse que les Gaulois faisaient de les con- 
duire jusqu'eu Italie par des lieux où ils 
pe manqueraient de rien, cl par où leur mar- 
jçhe serait courte et sure. Magile leur faisait 
imcore des descriptions magnifiques de la fer- 
[îiiité et de rétendue du pays où ils allaient 
'tnlrer, et vantait surtout la disposition où 
étaient les peuples de prendre les armes eu 
leur faveur contre les Romains. 

Magile retiré, Anuibal s^approcha, et com- 
mença par rappeler à ses soldats ce qu'ils 
avaient fait jusqu'alors. Il dit que : quoiqu'ils 
iic fussent trouvés dans des actions extraor- 
^^Ldinaires et dans les occasions les plus péril- 
^Hkuses, ils n^avaient jamais manqué de réus- 
^Hiir , parce que dociles à ses eonseils , ils n'a- 
^^Vf aient rien entrepris que sur ses lumières; 
^^Tqu^ils ne craignissent rien pour la suite; qu'a- 
r près avoir passé le Rhôue et s'être acquis des 
alliés aussi affectionnés que ceux qu'ils 
voyaient eux-raéroeSj, ils avaient déjà surmon- 
té les plus grands obstacles ; qu'ils ne s'in- 
quiétassent point des détails de IVntreprise ; 
qu^ils n'avaient qu'à s'en reiiosersur lui ; qu'ils 
fiuBent toujours promptsà exécuter ses ordres^ 
ffifii^tU ne pensassent qu'à faire leur devoir, et 
i ne point dégénérer de leur première valeur. 
Toute Tarmèe applaudit , et témoigna beau- 
coup d'ardeur, Annibal la loua de ses bonnes 
I diiposîtions, fit des vcpux aux Dieux pour elle, 
^ loi donûa ordre de se tenir prête It décam- 



LA RÉPrBtIQUE R0^L4DÎE- ça, u. «•! 

per le lejidemain matin , et congédia Tassem* 
blée. 

Sur ces entrefaites arrivent les Numides 
qui avaient été envoyés à la découverte. La 
plupart avaient été tuèsJc reste mis eu fuite. 
A peine soi^lis du camp^ ils étaient tombés 
dans la marche des coureurs romains, envoyés 
aussi par PubUus pour rectinnaitre les enne- 
mis . et ces deux c^>rps s'étaient battus avec 
tant d'opiniâtreté , qu'il périt d'une part en- 
viron cent quarante chevaux tant Romains 
que gaulois, et de Pautre plus de deux cents 
Numides. Après ce combat les Romains en 
poursui\ant s'approchèrent des retranchc- 
mens des Carthaginois, examinèrent tout de 
leurs propres yeux, et coururent aussitôt 
pour informer le consul de l'arrivt»e des enne- 
mis, Pubtius, sans perdre de temps, mil tout 
le bagage sur les vaisseaux, et fit marcher le 
long du fleuve toute son armée dam le des- 
sem d'attaquer les Carthaginois. 

Le lendemain à la pointe du jour , Annibal 
posta toute sa cavalerie du côté de la mer 
comme en réserve, cl donna ordre à rinfan- 
terie de se mellrc en marche. Pour lui, il at- 
tendit que le^ élèpbans et les soldats qui 
étaient restés sur Tautre bord eussent rejoint. 
Or voici comme les élèpbans passèrent. Après 
avoir fait plusieurs radeaux, d'abord ou en 
joignit deux l'un à l'autre, qui faisaient en- 
semble cinquante pieds de largeur , et on les 
mil au bord de l'eau, où ils étaient retenus 
avec force et arrêtes à terre. Au bout qui 
était hors de l'eau on en attacha deux autres, 
et Ton poussa celte espèce de pont sur la ri- 
vière. Il était à craindre que la rapidité du 
fleuve n'emportât tout l'ouvrage. Pour pré- 
venir ce malheur , on retint le côté exposé au 
courant par des cordes attachées aux arbres 
qui bordaient le rivage. Quand on eut pf>rté 
ces radeaax à la longueur d'environ tleux 
cents pieds, on en construisit deux autres 
beaucoup plus grands que l'on joignit aux 
derniers. Ces deux furent liés fortement Tuu 
à l'autre; mais ils ne le furent pas tellement 
aux plus petits , qu^il ne fût aisé de les déta- 
cher. On avait encore attaché l>eaucoup de 
cordc9 aux petits radeaux ^ par te moyen «tes- 



1 




trHti' m.— CKtpffii ïx. 



les naêeTles destinées à \vs romor*(uer 
missent tes affermir contre rîmptUuosîlé de 
r«m , el Ic5 anaener jasqQ-au bord avec les 
éirphans. Les deux ^aods radeausL forent en- 
«ite ccfarcrts de terre el de gazon » afin que 
ff poot fût semblable en loiil au chemîo qa'a- 
îrâit à faire les èlèphanspour (*n approcher. 
Sot terre ces animaux s'étaient toujours laîs- 
'►T^manief à leurs conducteurs; mais ils n*a- 
\Û£ii\ cocote osé mettre les pieds dans l'eau. 
FfiiirkçTiaire entrer, on mit à leur lète 
ifcffT éfèpksns femelles^ qu'ils suivaient sans 
èésfter. Ils arrivent sur les derniers radeaux , 
m coupe les cordes qui tenaient cenic-cî atla- 
m^h ' ^ ' " :rands. les nacelles remor- 
H^i ^ M liieiitôt les éléplians loin 

fe r»deaax qui étaient couverts de terre. 
IfAurd ces anîmaut effravés , inquiets » al- 
tewfit el Tinrent de côté el d'aulrc. Mais 
f fftu &^l ils se voyaient environnés leur fit 
p«ir, et tfs retint en place. Cest ainsi qu'An- 
DÎhif, arfoignaDt des radeaux deux k deux , 
tmsTileseciet de faire passer le Rhône h la 
pfupartdcses cléphans* Je dis à la plupart; 
car tb ne passèrent pas tous de la même fa- 
foo. n V en eut qtiî au Tnilîcu du trajet tom- 
berait de fravcur dans la rivière. Mais leur 
AulFDe fut funeste qu'aux conducteurs. Pour 
wtb force et la longueur <lc leurs trompes 
Vaûnde danger. Eu élevant ces trompes au 
JfianDtliï Teatt , ils respiraient, et éloignaient 
tom tt *\m pouvait leur nuire, et par ce 
Bwr>i|eiii^ vinrent droit au bord malgré la ra- 
^itètekttve, 

Qu^inà JcsHéphans furent passés, Annibal 

lldVoxetde îa cavalerie sou arrière-gar- 

Ifî* eî marcha le long du fleuve , prenant sa 

îôtilp de la mer vers rOrient, comme s'il eût 

fortîr, .^r.rrfT dans le centn» des terres euro- 

y ir le Rhône ases sources sur le ver- 

1^ iMrciilontal des Alpis et au dessus du 

g* Adriatique , et coule du nord au 

tBi, n prend son cours vers le couchant 

fhrrer^ el se décharge dans h mer de Sar- 

t%ae. Ses eaux traversent toute une vallée, 

dont les fîaulois appelés Ardycns occupent 

Jr ilrionalj et le cùté méridional 

h^ wi^*c 1"^ tes racines des Alpes , qui st>ul 



99 

vers le seplenlrion. Cette vallée est séparée 
des plaines des environs du P6 par les Alpes, 
qui sVtendent depuis Marseille jusqu'à l'ex- 
Irémité du golfe Adriatique, el qu' Annibal , 
venant du Rhône, traversa pour entrer dans 
ritalie. 

Quelques historiens , pour vouloir étonner 
leurs lecteurs par des choses prodigieuses^ en 
nous parlant de ces montagnes, tombent, sans 
)• penser, dans deux défauts qui sont trés-cx*n- 
Iraires à riustoîre;ils content de pures fables, 
el se contredisent» Ils commencent par nous 
reprêsenlerAnnibalcomnienn capitaine d^uno 
hardiesse et d'une prudence inimitables; ce- 
pendant , à en juger par leurs écrits » on ne 
peut se défendre de lui attribuer la conduite 
du monde la moins sensée, lorsqu' engagés 
dans leurs fables ils sont en peine de trouver 
un dénçùment , ils ont recours aux dieux et 
aux demi-dieux^ arlîfice indigne de^histoire, 
qui doit rouler toute sur des faits réels. Ils nous 
peignent les Alpes comme si raides etsîcscar' 
pées , que , loin de pouvoir les faire passer à 
de la cavalerie, à une armée, à deséléphans, k 
pcincrinfanterie légère en tenterait-elle le pas- 
sage. Selon ces historiens, les pays d'alentouf 
sont si déserts, que si un dieu ou demi - dieu 
n'était venu monlrer le chemin à Annibal , 
sa perle et celle de toute son armée était 
inévitable. N'est-ce pas là visiblcmeut débiter 
des fables et se contredire? Car ce général 
n'eût-îl pas été le plus inconsidéré et le plps 
étourdi des hommes, s'il se fft t mis en marche 
à la télé d'une armée nombreuse, et sur la- 
fiueltc il ffmdail les plus belles espérances , 
sans savoir ni par où il devait aller, ni la na- 
ture des lieux où il passerait ^ ni les peuples 
chez lesquels il tomberait? Il eût été mémeplui 
qu'inconsidéré s'il eût tenté une entreprise, 
qui non seulement n'était pas raisonnable, 
mais pas même possible. D'ailleurs condui- 
sant Annibal avec une armée dans des lieux 
inconnus, ils lui font faire , dans uii temps oiï 
il avait tout à espérer, ce que d'autres feraient 
à peine , quand ils auraient tout perdu sans 
ress<mrce ^ et qu'ils seraient réduits à lader- 
nîéfe extrémité. Lorsqu'ils nous dîsenlencore 
que dans ces Alpes ce ne sonl que déserts , 



I 



I 



I 
I 



Ixti 



LIVRE m— CHAPITRE \. 



lOf 



' auquel il était très difficile d- èchaper. 

Ifatfii^ii fat dans le pldt pars . les cbefs des 

IIÉrn|.r" ne rinqiiiétérent pas dans sa mar- 

é^ioît qn^ib redoatassent la cavalerie car- 

tfwiiii , ou que les Barbares « dont elle 

ai WDcamf^gnèe , les tinssent en respect. 

liifMMl eeiEX*ci se furent retirés, et qu'' An- 

Ûà conBOiça à entrer dans les détroits des 

mli^io, alors les Ailobroges coururent en 

gnaà woèn s^emparer des lieuT qui com- 

WÊaàâÊaitmT par où il fallait nèeessaire- 

JBO^fBr famée d\4juiibal passât. C'en était 

fmi de son année , si leurs pièces eussent été 

ikMOnfSts ; mais comme ils^ cachaient mal , 

flipoiilAitoal, sil s firent g^raiid tort à Au* 

ttÛ. fls ne s^en firent pas moins à eu- 

Cl fiaén], averti du stratagème des Bar- 
au pied des montagnes ^ et en- 
--uus de ses guides gaulais pour 
la disposition des ennemis, fis 
iFfùm Are à Annîbal que^ pendant le jour, 
b &amÊm gardaient exactemcment leurs 
ptÊm, uûs que pendant la nuit ils se reti- 
t *lanc une rille Toîsine. Aussitôt le Car- 
f dresse son plan sur ce rapport; il fait 
afltiiijaiir avancer sou armée prés des dé- 
flèi^ et campe assez proche des ennemis. La 
ttailTcane, 9 donne ordre d^allumerdes feux, 
Use h ^bi grande partie de son armée dans 
fecamp, direc un grand corps d'élite il pêne 
lesdétroils et occupe les postes que les enne- 
w snîal tbandounés. Au point du jour les 
IhrtarfsstTOTant dépostés, quittèrent d^a- 
bord linr «fendu ; mais comme les bétes de 
dorgeef facairalerie, serrées dans ces détroits^ 
se farraîent que de loin, ils saisirent cette oc- 
caaon poor fondre de plusieurs côtés sur cette 
amèreîgirde. H périt là grand nombre de 
Cartl^;uiois, beaucoup moins cependant sous 
kicmqifides Barbares, que par la difficulté 
dcsdKoiins. Ils y perdirent surtout beaucoup 
de cbe?aia et de bétesde charge, qui dans ces 
défi/é^etsarccs rochers escarpés se soutenaient 
ifTfipet tombaient au premier cboc. Le plus 
gra lésastre vint des chevaux blessés, qui 
tomi it^ dans cesser •«•^* »n 

poa ot et 




de charge et tout ee qui marchait derrière. 

Annibal , pour remédier à ce désordre, qui, 
par la perte de ses munitions, allait IVxposer 
au risque de ne pas trouver de salut , même 
dans la fuite ^ courut au secours des siens à la 
tête de ceux qui pendant la nuit s'étaient ren- 
dus maîtres des hauteurs « et tombant dVn baut 
sur les ennemis, il en tua un grand nombre ; 
mais dans le tumulte et la confusion qu^aug* 
mentaient encorelechocetlescrbdes combat- 
tans, il perdit aussi beaucoup de monde. Mal- 
gré cela ia plus grande partie des AUobroges 
fut enfin défaite , et le reste réduit à prendre 
la fuite. I! fit ensuite passer ces défilés , qnoi- 
qu^avec beaucoup de peine , à ce qui lui était 
resté de chevaux et de bétes de charge -, puî^ 
se faisant suirre de ceux qui lui parurent le 
moins fatigués du combat, il alla Attaquer la 
ville d'où les ennemis étaient venus fondre sur 
loi. Elle ne lui coula pas beaucoup h prendre. 
Tous les ha bilans , dans lVs|}érance du butin 
qu'ils crovaîent faire , Tavaient abandonnée. 
îl la trouva presque déserte. Cette conquéta 
lui fut d'un grand avantage. Il tira de celte 
ville quantité de chevaux , de bétes de charge 
et de prisonniers, et outre cela du fclé et de la 
viande pciur deux ou trois jours, sans comp- 
ter que par là il se G l craindre de ces monta- 
gnards* et leur ôla IVnvied'iiiLerrompre une 
autre fois sa marche. 

Il campa dans cet endroit / et' s'y reposa 
un jour entier. Le lendemain on continua de 
marcher. Pendant quekpies jours la marche 
fut assez tranquille* Au quatrième* voici un 
nouveau péril qui se présente ! Les peuples 
qui habitaient sur cette route ^ inventent une 
nise j)our le surprendre, fis viennent au de- d 
vanf de lîiî pfirtanl à la main des rameaux 
d*olivier et des couronnes sur la tête, CVst le 
signal de paix et d'amitié chez ces barbares , 
comme le caducée chex les Grecs. Cela parut 
suspect à Annîbal; il s'informa exactement 
quel était leur dessein, quel motif les amenait. 
Ils répondirent ■ qu'ayant su qn'îl avait pris 
une ville sur leurs voisins, et qu'il avait terras- 
sé tous ceux qui avaient osé lui tenir tête ils 
venaient le prier de oc leur faire point de ma!, 
et lui promettre de ne pas cher«;her à lui nutre. 



â 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE. tA. t:, îw.v 

s<* furmer iioe autre maniiTc de voir que lors" 



rite e^l souvent cachée m»us d'épaisses 

)res. Il iiVn vsi pas Je niénie îles acliijii» 

1^. Elles iiuiis fout tiainiueiit couiiailre 

s ont été lt!s seutimen» et lo disposîtious 

eurs auti^iirs. f^est par là que nous rt^niiais- 

s de ipù nous de\ ons espérer dt^ fa\ eurs , 

bienraib, du secours, el de ijui nous de- 

ns craîndrt* ttml li* ronlraire. Eu lin, c^*s(pa^ 

chuseN passives c|ue nous apprenons à prtnoir 

^uiaura com|iassion de nos tna! heurs, cpii pren 

part à notre iiidignatinu . qui SiTa le veii- 

r des ûijusiires que Ton n<»us a faites. Et 

> a t-il de plus utile « soît pour nous en 

rtîrulier, soilpourta républiqui* m géuérar 

Ieu\ done qui lisent **u qui écrivent This- 

oire, ne doivent pas tant s'appliquer au ré- 

it des actif MIS mêmes, qu^â ce qui s%^t fait 

upara^an(^ eu uu*ine temps et après, Oteï de 

'hisloin* les raîs*>ns pour lesquelles tel évéue- 

iient **st arrivé, W mcivens que l'on a em- 

dovés , le succc'S dtnU il a été sui^î, le re**tc 

i*esl plus qu'un c\ereiee dVsprit . doul lelt*c- 

ur ne pourra rîeu tirer piair sou iustructirui. 

mit se réduira à un plaisir stérile qui* la lt»c- 

fv donnera d'abord, mais qui ne |*rmluira 

icune utilité. 

Ceuv qui s'imaginent qu'Hun ouvrage foni- 

ft le mien , composé d^un gvmxd nombre de 

Tos livres, coulera trop à acheter et à lire , 

e savent appremmeut ps comltien il est 

•lus aisé d'acheter et de lire quarante livres. 

Il appreuoent par ordre el avec clarté ce 

Il s'est fait eu Italie, en Sicile et en Afrique 

puis P\rrbtis , où liuit rhisloiredc Timée, 

pqu'à la prise de Carthajre, et ce qui s'est 

ist* dans Ich autres parties du monde depuis 

fuite de Cléoméuc , roi de S|>arte , jusqu'^au 

mbat donné entre les Romains el les 

sh étais à la pointe du Pélopouèse , que de 

jC et d'acheter les ouvrages qui onl été faits 

r chacun des événemens en particulier ; car 

IIS compter que ces o\iv ra^çes sont co bien 

s grand nombre que mes livres, ou n'y 

Il ricD apprendre de certain : les faits n'j 

Il pas rapportés avec les mêmes circt>uslan- 

; on n'y dit rien des choses qui se sont fai- 

dansle même temps; cependant» en les 

rant ensemble , il est assez ordiuairc de 



quVn les evaniiiie séparément. Une troisième 
raîscm , c'est (ju'il est impossible même d" v 
indiquer les choses les plus importantes. 
Nous l'a^ ons dqâ dit , ce qu'il y a de plus né- 
cessaire dans l'histoire , ce sr>nt les choses qui 
oui suivi les faits et celles qui se sont passées 
en même temps , et plus encore les causes 
qui les ont précédés. C'est ainsi que nous sa- 
vons que la ^merre de Philippe a donné oc- 
casion a celle d'Anti^nhus , celle d'Aunibal h 
celle de Philippe, et celle de Sicile à celle 
d'Auuîbal , el qu'entre ces guerres il y a eu 
graud nombre de divers événemens , qui 
tendaient tous h une même lin. Or, on ne 
peut a|qi rendre tout cela que dans une his- 
toire générale; celle des guerres particuliè- 
res, comme de Persée et de Philippe, nous 
laisse dans une parfaite igiK»rance de toutes 
ces choses ; à moins qu en lisant de simplei^ 
descriptions de batailles . ou ne croie voirTe- 
conomie et la conduite de toute une guerre. 
Or , rien ne serait plus mal fondé. Concluons 
donc , qu'autant il est plus avantageux de 
savoir que d'écouter, autant mon ouvrage 
l'emportera sur des histoires jiarliculiéres. 
Retournons à notre sujet. 

CHAPITRE VIL 

Goerre dcdarét ** Aotitbat pourroii à lewÉnlé de lAJHqiM el 
de rE$|iâgike. ^ Precjiution» f^u il pr«iiii iifial de ee iMtlteta 
mardke, ~ î\ *'«v»nrf ter* l« Rîr*né«f.— t 



i 



Les ambassadeurs romains laissèrent par 
1er les Carthagmois sans leur rien répondre. 
Quand ils eurent lini , le plus ancien de Tam- 
bassade. montrant S4>u sein aux s^Hiateurs , 
leur dît qull \ avait apporté pour eu\ la 
guerre ouLipaivet qu^ils nouaient qu'à choî* 
sir laquelle des deu\ ils voulaient qu'il en fit 
sortir, «c Celte qu'il vous plaira j% répliqua le roi 
des Carthaginois, L^ambassadeur ayant repris 
qu*il en ferait sortir la guerre, tout le sénat 
répondit d'une i oix qu'il racccptaît ; el aussi- 
tôt rassembla se sépara, Auni bal était alor^ 
il Carthagéne en quartiers d'hiver. Il com- 
mença par renvoyer les Espagnols dans leurs 
Villes : sou dessein êlait de se gagner par là 




vr 555 1 LIVRE III. — 

Ifttf amitié. H de se ctmdlicr leurs scr^iee?4 
pour la suite, II loarqua ensuite à son frAie 
Asdmbal de quelle luiuiu^re il falkiil qu'il s\ 
prit |M>ur gouverner t'Uspague . et pour se 
itiettre eo garJe eootn* tes Romains , en eas 
qai^tui Annibal >înt iisVloigner, Il prit aptes 
reb des mesures pi>ur qu'il n'aniviVl auruu 
trouble dans rAfrique. fuisaiil passer ii eet 
cHi*t, par une conduite jileine desagefise, des 
soldats d^\frique en Eispapie et d^Kspa^^ne 
eo Afrique , afin que celte conuuuniialî^ia 
âe» deux peupks, i^ernVl, pour ainsi dire, les 
lieos d'uDC muloelle lîdelilè. Cou\ d'Kspa^je 
qoi passèrent eu Afrique . furent les Thersi- 
les, l«»s Mastieos,les Il>ères des nionlagnes 
H k^ Olcadcs j ce qui faisait en tout douze 
cents chevaux et trei/e niillv huil cent ciu- 
q[iiaiile fatilas<^îns. Il v lit aussi passer des Ba- 
léares, peuple ainsi appelés « nussi bien que 
leur \\e , parce qu'il se bat a>e( la fronde, La 
plupart de res nations forent plaeees dans la 
Métagouîe , les au très fu cent en \ o\ es a ( ^a r- 
ihàge. Il tira des Métanfonil.iins ([uatre mille 
bommes depîed, qu'il lit aller a tlarlha^e, 
pour y lenir lieudMlages et de tronpis auxi- 
liaires. 

Il lai^^ à Asdrubal sim iVèie en Espa- 
gne cinquante vaisseaux a linq rangs, deux 
àcpiaire et cioq à trois. Trente-deux des prc- 
IDief$, et les cinq derniers avriient leur éï|oi' 
pa^e. La cavalerie éliiil roni posée de quatre 
ceiil cinquante Libjq*bêniciens et Africains, 
de irofecefilsLorgiles^dedix huit centsliouunes 
f a f] I NuiDÎdes. que Mass v 1 i e n s , ^la s sél i e n s , 51 a - 
àcns ci Jfaaritaniens, peuples qui hidalenl 
TcTsrOïran ;i'tl'infanlerie eonsistaît en onze 
mille huil cenl cinquante Anirtuns. trois 
renlsLiieii riens et cinq cents ïîalêares. Il lais 
!^îi outre cela vingt-un êléphans, ,îe prie que 
Vonuesoit pas surpris de voir ici un détail 
plus exact de ce que fit Annibal en Espagne 
quedai» les auteurs imHncs qui en ont écrit 
en particulier^ e( qu'on ne me mette pas pour 
cda au uouibre de ceux qui sVHudienI à far- 
drr leurs mens<inge> pour le^ rendre erova- 
bles. Je u^ai fait celte émmiération que |>arce 
que je raicruetirs-aulhentique. Payant Irou- 
fée h IJcînîura écrite sur une laide d'airain 



CHVPrrRï; vir 



•ff 



93 



par ordiv d'Anuibal , pendant qu'il était 
dans ritalie. Je ne pou^iiis suivre de meil- 
leurs mémoires. 

Anniliid avant ainsi pom^vn à la sûreté de 
r Afritiue et de f Espagne, n'atlendit plus que 
Tarrivée des courriers que les (îauloi!) lui eu- 
vovaienl, car il les avait priés de l'informer 
delà ferliliiê du pavs qui est au pied des Alpes 
et le long du !*«}, quel était le nombre desliabi- 
lans;sie%Ha!tdesgensbelliqmHi%îs'il leur restait 
quelque indignation contre les Romains pour 
la guerre que ceux-ci leur avaient faite aupara- 
vant, et que nons avons rapportée dans le li- 
vre prérédenl , pour disposer le lecteur à en- 
tendre ce quï* nous avions a dire dans la 
suite. Il comptait !>eaucrïup sur les Gaulois , 
et se proineltail de Icui^s secours toutes sortes 
de succès, l*our cela , it dêpérha avec soin a 
tous les petits rois des iiaules, tant ii ceux 
(]ui régnaient eu deçà qu- à ceux qui demeu- 
rairnl dans les Alpes mi^mes» jugeant bien 
qu'il ne pou>a*t prter la guerre en Italio 
qu'en surmontant toutes les diflicultis qifil 
\ aurait à passer dans l(\s pays dont nous ve- 
nons de parler, et qu'en faisiint entrer les 
(i au lois dans s<iu entreprise. Enfin les cour- 
riers arrivèrent, et lui apprirent quelles 
étaient les dispositions et Patiente des Gau- 
lois, la hauteur extraordinaire des ;ilpes, et les 
fat igues qu'il devait s'at tendre h essu ver dans ce 
passage, qui n'était cependant pas absolument 
impossibk\ Le printemps venu ^ Annibal fit sor- 
tir SCS troupes des quartiers d'iiiver. Les non* 
v elles qu'il re(;ut de Or ihage sur ce qui s'y était 
fait en sa faveur, exaltèrent son courage ^ et 
sûr de la bonne voltmlé de ses concitoyens, 
il conuuença pour lors à exborter ouverle- 
mi'nt les soldats à faire la guerre aux Romains. 
Il leur représeula de quelle manière les Ro- 
mains a\ aient dt^mandé qu'on les leur livrât, 
lui **t tousies officiers de Parmée, Il leur parla 
avec avantage de la fertilité du pays où ils 
allaient entrer, de la b*inne volonté des Gau- 
lois, et de Patliauce qu^ils devaient faire eu^ 
send)le. Les troupes luia^ant ténioîgnêquVlles 
\ étaient prêtes à le suivre partout, il loua leur 
courage, k»ur annonça le jour du départ, et 
congédia Passemblée, Tout cela s'étant fait 



1 



n 



HISTOIRE GÉ^ALE DE LV RÈPlBLlyl E ROMAIXE. [a v s»! 



r 



ppn(laii( les cjuarlicrsd'Iûver.oUoutétaol ré- 
glé poar ta sùrtlé Jr rAfiîfiuceldorEspagnf', 
au jour marqué il se met en marche à la léle 
de qualre-\iugt-deu\ mille hommes Je pît'd 
et environ douze niillc chevaux. A^^anl passé 
rÈbre, ilsouraelâ son pouvoir leslljofgctes,. 
les Bargusîcns, les Êrcnésreus. ïps Andosîens, 
cVst'a-dirc h'S peuples qui Itabîlent depuis 
l^bre jusqu^aux monts P\ rénées. Api-és s'é- 
Ire rendu mallre en peu de lemps de tous ces 
peuples, et avoir pris quelques villes d^assaut. 
non sans U\ rèr de ^nglans tombals et perdit» 
beaucoup des siens , il laissa ITannon eu deçà 
de TEbre pour t commander, et potir retenir 
nmA dans le devoir les Bar^riï^î ns dont îl 
se défiait, principalement leTarnîtié 

qu^îls avaient pour les Rornaiiis. 

Il détacha de son armée dix mille hommes 
de pied et mîUe chevaux , qu'il Idissa h Hau- 
oon, avec les Klffa^es de reux qui devaient 
marcher avec lui. Il renvova un [lareil nom- 
bre de soldats chacun dans sa patrie^ preniié- 
rement pour s'y ménairerramîlîé cîe^ peuples, 
et en second lieu pour faire es[wrer et aux 
soldats qu^il gardait, et à ceux qui restaient 
dans rEspafrne , qu'il leur serait aîsé d^obte- 
nir leur con^ê ; molif puissant pour h*s porter 
à prendre les armes dans la suite, s'il arrivait 
qu'il ei^l lvt»soiu de leur secours, Son ïirméese 
trouvant ah»rs déchar^w de ses bagages, et 
composée de cinquante mille hommes de pied 
e( de neuf mille che\ aux, il lui fait prendre 
^ marche par les monts Pyrénées pour aller 
psser le RhAne. l'ette armée n'était pas à la 
vérité extrêmement nombreuse, mais c'étaient 
de bons soldats, des ln>up<*s merveilleuse- 
ment exercées par les puerres continuelles 
qu'elles avaient faîtes en Espagne. 

Mais de peur que par Tlpuoraucedes lieux 
on ait de la peine à suivre le rwt qtie je vais 
faire , il est h propos qxîe j'indique de quel 
endrtïît partit Anntbal » par oîi II passa , et en 
queUepartiederitalîe il arriva. Pour cela il ne 
faut pas se c ontenler de nommerpar leurs noms 
les lieux, les (leuves et les villes, comme font 
quelques historiens, qui s'imaîj;înenl que cela 
«tillît pour donner une connaissance dis:incte 
des Heux, Quand il s'agît de Heux connus , je 



conviens que pour en renouveler le soutenir, 
c'est im grand stM.Miurs que dVn voir les noms ; 
mais quand il est question Je ceux qu'on ue 
connaît point du tout . il ne sert pas plus de 
les nommer, que si l'on faisait entendre le 
sou d'un instrument , ou tout autre chose qui 
ne sjgniliemit rien; car l'esprit n'ayant pas 
sur quoi s'appu}er , et ne pouvant rap|H)rter 
ce qu*il entend a rien de connu ^ il ne lui reste 
qu'une notion vague et confuse* Il faudrait 
donc trouver une méthmie par laquelle on 
conduiiiit le lecteur à la connaissance des 
choses inconnues y eu le^ rappcrrtaut à iee^ 
idées solides et qui lui seraient familières, 

La première , la plus étendue et la plus uni 
versellc notion qu'tm puisse donner, c'est 
celle par latiuelle on coneoîl, pour peu d'în- 
telligence que l'on ait, la division de cet uni- 
vers en quatre priies, et l'ordre que ces partîiis 
gardent entre elles, savoir : l'orient, le cou- 
chant, le midi et le septentrion, lue autre 
notion^ c'est celle par laquelle, plaçant par 
l'esprit les différens endroits de la terre sous 
quelqu'une de ces quatre p^irtit^, nous rap- 
portons les lieux qui nous sont inconnus , h des 
idées connues et familières. Après avoir faîl 
cela pour le monde en général, il n'y a plus 
qu'à partager de la même manière la terre que 
nous ctmnaissons. Celle-cî est partagée en 
trois prlies, La première est l'Asie, la seconde 
rVfrique , la troisième riùirope. Ces trois 
parties se terminent au Taiiaïs, au Xil cl an 
détroit des Ccdonnes d'IIercnte, L'Asie cou- 
lient tout le pays qui est entre le MI et le Ta- 
nais, et sa situation par rapport à Tunivers 
est entre le levant d'été et le midi. L'Afrique 
t*st entre le Xîl et les Colonnes d'Hercule^ 
dans celle partie de l'univers qui est au midi 
et au couchant d'hiver jusipi'au couchant 
équînoxial . qui tombe aux Colonnes dller- 
eu le. Ces deux parties considéreras en général 
ocruj>ent le coté méridional de la mer Médi- 
terranée, depuis l'orient jusqu'au couchant. 

L*Eurupe, qui leur est opposée ^ s'étend 
vers le septentrion • et occupe tout cet espace 
depuis rorientjus4{u'auconcbaiil. S.i partiel» 
plus considérable est au .septentrion entr«^ It 
Tandis et Narl»onné, hupielle au couchant 




fl IF. 



UYRE III.— CHAPITMK VIII. 



n 



ïïtsips» fort ùlolgiu'c ilr M;irse(l!i% m d(*$ 
enbiiuehures par le!>t|uelles le Kliônt^sedc 
Aïïrm^ diîiis la nuTck^ SAin!aignr.C\"sl à pr- 
fiv N'arljtinne el auloar du KluVneJLisqiruiix 
nis Pjrénècs qu'habîli ti( lrsfiaiilois,(h*jmis 
3f èd î le r r a née j U5q ii ^ à 1 Xh: r;i j i . Lt* r rs le d e 
FEoropi* depuis Les monlaf^in s jusqu'au fou- 
ckanl el aux rolanaes d'Heirule , est borné en 
pirlie par tmire mer et en parïîe par la mer 
eiklvrVeuTC' . Iji partie qui (*st \v hiv^ dr la Mé- 
ditcrraoée ju^Q^an^ Coloniies d'ilenule, 
%*9ppelle Ihcrie. Le nùiè qui est sur la nier ex- 
lérieuri* ou la g^raiule luer, n'a puintrnnjre 
lie nom coaoït , parce qm* re u'<^t qur^ de- 
jfaîs peu qu^on Ta dé* ouvert. Il eM ueeupê 
fftr des naliuiiB barbares, qui sr^ril en ^naud 
aoiiibre, eidont nous parlerons eu p;irtinilier 
daiKsU mite. Or, rorutnr pi^rsoiiirejusqu^a nos 
jounii^a pti dislinguer eluireuieut si rÊlhio- 
pîe^ ciii Kk&\Q H TAfrique se joignent, vM un 
iXiDUoenl qui sVtend vers le niîdi ou est 
eufironoée de la mer, nous ne conuaisscjus 
motion pins del^'espeequiest entre leTanalî» 
ft Xarlmniw juMpi'au seplculriou. Penl-^tre 
rfoedaos la suite eu mu[ti|iliarit ui»s investi/^a- 
tiùm nous en apprendrons queltjueelHise. Mai* 
00 peut hardiment assurer que tous eeuxqui 
en [karloot ou qui en eeri\entayjourd\hui, par- 
tfnlel écrivent sans savoir^ et ue nous dMtî- 
lent que des râbles. Voilà re que j'ava's h dira 
pottf ff^ndre nia narratiou plu^^ rlaire a eeuv 
fui n^onl aoeune eouunîssauee des lienv : ils 
peavejDl maintenant rapporter ee qu\ni leur 
«lira au\ Jlilféren tes parties de la terre, <*n se 
réglant sur celles deTunivers en ^^êneral. Vaxt 
comme en regardant on a efuiluuH* de tourner 
le risafp vers Tendroil qui nous esl désigne; 
de même en lisant i! faut nnns transporter en 
«prit diitis tous les liruv dont on nous par!**. 
SUi> il est temps de repn^ndre lii suite de notre 
htslinro. 

CHAPITRE VIII. 






ip*AMitb«l «tti à Ulreiiour pmtrûe Càrtl»aK« la»neuve 
f^ Mtak — Ld Booi»iiif te dbpot^eiit a. porter It gu«rr« en 
AftÉ^.^ Tr^ûbïm (|ue leur fusciitrni 1rs lloi>n>^. — ^nnîbal 
«ffM «tt Rbdo« , fit l9 pêÉÊÊ, 

Les Carthaginois, dans le temps qu'A uni bal 
Mrtit, étaient mwîtres de itmtes les t»rovin- 



ees 4'Arriquc qui sont sur la Medilerranèe , 
depuis les autels des Philêuiens, qui sont le 

lonK de la |îrande Svrte» josqu^iuv colonnes 
dlîerrule.ee qui fait uneei'ite de p* us de seize 
nulle stades de longueur* Puis avant passé le- 
détroit ou sont les ('olt»rnies dllerrule, ils se 
souiuirent tout** ilCspaj^^e jusqu'anx rotvbers 
où du côté de notre mer al m m lissent les mon (s 
Pvnwes , qni divisent les Ibères J'avee 
les Gaulois. Or de les rochers an\ (lolonn**^ 
d'IIerrule il y a environ bnît mille stades ; ear 
on en compte înûs mille depuis les Ci donnes 
jusqu'à Çarthagéne on la nouveil»^ C^artliafjei^; 
e(ïn»me d'aulr(*s Pappellent, Depuis cette ville 
jus(|U^â rÈhre il y en a deux mille deux cents; 
d(*puislàjnsqn'^a Km(H)nuni seize cents, el tout 
autant d'Kinprirîunj an passasredu Rlll^ue; car 
lesRi>mains imt disling^ne cette nmte avec soin 
piu' des espaces de Imit stades. Depuis li' passage 
du Ilbnne en allant vers ses sources jusqu'au 
ci»ninieuci"nienl des Alpes, d*où Ton a a en Ita- 
lie, on compte quatorze cents stadei*. Les ban- 
tenrs des Alpes» aju^vs lesqui'IIes on se trouve 
dans les plaints d'Italie, qni S4mt le long du 
Pô , s\'*ïendenl encore a douze cents stades. Il 
fallail drmc qn'Aunibal IraversAt environ neuf 
mille stades (Hjur >euîrde la nouvelle Car* 
ibage en Italie. Il avait déjà fait presque la 
moitié de ce cbt*min ; uiais ce qu^il lui en res- 
tait à faire était le plus dillieile. 

Il sv préparait h faire passer à son armée 
les détroits des mou! s Pyrénées, où il crai* 
gnait fort que les Gaulois ne l'arrétasseul ; 
lorsr|ue les Romains apprirent par les ambassa- 
deurs envoyés a Carlbage » ce qui s'\ était dît 
et résolu, etqn\Vunîbalavait passéFKbreavec 
une armée. Aussitôt on prit là résolution 
d'f^nvaver en Espagne une arniée sous le com- 
mandement de Puldius Cornélius, el une an- 
Irc en Afrifpn^ sous la conduite de Tibérius 
Semprnnîus, PendarH que ces deux consuK ba- 
vaient des troupeset faisaient les antres prépa- 
ratifs, on se pressa de linir ce qui regardait les 
c(d(»nies, qu'on avait auparavant décidé d'en- 
vover dans la tiaule Cisalpine. Oa enferma 
les villes de murailles, et on dtmna ordre h 
ceux qni devaient ) bain ter, de s'y rendre 
dans l'espace d** trente jours. Ces colonirs 



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^i HISTOIRE GÉNÉRALE DE 

^^ étaioui charnue de si\ mille perscmin^s ; une 
^H fut [ilâci'e en deeà du 1*6^ e( fut «ippelliV Pbi- 
^^ sa née . el fa u Ire au-delà du iiK^me (leme, 
I et vn lui donna le nom de tlrénione. 
Ë A [mnc ces eidonîes furent -elles êlalilies, 

^^K que les Gaulois appelés BoiVri^ , i|ui déjà 
^^m autre rois avaient clierebi' à rompre a\eeles 
^H BcHnams, sans avoir pu rien e\êeuler (;uite 
^H d'oceasion^appreuanltpie te;» Car(ha;;îiioi^ ap- 
^^Ê pi'odiaîent, elsr promeïLant beaiiroyp de leur 
^^V ^eeaurs» se tlétaflnVent des Romains, t*t leur 
^^B aihaiidoimèrêul les otages i|n^i[s avaient doii- 
^^ft nés après la deruière guerre. Ils eu (rai lièrent 
^^Ê dans leur révidle les Insubrietis, qu^un aneieu 
^^^ resseritirnent «outre les Koinaîns disposait 
f déjà à une sédition, el Ions ensemble ravagè- 
rent le pavs que les Romains a\ aient parla^^è. 
Les Tuvards furent poursuivis jusqu'à >ïu- 
lîne, antre « oloaie des Rf^maïus. Muline ell*> 

P Ultime fut assiégée. Ils y investirent trois Ro- 
mains distiiifrufS *[ui avait'ul été ouv*»*^ pour 
iivire le partage des terres, sii\oir. (LLuctatius, 
persinmage foosnlaire, el deux prèleurs, 
Ceuv-ri demandèrent à être écoulés* el les 
Ifcuens leur donuèrent and ieiu'i» ; mais au Sïjr- 
lir de la cunféren4*e, ils eurent la perfidie de 
s'en saisir, dans la pensée que [jar leur moyen 
i Is pi nir raient re*^* ni v rer leurs o tages . Sur cet te 
nt»nvelleLueius.^laidîus. qui eommaudait une 
arnit»e dans le pays, se hàtii iFaller an secours, 
Lt 'S Ikiïe us I e se u la n t p n k be , d r essèr en l d i ■ s 
embuscades dans une forêt, et dès que les Ro 
mains \ furent entrès<» ils fontlirent surent de 
tons les cOUés, et tuèrent une grande [Kirtie 
de Tarmée nmiaiue. Le reste prit la fuite ilès 
le ronunenceinenl du rombai. On se* ralliait 
la \èrilé quand on eut gagné k^ hauteurs, 
mais de telle sorte, qu'à peine cela pou\ ait-il 
1 laisser jxmr une htminHe retraite. Ces fuyards 
' furent poursuivis par lt:s R ueris, qui les iin es- 
ti relit dans un bourg appelle fanés. La tion- 
>elle ^intâ Rome que la quatrième armée 
était enfermée et assiégée par les B<aens : sur 
le cbamp on eiivtMa à Sfm s«*coui> Ifs troupi^^ 
qu\>n avait levées pour Publins. el <ni en 
diMuni le cominaudemeut à un pièleur. On 
ordonna ensuite à Publins de faire iHiur lui 
de nouvelles leuTs cheï lesallii*s. Telle était 



LA RÉPIRLIOLE ROMAINE. v r «s i 

la situation des aflairi^s dans les Gaules à Tar- 
rÎTik* dMnnîbaL comme nous Fanions déjà dit 
dans nos premiers li^re*». 

Au commeneemenl du printemps les con- 
suls romains, ayant fait Ions les préparatifs 
né< essai res à re\écnlion de leurs desseins , 
se mirent en nier. Publins avec soixante vais- 
seaux pour aller eu Espagne, et Tibèrius 
Semprouius avec cent soixante v aisseau v 
longs à riuq rangs, pour se remlre en Afri- 
que. Celui-* i s'y prit d'abord avec tant d^inl- 
pi»Iuosité, fit des préparatifs si formidables à 
Lilybée, assembla de tous e«Vlés des troupes 
si nombreuses , qu'on eikt dit qu'en déljar- 
quant il voulait mettre le siège devant r.ar- 
tdage même* Publius longeant la côte de Li* 
garie, arriva le cinquième jour dans le voisi- 
nage de Marseille, et a^ant alwirdè à la pre- 
mière emboucbure du Rlione. qu\>n appeîli* 
IVmlMJurbure de Marseille, il mît s«*s I rouîmes 
à terre. Il apprit ià qu- Annibal a\ait passé les 
Pyrénées; mais il en naît ce général encore 
bien éloigné , lanl h cause des dtflicnltés que 
les lieux lui devaient opposer, que du grand 
nombre des Gaulois ati travers desquels il fit 
lait qu'il marchât. Cependant Annibal, après 
avoir obtenu des Gaulois, en partie par argent, 
en partie par force, tout ce qif il \oulail, arriva 
au Kbône avec son armée, ayant h ^ droite 
la nier deSardaîgne. Sur la nouvelle que b*s 
ennemis étaient arrivés, Publins, soit que la 
eélénle de cette marche lui pariVt incroyable , 
soit qu'il voulût s^nsiruire e\actementde la 
vérité de la chose, eiivoui à la découverte 
trois cents cavaliers des plus braves, et ) jot* 
gnît » [Mnir les guider et scnitenir, \<}% (]atiloig 
nui servaient pour lors à la sf>lde des Marseil- 
lais, Pendant ce icmps-là, il lit rafratebir S4m 
armée, el délibérait ave<; les tribuns quels 
|w**tes on devait occuper^ et ou il fidlail don- 
ner Iwilaille auv ennemis. 

Annibal, arrivé à environ f|uatre journées 
de IVnibouehure du Rhône, entreprit d** 
le passer, parce que ce lieuse n'aimt la que 
la simple l.ir^MUir de s<in lit, Pouriid» il com- 
mença par se concilier raniilié de tous ceu\ 
qui habitaient sur les liords^ et acheta dVuv 
tous leurs canot*» et chaloupes , dont Us ont 



tA.lkiSd.] 



gTdMd nombre, à cause de leur commerce 
par mer. Il acheta outre cela tout te bois qui 
élail propre à construire encore de parcib bù- 
timens, et dont il fit en deux jours une quan- 
tité extraordinaire de bateaux, chacuu sVf' 
forraol de se mettre en état dc^ n'avoir pas 
besoin de secours étranger pour passer le 
fleure. Tout était déjà préparé, lorsqu'un 
grand nombre de Barbares s'assembla sur 
Paiiire hovA pour s^ opposer au passage des 
Carthaginois. Annibal alors faisant réllexion 
qu^il n'était pas p>ssible d'agir par force con- 
tre aoe si grande oiultitude donnerais, et 
que cependant il ne pouvait rester là, sans 
coorir risque d'être eni cloppê de tous les cô- 
tés, détacha à l'entrée de ta troisième nuit 
tme partie de son année sous le commande- 
ment d^'Hannon, fils du roi Bomilcarj et lui 
donna pour guides quelques gens du pays* Ce 
dctachemefit remonta le fleuve justiu'à envi- 
ron deux cents stades, où il trouva une pe- 
tite Ile qui partageait la rivière en deux: on 
s*y logea f on y coupa du bois dans une for<?t 
ffrisine^ et les uns façonnant les pièces néces- 
les autres lesjoignant ensemble » eu peu 
temps ils fabriquèrent autant de radeaux 
îlenfallait pour passer le fleuve, et le pas- 
sèrent en effet sans que personne s'y opposât- 
Ils s'emparèrent ensuite d'un poste avanta- 
geux, et y restèrent tout ce jour-là pour se 
délais^r et se disposer h exécuter Tordre 
qu 'Annibal leur avait donné. 

Ce i^èncral faisait aussi de son côté tout ce 
qo'W po\i\a\t pour faire passer le reste de l'ar- 
mée. Mats rien ne Fcmbarrassait plus que ses 
èlèph ans , qu î é taien t au n om br e d e t ren tc-sep t . 
Cependant j à la cinquième nuit, ceux qui 
avaient traversé les premiers s'étant avancés 
sur Panlre bord vers les Barbares à la pointe 
du jour, alors Annibal^ dont les soldats étaient 
pT ' " w vsa'tou t pour le passage . Les solda ts 
p* il armés devaient monter sur les plus 

grands bateaux, et l'infanterie légère sur les 
^s petits. Les plus grands étaient au dessus 
et les plus petits au dessous ; afin que ceux- 
là soutenant la violence du cours de l'eau ^ 
cetix-cî en eussent moins à souffrir* Ou pensa 
encore h faire suivre les chevaux a la nage^ 



LI\TIE IlL — CHAPITRE I\. -fj ny >T» ff fl. «f 

et pour cela un homme, sur le derrière des 
bateaux, en tenait par la bride trois ou quatre 
de chatpie côté. Par ve moyen, dès le premier 
passage, on en jeta un assez grand nombre sur 
l'antre bord. A cet aspeel , les Barbares sor- 
tent en foule et sans ordre de leurs relranche- 
mens, persuadés qu'il leur serait aisé d'arrêter 
les Carthaginois au débarquement. Cependant 
Annibal voit sur Tautre bord une fumée s'é- 
lever; c'était le signal que devaient donner 



Tcnsm 

|fe^(efi 
^k'île 



ceux qui étaient passés les premiers, lorsqu'ils^ 
seraient près des ennemis. Il ordonne aussi tôt " 
que l'on se mette sur la rivière, donnant ordre 
à ceux qui étalent sur les plus grands baleaux 
de se raidir tant qu'ils pourraient contre la 
rapidité du fleuve. Ou vit alors le spectacle 
du monde le plus effrayant et le plus capa- 
ble d'inspirer la terreur. Sur les bateaux les 
uns s'encourageaient mutuellement avec de 
grands cris, les autres luttaient pour ainsi 
dire contre la violence des flo(s. Les Cartha- 
ginois restés sur le bord animaient Jcurgr 
compagnons par des cris j les Barbares , sur 
l'autrebord, demandaient à combattre en fai- 
sant des hurlemens affreux. En même lempsl 
les Carthaginois, qui étaient del'autrecôtè du ^~'' 
fleuve, fondent tout d'un coup sur les Barl>a- 
resj les uns mettent le feu au camp, les au- 
tres en plus grand nombre chargent ceux qui 
gardatenl le passage. Les Barbares sont ef- 
frajés ; une partie court aux tentes pour arré-a 
1er l'incendie, le reste se défend contre l'en- 
nemi, Anuîl>al animé par le succès, à mesure 
que ses gens débarquaient , les rangea en ba- 
taille, les exhorta à bien faire , et les mena 
aux ennemis qui, épouvantés et déjà mis cti 
désordre par un événement si imprévu, fu 
rent tout d'un coup enfoncés et obligés de 
prendre la fuite. 



t1 



CHAPITRE IX. 

Discours de Mapile, roi gaulots, et d'AnuilMl aux CanÎMi|ln*iA, 
— Combai fîilrc ûmx part» envoyé* À la découverte. — Pis-" 
sage de^ dléprians. — Extravagance des historiens sur \o pM- 
sagc dc^ Alpcâ par AnnibaL 

Annibal maître du passage^ el en même 
temps victorieux, pensa aussitôt à faire passer 
ce qui restait de troupes sur l'autre bord, et 
campa celte nuit le long du fleuve. Le matin^ 

7 



9S HISTOTBE GJfcXÊHALE DE 

sur le bruit que la floUe des Romains était 
arrivée à l'embouchure du Rbôue, i! détarha 
cinq cents chevaux numides pour reconnais 
Ire où étaient les ennemis^ combien ils êlaient^ 
et ce qu^ils faisaient. Puis . après avoir donné 
ses ordres pour le passage des êléphans, il as- 
sembla son armée , fit approcher Magile , pe- 
tit roi qui Fêlait venu trouver des environs 
4u P6 , et fit expliquer aux soldats par un in- 
terprète les résolutions que les Gaulois avaient 
prises , toutes très-propres à donner du cœur 
çt de la coniiancc aux soldats ; car sans par- 
ler de Fimpression que devait faire sur eux la 
présence de gens qui les appelaient à leur se- 
cours, et qui leur promettaient de partager 
avec eux la guerre contre les Romains ^ il 
semblait qu^on ne pouvait se défier de la 
promesse que les Gaulois faisaient de les con- 
duire jusqu^en Italie par des lieux où ils 
ne manqueraient de rien, et par où leur mar- 
che serait courte et sure. Magile leur faisait 
encore des desiriptions magnifiques de la fer- 
tililé et de l'élendue du pajs où ils allaient 
entrer , et vantait surtout la disposition où 
étaient les peuples de prendre les armes eu 
leur faveur contre les Romains* 

Magile retiré^ Anmbal s^approcha, et com- 
mença par rappeler à ses ^Idats ce quHIs 
uvaient fait jusqu\»lors. Il dit que : quoiqu'ils 
iie fassent trouvés dans des actions extraor- 
dinaires et dans les occasions les plus péril- 
leuses^ Us n'avaient jamais manqué de réus- 
çif j parce que dociles à se^ conseils ^ ils n^a- 
Taîent rien entrepris que sur ses lumières j 
qu'ils ne craignissent rien pour la suite; qu'a- 
près avoir passé le Rhône et sMtrc acquis des 
alliés aussi affectionnés que ceux qu^ils 
TOjaient eux-mêmes, ils avaient déjà surmon- 
té les plus grands obstacles; quMIs ne s^in- 
quiétassent point des détails de l'entreprise ; 
qu'ils n'avaient qu'à s'en reposer sur lui ; qu'ils 
fussent toujours promptsà exécuter ses ordres ^ 
et qtî'its ne pensassent qu'à faire leur devoir, et 
à ne point dégénérer de leur première valeur. 
Toute ramiée applaudit , et témoigna beau- 
cemp d'ardeur. Annibal la loua de ses bonnes 
diipositîoQs» fit des vœux aux Dieux pour elle, 
loi dottûa ordre de se tenir prête k décam* 



LA RÉPUBLIQUE MO^^UI^E* ta. v. m 

perle lendemain matin ^ et congédia l'assem- 
blée. 

Sur ces entrefaites arrivent les Numides 
qui avaient été en vovès à la découverte. La 
plupart avaient été tués, le reste mis en fuite. 
A peine soijis du camp , ^Is étaient tombés 
dans la marche des coureurs romains, envoj es 
aussi par PuWius p4:»ur reconnaître les enne- 
mis , et ces deux corps s'étaient battus avec 
tant d'opiniàtrxîlé , qu'il périt d^une part en- 
viron cent quarante chevaux tant Romains 
que gaulois , et de l'autre plus de deux cents 
Numides. Après ce combat les Romains en 
poursuivant s'approchèrent des retranche- 
mens des Carthaginois, examinèrent tout de 
leurs propres jeux, et coururent aussitôt 
poux informer le consul de l'arrivée des enne- 
mis, Publius, sans perdre de temps , mit tout 
le bagage sur les vaisseaux, et fit marcher le 
long du fleuve toute son armée dans le des- 
sein d'attaquer les Carthaginois. 

Le lendemain à la pointe du jour , Annibal 
posta toute sa cavalerie du côté de la mer 
comme en réserve, et donna ordre à l'infan- 
terie de se mettre en marche. Pour lui. il at- 
tendit que les èléphans et les soldats qui 
étaient restés sur lautre bord eussent rejoint. 
Or voici comme les éléphans passèrent. Après 
avoir fait plusieurs radeaux , d'abord un en 
joignit deux l'un à l'autre , qui faisaient en- 
semble cinquante pieds de largeur , et on les 
mit au bord de l'eau , où ils étaient retenus 
avec force et arrêtés à terre. Au bout qui 
était hors de l'eau on en attacha deux autres, 
et Fou poussa cette espèce de pont sur la ri- 
vière. Il était a craindre que la rapidité du 
fleuve n'emportât tout Fouvrage. Pour pré- 
venir ce malheur, on retint Iccùté exposé au 
courant pr des cordes attachées aux arbres 
qui bordaient le rivage. Quand oo eut porté 
ces radeaax à la longueur d>nviron deux 
cents pieds r ou en construisit deux autres 
beaucoup plus grands que Fou joignît aux 
derniers. Ces deux furent liés fortement Fun 
k l'autre 5 mais ils ne le furent pas lellement 
aux plus petits ^ qu'il ne fût aisé de les déta- 
cher. On avait encore attaché beaucoup de 
cordes aux peliU radeaiu j par le mojeo dcs^ 



\k. V. 1SS6] 

quelles les nacelles destîoécs à les remorquer 
pussent le» affeniiîr conire f'îtnpi^luosîtc de 
l'eau , et les aracoer jusqu^au bord avec les 
éléphans. Les deux grands radeaux furent en- 
suite couverts de terre et de gazon , afin que 
ce [wMit (M semblable en tout au eheniiu qu^a- 
f aient à faire les élêphans pour en approthor. 
Sur terre ces animaux sViaienl toujours laîs- 
srs manier à leurs coûducleurs ; mais ils n^a- 
Ta\cnl encore osé mellre les pieds dans Peau. 
Pour les T faire entrer, on mit fi leur IMe 
deux é/èphans femelles , quMs suivaient sans 
hésiter. Ils arrivent sur les derniers radeaux , 
on coupe les cordes qui tenaient reux-ci atta- 
cbés aux deux plus j^rands, les nacelles remor- 
quent et emportent bientôt tes êlépbans loin 
(les radeaux qui l'taieut couverts de terre. 
D'abord ces animaux eff raves , inquiets , al- 
lArenl et vinrent de côté et d'autre. Maïs 
l'eau dont fls se vojaient environnés leur fil 
peur« et les retînt en place. C'est ainsi qu'Au- 
Dibal. enjoignant des radeaux deux k deux^ 
trouva le secret de faire passer le Rhône h la 
plupart de ses èléphans. Je dis à la plupart; 
car ils oc passèrent pas tous de la même fa- 
roo. n V en eut qui au milieu du trajet tom- 
bèrent de frayeur dans la rivière. Mais leur 
chute ne fut funeste qu'aux conducteurs. Pour 
eux la force et la longueur de leurs trompes 
les tira de danger. En élevant ces trompes au 
Cessas de l'eau, ils respiraient, et éloignaient 
tout ce qui pouvait leur nuire, et par ce 
mo;eu Us vioreul droit au bord matfïré la ra- 
fildil^ du Reuve. 

Quand les élépiians furent passés. Annibal 
fit d'eux el de la cavalerie son arriére-gar- 
dc, ei marcha le long du fleuve , prenant sa 
fouie de la mer vers TOrient , comme s'il eût 
voulu entrer dans le centro des terres euro- 
^èeaties; car le Rhône a ses sources sur le ver- 
sanl occidental des Alpes cl au dessus du 
golfe Adriatique , et coule du nord au 
Il prend son cours vers !e couchant 
l'hiver, et se décharge dans la nier de Sar- 
laignc. Ses eaux traversent toute une vallée, 
3ont les Gaulois appelés Ardvens occupent 
le côté septentrional, cl le côté méridional 
est bordé pat les racines dcâ Alpes , qui sont 



LIVRÉ m.— CHAPITRE IX, **'m 

vers le septentrion. Cette vallée est séparée 
des plaines des environs du Pô par les Alpes, 
qui s\*tendent depuis Marseille jusqu'à l'ex- 
trémité du golfe Adriatique, et qu' Annibal, 
venant du Rhône, traversa pour entrer dans 
rilalie. 

Quelques historiens , pour vouloir étonner 
leurs lecteurs par des choses prodigieuses, en 
nous parlant de ces montagnes, tombent, sans 
y penser, dans deux défauts qui sont trés-con- 
Iraires k Phisloire; ils content de pures fable», 
e( se contredisent» Ils commencent par nous 
représenterAnnihalcomfnenn capitaine d^une 
hardiesse et d'une prudence înimitables ; ce- 
pendant , a en juger par leurs écrits , ou ne 
peut se défendre de lui attribuer la conduite 
du monde la moins sensi^e, I.orsq n'en gagés 
dans leurs fables ils sont en peine de trouver 
un déngôment , ils ont recours aux dieux et 
aux demi'dieux,artificeindîgne del^histoire, 
qui doit rouler toute sur des faits réels . Ils nous 
peignent les Alpes comme si raides et si escar- 
pées ;, que, loin de pouvoir les faire passer à 
de la cavaleric,àunearmée,à deséléphans, à 
peine ri nfanterie légère en tenterait-elle le pas- 
sage. Selon ces historiens, les pajs d'alentouf 
sont si déserts^ que si un dieu ou demi - dieu 
n'était venu montrer le chemin à Annibal , 
sa perte* et celle de loute son armée était 



inévitable. N'est-ce pas là i-isildement débiter 
des fables et se contredire? Car ce général 
nV'ût-îl pas été le plus inconsidéré et le pl|is 
étourdi des hommes, s'ilsefrtî mis en marche 
à la tête d*unc armée nombreuse^ et sur la- 
quelle il fondait les plus belles espérances^ 
sans savoir ni par où il devait aller, ni la na- 
turc des lieux où il passerait^ ni les peuples 
chez lesquelsil tomberait? 11 eût été mémeplus 
qu^iuc<>nsidéré s'il eût tenté une entreprise, 
qui non seulement n'était pas raisonnable, 
mais pas même possible. D'ailleurs condui- 
sant Annibal avec une armée dans des lieux 
inconnus, ils lui font faire , dans un temps où 
il avilît tout à espérer, ce que d'autres feraient 
à peine, quand ils auraient tout perdu sans 
ressource , et qu'ils seraient réduits à la der- 
nière extrémité. Lorsqu'ils nous disenlcncore 
que dans ces Àlpcs ce ne sont que déserts , 




loa 



HISTOIBE GÉNÉRAX.E DE 



que rochers escaq>és , que chemins bnprâlî* 
cables , c'est une fausseté manifeste. Avant 
qu^Anuibal en approchât , les Gaulois habitant 
les rives du Rhône avaient passé plus d'une fois 
ces nioulagnes, et venaient tout récemment de 
les passer pour se joindre aux Gaulois des 
environs du P6 contre les Romains^ Et de 
plus les Alpes môme ne sonl-cllcs pas habitées 
par un peuple très nombreux ? C'était ià ce qu'il 
fallait savoir, au lieu de nous faire descendre 
dii ciel je ne sais quel demi-dîeu qui veut 
bien avoir la complaisance de servir de guide 
aux Carthaginob. Semblables aux poètes tra- 
giques qui , jHmr a\oir choisi des sujets faux 
et extra ordinair es , ont besoin pom* la cata- 
strophe de leurs pièces de quelque dieu ou de 
quelque machine ^ ces historiens emploient 
aussi des dieux et des denii-dîeuij parce qu'ils 
se sont d'abord engoués de faits qui n'oot ni 
vérilc ni vraisemblance j car comroeât finir 
raisonnablement des actions dont les commen- 
cemcns étaient contre la raison? Quoi qu'en 
disent ces écrivains j Aimibal conduisit cette 
grande affaire avec beaucoup de prudence, H 
s*étail informé exactement de la nature et de 
la situation des lieux où il s'était proposé d'al* 
1er j il savait que les j>euples où il devait pas- 
ser n^atlendaient que Toccasion de se révolter 
contre les Romains ^ enfin , pour n''avoîrrien 
à craindre de la difficulté des chemins, il s'y 
faisait conduire par des gens du pays, qui 
s'offraient d'autant plus volontiers pour gui* 
des, qu^ils avaient les mêmes intérêts et les 
mêmes espérances. Je parle avec assurance 
de toutes ces choses, parce que je les ai ap- 
prises de témoins contemporains ^ et que Je 
suis allé moi-même dans les Alpes pour en 
preodre une exacte connaissance* 

CHAPITRE X. 

AïkBibAl for ift roBle remet ntr le trône on petit r«i gitiloii , et 
ea m réMttpeOié. — Let ADobrage» lui U; D<)tfDi d«i piéffcs à 
f«Blré9 4m AlfCiL — Il icvr écbêpyt, mm «rre bMiie«op de 
ritcpie «1 de perte. 

■ Trois jours après le décampement des Car- 
thaginois, le consul romain arriva à l'endroit 
du fleuve par où les ennemis l'avaient passé. 
Sa «curprise fut d'autant plus grande, qu'il 



LA RÉPUBLIQUE ROMAINE. tA. c. wi 

s'était persuadé qnejamais ifs n'auraientla har- 
diesse do prendre cette route pour aller en 
Italie , tant à cause de la multitude des Bar- 
bares dont ces régions sont puplêes , que du 
peu de fonds qu'on peut faire sur leurs pro- 
messes. Comme cependant ils l'avaient fait, 
il retourna au plus vite à ses vaisseaux, el 
embarqua S4>n armée. Il envoya son frère en 
Espagne, et revint par mer en Italie pour arri- 
ver aux Alpes par laTjrrhénie avant AunibaL 
Celui-ci f après quatre jours de marche, vint 
prés d'un endroit appelle Flsle, lieu fertile en 
blés et trés-peupléj et a qui l'un a donné ce nom, 
parce que le Rhône el l'Isère coulant des 
deux côtés, l'entourent el la rétrécissent eu 
pf>inte à leur confluentXette île ressemble as- 
sez , et pour la grandeur el pour la formcj au 
Delta d'Eg)pte , a>ec celle différence néan- 
moins, qu'un tles côtés du Delta est fermé par 
la mer, où se déchargent les fleuves qui fer- 
ment les deux autres» et qu'ici ce sonl des 
montagnes presque inaccessibles qui Imrnent 
un des côtésde l'ile, 

Annibal trouva dans cette lie deux fréroCl 
qui, armés Fun contre Tautre^se disputaient le 
roT^aume* le plus vieux mit Annibal dans ses 
intérêts, el le pria de lui aider à se maintenir 
dans la possession où il était. Le Carthaginois 
n'hésita point ; il vovail trop combien cela lui 
serait avantageux. 11 prit donc les armes, el 
se joignit à l'ahié pc^ur chasser le cadet. Il fut 
bien récompensé du secours qu'il avait donné 
au vainqueur. On fournit à son armée des ri» 
vres et des munitions en abondance. On re- 
nouvela ses armes, qui étaient vieilles et 
usées. La plupart de ses soldats furent vêtus t 
chaussés^ et mis en étal de franchir plus aisé- 
ment les Alpes. Mais le plus grand service 
qu'il en lira , fut que ce roi se mit avec ses 
troupes à la suite de celles d'^^janibal, qui 
n'enlrail qu'en tremblant dans les terres des 
Gaulois nommés .illobroges^ et les escorta 
jusqu'à rendn»it d'où ik devaient entrer dans 
les Alpes. 

11 avait déjà marché pendant lUx jours, et 
avait fait environ huit cents stades de chemin 
le long du fleu\ e ; déjà il se disposant à mettre 
le pied dans les Alpes, lorsqu'il se vit daus un 





danger aiiqBcl il était très difficile dVKîhopcr. 
Tant qu'il fut dans l(* plat p*\ys, 1rs chefs des 
MIobroges ne l'inquiêtéreol pas dans sa inar- 
cbe, soîl qu'ils redoutassent la cavalerie car- 
thaginoise^ ou que les Barbares, doot elle 
était accompagnée, les tinssent en respect. 
Mais quand ceux-ci se furent retirés, et qu'An- 
nibal commença à entrer dans les dclroîls des 
montagnes, alors les Allobroges coururent en 
grand nombre s^cmparer des lieux qui com- 
mandaient ceux par où il fallait nécessaire- 
ment çuerarmée d'Annibal passât. C'en était 
fait de son armé€, si leurs pièges eussent été 
plnscouverts ; maiscommeilsse cachaient mal, 
ou point dntout, s'ils tirent grand tort à An- 
Itfl:^^ iU ne s'en firent pas moins à eux- 
mêmes. 

Ce général, averti du stratagème des Bar- 
bares f campa au pied des montagnes, et en- 
voya qnelqnes-nns de ses guides gaulois pour 
reconnaitre la disposition des ennemis. Ils 
reTinrenl dire à Annibal que^ pendant le jour, 
les ennemis gardaient cxactcmement leurs 
postes, mais que pendant la nuit ils se reti- 
raient dans une Yille voisine. Aussitôt le Car- 
tliagînois dresse son plan sur ce rapport; il fait 
en plein jour avancer son armée prés des dé- 
filés, et campe assez proche des ennemis. La 
nuit Tenue, il donne ordre d'allumer des feux, 
laisse la plus grande partie de son armée dans 
Je camp, et avec un grand corps d^étite il perce 
les détroits et occupe les postes que les enne- 
mis avMenl abandonnés. Au point du jour les 
Barbares se voyant dépostés, quittèrent d'a- 
bord leur dessein ; mais comme les bétes de 
charge et la cavalerie, serrées dans ces détroits^ 
ne suivaient que de loin, ils saisirent cette oc- 
casion pour fondre de plusieurs crttés sur cette 
arriére-garde. 11 périt là grand nombre de 
Carthaginois^ beaucoup moins cependant sous 
les coups des Barbares , que par la difticullé 
des chemins. Ils y perdirent surtout beaucoup 
de chcTaux et de l)étesde charge, qui dans ces 
défilée et sur ces rocliers escarpés se soutenaient 
àprineet tombaient au premier choc. Le plus 
grand désastre \iut des chevaux blessés, qui 
lomhaient] dans ces sentiers étroits^ et qui en 
roulant poussaient et renversaient les iiètes 



LIVRE IIL — CHAPITIE \. 



101 



de charge et tout ce qui marchait derrière, 
Annîbal, pour remédier à ce désordre, quî^ 
par la perte de ses munitions , allait fexposer 
au risque de ne pas trouver de salut , même 
dans la fui te ^ courut an secours des siens à la 
tête de ceux qui pendant la nuit s^étaient ren- 
dus maîtres des hauteurs, et tombant d'en haut 
sur les ennemis, il en tua un grand nombre; 
mais dans le tumulte et la confusion qu- aug- 
mentaient encorele chocetlescrisdes combat- 
tans, il perdit aussi beaucoup de monde. Mal- 
gré cela la plus grande partie des Allobroges 
fut enfin défaite, et le reste réduit à prendre 
la fuite. Il fit ensuite passer ces défilés, quoi- 
qu'avec beaucoup de peine, à ce qui lui était 
resté de chevaux et de bétes de charge ; puis 
se faisant suivre de ceux qui lui parurent le 
moins fatigués du combat, il alla Attaquer la 
ville d'où les ennemis étaient venus fondre sur 
lui. Elle ne lui coûta pas beaucoup à prendre. 
Tous les habitans, dans IVspérance du butin 
qu'ils croyaient faire, l'avaient abandonnée. 
Il la trouva presque déserte. Cette conqaéta 
lui fut d'un grand avantage. Il tira de cette 
ville quantité de chevaux , de bétes de charge 
et de prisonniers, et outre cela du blé et de la 
viande pour deux ou trois jours , sans comp- 
ter que par là il se fit craindre de ces monta- 
gnards , et leurôta l'envie d'interrompre une 
autre fois sa marche. 

II campa dans cet endroit/ et s*y reposa 
un jour entier. Le lendemain on continua de 
marcher* Pendant quelques jours la marche 
fut asseï tranquille. Au quatrième, voici nu 
nouveau péril qui se présente l Les peuples 
qui habilaîent sur cette route , inventent une 
ruse pour le surprendre. ïb viennent au de- 
van I de lui portant h la main des rameaux 
dVdivier et des couronnes sur la tête. C'est le 
signal de paix et d'amitié chez ces barbares^ 
comme le caducée chex les Grecs. Cela parut 
suspect à Annibal; il s'informa exactement 
quel était leur dessein, quel motif le^s amenait, 
lis répondirent : qu\iyant su qu'il avait pris 
une ville sur leurs voisins^ et qu'il avait terras- 
sé tous ceux qui avaient osé lui tenir tète, ils 
venaient le prier de ue leur faire point de raal^ 
et lui promettre de ûe pas chercher à lui nuire. 




m 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA RÉPUBLIQUE ROilAPŒ. ia u 836.) 



et fil doutait de leur bonuo fûii qu' Ils étaient 
prêts à donner des otages. 

^L&iiibal hésita loug-leujps sur le parti qu'il 
dirait prendre- D^un côté, en acceptant leg 
offres de ces peuples , il j' avait Heu dVspércr 
que cette condescendance les rendrait plus 
iëserTé$ et plus traitables. De l'autre j» en les 
rejetant, il était immanquable qu'il s'attire- 
rait ces barbares sur les bras. D''après ces deux 
raisons, il fit du moins semblant de consen- 
tir a les mettre an nombre de ses alliés, Aus- 
litOt onluîamena des otages, onle fournit de 
bestiaux, ou s^abandouna entièrement à lui 
sans aucune précaution , sansaucuut marque 
de défiance, Ânnibal, de son cOtè , seGa tclle- 
ilicnt à leur bonne foi apparente, qu'il les 
prif pour guides dans les dé&lés qui restaient 
à francbir. Ils uiarchérent donc à la tête des 
troupes pendant deux jours. Quand on fut en- 
tré dans un vallon^ qui de tous cotés était fer- 
mé par des rochers inaccessibles, ces perfides 
s'èlant reunis vinrent fondre sur Tarrière- 
garde dMnnibal. Ce Talion eût sans doute été 
le tombeau de toute Tarméi^, si\e général 
carthaginois , à qui il était resté quelque dé- 
fiance, et qui s^était précautionné contre la 
trahison ^ n^eùt mis à la tête les bagages avec 
la cavalerie, et les hommes pesamment armés 
à rarrière«garde. Cette infanterie soutint Tef- 
foti des ennemis , et sans elle la perte eût été 
beaucoup plus grande. Mais malgré ccsecours 
il périt là un grand nombre d'hommes, deche- 
Y^ux et de bêtes de charge ; car ces barbares, 
avançant sur les hauteurs à mesure que iVs 
Carthaginob avançaient dans la vallée, tantôt 
roulaient et lantùt jetaient de grosses pierres 
gui répandirent tant de terreur parmi les trou- 
pes, qu' Annibal fut obligé de se tenir pendant 
toute une nuit avec la moitié de son armée sur 
un rocher fort et découvert pour veiller à la dé- 
pense des chevaux et des béte^ décharge ; en- 
nçore cette nuit suffit-elle à peine pour les faire 
"défiler. 

Le lendemain les ennemis s'êtant retirés, il 
rejoignit sa cavalerie , et s^avanca vers la ci* 
[ jne des Afi>cs. Dans celle route il ne se ren- 
contra plus Je barliares qui 1 attaquassent en 
^Corp«i quelques pelotons écutement vaJti* 



geaient en quelques endroits» eise présentant^ 
tantôt à la queue, tantôt à la tête, enlevaient 
quelques bagages. Les éléphans lui furent 
alors d^un grand secours. Cétait assez qu'ils 
parussent j>oar effraver les ennemis et les 
mettre en fuite. Après neuf jours de marche, 
il arriva enfin au sommet des montagnes. II y 
demeura deux jours . tant pour faire repren- 
dre haleine a ceux qui y étaient parvenu!^» heu- 
reusemeul, que pour donner aux Iraineurs le 
temps de rejoindre le gros de l'armée. Pendant 
ce séjour, ou fut agréblement surpris de voir 
contre toute espérance paraître la plupart des 
chevaux et des bétes de charge qui sur la 
route s'étaient débarrassés de leurs fardeaux, 
et qui, sur les traces de Farmée. étaient venus 
droit au camp. 

CHAPITRE XL 

Aniijb«l ach^T» àt fêSÊtf tes Alpes^ — TViŒciitUs qu'il e«l à es^ 
•Uf er. ^ Pourqaoï jysqa'ici Poljbé i omis rertamet cboïei 
<nif cependant juraf^aleul eiBeiiUelks i l'bùioîrc 

On était alors à la fin de raulomue , et 
déjà la neige a^ait couvert le sommet des 
montagnes. Les soldats consternés par le 
souvenir des maux qu'ds avaient soufferts, 
et ne se figurant qu^avec effroi ceux qu^îls 
avaient encore à endurer, semblaient perdre 
courage. Anninal les assemble i et comme du 
haut des Alpes , qui semblent être la citadelle 
de ritalie^ on voit à décomert toutes ces 
vastes plaines que le Pô arrose de ses eaux, 
il se servit de ce beau spectacle , unique res- 
source qui lui restait, pour remettre ses sol- 
dats de leur frayeur. En même temps il leur 
montra du doigt le point où Borne était située, 
et leur rappela quelle était pf3Ur eux la bonne 
volonté des peuples qui habitaient le pa}S 
qu'ils avaient sous les yeux. Le lendemain il 
lève le camp, et commence à descendre, A la 
vérité, hors quelques voleurs qui s^étaient em- 
busqués, il n'eut point là dVnnemis à repous- 
ser ; mab Tescarpement des lieux et la neige 
lui firent pi?rdrc presqu'autant de monde qu'il 
en avait perdu en montant. La descente élait 
étroite, raide cl rouverte de neige. Pour peu 
que Tan manquât le vrai chemin, Ton tom- 
bait dans des précipices affreux* Cependant 




le soidût eudurci à ces sortes de périls, 
K>utînt encore couragcusemetit celui-ci* En- 
fin OQ arrive à un dèlilé qui s'étend à la 
longueur d'un stade et demi , et que les élé- 
phans ni les bétes de charge ne pouvaient 
(raacbin Ouire que le senlier était tropétroit, 
la peutc^ déjà rapide auparavant, l^était en- 
core devenue davantage depuis peu par uu 
'^aavel éboalement des terres. Ce fut 
alors que les troupes furent saisies de 
tt^^GnXy et que le courage commenea à leur 
mâoquer La première pensée qui vint à An- 
DÎbal fui d'éviter le dèfdé par quelque dé- 
tour* Mais la neige ne lui permit pas d'en sor- 
lir. Il y fut arrêté par un incident particulier, 
cl qui ^t propre à ces montagnes. Sur la 
Beige de l'hiver précédent, il en était tombé 
de ûDUTeile : celle-ci , étant molle et peu pro- 
fonde, se laissait aisément soulever: maïs 
quand elle eut été foulée, et que l'on marcha 
sur celle de dessous qui était ferme et qui ré- 
sistait ^ les pieds ne pouvant s'assurer , les sol- 
dats cbancelaui faisaient presqu'autantde chu- 
tes que de pas, comme il arrive quand on met 
le pied sur un terrain couvert de glace. Cet 
accident en produisait un autre plus fâcheux 
encore, Quao4 les soldats étaient tombés 
et <{u'ib voulaient s'aider de leurs genoux, ou 
s^accrocher à quelque chose pour se relever. 
Us entraînaient avec eux tout ce qu'ib avaient 
pris pour se retenir. Pour les bêles de charge, 
après avoir cassé la glace eu se relevant, elles 
restaient comme giacécs elles-mêmes dans les 
Irous qu'* elles avaient creusés , sans pouvoir , 
sous le pesant fardeau qu'elles portaient^ 
Talncre la dureté de la neige qui était tombée 
Jà depuis plusieurs années. Il fallut donc cher- 
cher un autre expédient. 

11 prit le parti de camper a la tête dudéGlé, 
et pour cela il en lit 6ler la neige* On creusa 
ensuite par ses ordres un chemin dans le ro- 
cher même, et ce travail fut poussé avec tant 
de rigueur, qu'au bout du jour où il avait été 
entrepris, les bétes de charge et les chevaux 
descendirent sans l>cau€oup de peine. On les 
envoja aussitôt dans des pâturages, et l'on 
établit le cara^ dans la plaine, où il n'était pas 
(oml^de neîge. Kcstait à élargir assez le che- 



CHAPITRE XI, 



m 



min pour que les éléphans y pussent passer. 
On donna cette lùcheaux Numides, que l'on 
parlagea (Kir bandes qui se succédaient lef 
unes aux autres, et qui purent à peine finir 
en (rois jours. Au bout de ce temps les élc- 
phansdcscendireut, exténués par la faim, élue 
pouvant qu^avcc peine se soutenir ; car quoi- 
que sur le penchant des Alpes il se trouve des 
deux cdlés des arbres et des forêts, et que la 
terre y puisse être cultivée, il n'en est pas dq 
même de leur cime et des lieux voisins. Cou- 
verts de neige pendant toutes les saisons, 
comment pourraient-ils rien produire? L'ar- 
mée descendît la dernière, et au troisième 
jour elle entra enfin dans la plaine, mais de 
lieaucoup inférieure en nombre à ce qu'elle 
était au sortir de l'Espagne, Sur la roule elle 
avait beaucoup perdu de monde, soit dans les 
combats qu'il fallut soutenir, soit au passage 
des rivières. Les rochers et les défilés des Alpes 
lui avaient encore fait perdre un grand nombre 
de soldats, mais încomparablemenl plus de 
chevaux et de bétes de charge. Il y avait duq 
mois et demi qu'Annibal était parti de la nou- 
velle Carthage, en comptant les quinze jours 
que lui avait coûtés le passage des Alpes, 
lorsqu'il planta ses étendards d^ns les plaines 
du Pô et parmi les Insohricos, sans que la di- 
minution de son armée eût ralenti ne rien de 
sonaudaccCependant il ne lui restait plus que 
douze mille Africains et huit mille Espagnols 
d'infanterie, et six mille chevaux. C'est de lui- 
même que nous savons i^ettc circonstance, 
qui a été gravée par son ordre sur une colonne 
prés du promontoire Lacinien. 

Du côté des Romains^» PubliusSci pion, qui, 
comme nous l'avons dit plus haut, avait en- 
voyé en Espagne Cnéîus, son frère, et lui 
avait recommandé de tout tenter pour en chas- 
ser Asdrubal, Scipi<m , dis-je , débarqua au 
port de Pise avec quelques troupes, dont il 
augmenta le nombre en passant par la Tyr- 
rhénie,où il prit les légions qui, sous le com- 
mandement des préteurs, avaient été envoyées 
là pour faire la guerre aux Buïens. Avec cette 
armée, il vint aussi camper dans les plaines du 
Vu , pressé d'un ardent désir d'en venir aux 
mains avec le général carthaginois. 





LIVRE m— CHAPITBE XIL 



ÎOS 



plutôt d'avoir été ju&cpi^à uû lorlain point, cl 
de nous avoir aidés à faire de nouvelles d^- 
coavertes. Mais aujourd'hui que par la con- 
quête de l'Asie par Alexandre, et celle de pres- 
que tout le reste du uioiidc par les Romains ^ 
fl tf esl point d'endroit dans Tunivers ou Ton 
ûe poisse aller par mer ou par terre , et que de 
grands hommes, déchargés du soin desaffaires 
publiques et du commandement des armées , 
oal emçWjc les moniens de leur loisir à ces 
sortes de recherches , il faut que ce que nous 
en roulons dire soit heauconp plus exact et 
et plus assuré. Nous lâcherons aussi cle nous 
acquitter de celte tâche dans cet ouvrage, lors- 
que Foccasion s''cn présentera , et nous prie- 
rons alors nos lecteurs curieux de s^ instruire de 
nous doniier toute leur attention. J'ose dire 
que je raVn suis rendu digne par les peines 
que je me suisdoonéeSjCt parles dangers que 
j^ai courus, en voyageant dans l'Afrique, dans 
llËspagne , dans les Gaules , et sur la mer qx- 
tèrieure dont tous ces pajs sont environnés j 
pour corrige ries fautes que les anciens avaient 
faites dans la description de ces lieux, et pour 
en procurer la connaissance aux Grecs* Mais 
terminons ici cette digression . et voyons les 
combats qui se livrent en Italie entre les Ro- 
jnalns et les Carthaginois. 

CHAPITRE XII. 

ititdf t jr9ié« d'Aonîba) apri-s le p&ssage des Alpei. — Prise 
de Turîo. — Set&proaius vieni au secours de Scipiou. — An- 
nb9\ dk^oM ses toldaU au combat. 

Anmbal arrivé dans l^ïlalie avec Parmée 
que nous avons vue plus haut, campa au pied 
des Alpes , pour donner quelque repos à ses 
troupes. Elles en avaient un extn^me besoin. 
Les fatigues qu'elles avaient essuyées à mon- 
ter et à descendre par des chemins si difficiles, 
la disette de vivres, un délabrement affreux 
les rendaient presque méconnaissables. Il yen 
avait même un grand nomlire que la faim et les 
travaux continuels avaient réduits au déses- 
poir. On n'avait pu transporter entre des ro- 
chers autant de vivresqu'ilen fallait pour une 
armcesî nombreuse, et la plupart de ceux que 
Ton j avait transportés vêtaient restés avec le^ 



bétes de charge. Aussi quoiqu'Annibal, après 
le passage du Rhône , eùl avec lui trenle-huit 
raille hommes de pied et plus de huit mille 
chevaux; quand il eut passé les monts ^ il 
n'avait guère que la moitié de celte armêej et 
cette moitié était si changée par les fatigues 
quVlteavait essujées, qu'on Taurail prise pour 
une troupe de sauvages. 

Le premier soin qu'eut alors Annibal fut 
de relever leur courage , cl de leur iburnir 
de quoi réparer leurs forces et cellei des che- 
vaux* Lors4}u'il les vil en bon état ^ il tâcha 
d'abord d'engager les peuples du territoire 
de Turin, peuples situés au pied des Alpes, 
et qui étaient eu guerre avec les Insubriens , 
à faire alliance avec lui. Ne pouvant par ses 
exhortations vaincre leur défiance, il alla 
camper devant la principale de leurs villes, 
remporta en trois jours, et lit passer au fil de 
Tépée tous ceux qui lui avaient été opposés. 
Celte expédition jeta une si grande terreur 
parmi les harbares voisins, qu'ils vinrent tous 
d\^ux*ménies se rendre à discrétion. Les au- 
tres Gaulois qui habitaient ces plaines au- 
raient bien souhaité se joindre à Aunibal, se- 
lon le projet qu'ils en avaient d'abord formé ; 
mais comme les légions romaines étaient déjà 
sorties du pavs, et avaient évité les embus- 
cades qui leur avaient été dressées, ils ai- 
mèrent mieux se tenir en repos; et d'ailleurs 
il y en avait parmi eux qui étaient obligés de 
prendre les armes pour les Romains. Annibal 
alors jugea qu'il n'j avait point de temps à 
perdre^ et qu'il fallait avancer dans le pays^et 
hasarder quelque exploit^ qui put établir la 
confiance parmi les peuples qui auraient en^ 
vie de prendre parti en sa faveur. 

Il était tout occupé de ce projet, lorsqu'il 
eut avis que Publius avait déjà passé le Pu avec 
son armée, et qu'il était proche. Iln'j avait que 
peu de jours qu'il avait laissé ce consul aux 
bords du Rhône; la roule depuis Marseille 
jusque dans la Thvrrhémc est longue et dif- 
ficile à tenir, et depuis la mer de Tjrrhénie 
jusqu'aux Alpes en traversant ritalic, c'est 
une marche 1res longue et trés-pénihlc pour 
une armée. Cependant comme cette nouvelle 
se confirmait de plus en plus, il fut étonné 




%% HISTOIRE GÉNÉRAtE DE 

étaieiit charunc de 5i\ mille (>ers<nine5 ; une 

Iful pla*"éo t*n deeà du Pô. el fui appelliv Plai- 
«aiito , el l*iiutre au-delà du nu^nie (lfiiv<% 
ei OH lui dijiuiu le nom de Crêiunne. 
^ A i*eiiie ces rolutiîes Turcul -elles êtalilies, 
«lie les Gaulois appelés Boïtnis , «jui déjà 
autrefois avaienl cherrhé à rouipre a^ec les 
Romains, sans a>oir pu rien exéeuler faute 
d\)ceasîun^apprcuanlque les rarlha;>iuois ap- 
pro«:haieiit; elst* pn une liant lieauet>up de leur 
secours, se déUihérent des Romains, et leur 

Iahandouuèreut les ùlâges i[u'ils avaient don- 
nés iipros la dernière guerre. Ils entraiuérenl 
dans leur révolte les Insubrieus, qu^uu aiiciVn 
ressentiment tuntre les Romains dispisait 
déjà à une sédition, et tous ensemble ravagè- 
rent le pa}s que les Roinaios a\ aii'nt partagé. 
Les fuvards furent poursuivis jusqu'à Mn- 
line, auti^ colt>aie des Romains. ^luiine elle- 
iiiéme fut assiégée. Ils y in\eslirenl Imis Ro- 
mains dislin^'ué^ qui avalent été envoyés pi»ur 
faire le partage des terres, Siuoir, CLnctatius, 
persmiuage consulaire, et deu\ préteurs, 
Ceu\'ci demandèrent à être écoulés, et les 
Boïens leur dtuuiérentaudieiHe ; mais au sf>r- 
tir de la conférence, ils eurent la perOilie de 
s'en saisir, dans la pensée que iKir loin* moveii 
i Is p I u r ra i eu t r e< om re r 1(* u r s ô I a *i i ^s , Su r ce l te 
nouvelle LueiusManlius, (pil rommaiid»nt une 
armée dansleiwiys, se li;\ta (ralïer au stTours. 
Les Boiens le sentant prcwlie, dressèrent des 
eadmscades dans une forél, et dés que les Ru 
niams v furent entrés, ils fondirent sureu\ de 
Ions les côtés, et tuèrent une grande partie 
de Tarmée romaine. Le reste j*rit la fuite ilés 
le €H>m mon *e meut du comliat. On m* rallia à 
b vérité quand on eut gagné les lianteurs, 
mais de telle s<>rli\ *[u'â peine cela |HUivai(-il 
jKisser pour une lionnète retraite, (js fuyards 
furent jMïursuivis par liS Boïens^quiles inves- 
tirent «Itins mi liourg appelle Ta nés, La nou- 
velle >inta Uonie que la quatrième année 
était enfermtV et assiégée [lar les Boîeits : sur 
Je c banq» tui envoi a à sou setniurs les troupes 
qu'on a\ ail levées pour Publius, el on en 
I tlrinna le ccjmmatMiement a un préteur. Ou 
ordonna ensuite à Publius de faire pour lui 
de nouvelles leues che^ les alliés. J^Hv était 



LA RÉPlBLIOrE ROMAINE % r ss^ i 

la situation des affaires dans les Gaules à Tar- 
riv<V d^Anmtxd, comme non«( Pavions déjà dit 
dans nos premiers liv res. 

Au commencinnent du printemps les con- 
suls romains, avant fait tous les préparatifs 
uécessatres h revécutîon de leurs desseins , 
se mirent en mer, Publius avec soixante vais- 
seauv pcïur aller en Espagne, et Tiliérius 
Sempronius avec cent soixante vaisseaux 
longs k cinq rangs, pour se rernlre en Afri- 
que, Celui-ci s\v prit d'abord avec tant d^im- 
piiiiosité» fit des préparatifs si formidables à 
Lit^lW'*^. assembla de tous cAtés des lrou|>es 
si nombreuses , qu\m cîït dit qu'en débar- 
quant il voulait mettre le siège devant Car^ 
tbage même. Publuis longeant la cote de Li- 
gurie, arriva te cinquîï^ne jr^urdans le voisi- 
nage de ^Lirseille, et a>ant alxirdé à la pre- 
mière embouchure du Rbi>ne. iiu%»n appelle 
Pembcïuchure de Mai-seille. il mil ses tronpefi 
a terre. Il apprit là (luWnnibal avait passé le^ 
Pyrénées; mais il crovait ce général encore 
bien éloigné , tant h cause des dînicnllés qu<» 
les lieux lui devaient opposer, que du grand 
nombre des Gaulois ati travers des<piels il fil 
lait quM marchât. Cependant Annihal , après 
a^ oir obtenu des Gaulois, en parlieparargenl, 
en par t ie pa r force , ton t ce qu'i 1 v oulai t , a rr! \ a 
au libt'»ne avec son armée, avant a sa droite 
la mer deSardaigne. Sur la nouvelle que lis 
ennemis étaient arriv**<i, Publîus, soit que la 
célérité de cette marche lu! pariH încrovable ^ 
soit qu^il liiulùl s^nslruire evactemenl de la 
vérité de la rbose . envova à la découverte 
trois cents cavaliers des plus braves, et v joi- 
gnît, i»onr les guider et Mmlenir. les (jaulols 
qui S4T\ aient pour lors à la solde des Marseîl 
lais. Pendant ce temps-làj il fit rafraîchir ^m 
arnuH*, et délibérait avec les tribims quels 
postes on de\ait occuper, et où il fallait don- 
ner lia taille aux ennemis. 

AnnibaK arrivé à environ quatre jcHimt-^'s 
de IVmbouehure du Rhône, entreprît de 
le passer, panv que ce lleuve n'avait la que 
la simple largeur de son lit. Pour cela il com- 
mença par se concilier ramitié de tous n*u\ 
qui habitaient sur les l>ords, et acheta d'eux 
tous leurs canots et chaloupes * dont ils ont 




^jLjym.] LrntE iiL— chapitre: i\. 

.raod nombre, à cause de leur coramerce 



sr mer. Il acheta outre cela loiU 1*^ IkiÎs qui 
. Uit propre à construire encore de pareils biV 
ttmens, e( dont illil en deux jours unequan- 
ûXk oxtraordioairc de bateaux , rb:icuu sVf- 
fbiçant de se racllre en ilal dc^ n'avoir pas 
besoiii de secours étrauger pour pas«>er le 
Aeuve> Tout èlait déjà prépré, lorsqu'un 
grand nombre de Barbares s-assembla sur 
Taulrc bord |wmr s'oppoîyor au passage des 
Cartha^iuoîs. Anuibal alors faisant réflexion 
qu^il u'éuk pas [x^ssibb^ d'ap^ir par force cou- 
Ire nue si j^nde multîlutle d'ennemis, et 
ijttc cependant il ne pouvait rester là , sans 
eoarir ris<pie d>lre enveloppé de tous les eù- 
lés, déCacha à Tcntrée de la troisième nuit 
One partie de son armée sous le commande- 
meni d^ilannon, fils du roi Bomilcarj et lui 
donna poor guides quelques gens du pays. €e 
détacbemerit remonta le fleuve jusqu'à envi- 
ron dea^iL ceols stades, où il trouva uue pe- 
tite i le qui partageait la rivière en deux : ou 
s't Jogea } on y coupa du bots dans une for^t 
Toisine, et les uns façonnant les pièces néces- 
anres.les autres lesjoi^ant ensemble, eu peu 

temps ils fabriquén?nt autant de radeaux 

îl en fallait pour passer te llcuve, et lepas- 
l en effet sans que personne s'y opposât. 

^'emparèrent ensuite d^un poste avanta- 
, et T restèrent tout ce jour-là pour se 
déhsser et se disposer à exécuter Tordre 
qu'Annibal leur avait donné. 

Ce général faisait aussi de son côté tout ce 
qnL^î\ ponvail pour faire passer le reste de l'ar- 
mée. Mars rien ne rembaiTassait plus que ses 
ëlèphans^ qui étaient au nombre de t ren te-sep t . 
Cependant, h la cinquième nuit, ceux qui 
aTaient traversé les premiers s'étant avancés 
sur l'autre bord vers les Barbares à la pointe 
du jour, alors Annilial, dont les soldats étaient 
pi ' ' * ! N ysa*tôut pour le passage . Les solda ts 
pt- il armés devaient monter sur les plus 

grands hateauv^ et l'infanterie légère sur tes 
pks petits. Les plus grands étaient au dessus 
et les plus petits au dessons ^ afin que ceux- 
là soutenant la violence du cours de l'eau ^ 
C45UX'CJ en eussent moins à souffrir. On pensa 
encore à faire suivre les chevaux a la nage, 

fOU»fr« 




et pour cela un homme, sur le derrière des 
bateaux, en tenait parla brîdo trois ou quatre 
de chaque côté. Farce moyen, dès le premier 
passage, on en jeta un assez grand noDil)re sur 
l'autre bord. A cet aspect , les Barbares sor- 
tent en foule et sans ordre de leurs retranche- 
mens, persuadés qu*il leur serait aisé d'arrêter 
1 es C a r th a gi no !s a u *\ éba rqiiem en t . C epe ndan t 
Annibal voit sur Tautre bord une fumée s'é* 
lever; c^élait le signal que devaient donner 
ceux qui étaient passes les premiers, lorsqu'ilg M 
seraient prés des ennemis. H ordonne aussitôt ■ 
que Ton se mette sur la rivière, donnant ordre 
à ceux qui étaient sur les plus grands bateaux M 
de se raidir tant qu'ils pourraient contre la i 
rapidité du fleuve. On vit alors le spectacle 
du monde le plus effrayant et le plus capa- 
ble d'inspirer la terreur. Sur les bateaux les 
uns s'encourageaient mutuellement avec de 
grands cris, les autres luttaient pour ainsi 
dire contre la violence des flols. Les Cartha- 
ginois restés sur le lx>rd animaient leurs 
compagnons par des cris ; les Barbares , sur 
Pau tre bord, demandaient à combattre en fai- 
sant des hurlemens affreux* En même temps 
les Carthaginois, quiétaient del'autrecôté dtt 
fleuve, fondent tout d'un coup sur les Barba- 
res^ les uns mettent le feu au camp, les au- 
tres en plus grand nombre chargent ceux qui 
gardaient le passage. Les Barbares sont ef- 
frayés ; une partie court aux tentes pour arrê- 
ter l'incendie , le reste se défend contre l'en- 
nemi. Annibal animé par le succès, à mesure 
que ses gens débarquaient , les rangea en ba- 
taille, les exhorta à bien faire ^ et les mena 
aux ennemis qui, épouvantés et déjk mis en 
désordre par un événement si imprévu, fu- 
rent tout d'un coup enfoncés et obligés de 
prendre la fuite. 

CHAPITRE IX. 

Discours d« Magile, rai gauloiA, et d'AtiDibdl aux Carlliâflaoij, 
— Combin vuXft deui ptrtii envoya A la <tèci>UT«rt«. — Pa»- 
sage tic» «Méphans. ^ EittraYagânce de» iiisM>rteoa iur io p«jK 
eage des Mpvs par AmtibaK 

Annibal maître du passage ^ et en même 
temps victorieux, pensa aussitôt à faire passer. 
ce qui restait de troupes sur l'autre bord, et 
canipa cette nuit le long du fleuve. Le malin, 

1 



i 



■ gs niSTOîW: GÉXÊRÀtB DE 

■ sur le bruit que la flotte des Româîos était 
I arrivée à l'embouchure du Rhône, il détacha 
I cinq cents chevaui numides pour reconnais 
^- Ireoù» * s ennemis, combien ikélaienl, 

ei rc qu lit^U. Puis , après avoir donné 

ittl ordres pour le passage des èléphans, il asr 
sembla son armée . fil approcher Magile , pe- 
tit roi qui l\Hail venu trouver des environs 
du Pô f el fit expliquer aui[ soldats par un in- 
terprète les résolutions (jue les Gaulois avaient 
prises f toutes très*propres à donner du cœur 
et de la confiance aux soldats ; car sans pai^ 
1er de Fimpression que devait faire sur eux !a 
présence de gens qui les appelaient à leur se- 
cours, ei qui leur promettaient de partager 
avec eux ia guerre contre les Romains, il 
semblait qu'on ne pouvait se défier de la 
promesse que les Gaulois faisaient de les con- 
duire jusqu'en Italie par des lieux où ils 
ne manqueraient de rien» cl par où leur mar- 
che serait courte et sure. Mafriic leur faisait 
encore des descriptions magnifiques de la fer- 
tilité el de retendue du pays où ils allaient 
entrer , cl vantait surtout la disposition où 
étalent les peuples de prendre les armes eu 
leur faveur contre les Romains. 

Magile retiré ^ Annibal s^approcha. et com- 
mença par rappeler à ses soldats ce qu'ils 
«Taient fait jusqu'alors* Il dit que : quoiqu'ils 
ie fussent trouvés dans des actions extraor- 
dinaires et dans les occasions les plus ptTÏl- 
ieuseSj ils n'avaient jamais manqué de réus- 
sir » parce que dociles à ses conseils , ils n'a- 
Taient rien entrepris que sur ses lumières ^ 
qu'ils ne craignissent rien pour la suite; qu'a- 
prés avoir passé le Rhône et s'être acquis des 
alliés aussi affectionnés que ceux qu'ils 
voyaient eux-mêmes, ils avaient déjà surmon- 
té les plus grands obstacles; qu^ils ne s'in- 
quiétassent point des détails de l'entreprise; 
qu'ils n'avaient qu'à s'en reptïser sur lui ; qu'ils 
fussent toujours prompts à exécuter ses ordresj 
etqii^ilsne pensassent qu'à faire leur devoir, et 
à ne point dégénérer de leur première valeur» 
Toute Tarniec applaudit , et témoigna beau- 
ceop d'ardeur. Annibal la loua de ses bonnes 
i diiqKïsi lions, fit des vœux aux Dieux pour elle, 
' loi douûa ordre de se tenir prélc ik décam- 




LA RÊPtWLïQUE ROMAPîE* ta. c. ssii 

perle lendemain malin j et congédia rassem- 
blée. 

Sur ces entrefaites arrivent les Numides 
qui avaient été envoyés à la découverte. La 
plupart avaient été tués, le reste mis en fuite. 
A peine socUs du camp , vis étaient tombés 
dans la marche des coureurs romains, envoyés 
aussi par Publius pour reconnaître les enne- 
mis , el ces deux corps s'étaient battus avec 
tant d'opiniâtreté, qu'il périt d'une part en- 
viron cent quarante chevaux tant Romains 
que gaulois , et de l'autre plus de deux cents 
Numides. Apri*s ce combat les Romains en 
poursuivant s'approchèrent des retranche- 
mens des Carthaginois, examinèrent tout de 
leurs propres yeux, et coururent aussitôt 
pour informer le consul de l'arrivée des enne- 
mis, Publius , sans perdre de temps * mit tout 
le bagage sur les vaisseaux, el fit marcher le 
long du Qeuve toute son armée danA le des- 
sein d'attaquer les Carlliaginois* 

Le lendemain à la pointe du jour ^ Annibal 
posta toute sa cavalerie du c6té de la mer 
comme en réserve, et donna ordre à l'infan- 
terie de se mettre en marche. Pour lui. il at- 
tendit que les éléphans et les soldats qui 
étaient restés sur Tautre bord eussent rejoîtil. 
Or voici comme les éléphans passèrent. Après 
avoir fait plusieurs radeaux, d'abord on en 
joignit deux l'un à l'autre , qui faisaient en- 
semble cinquante pieds de largeur , et on les 
mit au bord de l'eau y où ils étaient retenus 
avec force et arrêtés à terre. Au bout qui 
était hors de l'eau on en attacha deux autres^ 
et l'on poussa celte espèce de pont sur la ri- 
vière. Il était à craindre que la rapidité du 
fleuve n'emportât tout Touvrage. Pour pré- 
venir ce malheur, on retint lecùté exposé au 
courant par des cordes attachées aux arbres 
qui bordaient le rivage. Quand on eut porté 
ces radeaux à ta longueur d'environ deux 
cents pieds, on en construisit deux autres 
beaucoup plus grands que Ton joignit aux 
derniers, tîes deux furent liés fortement Tun 
â l'autre; mais ils ne le furent pas tellement 
aux plus petits . qu'il ne fût aisé de tes déta- 
cher. Ou avait encore attaché l>eaucoup <b 
corder aux petits rad^âiiut^ par le moyen des- 




fEr. sa] LITftÉ m.— CHApi™ffll?! 

(jaelles ïes nacelles deslinêcs a les remorquer 
pussent les affermir conlre rîmptHuosîté de 
l'eau , et les amener jusqu\iy bord avec les 
élèphans. Les deux grands radeaux furent en- 
suite couverts de terre et de gazon , aCo que 
ce poTît fût seitîblaWe en tout au chcmîu quV 
laicnt à faire les eléphans pour en approcher. 
Sur terre ces animaux s'êlaient toujours lais- 
^ s manier a leurs conducteurs ; mais ils n'a* 
vaieivl curoTf! osé mettre Icîï pieds dans Peau. 

^aor trs j faire entrer, on mit à leur tête 
dt ' Fians femelles^ qu^ils suivaient sans 

hé- - arrivent sur les derniers radeaux , 

oa raQpe les cordes qui tenaient ceux-ci alla- 
ch r ' ûx plus grands , les uacel les remor- 

quf ; nporlenl bientôt les éléphans loin 

fle5 radciiax qui étaient couverts de terre- 
D'abord ces animaux effrayés, inquiets, al- 
lèrent et Tinrent de côté et d^autre. Maïs 
t^esiti èonl ils se voyaient environnés leur fit 

peur, et les retînt en place. CVst ainsi qu'xVn- 

DÎbaf. enjoignant des radeaux deux à deux j 

trouva le st^cret de faire passer le Rhône à la 
pTupartdcses élépfians. Je dis à la plupart^ 
car îk ne passèrent pas tous de la même fa- 
çon. Il V en eut qui au milieu du Irajei tom- 
bèrent de frayeur dans la rivière. Mais leur 
diote ne fut funeste qu'aux conducteurs. Pour 
eux la force et la longueur de leurs trompes 

les lira de danger. En élevant ces trompes au 

dessoude Teau , ils respiraient, et éloignaient 

icwit ce liai pouvait leur nuire, et par ce 

moyen i\s vinrent droit au bord malg:ré la ra* 

fiîditè duReuvc. 

Quand lesdéphans furent passés, Annibal 

fit dVttx et de la cavalerie son arriére-gar- 

Af, et marcha te long du fleuve ^ prenant sa 

rônto de la mer vers FOrient, comme s'il eût 

Toiiln outrer dans le ceulro des terres euro- 

pt ar le Rliônc ases sources sur 1 e ver- 

iiûl ocxidcnlal des Alpes et au dessus du 

golfe Adriatique , et coule du nord au 

siid. B prend son cours vers le couchant 

d^'ver^ et se décharge dans la mer de Sar- 
àai|iie. Ses eaux Iravcrseul toute unevîdlée, 
dont les Gaulois appelés Ardycns occupent 

h pteutrional, et le rôle méridional 

e^; ,,.,. uv par les racines des Alpes ; qui suut 



t 

vers le septentrion. Cette vallée est séparée 
des plaines des environs du Pô par les AlpeSj 
qui s^Hendeul depuis Marseille jusqu'à l'ex- 
trémîté du golfe Adriatique , et qu'Annibal , 
veuaot du Rhône, traversa pour entrer dans 
ritalie. 

Quelques îustorîens , pour vouloir étonner 
leurs lecteurs par des choses prodigieuses^ en 
nous parlant deces montagnes, tomi»ent, sans 
y penser, dans deux défauts qui sont très-con- 
traires à l'histoire; ils content de pures fables^ 
et se coDlrcdisent. Ils commencent par nous 
représenïerAnnibalcomfun un capitaine d^une 
hardiesse et d^unc prudence inimitables ; ce- 
pendant , à en juger par leurs écrits , ou ne 
peut se défendre de lui attribuer la conduite 
du monde la motos sensée. Lorsqu'engagés 
dans leurs fables ils sont en peine do trouver 
un dençn\ment , ils ont recours aux dieux et 
aux demi-dieux^ artifice indigue dePbistoîre, 
qui doit rouler toute sur des faits réels. Ilsnous 
peignent les Alpes comme si raîdes et si escar- 
pées, que, loin de pouvoir les faire passer à 
de la cavalerie,àunearmée,àdesclépbans, à 
peioePinfanterie légère en tenterait-elle le pas- 
sage. Selon ces historiens, les pays (l*atentouf 
sont si déserts^ que si un dieu ou demi - dieu 
n'était venu montrer le chemin à Annibal, 
sa perte et celle de loule son armée était 
inévitable. N'est-ce pas là visiblementdébiter 
des fables et se contredire? Car ce général 
n'eût- il pas (*lé le plus inconsidéré et le pljis 
étourdi des hommes ^ s'il se fût mis en marche 
à la tête d'une armée nombreuse ^ et sur la- 
cpjelle il fondait les plus belles espérances , 
sans savoir ni par où il devait aller, ni la na- 
ture des lieux où il passerait^ ni les peuples 
chez lesquels il tomberait? 11 eût été même plus 
qu'inconsidéré s'il eiU tenté une entreprise, 
qui non seulement n'était pas raisonnable, 
mais pas même possible. B'ailleurs condui- 
sant Annibal avec une armée dans des lieux 
inconnus, ils lui font faire , dans Un temps ou 
il avait lout à espérer^ ce que d'autres feraient 
à peine, quand ils auraient tout perdu sans 
ressource ^ et qu'ils seraient réduits à la der- 
nière extrémité. Lorsqu'ils nous discnlencore 
que dans ces Alpes ce ne sont que déserts , 



j 




tt qut >eut 
s il dv guide 
v^^hUWrs âttx poètes Ira- 
\ , ^m Avdr €*WM *« i*ujeb faux 
.^HttMNtt^ «»l bwottl poiir la tala- 
' 4e k«rt pi*<« *^ quelque dieu ou de 
MMK^iioe , i^ hi$lt>rieiis emploieiil 
j^li^x ci des dcnù^Iieui, parcequ-jls 
jV*Vn^<«Ut»«ié«ile faits qui n'ool oi 
ll^f«i»mMj»occ; car comment fîoir 
lit doîi actions don i les couunen- 
\ étaient cuulre la raison? Quoi qu'en 
|m écrivains, Auuibal conduisit celle 
B|iîri avec beaucoup de prudence. Il 
pirormê cxaclemcnl de la nature et de 
itîoQ des lieux où î! s- était proposé d-al- 
liTait que les peuples où il devaitpas- 
ilendaientque ToccasioD de se révoller 
ks Romains f euGn , pour n'avoir rieu 
ire de la difficulté des chemins , il s*y 
^conduire par des gens du pys, qui 
bnt d'autant plus volontiers pour gui- 
rils avaient les mêmes intérêts et le^ 
fspérauces. Je parle avec assurance 
Ks ces choses , parce que je les ai ap- 
le témoins contemporains , et que je 
lé moi-même dans les Alpes pour en 
t une exacte connaissance. 



CHAPITRE X. 



■m revle ronet mt I« trdoe os pcUt roi ftiil«if. et 
iemuff^é. - U* Altobnigw loi leodeal <l«i piifet A 
Ifit» Alpciw * U leor éelufpe , vaif «Tce betucéop «9 
■Idepcfl». 

b jours après le décampement des Car- 

bb , le consul romain arriva à IV'ndroit 

kre par où les ennemis Pavaient passé. 

prise fût d^auiaut plus grande , qu'il 




^T SOMAIME. fA, p. mA 

qof'jamais ils n'auraîen t la har> 
,"!§» et ptmdrc cette route pour aller en 
.^Ir^ liai à cause de la multitude des Bar- 
^kurt» iottt ces régions sont peuplées , que du 
|it«i et fouds qu'on j^eut faire sur leurs pro* 
Comme cependant ils Pavaient fait^ 
il retourna au plus vite à ses vaisseaux ^ el 
embarqua son armée. 11 envova son frère en 
Espagne, et revint par mer en Italie pour arri- 
ver aux Alpes par la Tyrrhénic avant Annibal* 
Celui-ci , après quatre jours de marche, \iul 
près d'un endroit appelle Tlsle, lieu fertile en 
blés et très- peuplé j el à qui Ton a donné ce nom, 
parce que le RhOne et P Isère coulant des 
deux côtés , Pentourent et la rétrécissent eu 
pointe k leur confluenlXet te lie ressemble as- 
sez, et pour la grandeur el pour la forme, au 
Delta d'Egvple , avec celle différence néan- 
moins, qu^un de;* cétés dn Bel ta iM fermé par 
la mer, où se déchargent les fleuves qui fer- 
ment les deux autres, et qu'ici ce sont des 
montagnes presque inaccessibles qui bornent 
un des côlèsde Pile. 

Anmbal trouva dans cette ile deux frèreib 
qui, armés Pun contre Paulre^se disputaient le 
rojaume. Le plus vieux mi tAnni bal dans ses 
intérêts, et le pria de lui aider à se maintenir 
dans la possession où il était Le Carlbaginots 
n^hèsila point ; il voyait trop combien cela lui 
serait avantageux. 11 prit donc les armes, el 
se joignit à Paîné pour chasser le cadet. Il fut 
bien récompensé du secours qu'il avait donné 
au vainqueur. On fournit à son armée des vi- 
vres et des munitions en abondance. On re- 
nouvela ses armes, qui étaient vieilles et 
usées. La plupart de ses soldats furent vêtus j 
chaussés , et mis en élat de franchir plus aisé- 
ment les Alpes. Mais le plus grand servio? 
qu'il en tira , fut que ce roi se mil avec ses 
troupes à la suite de celles d'Annibal, qui 
nVotrail qu'en tremblant dans les terres des 
Gaulois nommés .4JIobrogcs, et les escorta 
jusqu^à Pendmit d'où ils devaient entrer dans 
les Alpes. 

Il avait déjà marché pendant dix jours, et 
avait fait environ huit cents stades de chemin 
le long du fleuve ; déjà il se disposait à mettre 
le pied dfins les Alpes , lorsqu'il se vit dans un 




iMnger auquel il était très difficile dV'chaper* 
Tant qu'il fut daos le p!al pajs, les chefs des 
Âllobroges ne 1 inqaiiHèrent pas dans sa mar- 
cte^ soit qu'ils redoutassent la cavalerie car- 
diaginoise, ou que les Barbares» dont elle 
it accompagnée, les tinssent en respect. 
quand ceux-ci se furent retirés, et qu'An- 
mbal commença à entrer dans les détroits des 
montagnes, alors les Allobroges counirenl en 
gf atiA nombre s^em parer des lieux qui com- 
mandaient ceax par où il fallait nécessaire- 
ment que /armée d'Annibal passât. C'en était 
fait de son armée , si leurs pièges eussent été 
pluscouverts ; mais comme ils se cachaient mal, 
ou point du tout, s'ils firent grand lort à An- 
uibal, ils ne sVn firent pas moins à eux- 

Ce général; averti du stratagème des Bar- 
hues f campa au pied des montagnes , et en- 
TO^a qnelques-ons de ses guides gaulois pour 
reconnaître la disposition des ennemis. Ils 
reriorent dire h Annibal que^ pendant le jour, 
tef ennemis gardaient cxacteracment leurs 
postes » maïs que pendant !a nuit ils se reti- 
raient dans une Tille voisine. Aussitôt le Car- 
tha^r^is dresse son plan sur ce rapport; il fait 
en plein jour avancer son armée prés des dé- 
filés , et campe assez proche des ennemis. La 
naît venue, il donne ordre d^alluraer des feux, 
laisse la plu5 grande partie de son armée dans 
lecêBkf, et avec un grand corps d'élite il perce 
les détroits et occupe les postes que les enne- 
mis avaient abandonné». Au point du jour les 
Barbares se vojant dépostés, quittèrent d^a- 
bord leur dessein ; mais comme les bétes de 
charge et la cavalerie^ serrées dans ces détroits^ 
ne suivaient que de loin, ils saisirent cette oc- 
casion pour fondre de plusieurs cAtés sur cette 
arriére-garde. Il périt là grand nombre de 
Carthaginois^ beaurnup moins cependant sous 
les coups des Barbares , que par la difficulté 
des chemins. Ils y perdirent surtout beaucoup 
de cbcraux et de bittes de charge, qui dans ces 
défilés et sur ces rochers escarpés se soutenaient 
àpeineet tombaient au premier choc. Le plus 
^^fcand désastre \int des chevaux blessés, qui 
P^wnMient^ dans ces seQliers étroits, et qui en 
I roalant poussaient et renversaient les bêles 



LIVRE IIL — CHAPITRE \, 



101 



de charge et tout ce qui marchait derrière. 

Annibal, pour remédier à ce désordre, qui, 
par la perle de ses munitions , allait Fexposer 
au risque de ne pas trouver de salut, même 
dans la fuite, courut au secours des siens à la 
tête de ceux qui pendant la nuit s'étaient ren- 
dus mat très des hauteurs, et tombant dVn haut 
sur les ennemis, il en tua un grand nombres- 
mais dans le tumulte et la confusion qu'aug- 
mentaient encorele choc et les cris des combat- 
tans, il perdit aussi beaucoup de monde. Mal- 
gré cela la plus grande partie des Allobroges 
fut enfiu défaite, et le reste réduit à prendre 
la fuite. Il fit ensuite passer ces défilés, quoi* 
qu^avec beaucoup de peine, h ce qui lui était 
resté de chevaux et de h^les de charge -, puis 
se faisant suivre de ceux qui lui parurent le 
moins fatigués du combat, îl alla attaquer la 
ville d'où les ennemis étaient venus fondre sur 
lui. Elle ne lui coûta pas beaucoup à prendre. 
Tous les babitans , dans IVspérancc du butin 
qu'ils croyaient faire , l^avaient abandonnée. 
Il la trouva presque déserte. Cette conquéto 
lui fut d^un grand avantage. Il tira de cette 
ville quantité de chevaux , de bétes de rhargft 
et de prisonniers, et outre cela du blé et de la 
viande pour deux ou trois jours, sans comp- 
ter que par là il se fit craindre de ces monta- 
gnards , et leur ôla l'envie d^iulcrromprc une 
autre fois sa marche. 

Il campa dans cet endroit,' et s^y reposa 
un jour entier. Le leudemain on continua de 
marcher. Pendant quelques jours la marche 
fut assez tranquille. Au quatrième, voici un 
nouveau péril qui se présente ! Les peuples 
qui habitaient sur cette route, inventent une 
ruse pour le surprendre. Ils viennent au de- 
vant de lui porta lit à la main des rameau jc 
dV>livier et des couronnes sur la tête. C*est le 
signal de paix et d'amitié chez ces barbares^ 
comme le caducée chez les Grecs. Cela parut 
su.spect à Annibal; il s'informa exactement 
quel était leur dessein, quel motif les amenait. 
Ils répondirent : qu'avant su qu'il avait pris 
une ville sur leurs voisins, et qu'il avait terras- 
sé tous ceux qui avaient osé lui tenir tête, ils 
venaient le prier de oc leur faire point de mal, 
et lui promettre de ne pas chercher à lui nuire. 




m 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE I4 RÉPUBLIQUE ROMAINE. 



el jiUl doutait de leur boniiâ foi, quUIs étaicDl 
prêli à donner des otages, 

AoDibai ht^ita longtemps sur le parti qu'il 
devait prendre- D'un côté, en acceptant les 
offres de ces peuples , il y avait lieu dVspérer 
que celle condescendance les rendrait plus 
réservés cl plus trailables. De l'autre, en les 
rejetant, il était immanquable qu^îl s'attire- 
rait ces barbares sur les bras. D'après ces deux 
raisons» il fit du moins semblant de consen- 
tir aies mettre au nombre de ses alliés. Aus- 
sitôt on lui amena des ùtages^onle fournit de 
bestiaux^ on s'abandonna entièrement à lui 
sans aucune précaution , sans aucune marque 
de dçGance. Annibat, de son cùté , se fia telle- 
ment à leur bonne foi apparente , qu^it les 
prit pour giudes dans les défilés qui restaient 
h frandur. Ils marchèrent donc à la tète des 
troupes pendant deux jours. Quand on fui en* 
trèdansun vallon^ qui de tous cotés était fer- 
mé par des rochers inaccessibles^ ces perfides 
s'èianl reunis vinrent fondre sur rarnère- 
garde d'Annibal. Ce vallon eût sans doute été 
le tombeau de toute l'armée, si le général 
carthaginois « à qm il était resté quelque dé- 
fiance, et qui s'était précautionné contre la 
trahison , n'eût mis à la tête les bagages avec 
la cavalerie, et les hommes pesamment armés 
à rarriére-garde< Cette infanterie soutint Tel- 
fort des ennemis , et sans elle la perte eût été 
beaucoup plus grande. Maïs malgré ccsecours 
il périt là un grand nombre d'hommes, dcche- 
l^ux et de bétes de charge ; car ces barbares, 
avançant sur les hauteurs à mesure que ît*s 
Carthaginois avançaient dans la vallée^ tantùt 
rotilaienl et tant^^t jetaient de grosses pierres 
qui répandirent tant de terreur parmi les trou- 
pes, qu'Annibal fut obligé de se tenir pendant 
toute une nuit avec la moitié de son armée sur 
un rocher fort et découvert pour veiller à la dé- 
fense des chevaux et des bétes décharge; en- 
core cette nuit suffit-elle à peine pour les faire 
défiler. 

Le lendemain les ennemis s'élant retirés, il 
rejoignit sa cavalerie , cl s^avanra vers la ci- 
me des Alpes ♦ Dans cette roule il ne se ren- 
contra pliu de barliares qui l'attaquassent en 
corps; quelques pelotons ^ulement voJli- 



geaient en quelques endroits, et se présentant, 
tantôt à la queue, tantôt à la tête, enlevaient 
quelques bagages. Les étéphans lui furent 
alors d'un grand secours. C'était asseï qu'ils 
parussent pour effrayer les ennemis el les 
mettre en fuite. Apré^ neuf jours de marche, 
il arriva enfin au sommet des montagnes. Il j 
demeura deux jours , tant pour faire repren- 
dre haleine à ceux qui v étaient parviiius heu- 
reusement, que pour donner aux traiDcurs le 
temps de rejoindre le gros de 1 armée. Pendant 
ce séjour, ou fut agréblemenl surpris de voir 
contre toute espérance paraître la plupart des 
chevaux et des bétes de charge qui sur la 
route s'étaient débarrassés de leurs fardeaux, 
et qui, sur les traces de Tarmée, étaient venus 
droit au camp, 

CHAPITRE XL 

ADml»il ichfve Ùê pisser les Alp«t. ^DifScollé* qo'il e«l j e»- 
»uvcr — Pourquoi juMiu'id Fotybe • omis retlaritet choses 
qui rrpendiDt p»r«bsaieiit essentielles A rbistoîrt^ 



On était alors à la fin de {^automne , et 
déjà la neige avait couvert le sommet des 
montagnes. Les so1daL« consternés par le 
souvenir des maux qu'ils avaient soufferts^ 
et ne se figurant qu'avec effroi ceux qu'ils 
avaient encore à endurer, semblaient perdre 
courage. Anmnal les assemble > et comme du 
haut des Alpes , qui semblent être la citadelle 
de ritalie, on voit à découvert toutes ce» 
vastes plaines que le Pô arrose de ses eaux , 
il se servit de ce beau spectacle , unique res- 
source qui lui restait, pour remettre ses sol- 
dats de leur frayeur. Eu même temps il leur 
montra du doigt le point où Rome était située, 
et leur rapjwla quelle était pour eux la bonne 
volonté des peuples qui habitaient le pa;s 
qu'ils avaient sous les yeux. Le lendemain il 
lève le camp, el commence à descendre, A la 
vérité, hors quelques voleurs qui s'étaient em- 
busqués, il n'eut point là d'ennemis à repous- 
ser ; mats l'escarpement des lieux et la neige 
lui firent [)erdre presqu'autant de monde qu'il 
en avait prdu eu montant. La descente était 
étroite, raide et couverte de neige. Pour peu 
que Ton manquAt le vrai chemin. Ton tom- 
bait dans des précipices affreux. Cependanl 




Iq soldat oudurci à ces sorles de périls, 
soutint encore couragcusomeiU rolui-ci. Eo- 
(b on arrive à un défilé qui sV^leod k la 
loDgueur d'un stade et demi , et que les èlé- 
pbaitis ui les b^les de charge ne pouvaient 
(rancliir. Outre que le sentier étaiUropélroilj 
la pente j déjà rapide auparavant^ Fêlait en- 
core deTcnue davantage depuis peu par uu 
•*OQvcl éboulecnent des terres. Ce fut 
alors que les Iroupes furent saisies de 
Crajcur, etqne le courage coinmenra à leur 
muoqaer la première pensée qui vinl à An- 
Dibûl fui d'éviter le défilé par quelque dé- 
tour- Mais la neige ne lui permit pas d'en sor- 
tir. Il j fut arrêté par un incident particulier, 
et qui rst propre à ces montagnes. Sur la 
netge de Thiver précédent, il en était tombe 
de noareUe : cclle-ei, étant molle et peu pro* 
fonde ^ se laissait aisément soulever: mais 
quand elle eut été foulée, et que Ton marcha 
sur celle de dessous qui était ferme et qui ré- 
sistait , les pieds ne pouvant s^assurer , les sol- 
dais chaocelaDi faisaient presqu^antant de chu- 
tes que de pas, comme il arrive quand on met 
le pied sur un terrain couvert de glace. Cet 
acddeni en produisait un autre plus fâcheux 
encore. Quand les soldats étaient tombés 
et (ju'ils voulaient s'aider de leurs genoux, ou 
i^accTocher à quelque chose pour se relever, 
ikentraioaient airec eux tout ce qu'ils avaient 
pris pour se retenir. Pour les bétes de charge, 
âpres avoir cassé la glace en se relevant^ elles 
restaient comme glacées elles-mêmes dans les 
trous (v ' "' ' valent creusés, sans pouvoir, 
sous l . fardeau qu'elles portaient, 

vaincre la dureté de la ueigc qui était tombée 
là depuis plusieurs années. Il fallut donc cher- 
cher un autre expédient. 

Il prit le parti de camper à ta télc du défilé, 
et pour cela il en fit ôter la neige. On creusa 
consulte par ses ordres un chemin dans le ro- 
clierméme, et ce travail fut poussé avec tant 
de vigueur, qu'au bout du jour où il avait été 
entrepris, les bétes de charge et les cbevaux 
descendirent sans l>eau€oup de p<nne* On les 
enîoja aussitôt dans dos pâturages, et Ton 
élablitle cam|f dans la plaine, où il n'était pas 
Comté de neige* Kcstait à élargir assez le cbe- 



CHAPITRE XI. 



m 



min pour que les éléphans y pussent passer. 
On donna cette tùcbeaux ?^umides. que l'oi^ 
partagea par bandes qui se succédaient k^ 
unes aux autres, et qui purent à peine finir 
en trois jours. Au bout de ce temps les élé- 
phansdescendireut, exténués par lafaini^ etuc 
pouvant qu'avec peine se soutenir ; car quoi- 
que sur le penchant des Alpes il se trouve des 
deux côtés des arbres et des forêts, et que lu 
terre y puisse être cultivée, il n'en est pas de 
même de leur cime cl des lieux voisins* Cou- 
verts de neige pendant toutes les saisons, 
comment pourraienl-ils rien produire? L'ar- 
mée descendit la dernière, et au troisième 
jour elle entra enfin dans la plaine , mais de 
beaucoup inférieure en nombre à ce qu^elle 
était au sortir de l'Espagne* Sur la ronte elle 
avait beaucoup perdu de monde, soit dans les 
coml)ats qu'il fallut soutenir, soit au passage 
des rivières. Les rochers et les défilés des Alpes 
lui avaient encore l'ail perdre un grand nombre 
de soldats, mais incomparabl entent plus de 
chevaux et de bétes décharge. Il y avait cinq 
mois et demi quMnmbal était parti de la uou- 
vellc Carthage, en comptant les quinze jours 
que lui avait coûtés le passage des Alpes, 
lorsqu'il planta ses étendards 4^m les plaines 
du PA et parmi les Insubrîens, sans que la di- 
minufioii de son armée eût ralenti ne rien de 
son audace. Cependant il ne lui restait plus que 
douze mille Africains et huit mille Espagnols 
d*infaiiterie,ctsix mille chevaux. C'estde lui- 
même que nous savons cette circonstance, 
qui a été gravée jKir son ordre sur une colonne 
prés du promontoire Lacinien, 

Du côté des Eomains, PubliusSeipîon, qui, 
comme nous l'avons dit plus haut, avait en- 
voyé en Espagne Cnéius, son frère, et lui 
avait recommandédetout tenter pour enchas- 
scF Asdrulial , Scipion , dis-je , débarqua au 
port de Pise avec quelques Iroupes , dont il 
augmenta le nombre en passant par la Tyr- 
rhénie,où il prit les légions qui, sous le com- 
mandement des préteurs, avaient été envoyées 
là pour faire la guerre aux Boïens. Avec cette 
firmée, il vint aussi camper dans les plaines du 
P^ . pressé d'un ardent ilésir d'en venir aux 
mains avec le général cartliaginois. 



iOi 



HISTOIRE GÉNÉILiLE DE lA RÉPOLIOIT: R0>L4TN^, 



ÎA. C. U84 



P 
P 




Mais laissons powr un moment ces deux 
chefs crarraèe en Ilalie, où nous les avons 
amenés , et avanl d'enlamer \e recît des com* 
bats qu'ils se sont livrés , jostifions en peu dt^ 
mots le silence que nous avons gardé juscpi' ici 
5iir certaines choses qui sont du domaine de 
l'histoire ; car on ne manquera pas d>tre en 
peine de savoir pourquoi , après m%'^tre fort 
étendu sur plusieurs endroits de IMfrique el 
de TEspagne , je o^ai parle ni du détroit que 
forment les colonnes d'Hercule , ni de la nier 
qui est aa-delà, ni de ve qu'il y a de partie u- 
lier sur cette mer, ni des îles britanniques , 
ni de la manière de faire Pétain , ni de Por ni 
de Pargent que TEspagne produit, choses ce- 
pendant sur lesquelles les auteurs qui en ont 
ècf it fort au long ne sont pas trop d'accord 
entre eux. 

H est vrai j je n'ai rien dit sur tontes ces 
matières. Ce n>st pas que je les crusse étran- 
gères à r histoire ; maïs deux raisons m'ont 
détourné d'en parler. Premièrement , une nar- 
ration interrompue pr autant de digressions 
qu'il se serait présenté de sujets à traiter 
eût èié rebutante , et aurait écarté le lecteur 
du but que je m'étais propose, Ensecond lieu, 
il m'a paru que toutes ces curiosités valaient 
bien la peine qu^on les traitât exprés et en 
particulier. Le temps el l'occasion \iendront 
d^en dire tout ce que nous avons pu en décou- 
Trir de plus assuré. 

Que Ton ne soit donc pas surpris dans la 
soilei si; en parlant de quelques tieui^^ nous 
n'entrons pas dansledétaildecertainescircon- 
itances. Vouloir que partout el en toute occa- 
fion un hblorien s' arrête sur ces sortes de sin- 
gularités ^ c'est ressemblera une espèce de 
friaodsj qui , portant la main à tous les plats. 
Jie savourent aucun morceau à loisir, et qui 
par cette diversité de mets nuisent plutôt à leur 
santé, qu'ils nerentretienuent et ne la forti- 
fient. Il en est de même de ceuvqui n'aiment 
rbîstoîre qu'autant qu\41e e^t i>arscmèe' de 
particularités détachées du sujet prîncipaL 
Ils n'ont le loisir dVu goûter aucune comme 
elle doit être goûtée , et il ne leur en reste 
rien dont ils pmssent faire usage. 

Il faut cependant convenir que* de toutes les 



I^artiesde l'histoire , il nVn est point qui ait 
plus bes4^»in d'èlre traitée au long el avec 
quelque exactitude que ces parUcularilés^là 
mêmes que nous avons cru devoir remettre à 
un autre temps. Entre plusieurs exemples que 
je pourrais citer, en voici un qui ne souffre pas 
de réplïcpie» De tous les historiens qui ont dé- 
crit la situation et les proprièlcs des lieux qui 
s<mt aux extrémités de celte terre que nous 
habitons , il y en a très- peu qui ne se soient 
souvent trompés. Or on ne doit épargner 
aucun de ct^ historiens. Il faut les rcfuterlouSj 
non légèrement et en passant , mais en leur op- 
posant dc^ argumens solides el certains. On 
ferait cependant mal de les reprendre avec 
mépris et avec hauteur. Il est juste au con- 
traire de les louer, en corrigeant les fautes que 
le peu de connaissance qu'ils avaient leur a 
fait commettre. Eux-mêmes, s^lls revenaient 
au monde , changeraient et redresseraient sur 
beaucou[ïdç poinLs leurs propres ouvrages. 
Dans le temps qu'ils vivaient, il était rare de 
trouver des Grecs qui s'intéressassent beau- 
coup à l'étude des lieux qui bornent la terre. 
11 n'était pas même possible d'en acquérir la 
connaissance. On ne pouvait alors se mettre 
sur mer san» s'exposer à une infinité de dan* 
gers. Les voyages sur terre étaient encore plus 
périlleux, Quelque nécessité, ou quelque in- 
clination qui vous conduisit dans ces lieux , 
vous n'en reveniez guère plus instruit* Com- 
menl examiner tout fiar se« yeux dausdes en- 
droits qui sont tout-à fait barbares^ où it ne 
règne qu'une solitude affreuse , où voui ne 
pouvez tirer aucun éclaircissement de b part 
de ceux qui les habitent , et dont le langage 
vous esl inconnu ? Je suppose que quelqu'un 
où t surmonté tous ce^ obstacles; mais eût-il été 
assex raisonnable pour ne pas» débiter des cho- 
ses incroyables, pour se renfermer dans rexacte 
vérité , pour ne raconter que ce qu'il aurait 
\Ti?On ne serait donc pas équitahle de rele- 
ver avec aigreur des historiens , pour s*èlre 
quelquefois trompés , ou pour avoir manqué 
de nous donner^ sur les extrémités de la terre, 
des lumières qu^il n'était jias seulement dif- 
ficile y mais même impossible qu'il» eussent 
fux-mèmes. Louons ces aulcors. admiron5'Ies 



LIVRE in. -^CHAPITRE XIL 



l t «S6 ! 

plulôl d'^avoir été jusqu'à un cerlain point, et 
4e nous avoir aidés à faire de nouvelles dé- 
WttTeries, Mais aujourd'^hui que par la con- 
qoète de FAsie par Alexandre, et celle de près- 
fut tout le reste du monde par les Romains, 
îlii'cft point d'endroil dans runivers où Ton 
fte poisse aller par mer ou par terre , et que de 
grands bonun es ^ déchargés du soin desaffairefi 
pobUques et du commandement des armées ♦ 
ont emçVo^élesmomens de leur loisir à ceiî 
sortes de recherches , il faut que ce que nous 
eo roulons dire soit beaucoup plus exact et 
dplos assuré, îious lâcherons aussi de nous 
acquitter de celte lâche dans cet ouvrage, lors- 
que Poccasion s'en présent era , et nous prie- 
rons alors nos lecleurs curieux de s^nstruirede 
WÙ& donner toule leur atlention. J^osedire 
que je mVji suis rendu digne par les peines 
^e je me suisdonnées/Cl parles dangers que 
j^iù o(Hinu>en %ojagcant dansTAfrique^ dans 
rEspagne^ dans les Gaules, et sur la mer ex- 
tttf-ieure dont tous ces pajs sont environnés, 
pour corriger les fautes que les anciens avaient 
faites dans la descriplion de ces lieux, et pour 
en procurer la connaissance aux Grecs. Mais 
traminoos ici cette digression > et vojons les 
combats qui se livrent en Italie entre les Ro- 
jnains et les Carthaginois, 



iOS 



K. 



CHAPITRE XII. 



âê lêfmie ê'ÂMîàbêi aprps le passade 4cs Alpei, — Prise 
4e TariB.^S«nproiBiii» vjeni au secours de Sdpjmi. — An- 
I Midala au comba I . ^ •_ _ ^ 



Annibal arrivé dans rilalîe avec Parmée 
que nous arooi vue plus haut, campa au pied 
des Alpes j poor donner quelque repos à ses 
troupes. Elles en avaient un extrême besoin. 
Les fatigues qu*elles avaient essuyées h mon- 
ter et à descendre par des chemins si difficiles, 
la disi^ltè de vibres, un délabrement affreux 
les reDilâient presque méconnaissables. Il yen 
^rsH même an grand nombre que la faim et les 
travaux continuels avaient réduits au déses- 
poir. On n'avait pu transporter entre des ro- 
chers autant de vivres qu'il en fallait pour une 
armcesi nombreuse, et la plupart de ceux que 
Pon y avait transportés vêtaient restes avec les 



bétesde charge. Aussi quoîqu' Annibal , après 
le passage du RhOne , eût avec lui trente-huit 
mille hommes de pied et plus de huit mille 
chevaux; quand il eut passé les monts, il 
n'avait guère que la moitié de cette arméej et 
celte moitié était si changée par les fatigues 
qu'elleavait essuyées, qu'on Taurait prise pour 
une troupe de sauvages. 

Le premier soin queut alors Annibal fut 
de relever leur courage , et de leur fournir 
de quoi réparer leurs forces et celles des che- 
vaux. Lorsqu'il les vit en bon état, il tâcha 
d'abord d^engager les peuples du territoire 
de Turin , peuples situés au pied des Alpes, 
et qui étaient en guerre avec leg Insubriens , 
à faire alliaoce avec lui. Ne pouvant par ses 
exhortations vaincre leur défiance, il alla 
ramper devant la principale de leurs villes, 
l'emporta en trois jours, et lit passer au fil de 
Tépêe tous ceux qui lui avaient été opposés. 
Celle expédition jeta une si grande terreur 
parmi les barbares voisins, qu^ils vinrent tous 
d'eux-mêmes se rendre à discrétion. Les au- 
tres Gaulois qui habitaient ces plaines au- 
raient bien souhaité se joindre à Âunibal, se- 
lon le projet qu'ils en avaient d'abord formé ; 
mais comimî les légions romaines élaienl déjà 
sorties du pays, et avaient évité les embus- 
cades qui leur avaient été dressées, ils ai- 
mèrent mieux se tenir en repos; et d'ailleurs 
il y en avait parmi eux qui étaient obligés de 
prendre les armes puur les Romains. Annibal 
alors jugea qu'il n'y avait point de temps à 
perdre, et qu'il fallait avancer dans le pays.et 
hasarder quelque exploit^ qui pût établir la 
confiance parmi les peuples qui auraient ^n^ 
vie de prendre parti en sa faveur. 

Il était tout occupé de ce projet, lorsqu'il 
eut avis que Publius avait déjà passé le Pô avec 
son armée, et qu'il était proche, lln'y avaitque 
peu de jours qu'il avait laissé ce consul aux 
bords du RhOnc^ la route depuis Marseille 
jusque dans la Thyrrhénie est longue et dif- 
ficile à tenir ^ et depuis la mer de Tyrrhénîe 
jusqu^'aux Alpes en traversant l'Italie, c'est 
une marche très longue et trés-péniblc pour 
une armée* Cependant comme cette nouv elle 
se confirmait de plus en plus^ il fut étonné 



A 



HISTOTKE GENERALE DE LA RÉPlTÎLIOrE ROMAINE. 



106 

que Publtuseùlenlrepris cette roule, et IVùl 
faîle avec tant de diligence, Publîiis fut dans 
le EBt^me èlonnemcnt à Têgard dWntiîbiil. Il 
I crotait d'abord que ce ^raod capî laine u^o- 
I serait pas tenter le passige des Alpt^ avec 
[une armée compoî*ée de tant de nations diffê- 
[Yeiites; ou que s'il le tentait, il ne manque- 
raît pas d*y périr. Mais quand on lui vînt dire 
qu'Annibal non seulement était sorti des Alpes 
I sain et sauf, mais as&iègeait encore quelques 
|Tillc5 d'Italie, il futexlr^memenl frappé de la 
'hardiesse et de Piotrépiditè de ce général. A 
Rome t ce fol la même surprise , lorsquVm y 
apprit ces nouvelles. A peine avait-on enlen- 
du parler delà prise de Sagonte, et envojé un 
des consnlsen Afiiqnc poorassiêgerCarthage, 
et Taulre en Espagne contre Annibal . qu'oo 
apprend que ce même Annîbal est dans Tlta- 
lie à la tétc d'une armée , et qu'il y assiège 
des \illes. Cela parut un paradoie. L'é* 
pouTantelul grande, onen\o\asur le champ 
à IJlybèe pour dire à Tiborius que les enne- 
mis étaient en Italie , qu'il laissât les affaires 
dont i( était cbargé,pour venir au plus tôt au 
secours de la patrie, Tîberius sur ces ordres 
fit reprendre à sa flotte la route de Rome, et 
pour les troupes de terre, îl ordonna de les 
mettre en marche, et leur marqua le Jour où 
Ton devait se trouver à Ariminum. C'esl une 
ville sîluée sur la mer Adriatique à TeiLtrémîté 
des plaines qu'arrose le Pô . du coté du midi. 
Au milieu de cesoolévemenl général el de Vé- 
tonnement où jetaient des événemens si ex- 
traordinairef^ïn él;ùt extrêmement inquiet et 
allenlir$ur ce qui en résulterait. 

Cependant Annibal el Publius s'appro- 
chaient Tun de l'autre, et tous deu\ anî 
majent leurs troupes par les plus puissans mo- 
tifs que la conjoncture présente leur offrait. 
Voici la manière dont Annibal s'y prit. Il 
assembla son armée , et fit amener devant elle 
tout ce qu'il avait fait de jeunes prisonniers 
sur les peuples qui l'avaient harcelé dans 
lepafsdge drs Alpes. Pour les rendre propres 
au dessein qu'il s'était proposé, il les avaîl 
charpft^ de chaînes, leur avail fait souffrir 
la faim .avait donné ordre quVm les meurtrit 
de coups. Dans cet état,îl leur prétenla les 




:â. 0. tôt.] 

armes que les rois gaulois prennent lorsqu'il 
se disposent à un combat singulier* Il fit mettre 
aus^ï devant eux des chevaux el des saies Irés^ 
riches , el ensuite it leur demanda qui d'entre 
eux voulait se ballre contre Tautre, à h 
condition, que le vainqueur emporteraîl 
pour prix de la victoire les dépouilles qu'ils 
voyaient , el que le vaincu serait délivré par 
la mort des maux qu'il avait à souffrir. Tous 
ajanf élevé la voix et demandé à comballre, 
il ordonna qu'on tirât au sort, et que ceux 
sur qui le sort lorabcrait entrassent eu lice. A 
cet ordre. Ici jeunes prisonniers lèvent les 
maing au ciel , et conjurent les Dieux de 1^ 
mettre au nombre des comballans. Quand eu- 
fiu le sort se fut déclaré , autant ceux qui 
devaient se lialtre eurent de joit, autant 
les aulres furent consternés. Après le combat 
ceux des prisonniert qui n'en avaient été que 
spectateurs , félicitaient tout autant le vamcu 
que le vainqueur , parce qu'au moins la mort 
avait rais lin aux "peines qu'ils étaient con- 
traints de souffrir. Ce spectacle fil aussi la 
même impression sur la pluprl des Carthagi- 
nois , qui comparant l'état du mort avec les 
maux de ceux qui restaient , jiortaient com- 
passion à ceux-ci , cl croyaîenirautrc heureux. 
Annibal ayant par cet exemple mis son 
armée dans la disposition qu'il 6ouhailait, 
s'avança au milieu de l'assemblée, el dit qu*il 
leur avail donné ce spet lacle , afin qu'ayant 
vu dans ces infortunés prisonniers l'état 
où tb étaient eux-mêmes réduits, ils jugeas- 
sent mieux de ce qu'ils avaient à fairt 
dans les conjonctures présentes : que la for- 
tune leur proposait à peu pré^j^un même œm- 
liai à souleiiir, et les mêmes prix â remporter. 
Qu'il fallait ou vaincre, ou mourir, ou vivre 
misérablement scms le joug des Romains ; que 
> ictorieux , ils emp4>rleraient pour prix , non 
des chevaux et dt*s saies, mais toutes les ri- 
chesses de la république romaine i c'est à-dire 
tout ce qui était le phis capalile de les rendre 
les plus heureux des hommes : qu'eu mourant 
au champ d'honneur, te pis qui leur pouvait 
arriver seraitde passer ,sans avoir riensoufferl, 
de la vie ii la mort, en combattant pour la plus 
belle de toutes les iooquêles ; mais que si 



Ls«g î. LIVRE UI — 

de la vie leur faiîniit tourner le dos à 

i, ou CQmmeUreqtioIqui^fiQlrcIârholé, 

ravail pas de mau.v el de peines aux- 

ils ne dussent s^atlenfiie ; qi^il o'èlait 

parmi eux qui, se rappelant le che- 

(piii araii fait depuis Carlhage-laNeuve, 

^ccmbals où il sVtait Ironvê dans la route ^ 

dlr> fleuves qu^îl avait passés, fut assez stu- 

(^ r^»nr i^^péfer quY*ii fujaul il rêver rail sa 

' fallait donc renoncer enlîéreinent 

« celUf e>^raDee , et entrer pour eux-mèoies 

hn^it'^ ^ nûmens où ils étaient tout ârheure 

I ^ prîsoûiiîers ; que comme ils fèlî- 

^iuil iga/emenl le vainqueur et celui qui 

'M mort les aruies à la main, et porta ion l 

î^^mpasMon à celui qui vivait après sa défaite, 

^oirnieU fallait qu'en coniballant leur pre- 

awT bat Au de vaincre; et s'ils ne pouvaient 

•MDoê^le mourir glorieusement sans aucun 

$ar la vie; que s'ils en venaient aux 

dans cel esprit ^ il leur répondait de la vic- 

el de la vie ; que jamais armée n'avf^ît 

V îctorieuse , lorsque par choix 

l'Heavait pris ce parti; etqn^au 

^nùwc des Iroupes qui , comme les Romains^ 

il lié de leur patrie, et avaient, en 

. retraite sure, ne pouvaient pas 

DtiDquef de succomber sous tVffort de gens 

fpi^ ■ -' -lient rien que de la victoire. Le <pee- 

lac harangue produisirent tout l'effet 

<]U'AniubaJs'eu était proposé. Ou vit le courage 

renaître dans le cœur du soldat. Le généra! ^ 

âpres a voî r Voué ses trou pes d e I eu rs bon nés d i s * 

positions, congédia rassendilée, etdDima ordre 

gu'^on se lUàl prêt 6 marcher le lendemain, 

CH.VPITRE XIII. 

B«nDgiir deSctpîan. — DaUilIc ilu TÛDiit. — TrthiiOEi dea 
GâOtob A f^gdril 4ti Hotnains. 

Publias $''è(ait déjà avancé au-delà du Pu , 
et COUT passer le Tésin , il avait ordonné que 
l^onyjeiÀtun pont. Mais avant que d'aller 
plus loin , avaot assemldé les troupes , il fit sa 
harangue. Il s'étendit d'abord beaucoup sur la 
jBrrand^ur et la majesté de Tempire romain , 
H surle?* exploits de leurs ancêtres : venant 
^teuite au sujet poux lequel ilsavaie»! pris lu§ 



CHAPITRE XUL 107 

armes, il dit: que quand bien même jusqu^à ce 
jour ils n'auraient jamais essajé leurs forces 
contre personne , maintenant quHs savaient 
que c'était aux Carthaginois qu'ils avaient 
affaire , dés lors ils devaient ccmipier sur la 
victoire ; que cVlait une chose indigne qu^un 
peuple vaincu tant de fois par les Romains , 
contraint dcleur payer un tribut servile et de- 
puis si hmg-lemps assujètièleur domination, 
osât se révolter contre ses maîtres, a Mais h 
n présent, ajouta-t'il , que nous avons éprouvé 
» qu^'l n\tse, pour ainsi dire , nous regarder 
)> en face, quelle idée, si nous pensons juste, 
n devons-nous avoir des suites de cetto guerre? 
» La première tentative de la cavalerie nu- 
n mîde contre la nôtre , lui a fort mal réussi. 
>> Elle y a perdu une grande partie de sos 
n soldats, et le reste s'est enfui honteusement 
» jusqu'à son camp. Le général et toute son 
» armée n'ont pas été plus tôtavertis*quc nous 
» étions proche, qu'ils se sont retirés, et ils 
ï> Pont fail de telle façon que cVtait autant une 
^ï fuite qu'une relraile. C'est par crainte que, 
» contre leur dessein , ils ont pris la route des 
)> Alpes. Annibal est dans l'Italie, mais la plus 
n grande partie de son armée est ensevelie Skîus 
n les neiges des Alpes, et ce qui en est échappé 
» est dans un état à n'en pouvoir attendre au- 
w cun service. La plupart des chevaux ont suc- 
» combé à la longueur et aux fatigues de la 
» marchât , et le peu qui en reste ne peut être 
» d'aucun usage. Pour vaincre de tels ennemis 
» vous n'aurez qu'à vous montrer. Et peu- 
>» sez-vousque j'eusse quitté ma flotte, que 
» j'eusse abandonné les affaires d'Kspagno 
w ou j'avais été envoyé, et que je fusse ac- 
)> couru à vous avec tant de diligence et d'ar- 
» deur, si de bonnes raisons ne m'eussent 
" persuadé que te salut de la République 
» dépendait du comI»at que nous allons livrer 
» et que la victoire était sure. « Ce discours 
stïutenu par Tautorité de celui qui le pronon- 
çait, et qui d'ailleurs ne contenait rien (pic 
de vrai* lit naître dans tous les soldats un 
ardent désir de combattre- Le consul ajant 
témoigné combien cette ardeur tui faisait de 
plaisir, congédia l'assemblée, et avertit qu'tn 
se tint prêt à marcher au premier ordre. 



i 



iOg IIISTOÏRE GÉNÉRALE DE 

Le lendemain les deux armées s^avancéreol 
runeconlrc Taulre le long du Tésin , duaVfê 
qui regarde les AJpcs , les Romains avant le 
fleuTe à leur gauebc , et les Carthaginois à 
leur droite. Le second jour, les fourrageurs 
de part et d^autre ajanl donné avis que Teo- 
neroi élait proche , chacun campa dans Ten- 
droitoûilêtail. Le troisième, PuLlius avec 
sa cavalerie, soutenue des troupes armées à la 
légère, et Annibalavcc sa cavalerie seule, 
marchèrent chacun de son c6lé dans la plaine 
pour reconnaître les forcer Fiui de Faulre. 
Quand on vît, à la poussière qui s'élevait, que 
Pon n^ctait pas loin , on se mit en bataille. 
Publias fait marcher en avant les archers avec 
la cavalerie gauloise > forme son front du 
reste de ses troupes , et avance au petit pas, 
Annibal vint au devant de lui, ajanl au centre 
rélite des cavaliers à chevaux bridés, et la ca* 
Valérie numide sur les deux ailes . pour enve- 
lopper reunemi. Les chefs et la cavalerie ne 
demandant qu^à combattre , on commence à 
charger. Au premier choc les troupes armées à 
la légère eurent à peine lancé leurs premiers 
traits, quV^pouvautès par la cavalerie carthagi- 
noise qui venait sur eux et craignant d'être fou- 
lés aux pieds des chevaux, ils plièrent et s'en- 
fuirent par les intervalles qui séparaient les es- 
cadrons. Les deux corps de bataille s'avanceiil 
ensuite, eten vienueutaux mains. Le combat !>e 
soutient long-temps à forces égales. De part et 
d\iutrc beaucoup de cavaliers mirent pied à ter- 
re, de sorte que Paction fut d'infanterie comme 
de cavalerie. Pendant ce temps U les Numides 
fttvdoppent et surprennent par les derrières 
|ê0 gCDS de trait, qui d'abord avaient échap- 
pés à la cavalerie y et les écrasent sous les 
pî^^ds de leurs chevaux. Ils tombent ensuite 
sur les derrières du centre des Romains , et 
,1e metlent en fuite. Les Romains perdirent 
k»eaucaup de monde dans ce comliat ; la perle 
\ fut encore plus grande du cùté des Cartha- 
ifinois. Ine partie des premiers s- enfuit en 
déroute } 1^ reste se rallia auprès du coii- 
iuL 

Pulilius décampe aussiu^t , traverse les 
i.plaÎDe9 et se hâte d^arriver au pont du P6, et 
^ de le faire passer a son armée . ne se cro^fant 



LA RÉPUBLIOIT; romaine. \k.^,m.\ 

pas en sûreté,, blessé dangereusement comme 
il rélait, dans uu pays plat et dans le voisinage 
d'un ennemi qui lui était de beaucoup supé- 
rieur en cavalerie. Annibal attendit quelque 
temps que Publius mit en oeuvre son infante- 
rie; mais vovant qu'il sortait de ses retran- 
chcmens, il le suivit jusqu^au pont du Pd. II 
ne put aller plus loin; le consul après avoir 
passé le pont , en avait fait enlever la plupart 
des planehes. Il fit prisonniers environ six 
cents hommes, que les Romains avait postés à 
la tête du pont pour favoriser la retraite; cl 
surle rapport qu'ils lui firent que Publius était 
déjà loin, il rebroussa chemin le long du 
fleuve , pour trouver un endroit où il pût ai- 
sément jeter un pont. ApK'S deux jours de 
marche, il lit faire un pont de bateaux, et or- 
donna à Asdrulial de passer avec Tarmée. Il 
passa lui-même ensuite , et donna audience 
aux ambassadeurs qui lui étaient venus des 
lieux voisius; car aussitôt après la journée 
dû Tésin tous les Gaulois du voisinage, sui- 
vant leur premier projet, s^em pressèrent à 
1 -envie de se joindre à lui, de le fournir de 
munitions, et de grossir son armée. Tous ces 
ambassadeurs furent reçus avec beaucoup de 
politesse et d^amitié. 

Quand rarméeeut traverse le Pô , Annibal 
au lieu de le remonter* comme il avait fait 
auparavant, le descendit dans le dessein d^at- 
teindre Fennemij car Publius avait aussi 
passé ce fleuve » et s^élanl retranché auprès de 
Plaisance, qui est une colonie des Romains, 
il se faisait là panser lui et les autres blessés » 
sans aucune inquiétude pour ses troupes qu'il 
crovait avoir mises à couvert de toute insulte. 
Cependant Annibal , au bout de deux jours de 
marche depuis le Pô , arriva sur les ennemis 
et le troisième il rangea son armée en bataille 
sous leurs yeux. Personne ne se présentant , 
il se retrancha à environ cinquante stades des 
Romains. Alors les Gaulois qui s'étaient joints 
à Annibal , voyant les affaires des Cartliagî* 
noissur un si Km pied , complotèrent ensem* 
blé de tomber sur les Romains et restant dans 
leurs tentes ils épiaient le moment de les atta- 
quer. Après avoir soupé> ils se retirèrent dans 
leiurs retranchemcns , cl s'y reposèrent la plus 



LnUE TH. — CHAPITRE XIY- 



109 



IfUDpan 



parue do la mik. Mais à la pelUe 
du joar ils sortirent au nombre de 
mille bonimes de pied et d'environ deux 
|«tf chenaux , tous bien armés, et fondirenl 
mks Bomaiiis qui étaient les plus proches 
iiGunp. Ils eu tuèrent un grand nombre ^ 
«MesBS^rent aussi Jjcaueoup, et apportèrent 
iilÉles de ceux qui étaient morts au général 
cvtkagioois. 

Âjniubai reçut ce présent avec reconnais 
sïQce* 11 les exhorta à continuer à se stgna- 
I^^/eiir/kn>iuiLdes récompenses proportion- 
nes à iears services,, et les renvoja dan;* 
BiEi viDes , poiir publier parmi leurs conei- 
lijcss les avaotages qu'il avait jusqu'ici rem- 
pvics^ el poOT les portera faire alliance avec 
bi. U n^élait pas besoin de les } eîtborter. 
AçcîïS riostilie que ceux-ci venaient de faire 
nuBonalûs^ il fallait que les autres, bon gré 
^gsé^ se raugeassent du parti d'Anniljat. 
en effet s'y ranger, amenant avec 
I BoTcDS , qui lui livrèrent les trois Ro- 
ipr la r<*puhlique a\ait envoyés pour 
HtB le partage des terres ^ et qu^îls avaient 
Hftléi contre la foi des traités, comme j'ai 
ffpMéplus baut. Le Cartbaglnois fut fort 
iMftla à letir bonne volonté ^ il leur donna 
ie^asRinuiceâ de l'alliance qu'il faisait avec 
eux ^ ei leur rendit les tnâs llomains en les 
aTeHjâMol delei» tenir sous bonne garde, pour 
retirtr ie Home par leur moven les otages 
qu'ils T araientenvoyés, selon ce qu'ils avaient 
d^'âbottl projeté. 

CHAPITRE XIV. 



ië TYébje, et perd wn arHére-gsrde. — Les Gau- 
ÈB imtU 4 Aimibâl — MouTcmPDi lîue celle dé- 
à Bmdc. — AoDibal eDtrc par îfurpni^e daaf Clas* 
de ca?alerit". — Corne il de guerre entre les 
«- MoM d' AuubtU 



Cette tmhisoQ de deux mille Gaulois donna 
gfaade» ioqaiétades à Publius, qui crai- 
avcc r^son que ces peuples ^ déjà indis- 
mire Jes Romains j n'en prissent occa- 
se déclarer tous en faveur des Cartha- 
fTioors. Pour aller au devant de cette conspi- 
ration, vers les trois heures après minuit, il 
Wti le camp ei s'aYança yers la Trêbic et les 



hauteurs qui en sont voisines , comptant que 
dans un poste si avantageux et au milieu de ses 
alliéson n'aurait pas l'audace de venir [l'atta- 
quer. Sur l'avis que le consul était décampé, 
Auuibal envoj a â sa poursuite la cavalerie nu- 
mide y qu'il fit suivre peu après par l'autre ca- 
Yalerie, qu'il suivait lui-m^me avec toute l'ar- 
mée. Les Numides entrèrent dans le camp des 
Romains^ cl le trouvant désert et abandonne, 
ils j mirent le feu. Ce fut un bonheur pour 
l'armée romaine : car si les Numides , sans 
perdre de temps, l'eussent poursuivie et eus- 
sent atteint les bagages , en plaine comme ils 
èlaient , ils auraient fort incommodé les Ro- 
mains; mais lorsqu'ils les joignirent, la plu- 
part avaient déjà passé la Trébie. Il ne restait 
plus que l'arrière-garde , dont ils tuèrent une 
partie, et firent le reste prisonniers. 

Pûbtius passa la rivière, et mitsoncamp au- 
près des hauteurs i il se fortifia d^un fossé cl 
d'un retramhemcnt en attendant les troupes 
que Sempronius lui amenail. Il prit grand soin 
de sa blessure afinde se leniren état de com- 
battre, si l'occasion s'en présentait. Cependant 
Annilxil s'approrhc, et canipeàt(uarante stiides 
du consul; là lesGauloisqui babilaient dans ces 
plaines, partageant avec les Carthaginois les 
mêmes espérances, leur apportèrent des vivres 
et munitions en abondance , prêts eux-mêmes 
à entrer pour leur [Kirl dans tous les travaux 
et tous les [lérils de celte guerre. 

Quand on apprit h Rome Taction qui s'é- 
tait passée entre la cavalerie, on j fut d'au- 
tant plus surpris que Ton ne s'attendait pas 
à cette nouvelle; mais au reste on trouva des 
raisons pour ne pas regarder cela comme une 
entière défaite. Les uns s'en prirent a une 
trop grande précipitation de la part du consul; 
les autres à la perfidie des Gaulois alliés, qui k 
dessein ne s'étaient pasdéfendus, perfidie qu'ils 
en soupçonnaient diaprés l'infidélité que ces 
peuples venaient tout récemment de commet- 
tre; mais comme rinfanlerie était encore en 
son entier, on se flattait qu'il n'y avait encore 
rien à craindre pour le salut de la république. 
Aussi lorsque Sempronius traversa Rome avec 
ses légions , on crut que, dés qu'il serait ar- 
rivé an camp, la présence ^ule d'une si puis- 



A 



p 



ih HISTOÎRE GÉXÉRALÈ t)E 

sanlc armée meilraît Annîbal en fnilc , ci ier- 
minenit la guerre. 

Toutes les troupes î^t'tn m niKiut^î^a Arimî* 
imm , selon qu'on s' v était engage pr ser- 
ment, Tiberîus à leur UMe fil diligence pour 
rejoindre son eollègue. Il campa près de laî , 
fil rafraîchir son armée, qui depuis Lihbec 
jusqu'à Ari«iinum avait marché pendant qua- 
rante jours de suite, et donna ordre que Ton 
dispc»sàt tout pour une bataille. Peudani que 
Ton s'y préparait . û visitait sou\ enl Publius , 
et se faisait rendre compte de ce qui sV*lait 
fBSsé , et ils tenaient conseil ensemble sur ce 
qu^il y avait à faire. Annikil , pendant h^urs 
délibérations , trouva moyen dVnitrer dans 
Claslidium, dont le gouverneur pour les Ro- 
mains lui ouvrit les portes. Maître de la gar- 
nison et dt*s magasins, il distribua les vivres k 
ses soldats, et réunit les prisonniers à ses trou- 
pes^ sans leur faire aucun mal, afin de donner 
un exemple de la douceur dont il voulait user, 
pour que eeuxqu'on prendrait dans la suite es- 
pérassent trouver leur salul dans sa rtémence. 
Afin de gagner aussi aux Carthaginois tou5 
ceux que les Romains avaient mii dans les em- 
plois publics, il récompensa magiiitiqueraent le 
traître, qui lui avait livré Clashtlium. Peu 
flprê$ , ayant déi^ouvert que quelques Gaulois 
d'entre le Vu et la Trébie, tjui avaient fait 
alliance avec lui, ^continuaient à entre- 
tenir des liaisons avec les Romains , comme 
pour avoir un refuge assuré de quelque coté 
que la fortune se rangeât . il détacha deux 
mille hommes de pied et mille chevaux tant 
gaulois que numides, avec ordre de porter le 
ravage sur leurs terres» Cet ordre fut exécuté 
fur le champ» et le butin fut grand. Les Gau- 
lois coururent aussitôt aux retrauf hemens des 
Romains pour demander du s*HOurs, 

Sempronius, qui attendait depuis long- 
temps l'oirasion d'agir, saisit ce prétexte ; il 
envoie la plus grande partie de sa cavalerie 
avec raille archers à piinl , qui passent en hâte 
laTrébie, attaquent ceux qui emportaient le 
butin, et les obligent à prendre la luite et j^ se 
retirer derrière leurs retranche mens; la garde 
du camp «t>urt au s^Tours de ceux qui étaient 
podisuiT» } repousse les Romains , et les con 




LA RÉPtBLIQl^ ROJLiIXE, a, u df 

traînt à leur tour à fuir vers leur camp. Sem^ 
pronius alors met en mouvement toute sa ca^ 
Valérie et ses archers, et les Gaulois soni 
encore forcés défaire retraite. Annibal, qui 
n'était pas prêt à une action générale , et qui 
d^ailleurs ne croyait pas qu'un général sage 
et prudent diU, sans un desst*in prémédili^ el 
à toute occasion , hasarder une bataille géné- 
rale, se contenta d'arrêter la fuite de ses genSj 
et de leur faire tourner front aux ennemis , 
leur dêfenclanl par ses officiers et par des 
trompettes de combattre ni de poursuivre. Les 
Romains s'arrêtèrent pendant quehpie temps; 
mais enfin ils se retirèrent» après avoir perdu 
quelque peu de leur monde, et en avoir tué un 
plus grand nombre du côté des Carthaginois, 

Sempronius, enorgueilli et triomphant de ce 
succès, aurait fort souhaité dVn venir à quelque 
chose de décisif; mais quelque envie qu'il eût 
de profiter de la blessure de Scipion , pour dis- 
poser de tout à son gré, il ne laissa pas que 
de lut demander son avis, qu'il ne trouva pas 
conforme au «en. Publius pensait au con- 
traire qu'il fallait attendre que les troupes 
eussent été exercées pendant fhiver , et que 
Ton en tirerait plus de services la campagne 
suivante: que les Gaulois étaient trop légers et 
trop inconstans pour demeurer unis aux Car- 
thaginois /et quedés que ceux-ci ne pourraient 
rien entreprendre, ceux-là ne manqueraient 
pas de se tourner contre eux. Il espérait , après 
que sa blessure serait guérie, être de quoi- 
que utilité dans une affaire générale; enfin 
il le priait instamment de ne pas passer outre. 
Senipronius ne pouvait s'empêcher de recon- 
naître que les avis de san collègue étaient Jus- 
tiîs et sensés ; mais la passion de se distinguer 
et Tassiirance qu'il croyait avoir de réussir, 
l'emportèrent sur la rais«.m rX sur la prud^ nce. 
Il avait réstdu, avant que Publius piit se 
trouver à Paction, el que le temps de créer de 
nouveaux consuls, qui approchait, fôt venO, 
de finir celle guerre |Kir lui-même , et comme 
il ne cherchait pas le temps des affaires, mais 
le sien , il ne pouvait pas manquer de prendre 
de mauvaises mesures. 

Annibal pensait comme Publias sur la con- 
joncture pré^mte , mais il en concluait tout tu 




«Dirai re et pressait le temps ilu itombat : prc- 
taifrement pour profiler de la dispoëilion uh 
étaient les Gaulois ru sa ftivrur ; eti second 
Ira, parce qu^îl n^auraît à combattre tpie con- 
tre de nouvelles levées sans expiTÎcnce ; cl 
pour ne pas laisser h Piil)liiis le temps de 
rerà l'aclion. Mais sa plus furte raison 
étiil de faire quelque chose, et de ne pas lais- 
srr le temps se perdre inutîlemrnt ; car rien 
tt^cilçVusiropartaiit p>ur un général qui en- 
tre arec une arniée dans un pavs enneraî el 
t^ entreprend une conquête exlraordinaîre» 
fQe de renouT eler par d es eiptoi Is con ( i nuels 
ks espérances de ses alliés. Il ne pensa donc 
fhsqn^à se disposer à une bataille , bien srtr 
fie Sempronius ne manquerail pas de Tae- 
ctpter. 

B iTttl reconnu depuis lon|f-lemps le ter 
rm pétait entre les deui armées. C'élaîl 
we pUine rase et découverte , où coulait un 
nnsseili, dont les rives assex hautes étaient 
eDcorr hérissées de ronces et dV^pînes fort sér- 
ie». Ce ruisseau lui parut propre pitur y 
Ineser one embuscade, cl en effet il lui était 
né 4e se cacher. Les Romains étaient hien 
êSfirde contre les lieux couverts , parce que 
<?tU ordinairement dans ces sortes d'endroits 
(pelés Gmlûis se couvrent et se cachent ; maïs 
9i ce le défiaient pas d'un terrain plat et ras. 
Cepcndaiit une embuscade y est plus sure que 
àâm des bois. Outre que Pon y découvre de 
lom. fls> rencontre quantité de petites hau- 
lenrâ detnère lesquelles on est sufCsainment 
â couvert- Il ne faut souvent que de petits 
hords de ruisseaax , des roseaux , des ronces ^ 
qnebioe sorte d'épines pour cacher non seulc- 
meof de Pinfanterie, niais même de la cava- 
lerie : el il n'est pas besoin pour cela d'une 
^ode habileté. Il n'y a qu'à coucher par 
terre les armes qui se voient de loin, et à met- 
tes les casques dessous, 

CHAPITRE XV. 

i 

Bataille d« là Ti^biti. 

Ije général des Carthagiiiois tint donc un 
conseil de guerre, où il fit part à Ma^ou et 
m mires ofliciers du dessein qu'il avait. 



LIVRÉ m.— CHAPITRE XV, ÎU 

Chacun y ayant applaudi, aussitôt après le 

souper de l'armée^ il fit appeler Magon son 
frère ^ jeune à la vérité , mais vif, ardent et 
entendu dans le métier , le fit chef de cent 
chevaux et de cent hommes de pied , et lui or- 
donna de choisir dans toute Par niée ïf.» sol- 
dats les plus braves , et de venir le trouver 
dans sa tente avant la nuit. Quand il les eut 
exhortés tous h se signaler dans le poste qu'il 
de V ail leur assigner , il leur dît de prendre 
chacun dans leur compagnie neuf d'entre leurs 
ctnnpagnons qu'ils connaissaient les plus bra- 
ves, et de venir le joindre a certain endroit 
du camp. Ils y vinrent tous^ au nombre de 
mille chevaux et d'autant d'hommes de pîed, 
il leur donna des guides , marqua à son frère 
le moment où il devait fondre sur IVnnemi , 
et les envoya au lieu qu'il avait choisi pour 
l'embuscade* 

Le lendemain*au point du jour, il assemble 
la cavalerie numide , gens endurcis à la fati- 
gue } il Pexhorte a bien faire, promet des gra- 
tifications k ceux qui se distingueraient, et leur 
donne ordre à tous de passer au plutôt la ri- 
vière, d'apprcx'hcr du camp des ennemis, et do 
les provoquer par des escarmouches , pour les 
mettre en mouvement. En cela ses vues étaient 
de prendre Fennemi dans un temps où il n'aurait 
pas encore pr is de nourri tu ro#t où î! ne s'atten- 
drait à rien moins qu'à une batail le Jl convoqué 
ensuite le reste des officiers, les anime au com- 
bat, et leur ordf>nnf^ de prescrire à tous les 
soldats de prendre leur repas , et de disposer 
leurs armes et leurs chevaux. 

Dés que Sempronius vit la cavalerie numide, 
il ne manqua pas de mettent en avant la sienne, 
et de lui donner ordre d'en venir aux mains. 
Elle fut suivie de six mille archers a pied, H 
sortit enfin lui-même des retranchcmens avec 
tout le reste de ses troupes. Il était si fier de la 
nombreuse armée qu'il commandait, et de 
l'avantage qu'il avait remporté le jour précé 
dent, qu'il s'imaginait que pour vaincre il n'a- 
vait qu'à se présenler. On était alors en plein 
hiver^ il neigeait ce jour-là même, et faisait un 
froid glacial, et l'armée romaine s'était mise en 
marche sans avoir pris aucune nourriture. Les 
soldats partirent avec empressement el grand 



I 




p 

[ lis HISTOIRE GENERALE DE LA REPOLIQUE ROlLiIXE 

^H désir de combattre ; maisquand îbeurent passé 

^H la Trébîe, eo fiée ce jour- là parles lorreosqHi sV 

^B étaient précipités des tnoiUagnes voisines pen- 

I dantlanuit, et où ilsavaienl de Peau jusque sous 

^H les aisselles^ le froid et la faim (car le jour était 

^H alors airancè) les avaient étraogementarraiblis. 

^H Le^ CarthagÎDois au coutraire avaient bu et 

^^ mangé sous leurs tentes , avaient disposé leurs 

I chevaux, et s'étaient frottésd^huilc^el revêtus 

I de leurs armes auprès du feu. 

Quand les Romains furent sortis de la ri- 



I 



fA. tJ. 



vière, Anuibal , qui attendait ce momeot ^ en- 
voya en avant/au secours de st»s Numides, les 
r soldats armés àla légère et tes frondeurs des îles 
baléares, au nombre d'environ huit mille lujiii- 
mes, et il les suivit àla tète de toute rarméc. 
A un mille de sou camp, il rangea sur une li- 
gne sou iofanterie/qui faisait prés de vingt 
mille hommes tant Gaulois qu'Espagnols et 
Africains. La cavalerie > qui , en comptant les 
Gauluis alliés , sY4evait à plus de di\ mille 
hommes , fut distribuée sur les ailes , où il 
plaça aussi les élépbans , en partie devant la 
gauche j en partie devant la droite. 

PSempronius de son côté rappela sa cavale- 
rie , qui se fatiguait inutilement contre les 
Numides, cavaliers habiles et accoutumés à 
fuir en désordre au premier choc , et à revenir 
à la charge aussi hardiment qu'ils j étaient vt^ 
nus. Sou ordonnance fut celle dont les Ro- 
mains ont coutume de se servir. Il avait à ses 
ordres seizemille Romainset vingt mille alliés^ 
nombre auquel s"* élevé une armée complète , 
lorsqu'il s^agit de batailles générales, et que 
les deux consuls se trouvent réunis ensemble. 
Il jeta sur les deux ailes sa cavalerie^ qui était 

rde quatre mille chevaux, et s^avauca fière- 
ment \ersrenncoiij au petit pas, et en ordre 
de bataille. 

Quand on fut en présence, les soldats armés 
à la légère de part et d'autre engagèrent Tac- 
lioa. Autant cette première charge fut désavaii- 
tageuse aux Romains » autant fut elle favora- 
ble aux Carthiigiuols. Du cùtô des preuiiei-s, 
c^éiaieot des soldats qui depuis le matin s(>uf> 
, fraient du froid et de la faim, et ilont le.H traits 
ivaient été lancés pour la jdupart dans le coin- 
Vfti cuQlnî l€9 Numides. Ce qui leur eu restait» 



était si appesanti [>ar Feau dont ils avai^ 
été trempées , qu^ils ne pouvaient être d'au 
usage. La cavalerie, toute Farniée étaient i 
lement hors d'état d*agir. Rien de tout cela' 
se trouvait du côté des Carthaginois, Fr« 
vigoureux, pleins d'ardeur, rien ne lest" 
péchait de faire leur devoir. ^Ê 

Aussi dés que les soldats armés à la légèn 
furent retirés par Icï intervalles , et que V 
fanterie pesamment armée en fut venue aM 
mains ^ alors la cavalerie carthaginoise, 4** 
surpassait de beaucoup la romaine en uomj^ 
et en vigueur , tomba sur celle^i avec tant >V 
force et d'impétuosité, qu\*n un moment c T 
iVnfouça et la mit en fuite. Les flancs de 1'^ 
fanterie romaine découverts, les soldats arm 
à la légère des Carthaginois et les Numides r»^ 
vinrent à la tète de leurs geus^ fondirent surl^-^ 
flancs*des Romains, y mirentle désordre, et egj 
péchèrent qu' ils ne se défendissenl contre cei^ 
qui les attaquaient de front. De la part des so*" 
dats pesamment armés, dans les premiers rao^ 
et dans ceux qui les suivaient, la résistance f^ 
plusloofue et le combat pluségal. Ce fut au&s 
lemoment oùlesNumides sortirent de leur em'' 
buscade ^ chargèrent en queue les légions qu » 
combattaient au centre , et y jetèrent une con^ 
fusion extrême. Les deux ailes attaquées d#l 
front par les élépbans, et tout autour par laÀ 
soldatsarmc-s à la légère, furent cul butées dan 
la rivière. La seconde ligne ne put tenir un mo' 
ment contre les Numides , qui étaient venus 
fondre sur elle par ses derrières. Il n'v eut que la 
première ligne qui tint une heureuse nécessité 
Payant forcée à se faire jour à travers lesGaulois 
et les Africains, dont elle fit un grand carnage. , 
^lais après la défaite de ses ailes, voyant qu'elle 
n e pouvait n i 1 es secxiu rir, ni re tour ner a u ca m p , 
dont ta cavalerie numide^ la rivière et la pluie 
ne lui permettaient pas de reprendre Je che- 
min , serrée et gardant ses rangs, die prit la 
route de Plaisance, où elle se relira sans dan- 
ger et au nombre au moins de dix mille hom- 
mes. La plupart des autres qui restaient péri- 
rent sur les bords de la ririère , écnuk^ par lefl 
éiéphans ou par la cavalerie. Ceux qui purenf 
échapper »*lant ùntassinsque ca\ayers,si» jai* 
gnirent au corps dont nous venons de parler ^ 



tl4 HISTOIRE GÉyÉRALE DE LA RÉPOLÏOCE ROMAINE. 



P 



la gardr des pars dVo derà du fleure, Cn, Cor- 
pèlnis de retour ii la flotb , punit selon la sé- 
^rèrilé ém Wis ceux qui avaient uépligé le 
service; puis ajant réuni les deux armées, 
celle de mer et celle de terre, il alla prendre 
ses quartiers ii Tarra;9rone. Là partageant le 
butin eu parties égales aux soldats , il se gagna 
leur amitié , et leur fil souhaiter avec ardeur 
que la guerre contiDuât. Tel était Pétat des 
affaires en Espagne, 

Le priott?mps venu, Flaminiiis se mit eu 
marche, prit sa route pai" la Tvrrhéuie , et vint 
camper droit à Arétîum, pendantque Servilius 
alta à Arimiûumpour fermer aux ennemis les 
jiassiigesdece cùtê-là. PourAiinibal, qui avait 
priss4»s quartiers d^hiver dans la Gaule cisalpi- 
ne, il retenait dans'des cachots les prisonniers 
romains qu^il avait faits dans la dernière ba- 
laille, et Irur donnait à peine le nécessaire ; 
au lieu qu'il usait de toute la douceur possi- 
lie à 1-êgard de ceux qu'il avait pris sur leurs 
alliés. H les assembla un jour ^, et leur dit que 
ce n'était pas pour leur faire la guerre qu'il 
était venu, mais pour prendre leur défense 
contre les Romains ; qu'il fallait donc « s'ils 
entendaient leurs intérêts , qu'ils embrassassent 
sou parti , puisqu'il n^a va it passé les Alpes que 
pour remettre Fltalie en liberté, et les aider ;i 
rentrer dans les villes et dans les terres d'où 
les Romains les avaient chassés. Après ce dis- 
cours, il les renvoya sans rançon dans leur 
patrie. C'était une ruse pcRir détacher des 
Ramninslcs peuples d'Italie ^ pour lis porier 
à s'unir avec lui el soulever en sa faveur tous 
ceux d( ml les villes ou les ports sont sous la 
domination romaine. 

Ce lut aussi dans ce même quartier d'hiver 
qu'il s'avisa d'un stratagème vraiment car- 
thaginois, 11 était environné de pcn[»les lé- 
gers et inconslans, et la liaison qu'il avait con- 
tractée avec eux était encore toute récente. U 
avait à craindre que changcanl h son égard de 
dispositions « ils ne lui dressassent des pîéges 
et n'attentassent à sa vie, l^nir la mettre en 
»ùretè , il fit ffiire des perruqui^s el des habiu 
pour l<ius h»» ùgos, il prenait tantùl l'un tantôl 
J autre, et se déguisait si souvent ^ que non 
feulemvnt, ceux qui ne le voyaient qu'eu 




[h. V. m») 

passant, mais ses amis mêmes araienl peine 
à le reconnaître. 

Cependant les Gaulois s«mffraîent impa- 
tiemment <[nc la guerre se fit dans leur pis; 
à les entendre, ce n'était que pour se venger 
des Romains, quoiqu'au fond ce ne fût que 
par l'envie qu'ils avaient de s'enrichir h leurs 
dépens. Annikil s'aperçut de cet empresse- 
ment, et se* hâta de décamper pour le satis- 
faire; dés que Thiver fut pssé, il consulta 
ceux qui connaissaient le mimix le pavs, pour 
savoir quelle roule il prendrait p<»ur aller aux 
ennemis. On lui dit qu'il y en avait deuXj une 
fortlougu*^ et connue des Romains; l'autre à 
travers certain» marais , diflicile à tenir, mais 
courte, et par où Flaminîus ne rattendrail 
pas : celle^i se trouva plus conforme h son 
inclination naturelle. îl la préféra. Au bruit 
qui s'en répandit dans rarmée, chacun fut ef- 
frayé; il n'y eut personne qui ne tremhhU à 
la vue df^s mauvais chemins et des abîmes où 
l'on allait se précipiter, 

Antiibal , bien informé que les lieux où il 
devai( passer, quoique marécageux, avaient un 
fond ferme et solide, leva le camp , et forma 
Mtn avant-garde des Africains, des Espagnols, 
et de tout ce qu'il avait de meilleures troupesj 
il y entremêla le kigage, afin que Ton ne 
manquât de rien dans la route. îl ne crut pas 
devoir s'en embarrasser pour la suite . parce 
que s'il arrivait qu'il fût vaincu , il n'aurait 
plus besoin de rien, et que s'il était virln 
rieux, il aurait tout en akmdnnce. Le corps 
de l)ataille étaîl composé de Gaulois, et la ca- 
valerie faisait l'arriére-gardc; ilen avait donné 
la conduite à 3Iagon, avec ordre de faire 
nvaurer de gré ou de force les Gaulois, en cas 
quepar Licbeté ils fissent mine de se rebuter 
et de vouloir rebrousser chi*mifi ; les Espa- 
gnols et les Africains traverst*renl sans beau- 
coup de peine. On n'avait piûnl encore mar- 
ché dans ce marais , il fut assez ferme sous 
leurs pieds; et puis c'étaient des soldats durs h 
la fatigue j et accoutumés à ces s^irtes de tra- 
vaux. Il n'en fui pas de même quau 1 les 
Gaulois passèrent : le marais avait été foulé 
ptir ceux qui les avaient précédés ; ils ne pou- 
vaient avancer qu'avec une peine extrême, et 



AT «0 1 LIVRE IIL — 

pra (nïts h ces morchf^s pénibles, ils nesup- 
porliiîeol < elleHi qu\ivec la plus ^i\4? impa- 
iimve. Cop<*ndanl il mi \viir éUU ps possible 
ii' n'IouroiT en arriére; U cavalerit* tes pousr 
wil saus cesse en avaot. Il faul et m venir que 
loaU* Tarua*!» eut beaucoup à saurfrir : pen- 
dant quatre jours et trois ouils elle eut Icspieds 
Jaos Teatt , sans pouvoir prendre un mo- 
menl de sommeiL Mais lei^ Gaulois souffrirent 
p\ui> que tous les autres ; la [ilupart des betes 
de i^iuuïc moururent <Ians la boue ; elles ne 
llÂiiéréfit pas , nit>me alfjrs , dVlre de quelque 
•tilitê ; hors delVau, surlei ballots qu'elles por- 
taient, on dormait au moins une {lartîe de la 
amli quantité de chevaux v perdirent le sa- 
bot. iVnnîLal lui-même, monté sur le seul élé- 
pliaiit qui lui resLiit , eut toutes les peliu'ï» du 
monde à en sortir^ un mal d-jeux qui lui sur- 
littl le tourmenta beaucoup; et i omme la eir- 
coosiaoce ne lui permetlail pas de s'arrêter 
pDurse guérir; cet aecidenl lui fit perdre unœiL 

CHAFITKE XYir. 



èi flimfiif«f. — RéÛetiotn d« Pol^fbe sur t'é Latte 
i|r AnoibAl M fil. ~ h9\$ï\\c ûe Thrnîmitnt. 



Apré§ être sorti de ee manils comme par 
miraele, le général earllia^inois eampa au- 
prè* \njur donner quelqut* relàrhe ii ses trou- 
pes , et parce que Fbminius avait établi ses 
quartiers devant Arétiuin dans la Tjrrliénie; 
là il BHnforma aycc soin de ki disposition 
ou étaient \ps Romains, et delà nature du 
pavs qu'il avait ii traverser pour aller a eux. 
On fui dit que le pays était hm , et qu'il y 
avai/ Je quoi faire uu riilie butin ; et à Vè- 
gard de Flamlnius, quf^ e- était un homme doué 
d'un grand talent pour s'insinuer dans l'esprit 
delà populace, mais qui, sans en iuoir aucun 
ni pour le gouvernement ni pour la guerre^ 
se croyait irèâ-habile dans Puu et dans l'au- 
tre. 0e là Annîbal conclut que s'il pouvait 
{Miser au-delà du camp de ee consul, et porter 
le ravage dans la campagne sous ses yeux, ce- 
Im-ci, soît (le peur d'encourir les railleries du 
soldat, soit par chagrin de voir le pays ra- 
ngé, ne mauquerait pas de sortir de ses re- 
tramchomens , d'accourir rontre lui , de le 



CHAPITRE XVII. 



Vis 



suivre partout où il le conduirait, et de se hâter 
débattre Pennemî par luî-méme, avant que 
son eollè^uo pût partager avec lui la gloire 
de l'entreprise, tous mouiemens dont il vou* 
I:*it tirer avanlage pour attaquer le consul. 

ihi ihnt eonvenirque toutes ces réflexions 
étaient dignes d'un général judicieux et ex- 
périmenté. C'est être ignorant et aveugle dans 
la scienre de commander les armées, que de 
penser qu'un général ait quelque chose de plus 
important h faire que de s- appliquer à con- 
naître les inclinations et le earaetére de sou 
antagoniste. Comme dans un combat singu- 
lier ou de rang contre rang, on ne peut se 
promettre la victoire ^ si l'on ne parcourt des 
yeux tout son adversaire pour découvrir quelle 
est la partie de son corps la moins couverte * 
de même il faut qu'un généra! chercbe allen- 
fivement dans celui qui lui est opposé, non 
quelle est la partie de son corps la moins dé- 
fendue , mais quel est dans son caractère le 
faible et le pnchant par où l'on peut plus ai- 
sément le surprendre ; il est beaucoup de gé- 
néraux qui » mous , paresseux , sans mouve- 
ment et sans action, négligent non seulement 
les affaires de l'état, mais encore les leurs 
propres; il en est d'autres tellement passion- 
nés pjur le vin, (ju^ils ne peuvent se mettre au 
lit sans en avoir pris avec excès. Quelques- 
uns se livrent à l'amour des femmes avec tant 
d'emportement , qu'ils n'ont pas bonté de sa- 
crifier à cet infime plaisir des villes entières, 
leurs intérêts, leur vie même; d'auJres sont 
lâches et poltrons, défaut déshonorant dans 
quelque liomme que ce soit ^ mais le plus per- 
nicieux de tous dans un général. Des troupes, 
sous un te! chef, passent le temps sans rien 
eulr éprendre, et l'on ne peut lui en confier le 
commandement sans s^exposer aux plus grands 
malheurs. La témérité, une confiance incon- 
sidérée , une colère brutale , la vanité, l'or- 
gueil , sont encore des détauls qui donnent 
prise à rennemî sur un général^ et juste sujet 
à ses amis de s'en délier. Il n'y a point de 
pièges, point d'embusi^ades où il ne tombe, 
point dlïameçons où il ne morde. Si l'on 
pouvait connaître les faibles d'autrui, et qu'eu 
allaquaul ses euucmis oti prît leur chef jiî 



116 



HISTOIRE GENERALE DE 



i 



l^endruit qui pr^te le plus k la surprist^ , on 
Irès-peu dt* tenips t>n subjuguerait (ou(e la 
lerre, Olez d'un \abscau le pilote qui le 
gouverne, bientôt le vaiss4^au et scm équipage 
tomberont sous la puissanro des ennemis : il 
en est de nit^me d'uucarmêo dont nn «surprend 
le générai [wir adresse et par artifice. 

C'est ainsi qu'Annikd prenant adrotteriieiit 
Flaminius [lar^u faible, Tattiradaiis ses filels. 
A peine eut-il levé son eamp d'autour île Fié- 
soles et passé un {m^u au-delà du camp 
des Romains , qu'il se niii a dévaster tout. Le 
consul irrité , hors de lui-même , prit eette 
onduite du Cartha^rinoîs pour u[ie insulte et 
un outrage : quand il \ît ensuite la campagne 
ravagée, et la fumée annoneanl de tous eûtes la 
ruine entière de la rontrée . ce triste speclarle 
le toucha jusqu^à lui faire répandre des larmes; 
alors ce fui en vain que son conseil de ^erre 
lui dit qu'il nedevail |vas s** presser de nianber 
sur les ennemis, qu'il nVHaitpas à propos dVn 
venir si lôlaux mains avec eux, qu'une cava- 
lerie si nombreuse méritait tt>ule sun atten- 
tion , qu'il ferait micuv d^attendre l'autre 
consul et d'attendre jusqu'à ce que les deux 
armées pussent comlKiltre eusemble; n^in seu- 
lement il nVut aucun é^ard à cqs remontrant 
ces* mais il ne pouvait m^rae supporter ceux 
qui les lui faisaient. <« Que pensent et que 
disent a présent nus conritovens, leur disait 
il, en vovaiit les cam|Migiies saccagc*t*s presque 
jusqu^au\ purles de Konn', pnidant que» der 
riére les emiemis , nous demeurons tran- 
quilles daus notre camp »i l et sur le champ il 
se met en marche, sans attendre foccasion fa- 
vorable,[sans connaître les lieuv, empt^rlé j^ar 
un violent désir d'attaquer au plus tôt IVnnenii, 
comme si la victoire eût été déjà certaine el 
acquise* Il a\ait même inspiré une si grande 
confiance à la multitude, qu'il avait moins de 
soldats que de gens qui le suivaient dans Tc^- 
pérance du I^utiu, et qui porlaietit des cliai- 
nes, des liens et autres ap|Mireils semblables. 

Cependant Annilxil s^a^ançait toujours vers 
Rome (fcar la Tvrrhénie, avant Cortone et les 
montagnes voisines à sa gauche el le lac de 
Trasimene à sa droite. Pour enflammer de 
plus en plus la eulére de Flaminius , eu quei- 



LA RÈPUBLIOrE ROMAINE, ta. t smj 

quVndroit quil passât , il rtHluisiïîi tout eu 
cendres ; quand il vil enfin que ce consul ap- 
prochait » il reconnut les [Kïstesqui p^mrraienl 
le plus lui convenir T et se tint prêt à livrer 
kUaille: sur sa rouie îl Irouva un vallon fort 
uni, deux chaînes de nionlfignes le kïrdaient 
dans sa longueur ; il était fermé au fond par 
une c*>lline escar|R*e H de diftirile accès, et à 
rentrée était un lac iuilre leijuel et le jneNl des 
niontîigues il \ avait un délile étroit qui con- 
duisait dans le \allon; il |iassii p^ir ce M^nlîer. 
gagna la colline du fond, et s\ plaça a>ec It^ 
Espagnols et les Africains ; à droite , derrière 
les hauteurs , il plaça les Baléares et les autres 
gens de traits : il |Kï>la la (\i\alerie et les tiau- 
lois derrière les hauteurs de la gauche , et 
h^ étendit de mafuére <|ue les derniers tou- 
chaient au défilé |>;ir lequel on entrait d .ns le 
vallon ; il passa une nuit entière à dresser ses 
endjuscades , après quf>i îl attendît tranquille- 
ment qu'on y bit Taltaquer, 

Le consul marchait derrière avec un em- 
pressement evlrèmedi^ rejoindre l'ennemi. Le 
premier jour, comme il était arrivé ta ni, il 
campa auprt's du lac, et le feadeniaîn . dés ta 
pointe du jour . îl fil entrer s<in avant *;ar de 
dans le vallon; il s'était éUné et* matin-là un 
brouillard fort épais. Quand la plus grande 
partie des troupes romaines fut entrée dans lo 
wallon, el que Tavant-garde toucha pres(|ue 
au quartier dWnnibal, ce général tout d'un 
coup donne le signal du comlïat , IVn^oie h 
ceux qui étaient en emliuscade , et hmd en 
mémo temps de tous côtés sur les Romains. 
Flaminius et lis oftirîers subalternes, surpris 
d^ine attiique si brustjue el siîmpré\ue, ni* 
savent où porter du s<HYiurs ; enveloppés i!\in 
é[>ai> brtmilîard et presses de front . sur les 
derrières et en flanc [>ar rennemi qui fondait 
sur eu\ d'en haut et de plusieurs endroits , non 
seulement ils ne pouvaient se |Hîrler où b-ur 
préM'nce était necessiire, mais il ne leur était 
|ïas même possible d'être instruits de ce qui se 
passait. La plupart furent tués dans la mar- 
che même et avant qu'on eiU le temps de les 
mettre en bataille, trahis pcmr ainsi dire par 
la slnpiditè de leur chef. Pendant que Ton dé- 
lilkTait encore sur c« quji v a*ait« faire j el 




t c 



bifqii'^on s^y allendait le moins , on recevail 
keoap de la mort. Dans relie confusion, 
flnniDius a ba Un . cK'sespi! rc , f n t envi ton uè 
^ quelque Cîaului* qui le Creul expirer sous 
Ipot* coups. Près de quinze mille RoTnaîns 
perdirent la vîedaus ce vallon,[)yurn^avoîr pn 
li agir ni se relîrer. Car c'est cher eux une loi 
[nvfolable de ne fu ir jamais, el de ne jamais 
finUer son rang. ltn\eneul pas dont Uismt 
soiV p\us déplorable que ceux qui furent surpris 
duisleééfil6. Poussêsdaus le ia«^ . les uns voula u t 
sestQr«râb nage avec leurs armes furent suf- 
toqués; lesautres en plus^raud nombre avau- 
tàtenl dstnf* l'eau lanl qii^ils purent , et s'j en- 
booéreot jusqu^aucou ; mais quand la cava- 
fene y fui entrée, vojanl leur perte inévitable, 
il levaient les mains au dessus du lac ^ de- 
■miaôenl qu'on leur s^uivàt la vie , et fai- 
saml pour Tobtenir les prières les plus tium- 
Ma ei les plus touchait les ^ mais en vain. Les 
ODS foreol égorgés par les ennemis j et les au- 
tres sVjiliortant mutuellement à ne pas survi- 
TTeàone aui^si honteuse défaite , se donnaient 
b mùH à eux-mêmes. De toute l'armée il n*y 
«itquVn^iron six mille hommes qui renvcr- 
Ètrwi le corps qui les comlwtlait de front. 
Olie troupe eût été capable d^aider beaucoup 
àrètiUîr les affaires, mais elle ne pouvait 
connaître en quel état elles étaient. Elle poussa 
tjQ\i}oui% en avant, dans l'espérance de ren- 
contrer quelques partis des Carthaginois, 
jusqu'à ce qu'enfui , sans s'<*n apercevoir , 
die se* trouva sur les hauteurs. De la , conime 
le WornlUtd était tombé , voyant leur armée 
laiitéeen pièci-* et l'en iieniî maître de la cam- 
patrne, ils /irirent le [»arti, qui seul leur restait 
à prendre, de se retirer serrés et en bon ordre à 
certaine bourgade de la ïj rrhénie. Maharbal 
eut ordre de les poursuivre , et de prendre 
a\ec lui \t» Espagnols et les gens dt* trait. Il 
SI* mit à b-ur pioursuite, les assiégea et les ré- 
duisit a une ii grande extrémité , qu'ilsmirent 
tas /e» arrae^ et se rendirent, sans autre condî- 
lion, sinon qu'ils auraient la vie sauve. Ainsi 
finit \e combat qui se livra dans la Tj rrhénie 
cotre le Romains et les Carthaginois. 



LIVRE riL— CHAPITRE XVIll. 

CHAPITRE XVIIL 



117 



UbiJiiclion •lui; (ail Annibnil entre le:i prlâonciiers romains el ctuj. 
iïtutte ieufîi olllfs. — Grande con^lernoUon à Rome. — Dé- 
rai le de quBire mitte eavaliers romalna. — Fabius est tait die* 
iateur< 

Quand on eut amené devant Annïbal fous 
les prisonniers . tant ceux que Maharbal avait 
forcés de se rendre ^ que ceux que Ton avait 
fails dans le vallon, et qui tous ensemble mon- 
taient â plus de quinze mille , il dit aux pre- 
miers que Maharbal n'avait pas été en droit 
de traiter avec eux sans l'avoir consulté, et 
prit de là ot:casiou d'aeeabler les Romains 
d'injures et d'opprobres. Il distribua ensuite 
ces prisonniers entre les rangs de sou armée, 
pour les tenir sous bonne garde. Ceux d'entre 
les alliés des Romains furent traités avec plus 
d'indulgence; il les renvoya tous dans leur pa- 
trie sans eu rien exiger , leur répétant ce qu^il 
leur avait déjà dit » qu'il n'était pas venu 
pour faire la guerre aux Italiens , mais 
pour les délivrer du joug des Romaius. 
il lit prendre ensuite du repos à ses troupes 
et rendit les derniers devoirs aux prin- 
cipaux de sou armée , qui au nombre de 
trente étaient restés sur le champ de ba- 
taille. De son cOté la perte ne fut en tout que 
de quinze ( ents hommes, la plupart Gaulois. 
Encouragé par cette victoire, il concerta avec 
son frère et ses conlidcns les mesures qu'il 
avait à prendre pour pousser plus loin ses 
conquêtes. 

A Rome j quand la nouvelle de cette triste 
journée y eut été répandue» Tinfortune était 
trop grande pour que les magistrals pussent la 
pallier ou l'adoucir; *tn assembla le peuple ^ 
et on la lui déclara telle qu'elle était. Mais à 
peine , du haut de la tribune aux harangues, 
un préteur eut*il prononcé ces quatre mot» : 
f( Nous avons été vaincus dans une grande 
» bataille, » que la coosleruatiou fut telle ^ que 
ceux des auditeurs qui avaient été présens 
à l'action crurent le désastre beaucoup plus 
grand qu'il ne leur avait paru dans le mo- 
ment même du combat. Cela venait de ce 
que les Romains n'ayant, depuis un temps 
immémorial j ni entendu parler de bataille, 
ni perdu de bataille» ne pouvaient avouer 
leur défaite sans être touchés jusqu'à rexcés 



I 



pou 

E 



Ho HISTOraE GÉNÉRALE DE 

San le armée mettrai lAonîbal en fui le, et ter- 
minerait b guerre. 

Toutes les troupes sx'tanl rendues a Arimi- 
nam^ selon qu'on s'v était engagé par ser- 
ment, Tiberius à leur K*te fit diligence pour 
r«*jortidre Sijn collègue. Il tampa près de lui . 
fit rafraithir S4:)n armée, qui depuis Lihbéc 
josqu^à Ariminuni avait marché pendant qua- 
rante jours de suite > et donna ordre que l'on 
disposât tout [>our une kilaille. Pendant que 
l'on s'y préparait, il visilail souvent PnWius, 
et se faisait rendre compte de ce qui S'élaîl 
passé, et ils tenaient conseil ensemble sur ce 
qu'il y avait à faire. AnniKil , pendant leurs 
dêIîl)êratîons , trouva moven dV^ntrer dans 
Ctasttdium , dont le gouverneur jiour les Ro- 
mains lui ouvrit les portes. Maître de la gnr- 
nison et des magasins, il distribua les vivres à 
ses soldats, et ri»unit b*s prisonniers à ses trou- 
pes, sans leur faire aucun mal, afin de donner 
un exemple de la douceur dont il voulait user, 
pour que ceuxqu^on prendrait dans la suite es- 
pérassent trouver leur salut dans sti clémence. 
Afin de gagner aussi aux Carthaginois tous 
ceux que les Romains avaient mi«dans les em- 
plois publics, il récompensa tna^Miifiquement le 
traître, qui lui avait livré Chislidium. Feu 
après f ayant découvert que quelques Gaulois 
d'entre le Pô et la Trébie, <|ui avaient Hiil 
alliance avec lui, 'continuaient a entre- 
teiitr des liaisons avec les Romains . comme 
pour avoir un refuge assuré de quelque cùlé 
ipïe la fortune se rangeât . il détacha deux 
mille hommes de pied et mille chevaux tant 
gaulois que numides, avec ordre de porter le 
ravaj^e sur leurs terres. Cet ordre fui exéculé 
Bur le champ^ el le butin fut grand. Les Gau- 
lois coururent aussilrM aux reiranrhemens des 
Romains pour demander du secours. 

Sempronius, qui atteudait depuis long- 
temps Po* casîon d'agir , saisit ce prétexte ; il 
cDYoîe la plus grande partie de sa cavalerie 
avec mille archers à pinl , qui passent en kHe 
laTrébie, attaquent ceux qui emportaient le 
buUn, et les obligent à prendre la fuite el à $e 
wUrer derrière leurs retram^hemens: la ganle 
en camp court au secours de ceux qui étaient 

ursuivis ; rciiousî^c les Komaius , et le^ cuû 



LA RÉPtBLIQl'E ROSLIPŒ. ^a v m] 

trainl à leur tour h fuir vers leur camp, Sem- 
pronius alors mel en mouvement toute sa ca- 
valerie cl s**s archers, et les Gautoîs sont 
encore forcés de faire retraite. AnntbaL qui 
n'était pas prêt à une action générale , et qui 
d'ailleurs ne croyait pas qu'un général sage 
et prudent dût , sans un densein prémédité et 
h toute occasion , haiarder une bataille gêné- 
raie, se contenta d^arrélcr la fuite de ses gens, 
et de leur faire tourner front aux ennemis, 
leur défendant par ses officiers et par des 
trompettes de combattre ni de poursuivre. Les 
Romains s'arrêtèrent pendant quelque temps; 
mais enfin ils se retirèrent, après avoir perdu 
quelque peu de leur monde, et en avoir tué un 
plus grand nombre du côté df*s Carthaginois. 

Sempronius, enorgueilli et Irîomphanl de ce 
succès, aurait fort souhaité d^^u venir à quelque 
chose de décisif; mais tpielque envie qu'il eût 
de profiter de la blessure de Scipion, pour dis- 
poser de tout à son gré, il ne laissa pas que 
de lui demander son avis, qu'il ne trouva pas 
conforme au tien, Publius pensant au con- 
traire qu^il fallait attendre que les troupes 
eussent été exercées pendant Phi ver , et que 
l'on en tirerait plus de services la campagne 
suivante: que les Gaulois élaîeol trop légers el 
trop inconstans pour demeurer unis aux Câf- 
lhaginors;>l que dés que ceux-ci ne pour raient 
rien entreprendre , ceux-là ne manqueraient 
pas de se tourner contre eux. Il espérait , après 
que sa blessure serait guérie, être de quel- 
que utilité dans une affaire générale ; enfin 
il le priait inslammenl de ne pas passer outre, 
Sempronius ne pouvait sVmpécher de recon- 
naître que les a\ is de s<:>n collègue étaient juv 
les et sensés ; mais la passion de sedislînsruer 
et Passurance qu'il croyail avoir de réussir, 
remportèrent sur la raison et sur la prudence. 
Il avait n^olu, avant que Publius prtl se 
trouver à Pacliou, el que le icmps de créer de 
nouveaux consuls» qui approchait, fût venu, 
de finir cette guerre par tut-mème , et comme 
il ne cherchait pas le temps des a Ha ires, maïs 
le sien , il ne pouvait pas manquer de prendre 
de mauvaises mesures, 

Annibal pensait comme Publius sur la can* 
jonclure présente, mm il en conctuail luul la 




LL t. œ.] 



^WVlf 



LITBE II!;— CHAPITRE XV. 



cflotrmrc et pressait le temps An combat ; pre- 
BfcremeDt pour profiler de la disposition où 
fSfent les Gaulois en sa faveur ; en second 
bu , parce quMl n^auraîl à combattre que con- 
tre de nouvelles levées sans expérience j et 
mfio pour ne pas laisser à Piil)lius le temps de 
fe trouver à raction. Mais sa plus forte raison 
était de faire quelque chose, et de ne pas lais- 
fcr \c temps se perdre inulilemenl ; car rien 
tfeil plus un portant pour un général qui en- 
tre avec ,tiiie année dans uo pavs ennemi et 
(jiu enfrepreiid une conquête eitraordinaire , 
<[uecfe renouveler par des ciploits crmlinuels 
le espérances de ses alliés. Il ne pensa don^ 
^Qs ' • disposer à une bataille , bien sûr 
que i.miusne manquerait pas de rat' 

cqilcr. 

l\ mvaît reconnu depuis lonf-t(*nips le 1er- 
raÎD qui était entre les deux armées, C^étaît 
itoe f»Vaisie rase et découverte , où coulait un 
ruisi^eau , dbnt les rives assez hautes étaient 
encore hérissées de ronces et d^^pines fort ser- 
rêes. Ce roisseau lui parut propre pour > 
dresser une embuscade, e( en effet il Ini était 
dsé de se tacher. Les Romains étaient bien 
en garde contre les lieux couverts , parce que 
c*est ordinairement dans ces sortes d'endroits 
qoeles Gaulois se couvrent et se cachent ; maïs 
îbne fte défiaient pas d'un terra rn plat et ras. 
Cependant une erabiiscade j est plus sure rpie 
dans des bois* Outre cpie l'on y découvre de 
loin, îlsV rencontre quantité de petites hau- 
teurs dernère lesquelles on est suffisamment 
à couvert* U ne faut souvent que de petits 
bords de ruisseBun., des roseaux, des ronce*, 
quelque sorte d*épines pour cacher non seule- 
ment de rinfanterîc^ mais même de la cava- 
lerie : et îl n'est pas besoin pour cela d'une 
^ode habileté. Il n'y a qu'à coucher par 
terre les armes qui se voient de loin, et à met- 
tre les casques dessous. 

CHAPITRE XV. 

Bataille de h Ticbic. 

Le ffénéral des Carthaginois tint donc un 
ronseil de guerre, uù il fit part â Marron et 
aux autres ofliciers du dessein qu'il avaîL 



ill 

Chacun y ayant applaudi, aussitôt après te 
souper de rarmëe, il fit appeler Magon son 
frère , jeune à la vérité , mais >îf , ardent et 
entendu dans le métier , le fit chef de cent 
chevaux et de cent hommes de pied, et lui or- 
donna de choisir dans toute l'armée Ips sol- 
dats les plus braves , et de venir le trouver 
dans sa tente svant la nuit. Quand il tes eut 
exhortés tous a se signaler dans le poste qu'il 
devait leur assigner , il leur dit de prendre 
chacun dans leur compagnie neuf d'entre leurs 
crmipagnons qu'ils connaissaient les plus bra- 
ves, et de venir le joindre à certain endroit 
du camp. Ils y vinrent tous^ au nombre do 
mille chevaux et d'autant d'hommes de pied. 
Il leur donna des guides , marqua à son frère 
le moment où il devait fondre sur t'ennemi , 
et les envoya au lieu qu'il avait choisi pour 
l'embuscade. 

Le lendemaîn'au point du jour, il assemble 
la cavalerie numide , gens endurcis h la fati* 
gue ; il l'exhorte h bien faire , promet des gra- 
tifications h ceux qui se distingueraient, et leur 
donne ordre h tous de passer au plutôt la ri- 
vière, d'approcher du camp des ennemis, etde 
les provoquer par des escarmouches , pour les 
mettre en mouvement. En cela ses vues étaient 
de prendre rennemi dans un temps où il n'aurait 
pasencoreprisdenourritorottoù îl ne s'atten- 
drait à rien moinsqu'à une bataille. Ilconvoqué 
ensuite le reste des oITîcîers, les anime au com- 
bat, et leur ordonne de prescrire h tous les 
soldats de prendre leur repas , et de disposer 
leurs armes et leurs chevaux. 

Dés que Scmpronius vit la cavalerie numide, 
il ne manqua pas de mettenl en avant la sienne, 
et de lui donner ordre d'en venir aux mains. 
Elle fut suivie de six mille archers a pied. Il 
sortit enfin lui-même des retranche mens avec 
tout le reste de ses troupes. Il était si fier de la 
nombreuse armée qu'il commandait, et de 
l'avantage qu'il avait remporté le jour précé 
dent, qu'il s'imaginait que pour vaincre il n'a- 
vait qu'à se présenter. On était alors en plein 
hiver, il neigeait ce jour-là même, et faisait un 
froid glacial, et l'armée romaine s'était mise en 
marche sans avoir pris aucune nourriture. Les 
soldats partirent avec eDiprcssemejit et grand 



I 



h 



HISTOIKE GÉNÉRALE DE LA RÉPL^LIOL^ ROMAINE. fA. u m.] 



désir Je combattre ; maisquajid flseurent passé 
la Trébie, cofléece jour-là parles lorrensqui s'y 
claient préeipilês des montagnes Toismes pco- 
dantla Quil, et oùilsavaicQlde Teau jusque sous 
les aisselles, le froid et la faîin(car le jour îlaîl 
alors avancé) les avaient étrangement affaiblis* 
Les Carthaginois au coulraire avaient bu et 
mangé sous leurs tentes , avaient disposé leurs 
chevatiXy et s'étaient froltésd''huilc,cl revêtus 
de leurs armes auprès du feu. 

Quxmd les Romains furent sortis de la ri- 
vière, Annibal, qui attendait ce moment, en- 
Toja en avant/au secours de ses Numides, les 
soldats armés àla légère et les frondeurs des î tes 
baléare^, au nombre d>n\imn huit mille hom- 
mes, et il les suivit à la tète de toute l'armée. 
A un mille de son camp , il rangea sur une li- 
gne son infanterie /qui faisait prés de vingt 
mille hommes tant Gaulois qu'Espagnols et 
Africains. La cavalerie, qui , en comptant les 
Gaulois alliés ^ s'élevait à plus de dix mille 
hommes , fut distribuée sur les ailes , où il 
plaça aussi les élèphans , en f*arlie devant la 
gauche^ en partie devant la droite. 

Semprouîus de son cùlé rappela sa cavale- 
rie , qui se fatiguait inuttleraenl contre les 
Numides, cavaliers habiles et accoutumés à 
fuir en désordre au premier choc , et à revenir 
à la charge aussi hardiment qu'ils y étaient ve- 
rnis. Son ordonnance fut celle dont les Ro- 
mains ont coutume de se senir . U avait k ses 
ordres seize mille Romains et vingt mille alliés, 
nombre auquel s'élève une armée complète , 
lorsqu'il s'agit de batailles générales, et que 
les deux consuls se trouvent réunis ensemble. 
Il jeta sur les deux ailes sa cavalerie» qui était 
de quatre mille chevaux ^ et s'avança fière- 
ment vers l'ennemi,, au petit pas, et en ordre 
de bataille. 

Quand on fut en présence, les soldats armés 
à la légère de part et d^autre engagèrent Fac- 
tjoD. Autant celle première charge fut désavan- 
tageuse aux Romains , autant fut-elle favom- 
Ueaux Carthaginois. Du cùté des premiers, 
c'étaient des soldats qui depuis te matin souf- 
fraient du froid et de la faim j et dont les traits 
avaient clé lancés pour ta plupart dans le corn- 
h^ contre les Numides. Ce qui leur en restait, 




était si appesanti i>ar Feau dont ils avaient 
été trempés, qu'ils ne pouvaient être d'aucun 
usage . La cavalerie, toute Tarmée étaient éga- 
lement hors d'état d*agir. Rien de lout ci4a ne 
se trouvait du côté des Carthaginois. Frab, 
vigoureux , pleins d'ardeur , rien ne les em- 
pêchait de faire leur devoir. 

Aussi dès quelcs soldats armés à la légère se 
furent retirés par les intervalles, et que lin- 
fan te rie pesamment armée en fui venue aux 
mains, alors la cavalerie carthaginoise, qui 
surpassait de beaucoup la romaine en nombre 
et en vigueur, tomba sur celle-ci avec tant de 
force et d'impétuosité, qu'en un moment elle 
Tenfonça et la mit en fuite. Les flancs de Tiu- 
fanlerie romaine découverts, les soldats armés 
à la légère des Carthaginois et les Numides re- 
vinrent à la tét<e de leurs gcns< fondirent sur les 
Qancs^des Romains, y mirentle désordre,et em- 
pêchèrent qu'ils ne se défendissejil contre ceux 
qui les attaquaient de front. De la part des sol- 
dats pesamment armés «dans les premiers rangs 
et dans ceux qui les suivaient, la résistance fui 
plus longue et le combat plus égal. Ce fut aussi 
le moment où les Numides sortircnldeleurem' 
buscade , chargèrent en queue lt*s légions qui 
combattaient au centre , et y jetèrent une cou- 
fusion e3(trème. Les deux ailes attaquées de 
front par les êléphans, et tout autour par les 
soldatsarmès à la légère, furent culbulc'es dans 
la rivière. La seconde ligne ne put tenir un mo- 
ment contre les Numides , qui étaient venus 
fondre sur elle par ses derrières. Il n'veutquela 
première ligne qui tint une heureuse nécessité 
l'ayant forcée à se faire jour à travers lesGaulotd 
et les Africains, dont elle Gt un grand carnage. 
Mais après ladèliiite desesailes, voyantquVlle 
ne j>ouvait ni les secourir, ni retournerau camp, 
dont la cavalerie numide , la rivière et la pluie 
ne lui permettaient pas de reprendre. le che- 
min , serrée et gardant ses rangs , elle prit la 
route de Plaisance, où elle se retira sans dan- 
ger et au nombre au moins de dis mille hom- 
mes. La plupart des autres qui restaienl péri- 
rent sur les bords de la rivière , écrasi's jiar les 
élèphans ou par la cavalerie. Ceux qui purent 
écliapper /,tanl fantassins que cavaliers, se joii 
gmre&t au corps dont nous venons de jiarier 



1 




•it»,] LI^TIE III.— CHAPITRE XYI 

ile suivirent à Plaisance. Les Carlha^^rinois 
piursui^ ireiii IVnnrmt jiisc[ii'â ia rivioif' , 
im, amH**^ par la riîz:u**ur ûv h\ snhun ^ ils 
itinroijl à le^jrs rolniiitlH^iïU'iLs. l.a \i(loiri^ 
hi rrimplète , e( la perle pt^u ronsiderable. 
JÉJyes E5|iagiiols seuteiiieni et ({uniques 
iUa&tis rc^tèrofil sur le ( lianip dr kitaillr , 
kGauItK» furent les plus mallniilés . imiisttms 
lûulfrirml lieaiieouptle la \Amv et «le la ueige. 
ftomccNL^ «nuiiniiies et i\v vhvMmx périrent 
detrMr H de tous les élêphaiis ou iiVn put 
satffrrqu'un seul. 



113 



CHAPITRE XVI. 

I 4ê9 Eoaiama pour réparer kur perk\ ^ r.\{>l<»JH ûe 
Cicm, itÉpavs dasisrEspofrnc, — Adro^tse iJ'Aiimbal fmur aiti- 
ca *fi«» ^»fti le* G«otot». — PaiïSiif;c' i\u maraiâ dr Cluiium. 

ronîus. pour rafher sa lion le et sa 
\ o_\a a Ihmiii fies eourricrs (jui ii\v 
rfiî, . . clio^e si ce ii'i'St<iu'ils^é(ait livré 
tnr i»UiUe , et que sans le uiaïuais temps 
rannée roruaînc eût reniporlé la \ ictoire. 
(KilHmi DO De pensa |umvt à se iléiier de relie 
Akimelk. Mais on apprit t»ien(ot tout le ilé 
Uil de raelion: que les Carltia^îiioîs meu* 
paient le camp des IliHMaiiiSi (jnr tiKis le** 
Ganlaii avaieol fait allianrc avec Annibal; 
«Çttc les légions a^ aient iai l m traite et s^Maient 
f i-fitpèei daiî^ les ailles, cl i^i'elles n'avaient 
de mamiiùns ijuc ee qui leur en vi*naiJ de la 
mrr par le Pô. On fui evlrt^memenl surpris 
d'im é\'toemênt si tra|Lnipn? , el pour vu pré- 
venir les MiUes on fil de grands prê{)anitiJs 
puar fa rainpa^c snivanlt*. iUi mil des par- 
niM>iH({«in& les placée; on euvtna des InKipes 
m Sardaî^c el en Sirilf* ; on en fit niarclier 
au^MsurTarente j et dans (ous les posles les 
l*liis propres a arrêter rivnnenii.enlin un étpiî- 
V« MH\aii(c quinquerénies. On e borsil pour 
« (niMiU Cn. Si?rv ilius el Caïus Flaniinîus , cjui 
firfiU iWs levées riiez les alliés, et i^ii\ovérenL 
des mns à Ariminuni ei dans la T vrrhénie, 
ou la guerre devait se faire. Ils dépé« hérent 
auiM vefî* lliéruu pour lui demander du se- 
œuf», ei ce roi leur fournît eînq cents Cre- 
tois ê( mille stddats à pavois. Enfin il n^v eut 
point de mesure que l'on ne prit* pin ni de 



mouvement que Ton ne se donnât^ car tels 
soiit les Romains en j(énéraï et en parlieulier, 
que . plus ils ont déraisons de craindre , plus 

ils si>nl redoulaldes. 

Dans la même campagne Cn. Cornélius 
Seipion , â qui Puhliusson frère avait laissé, 
comme nous avons déjà dit ^ le commande- 
ment de rannée navale , étant parti des era- 
liouchures du Rhône avec toute sa flotte , et 
a\ an l pris terre en Espagne vers Einporium * 
assiép^a, sur la côte jnsqn'â PEbre, toutc*s 
les villes qui refuMvn*nt de se rendre, el Iraila 
avec beaucoup de douceur celles qui se sou- 
mirent de bon gré. Il veilla a ce qu^il ne 
leur f ni fait aucun tort; il mit Imnne garnison 
dans les nouvelles eonquélf^s iju-jl avait faites, 
puis pénétrant dans les terres à la l(^le de son 
armée, qu^il avait déjà grossie de beaueoup 
d'Espagnols devenus ses alliés à mesure* 
qu'il avançait dans le pavs , tantôt il recevait 
dans son amitié , tantôt il prenait par force 
les villes (|ui se rencontraient sur sa route. A 
Cisse, llanntm à la t*Mr d\in corps de Cartha- 
ginois \int camper devant lut, Cornélius lui 
livra bataille, la gagna ^ et fit un butin très- 
cmisidérable , parce ((ue c'était là qu'avaient 
laissé lenrs équipages Ions ceuv qui étaient 
passés en Italie, Outre cela il se lit des alliés de 
tous les peuples d'en décade TEhre, et Htprj- 
soimicTs Hannon même, et Andobalequicom- 
maiulait les Espagnol s. Celui-ci avaituneespècc 
i\r rovaume dans le pa>s , el avait toujours été 
fort attaché au\ intérêts desOirthaginois. 

Sur l'avis qn' Asdrnbal reçut de ee qui était 
a r ri v é . il pa ssa T E br e et co n rn t au se cou rs 
d'Ilannon, Les troupes navales des Romains 
n'étaient point sur leurs gardes; elles se tran- 
fjuillisïiient en songeant à l'avantage qu^avait 
renijiorté l'armée déterre. Il saisit tiabilement 
cette nccasi«m , prend ax'c lui un déta- 
l'hement d'etiviron huit mille hommes de 
pied el mille chevauv ; il surprend ces troupes 
dispersées de côté et d'autre, en passe un 
grand nombre au lil derépée, et pousse les 
a u t r c s j u sq n'a I e n rs vaisseaux. 11 se ret i ra en - 
suite, et repassiinl FEbre , il prît son quartier 
d'hiver à la nouvelle Carthage, ou il donna 
tous ses soins à de nouveaux préparatifs, et k 

H 




lt« 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA fiÉPlBLIOL*E ROMAINE. (* v «sw 



k 



la gard<* d<s jmivs d'en deçk du Boure. Cn . Cor- 
néUos d^ retour à la flotte^ putiit selon la se- 
Térilê d*« lob reux qui a?aienl négligé le 
senice; puis ayant réuni les d<^ux armées ^ 
celle de mer et celle de terre, il alla prendre 
ses quartiers à Tarragone. Là |»arta)^eaut le 
iiutin ca parties égales aux soldats , il se gagna 
Icar amitié, cl leur fil souhaiter arei* ardeur 
que la guerre continuât. Tel était l'état des 
a flaires en Espagne, 

Le printemps venu, Flanunkis se mit eu 
marche, prit sa route ptir la Tvrrliénic , et \ îut 
camper droil à Arétium, pendatitque Ser\ ilius 
alla à Ariminuni pour fermer aux ennemis les 
passages de ce côté-là. Pour Annibal^ qui avait 
pris se> quarlic^rs d'hiver dans la Gaule rîsalpi- 
ue, il retenait dans'des cacholisles prisouniers 
romains qu^il avait faits dans la dernière ba- 
taille , et leur donnait a p<nne le nécessaire ; 
au lieu qu^îl usait de toute la douceur possi- 
ble à Téganl de ceux qu'il avait pris sur leurs 
alliés. Il les assembla un jour^ et leur dit que 
ce n'était pas pour leur faire la guerre qu'il 
était venu ^ mais pour prendre leur défense 
cooire les Romains ; qu'il fallait donc , s'ils 
entendatenl leurs intérêts , qu'ils embrassassent 
son parli t puisqu' il n^avait passé les Alpi'S que 
pour remettre lUlatie en liberté , et les aider à 
rentrer dans les villes et dans les terres d\iù 
les Romain s les avaient chassés. Après ce dis- 
cours^ il les renvoya sans rançon dans leur 
patrie. C'était une ruse pour détacher des 
Romains tes peuples d'Italie, p4.ïur les porter 
à s'unir avec lui et soulever en sa faveur tous 
ceux dont les villes ou les ports sont tous la 
domination romaine. 

Ce fut aussi dans ce même quartier d'hiver 
qu'il s'avisa d'un stratagème vraiment car- 

tliaginois. Il était environné de peuples lé- 
gers et inconstans, et la llaÎKin qu'il avait con- 
tractée avt^* eux était encore toute Knreute. II 
avait à craindre que changeant à son égard de 
disposilûms, ils ne lui dressassent des pièges 
et n attentassent à sa vie. Pour la mettre en 
fitrelé , il fil fiiifc des perruques et des babils 
pour Uius les Ages, il prenait laintùt l'un tantôt 

"^autrc * et se déguisait si souvent , que non 
ieulcmmlj ceux qui ne le voj aient liu'co 



paMant j mais ses amis mêmes avaient peine 
à le rtKxmnailre. 

Cependant les Gaulois souffraient impa- 
tiemment que la guerre se fll dans leur pays; 
à les entendre ^ ce n'était que pour se venger 
des Romains . qtioiqu'au ftmd ce ne fftt que 
par l'envie qu'ils avaient de s'eurirhir à leurs 
dépenf. Annibal s'apreul de cet empresse- 
ment . et se bAla de décamper pour le satis- 
faire ; dés que Thiver fut passé, il consulta 
ceux qui connaissaient le mieux le pays, pour 
savoir quelle roule il prendrait pour aller aux 
ennemis. On lui dit qu'il > vn a^aildi^ux, une 
fort longue et connue des Romains; Tau Ire à 
travers certains marais , diflicile à tenir, mais 
courte, et |>ar où Flamiuius ne l'atlendrait 
pas : celle-ci si^ trouva plus conforme à son 
inclination nalurclle, il la préféra. Au bruit 
qui s'en répandit dans Farmée, chacun fut ef- 
frayé ; il n'y eut personne qui ne tremblAl k 
la vue di's mauvais chemins et des abîmes où 
l'on allait se précipiter. 

Annibal , bien informé que les lîeux où il 
devait jtasst^r, quoique marécageux, avaient un 
fond ferme et solide , leva le camp , et forma 
scm avant-garde des Africains, des Espagnols, 
et de tout ce qu'il avait de meilleures troupes; 
il y entremet le bagage, afin que l'on ne 
manquât de rien dans la route. Il ne crut pas 
devoir s'en embarrasser pour la suite, parce 
que s'il arrivait qu'il filt vaincu , il n'aurait 
plus besoin de rien, et que s'il était virto 
rteux, il aurait tout en abondance. I^e corps 
de bataille était composé de Gaulois, et la ca- 
valerie faisait l'arriérf»-garde; il en avait donne 
la conduite à Magon« avcv ordre de faire 
avancer de gré ou de force les Gaulois, en ras 
que piir bicheté ib fissent mine de se n*buter 
et de vouloir rebrousser chemin ; les Espa- 
gnols et les Africains Iraversi'renl sans beau- 
coup de peine. On n'avait point encore mar- 
ché dans ce marais , il fut assez femu* sous 
leurs pieds; et puis c'étaient desM^ldats durs h 
la fatigue, et accoutumés h ces Si>rti*s de tni- 
vaux. Il n'en fut pas de même qnani les 
Gauloift passèrent : le marais avait été foulé 
par ceux qui les avaient préeéïk'S ; ils ne pou- 
vaient avancer qu'avec une peine extrême, et 



ir «1 Ln^RE m.— 

yra faits à ces raarrhos péniblos, ils ne sup- 
prLsicDt relle-i î qu-a\w ta plus \i\*^ iiiipa- 
baee. Cepcrtclant tl ue leur était pas possible 
If iTlotirntT vn arrière ^ la ea\akrie lis [loos- 
iiitsati^ ressc en avant. Il fiiut (oiivenir que 
bute Tarinéc cul l>cauefnj[* à srmffrir : pen- 
laiit quatre jourg et trois nuits elle eut lesptitls 
àios Veau , sans [Kmvoir prentlre un nio- 
menl de sommeil. Mak \m Gnuluîs sourfrireul 
plus qui* lûU5 les autres ; la plu|>art des l»etes 
de somme maarurenl tiaiis la liouu ; elles ne 
\ùi6èreat pas , même alors, iVHn* de quelque 
alilitê ; hors delVau, surit;* ballots qu'elles (K>r- 
lâimt, an dormail au moins une pciriie de la 
BDÎt i f|uaii l i l é de c he v a u \ y p** rd i r en l 1 1 ^ sa- 
bul, .ionibdl Iui-m6au% nionlé sur le seul élê- 
pk&Dt qui lui restait ^ eut liiutes li's peines du 
monde à en sorliri un mal d^euv qui lui sur- 
TtDl If tourmenta beaucoup; et ( omine la eir- 
«onsUoce ne lui permet la il pas de s'arrêter 
pXArsi* yuérir^ cel acddeiU lui lit perdre unœil. 

CHAIUTRE XVII. 

tMÊWOÊn éê ntmliiJw. — R^flenjont dr Polyb^ fur l'fttide 
qvT AMiibftI «Q fit - Balillk do TtirtiimâDe. 

Après être sorti de ce marais comme par 
nûr^ek, le général earthajuriûois campa au- 
près pour donner quelque relAehe à ses trou- 
pes ^ et parreque Fia mini us avait établi ses 
quartier» devant Arétium dans la Tyrrbénie; 
là il sHtiforma avec soin de la disiiosîtion 
oiv éVa\enl Ve^ Romains, et delà nature du 
pa^vs qu'il avait à traverser pour aller à eu\. 
On Iajf/î(qae le pays était Iwm, et qu'il y 
ià\ait i/e quoi faire un riebe butin; et à Té- 
jîard de Flaminius, que c'était un homme doué 
tau grand talent pour s^insinuer dans l'esprit 
deU |K>pulaco, mai» qui, sans en avoir aucun 
ni pour le gouvernement ni pour la guerre, 
se croyait Irés-habile dans l'un et dans l'au- 
tre*. De lii Annibal conclul que s'il pouvait 
pa«er an-del^ du camp de ce consul, et porter 
le ravage dans la campagne sous ses y eux, ec- 
lui-ci, soit de peur d'encourir les railleries du 
solciii/j 3K>it par cbagrin de voir le pays ra- 
vagé , ne mancpierait pas de sortir de ses re- 
tranchcmcns ^ d'accourir contre lut, de le 



CHAPITRE XVII. H 5 

suivre partout où il le conduirait, et de se hâter 
débattre l'ennemi par lui-même, avant que 
son colbyueprtt |iarta^w avec lui la gloire 
de l'entreprise, tous mouvemens dont il vou- 
lait tirer avantage pour attaquer le ronsuL 

On doit convenir que toutes ces réflexions 
étaient dignes d'un g^énéra! judicieuv et ex* 
périnienlé* t;Vstétre Ignorant et aveuffle dans 
la science de comntander les armées, que de 
penser qu'un général ait quelque chose de plus 
important à faînr que de s'appliquer à con- 
naître les inclinations et le caractère de son 
anta*j:ont5le. Comme dans un combat singu- 
lier ou de rang contre rang, on ne peut se 
promettre la victoire, si l'on ne parcourt des 
jeux tout son adversaire pour découvrir quelle 
est la (kirtîe de son corps la moins couverte *^ 
de même il faut qu'un général cherclie atten- 
tivement dans relui qui lui est opposé, non 
quelle est la partie de son corps la moins dé- 
fendue, mais quel est dans son caractère le 
lailîle et le penchant par où l\m peut plus ai- 
sément le surprendre j il est beaucoup de gé- 
néraux qui , mous, paresseux, sans mouve- 
ment et sans action, négligent non seulement 
les affaires de l'état , mais encore les leurs 
propres ; il en est d'autres tellement pîissîon- 
nés pour le vin, qu'ils ne peuvent se mettre au 
lit sans en avoir pris avec excès. Quelques- 
uns se livrent à l'amour des femmes avec tant 
d'emportement, qu'ils n'ont pis honte de sa- 
crifier à cet infAme plaisir des villes entières, 
leurs intérêts, leur vie même; d'autres sont 
lâches el polirons, défaut déshonorant dans 
quelque homme que ce soit , mais le plus per* 
nicieux de tous dans un générât Des troupes, 
sous un tel elnd\ passent le temps sans rien 
entreprendre, et l'on ne peut lui en confier le 
commandement sans s'exposer aux plus grands 
malheurs. La témérité, une confiance incon- 
sidérée, une colère brutale , la vanité, l'or- 
gueil , s(mt encore des défauts qui donnent 
prise h rennemî sur un général, et juste sujet 
à ses amis de s'en délier. Il n'y a point de 
pièges, point d'embuscades où il netoml>e, 
point dliameçons où il ne morde. Si Ton 
pouvait connaître les faibles d'autruî, et qu'en 
aUaquuut SCS cnacmis oo prit leurcbef par 



lie 



HISTOIBE GÉNÉRALE DE 



Tend roi t qui priHe le plus à la siirpriâo* en 
Irès-peu de temps on subjug^uerail loule la 
lerrc* Olez d'un vabseau le pilote qui le 
gouveroe, bieolOI le vaisseau el son équipiige 
tomberont sous la puissanre des ennemis : il 
en est de mt*me d'uue armée dont on surprend 
le général par adresse el par ariîGct'. 

C'est ainsi qu'. Nimbai prenant adroilemeHil 
Flamiiiius par sou faiUe, ratlinidatis si's filets. 
A pine eul-il levé htm eamp d'autour de Fié- 
soles et passé un |>eu au-delïi du nuiip 
des Romains . qu'il s<* mil à dévaster tout. Le 
eonsul irrité , hors de lui-même . prit cette 
onduite du Cartbaginois pour une insulte et 
un outrage ; quand il ^ il ensuite la eampa^ne 
ravagée, et la fumée annom-ant de touseotés la 
ruine entière de la eontrée , ce triste spectacle 
le toucha Jusqu'à lui faire répandre des larmes; 
alors ce fut en vain que son conseil de guerre 
lui dît qu'il ne devait pas s«* presser de marcher 
sur les ennemi s, qull n'était pas à propos d'en 
venir st tdt aux mains avec eux, qu' une cava- 
lerie si nombreuse méritait tout*^ son atten- 
tion , tju'il ferait mieux d'atteoiire r.iulre 
consul et d'attendre jusqu'à ce que les deux 
armées pussent comltâiltre ensemble; non seu- 
lemeut il n'eut aucun égard à ces remontran- 
ces, mais il ne pouvait même supporter ceux 
qui les lui faisaient. « Que pensent el que 
disent à prisent nos concito>ens, leur disait- 
il, en vovanl les canr[»âgnes saccagées presque 
jusqu^aux portes de Rome* pendant que, di»r 
riére les ennemis , nous demeurons tran- 
q[uilles dans notre ramp » ? et sur le champ il 
se met en mar* he, sans attendre roccasion (Vi- 
vorable, [sans connaître les lieux, emporté par 
un vjolentdésird'allat|uer au plus lot l'ennemi, 
comme si la ^ ieloire eût été déj^i certaine et 
acquise. Il a\ait même inspiré une si grantle 
eontianee à la multitude, qu'il avait moins de 
soldats que de gens qui le suivaient dans Tes- 
pérance du liutîu, el qui portaient des chai- 
oes, des liens et autres app.ireils s«^mblables. 

Cependant Anuibal s'avançait loujtmrs vers 
Rome par la Tvrrhénie, ayant Corlone et les 
montagnes voisines à sa gauche et le lac de 
Trasîméne à sii droite. Pour enflammer de 
plus en plus ta «ulére de FUminius . en quel- 




LA RÉPIBLIOITÎ ROMAIXE, a. iî icôi 

I qu'endroit qu'il passât, il riHluisiiit tout en 
cendres ; quand îl vit enfin que ce consul ap- 
prochait, il reconnut les postes qui [Mourraient 
le plus lui contenir, H s»^ tint prél à Ii\rer 
bataille: sur sa ronîe il trouva un vallon fort 
uni , druv chaînes de montagoi^s le bordaient 
dans s«i longueur ; îl était fermé au fond jwir 
une colline escarpée et de d if (Ici le accès, et à 
rentré*^ était un lac entre IcHjuel el le pietl des 
nïoniagnes il \ a\ait un détile étroit qui con* 
duistiit dans le wallon; il passa par ce sentier, 
gagna la colline du fond, et s'v plaça a\ix les 
Espagnols et le:?; Africains ; à droite , derrière 
les hauteurs , il plaça les Baléares et les autres 
^'ens de traits : il |>osta la cavalerie et les Gau- 
lois derrière les hauteurs de la gauche, et 
les étendit de manière que les «lernîers tou- 
chaient au délîlé i>ar lequel on entrait dus le 
vallon ; il passa une nuit entière à dresser ses 
embuscades , après quoi il attendît tranquille- 
ment qu'on ^ Int Ta t laquer. 

Ix* consul marchait derrière avec un em- 
pri'ssement extrénuMle rejoindr*' l'ennemi. Le 
premier jour, connue il était arrivé lard, il 
camp auprès du lac, et le lendemain , dés la 
pointe du jour, il fit entrer son avanl^^arde 
dans le vallc»n ; il s^Hait éle\é ci* matin-la nn 
brouillard fort épais, Quand la plus grande 
partie des troupes romaim-s fut rntrée dans h 
\ al Ion, et que Tarant -garde loucha pres4|ue 
an quartier d'A uni liai. <'e général tout d'un 
c'oup donne le signal du combat, IVn^die k 
ceux qui étaît^nt vu embuscade, et fimd en 
même temps de tous cotés sur h*s Romains. 
Flaminius et les ofliiiers subalternes, surpris 
d'une attaque si hrns4pic rt si imprè\ue, uv 
savent où parler du S4*c4iurs ; enveî<qïpésd\iu 
épais bnmillard et press«s de front, sur b^s 
ibn-riéres et en Oanc par Pennemi tpii fondait 
sur eux d'en haut et de plusieurs endroits , non 
seulement ils ne p<uu aient se |>orter mù leur 
prèMuce était iM!*cessiire , mats il ne leur etail 
pas même possible d'être instruits de ce qui se 
fiassait. La plupart furent tués d«ins la mar- 
che même et a\ant qu'on eiVl le temps de les 
mettre en bataille, trahis pour ainsi dire par 
la stupidité de leur chef. Pendant que \\m dé- 
lilxTait encore sur ce qu'il \ avait à faire, el 




4. r; sa6. 



brsqu'^on sV altendaîl le nioiii^ , m\ rerevatj 
le coup de la mort. Dans redo confusitm , 
Flaniiiiius abattu, dêsnspéré , futcnvironiK* 
par quelques Gaulois qui le Crrnl expirer mus 
IcuTîi coups. Près de quitirr mille Romains 
perdirent la viedaiis ce v;i!lou,pour n'avoir pu 
m agir ni se retirer. Car c'est cht*i eux une loi 
inviolable de ne fuirjamai.s.ct de ne jamais 
quiller son rang, 11 n'y en eut pas dont le sort 
soit pVusdèçlorable que ceux qui furent surpris 
dansledèfilé. Poussés dans le lac , les uns voulant 
se satuver à la naj^e avec leurs armes furent mi- 
foqciés; lesautres enplus^^rand nombre avan- 
cèrent dans Peau tant quMs purent , ei s^j en- 
loDcèreot jusqu'au cou j mais quand la cava- 
Irric y fui entrée, voyant leur perte inévitable, 
ils levaient les mains au dessus du lac , de- 
mandaient qu'on leur sauvât la vie j et fai- 
saient pour Toblcnir les prières les plus hum- 
Wés el li?s plus touchantes , mais en vain. Les 
uns furent égorgés par tes ennemis j el le^ au- 
tres sVjihortant mutuel teinenl à ne pas survi- 
vre à une au^i honleuscdènjite , se donnaient 
U mort à pux-ménies. Do toute Fannéc il nV 
mt qu'environ six mille hommes qui renver- 
sèrent le corps qui les comlwittail de front. 
Celle troupe eût été capable d'aider beaucoup 
à rétablir les affaires , mais elle ne pouvait 
connaître enquel état elles étaient. Elle poussa 
ton'pnr6 en avant, dans l'espérance de ren- 
i^otrer quelques partis des Carthaginois, 
jusqu'à ce qu^nlin, sans s'en apercevoir, 
elle SI' trouva sur les hauteurs. De là , comme 
leWouU\aT<l était tombé , voyant leur armée 
taillée en princes et renne mi maître de la cam- 
paj^ne, ih pr/renl le parti, qui seul leur restait 
à prendre^ de se retirer serrés el en lnui ordre à 
j^taîne bourgade dr la Tvrrhénie, Maharbal 
Hbl ordre de les poursuivre , et de prendre 
à\ec lui les Espagnols et les gens de trait. Il 
se mit à leur poursuite, les assiégea et les ré- 
duisit àunesigrandeexlrénnlé , qu'ilsmircnt 
bas les armes et se rendirent, sans autre condi- 
tion , sinon qu'ils auraient la vie sauve. Ainsi 
finit le coniûit qui r* livra dans la Tyrrhênîe 
entre les Romains et les Carthaginois. 



LmtE lit. — CHAPITBE XVIII 

CHAPITRE XVIIL 



flT 



Diâlmciion que fait AoDtl^l «DtrelM prûonniers rt>miim Ft ceux 
deulre leur* ftllié*.— Grande conslernaiion à Rome. — IW- 
faile de quatre mille caviliers romiim. — < Fabitii est fait die* 
lalnir. 

Quand on eut amené devant Annibal tous 
les prisonniers - tant ceux que Maharbal avait 
forcés de se rendre, que ceux que l'on avait 
faits dans le wallon, et qui tous ensemble mon- 
taient à plus de quinze mille, il dit aux pre- 
miers que Maharbal n'a^ ail pas été en droit 
de traiter avec eux sans l'avoir consulté, et 
prit de là occasion d^icrabïer les Romains 
d'injures et d'opprobres. H distribua ensuite 
ces prisonniers entre les rangs de sou armée, 
pour les tenir sous Ixinne garde. Ceux d- entre 
les alliés des Romains lurent traites avec plus 
d'indulgence; il les renvoya tous dans leur pa- 
trie sans en rien exiger , leur répetaul ce qu*il 
leur avait déjà dit , qu'il n'était pas venu 
pour faire la guerre aux Italiens , mais 
pour les délivrer du joug des Romains. 
il lit |*r<'ndre ensuite du repos à ses troupes 
et rendit les derniers devoirs aui prin- 
cipaux de son armée , qui au nombre de 
trente étaient restés sur le champ de ba- 
taille. De son cùlé la perle ne fut en tout que 
de quinze cents hommes, la plupart Gaulois. 
Encouragé par celte victoire , il concerta avec 
son frère et ses confidens les mesures qu'il 
a^ait à prendre pour pousser plus loin ses 
conquêtes. 

A Rome, quand ta nouvelle de cette triste 
journée y eut clé répandue, Finfortune était 
Irop grande pour que les magistrats pussent la 
pallier ou radoucir; on assembla le peuple , 
et on la lui déclara telle qu'elle était. Mais à 
peine , du haut de la tribune aux barangucs» 
un prétt^ur eul-il pnmoncé ces quatre mots ; 
a Nous avons été vaincus dans miQ grande 
« bataille, •> que la coosternaliou fut telle, que 
ceux des auditeurs qui avaient été présens 
à l'action crurent le désastre beaucoup plus 
grand qu'il ne leur avait paru dans le mo- 
ment même du combat. Cela venait de ce 
que les Romains n'ayant, depuis un temps 
immémorial, ni entendu parler de bataille, 
ni perdu de bataille, ne pouvaient avouer 
leur défaite sans être touchés jusc[u'a Texcàs 



1 



Hft ^^ HISTOIRE GÉNÉRALE 0E 

d*an malhenr &i peu atlenJu. H n'y eut que 
le scuat qui, malgré te funeste événement, ne 
perilit pas de ^ue son devoir. II pensa sèrieu 
sèment à chercher ce que chacun aurait à faire 
pour arrêter les progrés du vainqueur. 

Quelque temps aprésla bataille, C.Serv il ius 
qui campait autour d^4rimînum, cVst-à-dire 
vers la mer Adriatique , sur les couiins de la 
Gaule cisalpine eldurestederitalie,asse2 prèa 
des Ixïuches du Pu, C. Servilius^ dis-je, 
averti qu^innibal était entré dans la Tvrrhé- 
nie , et qu'il était campé proche de Flamiuius^ 
ttnrail bien voulu joindre celui-ci avec toute 
acm armée. Mais comme elle était trop]>esante 
pour une si longue marche , il détacha quatre 
mille chevaux sous le commandement de C . 
Centenius , avec ordre de prendre lesdevaiiiij 
et en cas de bes<jin de secourir Flaminius. 
Atinibal n'eill pas plus tôt reçu cet a^is, qu'il 
cnvova au devant du secoure qui arrivait au\ 
Romains Maharbal avec les soldais armés à la 
légère et quelque cavalerie. Au premier choc 
Centenius perditpresquelamoitiédesessoldatSy 
il se relira avec le reste sur une hauteur ; mais 
Habarbal les v poursuivit, et le lendemain les fit 
tous prisonniers. Cette nouvelle >int à Rome 
Iroisjoursapré-s celle de la bataille, c'est-à-dire 
dans un temps où la blessure que la première 
avait faite» était encore ton te sang tan te. Le peu- 
pie, le sénat mémeen fut consterné. On laissa là 
les affaires de Fannée, on ne songea point à 
créer de nouveaux consuls, on crut qu'unecon- 
jonclure si cccabïanle demandait undictaleur. 

Quojqu\\nnibal eût lieu de concevoir les 
plus grandes espérances , il ne jugea cepen- 
dam [>as à promis d'approcher enœrc de 
Rome. Il Si' contenta de parcourir la campa- 
gtte , el de ravager le pajs en s'avançaut ters 
àlbia ; il tra\ ersa FOmbrie et le Picénum , 
0l«rriva dans le territoire d'Adria apK-s dix 
jours de marche. Il fit dans cette roule tut si 
grand hutin , que Tannée ne pouvait tii le 
mener, ni le {Kirter. Chemin faisant il pssaau 
fit de Pé[ki* une multitude d^habitans. Ennemi 
iniiilacabledes Romains , il avait ordonné 
que ron«gii^eii tout as qu il sVn renconlrc- 
raii en âge de porter les armes , sans leur faire 
plus de quartier que Fou nVn fait ordinaire 



U RÉPLBUQtE ROMAINE i a l. m,] 

ment dans les villes que Ton prend d'assaut. 
Campé prt*s d^idrîa, dans ces plaines si 
fertiles en toutes sortes de vivres , il prit grand 
soin de refaire son arr.iée, qu'Hun quartier 
d'^hiver passé dans la Gaule cisalpine dans la 
fange et la saleté, et son passage à travers les 
marais de Ctusium . a\ aient mis*» dans un liés- 
mauvais état^ hommes et chevaux, presque 
tous étaient rouverts d^une espèce de gale 
qui vient de la faim qu^on a soufferte. Us 
trouvèrent dans ce beau pavs de quoi ranimer 
leurs forces et leur courage , et la dépmille 
des vaincus fournit au général autant d firmes 
qu^il lui en fallait pour en munir ses Afri- 
cains, Ce fut auisi en ce temps-là qu^it en^ o^ a 
par merà Carthage, pour y faire te récit de 
ce qu^l avait fait depuîsqu'il était dans fltalie, 
car jusqu'alors il ne s'était point encore appro- 
ché de la mer. Ces nouvelles firent un plaisir 
extrême aux t^arlhaginois, on s^appliqua plus 
que jamais aux affaires d^Espagne et d- Italie, 
et l*on n'omît rien de ce qui prjnvati en accéJé 
rer !e succès. 

Chez les Romains , on élut pour dîc1aff»nr 
Quintus Fabius, personnage aussi distingué 
par sa sagesse que par sa naîss^mce. De notre 
temps même on appelait l(^ rejetons de relie 
famille >faximi , c'est-à-dire très-grands, litre 
glorieux que h* premier Fabius leur avait mé- 
rité par se^s grands exploits. Il est bi»n de re- 
marquer que la dictature est différenïe du 
consulat. Le consul nVst accompagné que de 
douze licteurs . le dictateur en a vinirt-qnatre 
à sa suite. Le premier ne peut entreprendre 
certaines ebfises sans l^auturité du sénat ? 
toute autorité cesse, dés que le dictateur 
est nommé. De tous les magistrats , il n\ a 
que les tribuns qui soient alors conser\és , 
comme nous ferons voir plus au long dans un 
autre endroit. On créa en même teins [M»ur 
maître général de la cavalerie Marcus Minu- 
cius. Cette sorle dViftîcier «4 à la vérité au 
dessous du dictateur; mais lorsipie C(4ui-ci 
est occispé , Pautreest chargé de remplir ses 
fonctions, et exemioii autorité. 

Annibal ehlgfitl de temps m tenqi^ do 
quartiers aiMS^éenrler delà mer Adriatiqui^. 
Il fit laver les che\ au\ avec du \ in \ ieux, qtti se 




ià,^9m UTRE m.-- 

Iimiia îl U en abondaooe p et Wremit en état 
It srrrir. H fil gifeérîr aussi les plaie*» des sol- 
iais qui éiaicDl blettes ^ il liouna aux autres 
te y^Êkfs ei le§ moTeos de réparer leurs forces; 
dqaand il les Tit tous sains et vigoureux , il 
se siil en roule , et travers les terres du Pre- 
litfim el d^ Adria • les pars des Marruiins et 
4ea fïï^mUam. Parti>u( où il pas^it , il pillait, 
aMtfiftcruI, réduisait tout en cendres. De là il 
eiilra danai rÀpulie, qui est divisée eu trois par- 
tie» , âaat cWtine a son nom particulier, hes 
JMonietti en occupent une , et les Messapi(?ns 
ueaolrB. n entra dans la Dauiiie, et conim«'ura 
ptf r m WÊ g e T Lucérie , colonie romaine. Puis 
^mtiDtsson canip à HIp|K>no,il pnourut 
sans ofailadc le pays des iirg>ripiens et toute 
kDaimie, 

CHAPITRE XIX, 

A Is d^ensire -, les fakons qu'lT ««ait pntff ne> 
— C«Taet^rp oppo^sé dt^ M. liîniidii* Riiftii, co* 
il de b cmvitpfie. — Eloge de Ia Campanie. — 

Pendant qo^Anniliial élalt dans ces parages, 
Falna créé dictateur, aprêït avoir offeri des 
sacrifices aux Dieux^ partit do Home, suivi do 
Mtnucius'et dequatre lêi^ions fpi'on avait levées 
pour lui. Lorsqu'il eut joint sur les frontières 
daU Daunie lea troupes qui étaient venues 
d^^Afiniiiium au secours de cclto p^oviIl^c^ il 
6ta à Soriltus le commandement de l'armée de 
t^rre , et le renvoya hien es< orlé à Rome, 
avec ordre « si 1rs Carniujj^inois remuaienl par 
tmef^dft courir fiii ion secours s^Mait nécess^ure. 
Eosotie d M mit en marche avec le général 
de la raiaierîe^et alla camper en un lieu 
oominé Aigiiet^ à cinquante stades du camp des 
Cartbafrifiois. 

Fabiiti arrivé, Annilxil , pour jeter l'épod- 
B dans celle nouvelle année , fiori de son 
}f approche des retranehemcns des Ko- 
i,et se foet en Itataille. Il resta quelque 
\ m, |MiiiUon; mais comme personne ne 
Bl, il retourna dans son camp. Car 
\ aTait pris la rèsc^lution , et rien dans 
budlese fut capable de la lui faire quitter, 
deA0fiailiaiardtf témérairement, de ne pas 
id'OQe bataille, et de s^appli- 



CltiPITRE XIX, 



119 





queruviiqu€^eQtiiniettreiit(fOup««à c<Kiy rrt 
de tout danger. U'aburdeepirtt ne lui Kl {los 
houmnir . il courut dea iiniila dé^arantag^ux 
sur son compte , on le regarda comme un 
homme lâche . timide « et qui craigmil IVnne^ 
mi \ mais on ne fui jmis Utug-lenipa à recNinnal- 
tre que, dans les circoiistatices présentes , le 
parti qu'il a\ ait pris était le plus sage et lo 
plus judicieux que Ton put prendre* Iji suit© 
dt^èvénemens justitia hienUM la s<*ltdiledeiM^ 
réflexions. 1/armée^ carthnginois4* était t om- 
posée de sol «lais exerces dés leur jeune^M* aux 
tni>auxet aux jK^rilsde ia guerre. Elle était 
commandée par un général nimrri et élevé 
parmi sess«»ltials, inslruil dés riiifaiice dans 
ta siuenco iles armes. Klle in ail déjà ga^iié 
plusieurs hatailleMlaos TKspa^ne. et kiltii les 
Romains et leurs alliés deux fins de m\\v. 
C'était avec tela dt^^ h^lïlIme^ qui, ne pouvant 
tirer d'ailleurs au^un sectmrs, n'avaient île 
resscHiree et d 'espenuiu» i|uedaïis la \irloire. 
Rien de tout ct-^la ne se trou^ail du riMé di*s 
Romains. Si I abiuN ei'lt ha7*(ardé une ai t ion 
générale, sa défaite était intmaiH|tiabliv. Il lit 
donc mieux de n'en tenir à l^nantage qii^i- 
vaient les Kumaias sur leurs ennetiiis* et de 
n'ïgler l^-dessus Tétat de lagUfTre. Cot avan- 
tage était de recevoir par leurs derrières nu* 
tant Ai' \ivrc*s» de nmnitiniiH et de Innipes 
(pi'iïs en auraient hesoin, sans crainte que ces 
secours pussent leur manquer. 

Sur ce proj<*t. le dictateur se borna pendant 
toute la campagne i\ harc4*ler toujours leN l'ii- 
ncmis, «i à s'emparer des postes qu'il savait 
être les (dus t'uvoraliles à son di*Mein. Il 
ne soûl I rit pas que les soldats alla^«^l*nl au 
ff )ii r r a ^^e ; il 1 1 > s r e 1 ! n 1 {mï\n iirs réuti i n e t se r- 
rés, uniquement attentif h étudier les lieux , 
ïe temps cl 1«'S oecaiiion», O^i^nd quelqui^a 
fourrageur-i du eôlé de« Carthaginois appro-^ 
chaietit Av sou catnp, ciunme \Hmr l'innutter,-*^ 
ii less atlaqu it. It en tua ainsi un asHcz grand 
liomhn*. Par c<'s |H*tits avantages il dinn'nuait 
peu a peu Tannée cimemie, et relevait le f!ou* 
rage de lu sienne, que les jK*rteî* (iréeèdentes 
avaient intimidée. Mais on ne put jamais ob- 
tenir de hii qu'il marquai le tcmpiiel lis lien 
d^uu l'ombat général* Otto eaodaile ne ptai« 



À 



iâO 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA RÉI'IBLIQIK ROMAINE. 



sait pas à Minarius. Bassement populaire, il 
se pliait aii\ sciilt nions du soldat^ et dccrtail 
le dii'laleur rumine un homme sans roura^^o 
et sans résolution. On ne {Mm^ait trop tôt lui 
faire naître rucrasiou d'aller à renncmî, et 
de lui donner balciilU*. 

Les Carthaginois apn^ aroir satxagi* la 
Daunie et passé rApeiniin , s^avancéreul 
jusque chez les Samnites. pavs riche el fer- 
tile , qui depuis long-temps jouirait d'une 
paix profonde, et où les Cartha^nuis trou- 
vèrent une si grande abondâuee de vivres, 
que malgré la consommation et le gaspillage 
qu'ils en firent, ils ne purent les épuiser. De là 
ils firent des incursions sur Bénr\ent. colonie 
des Romains, et prirent Venusia, ville bien 
fortifiée, et où ils tirent un Imlin prodigieux. 
Les Romains Irs suivaient liMijours h une ou 
deux journées de dislanre sans \ouloir ni les 
joindre ni les combattre. Cette ;iffêctatitm 
dV> iter le combat sans cessiT de tenir la cam- 
pagne, porta le général cartliaginois à se ré- 
pandre dans les plaines de Capone. Il se jeta 
en particulier sur Falernc, iiersuadc qu'il ar- 
riverait une de ces deux chos<?s, ou qu'il for- 
cerait les ennemis à combattre , «ni qu'il fe- 
rait voira tout le mondequ'il était pleinement 
le maître^ et que les Romains lui abandon- 
naient ïe plat ims; après quoi il espérait que 
les villes éyxm vantées quitteraient le j*arli des 
Romains. Car jnscju'alors. quoiqu'ils eussent 
été faincus dans deu\ batailles, aucune ville 
d'Italie ne s'était rangée du côté dos Cartha- 
ginois. Toutes étaient demeurées fidèles, 
même celles qui avaient le plnssoufrert , tant 
les alliés avaient de respect el de vénération 
pour la république romaine. 

Au reste Annihal raisonnait sagement. I-es 
plaines les plus estimées de l'Italie, soit |K>ur 
Pi|^rénient. soit i>our la fertilité, sont ^m 
oODlPedît celles d'autour de Capoue. On y est 
^roini de la mer. Le commerce } attire du 
monde depresque toutes les parties delà terre. 
C^est là que se trouvent lei villes les plus 
célèbres et les plus belles d^Italie ; le long de 
la cùte, Siouesse^ Cumes, Pou/oies, Naples, 
Nuceria ; dans les terres du c6té du septen- 
trion, Caléountj elTéauo; à roricut et au 



midi la Daunie et Noie ; et au milieu de ce 
|>avs, Capuue. la plus riche et la plusmagni- 
Hque de toutes. Après cela doit h in sV^Umner 
que les mythologues aient tant célébré ces 
belles plaines, qu\m appelait aussi chanq>s 
Fhlègrt'ens, autres plaines fameuses, et qui 
surpassiiieiit en beauté toutes les autres ; de 
sorte qu'il n\*st pas surprenant que les îïîmv 
en aient entre eux disputé la piissi»ssiou . Mais 
outre tous ces avantages, c^esl enci>rc un 
[Kiys Iré^-fort, et tài il est trés^difficile lYm- 
trer. D\m côté il est ctmvert |>ar la mer. el 
tout le reste est fermé par de hautes mimta- 
gnes, ou Pou ne peut p<'iiétrer,en \euant d**s 
terres» que par trois gorges étroites» et presque 
inaccessibles. Tune du cùté de^ Saninîte^* 
l'autre du côlè d*Eriban, et la troisième du 
coté des Hîrpiniens. Les l^arthaginois campes 
dans cette |)artie de ritalie. allaient de dessus 
ce théâtre ou épouvanter tout le nn^nde par 
une entreprise si hardie et si extraordinaire, 
ou rendre publique et manifeste fa bkhetè des 
Romains, et faire vnir qu'ils étaient abs^ilu- 
ment U*s maîtres de la campagne. 

Sur ces réflexions Annihal sortit du Sam- 
uiunvt et passant le détroit du mont Êriban, 
vînt camper sur rAlhurnus, qui divisa» la 
Camp^mie en deux parties presque égales; il 
mit son camp du cùté de Rome, et fit porttT le 
ravage jiar ses fourragcurs dans lï>ule la plaine» 
sans que personne s'v opposât. Fabius fut 
surprisdela hardiesse de ce général, mais elle 
ne fit que Taffermir dans sa premiéiv ré^îolu- 
tion. Minuctus au contraire et les autres offi- 
ciers sul*al ternes, croyant avoir surpris l'en- 
nemi en lieu propre à lui donner l>atailhs 
étaient d^avis que l'on ne pouvait Imp se 
hàte>r pour le joindre dans la plaine , et 
sauver une si graude contrée de la fureur du 
soldat. Le dictateur fit semblant d'être dans le 
même dessein, el d'avoir le même empresse* 
ment; mais, quand il fut a talerne, content de 
se faire voir au pied des montagnes el de mar- 
cher à côlè des ennemis, |K>ur ne pas paraître 
leur abandonner la campagne, il ue voulut 
point avancer dans la plaine, et craignit do 
s'ex{ioser à une liataille rangée » tant |)our les 
raisons que nous avons déjà >ues » que parce 




qui» fes Carlbagififiif^ êtaîcut tlo Iw^auroup su- 
pèririirs en cavnlrrk\ 

Apn'^s qu'Aïuii bal eut assez li-iUe le diclaleur 
el r|iî'îl eut faîLuii Imlin imnirnsedansIaCam- 
|auit% il le\a ^ouraniii, pour ne [utiiil e«»usr>m- 
mcr les provisioriî^ fjiril a\ail aiiiassées, el 
puur les moUre en sûre te ilaiis reiulroît où il 
pronflmit ses quartiers ilMii^er, Car ee uVlail 
point assez que son année . piiur le préîyeirl, 
ne niauq«M de rien , il \(Hilail qu\4îe fût (ou- 
jonr?* daii^il^âboiidaiRe. Il reprit le elie^niiii par 
lequrt il viait venu, rluMuiu étroil et où il 
visûi três-aisé Je Tiiiquiéter, Fahius, sur la 
Douvelle lie sîi inarehe. eu\<ui*au (h^vairt de lui 
qttatre mille hommes pour lui ruuper le pas- 
sape, arec ordre, si roceasioa s'en prês«»iilait, 
de lîrer avantage de riieureuM» situation de 
leur pti!*te. H alla lui-même ensuite, a\ee la 
plus grande parlîe de son armé**, se plaeer sur 
b colline qui eonimandaît l(*s dêlilês. Les Car- 
(fanginoÎÂ arrivent et ( ampenl dans la plaine 
au pîed même des montagnes. Les Romains 
»^iinapmâîent emporter dVinblée le Imlin , et 
cnn aient même qu^udês du lieu ils [Mrurraient 
terminer la guerre.; Fabius ne pensa il plus 
qîi*â voir quels postes il oreuperait , |>ar qui 
et par où il ferait ermuneurrr Patlaque, 



CilAPITHE XX. 



filial affine d'Annibit (>otir tromper Fabius, — Bataille gagnée 
«B EipSfiie ior .l^nibal par Cn. Scipion. — Publlu^ , «on 
frrrt^A «DV03C «n Iv-ipa^np — Les liomaiiii^ |>a5ScnL ll^bre 
fWÊt t» frenléf e lois. 

Tous ces bc!ru\ pnijets devaient (^Ire e\è- 
rulés/e lendemain ; mais Annibal juf^qMnt de 
te que /es ennemis pouvaient ftiireen e*4leoc- 
ea!$iott« ne leur e*n donna pas le teinjîs. Il lit 
app«>ler Asdrnbal, qui avait à ses <mlres les 
[ntmiiier» de Tarniee , et lui ordonna de ra- 
omner le plas qu'd pourrait de moreeauv 
de bob sot* et d^autres matières eorolnistibles , 

t/wlier en faiseeaux, iPvn fîdre des toreheSj 
rhoiMr dans tout le butin environ deu\ 
miUrdo^ pins forts btrurs, et de les ei»mluire 
k h tt^le du <anqK Cria fait, il dit à cette 
trotipe de manger et de se reposer. Vers la 
tfoifiième veille de la nuit^, il lait sortir du 



LIVKE m. "CHAPITRE XX. 



ffH 



eamp les pionniers, et leur ordonne d'attaeher 

les torches au\ rornes des hj^ufs , de les allu- 
mer, ei de pousscT ces animaux à grands eoups 
jusques au sommet d une montaf^ne quHI leur 
montra, et qui s'élevait entre son eamp et les 
détilésoù il devait passer. A la suite des pion- 
niers il lit marcher les soldais armes à la légère 
pour leur aider à presstT les bœufs . avec 
ordre , quami ces animaux seraient en train de 
courir, de se répandre à droite et à gauche , de 
gagner les hauteurs avec grand bruit, de 
s'emparer du S4>nimet de la montagne, et de 
charger les ennemis en cas qu'ils les v rencon- 
trassent. Kn même trnips il s^nanee mts les 
délités, avant à son avant garde l'infantoric 
pesamment armée, au centre la cavalerie sui- 
vie du liutin, et à rarrière-garde les Espagnols 
et les (jauloîs. 

A la lueur de ces ttnchesj les Romains 
qui gardaient les défdés croient qu'Aimibal 
prend sa route vers It^s hauteurs, quittent 
leur poste et courent iKiurle prévenir. Arrivés 
proche des breufs , ils ne savent que penser de 
irtte manonnre, ils se Forment du péril où ils 
sont une idée terrible, et attendent de là quel- 
que événement sinistre. Sur la hauteur, il y 
i»ul quelque escarnioufhe rntre les Carthagi- 
nois et les Romains ; mais les bœufs se jetant 
entre les uns et les autres les eni péchaient de 
se joindre, et en attendant le jour on se tint 
de part et d'autre en repos, Fabius fut surpria 
de cet événemeîit. Soupçonnant qu*il j avait 
làquehpre ruse de guerre, il ne iHmgea point 
de ses retranchcmens, et attendit le jour, sans 
se départir de la résidutiontju'il avait prise de 
ne point s'enfjager dans une action générale. 
Cependant An ni bal profile de son stratagème, 
La garde desdélilés n'eut pas plus bMquitté son 
|K>stej qu^il les lit traverser à son armée et au 
butin, tout passa siuis le moindre obstacle. Au 
jour, de peur que tes Romains, qui étaient sur 
les hauteurs j ne mal traitassent ses soldats armés 
à la légère, il les soutint d'un gros d'Espagnols, 
qui, ayant jeté sur le carreau environ mille 
Himiaîns, descendirent avec ceux qu'ils étaient 
allés si'courir. S<>rti par cette ruse du terri- 
toire de Falerne, il canq>a ensuite paisible- 
nicnl où il voulut^ et n'eut plus d'autre cm* 




\2'2 



HISTOIRE GÉNÉRALE DE 



barras que de chercher où U prendrait ses 
quartiers d'hiver. 

Cet événement répandit la terreur dans 
toutes les vdles dltalie, tous les peuples dés- 
espéraient de i>ouvoîr jamais se délivrer d^un 
ennemi si pressant, I^ amltitudc s'en pre- 
nait à Fabius. Quelle lùcbeté, disaitK>a , de 
n^avoir puiut use d'une occasion si avan- 
tageuse! Tous ces mauvais bruils ne iireni 
aucune impression sur le dictateur. Obligé 
quelques jours après de retourner à Rome pour 
quelques sacrifices , il ordonna ei^pressément 
à Minucius de penser beaucoup moins à rem- 
porter quelque avantage sur les Carthaginois « 
qu^a empéiher qu'ils uVn remportassent sur 
lui. Mais ce chef fit si peu attention à cel 
ordre , que , pendant qu'il le rece\ ail , il nx*- 
tait ijccupé que de la pensée de combattre »Tel 
clail Tétat des affaires en Italie, 

En Espagne, Astlrubal avant éï(uîpé les 
lrt*nte vaisseaux que sou frère lui avait laissés, 
el en avant ajouté dix autres j lit [lartirdela 
nouvelle Carthage quarante \oiles , dont il 
avait donné le commaodcmenl à /Viuikar ; 
puis ayant fait sortir les troupes de terre des 
quartiei^ dliiver, il se mit â lem* télé, et fai- 
sant longer la cùte aux vaisseaux , il les sui- 
vît de dessus le ri\age dans le dessein de join- 
dre les deux armées, lorsqu^on st^rait proche 
de TEbrc. Cnéius , averti de ce projet des 
Carthaginois^ pensa d'abord à aller au devant 
d'eux par terre j mais quand il »>ul combien 
l'armée des ennemis était nombreuse, et les 
grands préparatifs qu'ils avaient faits* il 
équipa trente-cinq vaisseaux, qu'il G t monter 
par les soldats de Tarméc de terre qui étaient 
les plus propres au service de mer; puis 
avant mis à la voile , après deux jours de 
navigation depuis Tarragone, il aburda aux 
environs des embouchures de rÈbre, Lors- 
qu'il fut à environ dix milles de remiemi , il 
envoja deux frégates de Marseille à la décou- 
verte. Car les Marseillais étaient toujours les 
premiers à s'exposer, et leur inlrépiditê lui 
fui d'^uD grand secours. Personne n'était plus 
attaché aux intérêts di^ Romains que ce 
peuple^ qui dans la suite leur a souvent donné 
des preuves de son affccliou, mais qui se 



LA RÉPLBLlQnE ROM^^IXE. ia. v. wo 

signala dans la guerre d'AnnibaL Ces deux 
frégates rapporléreiU que la flotte ennemie 
élait à l'embouchure de TEbre. Sur le champ 
Cnéius (it force de voiles pour la surpeudre ^ 
mais Asdrulial infonné depuis longtemps par 
les sentinelles que les Romains appnxhaieut , 
rangeait ses troupes en balai Ile sur le ri v âge, el 
donnait ses ordres pour que rèquî|iage montât 
sur les vaisseaux. Quand les Romains furent 
a portée . on sonna la charge , el aussitôt on 
en vmt aux mains. Les Carthaginois soutin- 
rent le cIkk' avec valeur pendant quelque 
temps; mais ils plièrent bientôt. La vue des 
troupes, qui étaient sur la cùte, fut beau- 
coup moins utile aux soldats de Téquipagc 
pjur leur inspirer de la hardiesse et de la 
couCance , qu'elle ne leur fut nuisible, eo 
leur faisant espérer que c'était pour eux uue 
rclraile aisée, en cas qu'ils eussent le dessous. 
Après qu'ils eurent perdu deux vaisseaux avec 
réquipage,et que quatre autres eurent été de», 
senï parés, ils se retirèrent vers la terre. Mais 
[M I u r sui \h a vec ch a le u r pa r I es R o ma i ns , Us 
s'a|ïprochérenl le plusqu'ib purent du rivage, 
puis sautant de leurs vaisseaux, il se sauvè- 
rent vers leur armée de terre. Les Romains 
avancèrent hardiment vers le rivage; et avant 
lié à l'arrière de leurs vaisseaux tous ceux des 
ennemis qti'ils purent mettre en mouvement, 
ils mirent à la voile , extrêmement satisfaits 
d'avoir vaincu du premier choc, de s'être 
soumis toute la cùte de cette mer , et d'avoir 
gagné vingt-cinq vaisseaux. Depuis cet avan- 
tage les Romains commencèrent à mieux espé- 
rer de leurs affaires en Espagne. 

Quand on reçut à Cartbage la nouvelle de 
cette défaite, on équipa soixante-dix vais- 
seaux; car on ne croyait pouvoir rion en* 
treprendre qu'on ne fût maître de la mer. 
Cette flotte cingla d'abord vers U Sardaigne, et 
de la Sardaigne elle vint abordex à Pise en Ita- 
lie, où Ton espérait s'aboucher avec AunibaL 
Les Romains vinrent au devant âTet- cent-vingt 
vaisseaux longs à cinq rangs ; mais les Cartha- 
ginois, informés qu''ihi étaient e^ mer, re- 
((iumérent à Cartbage (larla même route. Scr- 
> ilius, amiral de la flotte romaine , let pour* 
suivît jiendant quelque temps dans Vt 



^ 




feà. r. sse^ } 



nmce de le^ comtaUro; maïs il avail Irop de 
cheoûa à faire [wiir les altcindrtv D^abnrd il 
alla à UljliétN de là il passa en Afrique dans 
Tîle de Cercine, d\m, après avoir f;iit pajcr 
coQlribulîon aux habitant, il revint sur ses pas» 
prît en passant Pile de Cossyro ^ mil garnison 
dans sa petite ville j et alwirtla à Lilvbêe, où 
ajaot Bais ses bâtimcns en sûreté, il rejuipiît 
peu de lemps après Farméc de ter^^ 

Sur la nouvelle de la victoire que Cnéius 
avaU tciBpc»rlée sur mer, le sénat persuadé 
que les afTaires d^Ëspagno méritaient une al- 
teofion particulière j et qu'il était nou seule- 
ment utile mais Décessai re de presser les Car- 
ihagtnois dans ce pays-là , et d\ allumer la 
jTUcrre de plus en plus , mit en mer \ ingt vais- 
seaux ^>asla conduite de Pul>îiusScîpioii,qui 
ivail déjà été choisi pour cette guerre, et lui 
Aonnaordre de joindre au plus tôt Cnéius, son 
frére^ pour agir avec lui d(^ concert* Il crai- 
goaVl que les Carlhag^inois dominant dajis ces 
êWiiréeSf et j amassant des nmnîlious et de 
Fftrgeol en abondance , ne se rendissent luîii- 
Ires delà mer, et qu'en fournissant de Tarifent 
et des troupes à Annibal, ils ne l'aidassent à 
subju^er Tltalie. C'est pour cela que cette 
guerre leur parut si importante, quTils eu- 
fOTèrent une flotte et qu'ils en donnèrent le 
coTDmandemeol à Publius Seipiun , qui , ar- 
r\vè en Espagne et joint à son frère, rendit 
de Irt's-grands services à la république. Jus* 
ifU^âlors les Romains n^avaient osé passer PE 
bre ; ib croyaient avoir assez fait de s'être ga- 
gné TaWianc^» et l'amitié des peuples d'en deçà; 
Hiais sous VuUius ils traversèrent l'e fleu\e et 
p4^>rtéreij( leurs armes bien au-delà. Le ha- 
ssrd mùme sembla pour lors agir de concert 
avec eux. A)ant eflVajè les peuples qui halû- 
talent Pendroit du fleuve qu'ils avaient choisi 
pourle passer, ils s'avancèrent jusqu^àSagoutc 
H campèrent à cinq milbs de cette ville pro- 
che d^nn temple consacré à Vénus, poste éga- 
lement avantageux, et parce qu'il les mettait 
bor^ d'insulte et parce que la flotte qui les 
c6Vojait leur fournissait commodéme^it tout 
ce ijoi leur était nécessaire. Or, voici ce qui 
arriva dans cet endroit. 



LIVRE IlL— CILVPITRE X\I. 

CHAPITRE XXL 



13a 



TraliUoii d'AblVyi.— Annibnl îi^tb %nn camp, et prend sea quar- 
Uers d'htYcr mitour de Géruolum. — tombal où MiitudiUA 

Pendant <|u- Annîbal était en marche pour 
aller en Italie, dans toutes les villes d'Espagne 
dont il se déliait , il eut la pK'caution de pren- 
dre des étages, et ces étages étaient les enfans 
des familles les plus distinguées, qu'il avait 
tous mis comme en dépcU dans Sagonte , tant 
parce que la ville était i'orti liée, qu'à cause 
de \iï lidoïité des ha bi tans qu'il v avait laissés. 
Certain Espaguol nonmu) Abilvx, personnage 
dbtingué, et qui se donnait pour l'homme de 
sa nation h' [dus dé\oué aux intérêts des Car- 
thaginois, jugeant, à la situation des affaires , 
que les Romains pourraient bien avoir le des* 
sus , conçut un d«*sscin lout-à-fiiit digne 
d'un Espagnol et d'un l>urb&re : c'était de 
livrer les étage*» uuv Romains. Il se flattait 
qu'après leur a^ oir rendu un si grand ser\ i* 
cOj et leur avoir donné une preuve si écla- 
tante de sou affection pour eux, il ne manque- 
rait pas d'en être magniriquement réeom- 
pensé, 

Rav i et uniquement occupé de ce periidcpro- 
jetj il va trouver Boslar, qu'As^Irubul avait 
envoyé là pour arrêter les Romains au passage 
de rÈbre; mais qui noyant osé rit^n hasarder, 
retiré à Sagonte, s'était cami)é du ce té de la 
mer, honnue simple d'ailleurs et sans détours, 
naturellement doux, facile, et qm ne se déliait 
de rien. Le traître tj^urne la conversation sur 
les étages, et lui dit qu'après le passage de 
l'Ebre par les Romains, le^ Carthaginois no 
pouvaient plus par la crainte contenir les Es- 
pagnols dans le devoir j que les circonstances 
actuelles demandaient qu'ils s'étudiassent à 
se li*s attacher par ramilié; que pendant que 
les Romains élaienl de\ant Sagonte, et quUls 
la serraient de près, s'il en retirait b« étages 
et hs rendait à leurs par eus et auJt viUes d'où 
ils étaient \eims, il ferait évanouir les espé- 
rances des assiégeans^ qui ne cherchaieul a re- 
tirer CC& Otages des mai us de ceux qui les 
avaient en leur puissjmce, que pour hs remet- 
tre à ceux qui les avaient livrés j que par là il 
gagnerait aux Carthaginois les cœurs des Es 




151 HISTOIRE GÉNÉRALE DE L 

pagnuls, quL charmés dos sages mesures qu'il 
aurai! prises pour la sûreté de ce qu'ils avaient 
de pius cher, semieiit jiénétrés de la plus vive 
recotmaissanoe; que s^il voubît le charger 
de cette commissioD.il ferait ioGniment valoir 
ce bienfait aux veux de ses complrioles ; qu'en 
amenant ces enfans dans leur pavs, il concilie- 
rait aux Carthaginois Taffectioii non s<*ule- 
ment des parens , mais encore de tout le peu- 
ple, à qui il ne manquerait pas de peindre avec 
les plus vives couleurs ladouceuret lajErénéro- 
sHè dont les Carthaginois usaient envers leurs 
alliés; que lui Bostar devait s'attendre à une re^ 
compense magnifique de b part de ces parens, 
quiii^HYsavotr contreloulec^pérance recouvré 
c^ quMIs aimaient le plus au monde , piqués 
d\ine noble émulation. sVfTorceraient de sur* 
pisser eu générosité celui qui, étant à la tête des 
affair^^s , leur aurait procuré celle salîsfac- 
tiou, Abilv\, par ces rai^ns eC d^aulres de 
même force , avant amené B<^tar à son senti- 
ment, convint avec lui du jour où il viendrait 
prendrv* les enfans et se retira. 

La nuit suivante il entra dans le camp des 
Romains, où il joiguil quelques Espa;;^nols 
qui sen aient dans leur armée et par qui il se 
fit présenter aux deux généraux, Apr(*s un 
long dise ours, où il leur fit sentir quel serait 
le léleel rattachement delà nation espagnole, 
si par eux elle pouvait recouvrer ses otages, 
il pminit de K'îi leur mettre entre les mains. 
A «vtte promesse Publîus est lr.ins|K>rlé de 
joie» il pnmiet au traître de grands présens, 
et lui mart|ue le jour, Theure et le lieu oii 
on rattemlait. Abth \ ensuite prend aviT lui 
quelques ami'i el retourne vers Bostar. Il 
en iHvtul \i^ iMagi^s, $of\ de Sagonte {H'ndaiit 
la nuit piiur «arher sa rt>ute , j*assc* au-<lela 
du camp di^ Houiains> se rend au lieu dont 
il èlaîl ctinvenu , et livre tous U*sdtag€*s aux 
àmkx Sipions. l^lblius lui fit ractiieil le plus 
iH^uurablc , et le chargea de ctmduire les en- 
fan» chacun dans leur jiatrie. 1! eutiipendanl 
I» précaution de s** faire aaxmqnigucr jiar 
qit« lque§ persiuuies sûres. Dans toutes les 
f *ll<^* que parcoimiit \bilyx . et où il re- 
fiellail h^ <M«iges, il élevait jusqu'aux cieux 
|i diiiin»iirel la grandeur d\^me des Romains, 



i REPIELIQUE ROMAINE, n tJ «s 

et opposait à ces belles qualités la défiance 
et la dureté des Carthaginois ; et ajoutant à 
cclaqu^il avait lui-même abaiiJotiné leur parti, 
il entraîna grand nombred^Espaguolsdanscelui 
des Romains, Bostar. p^iur un htmimed^'un âge 
a\aucé, passa pour a^oir domié puérilement 
dans un piège si grossier, et cette faute le 
jeta ensuite dans de grands embarras. Les Ro- 
maii^ , au contraire , en tirèrent de très- 
grands avantages pour rexécution de leurs 
desseins; mais comme la saison était alors 
avancée , de part et d'autre on distribua les 
armées dans les quartiers d'^hiver. laissons là 
les affaires d'Espagne et retournons à Anni* 
bal 

Ce général averti par ses espions qu'il y 
avait quantité de vivres aux environs de Lu 
cérie el de Géruuium , el que celle dernière 
ville était disposée pour v faire des niagasiûs , 
choisit là ses quartiers d-fai^er, et passant 
au-delà du monl Livourne, y conduisiil sou 
armée. Arrivé à Géruniuiu , qui n^est qu"à en- 
viron un mille de Lucérie . il tâcha d'abord 
de gagner les habitaii!; par la douceur, et 
leur offrit même des gages de la sincérité 
des promesses qu'il leur faisait ; mais iCea 
étant point écouté , il mit le siège devant la 
ville Jl s>n fi l bien tôt ou v ri ries portes, el passa 
tous les assiégés au fil de l*épée; quant a la plu- 
part des maisons et aux murs, il les laissa dans 
leur entier, [Hiuren faire des magasins dans 
ses quartiers d'*hiver. Il fit ensuite camper son 
armée devant la \ ille y et fortifia le ramp d'uu 
fossé et d'un retranthement. l>e là il euvoyatl 
les deux tiers de sou aruiée au fourrage, avi^c 
ordre à chacun d^apporter une certaine mesure 
de blé à ceux qui étaient chargés de le serrer; 
la troisième partie de ses troupes lui sen ail 
pour garder le camp et pour soutenir les 
fourrigeurs en cas qu^ils fussent attaqués. 
Comme ce pays est tout en plaines, que les 
fourrageurs étaient sans nombre et que la sai- 
son était pn>prt* au tnuisport des grains , tous 
les jours on lui amassait une quantité prodi- 
gieuse de blé. 

Cependant .Minunus laissé par Fabius à la 
léte derarnu^^ romaine, la conduisait toujours 
I de hauteurs en hauteurs , dans respérance de 



Irottver de là quelque occasion de loniber sur 
relie des Cartliaginois ; mais sur Fa> is que 
Fcnnemi avait pris Géruoîuin , qu'il fourrii- 
geait le pavs et qu'il sV*tait relraiiché devant 
U ville y il quitta les hauteurs et descendit au 
promontoire d'où Ton va iliins la plaine. Ar- 
rivé à une colline qoiest dans le pays desLari- 
rialîens el que Pon appelle Calêta^ il campa 
autour, résolu dVu venir aux mains à quelque 
prîiL que ce fût A Tapproelie des Romains , 
Annibal laisse aller un tiers Je ses troupes 
aa fourmge , et s'avance avec le reste jusqu'à 
certaine hauteur éloignée des ennemis dVn- 
riron deux railles, et s'y rallie. De là il te* 
naît les enuemisen respeet et mettait ses fuur- 
rageursà couvert J.a onit \ eime. il détacha en- 
viron deuv mille lanciers [MHir s' eniparerd'une 
haulenr avantageuse, et qui çi^rnmandait de 
es le camp des Romains. An jour . Minucius 
fit attaquer par ses troupes légères; le 
i>at fut opioiâtre : les liuniains empor- 
ot la hauteur el j logèrent toute leur ar- 
mée. Comme les deux camps élaienl IVui 
pr^ de l'autre, Annibal pendant quelque 
temps retint auprès de lui la plus grande par- 
tie de son armée ; mais il fut enfin obligé d'en 
détacher une partie pour mener paître les hèles 
de sommeetdVn envoyer une autre au fourra- 
ge, toujours attentif à son premierprojet,ï[ui 
était de ne point consommer son butin el de 
hire de grandsamas de v i v ri's.atiu que pendant 
le quartier d'hiver les honunes, les l>éles de 
charge, les chenaux surtout ne manquassciiL 
de rîeo *, irar c'était sur sa cavalerie qu'il fon- 
dait principalement ses espérances* 

Afjuuciu s'étant a[veri;u que la plus grande 
partie de l'armée carthaginoisiî était répandue 
dans la campagne , choisit Thenre tlu jour qui 
lui parut la plus connuode , mit en marche sou 
nrmée , s'approcha du camp des Carthaginois, 
rançeaen l>ataillesessoltla(spesannnent armés, 
el, partageant par pelotons ses troupes légères 
et la cavalerie , il les envoya contre les four- 
rameurs, avec défense d'en faire aucun pri- 
Sûoïkier. Annihal alors se trouva fort embar- 
rassé; il n'était en état ni d'aller en bataille 
au devant des ennemis, ni de porter du se- 
cours à ses fourrageurs. Aussi les Romains 



LI>TIE ilL — CILVPITRE XXIL 



125 




détachés en tuèrent-ils un grand nombre ; et 
ceux qui étaieut en hataille poussèrent leujr 
mépris pour Farmée carthaginoise jusqu'à 
arracher la palissade qui la couvrait, el à l'as- 
siéger presque dans son camp. Annibal fut 
surpris de ce revers fie fortune, mais il n'eu 
fut point déc(ïnc(Tlé. 11 re|ioussfi ceux qui ap- 
prochaient , et défendit du mieux qu'il put 
ses retranchemens. Plus hardi quand Asdru- 
ba! fut veim à mju secours avec quatre mille 
des fourrageurs ((uielaient de retour au camp, 
il avança contre les Romains , mit ses troupes 
en iKiUiille à la tête du camp, et fit tant qu'il 
se tira , quoique a>ec peine ^ du danger dont 
il avait été nienatè , mais non sans avoir perdu 
beaucoup de monde a ses reirancheniens, et 
un plus grand nombre de ceux qu'il avait en- 
voyés au fourrage. 

Après cet exploit j le général romain se re- 
tira plein de belles espéranc<*s pour l'avenir, 
r,e lendemain les Carthaginois eurent à peine 
quitté leur camp, qu'il vint s'en emparer. An- 
nibal avail quille ce caiiî^p p de crainte que les 
Komains n'y acfourussent pendant la nuit, el 
que, le trouvant mal défendu, ils n'enlevas- 
sent les bagages et le*s nmnitions qu'il y avait 
amassés , sauf a y rentrer quand les Romains 
en seraient sortis. Depuis ce temps-la , autant 
les fourrageurs carthaginois se tinrent sur 
leurs gardes , autant ceux des Romains allè- 
rent léte levée et avec confiance. 

CHAPITRE XXir. 

Mi DUC fus Pfit fjiit dictateur romme Fahkiâ , et fireiid la mnjijé 
da Varmi-e. — Annilïnl lui dri^«tS4? un pi^gf , tl ^ lûmb<c, 
l't.ronrii* df sa défttîle , il rend s<*s troupes à F*l)hK, et se sou 
met è ses ordres - Le« detii diclalt^urs ci^itnt le comniûnde- 
mffit A L. Emdius, pi à Caïui» Trrentius Varron. 

A Rome, quand on apprit ce qui sV(ail 
passé à l'armée dMtalie, et que l'on exa- 
gérait bien au-delà du vrai , ce fut une joîe 
qui ne se peut exprimer, (lomnu^ jusqu'alors 
on n'avait pres<]ue rieu espéré de cette guerre^ 
on crut que les affaires allaient changer de 
face. Etd\'iilleurs ret avantage fit penser que, 
si jusqu'à présent les troupes n'avaient rien 
fait, ce n'était pas qu'elles manquassent de 
lionne volonté ) mais qu'il ne fallait sVu preu* 




Hé 



mSTOIBE GÉNÉRALE DE LA RÉPOLIOt^ HOJIArNE, 



dre qu'à la lliniJc! cîrcoiispetiîoii el à la pru- 
dente excessive Au ilîclateur^ sur le compte 
duquel on ne mcn<i«;ea plus les ternies. Chacun 
CE i>arla saus façon connue d'un boinme qui 
par